‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 2)Chapitre 213 sur 233 · ONTOLOG1SME. LES PRECURSEURS · texte numérisé non relu

ONTOLOG1SME. LES PRECURSEURS

chapitres xxxn à xxxv, dont il tire ce raisonnement, si familier aux ontologistes : « S'il en est ainsi, je presserai l'artiste de nie répondre : où voit-il lui-même cette unité, d'où la voit-il?... Si vous ne la voyez pas, comment pouvez-vous juger que les corps ne la réalisent pas?... Nous voyons donc l'unité des yeux de l'esprit. Mais où la voyons-nous? Si elle était là où est notre corps, où la verrait celui qui, en Orient, juge de l'unité des corps? Elle n'est donc point contenue par l'espace: elle n'occupe aucun lieu et par sa puissance elle est partout... Le principe de toute unité est l'Unité seule par laquelle tout ce qui est un est un, qu'il la réalise parfaitement ou imparfaitement. » — ■ « Il n'y a rien de créé entre notre esprit qui conçoit (intelltgimus) Dieu comme père des hommes, et la Vérité qui est la lumière intérieure par laquelle nous le concevons. » De ver. relig., c. lv; Disc, p. 255.

Du De diversis quœst. LXXXIII, les ontologistes extraient les passages suivants : « Les idées sont les formes ou les raisons immuables des choses; ces raisons n'ayant pas été formées sont par là-môme éternelles, identiques à elles-mêmes et résident dans l'intelligence de Dieu... Il n'y a que l'âme raisonnable qui puisse les voir, par ses plus nobles facultés, je veux dire par son intellect et par sa raison, qui sont ses yeux intérieurs. » Q. xi.vi; Disc, p. 254. — « En l'esprit de l'homme se trouve l'intelligence de la vérité, car il est uni à la Vérité sans l'interposition d'aucune créature (hœret enim Veritaii nulla tnlerpostla crealura). » Q. li; Disc, p. 255. ■ — « Ce qui comprend (ialelligit) Dieu est uni à Dieu. Or l'âme raisonnable comprend Dieu, puisqu'elle comprend ce qui est toujours le même. Si donc elle comprend ce qui est toujours le même, il est clair qu'elle comprend Dieu, Dieu qui est la vérité même à laquelle elle est unie en la connaissant (cui inlelligendo jungitur). » Q. lv; Disc, p. 255. — L'union de l'esprit humain à la Vérité se retrouve dans le De Gènes, lib. imp., c. xvi, n. 60, cité par Hugonin, op. cit., p. 391 : mens humana nulli cohserel nisi ipsi Veritaii, quœ similitudo et imago Patris et sapienlia dicitur.

« Si les hommes ne voyaient pas la Sagesse, ils ne préféreraient pas la vie immuablement sage à la vie variable. Us voient, en effet, que la règle de la vérité qui leur fait préférer l'une à l'autre est immuable, et, cette règle immuable, ils la voient au-dessus d'euxmêmes, puisqu'ils sont soumis au changement. » De docir. christ., 1. I, c. vm; Disc, p. 242. — « J'ai vu au-dessus de mon esprit, la lumière immuable. Celui qui connaît la vérité, la connaît. O Vérité éternelle, vous êtes mon Dieu. » Confess., 1. VII, c. x; Disc p. 276. — « Où donc vous ai-je trouvé pour vous connaître, sinon en vous au-dessus de moi? Il n'y a pas de lieu où nous soyons séparés, de lieu où nous soyons rapprochés. O Vérité, vous êtes partout présente (prsesides) à tous ceux qui vous consultent. » Ibid., 1. X, c. xxvr; Disc, p. 278. • — « Si nous voyons tous deux que vous et moi nous disons la vérité, où le voyons-nous? Moi, je ne le vois pas en vous; et vous, vous ne le voyez pas en moi. Nous le voyons tous deux dans la Vérité immuable qui est au-dessus de notre esprit. » Ibid., 1. XII, c. xxv; Disc, p. 243. Texte déjà versé par saint Thomas au dossier de l'ontologisme de saint Augustin, Sum. cont. G., loc. cit. « Si nous savons que les ministres de Dieu doivent vivre ainsi, ce n'est pas que nous le croyons sur le témoignage d'autrui, c'est que nous le voyons audedans de nous, ou plutôt au-dessus de nous dans la Vérité elle-même (in ipsa Veritate conspicimus)... Nous voyons en Dieu (in Deo conspicimus) le type éternel de la justice, selon lequel nous jugeons que l'homme doit vivre. » De Trin., 1. VIII, c. ix; Disc, p. 290. — - « Quel est le moyen à prendre pour savoir

ce que doit être l'esprit humain?... C'est de contempler la Vérité suprême, afin de savoir ce qu'il doit être d'après les types éternels que cette Vérité contient en elle-même (neque enim oculis corporis mullas mentes videndo, per similitudinem collegimus generalcm vel specialem mentis humanœ notitiam ; sed inluemur inviolabilem Verilatem ex qua perfecte, quantum possumus, definiamus, non qualis sit uniuscujusque hominis mens, sed qualis esse sempilernis rationibus debeat). » Ibid., 1. IX, c. vi; Disc, p. 240. — « C'est donc dans la Vérité éternelle, d'après laquelle toutes les créatures ont été faites, que nous contemplons l'archétype sur lequel nous avons été créés (in illa igilur œterna Veritate... formam secundum quam sumus... visu mentis aspicimus). » Ibid., c. vu ; Disc, p. 266. Cf. Sum. c. G., loc. cit. — « Les raisons éternelles ne sont pas fixées dans un lieu à la manière des corps, elles résident dans une nature incorporelle où elles sont intelligibles et présentes aux regards de l'esprit (sed in natura incorporali sic inlelligibilia prœsto sunt mentis aspec^ tibus), comme les objets qui occupent un lieu sont visibles ou tangibles pour les sens du corps. » Ibid., 1. XII, c. xiv;Di'sc,p. 279. — «Telle est la constitution de notre intelligence, qu'en vertu d'un ordre naturel établi par le Créateur, elle est si étroitement unie et subordonnée aux choses intelligibles qu'elle les voit dans une espèce de lumière immatérielle (ut rébus intelligibilibus... subjuncta, sic ista videat in quadam luce sui generis incorporea), comme l'œil du corps voit les objets dans la lumière matérielle. » Ibid., c. xv ; Disc, p. 281. — « Où donc les impies peuvent-ils voir les principes de la justice? Est-ce dans la nature de leur esprit? Non, sans doute, puisque ces principes sont immuables, tandis que leur esprit est essentiellement variable. Où donc? Dans cette lumière qui s'appelle la Vérité (ubi ergo scriptse sunt nisi in libro lucis illius quœ Veritas dicitur?). » Ibid., 1. XIV, c. xv; Disc, p. 291. — « Nous avons essayé d'appliquer notre esprit à la connaissance de la Nature parfaite et immuable. Nous la contemplions (intuebamur) non pas comme une chose qui était loin de nous, mais comme une chose qui était au-dessus de nous par son excellence et au-dedans de nous par la présence de sa lumière (apud nos esse suo prœsenti lumine videretur). » Ibid., 1. XV, c. vi; Disc, p. 244.

« Autre chose est ce qui est vu dans notre âme..., autre chose est la lumière même qui éclaire notre âme... : car cette lumière, c'est Dieu lui-même (illud jam ipse Deus), tandis que l'âme n'est qu'une créature... Lorsqu'elle s'efforce de regarder cette lumière, elle sent son infirmité et sa faiblesse. Et cependant c'est par elle qu'elle conçoit tout ce qu'elle peut concevoir. » De Genesi ad litter., 1. XII, c. xxxi; Disc, p. 241. — « Nous voyons tout ce qui est présent aux regards du corps ou de l'esprit (videnlur quœ prœsto sunt, unde et prœsentia nominanlur) ; ainsi je vois la lumière et ma volonté, parce que la lumière est présente à mon œil, et ma volonté à mon sens intime. » De videndo Deo (epist. cxlvii), c. ii; Disc. p. 285.

Socrate, au dire de saint Augustin, aurait enseigné que deprimentibus libidinibus exoneratus animus naturali vigore in œterna se attolleret, naturamque incorporel et incommutabilis luminis, ubi causœ omnium factarum naturarum stabiliter vivunt, intelllgentlœ puritate conspicerel. De civit. Del., 1. VIII, c m; Disc, p. 259. — » Si l'homme est créé de telle sorte que, par ce qu'il a de plus excellent en lui, il touche (atttngal) celui qui s'élève au-dessus de toutes choses, sans qui aucune créature n'existe, aucune doctrine n'instruit, aucun acte n'est profitable, on doit chercher celui en qui tout est solidement assis, on doit contempler celui en qui tout nous est certain (ipse cernatur, ubt nobis certa sunt omnia), on doit aimer celui en qui tout est droit. »

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Ibid., c. iv; Hugonin, op. cit., p. 375. — Au c. vu du même livre, saint Augustin dit que les platoniciens « ont enseigné que la lumière des esprits, pour apprendre toutes choses, est ce Dieu lui-même par qui toutes choses ont été faites. » Hugonin, p. 375-376. Au c. x, il se déclare d'accord avec eux précisément en cela : » Voici donc la raison pour laquelle nous les mettons au-dessus des autres; c'est que... ayant connu Dieu, ils ont trouvé où était la cause de la création de l'univers, et la lumière qui fait connaître la vérité, et la source où il faut boire la félicité. Donc ces platoniciens... sont en communauté de sentiment avec nous. » Disc, p. 233.

« Le pécheur ne peut pas percevoir la lumière divine, parce que ses péchés l'empêchent de la voir. Mais qu'il ne dise pas que la lumière est absente, parce qu'il ne peut pas la voir. Car elle est présente à son intelligence comme le rayon solaire est présent à l'œil de l'aveugle. Ses péchés sont comme un brouillard qui obscurcit les yeux de sa raison. Qu'il purifie son cœur, et alors il verra la lumière de la Sagesse qui est présente à son intelligence. » Disc, p. 262; traduction libre de In Joan., tract, i, 19. — Le traité xcix, in Joan., compare ou plutôt assimile l'opération de l'intelligence aux opérations ries sens : Ipsa mens nostra... quando immutabilem veritatem inlelligit..., et lumen videt de quo dicitur : erat lumen verum; et verbum audit de quo dieitur : in principio erat verbum; ... et laclu fruitur de quo dieitur : mitti adhserere Deo bonum est : nec aliud atque aliud, sed una intelligentia tôt sensuum nominibus nuncupatur. Cité par Fabre, Réponse..., p. 100, note 1.

Le Livre des Rétractations lui-même fournit encore des textes aux ontologistes : « si les ignorants euxmêmes répondent avec exactitude, lorsqu'ils sont bien interrogés, sur des sciences qu'ils ne connaissent pas, c'est parce que la lumière de l'éternelle Raison est présente à leur entendement, et qu'ils y contemplent ces vérités nécessaires (quia pnvsens est eis, quantum id capere possunt. lumen Rationis œtermv, ubi hiec incommutabilia vera conspiciunt). Retract., 1. I, c. iv; Disc, p. 236 et 282. — De même, pour expliquer la remarque qu'Augustin avait faite, qu'il semble que l'âme apporte en ce monde tous les arts avec elle, « il peut bien se faire, dit-il, que cela vienne de ce qu'elle est une nature intellectuelle et unie aux choses immuables (et connectilur non solum intelligibilibus verum etiam immutabilibus rébus), de manière que c'est en se tournant vers les choses auxquelles elle est unie qu'elle répond avec exactitude aux questions qu'on lui adresse. » Ibid., c. vin; Disc, p. 256-257.

Voilà quelques-uns des textes invoqués par les ontologistes pour revendiquer saint Augustin comme leur authentique chef de file. Ont-ils eu tort ou raison d'interpréter ces textes dans un sens ontologiste? En tout cas, ce faisant, ils déclarent suivre une tradition exégétique qui se réclame de noms illustres : « Longtemps avant Malebranche, on avait entendu la doctrine du saint docteur à la manière des ontologistes. Qu'il me suffise de vous citer saint Anselme, saint Bonaventure et, au xvie siècle, le P. Valérien Magni. Dans les trois siècles suivants, d'éminents théologiens et d'illustres philosophes ont entendu dans le même sens la pensée de saint Augustin, entre autres le P. Juvenalis, Leibniz, le P. Thomassin, le P. Berti, le cardinal Gerdil, etc. » Disc, p. 230-231. Cf. Gilson, Introduction à l'élude de saint Augustin, Paris, 1929, p. 115-

//. AU MOYEU AGE. — 1° Saint Anselme. — Le seul texte où les ontologistes ont cru retrouver en saint Anselme leur propre doctrine est le chapitre xiv du Proslogium. Il est justement intitulé : Quomodo et cur videtur et non videtur Deus a quserentibus eum. On y

lit : « Pourquoi, Seigneur Dieu, mon âme ne vous sentelle pas, si elle vous a trouvé? N'a-t-elle pas trouvé celui qu'elle a trouvé être la lumière et la vérité? Car comment a-t-elle compris cela, sinon en voyant la lumière et la vérité?... Si donc elle a vu la lumière et la vérité, elle vous a vu, et si elle ne vous a point vu, elle n'a vu ni la lumière, ni la vérité. » Cf. Disc, p. 299-307; Zigliara, op. cit., t. h, p. 383-396.

2° Saint Bonaventure. — C'est à V ltinerarium mentis ad Deum que recourent surtout les ontologistes. pour retrouver leurs théories en saint Bonaventure, Voici quelques-uns des passages auxquels ils se réfèrent : « Nos jugements doivent se faire d'après une raison immuable et éternelle; or tout ce qui est éternel est Dieu ou en Dieu. Si donc nous jugeons par cette raison tout ce que nous jugeons avec certitude, il est clair que Dieu est lui-même la raison de toute chose, la règle infaillible et la lumière de la vérité, dans laquelle toutes choses brillent d'une manière intellectuelle... » Disc, p. 182, traduction libre du c. n, n. 29. ■ — Après avoir montré que l'intelligence comprend immédiatement la vérité éternelle des axiomes, saint Bonaventure ajoute : « Il résulte de cette connaissance que l'âme a présente à son intelligence la lumière immuable dans laquelle elle connaît ces vérités (habel lucem incommutabilem sibi preesenlem in qua meminit invariabilium veritatum). C'est ainsi que par les opérations de la mémoire il est évident que l'âme est elle-même une image de Dieu tellement présente à elle-même et ayant Dieu tellement présent qu'elle le perçoit actuellement (et eum habens prœsentem, quod eum actu capit). Itin., m, 38; Disc, p. 183- 184. — On ne connaît l'imparfait que par le parfait : Nisi cognoscalur quid est ens per se, non potest plene sciri definitio alicujus specialis substantiœ... Cum privationes et defeclus nullatenus possint cognosci nisi per posiliones, non venit inlellectus nosler ut plene resolvens intetlectum alicujus entium creatorum, nisi juvelur ab intellectu entis purissimi... et absoluli... Ibid., n. 39-40: Disc, p. 186-187, p. 175; Gioberti, op. cit., t.ii, p. 433. — Notre connaissance des vérités nécessaires prouve que nous sommes éclairés par la lumière divine : Scit enim (intellectus noster) quod veritas illa non potest aliter se habere. Scit igitur veritatem illam esse incommutabilem. Sed cum ipsa mens nostra sit commutabilis, illam sic incommulabililer relucentem non potest videre nisi per aliquam aliam lucem omnino incommulabililer radiantem, quam impossibile est esse creaturam mutabilem. Scit igitur in illa luce quœ illuminai omnem hominem... Ibid., n. 41 ; Disc, p. 185; Gioberti, p. 432. — Et un peu plus loin, à propos de la nécessité que l'on découvre entre la conclusion et les prémisses d'un raisonnement : Ex quo manifeste apparct quod conjunctus sit intellectus noster ipsi a'ternœ veritali : dum nisi per illam docentem nihil verum potest certitudinaliter capere. N. 42; Disc, p. 212; Gioberti, p. 432. — « Personne ne sait que telle chose est meilleure que telle autre, s'il ne sait qu'elle ressemble davantage à ce qui est tout à fait bon; mais personne ne sait qu'une chose ressemble davantage à une autre, si celle-ci ne lui est pas connue... Par conséquent, il est nécessaire que la connaissance du Bien suprême soit imprimée dans tous ceux qui consultent. » N. 43 ; Disc, p. 190. — « La philosophie naturelle, la philosophie lationnelle et la philosophie morale ont des règles certaines et infaillibles, qui sont comme des lumières et des rayons qui descendent dans notre esprit de la loi éternelle; et c'est pourquoi, étant éclairé et inondé de tant de splendeurs, notre esprit peut, s'il n'est pas aveugle, être conduit par lui-même à contempler cette lumière éternelle. » N. 48; Disc, p. 191-192.

Au c- v nous lisons : Contingit contemplari Deum, non solum extra nos et intra nos. verum etiam supra nos;

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extra nos per vesligiutn, intra nos per imaginent, et supra nos per lumen quod est supra mentem nostram, quod est lumen veritalis ivterniv, cum ipse mens nostra immédiate ab ipsa verilute formatur. N. 50; Disc., p. 214. — C'est l'Être divin qui est le premier objet aperçu par l'intelligence et ce sans quoi elle ne pourrait rien connaître : Volens igitur contemplari Dei invisibilia, quoad essentiœ unilatem, primo defigat aspectum in ipsurn esse... Esse (igitur) est quod primo cadit in intelleclu, et illud esse est quod est punis actus. Sed hoc non est esse particulare, quod est esse arctatum, quia permixtum est cum polentia, nec esse analogum, quia minime habet de actu, eo quod minime est. Restai igitur quod illud esse est esse divinum. Mira igitur est excitas intcllectus, qui non considérât illud quod prius

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