‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 2)Chapitre 232 sur 233 · ORATOIRE. LA RESTAURATION · texte numérisé non relu

ORATOIRE. LA RESTAURATION

de Platon dans la Cité de Dieu et les Confessions: on pouvait donc demander à ce philosophe des armes pour défendre la religion.

Or, M. de Harlay-Sancy, en entrant à l'Oratoire, avait donné des manuscrits de Platon et de ses plus célèbres disciples ; pour les étudier, il se forma dans la congrégation un groupe de Pères qui, corrigeant les erreurs par les interprétations de saint Augustin, contribuèrent à faire prévaloir les doctrines de l'Académie sur celles du Lycée. Voir Houssaye, op. cit., t. m, p. 379-381. Le P. de Morainvillers, (f 1654), publie Examen philosophise platonicœ, 2 vol. in-8°, 1650; le P. Jacques Fournenc (f 1666), publie une Philosophie en 3 vol. in-4°, dans laquelle il s'efforce de faire dominer le platonisme, et qui fut longtemps le seul manuel à Juilly; le P. André Martin (f 1695), donne Philosophiez, christiana, 7 vol. in-12, Paris, 1667-1671, qui n'est qu'un tissu de textes extraits de saint Augustin. Nouvelle édition par l'abbé Fabre, Paris, 1863. Thomassin continuera la tradition dans la Méthode d'étudier... chrétiennement... la philosophie. Malebranche, qui entre à l'Oratoire en 1660, y trouvera donc des confrères tout pénétrés des idées de Platon et de saint Augustin.

Par la nécessité de choisir, non seulement entre Platon et Aristote, mais entre les doctrines mêmes de celui qu'on préférait, on était disposé à saisir le vice des anciennes méthodes, à suivre avec intérêt les tentatives de réforme. Depuis 1626, le P. Gibieuf était lié avec Descartes : « On lui a obligation, estime Cloyseault, op. cit., 1. 1, p. 145, de quantité de sentiments qu'il (Descartes) a supprimés qui ne convenaient point avec les principes de la théologie et qui pouvaient paraître opposés aux règles de la foi. » Venant à l'Oratoire, le philosophe y trouvait le P. Léonor de la Borde, Guillaume Camerarius, qui publia des Selectœ dispiilalioncs philosophiez, 1630, Condren, ouvert aux spéculations de la raison comme aux contemplations de la foi. Bérullc, qui fut son directeur de conscience, l'entendit exposer son système en 1628 et, se promettant pour la religion les plus heureux fruits de cette manière de philosopher, il lui intima l'obligation de la faire connaître. De nos jours Etienne Gilson dans La liberté chez Descartes et la théologie, in-8°, Paris, 1913, Henri Gouhier, dans La pensée religieuse de Descaries, Paris, 1924, La philosophie de Malebranche, La vocation de Malebranche, in-8°, 1926, ont mieux fait connaître l'influence de Bérulle sur la philosophie contemporaine en montrant qu'il a agi sur Descartes, comme on agit sur un philosophe, en mettant en branle sa pensée, en lui suggérant une métaphysique libérée de l'École, sur laquelle il pût baser sa physique : c'est grâce à lui, pour une part qu'il ne faut pas exagérer, mais qui est très réelle, que la pensée de Descartes a pu être dite une pensée religieuse.

Comment aussi s'empêcher de trouver un son bérullien dans certaines des Pensées de Pascal, dans le Mystère de Jésus, dans sa manière de regarder tout par rapport à Jésus. Grand contemplatif, Bérulle était aussi grand penseur, on s'en aperçoit de plus en plus. Parmi les oratoriens qui ont écrit de la philosophie, les uns se sont montrés disciples de Descartes comme Bernard Lamy (Voir le mot). Nicolas Joseph Poisson édita le Traité de la mécanique par M. Descartes; de jilus l'abrégé de musique du même auteur, mis en français arec les éclaircissements nécessaires, in-4°, Paris, 1668; Commentaire ou remarques sur la méthode de M. Descartes, où l'an établit plusieurs principes généraux nécessaires pour entendre toutes ses œuvres, in-8", Vendôme, 1671, ouvrages qui soulevèrent de vives polémiques. Claude Ameline, Traité de la volonté, de ses principales actions, de ses passions et de ses égarements, in-12, Paris, 1684; Traité de l'amour du souve-

rain bien, in-12, Paris, 1699, où il se montre partisan de la philosophie de Malebranche.

Par contre, Alexandre Ferrand. dans Enchiridion philosophicum, seu contracta Doctoris Angelici philosophia, in-16, Paris, 1668, et Jean Baptiste de la Grange, dans Les principes de la philosophie contre les nouveaux philosophes Descartes, etc. 2 vol. in-12, Paris, 1675 et dans Traité des éléments, in-12, Paris, 1679, veulent revenir à la philosophie d'Aristote. P. de Lignac adopte au contraire les principes de Malebranche, dans Éléments de métaphysique tirés de l'expérience, in-12, Paris, 1753; Examen sérieux et comique des discours sur l'esprit, 2 vol. in-12, 1759; Le témoignage du sens intime et de l'expérience, 3 vol. in-12, 1760; Possibilité de la présence corporelle de l'homme en plusieurs lieux, in-12, Paris, 1764.

L'Oratoire a eu aussi un grand nombre d'historiens surtout de l'histoire ecclésiastique : André Tod qui traduisit le premier volume des Annales de Baronius, Eustache Gault, Bené Demyon, Jérôme Vignier, Symphorien Guyon, Georges Galland, Jean Bonichon, Nicolas de Bralion, Charles Lecointe surtout qui composa Annales ecclesiastici Francorum, 8 vol. infolio, Louis Abel de Sainte-Marthe qui collabora au Gallia christiana, Gérard Dubois, Jacques Lelong, l'un des plus célèbres érudits français, Bougerel, Desmolets. 11 compte des grammairiens célèbres comme Mitre Merindol.

Bon nombre de Pères cultivèrent la poésie surtout en latin : Nicolas Bourdon, André de Clercq, Louis Chaillot, Pierre Berthault, Michel Armynot, Joseph du Vachet, Jacques Moireau, Charles du Four, Guy de Souvigny, Jean François Bonneau, Charles Feau, Jean Bahier.

D'autres composèrent des ouvrages scientifiques, Pierre du Heaulne, Jean Prestet, Bertier, etc. : « On nous laisse, dit le P. Lamy, suivre les attraits particuliers que nous avons pour certaines études; mais la grande étude est la discipline de l'Église, des Écritures, des conciles et des Pères. » Entretiens sur les sciences, Ve entretien, p. 199, de l'édition de 1724.

VI. Le nouvel ORATorRE. — Le P. Moisset, dernier supérieur général, était mort le 7 décembre 1790; le 10 mai 1792, les Pères « composant le régime tic la congrégation et les autres membres des maisons de Paris, » au nombre de plus de soixante, écrivirent au pape Pie VI pour l'assurer de leur inviolable fidélité à l'Église : «levant les yeux vers le centre de l'unité catholique, comme vers le port assuré du salut, (ils) désiraient renvoyer leur dernier souffle de vie au principe de qui l'Oratoire l'avait reçu. »

Deux essais de restauration, l'un dès 1806 par M. de Fontanes, l'autre en 1839 par M. de Genoude avaient échoué. Le 16 août 1852, le P. Pététot réunissait aupresbytère de Saint-Boch, les PP. Gratry, de Valroger, déjà prêtres et trois jeunes laïques, A. Perraud, Gambier, Lescœur. Le 22 mars 1864, Pie IX constatant que l'œuvre « avait la même fin que l'ancienne congrégation de l'Oratoire », la « reconnaissait et la confirmait » pour la continuer et lui donnait le titre d'Oraloire de Noire-Seigneur Jésus-Christ et de Marie Immaculée. Les constitutions furent définitivement approuvées en 1892.

Pour le P. Gratry, le réel instigateur, « l'Oratoire est un lieu de prière, d'étude dans la prière, et de propagation évangélique par la parole et par la plume... Les moyens sont d'abord : la réunion de plusieurs dans un lieu de prières et d'études, dans cet Oratoire qui se compose de deux éléments : l'Oratoire proprement dit, et puis l'atelier de travail ou, si l'on veut, la chapelle et la bibliothèque. » Les Sources, discours sur le devoir intellectuel des chrétiens au XIXe siècle, p. 197.

Malgré les difficultés inhérentes à un début, malgré

ORATOIRE — ORCHI

deux dispersions en 1880 et 1903, si l'atelier d'apologétique dont rêvait le P. Gratry n'a pu vraiment exister, cependant l'Oratoire n'a pas failli à sa mission de répandre la vérité par l'éducation, par la prédication, par ce que A. Perraud appelle l'apostolat de la science. Nombreux sont déjà les ouvrages composés par les Pères de l'Oratoire sur les différentes branches des connaissances religieuses. Gratry a écrit une vingtaine de volumes. (Voirie mot.) Le P. Pététot a donné Quatre conférences sur l'éducation, 1876; Méditations sur les évangiles du carême, Paris, 1889. De Valroger, Introduction historique et critique aux livres du Nouveau Testament, 2 vol. in-8°, Paris, 1861. A. Perraud, Études sur l'Irlande contemporaine, 1862; L'Oratoire de France au xvne et xix" siècles, in-12, 1865; Paroles de l'heure présente, in-12, 1871, etc. Charles Perraud, son frère, Le christianisme et le progrès, 1881; La libre pensée et le catholicisme, 1885, conférences précitées à Saint-Ambroise; Méditations sur les sept paroles de Noire-Seigneur Jésus-Christ en croix, 1890. Henri Perreyve, Une station à la Sorbonne, 1861; Entretiens sur l'Église catholique, 1864; Biographies et panégyriques, 1867; Souvenirs des retraites d'ordination, 1874; Études historiques, 1875; Méditations sur les saints Ordres, 1875. Le P. Lescceur, L'Église catholique en Pologne sous le gouvernement russe, 1860; Jésus-Christ, 1880; Le dogme de la vie future et la libre pensée, Retraite au Carmel, 1883. P. Largent, Une station de Carême, 1881; Méditations sur la sainte Vierge, Les devoirs du prêtre, 1907; Les sources de la piété; L'abbé de Broglie, sa vie, ses œuvres, 1913; Le pain de vie, etc. R. P. Nouvelle, Authenticité du quatrième évangile; Méditations sur l'évangile selon saint Jean. P. Lecanuet, Monlalcmbert, 3 vol.; L'Église de France sous la troisième république, inachevé, 4 vol. C. Verschaffel, Apostolat de la jeunesse; la traduction faite avec le P. Godet de l'Histoire de l'Église de Kraus,de la Patrologie de Bardenhewer, 1899. P. Thédenat, Le Forum romain; Pompéi, sa vie publique. A. Chauvin, Le P. Gratry, in-8°, Paris, 1901. P. Lallemand, Allocutions pour des jeunes gens, 1886-1889. P. Roussel a traduit des livres hindous, publié des documents inédits sur Lamennais. L. Ingold, une trentaine de publications concernant surtout l'histoire de l'Oratoire. Mgr Laveille, qu'on a justement nommé l'hagiographe du xxe siècle, Jean-Marie de Lamennais; Grignon de Monlfort; Mme de Malberg, Sainte Thérèse de l'Enfant- Jésus, etc. Mgr Baudrillart, Philippe V et la cour de France, 5 vol., in-8°, Quatre cents ans de Concordai, Vie de Mgr d'Hulst, 2 vol., in-8°, L'enseignement catholique dans la France contemporaine, in-8°, Paris, 1910; L'Église catholique, la Renaissance et le protestantisme, in-12, Paris, 1912 ; Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastique, dont il a été le directeur; La vocation catholique de la France et sa fidélité au Saint-Siège à travers les âges, conférences de Notre-Dame pour le Carême de 1928. Avant lui, le P. Sanson avait donné les conférences des Carêmes de 1925, 1926, 1927, publiées également. A. Molien, La Prière de l'Église, explication de l'année liturgique, 2 vol. in-12, 1924 ; La prière pour les défunts, 1928. P. Dieux, Pascal mis au service de ceux qui cherchent, 1928. P. Ponsard, Le bonheur d'être chrétien; Retraite pascale de Notre-Dame, 1928. P. Rabeau, Introduction à l'étude de la théologie, 1926; Réalité et Relativité, 1927. P. Brillet, Méditations sur saint Paul, dans Union apostolique, 1924-1925.

Les Œuvres du P. de Bérulle, où il faut surtout aller chercher la spiritualité de l'Oratoire, ont été recueillies par le P. Gibieuf, qui a rédigé les sommaires, et publiées en 1644, in-folio, par le P. Bourgoing, qui a ajouté une préface très importante; rééditées par Migne, un vol. in-4°, 1856. Plus récemment, O. Piquand a publié à part, Discours de

l'état et des grandeurs de Jésus, in-8°, Paris, 1866; G. Rabeau, Élévation à J.-C. N.-S. sur la conduite et de son esprit et de sa grâce vers sainte Madeleine, 1922; Mémorial de direction pour les supérieurs, 1026. Éditions faites par la Vie spirituelle qui doit donner aussi La Vie de Jésus. Ajouter les œuvres du P. de Condren, de M. Olier. Voir ces mots.

Aux biographies du P. de Bérulle que nous avons eu l'occasion de citer, Habert, Iloussayc, ajouter d'Attichy, De vita et rébus geslis Eminentissimi ac Rev. D. Pétri Berulli..., in-8°, Paris, 1649; Caraccioli, La vie du cardinal de Bérulle, in-12, Paris, 1764, en tète de l'édition de Migne; Tabaraud, Histoire de Pierre de Bérulle, 2 in-8°, Paris, 1817, qui représente l'esprit paraissant avoir dominé a l'Oratoire pendant la seconde moitié du ivra" siècle; Nourrisson, Le Cardinal de Bérulle, sa vie, ses écrits, son temps, in-12, Paris,

Sur l'ancien Oratoire : P. André, Vie du R. P. Malebranche publiée par le P. Ingold, in-18, Paris, 1886; Barbedette, L'influence auguslinienne au XVII' siècle, spécialement à l'Oratoire, Revue de l'histoire des religions, mai-juin 1926; Batterel, Mémoires domestiques pour servir à l'histoire de l'Oratoire, 4 in-8°, Paris, 1902-1905; H. Bremond, Hist. littéraire du sentiment religieux, 8 vol. in-8°, 1916-1928, spécialement, t. m, L'École française; Cloyseault, Recueil des vies de quelques prêtres de l'Oratoire, publié par le P. Ingold, 3 in-12, 1882-1883; Vie du P. François de Sainl-Pé, in-12, 1696; Eriau, Le carmel de la rue Saint-Jacques aux XVII» et XVIII» siècles, Paris, 1929; A. George, L'Oratoire, in-12, Paris, 1928; Gillet, Oraloriana, in-12, Paris, s.d.; Grimai, Le sacerdoce et le sacrifice de N.S., in-12, 4e édit., 1926; Hanotaux, Hist. du card. de Richelieu, 3 in-8°, Paris, 1896; Ingold, Le chancelier d'Aguesseau et l'Oratoire, Paris, 1879; L'Oratoire et le jansénisme au temps de Massillon, Paris, 1880; Le prétendu jansénisme du P. de Sainte-Marthe, Paris, 1882; L'Oratoire et la Révolution, Paris, 1885; L'Oratoire et le jansénisme, Paris, 1887; Essai de bibliographie oralorienne, in-8°, Paris, 1880 avec un Supplément, etc. ; P.Lacroix, Les origines de l'Oratoire de France, Revue dis jeunes, 10 juillet 1922; P. Lallemant, Histoire de l'éducation dans l'ancien Oratoire de France, in-8°, Paris, 1888; Bernard Lamy, Entretiens sur les sciences, V" entretien, Grenoble, 1683; Lebrun, Œuvres complètes du V.Jean Eudes, 13 vol. in-12, Vannes, 1905-1911; P. Lcherpeur, L'Oratoire de France, in-12, Paris, 1926; Lepin, L'idée du sacrifice dans la religion chrétienne, principalement d'après le P. de Condren et M. Olier, in-8°, Paris, 1925; Letourneau, S. S., La mission de J. J. Olier et la fondation des séminaires en France, Paris, 1906; Écoles de spiritualité : l'école française au XVII» siècle, Paris, 1913; Les origiies historiques de la méthode de Sainl-Sulpice; La méthode d'oraison mentale du séminaire de Saint-Sulpice; Lhoumeau, La vie spirituelle à l'école du B. Grignion de Montfort, Paris, 1904; A. Ferrand, L'Oratoire de France au XVIIe et au XIXe siècle, Paris, 1866; Pisani, Les compagnies de prêtres au XVI» et au XVII» siècle, in-12, Paris, 1929; Aloys Pottier, Le P. Louis Lallemant et les grands spirituels de so/i temps, 3 vol. in-12, Paris, 1927-1929; Pourrat, La spiritualité chrétienne, t. m, p. 486 sq. ; Prunel, Sébastien Zamel, in-12, Paris, 1912; Les premiers séminaires en France au XVII» siècle, extrait des Études du 5 février 1909; Richard Simon, Lettres choisies, nouv. éd. rev. corr. et augm. par M. Bruzen, 4 vol. in-12, Amsterdam, 1730.

Sur le nouvel Oratoire : Mgr Baudrillart, Le cardinal Perraud, Paris, 1906; Éloge du cardinal Perraud, Parayle-Monial, 1923; A. Chauvin, Le P. Gratry, L'homme et l'œuvre, Paris, 1901 ; Éloge funèbre du R. P. Nouvelle, Paris, 1918; Gratry, Souvenirs de ma jeunesse; Les Sources; Henri Perreyve ; P. Largent, Notices sur les PP. de la Bastie 1867, Magnier, 1873, Gillet, 1880, Charles Perraud, 1895, Lescœur; P. L. Lescoeur, Notice biographique sur le R. P. Pététot. Les ouvrages déjà cités du cardinal Perraud, du P. Leherpeur, de A. George étudient aussi le nouvel Oratoire. Ajouter de A. Perraud, Notice biographique de l'abbé Gambier, Paris, 1867 ; Le P. Gratry, Sa vie et ses œuvres, Paris, 1900; Mes relations personnelles avec les deux derniers papes, Pie IX et Léon XIII, mémoires publiés par Mgr Gauthey, Paris, 1917; Les Échos de Bélhanie, 1925-1929.

A. Molien.

ORCHI Emmanuel, capucin (xvne siècle). Originaire de Côme, il entra chez les frères mineurs capucins de la province de Milan. Successivement lecteur et défi-

ORDALIES

nlteur, il fut le conseiller général rie la province, au point de vue théologique, et un des plus grands prédicateurs de l'Italie, de l'avis unanime des historiens de la prédication: il mourut enl649, clans l'île de Procida. alors qu'il se dirigeait vers Malte pour y prêcher le carême. En dehors de nombreuses poésies, Emm. Orchi composa encore les ouvrages suivants: Lecliones philoropliicse et theoiogicas, en plusieurs tomes in-4": — 2- Prediche quaresimali : cette série de sermons fut publiée d'abord à Milan et ensuite à Venise, en 1650 et en 1651: — 3. Encomium gloriee Austriccœ, qu'il fit imprimer à Bamberg.

L. Wariding, Scriptores ordinis minorum, 2e édil., Rome, 1906, p. 73; J. H. Sbaralea, Slipplementum ad scriptores trium ordinum S. l'rancisci, 2' éd., t. i, Rome, 1908, p. 243; Bernard de Bologne, Biblinthrca scriptorum capuccinorum, Venise, 1747, p. 79; Nuova enciclopedia italiana, t. xvm, Turin, 1885, col. 400; A. Zawarl, The history o/ franciscan preaehing and uf franciscan preachers, New- York, 1928, p. 459. '

A. Teetaert.

ORDALIES. On étudiera succinctement

cette question qui relève plus particulièrement du Droit canonique, en se plaçant surtout au point de vue des initiatives prises par l'Église contre des institutions, accréditées par la coutume et acceptées ou tolérées par des autorités ecclésiastiques particulières. On examinera : I. La nature et les origines des ordalies. II. L'attitude des autorités ecclésiastiques à leur égard. III. Les conclusions à formuler.

I. Nature et origine des ordalies. — 1° Nature. Le mot ordalie vient de l'anglo-saxon ordal, allemand moderne Urlheil, jugement. Les ordalies, ou « jugements de Dieu », étaient, au Moyen Age, des pratiques en vertu desquelles les tribunaux ecclésiastiques, ou même de simples particuliers, tranchaient une question litigieuse, dans la persuasion que Dieu intervenait dans la cause à juger.

Parmi les principales ordalies, il faut citer : 1. Le duel judiciaire, « combat singulier ordonné ou permis par l'autorité publique, suivant des lois établies, et comme moyen d'arriver à reconnaître le bon droit dans une cause en litige. » L. Rivet, art. Duel, dans le Dict. apol. de la foi cath., t. i, col. 1196. — 2. Les sorts, employés pour découvrir un coupable présumé, caché dans un groupe d'individus. Un premier sort indiquait si le serment de non-culpabilité prêté par tout le groupe était, dans son ensemble, véridique. En cas de négative, un second sort faisait découvrir le coupable. Cf. Federico Patetta, Le ordalie, Turin, 1890, p. 183- 186. — 3. L'épreuve du feu, qui revêt plusieurs formes : il s'agissait de traverser, nu-pieds, sans en ressentir les atteintes, un brasier ardent; ou de passer indemne entre deux bûchers, revêtu d'une chemise de cire; ou d'introduire la main dans un gant de fer rougi au feu; ou de porter pendant un trajet déterminé un morceau de fer rougi, souvent un soc de charrue, ou encore de jeter un fer rouge en un vase disposé à cet effet, à distance déterminée. Patetta, p. 186-189; Friedrich Maier, Geschichte der Ordalien, Iéna, 1795, p. 45-57. — 4. L'épreuve de l'eau, froide ou chaude. Cette épreuve revêtait, elle aussi, des formes différentes. La forme la plus usitée pour l'eau froide était celle-ci : l'accusé (ou celui qui lui était substitué), la main gauche liée au pied droit, la main droite liée au pied gauche, était jeté dans un lac, une fosse remplie d'eau ou encore dans une rivière. S'il demeurait à la surface, il était reconnu coupable; s'il allait à fond, il était proclamé innocent. D'autres fois, il s'agissait simplement de plonger la main dans l'eau froide. Si l'inculpé était coupable, la main devait se marquer d'un signe. L'épreuve dé l'eau bouillante consistait à plonger la main dans une bassine d'eau bouillante, à une pro-

fondeur déterminée, pour en retirer un objet. L'examen de la main ou du bras se faisait généralement après trois jours : l'innocent ne devait plus alors porter aucune marque de brûlure; cf. Maier, p. 38-46; Patetta, p. 189-190. — 5. L'épreuve du cercueil (Bahrreclit, judicium feretri), de date relativement plus récente et dont l'usage, s'est maintenu en Allemagne jusqu'au xvme siècle, consistait à mettre en présence du cadavre de l'assassiné l'assassin présumé. Au contact de l'assassin, les plaies du défunt devaient saigner ou d'autres signes se manifester sur le corps. Pareille épreuve était ordinairement accompagnée d'un serment ; elle comportait, suivant les lieux et les coutumes, de nombreuses modalités; cf. Maier, p. 81-84; Helfter, Ueber das Bahrrecht, dans Archiv des Criminalrcchts, nouvelle série, 1835, p. 464-468; Patetta, p. 196-202. — 6. Le jugement du pain bénit (judicium offiv, offa judicialis, judicium panis adjurati, casibrodeum, caseus exsecralus, etc.). L'accusé devait absorber une certaine quantité de pain et de fromage mélangés, qu'un prêtre, après avoir béni ce mélange et y avoir inscrit quelque texte sacré ou le Pater, lui introduisait dans la bouche. S'il pouvait l'avaler, il était reconnu innocent ; s'il fallait le lui retirer de la bouche, il était coupable. Maier, p. 67-70; Patetta, p. 202-203. — 7. Le jugement de la croix. L'inculpé devait se tenir debout contre une croix, les bras étendus, pendant un temps déterminé, ordinairement le temps de la célébration d'une messe. S'il demeurait totalement immobile, il était tenu pour innocent; s'il laissait retomber ses bras, c'était un signe divin de sa culpabilité. Ordinairement, le jugement de la croix était une épreuve bilatérale : perdait son procès celui des deux adversaires qui, le premier, laissait tomber ses bras. Du Cange, Glossarium, v° Crux; Maier, p. 58 sq. ; Patetta, p. 203-206. On employait le jugement de la croix à défaut du duel judiciaire, pour terminer un litige entre deux adversaires trop lâches ou trop faibles pour se battre. Patetta, p. 205, notes 2, 3 et 4. — 8. Souvent le jugement de la croix prenait une autre forme et se confondait avec le serment sur les reliques des saints. « Le prévenu, une fois innocenté par douze témoins du crime dont on l'accusait, devait se rendre à l'église ou sur les reliques des saints. Là, on préparait deux dés dont l'un était marqué du signe de la croix et l'autre était sans aucun signe. Ces dés étaient cachés sous un tissu de lin ou de laine, sur l'autel ou sur les reliques des saints. Le. prêtre priait Dieu de manifester par un signe la véracité du serment prêté par l'inculpé. Pour cela, un prêtre ou un enfant innocent tirait au sort l'un des deux dés. Si le dé marqué de la croix sortait le premier, c'était un signe d'innocence en faveur de l'inculpé et de véracité pour son serment. » Maier, p. 05-66. — 9. Le serment seul ne constituait pas, à proprement parler, un jugement de Dieu ; cf. Patetta, p. 206-207; toutefois, par l'usage qu'on en fit, le serment proféré sur la tombe des martyrs, par exemple, à Home, sur la tombe de saint Pancrace (voir Grégoire de Tours, In glor. mart., 57, Mon. Germ. hisl., Script, rer.mer., t. i, p. 527-528), est devenu un véritable jugement de Dieu, parce qu'il se complète d'un signe divin marquant l'innocence ou la culpabilité de celui qui prête serment. C'est, en ce sens, que le serment sur l'eucharistie doit être rangé parmi les ordalies, quoique B. Hilse, Das Gottesurtheil des Abendmahlsprobe, Berlin, 1867, ait défendu l'opinion opposée avec quelques auteurs; cf. Patetta, p. 209-210. L'eucharistie était reçue par l'inculpé en signe de son innocence : celle innocence devait éclater si, après la communion, ne lui survenait ni mort ni maladie. Cf. Maier, p. 71-81. Cette épreuve était employée surtout à l'égard des clercs et des moines.

Patetta énumère encore un certain nombre d'orda-

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lies de moindre importance el souvent, comme lelles, discutées par les auteurs : épreuves de la motte de terre suspendue, du bain à découvrir les sorcières, de la balance, du pain ou de la chaudière ou du livre suspendus, — ces trois dernières fortement apparentées l'une à l'autre. Voir p. 211-218.

2° Origine. — Si l'on voulait faire la philosophie religieuse de l'ordalie, on en trouverait l'origine première dans la nature même de l'homme. Il existe une certaine évolution parallèle entre la religion et l'idée d'un jugement de Dieu. Il faut reconnaître, dans toutes les religions qui se sont manifestées, selon les influences du milieu et de la civilisation, mille, formes différentes du jugement de Dieu. Patetta a fait cette analyse de l'ordalie, au regard du sentiment religieux, c. i, et, c. ii-vi, il en retrace l'histoire dans les principales religions : chez les peuples sauvages et demi-sauvages, c. ii ; dans l'ancienne Egypte et chez les peuples sémitiques, c. m; chez les Aryens primitifs, dans les religions de l'Inde et de la Perse, c. iv; chez les populations gréco-italiennes, c. v; chez les Celtes et les Slaves, c. vi.

La religion juive elle-même offre des exemples de jugements de Dieu, soit par le moyen des sorts, Prov., xvi, 33; Jos., vu, 2-18; I Rcg.. xiv, 36-43; Jon., i, 7, etc.; soit par l'Urim et le Tluimmim, Ex., xxvm, 30, dont il faut sans doute rapprocher Deut., xvn, 8-14; soit par le serment. Ex., xxn. 8-15; soit enfin, pour le cas d'adultère caché, par l'épreuve de l'eau amère, Num., v, 11-28.

Cette étude sur les ordalies dans les religions anciennes, antérieures au christianisme, permet à Patetta de conclure, en ce qui concerne le haut Moyen Age et les populations de race germanique, à une origine païenne de la plupart des jugements de Dieu, conclusion singulièrement renforcée au c. vin, où l'auteur établit minutieusement les rapports des jugements de Dieu avec les autres preuves de culpabilité admises par l'ancienne législation des peuples germaniques. Déjà, à la fin du xvme siècle, F. Maier l'avait précédé dans cette voie: mais, avec un luxe de textes empruntés aux sources, et par une discussion serrée des documents, l'auteur italien a fourni une démonstration sans réplique. La cause est aujourd'hui jugée : « Si quelques ordalies, telles que la preuve de l'eucharistie, le jugement de la croix et le serment sur les reliques des saints, ont un caractèreessenliellement chrétien, toutes les autres et, pour ne citer que les principales, le duel, les sorts, l'épreuve du fer rougi, les épreuves de l'eau bouillante et de l'eau froide, sont manifestement, chez les peuples baptisés, d'importation germanique. Ce sont des lois et des coutumes barbares qui ont passé par une infiltration lente et progressive dans les mœurs des fidèles et jusque dans les canons des conciles. » Yacandard, L'Église et les ordalies, dans Études de critique et d'histoire religieuse, l" série, Paris, 1905, p. 191.

Désormais, on ne doit plus citer qu'à litre historique l'opinion qui présente le concept de jugement de Dieu comme une idée spécifiquement chrétienne. J.-A. Hofî, Von den Ordalien oder Gottesurtheilen in historischen Erziihlungen, Mayence, 1814, p. 16; Hegewisch, Uebersicht der deutschen Kulturgeschichte, Leipzig, 1788, p. 105, note; etc. Toutefois, on ne saurait accepter sans restriction l'opinion diamétralement opposée, que toutes les ordalies sont d'origine païenpe, même le jugement de la croix. Plus ou moins en ce sens, Hergenrôther, Hist. de l'Eglise, tr. fr., t. m, Paris, 1895, p. 156 iKirchengeschichte, t. i, p. 82); Jac. Grimm, Deutsche Rechtsallerthùmer, 3e édil., Gcetlingue, 1881, p. 909; F. Dahn, Geschichle der deutschen Vrze.it, 1er fasc. de la Deutsche Geschichle, vol. xliv de la Geschichte der europaïschen Staaten, Gotha, 1883, p. 24, etc. Entre

ces opinions extrêmes, il y a place pour de multiples systèmes plus ou moins divergents, mais qu'on peut ramener à deux catégories. Certains auteurs estiment que les ordalies étaient familières aux anciens Germains, mais que les formes que nous en connaissons ont été, les unes inventées, les autres modifiées par le christianisme. D'autres affirment que les formes sont restées païennes, mais que le concept du jugement de Dieu comme moyen de preuve d'innocence ou de culpabilité, est d'origine proprement chrétienne. A la première catégorie appartiennent Kogge, l'eber das Gerichtswesen der Germane.n, Halle, 1820, p. 104; Waltz, Deutsche Verfassungsgeschichle, t. i, Kiel, 1880, p. 447; Wilda, Geschichte des deutschen Stra/rechts, Halle, 1842, p. 480-482. De la seconde relèvent Pfalz, qui se rattache cependant à Wilda par sa théorie des ordalies populaires auxquelles le christianisme aurait substitué les ordalies sacerdotales, Die germanischen Ordalien, Leipzig, 1865, p. 18, 19, 24; mais surtout F.-W. Unger, Der gerichtliche Zwetkampf bei den germanischen Volkem,d3ns\csGôttingerStudien, 1847,p.352sq.,etC.Hildenbrand. Die Purgatio canonica und vulgaris, Munich, 1841, p. 16, 22. L'hypothèse initiale de ces systèmes, que le jugement de Dieu est un concept essentiellement chrétien, est démontrée fausse. Ce concept appartient aussi bien à l'ancienne législation germanique.

Il n'en est pas moins vrai que, malgré quelques réactions individuelles, — ■ on cite, d'après Agobard, saint Avit, P. L., t. civ, col. 124-125,251, et Cassiodore, t. lxix, col. 588, — le christianisme avait adopté la plupart des ordalies et que, sous leur influence, il a tiré de sonpropre fonds(croix, eucharistie, reliques des saints) de nouvelles formes de jugements de Dieu. Sous quelles influences, avec quelles préoccupations, dans quels buts se sont faites ces adaptations? Tel est le problème que maints auteurs ont tenté de résoudre à propos des origines des ordalies. Est-ce dans le dessein d'abolir les ordalies d'origine païenne, comme l'insinuent Unger, Hildebrand et l'affirme Pfalz? Est-ce par une sorte d'imprudence, non calculée d'ailleurs, comme le dit Thonissen, L'organisation judiciaire... de la loi salique, Bruxelles, 1882, p. 515? Faut-il plaider la bonne foi? Hildenbrand, op. cit., p. 174-184. Faut-il, au contraire, invoquer ici l'influence de la cupidité et des basses passions, comme le voudraient Thomasius et Plank, cités par Hildenbrand? Faut-il se rallier à une thèse plus communément admise, qu'un sentiment réel de piété et de justice serait à l'origine de ces adaptations? On sait, de plus, que Hergenrother cl quelques autres, distinguant le serment de l'ordalie, déclarent que l'Église s'est efforcée de substituer celuilà à celle-ci. Hypothèses qui présentent toutes quelques points de vraisemblance, mais qu'il est impossible de vérifier historiquement d'une manière totale.

Ce qu'on peut dire, en toute vérité, c'est que les chrétiens, dans l'histoire de leurs origines, trouvaient des antécédents capables de les disposer en faveur des ordalies. Les épreuves de l'eau bouillante et du fer rougi n'étaient pas pour étonner des chrétiens accon tumés à entretenir leur piété par le récit du supplice de saint Jean l'Évangéliste devant la Porte latine, et pyr le souvenir d'autres actes merveilleux du martyrologe. Saint Augustin n'avait-il pas demandé un miracle au tombeau de saint Paulin de Noie, pour prouver l'innocence de deux prêtres accusés? Epist., lxxviii, n. 4, P. L., t. xxxiii, col. 268-269. L'Écriture elle-même fournissait des arguments, qu'on retrouve indiqués dans les Ordines du haut Moyen Age : les trois jeunes gens dans la fournaise, le fer d'Élie surnageant l'eau, l'eau amère, le duel de Goliath et de David, saint Pierre marchant sur les eaux, etc. Quoi

ORDALIES

qu'il en soit, les ordalies furent acceptées et firent partie du droit public, dès avant le vme siècle. Mais c'est à partir du vme siècle qu'elles entrent dans le droit ecclésiastique.

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