‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 2)Chapitre 36 sur 233 · NESTORIUS, EXPRESSION SPONTANEE DE SES IDEES · texte numérisé non relu

NESTORIUS, EXPRESSION SPONTANEE DE SES IDEES

serait -il donc lui aussi recevable"? A coup sûr et, dès sa première lettre à Célestin, Nestor., p. Ui7, 1. 19 sq., l'archevêque s'en explique nettement : si guis autem hoc nomen theotocon propler humanitatem conjunctam Deo Yerbo, non propler parienlem (lecture de Schwartz, dans Coll. Veronensis, n. 3, p. 13, meilleure que pnrenlem) proponet... ferri potest hoc vocabulun, propler ipsam consideralionem, et quod solum nominetur de virgine hoc verbum propler inseparabile templum Dei Verbi ex ipsa, non quin ipsa miter sil Dei Verbi; nemo enim anliquiorem se paril.

On louera cette modération, et on remarquera que Nestorins en use dans une lettre au pape, qui est déjà un essai d'apologie. Il eût fallu en user plus tôt. Or, il n'est que trop vrai, l'insistance suspecte de Nestorins à critiquer à tout propos et hors de propos le terme de Théotokos, à lui assigner une origine hérétique (ce qui n'était rien moins que démontré) a été la cause principale de son malheur. Et il est extrêmement pénible d'entendre revenir, dans le Livre d'Héraclide, ce sempiternel rabâchage. Rien n'a davantage contribué à le perdre, non seulement dans l'esprit du populaire, mais parmi ses plus fidèles adhérents. Voir, col. 104, la lettre de Jean d'Antioche sur ce sujet. Plus sévèrement encore faudrait-il juger ce lamentable à peu près, par -lequel il substitue une fois au mot Théotokos celui de Théodochos. Tt;v ©eoSÔ/ov tw 0£<T> \j.rt ouvGeoXoYtôjxev rcxpôévov ©eoSô^ov dico, non ©eotôxov, x lilleram, non x exprimi volens ; unus est enim. ni ego scciindum ipsos dicam, Pater Deus ©eorôxoç, qui hoc nomen compositum habeat. Nesl., p. 276, 1. 4 sq.; Collect. Palat., n. 21, p. 37.

3. Objection qui lui est faite. — Ce sont les attaques de Nestorius contre le mot Théotokos qui accréditent, en certains milieux, l'idée que l'archevêque ne croit pas à la divinité du Christ . Il a eu des mots si malheureux pour dire : « La Vierge n'a enfanté que l'homme; On n'enfante que ce qui vous est consubstantiel ! » Une syllabe changée, et la première de ces propositions prend un caractère tout à fait hérétique : <; La Vierge n'a enfanté qu'un homme. » Le Christ n'est donc qu'un homme; et voici que la redoutable accusation de faire de Jésus un ^îXoç àvOpcoTroç a un point d'appui.

4. Réponse de Xestorius. — Contre cette suggestion, Nestorius a protesté de toutes ses forces, en des termes si expressifs qu'il ne peut subsister le moindre doute sur sa pensée. Voir les références dans Nestor., p. 397, table, au mot : Chrislus kein « blosser Mensch ». Que le Christ soit Dieu et homme, il l'a indéfiniment redit et, quand il veut exposer clairement sa doctrine à saint Cyrille, voir col. 97, il prend comme point de départ le symbole de Nicée, où il cherche à montrer que se remarque la distinction des vocables correspondant aux deux aspects du Sauveur : Le symbole professe d'abord la foi en un seul Seigneur Jésus-Christ, puis, entrant dans le détail, il distingue en lui : les attributs de la divinité : Né du Père, etc., et ceux de l'humanité : qui, à cause de nous autres hommes, s'est incarné. Nestor., p. 174-175. Ainsi à la question du catéchisme : « Qui est Jésus-Christ? » Nestorius répondrait lui aussi : « Jésus-Christ est le Verbe incarné. » Voir Nestor., p. 252, 1. 13 : non est morluus inc.vhnatus Deus.

Mais, lui a-t-on dit, la manière dont vous avez parlé de la Vierge mère de l'homme, l'application constante que vous mettez à distinguer en Jésus ce qui est de l'homme, ce qui est de Dieu, n'impliquet-elle par chez vous l'adhésion à une doctrine déjà proscrite? A vous entendre parler, on croit voir se dessiner dans le Sauveur deux individus distincts, d'une part l'homme- Jésus, le lits de Marie, de l'autre, le Verbe, le fils de Dieu. -— Si l'on a compris ceci, ré-

pond Xestorius, on s'est mépris sur mes paroles; j'ai assez de théologie pour savoir que cette doctrine des deux fils est depuis longtemps condamnée. Je l'affirme donc, de toutes mes forces : le Christ est un : « Un est celui qui est né de la sainte Christotokos, Marie; c'est le Fils de Dieu. Je le dis et le répète, pour que tu n'ailles plus m'accuser en sortant. » Nestor., p. 283, 1. 17. Il n'y a pas deux Christs, il n'y a qu'un Christ; il n'y a qu'un seul Seigneur, et non deux Seigneurs; un seul Fils, non pas deux Fils. Voir une très longue liste de références dans Nestor., p. 397, table, sous les mots : Chrislus isl also ein elç ; et cf. Héracl., p. 44. Il y a peu d'affirmations que Nestorius ait répétées avec autant d'insistance. Aussi bien était-ce sut ce point de l'unité du Christ que sa doctrine prêtait le plus à critique; il a voulu prendre ses sûretés contre tout soupçon de diviser l'unité foncière du Sauveur. L'historien ne peut qu'enregistrer des affirmations aussi solennelles et aussi répétées. Il peut être amené à dire ensuite que l'expression de Nestorius a trahi sa pensée, qu'il n'a pas su trouver la formule métaphysique pour exprimer correctement celle-ci, mais il doit donner acte au condamné de 431 de sa volonté d'être orthodoxe.

S'il n'y a qu'un Christ, qu'un Fils, qu'un Seigneur, c'est que, entre les deux éléments' dont l'homme-Dieu est composé, il existe une intime union. Le Christ en tant que Christ est vraiment indissoluble : ô Xpia-rôç xarà tô Xpicxôç sïvai àSoaîpexoç. Nestor., p. 281, 1. 4. L'union de l'humanité et de la divinité (bien qu'il préfère d'ordinaire le mot concret, Nestorius emploie aussi l'abstrait), date du premier moment de la conception. Sur ce point, Théodore de Mopsueste avait été formel, sentant qu'on l'observait; il avait pris soin, à de multiples endroits, d'appuyer sur la réalisation, dès le principe, de l'union entre divinité et humanité. Moins inquiet peut-être, Nestorius n'a pas cru nécessaire de multiplier les affirmations, mais sa pensée ne saurait faire de doute, et vraiment l'on se demande où Cassien a pris l'idée qu'il prête à son adversaire. Voir col. 100. Comme tous les exégètes, comme Théodore, disons-aussi comme Augustin (ou l'auteur quel qu'il soit de l'ancien sermon xxxvi. De lempore, cf. P. L., t. xxxix, col. 2011 et la note b), Nestorius décrit la scène du baptême du Christ, il en célèbre la grandeur, il en tire des leçons, cf. Héracl., p. 61, mais rien, absolument rien, n'indique qu'il fasse partir de ce moment l'union entre l'humanité et la divinité.

Pour exprimer cette union, l'archevêque use parfois du mot grec svcoaiç (que les traductions latines rendent par unio, unilio), dont le résultat est une imitas qui, au moins une fois, est qualifiée de mirabilis. Neslor., p. 196, 1. 19 (cf. unilio ineffabilis, p. 31G, 1. 10; voirie texte complet, ci-dessus col. 105). Mais, à vrai dire, ces passages sont plutôt rares. Il préfère de beaucoup à l'idée d'union celle de conjonction, qui lui paraît mieux exprimer son idée maîtresse, à savoir que les deux éléments qui composent le Sauveur gardent chacun leurs propriétés essentielles. Les deux mots ctuvcottco (a7nrco= proprement nouer) CT'jvâ<p£t.a (conjungo et conjunclio) reviennent indéfiniment sous sa plume, comme sous celle de Théodore. Voir la très longue liste relevée dans Nestor., p. 400 au mot CTuvàçeia. Ne nous hâtons pas de tirer de cet emploi une suspicion; si Nestorius use avec prédilection de ce mot, c'est pour lutter contre celui de xpôcaiç que ses adversaires employaient, ou avaient du moins la tentation d'employer. Mais les qualificatifs qu'il lui donne âxpoc, à.xptôrlc,, 8tï)vexY)ç (et en latin : inseparabilis, summa et inconjusa) devaient prévenir, il l'espérait du moins, toute méprise sur sa pensée. On remarquera également qu'il évite une

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