‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 2)Chapitre 37 sur 233 · NKSTORIUS, EXPRESSION SPONTANÉE DR SES IDÉES · texte numérisé non relu

NKSTORIUS, EXPRESSION SPONTANÉE DR SES IDÉES

des comparaisons les plus dangereuses de son maître de Mopsueste. Celui-ci pour exprimer l'union des deux natures s'est référé, à plusieurs reprises, à la phrase biblique relative a l'union de l'homme et de la femme : erunt duo in carne unu, Gen., n, 24. Sauf erreur, on ne relève jamais cette idée dans l'œuvre de Xestorius.

Une des façons pour lui d'exprimer l'union de la divinité à l'humanité, c'est de parler de celle-ci comme du temple ou habite celle-là. Il répète si fréquemment cette expression que l'idée, qui était traditionnelle et s'inspirait d'un mot du Christ, Joa., u, 10-21, en a pris, aux yeux de bien des gens, une saveur « nestorienne ». Voir références, Nestor., p. 406, au mot Tempel, et aussi p. 398. Pour écarter ce préjugé, il suffira de remarquer que le Tome de Léon emploie exactement la même image, voir col. 134, et que, de nos jours, nous l'avons vu s'introduire dans les litanies approuvées du Sacré-Cœur : Cor Jesu templum Dei sanction. Or, il n'est peut-être pas d'expression de Nestorius que saint Cyrille ait critiquée plus fréquemment et avec plus de verve; et, lors de la querelle des T rois-Chapitres, la plus grave accusation que l'on ait relevée contre Ibas, c'est d'avoir exprimé sa joie de la consécration officielle que l'Acte de 433 avait accordée à l'expression.

Au vrai, si Nestorius y insiste, c'est qu'elle lui permet, comme à son maître Théodore, de faire ressortfr l'activité propre de l'humanité assumée àvocXrjçôsôç, (c'est aussi l'un de ses mots) parle Verbe. Sans doute, l'archevêque de Constantinople n'a pas les riches développements, si pleins d'applications morales, de l'évèque de Mopsueste sur l'activité humaine du Sauveur. Il n'analyse pas avec la même finesse que celui-ci la psychologie de Jésus, les sources de sa connaissance intellectuelle, les racines de son vouloir, les dons de la grâce dont il fut comblé, toutes ces réalités dont la théologie du Moyen Age décrira, avec tant de minutie, l'existence en l'âme très sainte du Christ. C'est peut-être dans les homélies sur la tentation, ci-dessus col. 91, et dans le sermon sur le sacerdoce du Christ (lequel n'a pas été jugé indigne d'être attribué à saint Jean Chrysostome) qu'on retrouverait les meilleurs développements de Nestorius sur le sujet qui nous occupe. Texte dans Nestor., p. 231- 242. Et l'impression que l'orateur veut ici donner à son peuple, c'est celle d'une activité du Sauveur se déployant sur le même plan que la nôtre, fonctionnant à l'instar de nos facultés propres, d'un Christ, en somme, « semblable à nous en tout, hormis le péché ». Ajoutons que, dans les développements de Nestorius, ne se retrouve pas cette insistance un peu lourde et parfois si inquiétante de Théodore, à comparer l'activité du Christ à celle des prophètes ou des saints. Il prend même soin, en maint endroit, de mettre une nette démarcation entre ceux-ci et celui-là; cf. surtout Nestor., p. 280, 1. 16 sq. Rien non plus qui appelle cette idée de progrès moral réel et d'affermissement progressif du Christ dans le bien, qui rend si scabreux certains passages de « l'Interprète ». Rien enfin qui se rapproche du concept d'adoption de l'homme Jésus qui se retrouve en ce dernier. Tout compte fait, donc, l'esquisse trop sommaire que donne Nestorius de l'activité humaine du Christ se révèle de meilleur aloi que celle de son maître, elle pourrait être mise en parallèle avec celle qu'a ébauchée Jean Chrysostome.

Au concile du Latran de 649, voir art. Martin Ir, t. x, col. 190, et l'art. Monothélisme, col. 2315, seront produits des textes de Nestorius où l'on a voulu trouver l'expression d'une doctrine monothélite. S'ils étaient authentiques, ce qui est loin d'être prouvé, ils devraient, sous peine d'installer la contradiction

même au centre de la pensée de Nestorius, s'interpréter en ce sens que la volonté humaine du Sauveur suivait si docilement les suggestions de la volonté divine que, dans la pratique, on pouvait ne parler que d'une unique volonté. Chose intéressante, on lit dans le Livre d'Héraclide, des phrases qui, de prime abord, rendent un son monothélite. Voir p. 67, en haut. Mais les passages abondent qui donnent l'explication plausible : voir surtout p. 59 sq. et remarquer cette phrase, p. 61 : « Il (Jésus) restait ferme dans sa résolution, parce que sa volonté était rivée à celle de Dieu, et qu'il n'y avait rien qui pût le détourner et le séparer de Dieu. » Retenons du moins cette conclusion : Si l'on a pu, après coup, accuser Nestorius de monothélisme, c'est donc que l'union reconnue par lui, entre les deux éléments constitutifs du Christ, était, tout au moins du point de vue de la psychologie, plus ferme que ne le prétendaient ses adversaires. Ainsi l'unité du Christ n'était pas pour lui un vain mot.

Cette unité, d'ailleurs, comporte un certain nombre de conséquences qu'il convient de signaler brièvement pour terminer. La plus importante est la participation de l'humanité du Christ à la toute-pui.-sance divine et à l'adoration qui en est, de la part de l'homme, la reconnaissance : Dominator Chrislus, etiam secundum corpus, omnium dominus, totam possidens operationem divinam et mine coopifteem Deo et quod cum eo omnium dominetur. Nestor., p. 289, 1. 21 sq. Et, d'une manière plus précise encore, dans le sermon prononcé après réception de l'ultimatum romain : In slupore remaneat denlum Paulus Samosalenus, qui nobis dominicain humanilalem nudam a deilate délirât, qui solam prxler divinitalem fabulalur hanc quœ sempiterno conjuncta est atque connexa, quœ eadem ac pariter potest quje Deus. Ibid., p. 299, 1. 2 sq. Voir d'autres textes rassemblés dans Nestor., p. 398, au bas de la 2' col. Quant à l'adoration, on connaît la phrase demeurée célèbre : « Je sépare les natures, j'unis l'adoration >■, qu'il faut citer en entier : Aià tôv çopoûvTOc xôv cpopoûfxevov aé6a>, Sià tov xexpuu,p:évov 7TpocjKuvcJ tov çoavôpxvov. àxwpicTTOÇ xoO ÇCUVOjJXVO'J Oeôç, Stà toùto toG frrj /a>piÇofj.évou ty)v Tipy/jv où XwpîÇo)' -/topîÇco ràç cpôaeiç, àXX* évtô ttjv Trpoaxi.vyjaw. Nestor., p. 262, 1. 3. Combien cette claire confession diffère des subtilités et, tranchons le mot, des roueries par lesquelles Théodore de Mopsueste essaie d'écarter le sens obvie de la confession de Thomas : Dominus meus et Deus meus. Joa., xx, 28. Et poussant jusqu'au bout les conséquences, Nestorius d'écrire ailleurs. « Tôv xaxà aàpxa XptaTÔv èx tîjç Ttpôç tov Qeôv Xoyov auvaçsîaç 0eôv ôvo|i.â£ofji,Ev (xô) cpai.v6jjt.svov eîSôteç wç av6pa>rtov : Le Christ selon la chair (en tant qu'homme) nous le nommons Dieu à cause de sa conjonction avec le Verbe-Dieu, tout en reconnaissant qu'il nous apparaît homme. » Àres/or.,p. 248, 1. 10; cf. p. 262, 1. 10; p. 254,1. 11. Mais alors Marie peut donc être appelée Mère de Dieu, Théolokos? Nous avons déjà dit que Nestorius répond par l'affirmative à cette question, ci-dessus, col. 143, et s'il prend soin d'ajouter toujours : « Mère de Dieu selon l'humanité », ne convient il pas de remarquer que cette précision est aussi celle de Chalcédoine? Il reste, néanmoins, et ceci est vrai surtout des débuts du ministère constantinopolitain, que Nestorius craint plutôt les abus de cette « communication des idiomes », et qu'il préfère, pour l'emploi des noms scripturaires ou des qualificatifs qui en dérivent, s'en tenir au schématisme passablement strict de ses maîtres antiochiens. Ci-dessus, col. 142.

2° Terminologie scientifique de Nestorius. Idées qui lui sont sous-jacenles. — 1. Remarques préliminaires. — ■ Au fait, la terminologie employée sponta-

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