NESTORIENNE (L'ÉGLISE), THÉOLOGIE SACR AMENTAIRE
rang supérieur », après avoir assimilé les évêques et métropolitains aux soixante-dix (sic) disciples, il rapelle comment après la mort de ces ■ premiers » et de ces « seconds », l'Esprit constitua des sièges et des trônes en divers lieux :
Il établit quatre patriarches dans la région t occidentale », pour diriger par eux toutes les principautés de cette région et tous les ordres qui en dépendent. Il choisit aussi un cinquième patriarche pour la région orientale (c'est-à-dire le catholicos de l'Église perse), et, de même que les quatre principautés des pays où le soleil se couche règlent et gouvernent les assemblées des prêtres et des fidèles qui s'y trouvent, de même la principauté des pays où le soleil se lève a reçu mission de diriger la contrée, première de toutes, où les peuples embrassèrent la vérité. Cette principauté, resplendissant par la vraie foi, tient le sceptre noble et apostolique de la mère des principautés, à l'instar de Pierre, le chef des Douze, et de Paul, l'architecte des Églises. Synod. orient., p. 160, trad., p. 419-120, reproduit plus ou moins textuellement dans la Colleclio cemonum d'Ébedjésus, tract. IX, c. il, dans A. Mai, Scripl. vet. nova colleclio, t. x a, trad., p. 157.
Ou nous nous trompons fort, ou les derniers mots cités veulent dire que la même situation qui est reconnue par les « Occidentaux » à la ville de Pierre et Paul doit être reconnue à la ville de l'Orient où siège le catholicos. Or, c'est la même idée qui avait été exprimée dès le synode de Dadiso' en 424 : on y fait nettement défense d'en appeler aux « patriarches occidentaux » : «Nous définissons, dit le synode, que les Orientaux ne pourront se plaindre devant les patriarches occidentaux de leur patriarche. Que toute cause qui ne pourra être résolue en présence de celui-ci soit réservée au tribunal du Christ ...Le patriarche doit être le juge de tous ceux qui sont au-dessous de lui et son propre jugement est réservé au Christ qui l'a choisi, élevé et placé à la tête de son Église. » Synod. orient., p. 51, trad., p. 296; cf. Ébedjésus, loc. cit., tract. IX, c. v, trad., p. 163 et 164. N'avons-nous pas ici l'équivalent de la célèbre formule romaine : Prima sedes a nemine judieatur ? Sans doute la définition du synode de 424 vise avant tout les interventions possibles du patriarche d'Antioche dans les affaires de l'Église perse, mais sa généralité n'en est pas moins à remarquer.
Et c'est pourquoi, nous semble-t-il, il convient d'être prudent dans l'interprétationd'un texted'Ébedjésus qui a été assez souvent allégué en faveur de la reconnaissance par les nestoriens de la primauté romaine. Au traité IX, ci, de sa collection canonique, loc. cit., trad., p. 154, il énumère les divers patriarcats. Il commence par citer les villes où ils sont établis, d'après l'ordre d'ancienneté de celles-ci : Babylone, Alexandrie, Antioche, Rome, Constantinople. Mais, continue-t-il, ce n'est pas seulement à cause de leur antiquité profane que ces villesonl mérité leurdignité et leurs prérogatives. C'est à cause de l'apôtre qui y a enseigné et du roi qui y a régné que cette dignité a été conférée à Rome, à cause des deux colonnes qui y sont placées, Pierre, le prince des apôtres et Paul, le docteur des nations. Rome est donc le premier siège et le chef des patriarches. Le second est Alexandrie, le troisième est Éphèse (siège transféré à Byzance, comme il est marqué un peu plus loin), le quatrième est Antioche. Ces sièges, en effet, ont eu respectivement comme fondateurs : Pierre, Marc, Luc cl Jean. Le cinquième siège est Babylone, à cause des trois. apôtres de cette région : Thomas, Barthélémy et Addaï. On voit que ce texte ne se ramène pas à une reconnaissance pure et simple de la primauté de juridiction de l'Eglise romaine. — Plus explicite semblerait, de prime abord, un texte rapporté par le même Ébedjésus, tract. IX, c. v, trad., p. 165, sous cette rubrique : oecumenicorum : « De même que le patriarche a l'autorité
légitime sur ceux qui lui sont soumis, de même que le patriarche de Rome ait pouvoir sur tous les patriarches comme le bienheureux Pierre avait pouvoir sur toute la communauté, puisque celui qui est à Rome tient sur toute l'Église la place de Pierre. » Mais il n'est pas facile de voir où le métropolite de Xisibe a pris ce texte, ni la signification exacte qu'il peut avoir dans l'ensemble de son système. Il convient donc de rester sur une certaine réserve. Il n'en est pas moins vrai que la présence dans un recueil canonique quasiofficiel de textes de ce genre, a pu être d'une grande influence sur les nestoriens qui, aux diverses époques, ont désiré revenir à l'unité romaine.
2. Les sacrements. — Comme toutes les Églises, l'Église nestorienne a commencé par vivre des sacrements avant de spéculer sur leur nombre, leur nature, leurs éléments constitutifs, leur mode d'efficacité. Chose intéressante à signaler, c'est à peu près au même moment où l'Église latine constitue définitivement sa théologie sacramentaire, que l'on entend Ébedjésus résumer en quelques chapitres les enseignements de l'Église nestorienne sur la matière. Le quatrième traité du Livre de la perle est consacré aux » sacrements de l'Église », et le chapitre i constitue un traité en raccourci « des sacrements en général. »
Il y a sept sacrements, dit-il. Mais sa liste ne se superpose pas à la nôtre; la voici : Le sacerdoce, le baptême, le chrême, l'oblation du corps et du sang du Christ, la rémission des péchés, le fermenlum, le signe de la croix. Comme on le voit, il manque à la liste le mariage et l 'extrême-onction; pour trouver son compte, notre auteur dédouble l'eucharistie en sacrifice et en fermenlum et ajoute le « signe de la croix ». Il sait d'ailleurs que d'autres considèrent comme sacrement le mariage, auquel il consacre lui-même le dernier chapitre de son traité. Somme toute, seule Fextrêmeonction n'est pas représentée. — Quant aux éléments constitutifs des sacrements, ils sont ainsi énumérés : Pour qu'il y ait sacrement efficace, c'est-à-dire produisant la sainteté, il faut un prêtre ayant vraiment reçu le sacerdoce, les paroles déterminées par le Seigneur pour chaque sacrement, enfin la foi sans hésitation de ceux qui le reçoivent, et qui doivent être persuadés que les choses signifiées par les sacrements sont accomplies par une vertu céleste. Comme on le voit, ce n'est pas tout à fait notre doctrine de Vopus operalum, mais il suffirait de quelques précisions pour faire cadrer les deux théologies.
Sur le baptême, Ébedjésus donne un enseignement relatif à la « matière »et à la « forme » qui est le nôtre, la forme, bien entendu, étant exprimée sous forme indicative : « Un tel est baptisé », comme en tous les rites orientaux. Les liturgistes romains du xvn<- siècle, moins au courant de l'antiquité, ont pu se troubler de telle ou telle des formules employées, voir Assémani, Bibl. orient., t. ni b, p. ccxlvii-cclv; leurs scrupules nous surprennent un peu aujourd'hui. La question de la circoncision qui a joué aussi un certain rôle lors des négociations relatives à l'union (voir diverses professions de foi dans Giamil, loc. cit., p. 20, 381), doit être jugée d'après les mêmes principes qui ont été signalés ici pour la circoncision des coptes, t. x, col. 2294. Cette coutume d'ailleurs, assez courante au xvi« siècle, semble être d'importation arabe. Assémani, ibid., p. cclviii. On trouvera également dans Assémani les discussions relatives à divers points de détail : baptême par le prêtre seul, nécessité absolue de prendre de l'eau bénite solennellement et mélangée d'huile sainte, etc. Tous traits archaïques, auxquels il ne serait pas difficile de trouver des correspondants en d'autres Églises. Voir col. 315.
Sous le nom de « chrisma » c'est bien de la confirmation que traite Ébedjésus; on est donc un peu