IV. Él'AT DE NATURE DÉCHUE ET RF.PARrE
Comme on l'a déjà fait remarquer, ce que nous appelons ainsi, est, à proprement parler, plutôt un état personnel qu'un état de nature. En effet, la nature comme telle n'est pas réparée, puisqu'elle se propage encore avec le péché originel, et que, par suite, seules les personnes sont rétablies dans l'amitié de Dieu, puis, par l'intermédiaire de la personne, la nature de l'individu. Aussi l'état de nature réparée est inconnu de saint Thomas, pour qui la grâce est un don personnel (cf. Kors, op. cit., p. 136).
Néanmoins, et sous le bénéfice de cette restriction, on peut s'en tenir à l'appellation traditionnelle et parler ici de l'état de nature réparée, entendant par là l'état actuel de l'homme, tel que l'a fait la réparalion du péché et le rachat de l'humanité par la satisfaction, et la rédemption surabondante du Christ.
Dans l'Écriture, cet état est appelé unç rédemption (Luc, i, 68; I Tim., il, 6), une réconciliation (II Cor., v, 18-19; Rom., v, 10), une rénovation ou une création nouvelle (II Cor., v, 17), une récapitulation, une restauration du genre humain dans le Christ Jésus (Eph., i, 10; iv, 23; Col., i, 20). Ces expressions indiquent clairement ce que l'on peut appeler les deux termes de la réparation accomplie par le Christ. Le point de départ, le terminus a quo, c'est la ruine générale et la perdition de l'humanité causées par le péché originel; le point d'arrivée, le terminus ad quem, c'est, pour chaque homme, la vie de la grâce, l'amitié de Dieu, la liberté et la gloire de ses enfants, le royaume du Fils de Dieu, c'est-à-dire la participation à la gloire dont celui-ci jouit. Par conséquent la fin de la réparation n'est pas la restitution ou la reconstitution pure et simple de l'état d'où Adam était déchu, avec tous les dons qu'il tenait de la munificence du Créateur, mais un nouvel état constitué dans et par le Christ, et comprenant les biens qu'il nous a mérités par son sang, et différents de ceux du premier état.
Ces biens, c'est d'abord la grâce sanctifiante, principe de notre régénération; puis la gloire qui est le terme et le couronnement de la grâce; les grâces actuelles et tous les secours particuliers par lesquels nous nous dirigeons vers notre fin; enfin les dons gratuits dont le péché d'Adam nous avait dépouillés, l'immunité de la concupiscence et de l'ignorance, l'impassibilité et l'immortalité.
A s'en tenir à cette énumération, la différence n'est guère sensible entre les deux états. Effectivement Notre-Seigneur nous a rendu ce que nous avions perdu en Adam; il y a même ajouté ce que réclamait la restauration qu'il accomplissait. Mais il a adapté et proportionné la restitution comme les dons