‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 2)Chapitre 9 sur 233 · NATURE (ETATS DE) — NAU (MICHEL · texte numérisé non relu

NATURE (ETATS DE) — NAU (MICHEL

surajoutés aux exigences de l'état nouveau qu'ils constituaient. Alors qu'Adam, dans l'état d'innocence, possédait dès cette vie les dons préternalurels, dans l'état, de nature réparée ils sont réservés à la gloire du ciel, partant aux seuls élus. Cum Christus appa.ru.erit vila vestra, tune (alors seulement) et vos apparebitis cum ipso in gloria. Col., m, 4. De même des dill'érences notables existent dans la grâce qui est. commune aux deux états. Sans doute, en elles-mêmes, essentiellement et quant à leurs effets principaux, la gràcf. de l'innocence et la grâce de la restauration sont identiques : toutes deux rendent l'homme participant de la nature divine, fils adoptif de Dieu et son héritier par le mérite dont elles le font capable. Mais elles sont diverses dans leurs effets secondaires. Dans l'état d'innocence, la grâce étendait sa vertu jusqu'aux puissances inférieures de l'âme pour les soumettre à la raison; dans l'état de nature réparée, cet effet de réfection et de perfectionnement est réservé à la vie future. La première s'ajoutait à une nature déjà parfaite, pour lui conserver sa sainteté et son innocence : c'était une gratia sanitatis ; la seconde est grâce médicinale, gratia sanans, qui a pour but de guérir les plaies déjà faites par le péché, guérison qui ne peut d'ailleurs s'effectuer parfaitement en cette vie. Mêmes différences si l'on considère le principe de la grâce. Dans l'un et dans l'autre état, ce principe c'est Dieu: mais, alors que la grâce de l'innocence est proprement la gratia Dei, la grâce de Dieu qui élève la nature, l'auteur de notre grâce, c'est Dieu incarné et rédempteur; elle est la gratia Chrisli.

L'on peut ainsi établir entre les deux états, celui de l'innocence et celui de la réparation, des ressemblances et des différences.

Ils se ressemblent parla fin qui est la même : la béatitude surnaturelle; cette fin ils doivent l'atteindre par les mêmes moyens, à savoir, par les actes méritoires dont la grâce est le principe et la liberté la condition.

Quant aux différences, elles se ramènent aux suivantes : L'état d'innocence fut l'œuvre de la libéralité divine, l'état de réparation celle de sa miséricorde. Eph., ti, 4. C'est sans doute Dieu qui est la cause efficiente des deux états; mais, alors qu'il institua immédiatement l'état d'innocence pour imprimer son image dans l'honme aussi parfaitement que le comportait cet état, Gen., i, 27, la restauration de l'humanité se fit par le Christ, Joan., i, 16, 17, et eut pour fin de conformer l'homme à l'image du Fils de Dieu. Rom., vin, 29. Autre différence : la nature, dans laquelle la justice originelle fut reçue comme dans son sujet, était la nature exempte de toute faute, qui n'avait, il est vrai, aucun droit aux dons gratuits de cet état, mais qui n'opposait non plus ni obstacle ni répugnance à la grâce; au contraire, dans l'état de réparation, la nature est infectée par le péché, positivement indigne de toute grâce et même digne de damnation. Aussi, tandis que, dans l'innocence, la nature n'avait qu'à être ornée des dons surajoutés, il a fallu, pour la restaurer, la délivrer d'abord de ses maux, avant de l'enrichir des biens qui lui faisaient défaut, et la conserver pour l'empêcher de retomber dans la ruine. Enfin, la grâce sanctifiante, cause formelle des deux états, bien qu'identique secundum substanliam, diffère en chacun d'eux par son mode d'opération et par ses effets. Dans l'état d'innocence, elle était la justice originelle, qui mettait immédiatement l'homme dans l'état de perfection et le rendait apte à accomplir aisément tous les actes propres à cet état: la grâce de la nature réparée, au contraire, est une grâce médicinale qui rend la santé à un organisme malade, et ni totalement, ni immédiatement, «nais selon un mode proportionné à sa condition, le

guérissant quoad menlem, et lui laissant, pour le temps de la vie présente, son infirmité charnelle. Ces données suffisent à caractériser l'état de nature déchue et réparée; pour plus de détails, on se reportera aux traités de la grâce et de la rédemption, où les théologiens étudient d'ordinaire ces questions.

1° État de justice originelle. Voir art. Innocence, Justice

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