V. Grumel
4. NICÉTAS DE MARONÉE.- Théologien et canoniste byzantin du xn° siècle, d'abord chartophylax de l'Église Sainte-Sophie, à Constantinople, puis archevêque de Thessalonique. — Sur
l'époque OÙ a vécu Nicétas les opinions les plus divergentes ont clé émises par les historiens depuis le x\ r siècle jusqu'à nos jours. I.a plupart , cependant , l'ont placé dans la première moitié du xir siècle sous les règnes de Jean II Conuiène (1118-1113) et de Manuel Comnènc (1143-1180), et ceux-là ont raison. Nous en avons pour preuve tout d'abord l'affirmation très nette d'un successeur de Nicétas sur le siège di Thessalonique, Nil Cabasilas (tl363). dans son long traité polémique sur la procession du Saint-Esprit, encore inédit, contenu dans le Val. (/née. 1117 du xiv siècle : Au fol. 200 r°, Nil écrit : «Qui ne connaît notre Nicétas ? Il est nôtre, en effet, lui qui fut évèque de Thessalonique, bien (pie par son opinion sur le Saint-Esprit il soit fortement apparenté aux Latins et se montre notre ennemi... // vivait sous le quatrième des Ccmnènes : èni yàp toù TETapTou tcov Ko(i.vy;vcjv (iaaiXÉwç èyeyôvE'.. » Le quatrième des Comnènes est .Manuel Ccinnène (1143-1180). On peut préciser davantage. S'il faut ajouter foi entière à une note mise à la tin du Paris, grsec. 243) copié en 1133, à cette date, un Nicétas occupait le siège de Thessalonique. Ce Nicélas ne peut être que le nôtre, du moment que deux évèques seulement de ce nom sont signalés dans le Syncdicon de Thessalonique, rédigé en 1 139, et que le premier, sûrement antérieur, au xnc siècle, se trouve séparé du second par le pontificat de dix prélats. Cf. L. Petit, Le Synodicon de Thessalonique, dans les Échos d'Orient, t. xvm ,1918, p. 253. Nicétas de Maronée était donc déjà évèque de Thessalonique en 1133. Il l'était enc< re au moins dans les premières années du règne de Manuel Comnène, au témoignage de Nil Cabasilas... Par ailleurs, l'on sait que ses Dialogues sur la procession du Saint-Esprit, étaient sûrement composés avant l'année 1177, époque où le théologien latin Hugues Éthérien les avait déjà cités dans son ouvrage : De hivresibus quas Grseei in Latinos devolvunt, 1. III, c. xvmet xix, P. L., t. ccn, col. 388- 389 Cf. l'article Hugues Éthérien de ce Dictionnaire t. vu, col. 309. Il faut donc écarter comme insoutenable l'opinion de Fabricius faisant composer les Dialogues vers 1201, Bibltolheca grseca, éd. Harlès, t. xn, col. 756, et l'hypothèse émise récemment par L. Petit, Le Synodicon de Thessalonique, loc. cit., p. 242-243, plaçant vers l'année 1020 le pontificat de notre Nicétas. Le même savant avait été plus heureux, en 1902, en identifiant celui-ci avec le prélat mentit uné dans la note du Paris. 243, Les archevêques de Thessalonique, dans les Échos d'Orient, t. v. 1902. p. 28.
A la chronologie que nous proposons, on peut faire une difficulté. Leunclavius a publié sous le nom d'un Nicétas de Mitylène. ô M'.T'jV/ivoàoç, archevêque de Thessalonique, une réponse canonique qui doit :•< placer, vu son contenu, dans la première moitié du xn° siècle. Jus grsco-romanum, Francfort, 1596, t. i. p. 315-346. Nicétas le Mitylénien doit se distingue! de Nicétas de Maronée, ô Mapcoveîaç, c'est-à-diie originaire de Maronée (et non évèque de Maronée, comme a traduit Lequien, Oriens christianus, t. n. p. 17): et comme on ne connaît que deux évèques de Thessalonique du ncm de Nicétas. force sera de rejeter au XIe siècle, Nicélas de Maronée. Ainsi a raisonné en dernier lieu Mgr Petit. La difficulté paraît inextricable, si l'on n'identifie pas Nicélas de Maronée avec Nicétas le Mitylénien. L'épithèle ô MtT'jXY;vaïoç, lue par Leunclavius dans un manuscrit dont nous ignorons la date et la provenance, doit provenir d'une faute de copiste, ou d'une fausse lecture de Leunclavius, Mapwveiov et MtT\jX-/;vaïov, s'ils sont écrits en abrégé, pouvant donner lieu à une confusion. Que si Nicétas de Mitylène n'est pas un mythe, il faut introduire dans le Synodicon de Thessa-
NICETAS DE MARONEE
Ionique un troisième Nicétas, qu'il ignore, précisément Nicétas de Maronée, contemporain de Manuel Comnène. L'hypothèse, quoique fort risquée, n'est pas absolument invraisemblable, vu la doctrine de Nicétas de Maronée sur la procession du Saint-Esprit. Les rédacteurs du Synodieon de 1439 auraient, dans ce cas, expulsé du catalogue des archevêques de Thessalonique un prélat qui avail osé enseigner la doctrine qu'on venait de définir à Florence, à savoir que les Pères latins et les Pères grecs s'entendent, sous La diversité des formules, à enseigner que le Saint-Esprit tient son existence du Père et du Fils comme d'un seul principe.
Nicétas de Maronée est, en effet, célèbre dans l'histoire de la théologie byzantine par ses six Dialogues entre un Latin et un Grec sur la procession du Saint-Esprit, Aôyoi 8idc<popoi TTpoç SiâXoyov èox/jfia- TiCT(jévot Ttspi T/jç èx7TOpsiia£co<; toû àytoo Yl~jeuy.ot.zoc. Ta TCpôtTCûTca- rpaixôç xal AaTÎvoç.- Il y soutient une thèse originale, inouïe jusque-là dans la polémique antilatine de Byzance et cadrant bien avec les vues unionistes de l'empereur Manuel Comènne. Alors que les polémistes, ses prédécesseurs, se montrent peu au courant de la théologie latine, accusent les Occidentaux de confondre mission et procession, et n'ont pas encore approfondi la formule des Pères grecs a Paire per Filium, Nicétas fait preuve d'une connaissance remarquable des arguments des Latins. Après les avoir battus en brèche avec tous les sophismes de Photius et avoir écouté les réponses de son interlocuteur latin, il se tourne vers les Pères grecs pour leur demander la solution d'une question qui dépasse l'intelligence humaine, et ne peut être dirimée que par voie d'autorité. L'examen loyal des textes l'oblige à convenir que les Pères grecs, avec leur 8i,à toû ïloû, n'ont pas voulu dire autre chose que les Pères latins avec leur Filioque. Mais après avoir consenti à cette grosse concession, et comme pour se la faire pardonner de ses compatriotes, il demande au Latin de respecter l'intégrité matérielle de l'antique formule de foi, de n'y rien ajouter et, par conséquent, de supprimer l'addition du Filioque. Telle est la conclusion des Dialogues. Si les Grecs avaient voulu poursuivre la discussion sur cette base, il est fort probable qu'on serait arrivé au compromis qui fut admis tacitement aux conciles unionistes de Lyon et de Florence : Les Latins auraient continué à chanter le Credo avec le Filioque, les Grecs n'auraient pas été obligés à l'addition, mais seulement à la profession du dogme qu'elle exprime. Des six Dialogues du théologien les quatre premiers seulement ont été édités jusqu'ici; le premier avec quelques extraits des autres, par Hergenrôther dans P. G., t. cxxxix, col. 169- 222; les trois autres par N. Festa, dans le Bessarione, fasc. 119-134 (1912-1916). On trouve les deux derniers qui traitent : le cinquième des divers sens des mots éxîrops'JsaOx!., sx7c6pei>ffiç, le sixième de la doctrine des Pères grecs dans le Vatic. gnec. 1115 du xvie siècle et le Laurent, grsec, plut, xxxi, 37.
Les dialogues sur la procession du Saint-Esprit paraissent être le seul ouvrage théologique qui nous soit parvenu de Nicétas. Certains auteurs, cependant, comme A. Palmieri, Niceta di Maronea ei suoi dialoghi sulla processione dello Spirito Sancto, dans le Bessarione, série III, t. ix, 1912, p. 88, veulent lui attribuer une série d'anathèmes contre le philosophe Jean Italos, condamné au concile de Constantinople de 1182. Ces anathèmes, qui énumèrent les erreurs théologiques du philosophe byzantin, sont contenus dans le Vindobon. théologiens gnec. 77, sous le titre suivant : KscpâXaia rapt ôpOoSo^aç auvrcGÉvra racpà Ntx/JTa àpyiSiaxôvou ttjç èv Kci>va7avn,vo>j7r6À£i, fi.£yâ- Xtjç 'ExxX'/jaôaç xal /apToep'jXaxoç xaTà'IciNxvvou çiXo-
aécpou Toû'IraXoû, ote ê)cevocp(i>vei xarà ty;ç Èvaâpxoo olxovouiaç. Cf. Lambecius, Commentarii de bibliotheca cœsarea Vindobonensi, t. m. Vienne, 1776, p. 400-409. Ils ont été publiés par Th. Ouspenskij. Le Synodieon du dimanche de l'Orthodoxie (en russe), Odessa, 1893, p. 14-18. Identifier le Nicétas dont il est ici question avec le Nicétas de Maronée nous paraît fort aventureux, à moins d'accorder à ce dernier une longévité peu ordinaire. L'hypothèse, cependant, mérite considération et n'est pas absolument invraisemblable.
Nicétas s'est fait connaître aussi comme canoniste, du temps surtout où il était chartophylax de la Grande- Église. On a publié sous son nom trois séries de réponses canoniques. Lue première réponse, ayant trait au mariage rituel des esclaves, fut éditée par E. Bonnefoy, Juris orienlalis libri 1res ab Enimundo Boneftdio digesti ac notis illustrait eum latina interprétation, Paris, 1573, p. 203-206, sous le titre : Nixtjtoc toû u,ï]Tpo7TOXtTou 0£aaaXovtx7)ç àrcàycpiGiç Tîpôç ttjv àvocpopâv tivoç |j.ova/oû KaTriraSôxou BaatXsîou. Elle est datée du mois de septembre 1132. C'est cette réponse que Leunclavius, op. cit., p. 345-346 a mise sous le nom de Nicétas le Mitylénien. Bonnefoy, op. cit., p. 207-216, a de même publié un autre document canonique intitulé : 'EpcdT7)aE(.ç xal àiroxplasiç Siâcpopoi, Ysv6[i,svat. Tiapà 8t,acp6po)v àpyispÉcov npbç tÔv /apToepùXaxa x'jptov Ni.xT)Tav, tov ysyovÔTa àpy(.£7Ûaxo7TOV rrjç fXY)TpoTc6X£a>ç ©EaaaXovîxYjç. Une troisième série de réponses a été découverte dans deux manuscrits de la bibliothèque synodale de Moscou (cod. 33 et 445) par le canoniste russe A. Pavlov et publiée par lui dans le Vizantiiskij Yremennik, t. il, 1895, p. 378-387. La suscription du Mosquensis est particulièrement précise pour l'attribution à notre Nicétas : 'EpcùT^aEtç Siâcpopoi. rtpôç iôv XaP~ ToipùXaxa xùp Nixyjxav, tôv GcjTEpov 0£aaaXovtx7)ç àpyispsa, xal ànoxplcssiç lie' aurait;.
Une série de pièces hiagographiques sont portées dans les mansucrits sous le nom d'un Nicétas, archevêque de Thessalonique. Ce sont : 1° Un remaniement de la version grecque du Poème de l'âme, que Max Bonnet a publié d'après un ms. remontant probablement à la première moitié du xie siècle, Analecta bollandiana, t. xx, 1901, p. 159-164. 2° Un remaniement des Acta sancti Thomie, dont le canoniste russe Bénéchévitch a publié le prologue dans la Description des manuscrits grecs du monastère de Sainte-Catherine au Sinaï, t. i, Petrograd, 1911, p. 190-191, texte déjà édité par Max Bonnet, dans des Acta Thomse, Leipzig, 1883, p. vm-ix. 3° Une refonte des Acta sancti Joannis Evangelistœ du pseudo-Prochorus, contenue dans le Seldenus 46 (3383) de la bibliothèque Bodléienne d'Oxford, fol. 61-95, fin du xne siècle, sous le titre : Eîç xàç TtEptoSouç xal Tcpà^Eiç toû àylou, èvSô^ou QsoXôyou 7rp6Xoyoç, wç ànb cpwvTJç NixY]Ta, àpyi- ETuaxorcou @EaaaXovix7)ç. Cf. Coxe, Calalogi codicum manuscr. bibl. Bodteiamr, t. i. Oxford, 1853, p. 603. 4° Un recueil de miracles de saint Démétrius de Thessalonique contenu dans le Baroccianus 131, fol. 532- 536 v°, en partie illisible : NixTjTa, àp-/ 1£— i.ax67T0'j 0£aaaXovîx7]ç eiç Ta OaùpLaxa toû àylou [X£yaXou,âp- Topoç AyjpiYjTplou. Faut-il attribuer toutes ces pièces à Nicétas de Maronée, comme le fait A. Palmieri, loc. cit. ? C'est ici, croyons-nous, qu'il faut se souvenir que le Synodieon de Thessalonique distingue deux archevêques du nom de Nicétas, séparés l'un de l'autre par un siècle environ. Comme les mss contenant les pièces hiagographiques, ne parlent que de Nicétas, archevêque de Thess(doniquc, sans ajouter les mots chartophylax ou de Maronée, on est fondé à penser que le Nicétas hagiographe a vécu clans la première moitié du XIe siècle, et doit se distinguer du théologien et canoniste du xne siècle.
NICÉTAS DE MARONÉE
NICÉTAS DE RÉMÉSIANA
Georges Pachymére, De Mlchaalt Palaeologo, vi,23, P. G., t. cxi.iu, col. 037-938; De Andronlco Palaeologo, i, 19, P. G., t. cm.iv, col. 34; Nicéphore Blemmlde, Oratio i De proeesstone Spiritus Sancti, <>, P. G., t. cxi.n, col. 537 ; Jean Beccos, De depositione sua. Oral, ri, 5, P. (»'., I. cxi.i, col. 977; Hugues Éthérien, De hieresibus quas Griecl in Latinos devolvunt,]. IlI.c.xxm.P. /..,t. cen, col. 888-389 jBessarlon, De processione Spiritus Sancti ad Atexium Phllanthropinum, P. G., t. clxi, col. 329; l.equien, Oriena chrlstianus, t. n, col. 17; Krumbacher-Ehrhard, Geschichte aer bgzantinischen Litteraiur, 2« éd., Munich 1897,p. 89-90; A.Palmieri, Nicela di Maronea ci suoi Dialoghi sulla processione detto Spirilo Santo, dans le Bessarione, série III, t. ix, 1912, p. 80-88; L. Petit, Les archevêques de Thessalonique, dans les Échos d'Orient, t. v, 1902, p. 28 et 31; t. xvm, 1918, p. 242-244; M, Jugie, Notes de littérature byzantine : Nicétas de Maronée et Nicétas île Mytilène, dans les Échos d'Orient, t. xxvi, 1927, p. 1(18-410. Nous avons indiqué dans le corps de l'article ce qui a été édité des Dialogues sur la procession du Saint- Esprit, éi les éditions des Réponses canoniques. Les deux premières séries de celles-ci se trouvent non seulement dans Bonnefoy, op. cit., et I.cunclavius, Jus grœco-romanum, Francfort, 1590, p. 345-351, mais aussi dans P. G., t. exix, col. 997-1001 et 1121-1124 (la première réponse deux lois répétée) et 1001-1010; dans Rhallis et Pollis, ïv/rayua xetvovuv, t. v, Athènes, 1855, p. 382-388, 443-445.
M. Jugie.
5. NICÉTAS DE RÉMÉSIANA (rvv« siècle). — La personnalité de cet évêquede la région danubienne n'est sortie qu'assez récemment de l'ombre où elle se cachait. On trouvera dans Schanz, Gesch. der rômischen LUeraiw, t. iv a, § 964 sq., un bon exposé analytique des diverses découvertes littéraires qui, à l'aide de savants recoupements, ont permis d'identifier le personnage et ses œuvres principales. Qu'il soit permis ici, pour plus de brièveté, d'exposer de manière synthétique, surtout d'après J. Zeiller, les résultats certains ou encore hypothétiques auxquels on est arrivé.
Nicétas (ou plus exactement Nicéta) était déjà évêque de Rémésiana (aujourd'hui Ak-Palanka à une trentaine de kilomètres au s.-e. de Nich), dans la Dacie méditerranéenne, en 366 et 367, puisqu'il est cité parmi les destinataires d'une lettre expédiée par Germinius de Sirmium (Mitrovitza) à tous les évêques de cette région. Voir P.L., t. xm, col. 573. Par ailleurs, il est nommé dans une lettre du pape Innocent I", JafTé, n. 299 (P. L., t. xx, col. 520) datée de 402, et il est un de-; destinataires d'une autre lettre du même pape qui est de 411. JafTé, n. 303. Cela représente pour Nicéta un épiscopat d'une cinquantaine d'années. A deux reprises au moins, en 398 et en 401-402, l'évêque daée est venu en Italie et a été l'hôte, à Noie, du bon saint Paulin, qui lui a dédié un de ses poèmes, Carm., xvn, P. L., t. lxi, col. 483 sq., et parle de lui à diverses reprises : Carm. xx vu, 150 sq., ift/rf.,col. 651; Episl. xxx. 14, col. 321. On ignore les raisons de ces déplacements : « leurs dates et l'itinéraire du retour après le premier, avec arrêts dans diverses villes de Macédoine, Scythie ou Dardanie (cf. Paulin, Carm. xvu, 193 sq.), dont Nicéta put voir les évêques, donnent à croire qu'ils furent motivés par les affaires disciplinaires qui intéressaient les Églises de Dacie et les provinces voisines. » Zeiller, p. 551. La description que fait Paulin de l'activité de Nicéta montre ([lie celui-ci déployait son zèle, bien au delà des limites de l'ancienne circonscription épiscopale de Rémésiana. Les invasions, dans la région danubienne, avaient détruit plusieurs sièges épiscopaux; elles avaient amené dans le pays de nombreux païens qu'il fallait convertir. Nicéta s'est employé activement à ces travaux, e! il n'est pas impossible que son action ait parfois dépassé la rive septentrionale du grand fleuve.
(iennade. De vir. Ht., n. 21 (22) attribue à Nicéta deux ouvrages : Le premier était une série d'instruc-
tions aux compétentes, c'est-à-dire aux candidats au
baptême; il était divisé en six libelii dont (iennade donne l'analyse. Le second est un autre libcllus adressé à une vierge qui avait failli : Ad lapsam virginem libellum {dédit) omnibus laudibus emrndutionis incentivum. P. L., t. i.vm, col. 1073.
Du premier de ces ouvrages, dont l'argument général rappelle les catéchèses de saint Cyrille de Jérusalem, la critique moderne a lini par retrouver un certain nombre de fragments, les uns minuscules, les autres assez considérables. Du 1. I que (iennade décrit ainsi : quuliter se debeunt itgere compétentes qui i.d baptismi gratiam ciipiunt pervenire, il reste trois courts fragments. P.L.,t. lu, col. 873-871 ; Burn, p. 6-7. — On est encore moins bien partagé pour le 1. II, ibid., col. 875-876; Burn, p. 8, qui traitait, selon Gennade, de gentililatis erroribus, in quo dicit suo pœne lempore Melcidium quendiim palrcm /amilias ob liberalitntcin, et Gadarium ruslicum ob jortiludinem ab ethnicis esse inter deos relalos (il y a ici un signalement qui pourra un jour ou l'autre rendre service). — Le 1. III, De fuie unieee majeslalis, s'est conservé en entier, sous la forme de deux petites dissertations, séparées dans la traduction manuscrite : l'une, intitulée : De ralione fidei, P. L., col. 847-852; Burn, p. 10-18, qui traite de la divinité du Fils, l'autre qui, sous le titre : De Spiritus Sancti potentia, col. 853-864; Burn, p. 18-38, prouve d'une manière intéressante la divinité du Saint- Esprit, attaquée, dit l'auteur, par les macédoniens, col. 853 B. — Dul. IV, Adversus yenealogium (genelhliologiam), dirigé contre la pratique de l'horoscope, il ne s'est rien conservé. — Par contre, il semble bien que l'on ait en entier le 1. V, De symbolo, sous la forme d'une Hxplanatio symboli habita ad compétentes, P.L., col. 865-874; Burn, p. 38-54, explication très sobre, mais remarquable, du symbole baptismal où figure (c'est l'un des premiers témoins) l'article sur la communion des suints. — Le 1. V I, au témoignage de Gennade, traitait De agni paschalis victima. On a voulu, mais sans vraisemblance, le retrouver dans un traité sur le comput pascal, De ratione paseluv attribué soit à saint Athanase, cf. P. G., t. xxvm, col. 1605, soit à saint Martin de Braga, cf. P.L., t. lxxii, col. 49; les deux textes parallèles dans Burn, p. 98-111. Il vaut mieux, jusqu'à plus ample informé, ne pas insister sur cette identification qui repose seulement sur une vague ressemblance de style.
Pour ce qui est du Libcllus ad virginem lapsam, signalé par Gennade, la première idée a été de l'identitier avec un sermon pseudo-ambrosien de même titre : P. L., t. xvi (édil. de 1866), col. 383-400. Burn, p. 112-131. Dom G. Morin, sans autrement y insister d'ailleurs, a proposé de retrouver ce texte dans une Epistola ad virginem lapsam, découverte par lui dans le Paris, lai. 12 097 et publiée dans Revue bénédictine, 1897, t. xiv, p. 198-202 (recension nouvelle dans Burn, p. 131-136). La question r.e semble pas résolue.
Outre les renseignements de Gennade, quelques autres attributions fournies par les mss. ont permis de retrouver divers opuscules de Nicéta. — 1. Le court traité De divinis appellalionibus, qui figurait dans les mss. à la suite du De ratione fidei et du De Spiritus Sancti potentia, a été revendiqué pour l'évêque de Rémésiana. Texte dans P. L., t. lu, col. 863-866; Burn, p. 1-5. On a voulu y voir une réponse à la lct Inde Germinius de Sirmium mentionnée plus haut : ce serait, en tout cas, une œuvre de jeunesse de notre auteur.
2. Deux sermons de Nicéta se rapportent à la prière liturgique : l'un intitulé : De vigiliis servorum Dei, l'autre désigné jadis sous le titre : De psalmodix bono, et que C. H. Turner, son plus récent éditeur
NICETAS DE REMÉSIANA
NICETAS STETHATOS
appelle, d'après le témoignage du meilleur ms., De utililale hymnorum. N'icéta y justifie contre diverses critiques certains usages qui commençaient à s'introduire, celui de l'office de nuit (au moins dans la nuit du vendredi au samedi et la suivante) et celui du chant des psaumes et des hymnes. Texte dans P. L., t. lxviii, col. 365-372, 371-376, sous le nom de Nicétius de Trêves; Burn, p. 54-82. La nouvelle édition de C. H. Turner doit être consultée de préférence; les deux traités y sont présentés pour la première fois sous une forme ordonnée et intelligible, dans Journal of theol. studies, 1920-21, t. xxn, p. 305-320 = De vigil.; 1922-23, t. xxiv, p. 225-252 = De util, hymn., avec l'introduction au traité précédent. C'est dans le De alilit. hymn. que se trouve à deux reprises, c. ix et xi, l'attribution fort explicite du Magnificat à Elisabeth.
3. Quant à l'attribution à Nicéta de l'hymne Te Deum, elle a donné lieu à de très vives discussions. On a fait valoir en sa faveur l'indication fournie par une dizaine de mss d'origine irlandaise, voir la liste et le détail dans Burn, p. c sq.; et pour corroborer ce témoignage on a invoqué l'intérêt que, d'après les deux sermons cités plus haut, l'évèque de Rémésiana prenait au chant d'Église. Mais le dernier mot n'est pas dit .
Ainsi, comme le fait remarquer J. Zeiller, « l'ensemble des ouvrages (de Nicéta) révèle l'orientation pratique plutôt que théorique de son esprit : ceux d'entre eux qui sont d'un caractère dogmatique s'adressent aux catéchumènes, les autres concernent la liturgie. Tout cela est conforme au type de l'évèque missionnaire que dans une large mesure Nicéta a réalisé. » Op. cit., p. 557.
Textes. — ■ Xous avons indiqué au fur et à mesure les endroits où les trouver commodément. Voici leur histoire sommaire. En 1799, le cardinal Borgia publie à Padoue l' Explanatio symboli, sous le nom de Nicétas d'Aquilée. En 1K02, Michel Denys fait connaître les fragments contenus dans un Ordo de catechizandis rudibus du cod. Palutiuus-Vindobonensis 1370 (voir Codiees mss theol. biblioth. Palat. Vindob., t. n, 3° part., p. 2042 sq.). En 1827, A. Mai, publie d'affilée les trois traités De ratione fîdei, DeS.S. potentiel, De div. apell. et aussi le De symbolo, sous ce titre : Sanctorum episc. Nicetœ et Paulini scripta, Rome; repris dans Script, vel. nova collectio, t. vn, Rome, 1833. Jusqu'à ce moment on attribue ces divers textes à Nicétas éuêque d'Aquilée (454-485), dont l'identification avec le Nicétas de Romésiana de Gennade avait été âprement soutenue par P. Braida, Udine, 1810. Voir sa dissertation dans P. L., t. lu, col. 875-1134. (l'est dom G. Morin qui oriente la recherche dans la direction de Nicéta de Rémésiana : L'auteur du Te Deum, Rev. bénéd., 1890, t. vu, p. loi, sq.; 1894, t. xi, p. 49 sq. et 337; 1898, t. XV, p. 99. C'est A. E. Burn, qui a le plus contribué à établir solidement la position actuelle.
Travaux. — E. Humpcl.iVirefas Bischo/ von Rémésiana, eine lilterarkrit. Studie zur Gesch. des allkirehl. 7"aufsymbnls (thèse), Erlangen, 1895; A. E. Burn, Nicéta of Rémésiana, his life and works, Cambridge, 1905, donne en une longue introduction une étude sur l'auteur et ses oeuvres, puis les textes; du même, The hymne « Te Deum » and its auihor, Londres, 1920; W. A. Patin, Nicéta, Bischof von Rémésiana, ah Scliriflsteller und Theoloye, Munich, 1909. Voir aussi les notices littéraires : O. Bardenhewer, Altkirchliche I.iteratur, t. ni, 1912, p. 598-605; M. Schanz, Gesch. der rômischen Lilterulur, t. IV a, 2e édit., 1914, § 964-966; .1. Zeiller, Les origines chrétiennes dans les provinces danubiennes de l'empire romain, Paris, 1918, p. 549-558.
É. Amann.
6. NICÉTAS STETHATOS ou PECTO- RATUS (xie siècle), connu comme polémiste antilatin, mérite de l'être davantage encore comme théologien ascétique et mystique. — I. La personne. — IL Les écrits. III. La doctrine.
I. La personne. — Moine et prêtre de Saint -Jean- Baptiste de Stoudion, disciple et biographe de l'hi-
goumène de Saint-Mamas de la Xylokerkos, Syméon le Nouveau Théologien (949-1022), en même temps qu'éditeur de ses écrits, Nicétas Sthétatos vécut dans la première moitié du xie siècle. Nous lui devons les maigres renseignements que nous avons sur sa vie. Il nous confie que, quelques trois ans avant la mort de Syméon. il venait à peine de se fleurir du premier duvet de l'adolescence. Hausherr, Vie de Syméon le Nouveau Théologien, Rome, 1928, p. 192, n. 133. Ce cliché pourrait signifier qu'en 1019 Nicétas avait tout au plus vingt ans, et donc qu'il était né aux environs de l'an 1000. Compromettant le couronnement de ses études littéraires pour entrer au Stoudion à quatorze ans, il fut, encore que studite, le disciple préféré de l'higoumène de Saint-Mamas, réfugié pour lors à Sainte-Marine au-dessus de Chrysopolis. Une lettre de 1019, à ce qu'il semble, nous montre le vieux maître exprimant à son jeune disciple sa confiance et son espoir de voir par lui ses écrits propagés partout et transmis aux générations futures. Ibid., p. 190-192, n. 132. Entre temps, Nicétas en butte non pas aux Latins, ni aux Juifs, ni aux Arméniens, ni même aux accusateurs du saint, mais à l'hostilité des moines de son propre monastère, comme cinquante ans auparavant le Nouveau Théologien, dut quitter le Stoudion. Revenu au monastère. il y fut favorisé, vers 1025, d'une vision extatique qui le décida à publier la vie et les écrits de son maître. Ibid., p. 192-194, n. 133. Sa timidité s'essaya d'abord à un éloge funèbre, à des hymnes et à des panégyriques. Ibid., p. 198, n. 136. Puis fort de l'approbation d'un anliquus rf/eru/n, qui les déclarait égaux aux chefs-d'œuvre des anciens hymnographes. et relancé par de nouvelles voix intérieures, il se mit au grand œuvre, la course de sa plume devant renoncer à égaler la dictée de l'Esprit qui, le favorisant, en manière de récompense, d'une nouvelle vision, en fit l'homme-lige du Nouveau Théologien et brûla toutes ses forces à la glorification du maître de sa jeunesse. Ibid., n. 135, 137 et 140. Il semble bien qu'il faille placer sa composition de la Vie de Siméon en 1053. Auquel cas la polémique anti-latine de 1054, sur laquelle nous n'avons pas à revenir, voir l'article Michel Cérulaibe, t. x, col. 1691-1693, ne fut qu'un accès subit sans préméditation, comme le laissait du reste deviner le ton méritoirement retenu de la réplique de Nicétas au fougueux cardinal Humbert. Ajoutons que les données actuelles ne permettent pas d'assigner une date à sa mort. Tout au moins veut-elle être reculée au delà de 1050, contrairement à l'opinion hâtive du P. Pargoire, Monl-Saint-Auxence. dans la Bibliothèque hagiographique orientale, Paris. 1903, t. i, p. 89.
Encore qu'il s'en défende, cf. Haussherr. op. cit.. p. 199, Nicétas Stéthatos prend rang parmi les bons écrivains byzantins. Par cette chaude imagination qui jette sur les choses les plus insignifiantes ces couleurs mystiques qu'il croit tenir d'une vision d'en haut, il ne peut manquer de séduire le lecteur le plus difficile. Persuadé d'être sous la conduite habituelle et consciente du Saint-Esprit, il se dispense, sous raison de reconnaissance et d'édification, des règles élémentaires de la modestie pour vous accabler de confidences sur ses propres expériences mystiques. Tout de même, le culte qu'il professe pour Syméon le Nouveau Théologien, comme son aversion impulsive contre ses adversaires en général, si elles ne vont pas à altérer les faits matériels, lui dictent au moins une manière de les présenter qui n'est pas sans ruse, et lui suggèrent des explications qui pourraient bien donner le change sur la vérité objective. Tous défauts engendrés par un sentimentalisme religieux, outrancier et sans contrôle qui veut le lecteur averti.
NICÉTAS STÉTIIATOS
IL Les écrits, — Devenu écrivain par un appel mystique, Nicétas Stéthatos ne manque pas de fécondité, encore qu'il n'atteigne pas celle de son maître Syméon. Son œuvre, en grande partie inédite, que Démétracopoulos promettait de donner dans un ouvrage qui ne vit jamais le jour, cf. Ecclesiastica bibliotheca, Leipzig, 1866, t. i, p. 9, aurait grandement besoin d'être passée au crible de la critique. Les catalogues fort riches qu'on en donne, paraîtront présenter sous des titres différents les mêmes ouvrages. L'impossibilité de faire pour une simple notice cette épuration désirable nous réduit à donner, sous leur responsabilité, les conclusions des bibliographes. Il n'y a pas lieu, par ailleurs, de diviser les écrits de Nicétas en deux classes : la polémique et la mystique, s'il est vrai que les œuvres mystiques elles-mêmes polémisent avec volupté, et que les écrits polémiques empiètent trop facilement sur le terrain de la mystique. Tout ce qui n'est pas purement mystique porte dans son titre le mot contre.
De tous les écrits de Nicétas le plus important est peut-être 1. La Vie de Syméon le Nouveau Théologien. Éditée, dans la traduction en grec moderne de Denys de Zagora, successivement à Venise en 1790, à Smyrne en 1866 et à Athènes en 1868, d'où elle est passée dans le Grand Synaxaire de Doukakis, Athènes 1891, publiée aussi en diverses versions, russe (Moscou 1892), roumaine et turque, elle a été éditée pour la première fois avec une traduction française par le P. J. Hausherr, Vie de Syméon le Nouveau Théologien dans les Orientalia christiana, Rome, 1928, t. xn, p. xcvi-256. Cette œuvre essentiellement antirrhétique a été attribuée à Nicétas par Combefis, P. G., t. clii, col. 160 B, malgré le silence des manuscrits Parisinus 1610 et Coislin 292, et cette attribution ne souffre aucune difficulté. L. Petit, La vie et les œuvres de Syméon le Nouveau Théologien, dans Échos d'Orient, 1928, t. xxvn, p. 163-167. A noter qu'il s'agit de l'édition résumée faite par Nicétas, son édition in extenso paraissant perdue. — 2. Les Capita praclica, physica et gnostica, divisés en trois centuries qui devaient traiter respectivement de l'ascèse, de l'illumination ou purification de l'esprit et de l'exercice de la théologie, mais qui se compénètrent comme il arrive dans toutes les œuvres de cette manière. Publiés dans la OiXoxaXla twv leptôv V7)7rn.xcàv, Venise, 1782, ils ont trouvé place dans P. G., t. cxx, col. 852-1009 et s'y accompagnent d'une version latine. — 3. Le De salutaiione manibus facta qui va à indiquer la signification symbolique et mystique du signe de la croix, édité par Mai', Nova Patrum bibliotheca, Rome, 1849, t. v, 2e part., p. 118, reproduit dans P. G., ibid., col. 1009-1012. — 4. Le Aôyoç xaxà 7VEÙai.v xai àirôxpiaiv, fort court, consacré à décrire les signes du passage à des états supérieurs de perfection, a été publié sans version par le P. Hausherr, op. cit., p. xxxiv et xxxv. — 5. Le De fermentato et azymis contra Armenios et Latinos a été recueilli par Hergenrœther, dans ses Monumenla grseca ad Photiurn... pertinentia, Ratisbonne, 1869, p. 139-154. — 6. Le Libellus contra Latinos : Romanis, âe azymis et sabbatorum jejuniis et nuptiis sacerdotum, brûlé solennellement à Byzance, le 24 juin 1054, en même temps vraisemblablement que d'autres écrits du Stéthatos, a été recueilli quant à sa version latine par Will, dans ses Acta et scripta quse de controversiis Ecclesiae grseese et latiniv sseculo undecimo composita extant, Leipzig, 1861, p. 127-136, et par Migne, P. G., t. cxx, col. 1011- 1022, et publié, quant au texte grec, par Démétracopoulos, op. cit., p. 18-36. — 7. Le Prologue écrit pour l'édition des Amours des hymnes divins de Syméon, contenu dans le Parisinus greec. suppl. 103, fol. 1-14 v°, du xive siècle, dont Migne donne un extrait, P. G.,
DICT. DE THÉOL. CATH
t. cxx, col. 310-311 ; cf., Allatius, Diatriba de Symeonum scriptis, Paris, 1664, p. 152, pour Yincipil. ■ — 8. Un autre traité De azymis contre les Latins, AiâXeÇiç :rpôç Opàyyouç, commençant ainsi : El ëaTi aot aùvetnç, cprjoiv ô ooepoç, à7toxpl0yjTi x«o izkqaiov, est représenté parmi manuscrit florentin de la Laurenticnne, Kollar, Supplément, ad Lambec, p. 280. ■ — ■ 9. Le Carmen iambicum in Simeonem juniorem, dont Combefis parle, P. G., ibid., col. 307 B, se trouve en grec et en latin dans Allatius, op. cit., p. 168; mais le litre attribue explicitement ce poème a Nicétas, diacre de la Grande- Église. — 9. Le De Spirilu sancli processione dont parle Allatius dans son De Hcclesise occidentalis et orientalis perpétua consensione, p. 629, toujours inédit au témoignage de M. Jugie, Theologia dogmatica chrislianorum oricntalium, Paris, 1926, 1. 1, p. 300-301, est représenté par le Vaticanus 680, fol. 407 v°-422 v°, d'une lecture très difficile. Inc. : Tè uepl toû àylou IIv£Ô|j.aTOç Xéysiv 7repî ©soû XÉyei,v ècttîv. Expl. : Où yàp ôfxoia oùSè t) aÙTT], àXX' tSiôxpoTToç éxaTÉpou r) upôoSoç xai. piovôrpo7roç. — 10. Le Tlç 6 vot)t6ç uapâSctaoç., inédit, représenté par les manuscrits Mosquensis 424 (Wladimir), Vindob. theol. greec. 12 du Supplément de Kollar, Parisinus 9747, fol. 143-146 v°, est une des œuvres mystiques les plus intéressantes de Nicétas. — 11. La bibliothèque Palatine possède un KavoJv elç tov ayiov NtxoXaov. — 12. La Marcienne de Venise contient, sous le n. 575, quinze Sermones in Hexaemeron. — • 13. On y trouve également, sous le même numéro, un autre ouvrage en 8 chapitres, intitulé Aoyoç nrpoTpe7mxoç sic ji.eTavoi.av, qui pourrait bien n'être qu'une agglomération de plusieurs autres traités de Nicétas. — 14. L'écrit Elç tyjv Çwvyjv twv StouSitwv Siaxovcov, dont parle Démétracopoulos, n. 13, se trouve dans le Mosquens. 818, fol. 223. — 15. Nicétas a laissé quatre traités confutantes Armeniorum hœresim : le premier commençant par t/jv auyxuTi,x7)v twv Sûo cpûaewv toû XptCTTOu SoÇav est représenté par le Vaticanus 1205, le Mosquen. 232 (Wlad.) et le Vindob. theol. gr. 283, n. 9. Le deuxième : Tôv upwTov axsStâaavTsç ûfiïv Xoyov, le troisième : Ttjv 7tpa>T7)v xai SsuTÉpav et le quatrième : <E>épe Syj xai rcepi tîjç ïxpâXou 7tXàv7]ç sont contenus dans le Mosquen. 232 (Wlad.). — 16. Parmi les trois cents lettres de Nicétas que Fabricius-Harlès, Biblioth. greec., t. vu, p. 715, signale, d'après un texte donné par le Vindob. hist. greec, fol. 204 v°, trois de la troisième centurie traitaient de questions canoniques; Démétracopoulos, op. cit., p. 7, n. 18, en connaît deux, également canoniques, à la bibliothèque royale de Vienne, adressées à un certain higoumène Athanase. Dans deux autres lettres au syncelle Nicétas, notre Nicétas traite de l'âme, du paradis, de la hiérarchie céleste et terrestre et de l'amour du prochain. Démétracopoulos, op. cit., p. 7, n. 10. — 17. Aux numéros suivants, sont signalés : un traité 7tepl 4*uyric, : OiXoaotpYJaai. Ssïv ëyvcov rcepl ']iu-/y]ç ; tout de même un traité du Paradis, Inc. : "Àye 8y] xai 7iepl TrapaSetcrou <pt.Xoaocpr)aa>[jt.EV, et un traité où il est montré Qu'il faut avant toute chose croire orthodoxement en la sainte et consubstanlielle Trinité en conformité avec les principes de nos saints Pères et Maîtres dans la foi. Trois lettres apologétiques à Nicétas le Syncelle contre le Sophiste Grégoire qui a attaqué ses traités de l'Ame et du Paradis. Une autre lettre au même Nicétas. Trois lettres antirrhétiques à Grégoire le Sophiste. L'ii Discours sur la hiérarchie céleste et pareillement sur la Hiérarchie ecclésiastique. Une lettre au diacre de la Grande-Église Nicétas sur les deux hiérarchies, différente du traité précédent. Tous ces ouvrages sont contenus dans le Vindob. theol. grœc. 12 du Supplément de Kollar. — 18. Au témoignage de Fabricius, op. et loc. cit., la Bodléienne possédait, sous le n. 69, un Trepl toû xa.-' eîxôva, et la Mar-
NICETAS STÉTHATOS
cienne avait dans le manuscrit S7â un De paradiso terreslri divisé en cinq chapitres. — 19. A ces œuvres il faut ajouter, d'après Martini, Catalogo di manoscritti greci esistenti nelle biblioteche italiane, Milan. 1893, les quatre ouvrages suivants : IIpôç MavouTjX rcepl ôpcov Çcorjç; ïlepï tcov ovtcov, Brescia, Bibliotheca communale QuerinianafA. IV. 3,fol.209-212;A6yoçxaTà'Iou8auov xal ëXsy/oç èv. Trpoo'.|iiwv ttjç à7tei8eîai; oojtwv xoà àmaTiaç, ibirf.; le Kxri àyioxaTY)yôpcov mentionné du reste par Lambros, Catalogue, n. 4.505.
III. La doctrine. — Nicétas Stéthatos est un des rares auteurs qui aient trouvé grâce devant l'intransigeance mystique du véritable initiateur de l'hésychasme proprement dit, Grégoire le Sinaïte, P. G., t. cl, col. 1321 D. L'apologète anti-latin, pourfendeur des azymes, du célibat ecclésiastique, du jeûne du samedi et de l'omission du rite quadragésimal des présanctifiés nous solliciterait si ce Dictionnaire ne l'avait déjà entendu. Voir l'art. Michel Cérulaire, col. 1691 - 1693 ; M. Jugie, op. cit., p. 268 et 269, 273 et 274, 298, 320-344 passim, 345, 408. Le théologien de la procession du Saint-Esprit e solo Paire, encore qu'il enrichisse la théologie photienne de nouvelles argumentations, et fasse effort pour lui donner une base positive solide dans son traité inédit, ne mérite pas une plus ample attention. M. Jugie, p. 300-301. Reste le maître de vie spirituelle. Il nous faut indiquer les pièces maîtresses ds la théologie ascétique et mystique de Nicétas, presque exclusivement d'après les centuries. Les citations se feront à P. G., t. cxx, le chiffre arabe indiquant la colonne et le chiffre romain le numéro du chapitre utilisé.
1° Le Pourquoi de la vie spirituelle ? — ■ A la manière de celle des maîtres byzantins, la spiritualité du Stéthatos se présente comme un retour à l'état originel : ï) à7CoxaTàoTaa£ç ècj-n tcov Suvâ;j.swv rrjç ^'j/r)ç elç t/jv TtocXodocv e>jyÉvei.av, xal ïj ènl to aùxè aùvoSoç Toiv yevixûv àpertov elç ttjv xaxà tpùariv èvépyeiav, col. 884, lxxii. Position fort intelligible : image de Dieu non par la constitution organique du corps, mais par sa nature intellectuelle, irréductible à la matière, col. 953, iv, image par le voûç et le Xôyoç, col. 956, vin, en un mot dans sa partie rationnelle, ressemblance de Dieu en tant que passionnelle, col. 957, ix, l'âme humaine a pour fin l'svcoaiç ou la ouvâtpeia avec Dieu, col. 880, lxi; 881, lxv et lxvi. Mais l'image et la ressemblance ont été corrompues par le péché. Le moyen de s'unir à la Sainteté-Dieu par la dissemblance de la cpiXauTia et à la Lumière- Dieu par les ténèbres de l'àyvota ? col. 859, xvm. Entre l'àyvoia et l'image qui est une imitation de l'impassibilité, delà lumière et de la sagesse de Dieu, col. 953, i, je dirais mieux une autre divinité, col. 953, m, et de même entre la cpiXauTÎx, et la ressemblance qui copie la justice, la vérité, la miséricorde et l'humanité de Dieu, col. 957, vm, et qui s'achève dans une nouvelle déification, ôécoaiç, col. 968, xxxm, il est un abîme que peut seul combler le retour à la nature, col. 857, xv; 957, vin; col. 960, xn. Le Christ après avoir assuré en lui cette restauration de la nature humaine, col. 948, xcm, la restaure en nous par la grâce, col. 918, xciv et xcv, par la purification et par l'amour, col. 968, xxxiv, par l'impassibilité, la contemplation et la théologie, col. 861, xxv, en un mot par la vie spirituelle qui en assure par ailleurs la permanence, col. 969, xxxv.
2° La marche mystique : les trois étapes. — La spiritualité de Nicétas nous place d'emblée dans le troisième état de l'humanité, celui des spirituels, col. 904, vu, au-dessus des charnels dont toute la vie de péché va à les signer à l'image de la bête, col. 901, v, et des psychiques, ces malades ou demi-fous qui se contentent de l'honnêteté naturelle, col. 900 et 901, m, iv, vi.
Parmi les spirituels, il distingue reîaaycoyixôç, qui restaure l'image par la vie purgative ou la Tcpà^iç. le (xsaoç, qui achève la restauration de l'image parla vie illuminative ou la Gscopta et obtient dans Vànâ.Qsi'x les premiers traits de la ressemblance, enfin le tsXeioç qui acquiert par la vie mystique ou OeoXoyta la plénitude de la mesure du Christ et le fini de la ressemblance, la OéwCTiç, col. 869, xxxvm; 901, i; 972, xli.
1. L'Er.aaycoyi.x6ç. — Il appartient avant tout au commençant de s'exercer dans la vie purgative; entendons d'éliminer peu à peu tout ce qui souille l'image divine, et de se défaire de la ressemblance charnelle par le mépris de toutes les choses visibles et le renoncement à toutes les satisfactions humaines, col. 972, xlii; 900, i. Si la repâ^iç, en rendant adultères les facultés humaines, les a alourdies de passions, à elle aussi de les réformer en leur méritant l'oOTaOeioc, col. 864, xxxiv. Il ne s'agit pas, au vrai, de détruire les passions : elles ne sont mauvaises que par leur activité contre nature, col. 869, xxxvn. N'allons pas accuser la nature des choses quand tout le mal est en nous, col. 873, l et li ; ce serait ressembler à celui qui imputerait à l'océan, plutôt qu'à sa faiblesse de constitution, le mal de mer. Les choses ne sont instruments de péché que parce que la tpiXaurîa et l'àyvoîa nous en font user contre nature, col. 864, xxvm; 873, lu; 925, lu. Il n'est donc que de ramener nos facultés à leur activité naturelle par la philosophie ou vie purgative, col. 932, lxvi.
Le retour à l'image originelle exige d'abord une réforme de nos facultés de connaissance, à commencer par les sens. Les sens irraisonnables : goût, odorat, toucher, seront ordonnés uniquement à l'activité de la vue et de l'ouïe, asservies elles-mêmes à l'esprit et à l'intelligence. Et, outre que tous les sens externes ne pourront plus recevoir que les impressions essentielles des choses, c'est-à-dire n'en connaître que les Xôyouç, ils recevront de l'ascèse une mission supérieure : la vue ordonnée aux saintes veilles, l'ouïe à la méditation, l'odorat à l'oraison, le goût à la tempérance et le toucher à l'^au/toc rendront possible l'activité xarà <pûaiv des cinq sens de l'âme : esprit, raison, sensibilité intellectuelle, gnoseet science, qui pourront s'adonner harmoniquement, dans les demeures supérieures, à la Oewpîoc et à la ÔeoXoyta, col. 853-856, vi-13.
Le commençant s'adonnera, par ailleurs, au mépris des richesses, col, 925, lvi-lviii, à une humilité vraie de pensée, de parole et d'attitude, col. 912 et 913, xxiv-xxxvn, aux mortifications volontaires et involontaires, col. 994, vm. Si cette double ascèse psychologique et corporelle s'accompagne d'une foi sincère et de désintéressement, l'âme sera revêtue de la première impassibilité, à7râ0eia, et introduite dans la Ôscopîa réservée aux progressants, col. 853, n et m; 917, xl; 920, xlii; 908, xvm; 893, lxxxix.
2. Le Méaoç. — ■ La vie illuminative ou contemplative à laquelle l'ascèse était ordonnée comme à son terme, col. 885, lxxiv, vers laquelle elle devait acheminer le commençant sans arrêt, col. 864 et 865, xxviii-xxx, saisit l'âme à son entrée dans rà7râ8eia. col. 937-940, lxxx et l^xxi. La yvwatç tûv ôvtwv fait place à la Oecopîa qui, par les raisons des choses, s'élève vers Dieu, col. 869, xli, en découvre les mystères cachés, col. 968, xxxi. L'esprit se purifie dans la lumière et commence à participer à l'Esprit-Saint, col. 973, xliii, en même temps qu'il découvre en lui-même le royaume de Dieu, col. 900, i. Et quelle différence entre l'âme en progrès et la débutante! Tandis que celle-là s'enivre de l'écriture, celle-ci n'y trouve que le goût monotone du pain, col. 945, xc; alors que la première commence à se réjouir dans la souffrance, celle-ci s'y débat à peine résignée, col. 861, xxiv; le commençant n'a pas trop de la peur du Dieu vengeur pour l'arrêter sur
NICÉTAS STÉTHATOS