XI
NICOLAS V
NICOLAS (JEAN-JACQUES-AUGUSTE
Manetti, Aurispa, Tortello, Filelfe, et tant d'autres qui traduisirent, à l'usage du public, les chefs-d'œuvre de l'antiquité grecque et certains des ouvrages des Pères de l'Église. Si l'on peut adresser un reproche à Nicolas V, c'est, d'avoir trop protégé un Valla, un Pogge, ou un Marsuppini outre mesure. Il eût dû écarter de ses faveurs les littérateurs, dont les écrits licencieux font encore justement scandale. Mais Nicolas V ne considérait de telles œuvres que comme anodines, et comme des badinages sans péril pour la foi et les mœurs.
Le pape immortalisa son nom par la réalisation d'une œuvre qui subsiste de nos jours : la création de la bibliothèque Vaticane. Il fallut rechercher des manuscrits non seulement en Italie, mais par toute l'Europe et jusqu'en Orient. Bientôt les collections Vaticanes comprirent 795 manuscrits latins. Ce chiffre qui nous paraît actuellement dérisoire, n'en était pas moins considérable pour l'époque. En tout cas, il ne correspond nullement à la réalité, car dans l'inventaire sur lequel il est basé ne figurent ni les ouvrages grecs que Nicolas V se procura en Orient, ni les œuvres en langue vulgaire qu'il dut posséder. Si elle n'eût pas surpassé par sa richesse les autres bibliothèques, celle du Vatican n'eût pas excité l'admiration des contemporains.. Aussi bien le chiffre de 1209 mss proposé par Pastor (édit. allemande, p. 508) paraît faible.
J. Guiraud, L'Église romuine et les origines de la Renaissance, 5e édit., Paris, 1921, p. 171-252; L. von Pastor, op. cil., t. n, p. 154-202, et la 7e édition allemande, t. i, p. 513-570; Fabre et Miintz, La bibliothèque du Vatican au XV" siècle, d'après des documents inédits, Paris, 1887; E. Miintz, Les arts à la cour des papes pendant le XV" et le XVIe siècle, recueil de documents inédits, Paris, 1878-1879.
VII. Jugement sur le pontificat de Nicolas V. — ■ Les humanistes qui ont participé aux faveurs de Nicolas V n'ont pas manqué de célébrer les grandeurs du pontificat de leur bienfaiteur, dans les termes les plus louangeurs. Leurs éloges ne paraissent pas avoir dépassé la mesure, quoique des censeurs chagrins aient trouvé à redire à la préférence que le pape accordait aux lettrés, aux savants et aux artistes. La cour pontificale, murmurait-on, semblait se transformer et accueillir plus volontiers les laïcs que les ecclésiastiques. Les religieux se sentaient évincés, et ne cachaient pas leur hostilité contre la Renaissance. D'aucuns faisaient remarquer que les sommes d'argent, dépensées en constructions ou en achats de coûteux manuscrits, eussent été mieux employées à organiser une croisade contre les Turcs. Nicolas V n'ignora rien des reproches que lui adressèrent, dès son vivant, quelques mécontents. Voilà pourquoi il tint à se justifier à l'heure de la mort. La postérité a, d'ailleurs, ratifié son propre jugement et estimé à sa juste valeur l'œuvre qu'il accomplit. Son plus beau titre de gloire sera toujours d'avoir redonné à l'Église une autorité qu'elle avait perdue précédemment, et d'avoir prouvé que l'union de la foi et de la raison était possible.
Sources. — ■ Vespasiano da Bisticci, Vile di uemini illustri del secolo XV, édit. L. Frati, dans la Collezione di opère inédite o rare, Bologne, 1892 (la biographie de Nicolas V est importante parce que l'auteur a été son contemporain et l'a fréquenté); J. Calmette, L'élection de Nicolas V (1447) d'après une lettre du prieur Catalan de Sent Lorens del Mont, dans Mélanges d'archéologie et d'histoire, t. xxm, 1903, p. 419-425; G. Bourgin, Les cardinaux français et le diaire caméral de 1439-1486, ibid., t. xxiv, 1904, p. 287-290; G. Manetti, Vita Nicolai V libri IV, dans Murât ori, Rerum italicarum scriplores. Milan, 1723, t. m, 2° partie, col. 907-961; Inl'essura, Diarium urbis Roma>, ibid., col. 1114-1252; Platina, Lifter de vita Chrisli ne de vilis sumrnorum pontificum, Cologne, 16G2.
Travaux. — ■ On trouvera une bibliographie très complète dans L. von Pastor, Histoire des papes depuis la fin du Moyen Age, Paris, 1911, tomes i et n. La septième édition allemande doit être consultée de préférence (Fribourg-en-Brisgau, 1925), car le texte primitif a subi d'importants remaniements; G. Sforza, Ricerche su Niccolo V. La palria, la famiglia e la giovinezzadi Niccolo V, Lucques, 1884; L. Fumi, Chiesa e Stato sul dominio di Francesco l Sforza, dans Archivio slorico lombardo, t. li, 1924, p. 1-8; J.-B. Christophe, Histoire de la papauté pendant le XV siècle, Lyon 1863.
G. Mollat.
6. NICOLAS Jean-Jacques-Auguste (1807- 1888), savant apologiste, naquit à Bordeaux, le 6 janvier 1807, de modestes commerçants. Un apôtre aident, l'abbé Dasvin, s'occupa de lui et le fit entrer au lycée, où il fut un élève médiocre. Ses études finies, il aida ses parents dans leur commerce, mais alors il fut pris par le goût des études sérieuses. Il alla commencer des études de droit à Toulouse; en novembre 1829, il vint à Paris où il préparait sa licence, lorsqu'éclata la Révolution de juillet 1830. En novembre, on le trouve avocat à Poitiers, puis il revint à Bordeaux où il fit un stage au barreau et devint le secrétaire de M. Lacoste, à qui il devait dédier un de ses ouvrages; dès celte époque, il était apôtre zélé. Falloux, devenu ministre après la Révolution de 1848, l'appela auprès de lui, comme chef de division, le 1er mars 1849. Il quitta le ministère des cultes, le 1er mars 1854 et fut nommé inspecteur des bibliothèques publiques (1854-1860); en février 1850, il était juge au tribunal de la Seine (1860- 1867), puis conseiller à la cour impériale de Paris (1867-1877). Enfin, le 7 janvier 1877, il prit sa retraite et se retira à Versailles où il mourut le 17 janvier 1888.
A peu près tous les ouvrages d'Auguste Nicolas se rapportent à l'apologétique catholique, et on peut dire qu'il fut le grand apologiste du xixc siècle; c'est pourquoi il est utile de donner quelques détails sur ses écrits qui furent, presque tous, inspirés par les circonstances, et, par conséquent, indiquent les divers mouvements de la pensée catholique durant ce siècle.
Le premier écrit d'Auguste Nicolas est intitulé : Observations soumises à la Cour royale et au tribunal de première instance de Bordeaux, in-8°, Bordeaux, 1833; il a pour objet le rétablissement de l'image du Christ dans les salles de justice. Un second opuscule fut publié, en 1840, sous le titre : Du tour des enfants trouvés cl de l'arrêté de M, le Préfet de la Gironde. Cet écrit attira l'attention du public, et, neuf ans après, le Ministre de l'Intérieur, Dufaure, désigna Auguste Nicolas comme membre d'une commission établie, pour préparer un projet de loi sur le service des enfants trouvés.
Sur ces entrefaites, une circonstance providentielle fit de lui un apologiste et lui découvrit sa vocation. Quelque temps après son mariage, en 1835, son beaufrère, ayant perdu un enfant, lui écrivit qu'il désirait revenir à la foi de son enfance, et le pria de résoudre ses doutes et de lui exposer les fondements du spiritualisme et de la religion chrétienne. A ce moment, il n'y avait point d'apologétique sérieuse, et le Génie du christianisme s'adressait surtout aux artistes. Sur les conseils d'un parent de sa femme, l'abbé Buchou, Nicolas se décida, après quelques hésitations, à composer une apologie. A cette époque, le P. Lacordaire vint prêcher à Bordeaux et fut vivement attaqué par un professeur de lycée, M. Bersot; Nicolas prit la défense du dominicain, dans des articles très vivants. Alors fut décidée la publication dfe l'ouvrage déjà composé par Nicolas. Il parut en ascicules et par souscription; la première livraison parut en juin 1842, sous le titre : Études philosophiques sur le
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christianisme. Ce travail fit la réputation d'Auguste Nicolas : les fascicules fuient réunis en volumes, dont le premier parut en 1842, le second en 1844, les troisième et quatrième en 1844 et 1845. Le succès s'annonça de suite : les éditions se succédèrent rapidement et la 26° parut en 1885, avant la mort de l'auteur.
Dans ce travail remarquable, Nicolas procède par exposition et synthèse, beaucoup plus que par analyse et discussion directe de l'incrédulité, dont les arguments varient sans cesse avec les temps et les lieux. Cette méthode explique le succès vraiment extraordinaire de cet écrit, composé par un auteur, alors complètement inconnu, dont les journaux et les revues ne parlèrent point d'abord. Le Correspondant n'y fit allusion qu'en 1845 et V Univers en 1846, alors que le succès était déjà surprenant, et il ne s'explique que par le fait qu'il répondait à un besoin du temps. Le P. Lacordaire écrivit, le 5 août 1845, une lettre fort élogieuse, qui fut suivie d'une seconde, placée désormais en tête de l'ouvrage. Un petit écrit satirique, intitulé : Les Bordelais en 184», par une exception très rare, fait un très grand éloge de M. Nicolas et de ses Études. C'est sans doute pour récompenser l'auteur que M. de Falloux, devenu ministre, fit accorder à M. Nicolas, en 1849, la croix de la Légion d'honneur et la place de chef de division au Ministère des Cultes, le Ie' mars 1849.
Dans ce nouveau poste, où il resta jusqu'au 15 février 1854, Nicolas rédigea un grand rapport sur la restauration des cathédrales et la réparation des édifices paroissiaux; c'est alors aussi que Dufaure, le 22 août 1849, fit nommer Nicolas membre de la commission des enfants trouvés, pour la rédaction d'un projet de loi qui ne fut jamais discuté. Cependant le succès des Études se poursuivait : Nicolas était reçu dans les salons de Mmo Swetchine et de la marquise de La Rochejaquelein; une romancière anglaise, Lady Georgiana Fullerston, dans l'Oiseau du Bon Dieu, attribue à l'influence du livre de Nicolas la conversion de son héros; des témoignages très nombreux, cités par le biographe, Paul Lapeyre, montrent tout le bien produit par l'ouvrage apologétique de Nicolas, qui fut, dès lors, traduit en anglais, en polonais, en italien et en allemand. La lecture de cet écrit convertit un socialiste incarcéré qui a raconté son histoire dans une brochure curieuse intitulée : Quarante jours de cellule, par le docteur A. Bonnet, Étampes, 1852. La Bibliographie catholique de février et mars 1845, t. iv, p. 350-353 et p. 490-491, et de janvier 1851, t. x, p. 309-312, fait un compte rendu très élogieux des Éludes. Le pape Pie IX envoya un bref à leur auteur, le 16 novembre 1852, cité par L'Ami de la religion du 11 janvier 1853, t. clix, p. 96-
Un nouvel incident provoqua la publication d'un nouvel écrit de Nicolas. En 1851, Guizot, en tête de son écrit : Méditations et éludes morales, avait fait appel aux catholiques, comme aux protestants, pour les inviter à s'unir contre le socialisme envahissant. A. Nicolas aperçut le péril de cette union, et publia un volume pour montrer que le protestantisme n'était qu'une forme du socialisme contre l'Église, et que, par suite, le protestantisme était radicalement impuissant pour combattre le socialisme qui est le protestantisme contre la société. Dans le volume intitulé : Du protestantisme et de toutes les hérésies dans leur rapport avec le socialisme, précédé de l'examen d'un écrit de M. Guizot, in-8°, Paris, 1852, Nicolas attaque le protestantisme, non pas en se plaçant au point de vue religieux, mais du point de vue de ses conséquences philosophiques, politiques et révolutionnaires, subversives de tout État; c'est, une forme du
socialisme, et tout cela, il le montre, en s'appuyant uniquement sur les autorités et des aveux empruntés aux protestants eux-mêmes. Dans un article du Correspondant, Franz de Champagny contesta assez vivement quelques détails de la thèse; Nicolas répondit et, dans une seconde édition, publiée en 2 vol. in-8», 1854, il ajouta le chapitre vm du livre II pour examiner et discuter les objections de Champagny : il a pour titre : De l'individualisme et de l'individualité, preuve nouvelle, tirée d'une objection. Dans ce livre, Nicolas montre que la religion catholique seule donne la vraie solution des rapports du fini et de l'infini. Le chanoine U. Maynard qui avait beaucoup loué la première édition, dans la Bibliographie catholique de novembre 1852, t. xn, p. 193-201, ajoute : ibid., janvier 1855, t. Xiv, p. 337-343, que la seconde édition a considérablement amélioré la première. Une troisième édition parut en 1869 avec un long Avertissement, où Nicolas indique les raisons qui l'ont fait différer, pendant quinze ans, cette réédition : les passions qui renaissent, à la veille du concile, l'engagent à ne plus différer.
Les loisirs que lui procura, en 1851, son poste d'inspecteur des bibliothèques publiques, lui permirent de composer un nouvel écrit qu'il rédigea, à la suite d'un vœu qu'il avait fait à Notre-Dame d'Arcachon pour la guérison d'une de ses filles : « II fut pris au mot », écrit-il; sa fille fut guérie miracu leusement d'une maladie très grave. 11 fut d'abord très embarrassé pour tenir la promesse qu'il avait faite à la sainte Vierge de composer un écrit en son honneur. Mgr de Ségur, qu'il consulta, lui communiqua un plan dressé par M. Baudry, prêtre de Saint- Sulpice, futur évêque de Périgueux, avec qui il entra en relations. Ainsi encouragé, il se mit au travail et tous les huit jours, il venait faire à M. Baudry la lecture de ce qu'il avait rédigé. Ce fut comme le complément de ses Éludes philosophiques, dans lesquelles il n'avait rien dit de la sainte "Vierge. De là, le titre général : Nouvelles études philosophiques sur le christianisme.
Ce grand travail comprend trois parties : la première forme le premier volume, paru en 1855 ; il a pour titre : La vierge Marie dans le plan divin. L'auteur montre le plan divin par rapport à la création, et par rapport à la chute et les conséquences de cette chute : Je Verbe est médiateur universel de religion et de rédemption ; dans ce double rôle, le ministère de Marie est intimement uni à celui du Verbe incarné. Le plan divin comprend comme trois termes : Dieu, Jésus, Marie. Au début, Marie, pure créature; au centre, Jésus Dieu-Homme; au sommet, Dieu éternel. Le chanoine U. Maynard constatait aussitôt le succès de ce premier volume par un article très élogieux de la Bibliographie catholique, février 1856, t. xv, p. 357-366; une troisième édition, revue et augmentée paraissait en 1857, Bibl. cath., janvier 1857, t. xvii, p. 53-55.
Le second volume intitulé : La vierge Marie d'après l'Évangile parut dès les premiers jours de 1857 et connut les mêmes succès; il valut à l'auteur les félicitations de Mgr de Ségur, de l'abbé Isoard, alors auditeur de rote et futur évêque d'Annecy; le chanoine U. Maynard en fit un compte rendu fort élo gieux dans la Bibliographie catholique, de mai 1857, t. xvii, p. 405-416.
Enfin les tomes m et iv, La vierge Marie vivant dans l'Église, parurent en 1860 : « C'est l'épanouissement de la fleur dont nous avons précédemment montré la tige dans l'Évangile et la racine dans le plan divin. » On trouve dans ces deux volumes, l'étude dogmatique, l'étude liturgique et l'étude historique du culte de la sainte Vierge dans l'Église, soi-
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vant les expressions du chanoine Maynard, Bibliographie catholique, octobre 1860, t. xxiv, p. 350-356. On a, avec raison, ce semble, placé l'écrit de Nicolas sur la sainte Vierge très au-dessus de ses Éludes philosophiques sur le christianisme, par la profondeur dans la conception générale et l'originalité dans le plan. Le biographe de Nicolas, Paul Lapeyre, écrit : « C'est le traité définitif de la doctrine catholique sur la sainte Vierge. » L'abbé Régnier, dans son compte rendu de La vierge Marie et le plan divin, fait également un grand éloge de ce travail. Ami de la religion du 22 avril 1856, t. clxxii, p. 193-196.
Auguste Nicolas interrompit quelque temps ses études proprement religieuses. En 1857, parut un écrit curieux intitulé : Maine de Biran, sa vie et ses pensées, publié par Ernest Navïlle. Le Journal intime du philosophe sembla aussitôt à Nicolas comme la « contre- épreuve » de ses Éludes philosophiques sur le christianisme. Pour attirer l'attention du public catholique sur cet écrit, publié par un protestant chez un éditeur protestant, Nicolas écrivit un petit opuscule intitulé : Éludes sur Maine de Biran d'après le Journal intime de ses pensées ; ce travail avait d'abord été rédigé pour le Correspondant, à la demande de Falloux et de Cochin, mais le comité de rédaction de la revue n'osa pas le publier, à cause des jugements sévères portés par l'auteur sur M. Cousin : on redoutait que les jugements de M. Nicolas n'attirassent une mise à l'index des écrits de Cousin, dont on croyait alors la conversion prochaine. Le travail de Nicolas renferme de très fines re^mrques, comme le notent U. Maynard, dans la Bibliographie catholique de février 1858, t. xix, p. 103-108, et Ch. Marie dans L'Ami de la religion du 22 mai 1858, t. clxxx, p. 454-
Nicolas publia aussi une petite Etude sur Eugénie de Guérin. Dans cet écrit, qui avait d'abord paru dans la Revue d'économie chrétienne, l'auteur analyse le Journal d'Eugénie de Guérin, et il se propose de répondre à Sainte-Beuve qui attribuait à e mesquines préoccupations l'inquiétude d'âme d'Eugénie, et de réfuter les objections d'un écrivain catholique qui reprochait à Eugénie sa tristesse excessive et sa frayeur de la mort.
En 1858, A. Nicolas écrivit une courte préface pour un livre mystique intitulé : Le Phénix qui renaît ou La rénovation de. l'âme, par la retraite et les exercices spirituels; c'est un ouvrage posthume du cardinal Bona traduit par Jules Travers. Dans sa préface, Nicolas compare cet écrit à l'Imitation de Jésus Christ ; ces deux livres sont faits, en quelques parties, pour 'des religieux, mais « ils s'adressent néanmoins à tout le monde, parce que le religieux est homme et que l'homme est religieux.
Le 4 mai 1861, Nicolas perdit le second de ses fils, qui s'appelait Auguste, comme lui-même; à cette occasion, parut en 1865, un opuscule intitulé : Mémoires d'un père sur la vie et la mort de son fils avec l'épigraphie suivante : « Le cloître et le monde se disputèrent ce trésor, ce fut le ciel qui l'eut. » Ces Mémoires sont empreints d'une tendresse exquise pour ce fils, qui, disciple d'Hippolyte Flandrin, mourut à la veille de son mariage Nicolas hésita longtemps avant de publier cet écrit, qui parut en 1865, sans nom d'auteur et avec une lettre de l'abbé Bougaud et une autre du P. de Ponlevoy.
Mais A. Nicolas revint bientôt aux ouvrages proprement religieux. En 1862, Ernest Renan publiait la Vie de Jésus, qui eut un grand succès de curiosité et de scandale. Nicolas entreprit de détruire ce mauvais roman et son travail parut au début de 1864, sous le titre : La divinité de Jésus-Christ; démonstration nouvelle, tirée des dernières attaques de l'incrédu-
lité. Comme le dit le titre lui-même, c'est « une polémique et une démonstration », qui peuvent être regardées comme le complément des Éludes philosophiques. Parmi les nombreux écrits que provoqua l'ouvrage de Renan (on en trouvera la liste, incomplète d'ailleurs, dans la Bibliographie catholique d'avril 1864, t. xxxi, p. 296-305), celui de Nicolas eut le plus de succès : il eut trois éditions en 1864. Augustin Cochin, dans le Correspondant du 25 janvier 1864, t. lxi, p. 211-218, le chanoine U. Maynard, dans la Bibliographie catholique de février 1864, t. xxxi, p. 118-122, et Antonin Rondelet, dans la Revue d'économie chrétienne, font un très bel éloge de l'ouvrage de Nicolas.
Dès 1862, Nicolas s'était posé une question troublante : pourquoi tant de gens ne croient-ils pas, même après que leur esprit a été instruit et éclairé? C'est pour répondre à cette question que Nicolas publia : L'art de croire ou Préparation philosophique à la foi chrétienne, 2 vol., in-8°, Paris, 1866. L'ouvrage est particulièrement bien ordonné : en ceux qui ont perdu le sens de la foi, Nicolas veut éveiller le besoin de croire; à ceux qui hésitent, il développe les raisons de croire avec les moyens de croire; enfin à ceux qui ont le courage de s'engager dans la pratique de la foi, il montre le bonheur de croire. Comme toujours, Nicolas écrivit cet ouvrage pour un but spécial : il adressait cette apologie à M. Maximin Lacoste, conseiller honoraire à la cour impériale de Bordeaux, qui avait longtemps appartenu au barreau de Bordeaux, et dont M. Nicolas avait été le secrétaire : c'est à lui que l'ouvrage est dédié, avec une lettre toute pleine d'émotion. L'ouvrage fut particulièrement bien accueilli par les Études des PP. jésuites, t. xn, de la IIe série, p. 434-439, et par la Bibliographie catholique de janvier 1867, t. xxxvn, p. 13-22. Cet écrit que Paul Lapeyre appelle « le chef-d'œuvre » d'Auguste Nicolas, fut traduit presqu'aussitôt en italien et en espagnol, et il a mérité vraiment de devenir classique.
Nicolas, pour conserver le souvenir d'un fidèle ami d'enfance, rédigea pour le Correspondant, 10 mai 1870, t. xc, p. 476-525, une notice émue sur Aurélien de Sèze, avocat bordelais, frère du défenseur de Louis XVI : il avait été député, en 1848 et était redevenu sincèrement chrétien, sous l'influence de l'abbé Dupuch, le futur archevêque d'Alger. L'article fut édité sous le titre : M. Aurélien de Sèze, notice biographique, in-8°, 1870 (Bibliographie catholique de septembre et octobre 1870, t. xliv, p. 305-307).
La guerre de 1870 amena Nicolas à étudier la religion chrétienne, du point de vue social. Forcé de quitter Paris, il commença à rédiger un travail, où il se proposait de traiter De la Prusse et de l'invasion allemande, de l'Empire et de sa chute, de l'abaissement et de la régénération de la France, mais cet écrit ne fut point imprimé, car Nicolas le jugea trop étroit et dicté par les circonstances seules. 11 reprit sous une forme nouvelle l'examen d'un grave problème; il l'approfondit et publia un écrit, dont le titre, plus général, est comme un programme de sociologie : L'Étal sans Dieu, mal social de la France. L'auteur y cherche la cause vraie du mal public dont souffre la France : après avoir signalé la banqueroute de la Révolution, Nicolas montre que le grand mal de la France, c'est son oubli de Dieu, qui entraîne la négation de toute autorité et l'anarchie. L'absence de religion, dit-il, « déconsidère le pouvoir aux yeux du peuple, en le montrant sans foi ni loi, et la religion est déconsidérée par le mépris qu'en fait le pouvoir. » L'ouvrage fut honoré d'une lettre de Pie IX, 30 octobre 1872. Les Éludes des PP. jésuites, t. u, de la Ve série, p. 293-295 et la Bibliographie catholique de septembre 1872, t. xiai, p. 198-201, font un bel
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éloge de cet ouvrage, qui fut traduit en espagnol et en allemand, et valut à son auteur de chaudes approbations, mais aussi quelques critiques de la part d'amis qui lui étaient restée chers, et, en particulier, de M. de Falloux, avec lequel il échangea des lettres un peu vives. Il faut dire d'ailleurs que M. Nicolas n'approuva jamais entièrement les idées de l'école appelée libérale et du Correspondant.
L'Étal sans Dieu se terminait par la promesse d'indiquer, si le temps le permettait, « les raisons de craindre et les raisons d'espérer, en précisant les moyens de salut. » Ce fut l'origine de La Révolution et l'ordre chrétien, ouvrage complémentaire de L'Étal sans Dieu, in-8°, Paris, 1873. Après avoir exposé les critiques qui lui ont été faites, particulièrement par M. de Falloux, l'auteur s'applique à dégager ce qu'il faut combattre dans l'œuvre de la Révolution; puis, parmi les moyens de salut, il préconise d'abord et surtout la religion, et ensuite la monarchie, mais il ne s'attache point à un parti : il écrit : « Les partis m'ont tellement dégoûté des causes, même les meilleures, que j'en ai gardé un fond de scepticisme et de défiance. » La Bibliographie catholique d'octobre 1873, t. xlviii, p. 319-324, par la plume de V. Postel, et les Éludes des PP. jésuites, t. iv de la Ve série, p. 616- 623, louent fort cet écrit. Dans une seconde édition qui parut, la même année, Nicolas ajouta un appendice intitulé : La monarchie et la question du drapeau; c'est un recueil de deux artfcles, publié, l'un avant, l'autre après le manifeste du 27 octobre 1873, où M. Nicolas indique, d'une manière très nette, sa vraie pensée : il aurait fallu des sacrifices réciproques, signe d'une confiance mutuelle; mais l'entourage du comte de Chambojd a tout fait échouer.
Tandis qu'il publiait ces écrits politiques et sociaux, dans lesquels la question religieuse d'ailleurs occupait toujours la première place, Nicolas n'oubliait point les études proprement religieuses. En 1875, parut un écrit, qui était déjà ébauché, en 1867 : Jésus-Christ. Introduction à l'Évangile étudié et médité à l'usage des temps nouveaux, in-8°, Paris, 1875. L'apologiste veut compléter ses écrits précédents, par la méditation de Jésus-Christ en lui-même, dans sa personne adorable, et non plus dans ses œuvres. L'ouvrage comprend deux parties : la science historique de Jésus, où il est question de la préparation historique et de la venue du Sauveur; et la science doctrinale de Jésus, où se trouve le tableau des douze caractères de Jésus. Nicolas poursuivit l'étude de Jésus-Christ dans l'Évangile, et il réunit même plusieurs chapitres, qui sont restés inédits, et qui, dans la pensée de leur auteur, devaient former une Étude sur l'Évangile médité à l'usage des temps nouveaux. L'ouvrage, loué par la Bibliographie catholique de juin 1875, t. li, p. 469-475, n'eut pas, malgré de très chaudes approbations, le succès qu'il méritait ; il fut traduit en espagnol et en hongrois.
Dès l'année suivante, Nicolas publiait un nouvel écrit : La raison et l'Évangile, suivi de considérations sur les universités catholiques, in-8°, Paris, 1876. La raison et la foi sont nécessaires l'une à l'autre. La foi a besoin de la raison pour naître, se développer, se préciser, s'agrandir, s'approfondir; la raison a tesoin de la foi pour se diriger, s'affermir, se prolonger et se compléter. L'idéal pour l'homme est donc le développement simultané et la culture réciproque de la raison et de la foi. A la confusion et à la division, qu'on trouve partout, doivent s'opposer la distinction et l'union. Après avoir étudié les rapports réciproques de la raison et de la foi dans les deux premières parties de son ouvrage, Nicolas consacre une troisième partie aux universités catholiques, qui, pour restaurer la foi et la raison, font appel à l'Église et trouvent,
dans son enseignement, le point de jonction et le terrain d'accord : alors « la foi apparaît savante et la science devient croyante. »
En 1877, Nicolas fit un voyage à Rome et rédigea des notes, qui furent publiées, plus tard, dans la Revue catholique de Bordeaux, du Ie' avril au 16 septembre 1882; il ne songea pas d'abord à réunir ces articles en volume, mais une lettre de Léon XIII, du 17 octobre 1882, le décida à publier Rome et la papauté, in-8°, Paris, 1882, avec la lettre du pape. L'ouvrage est dédié à Mgr de La Rouillerie, coadjuteur de Bordeaux, mort le 8 juillet 1882, qui avait souvent encouragé Auguste Nicolas. La publication de cet ouvrage, qui était une apologie de la souveraineté pontificale, donna lieu à un incident qui mérite d'être noté. Nicolas avait fait remettre un exemplaire de son écrit à l'ambassade d'Autriche à Paris, pour Sa Majesté, l'empereur d'Autriche; l'ambassadeur renvoya l'exemplaire, avec un mot, où il était dit que Sa Majesté ne pouvait recevoir cet ouvrage et, par suite, l'ambassadeur ne pouvait se charger de le faire parvenir à Sa Majesté. L'ouvrage fut traduit en espagnol et en italien; Georges Gandy en fait un bel éloge dans la Bibliographie catholique de mars 1883, t. lxvii, p. 231-236.
Les événements du 16 mai 1876 ayant amené le triomphe d'un groupe politique opposé à la religion, Nicolas revint aux questions sociales dans un écrit nouveau : L'État contre Dieu, où il montre l'évolution logique de la Révolution : l'État sans Dieu, l'État- Dieu, l'État contre Dieu; en dépit de tout et naturellement, la Révolution est antireligieuse et antisociale, au premier chef. L'athéisme grandit toujours; ce fait frappe Nicolas qui depuis longtemps étudiait ce grave problème; il avait déjà rédigé un écrit sous le titre : Le mal séculaire de la France ; mais il hésitait à le publier. Il le fit paraître d'abord dans la Revue catholique de Bordeaux. Le premier article parut en mai 1883. Les quatre premiers chapitres avaient déjà été publiés, et il y montrait que l'athéisme est contraire à la nature même des choses, lorsque mourut le comte de Chambord, en qui Nicolas mettait ses espoirs. 11 s'arrêta et substitua un chapitre intitulé : Du salut de la France. Le travail ne parut qu'après la mort de son auteur, dans le recueil des écrits politiques réunis sous le titre : Études sociales sur la Révolution, 2 vol. in-8°, Paris, 1890 (cf. H. Garrelon, dans les Études des PP. jésuites, partie bibliographique, 1890, p. 655-657).
Cependant, dès le 1er février 1884, paraissait dans la Revue catholique de Bordeaux, un article de Nicolas sur Dieu : c'était comme un tableau du christianisme avant l'Évangile. Le premier fragment qui parut, dans cette Revue, le 1er avril, avait pour titre : Argument, et il avait pour but de montrer la nécessité de faire revivre dans la société moderne, l'idée de Dieu. Le second article montrait les illusions de beaucoup de catholiques; après la publication des sept premiers articles, Nicolas tomba malade; dans ses moments de santé, il revint à ce travail, mais la partie qu'il rédigea est restée manuscrite.
En 1886, parut un écrit dont les différents chapitres étaient rédigés depuis longtemps. Il était intitulé : Étude historique et critique sur le P. Lacordaire ; sa première prédication dominicaine à Bordeaux son œuvre, son école, son libéralisme, in-8°, Paris, 1886. Nicolas veut laver le célèbre dominicain du reproche de libéralisme; il signale son œuvre apologétique et monastique. Le travail devait d'abord paraître dans la Revue catholique de Bordeaux, mais on ne trouve dans cette Revue, que ce qui concerne la prédication de Lacordaire à Bordeaux. Le chanoine Davin, dans la Revue du monde catholique, l'abbé
NICOLAS (JE AN- JACQUES- AUGUSTE