‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 3)Chapitre 129 sur 470 · RAYMOND GODEFROID · texte numérisé non relu

RAYMOND GODEFROID

RAYMOND DE PENYAFORT 1806

Outre les ouvrages déjà mentionnés, à savoir le Mémoire sur les Quatre Questions et les deux Sermons, B. Hauréau et A.-G. Little attribuent encore à Raymond Godefroid quelques ouvrages d'alchimie. Ainsi ces deux auteurs lui assignent un traité intitulé Verbum abbreviatum de leone viridi, qui constituerait un abrégé d'un ouvrage analogue de Roger Bacon. Il a été édité sous le nom de Roger Bacon (auquel d'ailleurs P. Glorieux l'attribue toujours dans son Répertoire, t. n, p. 62) en 1485, sans indication de lieu, avec le titre : Opéra chijmica Rogeri Bacconis. Le même volume fut réimprimé en 1603, à Francfort, sous le titre : Sanioris medicinœ magislri Rogeri Bacconis, Angli, de arte chymiœ scripta et enfin, ibid., 1G20, avec le titre : Sanioris medicinœ... thésaurus chemicus. Les auteurs déduisent d'un passage de la préface que Raymond Godefroid doit être considéré comme l'auteur de ce traité. Il y est dit : Islud verbum, a multis non immerito desideratum, ab egregio doclore nostro Rogero Bacone est primo declaratum. Deinde ego fr. Raymundus Gaufridus, ordinis fralrum minorum minisler generalis, ipsum verbum, brevius quam potui, breviter explanare filiis philosophise curavi. Voir B. Hauréau, toc. cit., p. 119, et V. Doucet, dans Arch. franc, hist., t. xxvir, 1934, p. 556, où le texte diffère un peu de celui de B. Hauréau. C'est à tort que J.-H. Sbaralea considère le Verbum abbreviatum et le De hone viridi comme deux ouvrages distincts et il se trompe quand il propose de corriger De leone viridi en De colore viridi. Raymond ne se serait pas seulement contenté, selon B. Hauréau, d'abréger le traité de Roger Bacon, mais il aurait aussi exposé des théories personnelles sur certains problèmes chimiques dans des ouvrages, qui ne sont peut-être pas tous parvenus jusqu'à nous. Roger Bacon, en effet, a composé un ouvrage entier, intitulé Ad Raymundum qui scripsit de viridi leone brève breviarium de dono Dei, pour réfuter une opinion de Raymond, qui, se fondant sur un passage d'Aristote, au 1. IV des Météores, avait nié la possibilité de la transmutation des métaux. Bacon au contraire y démontre la possibilité de cette opération. Or, comme cette citation du 1. IV des Météores ne se rencontre pas dans le De leone viriai, elle doit se trouver dans un autre ouvrage de Raymond, peut-être dans le Tractatus solis et lunse, qui, dans un manuscrit de la bibliothèque de Genève, est attribué à Raymond Godefroid. Voir Senebier, Catalogue des manuscrits de Genève, p. 215. Il est cependant à noter que V. Doucet refuse, et non sans raison, d'accepter, sans plus, l'authenticité de ces ouvrages d'alchimie, alléguant à propos que les alchimistes de cette époque avaient la coutume de cacher sous de grands noms leurs expériences suspectes. Et il conclut que, « pour la même raison, il est fort probable qu'un grand nombre d'ouvrages ont été attribués à Roger Bacon, qui ne sont pas de lui ». Voir Arch. franc, hist., t. xxvii, 1934, p. 26.

B. Hauréau attribue encore à Raymond un poème astrologique, commençant par les mots : O qui stelligeri cursus moderaris Olympi et conservé dans un recueil du Corpus Christi Collège à Oxford, sous le titre : Liber cursuum planelarum capilisque draconis. Il y est attribué à Raymond de Marseille, qui d'après Hauréau doit être identifié avec Raymond Godefroid.

Enfin J.-H. Sbaralea affirme avoir vu dans quelques couvents de l'Italie une Constitution de l'année 1290 pour les mineurs de la province de Milan, ainsi qu'une autre pièce administrative, intitulée Memorabilia, qui contient les instructions données par Raymond aux provinciaux de l'ordre, dans le chapitre général de Paris en 1292.

L. Wadding, Annales minorum, t. v, Quaracchi, 1931, an. 1278, n. xxix, p. 58; an. 1289, n. xxn, p. 234; an. 1290,

n. x et xi, p. 263-264; an. 1295, n. xn et xiv, p. 379-381; t. vi, an. 1310, n. m, p. 188 sq.; an. 1318, n. xm et xvi, p. 356-358; .1. H. Sbaralea, Supplementum ad scriptores ord. minorum, Rome, 1806, p. 626-627; Salimbene, Chronica ord. minorum, éd. O. Holder-Egger, dans Monum. Germ. hist., Script., t. xxxii, Hanovre, 1905-1913, p. 669, 670, 671, 676; Chronicon de Lanercost, éd. J. Stevenson, Edimbourg, 1839, p. 141 et 143; Fr. Ehrle, Zur Vorgeschichle des Concils von Vienne, dans Archiv f. I.itl. u. Kirchengesch. des M. A., t. ni, 1887, p. 138-160; Achard, Dict. de la Provence, t. m, p. 344; le même. Hommes ill.de la Provence, 1. 1, Paris, 1786, p. 344; Barthélémy de Pise, Ile conformitate vitse b. Francisci ad vitam Domini Jesu, 1. I, fruct. ix, 2e part., fruct. xi, 2e part., dans Analecla franc, t. iv, Quaracchi, 1906, p. 440, 541 ; H. Hurter, S'omenclator, 3e éd., t. n, col. 594; B. Hauréau, Raymond Gaufridi, général des fr. mineurs, dans Hist. lilt. de la France, t. xxvii, Paris, 1877, p. 112-122; A. G. Little, The grey friars in Oxford, Oxford, 1892, p. 194-195, 208; le même, Letter of Bonagratia, min. gen. to Edward I, King of England, A. D. 1282. With some noies on visitations of provinces bu minislers gênerai in the 13lh cent., dans Arch, franc, hist., t. xxvi, 1933, p. 238-240; le même, Two sermons of Fr. Raymond Gaujrcdi, min. gen. preachcd al Oxford in 1291, dans Collectanea franc, t. iv, 1934, p. 161-174; le même et Fr. Pelster, Oxford theology and theologians c. A. D. 1282-1302, Oxford, 1934, p. 174, 176, 178, 189-190; Gratien de Paris, LTiic lettre inédite de Pierre Jean Olivi, dans Études franc, t. XXIX, 1913, p. 414-1-22; le même, Hist. de la fond, et de l'èvol. des fr. min. au XIII" siècle, Paris, 1928, p. 365, 382, 401, 416, 419, 426, 427, 438, 412, 444, 451, 554, 579, 629; L. Amorôs, Séries condemnationum et processuum contra doctrinam et sequaces Pétri Joannis Olivi, dans Arch. franc, hist., t. xxiv, 1931, p. 504-505; Raymond Gaufredi, min. gén., dans France franc, t. v, 1922, p. 443-444; P. Glorieux, Répert. des maîtres enthéol. de Paris au XIIIe siècle, t. Il, Paris, 1934, p. 136 et 02; V. Doucet, Maîtres franciscains de Paris. Supplément au Répert. des maîtres... de M. le chan. P. Glorieux, dans Arch, franc hist., t. xxvii, 1934, p. 26; M. R. Toynbee, Saint Louis of Toulouse, Manchester, 1929, j). 72, 76, 78, 132, 178, 236-237; D. L. Doule, The nature and the effect of the hercsy of the Fralicelli, Manchester, 1932, p. 10-13, 54, 90; K. Balthasar, Geschichte des Armulsstreiies im Franziskanerorden bis zum Konzil von Vienne, Miinster-en-W., 1911, p. 90, 95, 174-177, 179-184, 186-1S.S, 20S sq., 213-214, 216, 221, 21-7,263, 265-274, 267 sq.

A. Teetaert.

RAYMOND DE PENYAFORT (Saint),

ou Penafort, Pennafort, dominicain catalan du xme siècle, qui, tant par la compilation des décrétâtes de Grégoire IX, que par la composition de sa célèbre Summa casuum, a exercé sur le droit canonique et la morale une influence durable, et pour ainsi dire unique (t 1275).

I. Vie. — Originaire de Villafranca de Penades, près de Barcelone, où la noble famille de Penyafort, apparentée très étroitement avec les comtes de Barcelone et peut-être même avec les rois d'Aragon, avait son château fort, Raymond doit y être né vers 1175- 1180. De son enfance et de sa jeunesse nous ne possédons que des détails rares et laconiques, que nous ont transmis les anciennes chroniques et vies, éditées dans Raymundiana seu documenta quœ pertinent ad S. Raymundi de Pennaforli vitam et scripta, recueillis et publiés par Fr. Balme et C. Paban, O. P., dans Monum. ord. fr. prœdicat. hislorica, t. iv, fasc. 1, Rome, 1898. Il fréquenta l'école de la cathédrale de Barcelone, où il fit le trivium et le quadrivium. Ayant terminé ses études, il y devint lui-même professeur, à la demande de l'évêque et du maître en chef et y enseigna gratuitement la rhétorique et la logique. En 1210, au grand déplaisir des étudiants, il renonça à sa chaire de l'école de la cathédrale pour se faire de nouveau étudiant et s'adonner à l'étude du droit à l'université de Bologne. Quand il s'y rendit à pied avec Pierre Ruber ou le Rouge par Arles et Turin, il' suspendit son voyage pendant quelques jours à Briançon, pour constater de ses propres yeux un miracle opéré par Notre-Dame de Delbeza, qui venait de

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restituer les yeux et les mains à un jeune homme, dont les brigands avaient crevé les yeux et coupé les mains. La relation authentique de ce fait, écrite par Raymond lui-même, est éditée dans Raymundiana, fasc. 2, Rome, 1901, p. 3-5. Raymond s'adonna à Bologne avec assiduité à l'étude du droit et il y connut et fréquenta les professeurs et étudiants, qui dans la suite se sont acquis du renom, tels Accurse, Tancrède, Pierre de la Vigne, Roffredo le Gibelin, Sinnibaldo Fieschi (plus tard Innocent IV), Claro, Roland de Crémone, Moneta, Paul de Hongrie, Conrad d'Allemagne, (ces deux derniers, auteurs eux aussi d'une Summu de pœnitcnlia), Gilbert de Frachinet, Jacques Buoncambio, Martin de Fano, etc. ; ces sept derniers sont entrés dans la suite également dans l'ordre des dominicains. Après six ans d'études, Raymond fut promu docteur en droit en 1216 et obtint la licenlia ubique docendi. Il resta à Bologne pour y enseigner à son tour le droit. Ses cours étaient fréquentés surtout par les nobles et les lettrés. Comme il n'exigeait aucune rémunération de la part des étudiants qui suivaient ses 1 çons, la ville de Bologne lui accorda un subside annuel.

En 1218 Bérenger IV de Palou, évêque de Barcelone, était venu à Bologne, dans l'espoir d'y rencontrer saint Dominique, afin de lui demander quelques frères pour une fondation à Barcelone. A peine entré dans la ville, il entendit parler dans les termes les plus élogieux de Raymond de Pe:iyafort. Il conçut aussitôt l'idée de le gagner pour lui et d'en faire un professeur du séminaire qu'il avait l'intention de fonder à Barcelone, conformément aux décrets du IVe concile du Latran, pour l'éducation du clergé. Ce n'est toutefois qu'après longue et mûre réflexion que Raymond accepta l'offre de l'évèque de Barcelone. A la fin du mois d'octobre 1219 ils partirent tous les deux pour Viterbe, afin d'y rencontrer saint Dominique, qui résidait à la cour pontificale d'Honorius III. Ayant obtenu quelques frères, ils se mirent en marche pour Barcelone, où ils durent arriver au début de 1220. Raymond fut bientôt nommé chanoine de la cathédrale et, peu de temps après, prévôt du chapitre de Barcelone. Il abandonna le clergé séculier le vendredi saint 1222 pour s'enrôler dans l'ordre des dominicains. Au début de sa vie religieuse, Raymond eut une large part dans la fondation de l'ordre de la Merci. Après un fervent sermon dans la cathédrale de Barcelone, il revêtit lui-même saint Pierre Nolasque et ses compagnons, en présence du roi Jacques Ier et de l'évèque Bérenger de Palou, de l'habit blanc et du scapulaire. Parmi les différentes dates alléguées par les historiens, il semble qu'il faudrait placer le fait de la prise d'habit de saint Pierre Nolasque et conséquemment de la fondation de l'ordre de la Merci de préférence au 10 août 1223 ou 1222. Voir E. Vacas Galinda, O. P., San Raimundo de Peitaforl, fundalor de la orden de la Merced, Rome, 1919, p. 460 sq. Saint Raymond rédigea pour ce nouvel ordre, dévoué à la rédemption des captifs, un corps de prescriptions et de règles, inspirées de celles de son ordre à lui. Les clercs récitaient le bréviaire dominicain et, en dehors de la règle commune, ils avaient accepté certains extraits des constitutions des frères prêcheurs, principalement par rapport à la vie ecclésiastique. C'est encore saint Raymond qui obtint de Grégoire IX, en février 1235, l'approbation définitive de l'ordre des mercédaires, de sorte qu'il doit être considéré de fait et de droit comme le co fondateur de cet ordre.

Saint Raymond remplit les plus graves et les plus importantes fonctions et missions, d'abord auprès du cardinal Jean Helgrin d'Abbeville, légat du Saint- Siège en Espagne, puis à la cour pontificale. En 1229, Jean d'Abbeville fut envoyé en Espagne dans un

triple but : prêcher la croisade contre les Maures déclarer nul le mariage contracté entre Jacques d'Aragon et Éléonore de Castille, faire la visite canonique des églises et mettre en vigueur, là où besoin était, les décrets du concile du Latran. Il s'attacha comme coopérateur saint Raymond, qui parcourait les villages pour préparer le peuple à recevoir le légat. Bien que nous ne possédions que deux documents officiels attestant que saint Raymond a participé aux actes de la légation du cardinal Jean d'Abbeville en Espagne, nous savons cependant par l'Ancienne vie du saint qu'il a coopéré très activement à tous les actes importants de cette légation. Sur cette légation on peut consulter Potthast, Regesta ]>onlificum romanorum, n. 8335, 8336 (6 février 1229) : Auvray, Registres de Grégoire IX, n. 267; cf. Guiraud, Registres de Chment V, p, 2.S; E. Berger, Registres d'Innocent IV, p. 212. Après l'accomplissement de sa mission, Jean d'Abbeville retourna en septembre 1229 à la cour pontificale et le 25 novembre il était déjà à Pérouse, auprès du pape, pour lui rendre compte de sa mission en Espagne et du concours précieux que saint Raymond lui avait prêté. Aussi le pape chargea-t-il, le 28 novembre, Raymond et le prieur de Barcelone de prêcher dans les provinces d'Arles et de Narbonne en faveur de l'expédition de Majorque, entreprise contre les Maures par le roi Jacques d'Aragon. Lettre du 28 novembre 1229, dans Raymundiana, fasc. 2, p. 12-13.

Peu après, en 1230, Grégoire IX appela saint Raymond à la cour pontificale et le choisit comme confesseur. Il le fit ensuite son chapelain et pénitencier; en cette qualité Raymond rédigea un grand nombre de documents, dont un certain nombre ont été publiés dans Raymundiana, fasc. 2. Pendant son séjour à la cour pontificale, il prit une part active à l'introduction de l'Inquisition en Aragon et, le 30 avril 1235, il donna, sur l'ordre de Grégoire IX, une consultation touchant la procédure à suivre à l'égard des hérétiques de la province ecclésiastique de Tarragone. Raymundiana, fasc. 2, p. 41-45. Pressé par le pape d'accepter l'archevêché de Tarragone, devenu vacant par la mort d'Esparrago, Raymond refusa énergiquement et fit nommer Guillaume de Montgri à sa place, à la fin de 1234. Grégoire IX adressa à ce dernier une réponse touchant 1 es peines à infliger aux hérétiques qui ont abjuré leurs erreurs. Raymundiana, fasc. 2, p. 39-41. Grégoire IX chargea saint Raymond de faire une nouvelle collection de toutes les décrétales et décisions pontificales, destinée à remplacer les multiples collections déjà existantes. Le nouveau compilateur mena son œuvre avec une grande activité et acheva, dans le bref espace de quatre ans, la nouvelle collection qui, par la bulle Rex pari ficus du 5 septembre 1234, envoyée de Spolète aux universités de Paris et de Bologne, fut revêtue du caractère de collection officielle. Exténué de fatigue et brisé par la maladie, saint Raymond, sur le conseil des médecins, quitta Rome en avril 1236 pour regagner son pays natal, où il arriva en juin ou juillet de la même année. Le 15 octobre il prit part aux Cortès de Monçon, convoquées pour préparer l'expédition de Valence et présidées par le roi Jacques d'Aragon. Procès-verbal clans Raymundiana, fasc. 2, p. 54-59. Le 5 février 1237, Grégoire IX chargea Raymond d'absoudre le roi Jacques d'Aragon de l'excommunication qu'il avait encourue pour l'attentat, auquel il s'était livré, par ses agents, contre l'évèque élu de Saragosse passant par Ilucsca, pour aller se faire sacrer à Tarragone. Raymundiana, fasc. 2, p. 59-60. De nombreux documents publiés dans Raymundiana, fasc. 2, p. 54- 72, il résulte que Raymond exerça encore les fonctions de pénitencier pontifical jusqu'en 1237 et peut-être jusqu'au début de 1238,

RAYMOND DE PENYAFORT

Au chapitre général, réuni à la Pentecôte de 1238 à Bologne pour élire un nouveau général à la place d.' Jourdain de Saxe, mort dans un naufrage le 13 février 1237, près de Saint- Jean d'Acre, saint Raymond, bien qu'il n'assistât pas au chapitre et vécût retiré dans sa cellule à Barcelone, fut désigné à l'unanimité pour prendre la succession de Jourdain de Saxe comme maître général de l'ordre. Une délégation de plusieurs provinciaux, parmi lesquels Hugues de Saint-Cher, provincial de France, fut envoyée à Barcelone par le chapitre pour décider le saint à accepter son élection. Après une longue résistance, il s'inclina devant l'insistance de la commission. Jaloux de la régulière observance, il s'adonna sans tarder à une nouvelle rédaction des constitutions approuvées dans le premier chapitre général tenu en 1228 sous Jourdain de Saxe. La nouvelle rédaction de saint Raymond fut introduite et approuvée au chapitre général de Paris en 1239, sous forme d'inchoation, approuvée au chapitre de 1240 et confirmée enfin dans celui de 1241. Cette rédaction est restée jusqu'à nos jours le fondement des constitutions et de toute la partie législative de l'ordre des dominicains, jusqu'en 1924, date de la revision complète et de la dernière codification. Raymond prononça au même chapitre de Paris de 1239 un sermon, dont le canevas, conservé à la bibl. Ambrosienne de Milan, ms. A. 11, fol. 28, a été édité dans Raymundiana, fasc. 2, p. 80. En 1240 il se démit du généralat et retourna dans son couvent de Barcelone.

Dans sa retraite, saint Raymond ne resta pas oisif, mais, prédicateur zélé et homme de grande doctrine, il favorisa et propagea l'apostolat catholique auprès des Juifs et des infidèles d'Espagne et d'Afrique et travailla efficacement et avec succès à la répression de l'hérésie en Catalogne et on Espagne. Il prêcha avec le plus grand succès les croisades et engagea Jacques Ier à introduire l'Inquisition en Espagne. Le roi d'Aragon d'ailleurs l'honorait de sa confiance et de son amitié et recourait bien souvent à son ministère et à ses conseils. Un des grands mérites de Raymond est d'avoir érigé des écoles de langues orientales, afin de procurer une éducation plus appropriée aux futurs missionnaires. Ainsi il fonda et ouvrit en 1250, à Tunis, une école d'arabe et parmi les premiers élèves on cite Raymond Martin, le fameux controversiste avec les juifs. De la sorte il devint possible aux frères d'exercer un ministère efficace auprès des Maures d'Espagne et des populations arabes d'Afrique et d'Asie. Malgré l'opposition de quelques frères, l'entreprise de Raymond obtint l'approbation officielle du général de l'ordre. Sur l'initiative du saint, une école d'hébreu fut ouverte à Murcie, pour faciliter le ministère auprès des Juifs d'Espagne, et, en 1281, une autre fut fondée à Barcelone. C'est à la prière et sur les instances de Raymond que saint Thomas d'Aquin composa sa Summa contra Gentiles, qui fut étudiée avec un grand succès dans ces écoles de missionnaires, fondées par le saint.

Après avoir mené une vie toute d'abnégation et de renoncement, de sacrifice et de prière, après avoir brillé par les vertus les plus admirables et les plus héroïques, le docteur catalan mourut, en odeur de sainteté, le 6 janvier 1275, dans sa ville même de Barcelone. Quatre années après sa mort édifiante, l'archevêque de Tarragone déposa une supplique pour sa canonisation et, en décembre 1297, le concile de Tarragone lit des démarches pour introduire sa cause de béatification. Celle-ci cependant fut retardée durant trois siècles et ne fut proclamée qu'en 1601 par le pape Clément VIII.

II. Œuvres. — Malgré les multiples occupations auxquelles saint Raymond était obligé de s'adonner comme professeur, pénitencier et maître général de

son ordre, malgré le peu de santé dont il jouissait et son œuvre d'apostolat, le grand docteur trouva encore les loisirs nécessaires pour écrire des ouvrages de grand mérite.

1° Summa juris. — - Lors de son professorat à Bologne (1210-1219) Raymond doit avoir écrit une Summa juris, inconnue jusqu'à ces derniers temps et demeurée inaperçue de la plupart de ses biographes, principalement anciens. H. Denifle, Die Entslehung der Universilâten des M. A. bis 1400, t. i, Berlin, 1885, p. 15, n. 70, et Fr. von Schulte, Geschichle der Quellen und Literatur des canonischen Rechls, t. il, Stuttgart, 1877, p. 410-411, n. 6, ont tiré cette somme de l'oubli. Elle est conservée dans le ms. Borgii. 261 de la bibl. Vaticane et commence par les mots : Frcquens inslancia et ignita karilas sociorum, nexibus aiireis indissolubiliter vinculala, meum diu pulsaverunl animum ut quasi pignus amoris aliquod mei laboris memoriale relinquercm eis et posteris profuturum. Raymond composa cette somme à la prière de ses collègues, afin de venir en aide aux étudiants et de les préparer à l'exercice du saint ministère. Elle est divisée en sept parties en l'honneur des sept dons du Saint-Esprit. In prima particula ponunlur varies species et difjerentia juris; in secunda agitur de ministris canonum, dif/erentiis et officiis eorumdem; in lerlia de ordinc judiciario; in quarta de conlraclibus et rébus lam ecclesiarum quam ecclesiasticorum; in quinla de criminibus et pœnis; in sexla de sacramenlis; in septima de processione Spirilus Sancli. La méthode suivie dans l'exposé de la matière est la suivante. Raymond commence dans chaque partie par donner les rubriques, dans lesquelles il expose aussi amplement que possible la matière de chaque rubrique. Ensuite il pose brièvement les questions et donne les solutions. Après cela il ajoute des notes juridiques qui se rapportent à la rubrique. Enfin, il indiqua les endroits du Décret, des décrétâtes et de leurs gloses, où les lecteurs pourront trouver la matière exposée. Le prologue a été édité dans Raymundiana, fasc. 2, p. 5-6.

2° Summa casuum. — L'ouvrage le plus célèbre, dû à la plume du docteur catalan, est sans conteste sa fameuse Somme, universellement connue sous le titre de Summa casuum, Summa de pœnitentia, ou Summa de casibus conscientiw.

1. Renseignements généraux. — Peu de travaux, en effet, ont connu une diffusion aussi grande que cette Somme. On la retrouve en manuscrit dans presque toutes les bibliothèques de l'Europe. Voir J. Dietterle, Die « Summoe confessorum sive de casibus conscientiœ » non ihren Anfàngen an bis zu Silveslcr Prierias, dans Zeilschr. f. Kirchengeschiclite, t. xxiv, 1903, p. 536, et Fr. von Schulte, Die Geschichle der Quellen und Literatur des canonischen Redits, t. n, p. 410, note 0. Il faut remarquer cependant que le plus grand nombre de ces manuscrits datent d'entre 1251) et la fin du xive siècle et qu'un nombre très minime seulement sont du xve siècle. De plus il est à noter que, pendant les xv° et xvi° siècles, la Somme de Raymond n'a jamais été éditée et que la lre édition, d'après Fr. von Schulte, op. cit., t. n, p. 536, daterait de 1603, à Rome. Elle fut rééditée à Rome, en 1619; à Vérone, en 1744; à Avignon, en 1715. Selon le même Fr. von Schulte, l'édition de Louvain, en 1480, et celle de Paris n'auraient jamais existé.

D'où il faut conclure que l'influence exercée par la Somme est allée en décroissant et que peu à peu l'œuvre du docteur catalan a été remplacée par d'autres traités du même genre, plus complets et mieux adaptés aux besoins nouveaux des temps suivants Telles sont les sommes de Jean de Fribourg, de Barthélémy de San Concordio, d'Astesan, de Baptiste de Sale ou Trovamala, d'Ange de Clavasio, de Silvestre

RAYMOND DE PENYAFORT

de Prierias, de saint Antonin de Florence D'après les critiques, le plus ancien ms. de la Somme de Raymond serait le cod. 370 de la bibl. de l'Arsenal de Paris; d'après les Raymundiana, fasc. 2, p. 10, il daterait de 1244 ou 1245. A ce ms. il faut en ajouter un autre qui, à plusieurs points de vue, est beaucoup plus important. C'est le ms. 20-3-17 de la bibl. universitaire de Barcelone, écrit vers 1242, comme l'indique une formule placée sur la première feuille : prima die marlis aprilis? anno Domini MCCXLII.

La Somme du docteur catalan constitue, comme l'auteur lui-même en convient dans le prologue, une collection ex diversis auctoribus et majorum meorum diclis, parmi lesquels il faut citer Vincentius Hispanus, Huguccio, Jean le Teutonique, Bernard de Pavie, Laurent d'Espagne, Alanus, Jean de Galles, Rofîrède et Tancrède. En dehors du droit canonique il a utilisé aussi le Corpus juris civilis, c'est-à-dire les Pandectes et le Codex juris civilis. D'après P. Mandonnet, Raymond aurait utilisé aussi et même dans une mesure assez large la Summa de pœnilenlia de Conrad de Teutonie, O. P., provincial d'Allemagne, que le docteur catalan a connu à Bologne; voir La « Summa de pœnilenlia Magislri Pauli S. Nicolai », dans Aus der Geisleswell des Millelallers, t. i, dans Beilrâge z. Gesch. d. Philos, u. Theol. d. M. A., Supplementband, m, Mûnster-en-W., 1935, p. 532-533.

Le but que s'était proposé saint Raymond, en rédigeant sa Somme, était de venir en aide à ses confrères et de leur donner des règles utiles pour la direction de leurs pénitents et pour la solution des cas de conscience rencontrés le plus habituellement au confessionnal. C'est dans ces termes d'ailleurs qu'il s'exprime lui-même dans le prologue : ut si quando fratres ordinis noslri vel alii circa judicium animarum in foro pœniienliali forsilan dubitaverint, per ipsius exercilium, lam in consiliis quam in judiciis, quœsliones mullas et casus varios ac difficiles et perplexos valeanl enodare; voir éd. de Rome, 1603. D'après ce texte, saint Raymond ne se serait point proposé d'écrire une Somme destinée à l'enseignement scolaire, comme cela ressort d'un passage d'un des plus anciens manuscrits de la Somme, où on lit : lam in judiciis quam in scolis (ms. 370 de l'Arsenal), au lieu de lam in consiliis quam in judiciis, mais un guide à l'usage des confesseurs, comme il ressort des manuscrits et d'un passage de l'Ancienne vie. Voir Raymundiana, fasc. 1, p. 21-22.

La Somme proprement dite de saint Raymond, à l'exclusion du Traclalus de matrimonio, qui, comme nous le dirons plus loin, fut ajouté plus tard, constitue un travail systématique et est divisée en trois parties, dont le docteur catalan lui-même résume le contenu dans le prologue : Dislinguilur ergo per 1res parliculas, in quorum prima agilur de criminibus, quœ principaliler et directe commitlunlur in Deum; in secunda de his, quœ in proximum; in lertia de minislris irregularibus et irregularilatibus et impedimenlis ordinandorum, dispensalionibus, purgationibus, senlentiis, poenilenliis et remissionibus; éd. cit., p. 2, col. 1. La première partie comprend 16 titres, qui en substance traitent : de simonia, de magislris et ne aliquid exiganl pro licenlia docendi, de judœis, etc., de hœreticis, schismaticis, aposlalis; de volo et votorum transgressionibus ; de juramenlo, perjurio, mendacio, adultcrio, sorlilegiis; de feriis, de immunilale ecclesiaslica, de decimis primitiarum el oblalis, desrpulluris; la seconde a 8 titres, dans lesquels il est question : de homicidiis, torneamenlis, duello, ballistariis ri sagittariis, raptoribus, prtedonibus el incendiariis, furlis, usuris, negotiis strcularibus el ulrum de illicilis possil fieri clcenwsynn cl de (deatoribus; la troisième comprend 34 titres, dont la matière a été donnée en raccourci plus haut. Dans les éditions

de la Somme ces titres sont, à leur tour, subdivisés en paragraphes.

Quant à la méthode employée par le docteur catalan, il nous renseigne encore lui-même à ce sujet dans son prologue : il ne fait que suivre la méthode de tous les autres scolastiques. Il expose d'abord la matière annoncée dans chaque titre et dans chaque paragraphe et il y ajoute ensuite des dubise quœsliones et des casus. Il s'est efforcé de fournir un exposé clair, méthotique et complet de chaque matière, donnant tout ce qui pouvait être utile ou nécessaire pour une compréhension plus détaillée et plus complète de la matière traitée, et il a visé aussi à rejeter tout le superflu et à éviter toutes les répétitions inutiles. Il a ajouté enfin des notes précieuses de droit, où sont exposées certaines opinions touchant les questions qu'il examine.

Le prologue nous fournit également des renseignements, dont il résulte que saint Raymond doit avoir composé sa Somme proprement dite dans son couvent de Barcelone. Il y écrit en effet qu'il a rédigé son œuvre ad honorem bealœ Catherinœ, éd. cit., p. 1. Or sainte Catherine était la patronne du couvent des prêcheurs de Barcelone. Quant à la date de composition — nous excluons le Traclalus de matrimonio — on tient généralement qu'elle doit être fixée après 1234, date à laquelle Grégoire IX a promulgué officiellement les Décrétales collectionnées par saint Raymond. Le principal argument à l'appui de cette thèse se réduit au fait que les Décrétales de Grégoire IX y sont citées couramment et continuellement sous le sigle Extra. Cette opinion est admise par la généralité des auteurs, Fr. von Schulte, op. cit., p. 412, et J. Dietterle, art. cit., p. 535, en tête. Nous ne pouvons toutefois nous rallier à cette opinion, vu le grand nombre d'arguments contraires; nous croyons plus fondée l'opinion, admise par les auteurs des Raymundiana, qui met la composition entre 1223 et 1229 (fasc. 2, p. 9, note 1), ou celle de A. Danzas, dans Études sur les temps primitifs de l'ordre de Saint-Dominique, IIe sér., t. il, p. 152, 209, n. 1, 275-280, et de B. Kuhlmann, dans Der Geselzesbegriff beim heil. Thomas von Aquin, Bonn, 1912, p. 55-56, qui soutiennent que saint Raymond doit avoir commencé sa Somme avant 1234 (c'est-à-dire vers 1227), bien qu'il ait pu la terminer après 1234. Nous avons apporté dans les Ephemerides theologicœ Lovanienses, t. v, 1928, p. 65-70, un grand nombre de preuves, empruntées tant à la critique externe qu'à la critique interne, qui permettent de fixer la composition entre 1222 et 1230, c'est-à-dire entre la date de l'entrée de Raymond dans l'ordre des prêcheurs et la date de son départ de Barcelone pour la cour pontificale.

2. Importance de la Somme dans l'histoire de la pénitence. -=• Quant à la place occupée par la Somme de saint Raymond dans l'évolution des traités pénitentiels.elle est d'une importance exceptionnelle. Pour le montrer, nous donnerons un résumé de l'exposé que nous avons fait dans notre ouvrage La confession aux laïques dans l'Église latine depuis le vm* jusqu'au XIVe siècle, Bruges, 1926.

Dans le haut Moyen Age prédominaient les livres pénitentiels à but exclusivement pratique, qui établissaient la pénitence à imposer pour les divers péchés et constituaient de la sorte un livre indispensable pour les prêtres. Plus tard, avec l'introduction des pénitences arbitraires, les traités de pénitence gardèrent leur caractère foncièrement canonique. Ainsi, dans les recueils des deux plus grands canonistes de l'époque de transition, on trouve principalement des préoccupations d'ordre pratique; c'est à la partie morale, beaucoup plus qu'à la dogmatique, qu'ils donnent leur attention. Réginon de Priim, clans plusieurs chapitres de son traité De causis et disciplinis, dans P. L.,

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t. cxxxn, col. 175 sq., donne des recommandations pratiques relatives à la pénitence; Burchard de Worms lui consacre tout le livre XIX de son Décret qui, pour cette raison, porte le titre de Correclor et Medicus, dans P. L., t. cxl, col. 943-1014; c'est un des exposés les plus complets sur l'administration de la pénitence que nous ait légués le haut Moyen Age. Le point de vue qui le domine est purement pratique : il apporte les remèdes au pénitent et enseigne à tout prêtre, même peu lettré, la façon de porter secours à toutes les catégories des pécheurs. Ce n'est qu'incidemment que l'on peut y trouver des vestiges d'une doctrine dogmatique. Par contre, la partie que nous appellerions la pastorale, y est amplement représentée : l'examen de conscience, l'interrogatoire par le confesseur, les modes de pénitence, etc., y sont longuement traités. Les auteurs de recueils canoniques à l'époque de la réforme grégorienne, tels Anselme de Lucques, le cardinal Deusdedit et Bonizon de Sutri, puis les compilateurs du groupe français, Yves de Chartres en tête, agirent comme Burchard et placèrent au premier plan les questions morales et pratiques dans l'administration du sacrement de pénitence. Voir aussi J. deGhellinck, Le mouvement théotogiqite du XII siècle, Paris, 1914, p. 279-306.

Avec le développement progressif de la doctrine pénitentielle, qui, vers cette époque, plaça la partie principale de la pénitence dans la contrition, et sous l'influence de la méthode dialectique abélardienne, introduite en théologie, de nombreuses discussions furent engagées entre les diverses écoles théologiques, principalement touchant la nécessité de la confession et la valeur de la contrition. Sous l'influence de ces discussions théologiques, Gratien donna, pour la première fois, une extension notable aux questions doctrinales relatives à la pénitence. De la sorte s'ouvrit une nouvelle période dans l'histoire du droit pénitentiel : la théologie y prit définitivement place. A rencontre de Burchard, d'Yves de Chartres et des collections italiennes, qui donnaient une large place à la partie pratique de la pénitence, le De pseniteniia de Gratien aborde directement le côté dogmatique du problème et montre clairement le contre-coup des écoles de théologie dans le droit canonique. A partir de cette époque, en effet, le traité de la pénitence gagna en importance et en étendue chez les canonistes et les théologiens qui, grâce à une influence réciproque, lui consacrèrent un exposé plus ou moins long et détaillé. De plus, une série de théologiens, Pierre le Chantre eu tête, introduisirent à leur tour des questions purement pratiques et casuistiques dans leurs traités théologiques de la pénitence et inaugurèrent de la sorte la casuistique. Ils se posèrent un grand nombre de cas pratiques et une multitude d'objections à des principes admis, qu'ils s'efforcèrent ensuite de solutionner. Ainsi l'on peut voir les cas les plus bizarres posés par Pierre le Chantre par rapport à la confession aux laïques. Voir A. Teetaert, op. cit., p. 164.

Le droit canonique, de son côté, à cause de son évolution continuelle durant le xi° et le xne siècle, avait pris, au début du xme siècle, une extension considérable et embrassait une multitude de matières, qui n'intéressaient proprement que le droit civil. De plus, les éléments canoniques et théologiques, nécessaires ou utiles à l'administration des sacrements, se trouvaient dispersés à des endroits différents de volumes énormes, composés depuis le milieu du xne siècle et étaient éparpillés dans diverses sommes et traités théologiques et dans diverses collections et gloses du Décret ainsi que dans les différentes compilations, qui étaient venues grossir le matériel canonique rassemblé dans le Décret. Les livres des Sentences et les Sommes tant théologiques que canoniques, ainsi que les compi-

DICT. DE THÉOL. CATHOL

lations et leurs gloses, n'étaient destinés d'ailleurs qu'aux savants; les simples prêtres, souvent pauvres et sans instruction étendue, ne pouvaient se servir de ces ouvrages trop érudits et trop coûteux. La nécessité s'imposait donc, au début du xmc siècle, de composer pour les prêtres une sorte de manuel, dont ils pussent se servir avec fruit dans l'administration des sacrements et surtout du sacrement de pénitence. Ces manuels ont reçu le nom de Summœ confessorum. Ces nouvelles Sommes ne contiennent pas seulement des leçons théoriques, mais aussi et principalement des exposés pratiques, se rapportant aux différents sacrements, mais surtout au sacrement de pénitence. Les auteurs de ces Sommes posent des cas pratiques, tels que les confesseurs peuvent en rencontrer, les développent et y donnent la solution désirée; ils y rassemblent en même temps toutes les questions qui se rapportent à l'administration des sacrements et principalement du sacrement de pénitence. Un des premiers théologiens-canonistes qui soit entré dans cette nouvelle voie, est l'anglais Robert de Flamesbury, pénitencier de l'abbaye de Saint-Victor, près de Paris. Son Pœnitentiale, qui doit avoir été écrit avant le l\e concile du Latran de 1215 (c'est-à-dire vers 1207- 1215), constitue un recueil méthodique des cas de conscience, rencontrés probablement lorsque, d'après un usage établi et approuvé ensuite par Innocent III, il entendait à Saint-Victor les confessions des étudiants de Paris. Le pénitencier de Saint-Victor s'efforça de rassembler dans cet ouvrage toutes les connaissances juridiques nécessaires au confesseur. Cette nouvelle direction, imprimée aux exposés sacramentaires et pénitenticls, a été suivie durant les siècles ultérieurs par un grand nombre de théologiens-canonistes.

La nécessité de ces manuels pratiques devint encore plus évidente après la promulgation du can. 21 du IVe concile du Latran (1215), dans lequel il fut statué que tous les fidèles, arrivés à l'âge de raison, étaient tenus de se confesser, au moins une fois l'an, à leur propre prêtre. Ce même canon contient en outre toute une réglementation touchant la conduite à tenir par les confesseurs vis-à-vis des pécheurs : « le prêtre devra être prudent et sage, savoir verser le vin et l'huile sur les blessures, discerner les circonstances du péché et l'état d'âme du pécheur, afin de pouvoir trouver les conseils à donner et les moyens à employer pour guérir le malade ». Le prêtre avait donc le devoir d'examiner les consciences et de se prononcer sur les cas de conscience proposés. En outre, sous l'influence de la scolastique, la morale avait pris une forme casuistique, de même que le droit ecclésiastique; il n'est donc pas étonnant que cette direction imprimée à la théologie et au droit, avec les exigences pratiques du ministère sacerdotal, aient provoqué la casuistique théologique, la jurisprudentia divina, comme l'appelle Fr. von Schulte, op. cit., p. 512-525. Comme le ministère du prêtre au confessionnal présentait de multiples ressemblances avec l'activité du juge civil, la transition de la casuistique à la jurisprudence se faisait d'autant plus facilement que le droit et la morale se rencontrent continuellement sur un terrain commun. Il était d'autant plus difficile de les distinguer que le droit ecclésiastique, dans sa préoccupation de concilier les données du droit avec celles de la morale, amena bien souvent une fusion intime entre les domaines de ces deux sciences. Là même où elles existaient séparées, il n'était souvent pas possible au confesseur de ne pas examiner le côte juridique d'un cas de conscience proposé.

De la sorte le droit était intimement lié à la morale et la connaissance de l'un et de l'autre était absolument requise chez le confesseur. Les Summœ confessorum la lui offrirent abondamment et lui donnèrent tout ce

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dont il avait besoin dans l'administration du sacrement de pénitence, et même toutes les connaissances requises pour l'exercice de son ministère sacerdotal en général; elles lui donnèrent en outre la solution des divers cas de conscience, et lui offrirent toutes les déclarations officielles, principalement du droit canonique, nécessaires pour l'exercice de son ministère auprès des fidèles.

Parmi les Summœ confessorum, la Summa casitum de saint Raymond occupe une place d'honneur et constitue sans conteste la Somme la plus célèbre et la plus importante par son intérêt et son influence considérable. Elle a un caractère foncièrement canonicomoral et pratique : elle apporte les remèdes aux pénitents et enseigne à tous les prêtres, même peu lettrés, la façon de porter secours à toutes sortes de pécheurs. Ce n'est qu'incidemment que l'on y trouve des exposés dogmatiques, alors que la partie pastorale y est amplement représentée. Il est donc naturel que dans la Somme de saint Raymond la profondeur et la subtilité de la spéculation, qui sont de mise dans les problèmes dogmatiques, soient pour ainsi dire absentes et c'est à tort que J. Dietterle, art. cit., en fait un grief au docteur catalan. On ne peut d'ailleurs nier que Raymond ait réussi à créer, dans le domaine où le droit est uni intimement à la théologie morale, un véritable système, et qu'il ait exercé une influence considérable sur les générations suivantes. Comme J. Dietterle lui-même le reconnaît, le docteur catalan semble être le premier, qui, dans les Summœ confessorum, ait introduit des distinctions juridiques dans le domaine de la morale et qui ait fait entrer des décisions et des déclarations du droit civil dans le droit canonique. Rien plus dans des questions purement civiles et matérielles il laisse au droit canonique de décider et relègue à l'arrière-plan les thèses du droit civil. D'où il suit que, dans saint Raymond, l'évolution du droit canonique, principalement en ce qui regarde le for intérieur, consiste à subordonner le droit civil au droit ecclésiastique et à faire absorber le premier par le second, de sorte que le docteur catalan et son époque sont à un tournant important de l'évolution du droit canonique.

On ne doit pas perdre de vue que la Somme du saint catalan est une compilation, un agrégat de doctrines et de thèses prises chez d'autres auteurs, que saint Raymond s'est elTorcé d'unir entre elles au moins par un lien logique externe. On ne peut donc lui reprocher le manque d'originalité dans les doctrines exposées, comme l'a fait à tort J. Dietterle, puisque le but poursuivi était avant tout pratique, à savoir rassembler les théories, thèses et sentences dispersées dans des volumes copieux et coûteux. Raymond est parvenu à exposer les discussions et les débats d'une façon claire et intelligible et à éviter les particularités et les difficultés superflues. L'exposé ne prend pas en général la forme d'une déduction strictement juridique, mais plutôt d'une instruction populaire dans la langue et le style qui caractérisent la scolastique du xme siècle. Il ne néglige pas de citer les autorités, entre lesquelles se trouvent non seulement des canonistes, mais aussi le droit romain. Ainsi dans le 1. Il, De peccatis in proximum, dans lequel le docteur catalan introduit le droit civil et aussi plus spécialement le droit privé, on rencontre des exposés, dans lesquels les principes et les thèses du droit romain occupent une place d'honneur, comme par exemple dans les litres De furlis, de usiiris, de negoliis sœcularibus. Dans le titre De raploribus, priedonibus et incendiariis, il existe une série de questions, dont le contenu appartient essentiellement au droit privé et dans lesquelles il expose la doctrine de l'obligation de la restitution et de la compensation, de l'accomplissement de ce devoir par la cession de

l'héritage, la doctrine de l'héritage, de la prescription du juge, etc. Dans toutes les questions juridiques le dernier mot appartient au droit canonique, auquel le droit civil et privé est subordonné. Ainsi Raymond applique les principes du droit canonique à la responsabilité qu'entraînent les héritages pour les débiteurs et les testateurs, à la relation qui existe entre le « quart falcidique » et la partie obligatoire, à la bona fides dans la prescription et surtout en matière d'impôts. Il dénie toute valeur aux lois civiles qui mettent obstacle à l'imposition de l'impôt et applique les principes canoniques i de très nombreuses questions. Il examine par exemple si et dans quelle mesure les prescriptions canoniques ont été transgressées dans les différents métiers et les diverses affaires commerciales. Il déclare coupables de péché ceux qui achètent des produits à un vil prix dans l'intention de les vendre plus chers à d'autres (la glose elle-même fait observer que cette sentence est nimis dura, si indistincte intelligatur). Quant à la doctrine pénitentielle de saint Raymond, nous l'avons exposée dans Analecla sacra Tarraconensia, t. iv, 1928, p. 145-182. L'originalité de saint Raymond consiste donc moins dans la nouveauté des doctrines et des théories alléguées que dans les procédés suivis dans l'exposé des matières traitées.

De la grande autorité dont jouit la Somme de saint Raymond dans l'ordre des prêcheurs témoignent les prescriptions des maîtres généraux et des chapitres généraux et provinciaux de l'ordre par rapport à l'emploi obligatoire de la Summa casuum dans les écoles et à l'exposé des matières qui s'y rencontrent. La haute estime dans laquelle les dominicains avaient cette Somme est une autre preuve en faveur de sa grande autorité. Ainsi, tandis que dans l'ordre quelques-uns s'insurgeaient contre Albert le Grand et que d'autres s'opposaient à la doctrine de saint Thomas d'Aquin, tous ont traité toujours avec la plus grande bienveillance la matière théologique pratique exposée dans la Somme. Les professeurs dans les écoles et les auteurs dans leurs ouvrages invoquent continuellement l'autorité de Raymond pour confirmer leurs doctrines. Dans les bibliothèques de l'ordre une place d'honneur est réservée à la Summa casuum. Enfin l'autorité peu commune dont jouissait la Somme en dehors même de l'ordre des prêcheurs, résulte du nombre vraiment prodigieux des exemplaires qu'on trouve dans toutes les bibliothèques de tous les pays de l'Europe. Cf. A. Walz, S. Haymundi de Pengafort auclorilas in re p enilentiali, Rome, 1935, p. 3LÎ--16.

La Summa casuum de saint Raymond n'a pas seulement joui d'une grande autorité auprès des canonistes et théologiens contemporains et postérieurs au docteur catalan, mais elle a exercé aussi une influence considérable sur les Summœ confessorum et sur la littérature canonique. De très bonne heure des docteurs se sont appliqués à gloser la Somme de Raymond. Telle est, par exemple, la glose universellement connue du prêcheur Guillaume de Rennes. Un grand nombre d'auteurs se sont inspirés de la Somme de Raymond, qu'ils ont retravaillée de toutes façons. De nombreuses Sommes abrégées ont été composées sur le type de celle du «.octeur catalan et en ont été extraites en grande partie. Elles portent le nom de Summulœ S. Haymundi ou de Summulœ de summa S. Raymundi ou de Summulœ abbrenialœ S. Haymundi et elles se rencontrent presque aussi nombreuses que la Somme elle-même de saint Raymond. Elles sont généralement anonymes et se retrouvent dans toutes les bibliothèques d'Europe. Ainsi, d.s avant 1250, Arnulphe de Louvain, abbé de l'abbaye cistercienne de Villers, avait composé une Summa mclrica sur celle du saint (.odeur. Vers le milieu du xme siècle un clerc de Metz et vers la fin du même siècle Robert

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de Corbone ont transcrit pour ainsi dire littéralement la Somme de saint Raymond. Voir Recherches de théol. anc. et méd., t. vi, 1934, p. 202; B. Kuhlmann, Der Geselzesbegrif] beim heil. Thomas von Aquin im Lichte des Rechlssludium* seiner Zeit, Bonn, 1912, p. 58; E. Goller, Die pàpstliche Pinitenliarie von ihrem Ursprung bis z« ihrer Umgestaltung unter Pius V., t. i, Rome, 1907, p. 60. La plus célèbre Summa melrica est celle du dominicain Adam (f 1408).

La Somme de Raymond a inspiré aussi un grand nombre d'autres Summse confessorum, dont elle constitue la source principale. Telles sont, par exemple, les Sommes de Jean de Fribourg, O. P. (1314) et du dominicain Berthold, qui n'a fait que retravailler la Somme de Jean de Fribourg en allemand. Burchard de Strasbourg, Guillaume de Cayeux, etc. ont utilisé dans une grande mesure la Somme de saint Raymond pour la rédaction de leur Summa, qui, au fond, n'est qu'un abrégé plus ou moins long de l'ouvrage du docteur catalan. Enfin la Summa casuum de Raymond a constitué une des principales sources non seulement pour les Summse confessorum postérieures, mais aussi pour les autres auteurs, principalement les canonistes et les moralistes. Voir pour ce dernier point A. Walz, op. cil., p. 49-55.

3° Le Traclalus de malrimonio. — Après l'achèvement de la Summa casuum proprement dite, Raymond y a ajouté un Traclalus de malrimonio, qui fut regardé et désigné de bonne heure comme le liber quartus ou la pars quarla de la Summa de casibus. Il est cependant très douteux que saint Raymond ait eu primitivement l'idée de faire du Traclalus de-jnatrimonio la quatrième partie de la Somme. Le contraire semble bien plus vraisemblable, comme nous avons pensé le démontrer dans Summa de malrimonio S. Raymundi de Penyaforl, dans Monographiie juridicœ, IIe sér., fasc. 9, Rome, 1929. Arguments de critique interne : dans le prologue de la Somme, où le i octeur catalan énumère les différentes matières qu'il exposera, il ne dit pas un mot de son intention d'ajouter un traité sur les flançailles et le mariage. Il y dit que la Somme comprendra seulement trois parties et détermine les sujets qui seront traités dans chacune; il n'est nulle part question de la quatrième partie, du Traclalus de malrimonio. D'autre part, dans la préface, qui précède le Traclalus de malrimonio, Raymond dit explicitement qu'il a a;outé ce traité à sa Summa de psenilenlia, parce qu'il arrive fréquemment que des doutes et des cas de conscience surgissent chez les confesseurs touchant le mariage; voir éd. cil., p. 503. Ces paroles laissent entendre que le docteur catalan s'est seulement décidé, après l'achèvement de sa Somme proprement dite, à écrire un traité spécial (specialem Iraclalum subjeci i sur le mariage. Quoi qu'il en soit des motifs qui l'ont déterminé à écrire le Traclalus de malrimonio, toujours est-il que le prologue de la Summa casuum proprement dite et la préface du Traclalus de malrimonio ne deviennent intelligibles que dans le cas, où l'on admet que Haymond ne songeait nullement au début à composer un traité sur le mariage. Celui-ci a donc été ajouté après l'achèvement de la Summa de punilenlia proprement dite.

Par ailleurs, il est certain que la tradition manuscrite constitue une forte preuve en faveur de notre thèse. Dans à peu près tous les mss., le Traclalus de malrimonio est séparé des trois livres de la Summa de punilenlia par un espace blanc plus ou moins étendu. De plus, un très grand nombre de mss ont un explicil spécial pour le 1. III de la Somme et un incipil et un explicil particuliers pour le Traclalus de malrimonio. Dans d'autres, la Somme n'a pas d'explicil spécial, tandis que le Traclalus a un incipil et un explicil particuliers. Quelques-uns ont un explicil tout à fait

spécial pour la Somme. Dans d'autres mss. des traités entiers sont intercalés entre la Summa de pse. nlenlia et le Traclalus de malrimonio. En outre, quelques mss. ne contiennent que les trois livres de la Somme, tandis que d'autres n'ont que le Traclalus de malrimonio. Dans d'autres encore le Traclalus de malrimonio précède les trois livres de la Somme. Il résulte de ces considérations que la tradition manuscrite distingue explicitement le Traclalus de malrimonio des trois livres de la Summa de p i nitenlia et que, très probablement, le Traclalus de malrimonio n'a pas fait partie de la Somme primitive, mais qu'il a été composé dans la suite par saint Raymond et ajoutée comme I. IV aux trois premiers livres de la Somme. Cette conclusion devient encore plus évidente, si l'on considère qu'il existe des mss. qui contiennent, comme 1. IV de la Somme, la Summa de malrimonio de Tancrède, comme c'est le cas pour le ms. XIV. G. 48 de la bibl. universitaire de Prague, le ms. 643 delà bibl. munie. d'Assise, le ms. lat. 13 466 de la Bibl. nation, de Paris. De ces données il résulte qu'originairement saint Raymond se serait contenté de reprendre simplement la Summa de malrimonio de Tancrède et de l'ajouter à sa propre Somme comme quatrième partie, pour subvenir de la sorte aux demandes de ceux qui le suppliaient de vouloir exposer le sacrement de mariage en vue du ministère sacerdotal. Le docteur catalan aurait retravaillé, dans la suite, la Summa de malrimonio de Tancrède et lui aurait donné la forme qu'elle a de nos jours. Il a substitué au prologue de Tancrède une nouvelle préface, où il expose les raisons pour lesquelles il a ajouté la Summa de malrimonio aux autres livres, en indiquant également les grandes divisions de ce traité. Tout le reste de la Summa de malrimonio du ( octeur catalan correspond pour la plus grande partie, à celle de Tancrède, dont elle ne constitue d'ailleurs qu'une transcription le plus souvent littérale. Les seules différences entre les deux Sommes consistent en ce que celle de saint Raymond omet les parties, qui n'étaient plus en harmonie avec les Décrétais de Grégoire IX, et contient de nouvelles décrétais, empruntées à la nouvelle collection officielle. La thèse selon laquelle saint Raymond s'est contenté d'abord de reprendre la Summa de malrimonio de Tancrède comme quatrième partie de sa Somme et qu'il a retravaillé dans la suite cette Summa pour l'adapter aux Décrétâtes de Grégoire IX est confirmée par V explicil de la Somme, conservée dans le ms. lai. 16 117 de la Bibl. nation, de Paris, où on lit : « Explicit summa nova Remundi de malrimonio. » Comme le texte de cette Somme correspond à celui de la Summa de malrimonio actuelle, Vexplicil cité suppose qu'auparavant il existait un autre texte de la Summa de malrimonio, distinct de celui qui se lit dans le ms. de Paris. Or cet autre texte, existant avant celui du ms. parisien et celui que nous avons actuellement, ne peut être, d'après la tradition manuscrite, (pie la Summa de malrimonio de Tancrède. De cet exposé il résulte encore que le texte actuel de la Summa de malrimonio de saint Raymond ne peut avoir été redise qu'après 1234, date de la promulgation des Décrétâtes de Grégoire IX. Quant à la matière traitée dans cette Somme, elle est indiquée par saint Raymond lui-même dans sa préface : Primo, de sponsalibus cl malrimoniis. Secundo, de quindecim impedimenlis mairin.onii. Tertio, qualiler ad malrimonium con ungendum vel dis:ungendum agatur. De filiis insuper legilimis, et dotibus et donationibus proplcr nuplias : ordinale oslenâent rubricas in locis debilis, cl dubilaliones diversas ad. rubricas singulas pertinentes.

4° La collection des Décrétâtes. — Saint Raymond a compilé et coordonné la collection des décrétales, dite de Grégoire IX. Ce souverain pontife le chargea, en

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