‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 3)Chapitre 130 sur 470 · RAYMOND DE PEN'YAFORT · texte numérisé non relu

RAYMOND DE PEN'YAFORT

1230, de faire une nouvelle collection de toutes les décrétâtes et décisions pontificales, destinée à remplacer les nombreuses autres compilations existantes. Le nouveau compilateur mena cette œuvre gigantesque avec une très grande activité et acheva, dans le bref espace de quatre ans, la nouvelle collection qui, parla bulle Rcx paci ficus du 5 septembre 1234, envoyée par Grégoire IX de Spolète aux universités de Paris et de Bologne, fut revêtue du caractère de collection officielle. La tâche de Raymond était double : d'abord il devait collationner en un seul livre toutes les décrétâtes contenues dans les autres compilations en y ajoutant les constitutions et les décrets de Grégoire IX; ensuite, en ordonnant et rédigeant les différentes décrétâtes en particulier, il devait rejeter tout ce qui était superflu et écarter les oppositions et les contradictions qui existaient entre diverses décrétâtes. Quant au premier point, il n'avait qu'à se conformer au système adopté par Bernard de Pavie, maintenu dans tes collections postérieures et complété entre temps par l'addition du titre De fide calholica. En ce qui concerne le deuxième point, saint Raymond rejeta toutes les lois émanées du pouvoir temporel, ainsi que tes décrétâtes qui concordaient avec celles d'un autre chapitre ou qui avaient été abolies par des constitutions postérieures. Il faut noter toutefois que le docteur catalan a quelquefois manqué à ces principes fondamentaux. De ce que des décrétâtes à certains points de vue s'accordaient entre elles et à d'autres points de vue différaient les unes des autres, saint Raymond a bien souvent conservé ce qui devait être négligé et a écarté ce qui devait être retenu. Souvent aussi il corrigea le texte des décrétâtes pour les faire accorder entre elles et ces décrétâtes ainsi corrigées portent le nom de Grégoire IX. Mais ces corrections avaient le grand désavantage que bien souvent un texte devenait inintelligible ou recevait un tout autre sens. Saint Raymond abrégea aussi un certain nombre de décrétales. Il retint les mots du début, tandis que du reste de la décrétale il ne gardait que ce qui lui semblait requis pour donner une décision pouvant servir de norme au juge. Il est à noter cependant que toutes ces abréviations ne proviennent pas du seul docteur catalan; un grand nombre sont dues à Bernard de Pavie. Enfin, à l'exemple de Pierre de Bénévent, il a distribué différentes parties d'une même décrétale entie différents titres et livres, et il a transporté des chapitres des anciennes compilations en d'autres endroits et dans d'autres compilations. Dans l'emploi de la collection des Décrétâtes de Grégoire IX, il faut prendre en considération ces différentes remarques. Voir à ce sujet G. Phillips, Kirchcnrecht, t. iv, Ratisbonne, 1851, p. 271-287.

Saint Raymond a compilé, après l'achèvement de ses décrétales, un certain nombre de décrétales, extraites de la collection récemment promulguée par Grégoire IX, notamment celles qu'il jugeait le plus utiles et le plus aptes à ses confrères pour l'exercice de leur ministère, en attendant qu'ils pussent avoir des copies suffisantes et authentiques de la collection même des Décrétales de Grégoire IX. Ce recueil, intitulé Décrétâtes in consiliis et confessionibus necessariœ, est conservé dans le ms. K. 12 (J. CCL) du chapitre métropolitain de Prague et commence : Venerabilibus et carissimis patribus et fratribus ordinis predicatorum. A ce ms., considéré par Fr. von Schultc comme le seul existant (op. cit., p. 97-98), nous pouvons en ajouter deux autres : le ms. Z. ô() Sup. de la bibl. Ambrosiennc de Milan et le ms. B. XI. 2 de la bibl. univers, de Baie. Le fait d'avoir extrait un certain nombre de décrétâtes de la collection de Grégoire IX fournit encore un argument en faveur de la thèse que saint Raymond doit avoir composé sa Summa de

casibus avant d'avoir compilé les décrétâtes. Pourquoi, en effet, extraire de la collection de Grégoire IX un certain nombre de décrétales, qu'il considère comme utiles, liim in consiliis queun in confessionibus necessarise, et les envoyer à ses confrères, si ces derniers ne possèdent pas encore un traité général, sur lequel ils peuvent se baser pour l'exercice de leur ministère au confessional? Cet envoi s'explique au contraire très bien, si les frères étaient déjà auparavant en possession de la Summa de casibus. Dans ce cas saint Raymond aura trouvé expédient d'envoyer les décrétales, qu'il estimait le plus utiles aux frères pour compléter sa Summa de casibus et favoriser l'exercice de leur ministère, en attendant qu'ils pussent avoir des copies suffisantes et authentiques de la collection des Décrétales de Grégoire IX.

5° Consultations juridiques. — Vers la même époque (fin de 1234), saint Raymond a rédigé des Responsa canonica, données au nom du pape Grégoire IX au prieur des frères prêcheurs et au ministre des frères mineurs, demeurant dans le royaume de Tunis. Ce sont des cas se rapportant au ministère exercé par les ordres mendiants auprès des chrétiens de Tunis et non auprès des mahométans. Ces réponses sont contenues dans le ms. K. 12 du chapitre métropolitain de Prague et éditées par Fr. von Schulte, Die canonischen Handschriften der Bibliolheken Prags, Prague, 1868, p. 97-98, et dans les Raymundiana, fasc. 2, p. 29-37.

Pendant son séjour à la cour pontificale comme pénitencier, saint Raymond donna aussi de nombreuses consultations juridiques, qui rendent témoignage de son parfait esprit d'équité, ainsi que de sa science profonde du droit. Quelques-unes de ces réponses, pourvues de l'approbation explicite du pape, sont venues jusqu'à nous dans la collection intitulée : Dubitalia cum responsionibus ad quœdam capila missa ad ponlificem. Fr. von Schulte a retrouvé cette collection, intéressante pour la jurisprudence pénitentielle, et l'a publiée dans l'ouvrage précédemment cité p. 98 sq. Elle est conservée dans le ms. K. 12 (J. CCL) du chapitre métropolitain de Prague.

Saint Raymond est encore l'auteur d'une Consultation donnée par lui, sur l'ordre de Grégoire IX, touchant la procédure à suivre à l'égard des hérétiques de la province ecclésiastique de Tarragone. Elle débute : Credo quod deprehensi in hœresi et, du premier mot par où elle commence, elle est citée souvent sous la dénomination de Credo. Éditée dans Raymundiana, fasc. 2, p. 41-44. Il faut lui attribuer encore un Direclorium ou guide pour les inquisiteurs, dans lequel il détermine les normes et tes règles à suivre et à observer par tes inquisiteurs de la province de Tarragone. Ce traité commence par les mots : Cum nos Pelrus et a été publié par F. Valls y Taberner, dans Analecla sacra Tarraconensia, t. v, 1929, n. 3.

0° Constitutions religieuses. — Saint Raymond composa aussi une nouvejle rédaction des Constitutions des frères prêcheurs, qui fut proposée et acceptée au chapitre général de 1239 (inchoalio), présentée de nouveau et approuvée au chapitre général de 1240 fapprobalio), et présentée une dernière fois et confirmée au chapitre général de 1241 ( confirmalio ). La première rédaction des Constitutions, qui fut promulguée par Jourdain de Saxe dans le chapitre général de 1228, a été éditée par H. Déni fie, dans Archiv f. Liller. u. Kirchengeschichle d. M. A., t. i, 1885, p. 193-227. Saint Raymond changea dans sa nouvelle rédaction l'ordre adopté dans les premières Constitutions, rassembla dans les mêmes paragraphes tout ce qui avait rapport à la même matière et se trouvait dispersé à différents endroits de la première rédaction, il donna à ces paragraphes, au moins en partie, de nouveaux titres, il précisa çà et là, sans transformer cependant tes statuts,

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quelques phrases, écarta quelques expressions insignifiantes, introduisit les déterminations et les changements apportés depuis 1228. On n'a pu retrouver jusqu'ici d'exemplaire de la rédaction de saint Raymond. Il est cependant possible de la reconstituer approximativement par une comparaison entre le texte des Constitutions de 1228 et celui de la rédaction de 1256, publiée par H. Denifle, dans la collection citée, t. v, 1889, p. 533-564. Dans cette dernière édition tous les textes qui contiennent des statuts ajoutés après 1241 sont imprimés en italique de sorte que l'on peut se faire une idée assez exacte de la rédaction de saint Raymond. Toutefois les parties des Constitutions du docteur catalan, qui ont été écartées de la rédaction de 1256, ne peuvent être reconstruites. Ces Constitutions comprennent deux parties, dont la première traite de l'observance régulière et la seconde de l'administration. La rédaction de saint Raymond a constitué la base des constitutions et de la législation entière de l'ordre des prêcheurs jusqu'à la revision complète et la codification de 1924. Pour le texte des Constitutions de saint Raymond, voir aussi Analecla ord. fr. prœdicatorum,t.ui,p. 26-60,98-122, 162-181. Dans le même ordre d'idées, il faut rappeler la part que prit saint Raymond à la rédaction de la règle des mercédaires. 7° Ouvrages divers. — • A la demande de quelques évêques saint Raymond a composé une Summa pastoralis, appelée encore Traclalus de ralione visitandee diœcesis et curandse subdilorum salulis, ou plus correctement Libellus pasloralis de cura archidiaconi, d'après L. Delisle, qui a édité cet ouvrage dans Catalogue des manuscrits, t. i, Paris, 1849, p. 592-649. Cette Summa pasloralis, dont la date de composition est incertaine, constitue un guide pratique et un directoire pour les évêques dans la visite canonique des églises de leurs diocèses. Elle comprend quatre parties. Dans la première le docteur catalan expose les principaux devoirs des évêques dans leurs visites des églises, à savoir enseigner en exhortant, en discutant, en réprouvant et surtout en prêchant. Le saint ne perd pas son temps en de vaines subtilités et de vagues spéculations, mais va toujours droit au nœud de la question. Dans la deuxième partie il esquisse la manière dont la visite doit être conduite. Ainsi l'évêque doit s'informer sur les différents offices exercés par les curés, veiller à la manière dont les sacrements sont administrés et le chant ecclésiastique exécuté, examiner les registres paroissiaux, interroger les fidèles et les prêtres des alentours, enfin adresser quelques paroles aux fidèles. L'évêque doit aussi prendre des informations sur la vie privée du curé, sur sa conduite à l'égard des prêtres et des religieux des environs, de ses paroissiens, sur les membres de sa famille qui résideraient avec lui; sur l'administration des biens de la paroisse, l'administration des sacrements, la prédication de la parole de Dieu, la libéralité envers les pauvres. La troisième partie contient des instructions au sujet du temps et de la méthode à suivre dans la réforme ou la suppression des abus et indique les lois ecclésiastiques qui doivent guider les visiteurs dans cette action. Dans la quatrième partie toute la procédure à suivre est soigneusement décrite et les droits du pape, de l'évêque, du visiteur et du curé sont clairement esquissés. Les questions examinées par saint Raymond embrassent tous les aspects de la vie médiévale religieux, social et économique. Voir L. Delisle, Études sur la condition de la classe agricole et l'étal de l'agriculture en Normandie au Moyen Age, Paris, 1903, p. 203-207; K. Lessel, Die Entwicklungsgeschichle der kanonisch-scholaslischen Wucherlehre im 13. Jahrhunderl, Luxembourg, 1905, p. 9, 13-22 et passim; V. Brant, Les théories économiques aux XIIIe et xi re siècles, Louvain, 1895.

Il faut noter encore le canevas ou l'esquisse d'un sermon prononcé par saint Raymond, lors du chapitre général de Paris en 1239, dans le couvent de Saint- Jacques, après les vêpres, devant le clergé. Il est conservé dans le ms. A. 11, fol. 28, de la bibl. Ambrosienne de Milan entre les sermons d'Humbert de Romans et de Pierre de Tarentaise; il est édité dans les Raymundiana, fasc. 2, p. 80. Depuis Quétif-Echard, Scriplores ord. fr. prœdicalorum, t. i, p. 110, jusqu'à J.-M. de Garganta, L'obra lileraria de Sanl Ramon de Penijaforl, dans Butlleli del setè centenari de les Décrétais, t. i, 1934, p. 8-12, à peu près tous les biobibliographes du docteur catalan lui attribuent une Summa quando p;enilens remitli débet ad superiorem, traitant des péchés réservés; un Traclalus de bello et duello; un Modus juste negoliandi in gratiam mercatorum. Fr. von Schulte, op. cit., p. 412-413, toutefois émet l'opinion que le Traclalus de bello et duello ne constitue probablement qu'un extrait de la Somme de saint Raymond et que la Summa pasloralis, le Modus juste negoliandi in gratiam mercatorum et la Summa quando pamitens remitli débet ad superiorem auraient été rédigés par d'autres auteurs sous le nom du docteur catalan.

L. Feliu, enfin, a écrit et édité cinq documents relatifs à saint Raymond, qu'il a découverts dans les archives du monastère de Sainte-Anne à Barcelone (aujourd'hui au musée diocésain du séminaire de Barcelone). Ces documents datent de 1249, 1255, 1264, 1265 et 1270. C'est cependant à tort que l'auteur déclare erronée la date assignée à la mort de saint Raymond par un nécrologe du fonds de Santa Eulàlia del Camp, à savoir VIII idus januarii 1274, puisque, dit-il, d'après une bulle de Grégoire IX du 13 août 1274 le docteur catalan est toujours en vie à cette date. L'auteur, en effet, n'a pas remarqué, observe avec raison H. Bascour, dans Bulletin de theol. anc. et méd., t. ii, 1933, n. 91, 92, que dans le nécrologe est employé le style de l'incarnation en usage à cette époque en Catalogne et que par conséquent VIII idus januarii 1274 correspond parfaitement à in die Epiphaniœ 1275 d'Etienne de Salagnac, qui écrivit en 1278 le traité De quatuor in quibus Deus ordinem prœdicalorum insignivit, dont la partie relative à saint Raymond a été éditée dans Raymundiana, fasc. 1, p. 4-5. Ces documents ont été décrits et publiés dans Vila crisliana, t. xvm, 1930-1931, p. 296-300, et dans Analecla sacra Tarraconensia, t. vin, 1932, p. 101-109.

Oiiélif-Échard, Scriptores ord. prœd., t. i, Paris, 1719, p. 106-110; Fr. von Schulte, Geschichte der Quellen und Literatur des canonischen Rechts, t. n, Stuttgart, 1877, p. 408- 413; Die canonischen Handschriften der Bibliotheken Prags, Prague, 1868, p. 97-104; .1. Dietterle, Die » Summse confessorum sive de casibus conscienliœ • non ihren Anjàngcn an bis zii Silvesler Prierias, dans /.eitschr. f. Kirchengeschichle, t. xxiv, 1903, p. 530-542; II. Stintzlng, Geschichte der populàren Literaiurdes rômisch-kanonischen Rechts in l )euischland am Ende des fùnfzelinlcn und im Anfang des sechszehnlen Jahrhunderts, Leipzig, 1807, p. 493-500; ('.. Phillips, Kirchenrecht, t. rv, Ratisbonne, 1851, p. 271-287; H. DeniHe, Die Constilulionen des Prediger-Ordens nom Jahre 1228, dans Arcliiv j. I.illcr. u. Kirchengeschichte d. M. A., t. i, 1SST>, p. 165-227; le môme. Die Conslitutionen des Predigerordens in der Rédaction Raim.un.ds non PeRafort, dans la même collection, t. v, 1880, p. 530-504; A. Danzas, Éludes sur les temps primitifs de l'ordre de Saint-Dominique, IIe sér., Saint Raymond de Penyafort, t. i, Lyon, 1885; Fr. Balme et C. Paban, Raymundiana seu documenta quiv pertinent ad S. Raymundi de Pennaforii vilain cl scripla, dans Monum. ord. fr. prœdic. historien, t. IV, fasc. 1 et 2, Rome, 1898 et 1901, où se trouve une copieuse bibliographie ; B. Kuhlmann, Der Gesetzesbegriff beim lieil. Thomas von Aquin im. Lichte des Rechlssludiums seiner '/.vil, Bonn, 1912, p. 56 sq.; E. Gôller, Die pdpstliehe Pônitentiarie non ihrem Ursprung bis zn ihrer Umgeslallung unter Pius V., t. i, Rome, 1907; A. Van Hove, De Deerelalium Gregorii IX origine historica,

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