REVELATION. CONCEPTIONS ERRONÉES
le inonde, par une sorte d'incarnation de Dieu dans l'humanité et comme la conscience du monde subsistant en Dieu par une sorte de concentration de l'univers dans l'homme. » Quelques lettres, p. 150.
Par une réaction instinctive, l'émotion intérieure détermine chez le sujet une représentation imaginative ou intellectuelle conforme à sa mentalité particulière : il ne saurait donc plus ici être question d'une connaissance ab extrinseco; une telle connaissance ne peut être reçue par l'homme, il faut absolument substituer à la notion traditionnelle de révélation extérieure et physique celle qui vient de l'intérieur. « Par rapport à ces conceptions et à ces visions, écrit Tyrrell, le sujet est à peu près aussi passif, aussi déterminé qu'au regard de l'émotion psychique, qui y est contenue. » Tyrrell, Righis and limits of theology, dans Quarterly Review, octobre 1905, p. 400; et aussi Through Scylla and Charybdis. Londres, 1907. p. 208.
Dès lors toutes les vérités religieuses sont implicitement contenues dans la conscience de l'homme : « Parce que l'homme est une partie et une parcelle de l'univers spirituel et de l'ordre surnaturel... la vérité de la religion est en lui implicitement... s'il pouvait lire les besoins de son esprit et de sa conscience, il pourrait se passer de maître. Mais ce n'est qu'en tâtonnant, en essayant telle ou telle suggestion de la raison ou de la tradition qu'il découvre ses besoins réels. » Through Scylla and Charybdis. p. 277. « C'est toujours et nécessairement nous-mêmes qui nous parlons à nousmêmes, qui (aidés sans doute par le Dieu immanent) élaborons pour nous-mêmes la vérité. » Ibidem, p. 281.
Pour le moderniste, les dogmes proposés par l'Église comme révélés ne sont donc pas des « vérités tombées du ciel » (prop. 22 du décret Lamentabili) mais une certaine interprétation del'expérience religieuse, résultat d'un laborieux effort, nullement garanti par Dieu. Toutefois la révélation reste un bienfait du Seigneur parce que l'homme y est plus patient qu'agent. Ce don est aussi surnaturel, car ce qu'il fait appréhender n'a pas trait au monde naturel et visible, mais à une réalité plus sublime, plus élevée et plus secrète. Pour avoir un aperçu des définitions erronées qui ont été données sur la révélation, en particulier par les auteurs allemands, on peut consulter Pfleiderer, Grundriss der christlichen (ilaubens-und Sittenlehre. 3" édit., Berlin, 1886, p. 18 sq. Il se trouve en effet que le modernisme a fait des emprunts non déguisés à la pensée religieuse telle qu'elle a évolué au sein du protestantisme libéral en Allemagne.
Les modernistes, qui nient le surnaturel, font grand état au contraire de la philosophie de l'immanence. Aussi bien font-ils sortir de la conscience individuelle
— ou tout au moins des profondeurs de lasubconscicnce
— toute connaissance, jusqu'à la révélation surnaturelle elle-même. Celle-ci leur apparaît comme un simple épanouissement ou une évolution naturelle de notre besoin du divin ou de notre commerce intime avec lui. La révélation est identifiée à l'effort que fait la divinité pour s'exprimer en nous : «Subconsciente la plupart du temps, étouffée et comme opprimée par la masse des concepts ou d'images qu'elle doit soulever pour se faire jour, elle (la divinité) réussit parfois à faire irruption clans la conscience; l'âme alors se sent envahie par un flot de pensées dont elle ignore la source, elle a l'impression que ce n'est pas elle qui pense, mais qu'on pense en elle et par elle. » Valensin, art. Panthéisme du Diction, apol., col. 1321. Comparer ce que dit Pfleiderer, Zut F rage nach Anfang und Entiuicklung der Religion, Leipzig, 1875, p. 68, où il écrit : « Nous savons maintenant, que nous ne pouvons plus recourir à la révélation divine comme à un principe extrinsèque à l'esprit humain : mais cette révélation ne se manifeste que dans l'esprit de l'homme, nous devons nous en tenir là,
et, omettant tous les facteurs surnaturels, rechercher la marche historique de l'évolution purement naturelle par laquelle l'homme parvient au développement de ses facultés religieuses. »
Certains individus seulement prennent conscience de la révélation. Le Christ est celui d'entre eux qui a atteint le plus de richesses dans ses émotions religieuses : il est unique par sa transcendance. Il a eu le don également de pouvoir transmettre ses expériences personnelles aux autres. Ceux-ci à leur tour les ont vécues. Dès lors, les religions, qui ne sont que l'expression des émotions internes, ne diffèrent pas essentiellement les unes des autres, malgré les apparences, parfois importantes, qui permettent d'établir entre elles une hiérarchie. Parmi elles, le christianisme occupe une place de choix, à cause du prestige de son fondateur, de ses puissances d'adaptation universelle; pourtant, malgré ses qualités remarquables de permanence, sa valeur n'est que relative.
2. Critique. ■ — Cet exposé montre combien la thèse moderniste et immanentiste est opposée à la doctrine catholique de la révélation. Pour en mieux saisir la faiblesse, il est indispensable de savoir ce que valent les expériences religieuses. Par là on entend < toute impression éprouvée dans les actes ou états que l'on nomme religieux : sensation de dépendance, de délivrance, illumination, sentiment de joie ou de tristesse, considérés dans leur aspect affectif, indépendamment de toute interprétation spéculative ». H. Pinard, art. Expérience religieuse, dans Dicticn. apol., t. i, col. 1816. Cette expérience, même si elle est produite d'une façon surnaturelle par Dieu et si elle accompagne la manifestation de la vérité, n'est pas à identifier avec la révélation. Noir ici, du même auteur, l'art. Expérience religieuse, t. v. col. 1786-1868.
De fait l'émotion religieuse, à supposer qu'elle soit surnaturelle — et nul écrivain mystique ne conteste la réalité de telles expériences — est purement individuelle et subjective. Elle suppose un objet de connaissance ou une vérité, car elle n'est que la réaction de la volonté ou du cœur à l'activité de l'intelligence ou des sens. Cet objet de connaissance peut d'ailleurs n'être entrevu que d'une manière fort imprécise; il n'en existe pas moins. Par ailleurs, comme le caractère surnaturel d'un effet ne tombe pas sous l'expérience, au moins d'après les lois ordinaires, la conscience est incapable de distinguer avec certitude une émotion naturelle de celle d'un ordre supérieur. La distinction conjecturée ne se présentera avec une sérieuse probabilité que dans les circonstances où le sujet saura qu'il v a eu manifestation de vérités nouvelles, c'est-à-dire qu'il a reçu une révélation. Enfin une expérience subjective et affective est essentiellement relative. Même pour le sujet qui l'éprouve, le sentiment est aveugle : il varie suivant les dispositions du moment, il plaît ou mécontente et ne peut dès lors constituer un motif suffisant pour donner raisonnablement son assentiment.
Ces réserves ne tendent nullement à nier le rôle utile que jouent, dans la vie spirituelle et morale des individus, les émotions religieuses, quand elles dt meurent subordonnées et soumises aux lumières de la foi et de la raison. Voir Pinard, Diction, apol., col. 1851 et surtout col. 1857 sq. En effet, « ce sont les expériences commencées qui préparent à comprendre et à accepter les idées... Celle de chasteté est incompréhensible à un impudique, celle de félicité spirituelle, à qui n'a jamais ressenti l 'insuffisance des biens présents. De même, certaines expériences au moins confuses, certain goût sensible du vrai, du beau et du bien sont nécessaires, avant qu'on n'arrive à concevoir Dieu dans la conscience claire, autrement que comme un mot sans goût. » Mais, au demeurant, et quelle que soit la nature des phénomènes affectifs qui l'accompagnent, la révélation
REVELATION. POSSIBILITE
demeure avant tout une manifestation de connaissances.
iv. espèces. — Par rapport au sujet auquel une vérité est dévoilée, la révélation est immédiate ou médiate.
Elle, est immédiate quand elle est faite directement à quelqu'un. Dieu s'est révélé à Abraham, le Christ a parlé à ses disciples lors de son passage sur la terre. La révélation faite aux hommes par les anges est communément appelée immédiate. Les anges, en effet, agissent non seulement sur l'ordre divin mais aussi d'euxmêmes, lorsque Dieu les autorise. Puisqu'ils savent beaucoup de choses ils peuvent ainsi les révéler. En ce cas, s'ils interviennent seulement par permission de Dieu, la révélation est immédiate; lorsque c'est sur ordre de Dieu et en qualité de légats leur révélation est médiate. Dorsch, Institutiones theoloqiœ fundamentalis, p. 301, qui renvoie lui-même à Schilfini, De. virtutibus infusis, p. 120, n. 80; voir aussi en même sens Ottiger, Theologia fundamentalis, t. i, p. 47, contre Jansen, Prœtectioncs théologies fundamentalis, Utrccht, 1875- 187G, p. 118 et les autres.
La révélation immédiate est interne ou externe selon que Dieu agit sur la faculté intellectuelle elle-même ou produit quelque connaissance chez l'homme en lui proposant extérieurement quelques objets (voir plus haut les modes de la Révélation).
Elle est médiate pour ceux à qui le prophète, après avoir reçu communication d'une vérité, transmet le message divin. Ce fut le cas des prophètes de l'Ancien Testament ou des apôtres, messagers de la bonne nouvelle à travers le monde. La mission du légat n'est remplie avec fruit que s'il a une autorité suffisante auprès des foules et s'il ne peut pas tomber dans l'erreur. Pour que l'envoyé obtienne créance, Dieu confirme sa parole par des signes de crédibilité, tels que les miracles ou les prophéties. Pour qu'il ne se trompe pas, ne déforme pas son message et ne l'exprime pas d'une manière inadéquate, il reçoit le don de l'infaillibilité.
II. Possibilité de la. révélation. — Il faut considérer successivement la révélation immédiate et celle que nous avons appelée médiate.
/. LA RÉVÉLATION IMMÉDIATE EST POSSIBLE. — Non
seulement, en effet, elle ne présente pas de contradictions internes ou externes, elle ne « répugne » pas, comim disent les logiciens, mais, tout au contraire, elle convient.
1° Elle ne répugne pas. — Ontologiquement, la possibilité, considérée d'une manière générale, est la même chose que l'aptitude à l'existence. Elle est interne quand il n'y a pas de contradiction ou de répugnance dans les éléments constitutifs d'une chose : entre dans cette catégorie tout ce qui peut être pensé. Elle est externe lorsque la cause efficiente a la force suffisante pour faire passer à l'existence ce qui est pensable. Une chose est physiquement possible, si elle l'est intérieurement et extérieurement. Il y a possibilité morale, quand la cause (créée) ellieiente est douée de raison et qu'elle est apte à faire passer à l'existence ce qui est possible intérieurement et extérieurement, malgré les circonstances et les tendances du milieu et en dépit de ses habitudes propres. Ce qui est physiquement possible peut donc parfois, à cause de difficultés et d'obstacles de toute sorte, être m iralement impossible. La révélation immédiate et médiate, telle que nous l'avons analytiquement définie, est-elle physiquement et moralement possible? Elle l'est, car elle ne répugne ni de la part de Dieu, ni de celle de l'homme, ni de celle de l'objet.
1. La révélation ne répugne pas de la part de Dieu. — ■ a) Elle, est physiquement possible. — Dieu, qui a créé l'homme et lui a donné la faculté de la parole, est à
même de faire par lui-même et immédiatement ce qu'il a accordé à la créature. Il en a la puissance physique. Une affirmation contraire serait absurde et rappellerait à l'esprit les paroles du psalmiste :
Celui qui a planté l'oreille n'entendrait-il pas? Celui qui a formé l'œil ne verrait-il pas? [trait-il pas? Celui qui donne à l'homme l'intelligence ne reconnai-
(Ps. xr.iv, 9-11).
Rien ne s'oppose à ce que Dieu, être personnel et vérité absolue, dévoile ses connaissances de la façon et dans la mesure où il le veut à un sujet capable de les recevoir. Possible, en tant qu'elle est la parole divine, la révélation l'est également si l'on considère l'influx divin de la lumière intérieure, qui permet au prophète de porter un jugement infaillible sur l'origine des vérités qui lui sont dévoilées.
Dieu, en effet, qui gouverne le monde des êtres matériels et le monde des esprits selon les lois qu'il a luimême établies, demeure absolument libre et jouit du plein pouvoir d'y faire ce qu'il veut. Rien ne l'empêche donc d'exercer sur l'intelligence de l'homme, qui lui demeure soumise, un influx immédiat, comme celui qui est requis dans la révélation. Sans doute cette lumière intérieure est d'ordre surnaturel, mais rien n'y répugne, car, si les causes secondes agissent selon des lois qui sont considérées comme stables et constantes, elles peuvent cependant varier dans leurs effets, sous l'action de la cause première. La révélation apparaît ainsi comme un miracle d'ordre intellectuel. Dieu y meut d'une manière surnaturelle l'intelligence du prophète, objectivement en agençant et en ordonnant ses idées, subjectivement en l'éclairant, afin qu'il juge sans erreur du caractère surhumain de la communication qui lui est faite. A cela rien ne s'oppose; l'intervention divine peut s'exercer en dehors des lois physiques et psychologiques, étant donné que celles-ci ne sont qu'hypothétiquement nécessaires. S. Thomas, Sum. theol., Ia, q. cv, a. 3; a. 6; Cont. gent., 1. III, c. c. Pour le détail se reporter à l'art Miracle.
Malgré les difficultés opposées par le déisme, les variations, introduites par la révélation dans l'orientation des créatures vers Dieu, n'affectent nullement l'immutabilité, la sagesse et la majesté divines. Au contraire, elles permettent d'entrevoir sa puissance et ne pas l'admettre serait la limiter arbitrairement. Toutefois, remarquons-le, Dieu, en lui-même, n'a pas changé; ses conseils demeurent immuables; ceci est vrai du miracle physique, tout autant que du miracle intellectuel. A ce sujet le cardinal Ma/.zella écrit : Quemadmodum igitur, ab œterno cursum natures modumque naluralis cognitionis Deus constitua, ita etiam ab œterno decrevil per revelationem supernaturalem homini veritates communicare, atque duplicem hune tum naturalis tum supernaturalis cognitionis ordinem harmonice disposait. De religione et Ecclesia, p. C3.
L'acte divin, en effet, est unique, simple et éternel. Il atteint, comme il convient, tout ce que Dieu fait en dehors de lui, mais d'une manière diverse selon les circonstances de temps, de lieu et autres. Par la révélation, dans laquelle il est tenu compte de la nature de l'intelligence et de la volonté humaines, s'ajoute une nouvelle relation externe, qui perfectionne l'ordre naturel, mais il ne se produit aucun changement interne en Dieu. Saint Thomas montre avec clarté que la révélation ne contredit nullement à l'immutabilité divine : Aliud est mutare voluntatem et aliud est velle aliquarum rcrum mntationem. Potesl enim aliquis eadem voluntate immobiliter permanente velle, quod nunc fiât hoc. et postea fiai conlrarium. Sed tune volunlas mutarclur, si aliquis inciperel velle. quod prius non volait, vel desineret velle, quod voluit. Sum. theol., I8, q. xix, a. 7.
REVELATION. POSSIBILITE
b) Elle est moralement possible. — En d'autres termes elle ne va pas contre ce que l'on nomme les attributs moraux de Dieu.
La révélation ne répugne pas à la sagesse divine, car l'homme y reçoit une aide précieuse. Grâce à elle ses connaissances religieuses et morales s'accroissent ainsi que sa certitude. Bien qu'il l'ait pu, en effet. Dieu n'a pas voulu créer des hommes parfaits : notre faiblesse montre que nous sommes perfectibles. Aussi rien ne s'oppose-t-il à ce qu'il obvie aux déficiences des facultés humaines et qu'il augmente leur état de perfection relative, par le moyen de la révélation. Celle-ci n'est pas une correction de son œuvre, mais un enrichissement. N'apporte-t-elle pas sur l'ordre religieux et moral, sur l'existence de Dieu, ainsi que sur ses perfections, sa bonté, sa providence paternelle, etc., des connaissances qui sont utiles et avantageuses pour le bien total de l'humanité et qui favorisent l'uniformité du culte divin quant à ses croyances, à ses préceptes et à ses rites. Cette élévation, encore relative sans doute, et qui n'est accordée sous l'empire d'aucune nécessité, fait éclater la sagesse du Seigneur, car elle manifeste sa bonté et sa bienveillance toute particulière à l'égard des hommes. Chr. Pesch, Presl., t. i, n. 156.
Enfin, la majesté divine, qui n'a pas été diminuée par la création, ne l'est pas non plus lorsque le Créateur communique sa pensée aux hommes par la révélation. Celle-ci est ainsi merveilleusement ordonnée à la gloire de Dieu, c'est-à-dire à la fin primaire nécessaire de toute action ad extra. Sous tous les rapports elle est donc compatible avec les perfections divines. L'est-elle aussi avec la nature de l'homme?
2. Elle est possible du côté de l'homme. — - L'homme peut être le sujet de la révélation, la recevoir, s'il est à même de recevoir l'influence divine et de poser avec certitude un jugement sur l'origine des vérités qui lui sont présentées. Pour venir à l'existence et pour continuer d'être et d'agir, toute créature, même, et l'on peut dire surtout, la créature raisonnable, a besoin de Dieu. Ce concours nécessaire dans l'ordre nature', à toute activité spontanée ou libre l'est aussi dans l'ordre surnaturel (pour certains, on le sait, la révélation est préternaturelle). Quand il se produit dans ce dernier domaine, il ne détruit pas le premier. C'est le cas des facultés qui interviennent dans la révélation et qui s'y trouvent perfectionnées en leur être et en leur activité, car l'action divine, qui est de soi infinie, ne l'est pas en son terme, vu qu'elle s'adapte à la nature finie du prophète.
L'intelligence, dont l'objet adéquat est constitué par le vrai et tout ce qui est connaissable, est sans doute imparfaite dans la créature raisonnable qu'est l'homme : elle dégage « l'intelligible » de cela seulement qui tombe sous les sens, unique source de ses représentations, et ne peut atteindre directement ce qui les dépasse. Malgré cela, elle est à même de connaître tout ce qui a raison d'être, rationem entis, encore que, pour beaucoup de choses, ce soit seulement par le moyen de l'analogie.
Généralement les agents inférieurs — et l'intelligence en est un — sont mus et perfectionnés par ceux auxquels ils sont naturellement soumis : in omnibus naturis ordinatis invenitur quod ad perfectionem natures inferioris duo concurrunt; unum quidem quod est secundum proprium motum; aliud autem, quod est secundum motum superioris natures. S. Thomas, Iia-IIœ, q. n, a. 3. C'est pourquoi rien ne s'oppose à ce quel'intelligence du prophète soit mue instrumentalemcnt par Dieu et illuminée subjectivement, afin de recevoir de nouvelles vérités et d'acquérir la certitude sur leur origine divine. La motion qu'elle subit reste conforme à sa nature et à sa tendance originelle, ainsi que le
mode par lequel elle reçoit la révélation. Elle n'accepte pas la vérité à cause de son évidence intrinsèque, vu que celle-ci dépasse sa capacité, mais par un acte de foi en l'autorité divine. Aussi l'assentiment n'est-il pas donné d'une manière aveugle; il repose sur des raisons sérieuses qui le motivent.
Enfin, si l'homme est capable de recevoir des connaissances de ses semblables plus savants, il peut à plus forte raison être instruit par Dieu, maître par excellence, d'autant que celui-ci en qualité de créateur est à même d'agir intérieurement sur son intelligence et d'augmenter ses capacités, ce dont est incapable le professeur qui enseigne. Wilmcrs, De religione revelata, p. 57 sq. ; Garrigou-Lagrange, De revelatione, t. i,
L'homme peut d'ailleurs travailler sur les notions mêmes qui lui sont révélées, pousser sur elles plus à fond ses investigations, chercher les arguments pour les défendre et établir les relations qu'elles ont avec les vérités qui sont objet de connaissance directe.
Du côté de la volonté il n'y a pas non plus de difficulté, puisque celle-ci n'entre en jeu que d'une manière indirecte dans la révélation. Sa liberté y reste entière. Son autonomie, qui n'est que relative, vu qu'elle est soumise à Dieu en tant que créature, n'est détruite ni par l'émission de l'acte de foi, ni par les préceptes et les devoirs nouveaux, qui éventuellement lui sont imposés.
Sans doute ces obligations morales ne sont pas toujours agréables aux facultés inférieures. Parfois même, à cause de nia. l'homme visité par Dieu voudrait se dérober à la révélation. Un voit les prophètes de l'Ancien Testament se rebeller presque devant l'ordre divin, objecter au Seigneur leur impuissance à s'élever à la hauteur du message qui leur est confié, 'fous les grands mystiques ont connu cette terreur de l'humaine faiblesse smis la mainmise violente du Créateur. « Je mourrai, parce que j'ai vu Dieu », disaient les vieux Israélites. De cette parole on trouverait les échos dans tous les mystiques. Mais ces inconvénients ne constituent pas une impossibilité. L'être humain demeure dans l'ordonnance de sa lin quand il s'enrichit de connaissances sur la Vérité première et d'expériences morales relatives au souverain Bien. L'acte de révélation ne réduit donc pas les facultés humaines à un rôle passif.il exige leur coopération. L'homme, n'y est pas seulement patient, mais aussi agent : son autonomie n'est pas atteinte.
Contre les rationalistes, qui considèrent qu'il est indigne de l'homme d'être instruit par Dieu, les Pères du concile du Vatican, pour réprouver l'indépendance absolue de la raison humaine, ont lancé l'anathème suivant : Hominem ad cognitionem et perfectionem, quee naturalem superet, divinitus evehi non posse, sed ex se ipso ad omnis tandem veri et l'uni possessionem juyi profectu pertingere posse et debere. De revelatione, eau. 2, Denz.-Bannw., n. 1808. Ils ont proclamé aussi que la raison n'est pas indépendante au point de ne pas pouvoir être soumise à Dieu qui a le droit de lui imposer la foi : Si quis dixerit, rationem humanam ita independentem esse, ut fldes ci a Deo imperàri non possit : A. S.. De fide, can. 3, Denz.-Bannw., n. 1810. L'indépendance de nos facultés ne peut être complète, car notre intelligence et notre volonté demeurent soumises à la vérité incréée et à l'autorité suprême de Dieu. Saint Thomas y voit, à juste titre, pour la créature humaine un titre de gloire : Sala natura rationalis creata habel immediatum ordincm ad Deum, quia cœleree créature? non attingunt ad aliquid universale, sctl solum ad aliquid particulare... Natura autem rationalis, in quantum cognoscit universalem boni et cutis rationem, habet immediatum ordinem ad universale essendi principium. Il^-IIae, q. n, a. 3. Cette subordination immé-
RÉVÉLATION. POSSIBILITE
diatc à Dieu est le fondement même de notre autonomie relative, car, de la sorte, l'intelligence n'est pas enfermée dans l'ordre des phénomènes et notre volonté demeure indifférente et libre en face des biens particuliers, qui ne sont pas à même de la satisfaire. I», q. lxxxiii, a. 1; Ia-II«, q. x.
Nous saisissons dès maintenant combien est fausse l'opinion de plusieurs défenseurs de l'immanence selon lesquels aucune vérité ne peut enrichir notre esprit, si elle n'est pas postulée par une autre que nous avons perçue auparavant. Toute adhésion aux mystères proprement dits devrait en conséquence être considérée comme une abdication de la raison. C'est la pensée que E. Le Roy exprime en ces termes : « Ainsi, aucune vérité n'entre jamais en nous que postulée par ce qui la précède à titre de complément plus ou moins nécessaire, comme un aliment qui, pour devenir nourriture effective, suppose chez celui qui le reçoit des dispositions et préparations préalables, à savoir l'appel de la faim et l'aptitude à digérer. » Le Roy, Dogme et critique, Paris, 1907, p. 9-10. Cette attitude intellectuelle est gravement erronée, car le mot « postuler » prête à très grande équivoque. Sans doute il est impossible qu'une vérité nous soit proposée extrinsèquement, si nous n'avons pas déjà dans l'esprit des idées par lesquelles nous soyons à même d'en concevoir le sens, au moins d'une manière analogique. Mais il n'est nullement requis qu'elle soit en stricte et étroite connexion avec nos connaissances antérieures, ou exigée par ces dernières. Il suffit qu'entre celles-ci et celle-là, qui est nouvellement manifestée, il n'y ait pas de contradiction. Cela apparaîtra mieux encore quand nous aurons établi que la révélation ne répugne pas du côté de l'objet.
3. La révélation est possible du côté de l'objet, même s'il s'agit de mystères. — Tant que l'on envisage seulement les vérités d'ordre naturel, il n'y a aucune difficulté sérieuse à admettre la possibilité de la révélation. En est-il de même quand il s'agit des mystères? Pour répondre à cette question nous dirons d'abord ce qu'est un mystère proprement dit; et nous montrerons ensuite que sa manifestation ne répugne pas. Pour plus de détails se reporter à l'article Mystère.
a) Ce qu'est un mystère. — Au sens où le prend la théologie, un mystère est une vérité cachée et secrète, dont la connaissance dépasse, soit absolument, soit relativement les forces de la raison.
Par accident, certaines choses outrepassent notre puissance intellectuelle, non parce que celle-ci est déficiente mais à cause des difficultés externes : la distance s'oppose, par exemple, à ce que nous saisissions les éléments qui se trouvent dans les étoiles, ainsi que leur nombre. Parmi les vérités d'ordre naturel, aucune n'est absolument et de soi au-dessus de l'intelligence humaine, puisque celle-ci est capable d'en connaître l'existence et les effets, tout au moins leur possibilité, bien qu'elle n'atteigne pas parfaitement leur nature intime; c'est le cas, entre autres, des attributs divins. C'est pourquoi dans l'ordre naturel, il n'est question de mystères que dans une acception large.
Au sens propre, il n'y a de vérités mystérieuses qui dépassent entièrement la raison que dans le domaine surnaturel. Encore faut-il préciser. Ne sont déclarées telles, en théologie, que celles-là seulement dont l'homme ne peut démontrer l'existence, ni même la possibilité, soit avant, soif après la révélation (voir Franzelin, Trac tutus de sacramentis in génère, 1868, p. 131), dont, il est incapable d'appréhender, par les lumières naturelles et d'une manière positive, la nature intime, dont il ne peut expliquer, comme disent les logiciens, pourquoi et comment tel prédicat convient nécessairement à tel sujet et enfin qu'il n'est à même d'exprimer qu'à l'aide de concepts analogiques, ('.'est ce qu'Ottiger
décrit ainsi : Ralioncm ejus indolis internée habendo, ita ut dicatur veritas, cujus subjectum quidem et prœdicatum mens humana naturali sua vi partim saltem analogice coqnoscere possit, utriusque tamen nexum intemum, ejus scilicet et necessitatem et modum, non intelligat. Ottiger, Theologia fundamentalis, t. i, p. 54.
Le mystère exprime une chose incompréhensible; mais il n'est pas obscur au point qu'une fois révélé nous ne saisissions absolument rien de sa raison et de son mode. La proposition qui l'énonce doit être suffisamment claire, pour que l'homme la distingue d'une affirmation contraire ou contradictoire et discerne que la notion du sujet et du prédicat, bien qu'analogique, est vraie cependant.
b) La manifestation de mystères ne répugne pas. — La révélation de mystères ne devrait être rejetée comme impossible que si elle répugnait à la nature de Dieu, si nos concepts n'étaient pas aptes à les exprimer analogiquement et proprement ou, enfin, s'il était irraisonnable d'admettre une lumière, surnaturelle quant à la substance, qui élèverait la vitalité de notre intelligence pour lui permettre d'y adhérer surnaturellement.
a. La manifestation de mystères ne répugne pas à Dieu. — Pour Dieu, il n'y a pas de mystères, car il connaît tout. Quand il agit ad extra, c'est librement et selon sa vie intime : il a donc la puissance absolue de nous communiquer une participation de ses connaissances. Rien ne s'oppose à ce qu'il nous déifie, en quelque sorte, communicando consortium divinœ naturœ, per quamdam simililudinis participationem. Sum. theol., Ia-II^, q. r.xn, a. 1.
L'homme, en effet, propose à son semblable bien des vérités dont la compréhension est parfois très obscure, et dont l'existence est admise pourtant sur sa seule autorité. Or Dieu, qui a donné à la créature ce pouvoir qui s'exerce sans difficulté excessive, le possède donc aussi lui-même a fortiori.
Par ailleurs, de très sages raisons motivent la révélation des mystères. Tout en montrant par là sa petitesse à l'intelligence humaine, Dieu apporte des solutions à de nombreux problèmes d'ordre philosophique et, loin d'annihiler notre faculté intellectuelle, il la perfectionne par l'amplitude et la certitude des connaissances dévoilées.
b. Les mystères peuvent être exprimés analogiquement. ■ — ■ Du côté de l'objet aucune difficulté ne s'oppose à la révélation des mystères et ne la rend impossible. Assurément notre raison, avec ses notions naturelles et ses principes, est incapable de démontrer les mystères de la vie intime de Dieu, mais ne l'est pas pour les exprimer analogiquement et proprement (non pas par manière de symbole ou de métaphore) comme croyables, du fait que nous savons ce que sont le prédicat et le sujet et que nous avons quelque raison de joindre les deux termes de l'affirmation. L'adhésion repose non sur l'évidence intrinsèque, mais sur le témoignage divin. Ainsi les notions de procession, de paternité, de filiation, de spiration et de relations, par lesquelles nous exprimons, obscurément sans doute mais raisonnablement, le mystère de la sainte Trinité, n'entraînent aucune imperfection en Dieu même. Ce qui répugnerait serait d'affirmer qu'une idée créée, même infuse, représente l'Être lui-même, comme il e,st en soi, et que nous sommes à même de démontrer les mystères, alors (pie ceux-ci sont au-dessus de la virtualité de nos principes et de nos notions.
Sans doute une vérité n'est connue parfaitement que lorsque l'intelligence en saisit non seulement l'existence mais aussi l'essence et qu'elle l'exprime non en concepts analogiques, mais en idées claires. Toutefois, de même que le savant ne rejette pas comme irrationnelles les vérités physiques ou chimiques dont il n'appréhende pas la nature intime, mais dont l'cxis-
RÉVÉLATION. POSSIBILITÉ
tence lui est imposée par les faits, de même nous pouvons affirmer à la suite de saint Thomas, que la connaissance imparfaite des mystères est supérieure à une ignorance totale : De rébus nobilissimis quantumcumque imperfecta cognitio maximam perfectionem animée confert; et ideo quamvis ea, quœ supra ralionem sunt, ratio humana plene capere non possit, tamen muttum sibi perfectionis acquirit, si saltem ea qualitercumque, teneat fide. Cont. gent., 1. I, c. xv.
c. L'homme est capable d'être élevé et illuminé surnaturellemenl. — Pour que l'adhésion aux mystères soit surnaturelle et donnée avec certitude, sans crainte d'erreur, il faut que l'intelligence créée soit éclairée par une lumière surnaturelle. Celle-ci ne peut pas actuellement se représenter Dieu comme il est en soi, ce qui répugnerait, mais y tend essentiellement.
La nature humaine est capable d'être élevée à l'ordre surnaturel, c'est ce que les théologiens appellent sa puissance obédientielle. Rien ne permet de rejeter cette puissance. Sur ce sujet saint Thomas s'exprime en ces termes : Sensus quidem, quia omnino materialis est, nullo modo elevari potest ad aliquid immuteriale, sed intellectus noster, vel angelicus, quia secundum naturam a maleria aliqualiter elevatus est, potest ultra suam naturam per gratiam ad aliquid altius elevari. Et hujus signum est, quia visus nullo modo potest in abstractione cognoscere id quod in concrelione cognoscit; nullo enim modo potest percipere naturam, nisi ut hanc. Sed intellectus noster potest in abstractione considerare id quod in concretione cognoscit..., considérât enim ipsam rerum formam per se, imo... ipsum esse secernit per abstractionem. Et ideo cum intellectus creatus per suam naturam natus sit apprekendere formam concretam et esse concretum in abstractione per modum resolutionis cujusdam, potest per gratiam elevari ut cognoscat esse separatum subsistais. Sum. theol., 1^, q. xn, a. 4, ad 3um.
La puissance obédientielle n'est pas immédiatement et naturellement ordonnée à un acte ou à un objet, mais elle exprime la relation possible d'un être déterminé avec un agent d'une nature supérieure à qui il obéit. Remarquons-le enfin, en l'homme il n'y a pas d'ordination positive aux actes surnaturels; sinon ladite ordination serait à la fois naturelle, comme propriété de la nature, et essentiellement surnaturelle en tant qu'elle serait spécifiée par l'objet surnaturel et il y aurait confusion des deux ordres.
La révélation des mystères proprement dits, qui s'énoncent en concepts analogiques, est donc possible, car elle ne répugne ni à la nature de Dieu, ni à la raison humaine, élevée et éclairée surnaturellement. Cela apparaît plus nettement encore quand il est tenu compte de sa convenance.
2° La convenance de la révélation est un argument en laveur de sa possibilité. — Les rationalistes estiment que la révélation, même si elle est possible, ne convient pas pour plusieurs raisons. Si elle existait, elle serait un obstacle au progrès des connaissances scientifiques, étant donné qu'elle impose un ensemble de doctrines qui doit demeurer sans changement. Pour ce qui concerne les vérités d'ordre naturel, elle est superflue, attendu que la raison y parvient par elle-même. Quant à la révélation de vérités d'ordre surnaturel, elle détruirait l'autonomie de la raison, en exigeant la foi à des mystères qui demeurent incompréhensibles.
Pas plus que la création du monde, la révélation n'est un acte nécessaire. Elle procède de la libre volonté de Dieu et lui convient, car elle est non seulement une manifestation des perfections divines, que les vérités dévoilées permettent de mieux entrevoir, mais aussi une nouvelle communication de biens, faite à la créature humaine. La révélation convient aussi à l'homme, car elle lui est utile par l'avantage intellectuel et moral
qu'elle lui apporte. L'intelligence, qui est avide de savoir, est perfectionnée par l'acquisition des vérités qui lui sont apprises. Celles-ci concernent la religion, c'est-à-dire l'ensemble des rapports à établir entre la créature raisonnable et Dieu. Cet enrichissement réel et manifeste dans un domaine où l'homme, malgré ses efforts, a des connaissances naturelles si limitées, est d'autant plus apprécié que l'acte de foi, par lequel on y adhère, écarte tout doute, toute erreur. Pie IX a marqué cette utilité universelle de la révélation quand, dans le Syllabus, il a réprouvé la proposition suivante : Christi fuies human.se refragatur rationi, divinaque revelatio non solum nihil prodest, verum etium nocei iwminis perfectioni. Prop. G, Denz.-Rannw., n. 1706.
La révélation éclaire l'homme sur le culte privé, familial et public qu'il doit rendre au Seigneur. Le concile du Vatican l'a rappelé en prononçant l'anathème contre ceux qui le nieraient : Si quis dixerit fierinon posse aut non expedire, ut per revelationem divinam homo de Deo eultuque ei exhibendo cdoceatur, anathema sit. Sess. m, De révélât., can. 2, Denz.-Rannw., n. 1807.
Enfin sa dernière utilité dans la pratique de l'action religieuse est de favoriser l'intimité de l'homme avec Dieu, car, ainsi que l'a déclaré le Christ, la communication des secrets se fait largement entre lui et les apôtres qu'il déclare élevés par là même au rang de ses amis : « Je ne vous appellerai plus, désormais, des serviteurs; le serviteur ne sait pas ce que fait son maître. Je vous appelle mes amis parce (pie tout ce que j'ai appris de mon Père je vous l'ai fait connaître. » Joa., xv, 15.
D'une certaine manière l'homme y trouve aussi son bonheur et une légitime satisfaction : puisque, dit saint Thomas, ce que nous percevons des êtres supérieurs est peu de chose, sans doute, mais est beaucoup plus aimé et désiré que toute connaissance sur les êtres inférieurs. Cont. gent., 1. I, c. v : De rébus nobilissimis quantumeumque imperfecta cognitio maximam perfectionem animas conferi.
Ce qui est vrai des vérités surtout religieuses d'ordre naturel, révélées par Dieu, l'est aussi à plus forte raison de celles qui dépassent les capacités de la raison. Leur connaissance, même imparfaite, nous donne d'abord l'occasion d'exercer bien des vertus comme celles d'humilité, de foi et de religion en particulier. "Par le Christ Jésus, dit saint Pierre, les plus grandes, les plus magnifiques promesses nous ont été faites, afin que, par elles, devenus participants à la nature divine, vous échappiez à la corruption de ce monde. » II Pet., i, 4.
Par la révélation divine s'éclairent ainsi mutuellement les diverses vérités religieuses; bien des problèmes de première importance, à coup sûr, tels que ceux de la prédestination, de la providence, de l'origine du mal. de l'immortalité, de la fin de l'homme, etc., sur lesquels la raison fournit sans doute quelques lumières, ne trouvent une solution complète et indubitable que grâce à la révélation des vérités d'ordre surnaturel. Le domaine des croyances religieuses se trouve ainsi amplifié.
Par suite enfin de la connexion qui existe entre les don nées de certains mystères etles nombreux problèmes de l'ontologie ou de la cosmologie — c'est le cas par exemple des concepts d'essence, de nature, de personne qui commandent le mystère de la trinité, des concepts de substance et d'accident qui se trouvent impliqués dans le mystère eucharistique — la révélation excite l'esprit à travailler pour saisir l'harmonie des nouvelles connaissances fournies avec celles du monde créé et profite ainsi indirectement aux autres disciplines humaines, tout spécialement à celles d'ordre spéculatif. Gutberlet. Lehrbuch der Apologetik, t. il,
RÉVÉLATION. NÉCESSITÉ
La volonté tire également avantage de la révélation. Elle y est tout entière orientée vers le Seigneur. Du fait que celui-ci est la règle absolue de la vie bonne et honnête, la fin poursuivie est véritablement sublime. Pour que l'homme, sur cette terre, prenne Dieu comme guide de sa vie, les motifs d'action les plus efficaces, tels que la miséricorde et la bonté divines, lui sont dévoilées.
Tous ces arguments de convenance de la révélation immédiate témoignent donc en faveur de sa possibilité. En est-il de môme de la révélation médiate?