II. POSSIBILITÉ DE LA RÉVÉLATION MÉDIATE. — Il
s'agit, on se le rappelle, de cette communication des vérités révélées qui se fait, non plus directement — ■ Dieu parlant aux grands inspirés — mais par ceux-ci à la masse de l'humanité. C'est le cas général. De cette manière d'instruire, tout comme de la précédente, l'on peut dire que loin de « répugner » à la nature de l'homme elle lui convient tout au contraire.
1° Elle ne. répugne pas. — Pour que la révélation médiate soit possible, il suffit que Dieu veuille utiliser le procédé courant parmi les hommes de l'enseignement mutuel, qu'il donne à ceux qu'il choisit pour ministres les secours nécessaires, tels que l'inspiration pour le prophète et l'infaillibilité pour l'Église, afin que les vérités dévoilées soient annoncées et propagées fidèlement dans leur substance sans oubli, enfin qu'il confirme leur mission auprès de ceux auxquels ils sont envoyés. La révélation médiate n'est pas humaine, mais divine, car le légat n'agit pas de sa propre autorité : des signes indubitables établissent d'ailleurs qu'il parle, non point en son nom, mais au nom de Dieu, dont il n'est que l'instrument : operatio autem inslrumenti attribuitur principali agenti, in cujus virtutc instrtimentum agit. Snm. theol., IIa-II®,q. clxxii, a. 2, ad 3um. C'est pourquoi le nombre des envoyés authentiques par lesquels nous parvient la révélation divine importe peu, vu que Dieu, cause principale, dispose des moyens nécessaires pour que les vérités révélées nous soient communiquées sans corruption. La révélation médiate ne répugne donc pas. Elle convient même à la sagesse divine et à la nature sociale de l'homme et cela confirme sa possibilité.
2° Elle est au contraire d'une suprême convenance. — Pour être conforme à l'action de la providence, qui gouverne généralement les inférieurs par les supérieurs, remarque saint Thomas, la révélation devait être transmise aux hommes par des ministres : Quantum autem ad secundum (c'est-à-dire l'ordre d'exécution du plan divin) sunl aliqua média divins providentise, quia injeriora gubernat per superiora, non proplcr defectum suse virtutis, sed proplcr abundantiam suse bonitatis, ut dignitatem causalitalis etiam creaturis communicet... haberc minislros exécutons suie providentiœ pertinct ad dignitatem regis. Sum. theol. , Ia, q. xxn, a. 3; cf. Ia-II», q. exi, a. 1 et 4; IIIa, q. lv, a. 1.
Il ne convenait pas non plus que la révélation fût faite immédiatement à tous, à cause des dispositions requises chez celui qui la reçoit : Nom ad prophetiam requiritur maxima mentis elevatio ad spirilnaliiim contemplai ionem; quse quidem impeditur per vehementiam passionum, et per inordinatam occupalionem rerum exteriorum. IIft-II», q. clxxii, a. 1. Au fait, les grands inspirés, tout comme les génies, sont rares dans le monde ; c'est par eux que se fait l 'ascension de l'humanité; ils sont, au point <lc vue moral cl religieux, le levain qui fait fermenter la masse lourde cl froide de leurs contemporains.
L'homme est aussi un être social qui doil beaucoup de son éducation et de son instruction à l'activité de ses semblables. Les progrès de l'humanité, les plus matériels comme ceux d'un ordre supérieur, ne s'obtiennent d'ordinaire que par l'union entre les hommes
et leur subordination intellectuelle. C'est un trait de nature très général, que les uns communiquent aux autres ce qu'ils savent et qu'il est nécessaire ou utile de connaître : les parents le font vis-à-vis de leurs enfants, comme les maîtres à l'égard de leurs élèves, et ceux qui sont riches en expériences de tout ordre par rapport à ceux qui le sont moins. Puisque l'ordre surnaturel ne détruit pas l'ordre naturel, mais au contraire le perfectionne, il était normal que la révélation nous fût également communiquée par nos semblables. L'homme est ainsi appelé à coopérer à l'œuvre religieuse et à reconnaître qu'il demeure, en ce domaine plus qu'en tout autre, soumis à l'autorité de Dieu.
Sans doute la révélation aurait pu être faite à chaque individu. Dans cette hypothèse, qui n'a même pas le mérite de la vraisemblance, on se serait trouvé en face non d'une société religieuse, mais d'une multitude confuse de croyants. A part le lien de la même foi qui les aurait unis, chacun d'eux aurait été pour tout le reste indépendant. De telles conceptions pouvaient se produire à une époque où la philosophie considérait la société comme une juxtaposition d'hommes abstraits ayant tous, en théorie, mêmes facultés, mêmes besoins. L'école sociologique — rendons-lui cette justice — a définitivement exorcisé ces concepts créés par le rationalisme classique. Que la religion soit essentiellement chose sociale, c'est ce qu'elle met en pleine lumière, et de ce chef la voici qui s'accorde avec les théologiens les plus conservateurs; cf. Ottiger, Theolog. fundamenl., t. i, p. 80-85; G. Wilmers, De religione revelata, p. 52- 56; Muncunill, Tract, de vera relig., p. 48-52; Garrigou-Lagrange, De revelatione, t. i, p. 332-336.
La révélation médiate, plus que celle qui est faite directement, laisse à l'homme une plus grande latitude pour donner ou refuser son adhésion; elle lui fournit ainsi une occasion d'exercer les vertus d'humilité et d'obéissance, à l'égard de ceux qui lui annoncent la vérité. La convenance de la révélation médiate avec la nature sociale de l'homme et les habitudes ordinaires de la vie du progrès intellectuel de l'humanité milite donc fortement en faveur de la possibilité et met celle-ci hors de doute aussi bien que celle qui est faite immédiatement par Dieu.
III. La nécessité de la. révélation. — Nous dirons : ce qu'il faut entendre par nécessité; quelles sont au sujet du problème de la nécessité de la révélation les opinions hétérodoxes; quelle est enfin la position catholique.
i. qu'est-ce que la NÉCESSITÉ? — Selon la doctrine aristotélicienne, est nécessaire ce qui ne peut pas ne pas être. Un moyen l'est, par rapport à une fin, quand il est exclusif et unique et que sans lui il est impossible d'atteindre la fin en question.
La nécessité est absolue ou hypothétique; voir S. Thomas, Sum. theol., Ia, q. lxxxii, a. 1. Elle est absolue si elle dérive des causes intrinsèques d'une chose : elle correspond alors à une impossibilité métaphysique ou mathématique. Il est nécessaire qu'un triangle soit composé de trois angles égaux à deux droits. La nécessité est hypothétique quand elle dépend des causes extrinsèques, à savoir de l'agent d'exécution ou de la fin poursuivie. Si elle est en dépendance du premier, il y a nécessité hypothétique de coaction, si elle l'est du second, la nécessité est stricte ou morale.
La nécessité hypothétique stricte qui est souvent appelée par certains auteurs nécessité physique, correspond à une impossibilité physique. La nourriture est une chose absolument nécessaire, car sans elle l'être ne peut vivre. La vue est incapable de percevoir un objel sans l'intermédiaire nécessaire de la lumière. Si un moyen ne présente qu'une très grande utilité pour l'obtention d'une lin et pare à une impuissance morale, qui n'est rien d'autre qu'un grand obstacle, de fait
RÉVÉLATION. NÉCESSITÉ
insurmontable dans les conditions ordinaires de la vie, on parle de nécessité morale.
Bien que des auteurs s'en tiennent là, il est bon de distinguer encore. Un moyen est moralement nécessaire au sens strict, quand les difficultés externes ou internes qui s'opposent à ce qu'une fin soit atteinte sont telles qu'aucun homme n'y parvient jamais, bien qu'il en possède les moyens physiques. Si, au contraire, les obstacles ne sont pas trop grands et que quelquesuns au moins, ne serait-ce qu'une minorité, arrivent à les surmonter, il n'y a plus que nécessité morale au sens large. Dieckmann, De revelatione christiana traclatus philosophico-historici, n. 318; Ottiger, Theologia fundamentalis, t. i, p. 92.
Après l'exposé de ces notions préliminaires, il est plus facile d'aborder l'étude du nouveau problème : la révélation, qui est possible, est-elle nécessaire? A cette question les réponses sont diverses. Celle des rationalistes est négative : cette attitude est conforme à leur conception sur la possibilité. D'autres répondent affirmativement, mais parfois en exagérant, c'est le cas des immanentistes qui en font une exigence de la nature et des fidéistes traditionalistes, qui diminuent à l'excès la capacité intellectuelle de l'homme. La doctrine catholique est beaucoup plus nuancée.
//. LES OP1MONS hétérodoxes. — 1° Les partisans de l'immanence. — L'encyclique Pascendi dominici gregis, du 18 septembre 1907, fait à certains partisans de la méthode d'immanence le reproche de paraître admettre dans la nature humaine non seulement une capacité et une convenance à l'ordre surnaturel, mais une véritable exigence de celui-ci.
Ce faisant, les immanentistes accordent trop, dit l'encyclique, à l'indigence de la nature humaine : Hic autem queri vehementer nos ilernm opurlet, non desiderari e catholicis hominibus, qui quamvis immanentiœ doctrinam ut doctrinam rejiciunt, eu tamen pro apologesi utuntur, idque adeo incauti faciunt, ut in natura Illumina non capacilatem solum et convenientiam videunlur admittere ad ordinem supernaturalem, quod quidem apologetie catholici opportunis adhibilis temperationibas demonstrarunl semper, sed germanam verique nominis exigentiam. Denz-Bannw., n. 2108. Voir aussi les propositions 7 et 8 condamnées le 1er décembre 1924 par le Saint-Office, prop. 7 : Non possumus adipisci ullam veritatem proprii nominis quin admittamus existentiam Dei, immo et revelationem; prop. 8 : Valor quem habere possunt hujusmodi argumenta (logica, pro existentia Dei, credibilitate religionis christianœ) non provcnit ex eorum evidentia seu vi dialectica sed ex exigentiis subjectivis vitœ vel actionis, quie ut recle evolvantur sibique cohœreant, his veritalibus indigent. Semaine religieuse de Quimper, 27 février 1925.
2° Les fidéistes et traditionalistes. — ■ Leur erreur, chronologiquement antérieure à celle des partisans de l'immanence, ne retiendra pas davantage notre attention, mais nous acheminera à la thèse catholique. Les partisans du fidéisme, tels que Lamennais, Bautain et Bonnetty, prétendent, avec plus ou moins de nuances et réserves, que, sans la foi divine, la raison est incapable d'avoir une certitude sur l'existence de Dieu et les vérités religieuses d'ordre naturel. Cf. A. Vacant, Études sur le concile du Vatican, t. i, p. 139 sq. Les fidéistes ont été appelés traditionalistes, parce que, d'après eux, la révélation primitive a été transmise à divers peuples et conservée par la tradition.
Bautain dut reconnaître les capacités de la raison et souscrire, le 8 septembre 1810, aux propositions qui condamnaient le fidéisme : Ratiocinatio potest cum certitudine probare existentiam Dei et infinitatem perfeclionum ejus. Filles, donum en-leste, posterior est revelatione; hinc non potest allegari contra atheum ad probandam Dei existentiam. Denz.-Bannw., n. 1022 sq.
Par un décret de la S. C. de l'Index, en date du 11 juin 1855, le traditionalisme de Bonnetty fut également réprouvé. De ce document nous ne retiendrons que ce texte positif : Ralionis usus fidem preecedit et ad eam ope revelationis et gratise conducit. Denz.-Bannw.,
Sous une forme plus mitigée, le fidéisme enseigne que l'homme n'est pas à même de parvenir à une connaissance certaine de Dieu par la raison, sans le secours de l'idée de Dieu, qui existe dans la société humaine et sans la réception de la foi, au moins humaine, (irandcrath, Constilutiones dogmaticœ s. œcum. concilii Vaticani, Fribourg, 1892, p. 37. La révélation parait ici être estimée comme un complément nécessaire de la raison, et c'est ainsi que quelques auteurs qui ont partagé cette opinion en sont venus à confondre les ordres naturel et surnaturel. Granderath, ibid., p. 30. Voir pour plus de détails l'art. Foi, vi, t. vi, col. 171-236.
///. la position catholique. — Le traditionalisme a été condamné par le concile du Vatican. Celui-ci enseigne, en effet, que la raison humaine, considérée en général et même dans l'état de déchéance auquel l'a réduite le péché, peut certainement connaître Dieu : Deum... nalurali humaine rationis lumine a rébus creatis certo eognosci posse; « invisibilia enim ipsius, a « creatura mundi, per ea quœ facta sunt, ùitellecta, conspitciuntur »(Rom., i,20); attamen placuisse ejus sapientise et bonitati, alia eaque supernalurali via se ipsum ac eeterna voluntatis suœ décréta humano generi revelare... Sess. m. De fuie. Denz.-Bannw., n. 1785.
En second lieu, il détermine quelle est la nécessité de la révélation dans la connaissance des vérités religieuses d'ordre naturel : Huic divins revelationi tribuendum quidem est, ut ea quœ in rébus divinis luimanarationi per se impervia non sunt, in prsesenti quoque generis liumani conditione ab omnibus expedite, firma certitudine et nullo admixto errore eognosci possinl. Non bac tamen de causa revelatio absolute necessaria dicenda est, sed (plia Deus ex in/inita bonitate sua ordùiavit hominem ad jinem supernaturalem, ad participanda scilicet bona divina, quœ humante mentis intelligentiam omnino superant... Denz.-Bannw., n. 1786.
Étant supposé et admis que Dieu veut l'élévation de l 'homme à l'état surnaturel, la révélation des mystères et des vérités ou préceptes moraux de cet ordre est hypothétiquement, mais strictement nécessaire. Laissé, en effet, aux propres lumières de sa raison, l'homme est incapable d'atteindre ce qui le dépasse. C'est pourquoi la révélation est indispensable pour lui faire connaître non seulement qu'il existe un ordre surnaturel et qu'il est lui-même destiné à y être élevé, mais aussi que tels moyens déterminés lui permettront d'atteindre librement et avec certitude la nouvelle fin proposée à son activité. S. Thomas, Sum. theol., Ia, q. i, a. 1} IIa-Ilœ, q. n, a. 3.
La révélation des mystères et des vérités d'ordre surnaturel est donc hypothétiquement mais strictement nécessaire. Celle des vérités religieuses d'ordre naturel, du fait que celles-ci sont accessibles à la raison humaine, ne saurait être de nécessité physique. Elle est seulement nécessaire moralement et encore dans un sens assez large. Nous l'établirons par la preuve philosophique et par la démonstration historique.
1° Preuve philosophique. — Bien des obstacles s'opposent, en fait, à ce que le genre humain parvienne à connaître l'ensemble des vérités religieuses et les préceptes moraux d'ordre naturel ; tout au moins ces obstacles en retardent-ils l'acquisition. Celle-ci pour être convenable, exige, à coup sûr, du temps et du loisir, des. études approfondies et un talent suffisant. S. Thomas, Sum. theol., la, q. i, a. 1 ; IIa-IIœ, q. n, a. 4, qui apporte un développement au premier texte ; De veritate, q. xiv,
RÉ VÉL ATI 0 N. N É CESSITÉ
a. 10; Cont. (jent., I. I, c. iv; voir aussi Suarez, De gratta, 1. 1, c. i, n. 9. Se reporter aussi à l'article Religion, ci-dessus, col. 2288 sq.
Sans doute l'homme, puisqu'il a la connaissance naturelle des premiers principes (S. Thomas, Cont. (/eut., 1. II, c. lxxxiii; I», q. cxvn, a. 1 ; De veritate, q. xi, a. 1), peut arriver, dans la théorie, à acquérir par le raisonnement un certain nombre de données religieuses sur l'existence d'une cause première et d'un suprême législateur (Ia-Hœ, q. xciv, a. 2, primum principium rationis practicœ : bonum est faciendum, malum vitandum); il peut arriver à des certitudes sur le libre arbitre et môme sur l'immortalité de l'âme (inlellcetus differt a sensu prout apprehendit esse, non solum sub hic. et non, sed esse absoluic et secundum omne tempus. Unde omne habens intcllectum naturaliter desiderat esse semper, I», q. lxxv, a. fi), sans d'ailleurs connaître les conditions de la vie future. Mais ceci est le fait d'une minorité, car peu d'hommes ont des dispositions pour le savoir; d'autres sont retenus par les obligations de la vie privée familiale ou sociale et manquent de temps pour réfléchir.
Par ailleurs, la profondeur de ces vérités, qui exige une longue préparation et l'acquisition de nombreuses notions, suppose chez l'homme un effort sérieux et persévérant que la paresse vient souvent entraver. Il faut tenir compte aussi, ajoute saint Thomas, du temps de la jeunesse pendant lequel l'âme est en butte aux luttes violentes des passions et préfère s'abstenir de la discussion des problèmes ardus.
Enfin, l'intelligence humaine, incapable de surmonter tous les préjugés extérieurs et les troubles qu'ils apportent dans l'imagination, risque facilement de mêler l'erreur à ses jugements. Bien des questions restent sans solution nette, ou bien la réponse qui leur est faite n'atteint pas à la certitude requise en ces matières de première importance : Homo discursu suo naturali pauca cognoscit evidenter et quarn plurima probabiliter seu verisimiliter, et rc.gulariter per solatn rationem probabilem et auctoritatem humunam profert definitum judicium; ergo laie judicium est expositum de se falsitati, ergo naturaliter fteri non potest, quin in ttmttt multitudine judic.iorum non s:rpc errel, nisi superiori auxilio custodiatur, maxime quia swpe /al sa sunt probabiliora veris. Suarez, De gratia, I. I, c. i, n. 9.
Pour toutes ces raisons, la connaissance des vérités religieuses d'ordre naturel est difficile, Certains individus y atteignent, mais pratiquement elle ne peut pas être acquise par l'ensemble dcl'luimanité. Par ailleurs, comme aucune discipline d'ordre naturel ne permet d'y parer, cette imposibilité de fait où se trouve le genre humain de parvenir à une connaissance d'ensemble, postule comme moralement nécessaire l'intervention d'un moyen supérieur. Sans doute en quelques catégories d'individus tels que les enfants, les faibles d'esprit, les fous, il y a une véritable impossibilité physique, transitoire ou définitive, mais ceux-ci ne constituent qu'une minorité, un accident par rapport à l'humanité entière, insullisanle pour dire que la révélation est physiquement nécessaire. Le schème primitif de la constitution Dti Filins du Vatican marquait rie la manière qui suit la nécessité morale de la révélation :
Per se possunt ex naturali quoque Del manifestatione cognosci. At tamen pro génère liumano in prresenti conditione ad lias veritate* debtto tempoi-e. sullicienti c-.laritate et plena certttudine, sine admixtione errorum assequendas, eae sunt difficultates, ut polenlia plivsica generatim non perdurai ur ad ac.tuui sine spécial! adjutorio. DifQcultates iia comparâtes constituunl Impotentlam moralem cul respondet inoialis nécessitas adjutorll. Hoc autem adjutorium spéciale in commun) providentla proeaentia onlinis natura; élevais consistil in Ipsa supernaturall revelatlone. Ergo hœc nxciatio tpioad Qlas quoque verltatei per se rationales in
prsesenti ordine censeri dehet humano geneii moralité! necessaria... Videlicet per ipsam revelationem tollitur moralis Impotentia atque adeo redditur luimano geneii cognitio moraliter possibilis, Coll. Laçons., t. vn, col. 524.
Dieu, dans sa toute-puissance, était à même d'aider l'homme de bien des manières. Il aurait pu éclairer et fortifier chaque intelligence en particulier, ou susciter quelques hommes de génie qui auraient été les maîtres de leurs semblables. En fait, voulant que le genre humain, dans son ensemble, parvînt à une connaissance certaine, facile et large, des vérités religieuses et morales, il a librement choisi la révélation. C'est pourquoi celle-ci est moralement nécessaire, au sens large; selon la terminologie thomiste, elle n'est qu'hypothétique, c'est-à-dire qu'elle est conditionnelle, vu qu'elle dépend entièrement de la volonté de Dieu. Sans doute dans l'état de nature pure il est dû à l'homme qu'il ait tous les moyens pour parvenir à sa fin dernière naturelle. Mais dans la situation actuelle du genre humain, à cause de l'influence du péché originel, ceci n'apparaît plus aussi clairement. Chr. Pesch, Prsel., t. i, n. 174- 177; Garrigou-Lagrange, De revelalione, cf. S. Thomas, De veritate, q. xvm, a. 2. Sur ce point le schème du concile du Vatican est également suggestif :
l'A quo tamen non sequitur... in statu naturse purse tulurum fuisse ut liomines revelatione indiguissent, etiamsi eorum vires naturales non superassent nostras. Alia enim [uisset providentia ordinis natura; pur»- qua non quidem rcvelatio exstitisset, sed alia tamen subsidia oblata essent, quibus cognitio rcrum divinarum etiam moraliter esset possibilis. lbid.
2° Démonstration par l'histoire. — 1. Les faits. — Toutes les difficultés rapportées dans l'énoncé de la preuve philosophique se concrétisent dans les faits. Ceux-ci d'abord montrent d'une manière tangible les obstacles pratiques rencontrés par les hommes dans l'acquisition des vérités religieuses et des préceptes moraux d'ordre naturel, ils montrent dès lors la nécessité morale, au moins au sens large, de la révélation divine. Loin d'attester le progrès régulier et continu des idées religieuses, l'histoire nous fait assister, sur trop de points, à de pénibles régressions qui font évoluer celles-ci du bien au médiocre et au mal. Cette dégénérescence pourrait presque être considérée comme une loi universelle qui se manifeste même chez les peuples dont la culture est la plus évoluée. La Grèce antique en oll're un exemple marquant. Elle l'emportait certainement sur les autres par la puissance de la science et des arts; or, contrairement à ce que l'on pourrait attendre, la culture hellénique fut fort en défaut dans le domaine de la religion.
Nous n'entendons pas discuter ici la question, déjà soulevée à l'art. Religion, de savoir si les peuples dits « primitifs » ont eu, en fait de religion, des concepts supérieurs à ceux qui se rencontrent en des civilisations plus évoluées. L'exemple de ce que l'on a nommé le « miracle grec » montre assez que le genre humain, même lorsqu'il s'applique avec intérêt et grand soin aux (pies t ions cultuelles, est incapable de parvenir à une connaissance suffisante. Les écrits, les œuvres d'art, les travaux de la vie quotidienne, privée, familiale et sociale, permettent de se rendre compte des erreurs profondes dans lesquelles sont tombés les peuples qui vivaient de cette civilisation grecque, admirable par tant de traits, il en est de même des autres cultures antiques moins développées. Sans entrer dans le détail, il importe cependant de faire quelques constatations qui marquent l'indigence de la raison humaine.
Les ailleurs sacrés ont eux-mêmes déjà insisté sur Les divagations religieuses de l'esprit humain. Au iic siècle avant le Christ, l'auteur de la Sagesse insiste en particulier sur certaines erreurs. Sa])., xm-xiv. Les Romains rendent des hommages aux forces de la
REVELATION. NECESSITE
nature, les Égyptiens, aux animaux, les Perses et plus tard les Romains, aux astres. Les œuvres humaines, les figures des animaux et même les pierres sont divinisées et reçoivent parfois un culte véritable. On passe ainsi du fétichisme à l'idolâtrie proprement dite. L'homme lui-même est élevé aux honneurs divins ou quasi divins. De fait, on vénère les mânes ou les lares ■et les génies (il est difficile de dire si l'on voyait en eux une entité divine ou simplement surhumaine, distincte de l'homtnj). Ce culte servit de moyen intermédiaire pour introduire celui des héros et des princes, dans le monde gréco-oriental, en Syrie, en Asie Mineure, en Egypte et finalement par une progression logique celui des empereurs. Ce dernier était déjà en plein développement dans l'empire au moment du règne d'Auguste. Les notions intellectuelles sur la divinité sont donc honteusemînt déformées. Par ailleurs, on attribue souvent aux dieux les plus grandes turpitudes et les crimes les plus abjects tout aussi bien que les bonnes actions. Thèim facile, déjà exploité par l'evhémérisme et que tous les apologistes du christianisme ont repris. Qu'il suffise de citer ici Arnobe, Adversus génies, 1. IV, <:. xvm sq., P. L., t. v, col. 1037 sq. ; et saint Augustin en qui se résume cette apologétique un peu trop simpliste. Voir en particulier De civ. Dei, 1. VI, c. ix, P. L., t. xli, col. 187.
La dépravation religieuse se marque encore plus dans les mystères. C'étaient des rites^sacrésqui, pratiqués avec des formules et des symboles sous le sceau du secret et du silence, permettaient l'entrée dans les collèges d'initiés. Ceux-ci recevaient la promesse de biens religieux, comme la libération du péché et l'espérance d'une autre vie. Les mystères étaient répandus en Syrie (Atargatis-Astarté, Adonis-Hadad), en Egypte (Isis-Sérapis), en Phrygie (Cybèle-Attis) et en Thrace (Dionysos, Zagreus, Bacchus). Les plus célèbres, encore qu'ils fussent locaux, étaient ceux que l'on célébrait à Eleusis. Le culte de Mithra, au me siècle, envahit l'empire et surtout l'année romaine, mais il est déjà modéré par son syncrétisme. Par l'adaptation et l'assimilation des diverses formes religieuses, d'origine et de caractère variés, le mithriacisms en arrive à un concept vague et confus de Dieu, amalgame de panthéisme, de polythéisme et de monothéisme. Sur ces Teligions de mystères, voir ci-dessus, col. 2301, et pour la bibliographie, col. 230G.
Les cérémonies enfin de beaucoup de ces cultes étaient bien souvent scélérates et indignes de Dieu, puisque les sacrifices humains n'y étaient pas interdits, même chez les Romains. Parfois aussi elles donnaient lieu à de véritables scènes de luxure et de prostitution. L'astrologie et la magie s'y donnaient libre cours.
L'auteur de la Sagesse brosse un tableau saisissant de ces immoralités. « Célébrant des cérémonies homicides de leurs enfants ou des mystères clandestins, et se livrant aux débauches effrénées de rites étranges, ils n'ont plus gardé de pudeur ni dans leur vie, ni dans leurs mariages. C'est partout un mélange de sang et de meurtre... de corruption et d'infidélité, de souillure des amas, de crime contre nature... » Sap., xiv, 23-27.
Les erreurs morales sont en corrélation avec celles qui viennent d'être rappelées. Le travail manuel est méprisé et réservé aux esclaves dont la condition est souvent pitoyable. Le vice s'étale avec facilité et largement. Le suicide est considéré comme un acte de courage, propre à ceux qui font partie de l'élite de la société. Des philosophes permettent le concubinage et l'exposition des enfants, quand ils ne sont pas bien conformés ; s'ils condamnent l'ivrognerie, ils la tolèrent aux solennités de Bacchus. Aristote admet dans les temples des peintures immorales sur les dieux et ne compte pas la fornication parmi les vices. Le péché •contre nature est si commun qu'il ne révolte pas. S'il
est condamné par la « diatribe » cynique, celle-ci ne laisse pas d'autoriser, même en public, les vices les plus répugnants.
Saint Paul, dans l'épître aux Romains, insiste sur la méconnaissance coupable du vrai Dieu et en signale les funestes conséquences : « Aussi Dieu les a-t-il livrés (les gentils), au milieu des convoitises de leurs cœurs, à l'impureté, en sorte qu'ils déshonorent entre eux leurs propres corps... C'est pourquoi Dieu les a livrés à des passions d'ignominie : leurs femmes ont changé l'usage naturel en celui qui est contre nature, de même aussi les hommes, au lieu d'user de la femme, selon l'ordre de la nature, ont dans leurs désirs brûlé les uns poulies autres, ayant hommes avec hommes un commerce infâme... » Saint Paul continue longuement l'énumération des désastres d'ordre moral qui proviennent de la méconnaissance de Dieu. Rom., i, 21 sq.
Les erreurs sur les vérités religieuses intellectuelles et morales dont on vient de lire une brève esquisse, peuvent-elles être humainement redressées ou par des hommes de génie ou par l'action des collectivités publiques.
2. Les remèdes. — a) L'action des particuliers. — Il ne semble pas que cette action ait eu quelque efficacité. S'il se rencontre à divers moments, soit dans l'Inde avec le bouddha, soit dans la civilisation grecque primitive, avec l'orphisme, soit en Perse, avec /oroastre, soit dans le monde gréco-romain à l'époque des Sévères, de vraies tentatives de réforme religieuse, ces efforts demeurèrent sans grand résultat, à cause des obstacles beaucoup plus forts qui s'opposaient à leur épanouissement. D'autre part les prêtres et les philosophes de l'antiquité les plus illustres par leur génie et leur autorité ne pouvaient pas et ne voulaient pas remédier à la situation de dépravation générale.
Ce leur était impossible parce qu'il leur manquait la science suffisante de toutes les vérités religieuses naturelles et qu'ils tombaient parfois eux-mêmes dans les erreurs pratiques les plus graves. Cf. S. Augustin, De civ. Dei, 1. XVIII, c. xli, P. L., t. xli, col. 001. Par ailleurs, si quelques-uns sont parvenus à découvrir le monothéisme, aucune école, dans son ensemble, n'a enseigné un monothéisme pratique, religieux.
Les systèmes philosophiques qui ont propagé les idées les plus élevées et les plus parfaites, comme le stoïcisme et le néoplatonisme, ont eux-mêmes subi, au cours des temps, l'influence des religions à mystères et ont abouti à des synthèses mystico-philosophiques. Impuissants à vaincre les difficultés qui s'opposaient à la conservation des conceptions religieuses qu'ils avaient élaborées, comment auraient-ils pu guider les hommes et permettre à ceux-ci de redresser leurs erreurs?
Ceci apparaît encore davantage quand on songe aux désaccords qui existaient entre les philosophes sur les points capitaux, et à leur passion de discuter de tout sur la place publique, sans arguments capables d'être saisis rapidement par la foule. Même s'ils se trouvaient du même avis, le désaccord de leur vie avec leur doctrine ruinait leur crédit et leur autorité. Lactance, Instit. divinae, 1. III, c. xvi, P. L., t. vi, col. 395; S. Augustin, De civ. Dei, 1. XVIII, c. xi.i. P. L.. t. xli, col. 601.
Même s'ils l'avaient pu, ils n'auraient pas voulu enseigner aux autres. Les prêtres païens, en bien des pays, avaient des doctrines secrètes qu'ils ne révélaient jamais aux profanes et imparfaitement aux seuls initiés. Souvent même les philosophes haïssaient la foule et se contentaient de quelques disciples, estimant que le peuple devait rester dans l'ignorance. Cicéron n'écrivait-il pas : Est enim philosophia paueis contenta judicibus, multitudinem consulta ipsa fugiens, eique ipsi et suspecta et invisa. TuscuL, 1. II. c. i. A quoi fait