‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 3)Chapitre 388 sur 470 · RICHARD DE MEDIA VILLA · texte numérisé non relu

RICHARD DE MEDIA VILLA

Tolosani magister, dans Arch. franc, histor., t. xix, 1926, p. 113-116; t. xxm, 1930, p. 246-248. Nous n'avons plus d'autres renseignements personnels sur Richard après cette date; mais, avec Lechner, on peut accepter comme date de sa mort 1307 ou 1308. Le frère mineur dit l'Astesan, qui rédige, en 1317, sa Summa de casibus mentionne dans son Proœmium les théologiens de son ordre qu'il a mis à contribution et, visiblement, selon leur date obituaire. Il met Richard entre Gauthier de Poitiers (t 1 307) et Jean Scot (f 1 308). Voir le texte dans E. Hocedez, Richard de Middlelon, p. 133.

II. Œuvres. — L'œuvre littéraire de Richard «est relativement bien conservée et considérable, même si l'on défalque les productions douteuses ou apocryphes.

A cette dernière catégorie appartiennent des traités canoniques : Distincliones super Decrclis (ms. de Douai, 644; de Vienne, Bibl. nat., 2194), Ordo judiciarius (édit. de C. Witte, Halle, 1853), qui sont du canonistc Richard l'Anglais; un Tractatus de clavium potes- Jatc, qui est de Richard de Saint- Victor (cf. P. L., t. exevi, col. 1159-1178). Les anciens catalogues des œuvres de notre auteur lui attribuent aussi un traité De conceplu B. Marise virginis; ce doit être par suite d'une confusion avec le même Victorin; en toute hypothèse d'ailleurs, notre Richard ne saurait être donné comme un défenseur du privilège mariai, car, en son commentaire des Sentences, il enseigne clairement que l'âme de la Vierge, par son union avec la chair, a contracté la souillure du péché originel. III Sent., dist. III, a. 1, q. i, éd. de Brescia, p. 27.

Par contre l'authenticité des ouvrages suivants est bien assurée. 1° Commentaire sur les quatre livres des Sentences fourni par de nombreux mss., voir P. Glorieux, Répertoire, n. 324; le I. IV imprimé à Venise, 1479 (cf. Hain, n. 10 984) et dans les années suivantes; les quatre livres, en deux volumes, Venise, 1507-1509; puis Rrescia, 1591. — 2° Quœsliones disputalœ au nombre de 45; fournies par de nombreux mss., voir Glorieux, ibid. , et E. Hocedez, dans Recherches de science religieuse, 1916, p. 493-494; ce dernier a donné, ibid., p. 500-513, le titre de chacune des questions; la q. xin, Ulrum angélus vel homo intelligal verum creatum in œlerna virlutc a été publiée par les Pères de Ouaracchi, dans De humanie cognitionis ratione anecdota quaedam, 1883, p. 221 sq. — 3° Les quodlibel; les mss. donnent d'ordinaire à la suite du commentaire des Sentences trois quodlibel; ils ont été publiés ensemble et dans le même ordre dans l'édition de Venise, 15(17-1509, à la suite dudit commentaire. On trouvera le détail des questions dans P. Glorieux, La littérature quodlibélique de 1260 à 1320, p. 258-271. A la suite de cette table, ce même auteur fournit la capitulation de deux autres quodlibel donnés à Richard par le ms. 14 306 de la Bibliothèque nationale de Paris, mais dont l'attribution reste au moins douteuse; il se pourrait que l'on ait affaire à une œuvre de Pierre de Falco; ces deux textes sont demeurés inédits. — 4" Aux quodlibel se rattachent deux autres questions : 1. Quœslio de privilégia papa Martini IV, et relative aux droits accordés aux ordres mendiants d'entendre les confessions, sans aucune approbation préalable des évèques et des curés, à condition toutefois que les fidèles se confesseraient une fois l'an à leurs curés respectifs. Richard examine le point de savoir si celui qui s'est confessé à quelqu'un de ces religieux est tenu de réitérer l'aveu de ses fautes quand il se confesse à son propre curé; ce texte a été publié par F. Delorme, O. M., Fr, Richardi de M . quœslio disputata de privilégia Martini papee IV ruine primant édita, Ouaracchi. 1925, où l'on trouvera une riche documentation sur toute cette affaire qui engendra bien des remous. — 2. Quœslio tic

gradu formarum répondant a celle question : Utrum in quolibet composilo sil una forma; cet écrit doit être

incessamment publié; Pelster, Oxford theology and theologians, p. 109, en rapproche une question analogue du ms. l-r>8 d'Assise, fol. 55. — ■ 5° Plusieurs sermons de Richard sont fournis par divers mss. E. Hocedez, en a publié trois en appendice à son livre sur Richard de Middlelon, Paris-Louvain, 1925, l'un pour la fête de sainte Catherine de 1281, le second pour la Purification de l'année 1283, le troisième pour le samedi avant la Passion (3 avril 1283); un autre sermon pour l'Ascension, de date incertaine, a été publié par \V. Lampen dans la France franciscaine, 1930, p. 388-390. — 6° Postules sur l'Écriture sainte. Les affirmations des anciens bibliographes sur la composition par Richard de brèves annotations sur les quatre évangiles et sur les épîtres paulines paraissent dignes de foi; jusqu'à présent il ne s'en est rien retrouvé.

La date de ces différentes œuvres se laisse assez facilement déterminer. Voir surtout E. Hocedez, op. cit., p. 27 sq. Le Commentaire des Sentences a été professé, mais non rédigé, en 1282-1284, il n'aurait pris sa forme définitive que vers 1295. Il aurait donc été précédé par la publication des Quœsliones disputalœ, fin de 1284. Le 1er Quodlibelum se place à Pâques de cette même année scolaire et donc en 1285, le 2e à Pâques de l'année suivante, 1286, le 3e à Pâques 1287. La Quœslio dispulala sur la confession serait de cette même année scolaire 1286-1287. La date des sermons a été indiquée ci-dessus. En définitive c'est dans les années 1283-1287 que se situe la plus grande activité scolaire de notre docteur.

III. Place dans le mouvement intellectuel. — Les dates que l'on vient de fixer ont précisément leur intérêt en ce qu'elles montrent le milieu dans lequel a vécu et enseigné Richard.

Les deux écoles dominicaine et franciscaine et, si l'on veut, aristotélicienne et augustinienne, ont défini leur position vers le milieu du siècle. Un conflit d'idées s'en est suivi qui a été violent. Les deux grands chefs, Thomas d'Aquin et Bonaventure, sont morts presque simultanément en 1274. Les épigones continuent le combat et l'année 1277 semble marquer au compte de l'aristotélisme une grosse défaite; pêle-mêle avec les doctrines averroïstes — exagérations de l'aristotélisme — sont condamnées par l'évêque de Paris, Etienne Tempier, en bon nombre, des thèses strictement thomistes. Cette année devrait donc marquer L triomphe de la théologie et de la philosophie augustiniennes dont l'ordre franciscain entend maintenir les traditions. Or, il est extrêmement remarquable qu'un homme comme Richard, franciscain dans l'âme, tout en se montrant très en garde contre les thèses condamnées en 1277, ne professe pas, à l'endroit de l'aristotélism 3, toutes les défiances du milieu où il vit; non moins intéressant de le voir prendre à son compte, en théologie, plusieurs doctrines thomistes. Sans que l'on puisse parler, à son sujet, d'éclectisme, il faut rendre hommage à l'ouverture de son esprit qui ne paraît pas se résigner à jurer per verba magistri.

Les historiens des sciences, en particulier P. Duhem, ont signalé chez lui — et c'est plus vrai encore de son contemporain R. Bacon — des curiosités relatives aux choses de la nature, des idées sur la valeur de l'expérience, des théories sur la pesanteur et le mouvement des projectiles qui témoignent qu'il s'affranchit de la tyrannie aristotélicienne sous laquelle se courbait encore, en ces m itières, un saint Thomas. Voir P. Duhem, Études sur Léonard de Vinci, ceux qu'il a lus et ceux gui font lu, t. n, Paris, 1909, p. 368 sq., 411-412, 442 sq.

En ontologie il se rallie à un réalisme modéré : Universale non potest esse actu in re extra, et l'on peut dire (pie, jusqu'à un certain point, c'est la raison qui lui donne naissance, ipsa universalitas est res constitula a ratione; il n'empêche que cet « universel » a dans l'in-

RICHARD DE MEDIAVILLA

tellect une existence réelle, et cette existence est plus réelle que celle des corps. Le voici d'accord avec saint Thomas. Mais il s'en sépare sur la question du principe d'individuation; pour Thomas d'Aquin, on le sait, ce principe est à rechercher dans la materia signala in quantilale, en telle sorte que, pour les êtres qui ne comportent pas de matière (les anges par exemple), il ne peut y avoir plusieurs individus dans la même espèce. Richard s'oppose nettement à ce point de vue; encore qu'il reconnaisse dans les anges un certain hylémorphisme, il ne serait pas embarrassé, au cas même où l'on n'admettrait pas chez eux de matière, de trouver un principe qui permette de distinguer plusieurs individus au sein d'une même espèce. Nous sommes en route vers la philosophie de Scot. De même l'insistance avec laquelle Richard fait remarquer que notre intelligence perçoit immédiatement le singulier fait penser aux affirmations du Docteur subtil. îl fausse compagnie à saint Thomas sur la question de la multiplicité des formes dans le composé; mais le retrouve dans l'étude de la connaissance. L'école bonaventurienne, fidèle à la pensée d'Augustin, faisait, dans l'intellection une part considérable à l'illumination divine, sorte de grâce de l'intelligence, analogue à la grâce qui actionne et soutient le libre arbitre. Richard, tout en admettant, bien entendu, le concours général divin pour notre intelligence comme pour tous nos actes, voit d'abord dans notre intelligence l'effort individuel et personnel et il insiste avec force sur le côté actif de l'intellection. Cf. P. Rucker, Der Ursprung unserer Begrifje nach R. c. M., dans les Beitràge deBâumker, t. xxxi, fasc. 1. Dans ce même domaine de la psychologie, il se garde d'ailleurs des morcelages que le thomisme paraissait vouloir faire. De même qu'il nie la distinction réelle de l'essence et de l'existence, de même il veut que les facultés soient simplement des fonctions diverses de l'âme et non point des entités réellement distinctes de sa substance. Moins intellectualiste que saint Thomas, il attribue à la volonté le primat sur l'intelligence, le rôle de celle-ci étant de disposer la volonté: c'est en celle-ci, dans son pouvoir d'auto-disposition, qu'il faut chercher d'abord la racine de la liberté. Pourtant, quand il entreprend, en éthique, de discuter les fondements de la loi éternelle, il ne cherche pas dans la volonté divine la raison dernière de la distinction entre le bien et le mal. La loi divine, c'est dans la nature des choses qu'il faut en voir le fondement. Tout ceci nous montre dans Richard un esprit fort personnel qui, s'il accepte les grandes directives de la pensée bonaventurienne, ne laisse pas de demander à d'autres maîtres, et spécialement à Thomas d'Aquin, des compléments d'information.

L'influence de saint Thomas sur notre franciscain serait, au dire d'un des meilleurs juges, le P. Hocedez, plus profonde encore en théologie qu'en philosophie. « Sur un grand nombre de questions libres, Richard adopte la position thomiste; plus souvent encore il propose les théories de saint Thomas comme probables, sans se prononcer formellement pour ou contre elles. » Voici quelques-unes des questions où il se rapprocherait du Docteur angélique : « Il rejette comme lui les raisons séminales, sans accepter toutefois l'explication positive du saint Docteur. Les anges n'ont pu pécher au premier instant de leur existence. Il incline à croire, avec Thomas que, sans la chute, le Verbe ne se fût pas incarné. Dans l'hypothèse que Dieu exigeât une satisfaction ex condigno, les souffrances du Christ devenaient nécessaires. L'impeccabilité du Christ est une conséquence de la vision béatifique. Le caractère sacramentel a son siège dans l'essence de l'âme, par l'intermédiaire de l'intelligence. Les actes du pénitent sont la quasi-matière du sacrement... Maison pourrait également dresser une longue liste des thèses, et des

plus importantes, où Richard s'éloigne de l'Aquinate. Avec saint Bonaventure, il conçoit la théologie comme une science pratique. Pour lui, ce qui est objet de science peut être objet de foi, saltem habitu. La grâce et la charité ne se distinguent pas réellement (on pourra voir une étude très approfondie de ce point par J. Reuss, Die theologische Tugend der Liebe nach der Lehre des Richard von M., dans Franziskanische Sludien, t. xxn, 1935, p. 11-43, à compléter par une autre monographie de V. Heynck, O. F. M., Die aktuelle Gnade bei R. v. M., ibid., p. 297-325). Les vertus surnaturelles ont toutes leur siège dans la volonté. La nature angélique est composée de matière et de forme et se multiplie dans une même espèce. Il y a dans le Christ un double esse et une double filiation. Sa nature humaine intervenait dans les miracles seulement à titre de cause morale et occasionnelle. Les sacrements ne sont pas proprement causes de la grâce. (Il y a sur la question de l'enseignement sacramentel de Richard un travail considérable de J. Lechner, Die Sakramenllehre des R. v. M., dans les Miinchencr Sludicn zur hislorischen Théologie, fasc. 5, Munich, 1925.) La béatitude consiste formellement dans un acte d'intelligence et île volonté. L'intellect agent garde un rôle dans la vision béatifique, etc. » Hocedez, op. cil., p. 381-385.

Pour ce qui est de la doctrine sacramentelle, qui a été plus particulièrement étudiée, voici les conclusions auxquelles aboutit J. Lechner. Il voit comme facteur qui réalise l'unité dans la synthèse de Richard, l'accentuation du rôle de la volonté divine; c'est elle qu'il faut considérer avant tout dans l'action sacramentelle. Écartant avec douceur l'activité physique instrumentale du sacrement — le terme d'efficacité ex opère operalo est soigneusement évité — Richard met au premier plan l'efficience divine l'A ceci explique la doctrine assez particulière qu'il a sur la matière et la forme des sacrements et dont Scot devait s'inspirer. La matière, c'est le signe lui-même, la forme c'est Vordinalio ad sanctificandum que le Christ a attachée à ce signe. Dans la doctrine du caractère, le primat de la causalité divine se manifeste encore dans le fait que ce caractère et ses effets ne sont qu'en relation morale avec le signe sacramentel. « Il est bien remarquable, dit Lechner, que notre Docteur ne tient à l'existence absolue du caractère que sur la foi des auctorilates et qu'il reste hésitant dans la question de la catégorie de la qualité dans laquelle il faut ranger le caractère sacramentel. » Pour ce qui est du baptême et de la confirmation, on ne remarque chez lui rien de très particulier. Mais sa théologie de l'eucharistie est digne d'attention. C'est lui qui fait passer dans l'école franciscaine la spéculation de saint Thomas et de Pierre de Tarentaise, tout spécialement pour ce qui concerne le concept de transsubstantiation et l'influence vivante de l'eucharistie sur la vie surnaturelle de l'âme. Et Lechner renvoie pour ce qui est du premier point aux subtiles analyses de Richard sur la signification du mot hoc dans la formule de la consécration, sur le moment précis de la transsubstantiation, sur la corruption aussi des espèces sacramentelles qui met un terme à la présence réelle.

De grande importance est l'enseignement de notre franciscain pour ce qui est de la pénitence. Avec plus de décision encore que Thomas d'Aquin ou Pierre de Tarentaise, il déclare que le pouvoir des clefs ne s'exerce pas seulement sur la peine, comme le pensaient encore Alexandre de Halès et saint Bonaventure, mais encore sur la coulpe. Cela l'oblige d'ailleurs à accentuer le caractère sacramentel des actes du pénitent qui, avant même la confession, ne procurent la rémission que par le vœu du sacrement à recevoir. Mieux que saint Thomas, il aurait accentué dans cet ordre d'idées la différence entre la contrition propre, ment dite et l'attrition et il a, sur la manière dont l'ab.

RICHARD DE MEDIAVILLA

RICHARD DE SAINT- VICTOR

solution du prêtre « informe » l'attrition, des développements qui méritent d'être retenus. Les données de Richard sur les autres sacrements ont moins d'importance, encore qu'elles témoignent toujours d'une pensée très personnelle.

Tout ceci montre que Richard de Mediavilla tient une place tout à fait distinguée parmi les théologiens de second ordre qu'a vu éclorc la fin du XIIIe siècle et qui ont rendu classiques les synthèses élaborées par leurs grands prédécesseurs. Les titres qui lui seront donnés plus tard : Doclor solidus, copiosus, fundatissimus expriment assez bien les qualités que la postérité a découvertes chez lui. Il semble que l'on ait vu surtout en lui un théologien tout à fait classique, à qui il était indiqué de faire confiance. Le fait que Denys le Chartreux lui fasse une place considérable dans son Commentaire sur les Sentences est particulièrement significatif. Assez oublié depuis la Réforme et la contreréforme, il semble que le maître franciscain retrouve aujourd'hui une nouvelle jeunesse.

On trouvera dans le livre de E- Hocedez, Richard de Middlclon, sa vie, ses œuvres, sa doctrine, Paris-Louvain, 1925, une bibliographie exhaustive des travaux parus jusqu'à cette date. Les travaux plus récents de F. Pelster, YV. Lampen, V. Heynck, J. Reuss, P. Rucher et J. Lechner ont été mentionnés au cours de l'article.

É. Amann.

8. RICHARD DE SAINT-LAURENT (xme s.). Les circonstances de sa vie sont mal connues; on sait qu'en 1239 il est doyen du chapitre métropolitain de Rouen et qu'en 1245 il devait encore remplir ces fonctions. Par la lettre d'envoi de son œuvre majeure au célèbre dominicain Hugues de Saint- Cher, on voit qu'il était en relations d'amitié avec celuici. C'est tout ce que l'on peut dire de certain sur son compte. Qu'il soit entré ultérieurement dans l'ordre de Cîteaux, on l'a conjecturé du titre d'un de ses ouvrages. Sa production littéraire qui est surtout d'ordre édifiant est considérable; et il est même surprenant qu'un écrivain si fécond ait été si profondément ignoré par les plus studieux bibliographes du Moyen Age. Il lui revient un De virliitibus en 2ii livres, conservé dans les mss. 174dc Saint-Omer, 1530 et 1774 de Troyes; un De viliis, dans les mss. 4 de Gray et 1530 de Troyes ; un De exlerminatione mali et promolione boni, qu'on trouvera édité parmi les œuvres de Richard de Saint-Victor, P. L., t. exevi, col. 1073-11 1G; un certain nombre de sermons ; un De origine ac viris illustribus ordinis cislerciensis dans un ms. de Saint-Jacques de Liège (a donné lieu au bruit que l'auteur était entré chez les cisterciens); enfin et surtout un énorme Mariale, intitulé encore De laudibus beatse Mariœ virginis libri XII, conservé par un nombre assez important de mss. parmi lesquels il faut signaler le Paris, lat. 3173 qui a appartenu à Hugues de Saint-Cher et lui avait été envoyé « de Picardie » par l'auteur lui-même. Imprimé sans nom d'auteur à Strasbourg, 1493, peu après à Cologne, s. d., puis en 1509; à Douai sous le nom de Richard en 1G25, cet ouvrage a été inséré par Jaminv, (). P., dans les œuvres d'Albert le Grand, t. xx, 2e part ., 1651 : il figure encore aujourd'hui dans l'édition Vives de ce même docteur, t . XXXVI, tout entier. L'auteur s'y réfère à des passages de ses ouvrages antérieurs spécialement au De virttiti bus e1 au De vitiis, ce qui permet d'assurer son identité. Ce Mariale est une somme intéressante de théologie cl surtout de dévotion mariâtes, très propre à éclairer sur l'état des questions relatives à la sainte Vierge en ce milieu du xm° siècle. .Après une explication de la salutation angélique (I. I), l'auteur entend montrer ce que Marie est pour nous, quomodo Maria servivit nobis in singulis mrmhris cl sensibus suis (1. II). Suit la description des privilèges accordés à Marie (il n'est pas question de la conception imma-

culée), puis de ses vertus, de sa double beauté, corporelle et spirituelle (1. III-V). Alors commence l'inventaire des appellations qui lui conviennent : mère, sœur, fille, épouse, princesse, reine et servante (1. VI) et des symboles par lesquels on la peut désigner, symboles célestes (1. VII), terrestres (1. VIII), aquatiques (1. IX). Plus curieuse encore que ces dernières énumérations, où la fantaisie se donne déjà fort libre carrière, est la série des symboles représentant Marie qui sont empruntés aux détails de l'habitation humaine : trône, tribunal, chaire, lit, tente, grenier, etc. (1. X). Avec le 1. XI viennent les images prises soit à l'art de la guerre (château, citadelle, tour, place forte), ou à l'art nautique (navire, ancre, port, arche de Noé, etc.). Le 1. XII roule tout entier autour de l'appellation Ilorlus conclusus, qui fournit à l'auteur un certain nombre de gracieuses images. De toute cette symbolique mariale dont la piété ultérieure n'a recueilli qu'une minime partie (se reporter par exemple aux Lilanite Laurelanee), Richard n'est pas l'inventeur; il doit beaucoup à ses prédécesseurs et en particulier à saint Bernard. Son œuvre n'en reste pas moins le reflet de son époque et à ce titre elle mériterait d'être étudiée.

Les notices littéraires : Oudin, De script, eccles., t. m, p.l58;Fabricius,BiMiofftecam(:diœe(in/(ma>/a!im(a(is,t.vi, p. 81 ; Quétif-Écliard, Scriplores ord. prœdic., t. 1, p. 177, et même de Daunou, dans Hisl. lilt. de la France, t. xix, 1838, ne sont plus au point. Les compléter par les renseignements fournis par P. Glorieux, Répertoire des maîtres en théologie de Paris au XIII» siècle, n. 118, 1. 1, Paris, 1933, p. 330-331.

É. Amann.

9. RICHARD DE SAINT-VICTOR. — I. Vie. II. Écrits. III. Doctrine. IV. Appréciation.

I. Vie. — ■ Les maigres renseignements qui nous sont parvenus sur la vie de Richard de Saint-Victor proviennent exclusivement de la notice intitulée Richardi canonici et prions Sancli Victoris parisiensis vita ex libro V antiquilatum cjusdem Ecclesix, c. lv. Cette notice fut rédigée par Jean de Toulouse, chanoine de Saint-Victor et a été publiée pour la première fois en 1G50 en tête de l'édition de Rouen des œuvres de Richard. Voir cette notice, P. L., t. exevi, col. ix-xiv.

Nous y apprenons que Richard était d'origine écossaise ou irlandaise, scoticœ nationis; qu'il fit profession au couvent des chanoines réguliers de Saint-Victor au temps de l'abbé Gilduin, et qu'il y fut le disciple du célèbre Hugues. En 1159, en qualité de sous-prieur, Richard souscrivit, avec l'abbé Achard et le prieur Nanter, une convention passée entre l'abbaye de Saint- Victor et Frédéric, seigneur de Palaiseau. Devenu prieur en 1 162, Richard vit à Saint-Victor, dans le courant de l'année 1164, le pape Alexandre III et, en septembre 1170, il y reçut l'archevêque de Cantorbéry, Thomas Recket, qui prêcha le jour de l'octave de saint Augustin. La situation du prieur de Saint- Victor était alors assez délicate, car l'abbé Ervise, successeur d' Achard, joignait à une mauvaise gestion du temporel de son abbaye une grande négligence pour l'observation de la discipline canoniale. Alexandre III lui avait rappelé ses devoirs lors de la visite qu'il fit à Saint- Victor, en 11G4, mais ce n'est qu'en 1172 qu'une commission épiscopale, envoyée par le pape, obtint la démission de l'abbé négligent. Nous ignorons quelle fut l'attitude de Richard en cette affaire. On a voulu y voir une allusion dans un passage de son opuscule De gradibus carilalis, où il déplore la décadence de la ferveur religieuse. P. L., t. exevi, col. 1204. Mais la teneur de ce passage est bien trop générale pour qu'on puisse y reconnaître une allusion à des faits précis. Voir Kulesza, La doctrine mystique de Richard de Saint-Victor, Saint -Maximin, s. d. (1925). Richard mourut le in mars 1 173. peu de mois après l'installation de l'abbé Guérin, successeur d' l'avise.

RICHARD DE SAI NT- VICT OR. ŒUVRES

II. Écrits. — Classification. — Les écrits de Richard étaient très recherchés déjà de son vivant. La notice de Jean de Toulouse nous apprend qu'un prieur de l'ordre de Cîteaux, nommé Guillaume, lui avait emprunté plusieurs de ses opuscules et que Jean, le sousprieur de Clairvaux, lui avait demandé de composer pour lui une prière au Saint-Esprit. Nous verrons encore que plusieurs des ouvrages de Richard ont été composés à la demande de ses amis. Les éditeurs de Richard ont classé ses écrits en trois groupes : le premier contient les écrits exégétiques; le deuxième, les écrits théologiques; le troisième, les mélanges. Kulesza a contesté l'exactitude et la terminologie de cette classification. Il propose de ranger les écrits de notre Victorin en trois groupes : le premier contenant « les ouvrages qui se rapportent à la vie intérieure », donc qui traitent d'ascétique et de mystique; dans le second, il fait entrer « les écrits proprement théologiques », les opuscules plus ou moins exégétiques étant réservés pour le troisième. Tous ces écrits sont cités ici d'après l'édition reproduite dans P. L., t. cxcvi.

1° Premier groupe. — Seize écrits constituent le premier groupe de la classification de Kulesza.

1. De prœparatione animi ad contemplationem, liber dictus Benjamin minor (col. 1-G3); cet ouvrage est un traité de morale mystique : il y est expliqué comment l'âme doit se préparer à la contemplation par la répression des passions et l'acquisition des vertus. Le soustitre de Benjamin minor, sous lequel ce livre est souvent cité provient de ce qu'il débute par le texte du ps. lxvii, 28.

2. Le De gratia conteinplalionis, seu Benjamin major (col. C3-192) est un traité de la contemplation. C'est l'écrit de Richard qui a été le plus étudié et le plus cité jusqu'à aujourd'hui. L'auteur l'a intitulé Benjamin major parce que, selon le y. 28 du ps. lxvii cité plus haut, Benjamin est présenté par lui comme le fils de la contemplation, et parce qu'il est notablement plus long que le Benjamin minor, qui traite de la préparation à la contemplation.

3. Les Allegorise tabernaculi fœderis (col. 192-202) donnent un résumé du traité de la contemplation sous la forme d'une description allégorique de l'arche d'alliance.

4. Le Tractatus de gradibus caritalis (col. 1195-1207) a été composé par Richard à la prière d'un religieux de ses amis nommé Séverin. Il décrit en quatre chapitres les quatre qualités de l'amour contemplatif.

5. Le Tractatus de quatuor gradibus violentée carilatis (col. 1207-1224) décrit la prière contemplative. Kulesza en loue la profondeur et met en relief le tour vraiment poétique de la description.

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