‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 3)Chapitre 420 sur 470 · R 0 H RB AC II E R ( R E N E-F R A N CO 1 S · texte numérisé non relu

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paraissait une 3e édition entièrement refond.ie, et, en 1855, une 4e sous le titre : Catéchisme du sens commun et di' lu philosophie catholique. L'auteur s'écarte de la doctrine de Lamennais, pour qui « le consentement commun, sensus communis, est pour nous le sceau de la vérité et il n'en est pas d'autre ». Essai, t. il, c. xm. Dans son Catéchisme, divisé en trois parties, il étudie le sens commun comme fondement et règle de la certitude, il expose les vérités principales que la foi et le sens commun nous obligent de croire, et il critique ceux qui ne suivent pas la règle du sens commun et de la foi catholique. Selon lui, le sensas communis est l'ensemble des principes premiers de la raison naturelle et de leurs principales conséquences. Pour en connaître les éléments il faut s'adresser à la tête du genre humain, à l'Église. Il n'exclut pas, mais suppose les sens, le sens intime et la raison dans l'individu; comme règle, il n'admet l'autorité du genre humain en dehors de l'Église qu'autant que ses témoignages sont conformes à la tradition chrétienne. Il revint sur ce sujet dans une Lettre à M. F. de Lamennais, du 23 mars 1835 (Hist. univ., éd. Fèvre, t. i, p. 127-129), à propos de la publication des Paroles d'un croyant, se séparant de plus en plus des idées de cet auteur : « Dieu m'a donné comme trois lumières : l'autorité de son Église, l'expérience de mes compagnons et enfin ma propre raison.

Arrivé à Paris, pour rejoindre Lamennais, il s'essaya d'abord dans la polémique. En 1826, il publiait à Paris la Lettre d'un anglican à un gallican, et la Lettre d'un membre du jeune cierge à l'évéque de Chartres. Ces deux publications étaient provoquées par la controverse gallicane. Dans la première, il combat la Déclaration de 1682 et montre que l'aboutissement des principes gallicans est l'Église établie à la façon d'Henri VIII ou des trente-neuf articles d'Elisabeth. La seconde traite des mêmes matières à un point de vue différent. Peutêtre contribua-t-elle à l'évolution de Clausel de Montais qui abandonna le gallicanisme après 1830.

L'année suivante, 1827, pour détruire l'illusion de Lamennais sur l'Église primitive et pour montrer que le christianisme n'avait pas dégénéré, que l'Église catholique était toujours féconde, il donna à Paris, en 2 vol., le Tableau des princijxdes conversions qui ont eu lieu parmi les protestants depuis le commencement du XIXe siècle; après la seconde édition, 1811, paraissait une traduction allemande, à SchalTouse, 1811. Il publia, en même temps que le Tableau, des Motifs qui ont ramené à l'Église catholique un grand nombre de protestants, suivi du Catéchisme de controverse du P. Scheffmacher. Une 3e édition paraissait en 1850. Il décrit la lutte difficile que les convertis ont eu à soutenir contre les préjugés, la volonté généreuse d'être toujours fidèles à la vérité et à la vertu, la justification qu'ils donnent de leur nouvelle foi.

Son intimité avec Lamennais le fait s'intéresser à la fondation de l'Avenir, auquel il donne plusieurs articles, deux, entre autres, sur le célibat. Après la suspension du journal, il écrivit, en 1832, une Justification de la doctrine de Lamennais contre la censure imprimer à Toulouse. Treize évêques avaient signalé à Grégoire XYI cinquante-six propositions extraites des ouvrages de l'auteur de l'Essai et de ses amis. Rohrbacher s'était senti touché et voulut se justifier. Mais il ne livra pas cette lettre à la publication; il en confia à sa mort le manuscrit au P. Gauthier, du séminaire du Saint-Esprit, demandant qu'on la conservât, car il en avait envoyé une copie à Lamennais. La préface seule a été publiée dans l'Histoire universelle, éd. Fèvre, t. i, p. 23-24; il y reconnaît la possibilité d'erreurs en des choses accessoires et affirme sa pleine soumission au Saint-Siège.

La Religion méditée, parue à Paris, en 1 836, en 2 vol.

et rééditée en 1852, se propose de rectifier une idée chère à Lamennais, que l'Église de nos jours était, dans une complète décadence. Hn étudiant les Pères pour son Histoire universelle, Rohrbacher s'était rendu compte qu'il y avait là un préjugé. Il résolut alors de faire, écrit-il, « une suite de méditations sur toute l'histoire de la religion et de l'Église, depuis la création du monde jusqu'au jugement dernier, afin de montrer par les faits que, dans ces derniers temps comme dans les autres, l'Église catholique a toujours été digne de Dieu et que, de nos jours même, elle n'a cessé d'enfanter de saints personnages et des œuvres saintes. » Hist. univ., éd. Fèvre, t. i, p. 43. On voit déjà dans cet ouvrage l'idée maîtresse de son Histoire, qui fait commencer l'Église à la création.

Ce fut également pour corriger une idée fausse de Lamennais que Rohrbacher publia les Réflexions sur la grâce et la nature, Besançon, 1838. Il avait eu entre les mains, en 1832, les cahiers de philosophie de Lamennais, qui préparait alors un Essai de philosophie catholique, qui deviendra l'Esquisse d'une philosophie. Dans ces cahiers, Lamennais ne voyait dans la grâce qu'une restauration de la nature et semblait confondre l'une avec l'autre; et ces erreurs se répandaient parmi les élèves de Malestroit. Rohrbacher prépara sis Ré flex ions en étudiant saint Thomas, saint Bon aventure, Louis de Blois et les décrets du Saint-Siège. H soumit son travail à Lamennais qui l'approuva pleinement et promit de modifier dans ce sens son Essai. 11 rétablit la distinction entre naturel et surnaturel, prouve l'existence des deux ordres de nature et de grâce, montre l'influence nécessaire de la grâce sur la nature. Mais on reconnaît qu'il n'est sur ce terrain qu'un écrivain d' « avant-poste ».

Kn préparant son Histoire universelle, il fut frappé de l'injustice des historiens vis-à-vis des papes, notamment de ceux de la grande période du Moyen Age, de Grégoire VU à Boniface VIII : la conduite de ces papes et de l'Église était attaquée dans maints ouvrages. Il s'attacha à cette question dès 1829, et publia en 2 vol., Besançon, 1838, les Rapports naturels entre les deux puissances d'après la tradition universelle, suivis du Discours de réception de l'auteur à l' Académie Stanislas de Nancy. Il y étudie les lois multiples de l'ordre social : la condition du pouvoir dans l'humanité, sa constitution dans l'Église, les limites inorales que doit respec ter la puissance temporelle, la conciliation entre la liberté et l'ordre, le droit divin de l'Église dont l'entier exercice doit lui être reconnu.

2° L'Histoire de l'Église. — Ces publications servirent à Rohrbacher de préparation à sa monumentale Histoire universelle de l'Église catholique. Il y travailla depuis 1826; elle parut de 1812 à 1849, en 28 volumes in-8°, chez Gaume, à Paris. Il donna lui-même une seconde édition de 1849 à 1853. Une Table dressée primitivement par L. Gauthier et remaniée ensuite et un Atlas dessiné par A. -H. Dufour portèrent l'édition à 30 volumes. L'œuvre de Rohrbacher s'arrête à 1845. Elle a été continuée par J. Chantrel, de 1815 à 1868, sous le titre Annales ecclésiastiques, t. xvi et xvn de l'édition in-4°, puis par dom Chamard, de 1868 à 1889, t. xvni et xix, sous forme d' Éphémértdes, avec tables permettant de grouper facilement les faits. Une nouvelle édition a été réimprimée avec ces additions, en 1903, par Guillaume, à Paris. D'autres furent entreprises par Mgr J. Fèvre, l'une allant jusqu'à la vingtcinquième année du pontificat de Pie IX, la seconde « revue, annotée, augmentée d'une vie de Rohrbacher, de considérations générales, de dissertations, et continuée jusqu'en 1900 », 16 vol. in-4», Paris. 1899-1901. C'est la meilleure édition. L' Histoire universelle lut traduite en allemand (en partie) et publiée à Munster, à partir de 1860, par Hulskampf et divers auteurs; en

ROHRBACHER (RENÉ-FRANÇOIS]

anglais, par l'abbé Brown-Barris, anglican converti, à Londres; en italien, par G. Tcglio.

Deux grandes idées on', dirigé l'auteur dans la composition de son Histoire : elles sont indiquées dans l'épigraphe placée en tète, de l'ouvrage et sont empruntées, l'une à saint Épiphane, Adv. Ivrr.. I. I, t. i, n. 5, P. G., t. xi.i, col. 181 : 'Ap/7] TcàvTfov èrmv yj xaOoXixv) xal àylot 'ExxXvjaîa. « Le commencement de toutes choses est l'Église catholique », et l'autre à saint Ambroise, lnps.xL,n. 30, P. L.,t. xiv, col. 1082: Ubi Pelrus, ibi Ecclesia.

Hohrbacher avait d'abord pensé commencer son récit en partant de Jésus-Christ, avec l'intention de montrer dans une introduction que cette histoire remontait à l'origine du monde. Cependant l'abus que Lamennais faisait du terme vague d'Église primitive lui fit modifier son plan, et ce qui devait être seulement indiqué dans une introduction devint l'objet capital. « Comme l'Église catholique elle-même, je crus devoir embrasser tous les siècles dans son histoire, à partir de la création du monde. » C'est le trait distinctif de cette Histoire : « Le monde et l'homme créés dans le Verbe; l'homme placé dans l'état surnaturel, déclru, mais racheté et rendu à sa destination béatifique; Adam et les patriarches, Moïse, les prophètes, Jésus-Christ et les apôtres, les papes, les saints et les docteurs; le Christ promis, figuré, préparé, incarné, crucifié, continué dans une société qui existait d'ailleurs dès l'origine du monde et qui ne finira qu'au dernier jugement; toutes les nations ayant leur rôle terrestre subordonné à la mission catholique de cette Église; toutes les doctrines, toutes les vertus, toutes les grandeurs trouvant dans cette société leur principe, leur modèle, leur préparation ou leur sanction; l'humanité enfin sous tous ses aspects surnaturels, allant d'une éternité à l'autre. » Hist. univ., éd. Fèvre, t. i, p. 61.

La seconde idée directrice de l'Histoire universelle est apologétique : l'exaltation de l'Église et des papes. L. Veuillot l'a exprimée dans cette phrase typique : « 11 nous a restitué le pape dans l'histoire », et ce point de vue a été accentué dans son édition par Mgr Fèvre qui a trouvé l'auteur trop timide encore malgré sa hardiesse dans ses efforts pour « nous rendre le pape ». Hist. univ., éd. Fèvre, t. i, Avant-propos, p. vi. Cet ultramontanisme est celui de Lacordaire, de Lamennais, de Montalembert, du cardinal Gousset, de l'Avenir. Il est né d'une réaction contre le gallicanisme qu'une union trop étroite entre le trône et l'autel, sous la Restauration, avait revigoré. L'Église était retombée sous la tutelle dont l'avait affranchie la Révolution. Mais le danger d'une réaction est souvent de dépasser les bornes. Rohrbacher rejette le droit divin du pouvoir royal et son absolutisme, son caractère d'inamissiblité; par contre, il exalte la papauté, surtout les grands papes du Moyen Age méconnus par l'histoire officielle. « Comment voulez-vous, disaient Rohrbacher et ses illustres amis, que nous croyions à l'immutabilité du pouvoir dans un pays qui fait une révolution chaque quinze ans, et (pie nous nous enchaînions à cette doctrine quand personne n'y croit plus, pas même les rois qui, presque tous, ont. accepté des charlcs restrictives? Mais nous serions dans le monde les seuls tenants de l'absolut is nie, avec quelques Russes arriérés de Moscou, les ulémas de Conslaulinoplc. H cinq ou six vieux abonnés de la Quotidienne! Laissez donc l'Église se mouvoir au grand soleil de la liberté, sous l'autorité affranchie du seul chef qui ail mission de Dieu pour la gouverner. » Card. Mathieu, Discours de réception à l'Académie Stanislas, Nancy, 188:,, p, 26. Aussi Rohrbacher s'en prend-il avec une incroyable dureté non seulement aux idées, mais à leurs représen tanis. Bossuel ne trouve pas grâce devanl lui. Fleury esi sa bêle noire: Il l'attaque i oui au long de son Histoire.

Ces deux idées maîtresses ont largement influencé toute la composition de l'Histoire universelle. Il ne faut pas y voir une étude critique, comme on la ferait de nos jours : une telle œuvre serait d'ailleurs au-dessus des forces d'un seul homme. Rohrbacher a peu recouru aux sources; il a utilisé, et largement, les travaux de ses devanciers; il a épuisé l'historien allemand Stolberg; « il se borne souvent à coudre bout à bout des fragments d'auteurs contemporains ». Introduction de Mgr Fèvre, p. x. Cela explique les inégalités du style, qui se montre trop souvent âpre et parfois sauvage, incorrect, à côté de pages éloquentes; souvent aussi l'originalité des expressions était voulue.

On peut lui reprocher en outre sa manie de prophétiser, sa franchise trop rude, sa sévérité outrée contre certains grands personnages (Bossuet), ses rapprochements bizarres et artificiels entre le passé et le présent. Ces défauts laissent subsister un certain nombre de qualités : l'unité du plan qui développe la destinée de la cité de Dieu sur la terre; sa thèse de la primauté de Pierre s'exerçant à travers les âges; l'exposé du dogme et la réfutation des hérésies; l'analyse et la critique des auteurs, jugés d'après les principes de ses précédents ouvrages. Ce sont ces qualités qui expliquent son succès dans le monde ecclésiastique du xixe siècle et spécia'ement dans les chaires des réfectoires des grands séminaires.

Files ne peuvent cependant suppléer au manque complet de critique et faire de l'Histoire universelle un ouvrage historique auquel on puisse se reporter en toute sécurité. Dans sa brochure sur l'Enseignement de l'histoire ecclésiastique, Mgr Douais signalait 1' « insuffisance des histoires générales de Rohrbacher et de Darras, qui, parce qu'elles furent écrites dans un sens anti-gallican, parurent combler toutes les lacunes, mais dont le succès a été considéré à l'étranger comme la preuve la plus significative de la décadence des études historiques au sein du clergé français. » Cité par de Smedt, Principes de la critique historique, 1883, p. 286.

Les critiques des contemporains portèrent particulièrement sur les doctrines contenues dans l'Histoire universelle, reflet de celles qui se trouvaient exposées dans les premiers ouvrages de Rohrbacher. Elles se firent jour dès la publication des premiers volumes. Le 24 juin 1845, l'Ami de la religion, qui avait d'abord été favorable à l'Histoire universelle, reproduisaitun article de sévère critique paru l'année précédente dans le Journal historique et littéraire de Liège; l'abbé Justarnond publiait des Observations critiques sur l'Histoire universelle de l'Église catholique de M. l'abbé Rohrbacher, Orange, 1817; l'abbé Caillau s'élevait contre Rohrbacher dans la Bibliographie catholique; l'abbé de La Couture donnait un volume d'Observations sur le décret de la Congrégation de l'Index du 27 septembre 1851 et sur les doctrines de quelques écrivains; un Mémoire, clandestin adressé à l'épiscopat français renouvelait les attaques de Caillau.

On reprochait notamment à l'auteur d'accorder aux gcnlils une connaissance du vrai Dieu plus grande que ni leur en accordent les Pères et les théologiens, de faire remonter l'Église catholique aux origines de l'humanité, de voir dans cette Église plus de démocratie (pic n'y en voit Bellarmin, de supposer à la souveraine! é temporelle une origine démocratique, contrairement à l'enseignement traditionnel, et de la subordonner à l'Église sur d'autres points que celui de la conscience, de ne reconnaître pour la certitude rationnel le (pie le sens commun à l'exclusion des autres moyens de certitude.

Rohrbacher répondit à ces diverses attaques : dans une lettre à l'Ami de. ta religion du 1 I juin 1815 (Hist. univ., I. i. p. 110-1 16), où il revient sur les questions de la certitude, «le la nature cl de la grâce, (Us limites

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