‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 3)Chapitre 423 sur 470 · I. LES DEUX PREMIERS LIVRES DES ROIS OU · texte numérisé non relu

I. LES DEUX PREMIERS LIVRES DES ROIS OU

les livres de samuel. — I. Titre. II. Contenu (col. 277(5). III. Origine (col. 2780). IV. Valeur historique (col. 2788). V. Doctrines (col. 2791). VI. Texte (col. 2803).

I. Titre. — Originairement les deux premiers Livres des Rois, qui en réalité n'an forment qu'un seul ainsi que l'attestent leur histoire et leur composition, portaient un titre affirmant cette unité. Origène dira à leur sujet : Bacn.Xsiwv 7TpcÔT/), Ssûxepa, Ttap' a'jTOÏç sv, 2a[i.ou7]X ô 0soxXy)toç. Eusèbe, Hist. eccl., 1. VI, c. xxv, P. G., t. xx, col. 581. Même affirmation de saint Cyrille de Jérusalem, Catech., iv, 35, P. G., t. xxxm, col. 500. D'après un manuscrit grec, une note, à la fin du premier Livre de Samuel, fait observer qu'Aquila ne divise pas le livre en deux parties, mais, à la manière des Hébreux, fait des deux un seul. Cf. Field, Origenis Hexaplurum..., part. I, p. 513. Saint Jérôme, dans le Prologus galeaius, désigne le troisième livre du groupe des Prophètes selon la division de la Rible hébraïque du nom de Samuel, (pie nous appelons, ajoute-t-il, premier et deuxième des Rois. P. L., t. xxvnr, col. 553. Dans son éuumération des livres sacrés, le Talmud mentionne, après les Juges et avant les Rois, Samuel, considérant chacun d'eux comme un seul ouvrage, Baba Jlnllirn, 1 1 a. Dans les éditions de l'hébreu massorétique enfin, la somme des versets des Livres de Samuel n'est donnée qu'à la fin du second et le verset du milieu du livre est placé au f. 2 1 du c. xxvm du premier livre.

La division en deux livres n'en est pas moins fort ancienne, elle remonte aux traducteurs grecs ou à des copistes de la version grecque. C'était un usage, nous le savons par les auteurs classiques, d'écrire sur des rouleaux de dimensions déterminées les oeuvres grecques ou latines; c'est pour se conformer à cet usage que certains livres de la Rible d'étendue assez considérable furent divisés en deux pour leur transcription; ainsi en ful-il pour les livres de Samuel, des Rois et des Paralipomènes. Cette division passa des bibles grecques dans les bibles latines et finalement dans 1rs bibles hébraïques elles mêmes, ou elle apparaît pour la première lois eu 1 I IX dans un manuscrit; la Rible de Rombcrg, imprimée a Venise en 1517-1518, emprunta à la Yulgalc sa division en deux livres, qui depuis lois fut conservée dans toutes les éditions du lexte masso

rétique. Cf. Ginsburg, Introduction to the massoreticocritical édition o/ the hcbreiv Bible, 1875, p. 580 sq. La division a été faite de façon heureuse, le récit de la mort de Saiil marquant bien la fin du premier livre.

Quant aux noms eux-mêmes de Livres de Samuel ou de deux premiers Livres des Rois, il est certain que le titre adopté par les Septante et la Vulgate répond mieux au contenu d'un ouvrage où il est question successivement de Saùl et de David. Celui qu'avaient adopté les Juifs peut toutefois se justifier, «Samuel étant au premier plan dans toute la partie initiale de l'ouvrage et ayant exercé une influence prépondérante sur les événements du règne de Saiil et sur les débuts de la carrière de David. Il semble improbable que le judaïsme ait voulu, à l'origine de cette dénomination, attribuer à Samuel la composition du livre auquel on donnait son nom : le fait que sa mort est rapportée déjà dans I Sain., xxv, 1, paraît s'y opposer d'une façon définitive. Toutefois cette considération n'a pas empêché le rabbinisme postérieur de passer outre et de proclamer Samuel l'auteur d'un ouvrage dont la moitié pour le moins relate des événements survenus après sa mort. » L. Gautier, Introduction à l'Ancien Testament, 2e édit., 1914, t. i, p. 253-254.

II. Contenu. — 1° Sujet. — Les Livres de Samuel font partie de cet ensemble de l'histoire d'Israël qui commence avec la conquête de Canaan et se termine avec l'exil. Suite du Livre des Juges, auquel ils se rattachent par la menace du danger philistin commencée sous Samson et continuée sous Héli, ils embrassent une période de temps sensiblement moins étendue puisqu'elle va seulement de la naissance de Samuel à la fin du règne de David, ne dépassant pas un siècle par conséquent. Les événements de cette période, l'une des plus importantesde l'histoire d'Israël en raison de l'institution du gouvernement monarchique, se groupent tout naturellement autour des trois personnages de premier plan du livre, Samuel, Saiil et David; d'où l'on peut diviser les Livres de Samuel en trois parties : 1° Histoire de Samuel. 2° Règne de Saiil. 3° Règne de David.

2° Analyse. — 1. Histoire de Samuel (I Reg., i-xn). — Dans une introduction comprenant les sept premiers chapitres, nous apprenons la naissance de Samuel, sa consécration au service de Jahvédans le sanctuaire de Silo, dont le grand prêtre Héli avait la charge, et sa vocation. A cause des nombreuses prévarications des fils de ce dernier dans le service des sacrifices, le jeune Samuel, sur l'ordre de Jahvé, prédit la mort des prévaricateurs. C. i-m. Une guerre avec les Philistins, dont l'issue est malheureuse pour Israël, en est l'occasion; Ophni et Phinéès, les deux fils d'Héli, périssent dans le combat, tandis que l'arche de l'alliance de Jahvé, transportée au milieu du camp des Hébreux, tombe aux mains des Philistins et que le grand prêtre lui-même à la nouvelle du désastre succombe. C. iv. (..•pendant la main de Jahvé s'est appesantie sur les Philistins à cause de l'arche, aussi la renvoient-ils en Israël à Carialliiarim, c. v-vi, et Samuel, devenu juge en Israël, vengera son peuple d'une domination qui pesait sur lui depuis les jours déjà lointains de Samson. C. vu.

Les chapitres suivants, vm-xn, décrivent les circonstances préparatoires à l'établissement de la monarchie. Samuel devenu vieux établit ses fils comme juges à Bersabée; ils ne suivirent pas malheureusement les traces de leur père, aussi les anciens du peuple \ inrent-ils lui demander de leur donner un roi pour les juger. Pareille démarche n'était pas faite pour plaire à Samuel qui essaya, mais eu vain, de les faire renoncer à leur dessein en leur montrant tous les inconvénients <pii ne manquerait pas d'en résulter. Sur l'ordre de Dieu, le prophète accède à leur désir, c. vm, et, recon-

ROIS (LIVRES I ET II DES). ANALYSE

naissant dans Saill celui élu par Jahvé pour devenir le chef de son peuple, il lui confère sans plus tarder l'onction royale. C. ix. Dans une assemblée, convoquée à Maspha, le sort ratifie le choix du nouveau roi et Samuel dresse la charte de la royauté qu'il dépose devant Jahvé. C. x.

La victoire de Saùl sur les Ammonites menaçant les habitants de Jabès d'un odieux traitement affermit l'autorité du jeune roi, solennellement reconnu à Gaigala devant Jahvé. C. xi. Il ne reste plus à Samuel qu'à renoncer à la judicature; c'est ce qu'il fait, protestant de son désintéressement durant tout l'exercice de son autorité et rassurant le peuple sur la bienveillance divine qu'il continuera de solliciter pour Israël. C. xn.

2. Règne de Saiil (I Reg., xm-xv). — Brièvement, ces deux chapitres relatent quelques épisodes du règne du nouveau roi ne retenant que ceux-là seulement qui préparent la réprobation du roi et qui sont marqués par quelques manquements graves à la loi de Jahvé. La victoire tout d'abord couronne les campagnes de Saùl; les Philistins sont battus, mais, à l'occasion de leur défaite, une première faute du roi offrant un sacrifice sans attendre l'arrivée de Samuel lui attire les sévères reproches de ce dernier et l'annonce de sa déchéance. La victoire sur les Philistins n'en est pas moins complète, grâce surtout à Jonathas, le fils de Saiil. C. xiii-xiv, f. 4(i.

Après quelques versets, sorte d'aperçu général du règne de Saùl, xiv, 47-52, se place le récit d'une campagne contre les Amalécites, occasion, comme la précédente contre les Philistins, d'une faute grave de Saùl : la violation de l'anathème auquel tout le peuple d'Amalec avec son roi et tout le butin conquis avaient été voués. Nouveaux reproches de Samuel, nouvelles menaces de déchéance et séparation définitive entre le roi et le prophète. C. xv.

3. Règne de.Dut>(d(IReg.,xvi-IIReg., xxiv). — Deux sections principales dans cette troisième partie : Saùl et David, David seul roi.

a) Première section : Saiil et David (1 Reg., xvi-xxxi). — Tandis que Saùl, réprouvé de Dieu, s'achemine vers sa perte, David, élu de Dieu, assure son triomphe définitif à travers de multiples épreuves.

Sur l'ordre de Jahvé, Samuel se rend à Bethléem pour y sacrer roi David, le plus jeune des fils d'Isaï. Peu de temps après, David est mandé à la cour de Saùl pour calmer par les sons de sa harpe le roi obsédé par un mauvais esprit. G. xvi.

Au chapitre suivant le jeune David apparaît comme le vainqueur du Philistin Goliath; si cette victoire marque le commencement de son amitié avec Jonathas, elle marque aussi celui de la jalousie de Saùl contre l'heureux vainqueur, devenu le favori du peuple. C. xvn. Plusieurs tentatives de Saùl pour se débarrasser d'un rival de plus en plus dangereux restent vaines et l'épreuve elle-même imposée à David pour gagner la main de Michol, fille du roi, ajoute encore à son triomphe et à sa popularité. C. xvm.

Jonathas, fidèle à son amitié pour David, le réconcilie avec son père, mais de nouveaux succès remportés sur les Philistins raniment la jalousie du roi qui essaie de frapper David de sa lance ; Michol, grâce à un subterfuge, le dérobe aux recherches de Saùl, lui permettant de chercher asile à Rama, puis à Naioth, auprès de Samuel. C. xix. Poursuivi dans sa retraite, David se plaint amèrement à Jonathas de la haine qui s'acharne contre lui; il reçoit du jeune homme l'assurance qu'il veillera sur lui et le préviendra de tout danger qui pourrait le menacer à nouveau. C. xx. C'est ainsi que, averti par le signal convenu, David, réduit à fuir une nouvelle fois, se rend d'abord à Nobé, auprès du grand prêtre Achimélech, puis chez Achis, roi de Geth, c. xxi, et ensuite cherche un refuge dans la

caverne d'Odollam et dans la forêt de Hareth, tandis que son persécuteur se venge sur les prêtres de Nobé et les fait massacrer pour avoir donné asile à David. C. xxii.

C'est à une existence de proscrit désormais jusqu'à la mort de Saùl qu'est réduit le futur roi d'Israël. La victoire qu'il remporte sur les Philistins devant Ceïla, dont il délivre les habitants, est une nouvelle occasion pour son ennemi, toujours plus acharné à sa perte, de reprendre sa poursuite avec l'espoir de l'enfermer dans la cité délivrée; averti du danger, David part avec ses gens, au désert de Ziph d'abord, où Jonathas vient le réconforter, puis de là au désert de Maon et finalement sur les hauteurs d'Engaddi où, tenant entre ses mains la vie de Saùl, il l'épargne généreusement, c. xxmxxiv, comme il le fera encore dans une circonstance analogue rapportée au c. xxvi. Entre temps, au c. xxv est relaté, avec la mort de Samuel, l'incident survenu entre David et le riche Nabal, dont l'épouse Abigaïl deviendra la femme de David.

Pour se mettre définitivement à l'abri des poursuit es de Saùl, David va demander un asile au pays des Philistins et s'établit avec ses compagnons chez Achis, roi de Geth; il en reçoit en fief la ville de Siceleg, d'où il part en incursions pour des razzias dans le Sud chez les Amalécites et autres ennemis héréditaires de Juda, tout en laissant croire à Achis que c'est contre les Israélites qu'il guerroie. C. xxvn. Engagé par ce dernier dans une campagne des Philistins contre Israël, mais récusé par les autres chefs, David, heureusement sorti d'un mauvais pas, se tourne contre les Amalécites qui avaient fait de sa résidence, Siceleg, un monceau de ruines et de cendres. Cependant Saùl reculait devant l'envahisseur philistin et, en désespoir de cause, ne recevant aucune réponse de Jahvé, demande à une nécromancienne d'évoquer Samuel. La voix du prophète d'Israël se fait encore entendre pour annoncer le désastre de son peuple, la mort de son roi ainsi que celle de ses fils. L'événement ne confirma que trop ces sombres prévisions : la défaite d'Israël tourna au désastre et les cadavres de Saùl et de ses fils, abandonnés sans sépulture sur le champ de bataille, subirent les outrages des vainqueurs. C. xxvm-xxxi.

b) Deuxième section (II Reg.) : David seul roi. — D'abord à Hébron sur la tribu de Juda, puis à Jérusalem sur tout Israël.

a. A Hébron (II Reg., i-iv, 12). — A la nouvelle de la mort de Saùl et de Jonathas, David exhala sa douleur en une lamentation, c. i, et bientôt fut reconnu roi sur la maison de Juda, tandis qu'Isboseth, un survivant des fils de Saùl, était établi roi sur Israël par Abner, chef de l'armée du roi défunt. Une guerre civile en résulta, mais Abner, se rendant bien compte de l'incapacité de son faible souverain, ne tarda pas à se rallier au parti de David, ce qui ne l'empêcha pas de tomber sous les coups de Joab, le général de David qui avait à venger la mort de son frère. Le roi, qui pourtant voyait disparaître ainsi le dernier obstacle qui aurait pu retarder son accession au trône d'Israël, pleura dans une élégie le grand chef que venait de perdre l'armée. Le malheureux Isboseth, désormais sans appui, tomba à son tour sous les coups d'assassins que David fit sévèrement châtier. II Reg., i-iv, 12.

b. A Jérusalem sur tout Israël (II Reg., iv, 14-xx, 26). — La voie dès lors était libre, aussi David fut-il reconnu par toutes les tribus d'Israël, après avoir régné sept ans et six mois à Hébron sur la maison de Juda. S'étant rendu maître de la forteresse de Sion, encore au pouvoir des Jébuséens, il y fixa sa résidence pour en faire la capitale du royaume de tous les Hébreux, réunis désormais sous un seul chef.

Il restait au nouveau roi à parfaire l'œuvre de son prédécesseur en libérant le territoire de l'occupation

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étrangère et plus spécialement de celle des Philistins. Deux combats victorieux y contribuèrent efficacement, l'un à Baal-Pharasim, l'autre qui dégénéra en une poursuite de Gabaon à Gézer. G. v.

Pour achever de faire de Jérusalem la véritable capitale d'Israël, il fallait en faire le centre religieux du pays. C'est à quoi devait contribuer le transfert de l'arche d'alliance sur la colline de Sion. Après une première tentative malheureuse pour l'y amener, son installation solennelle eut lieu au milieu des transports de tout le peuple et de David lui-même, sautant et dansant devant Jahvé. C. vi. A. l'arche sainte, David veut édifier un sanctuaire digne de l'abriter, mais le prophète Nathan s'y oppose, promettant par contre à la postérité royale une durée sans limites; une belle prière exprime la reconnaissance de David à Jahvé. C. vu.

Au chapitre suivant sont brièvement mentionnées des guerres contre les Philistins, les Moabites, les Ara: méens,les Syriens et les Édomites; puis, ayant signalé la bienveillance dont David, en souvenir de son ami Jonathas, usa envers le fils de ce dernier, Miphiboseth, c. ix, le narrateur rapporte deux nouvelles campagnes victorieuses contre les Ammonites et contre les Syriens. C. x.

A un épisode d'une de ces campagnes, le siège et la prise de Rabba, se rattache la double faute de David, son adultère avec Bethsabéc et le meurtre d'Urie. C. xi. Aux reproches, aux menaces du prophète Nathan le roi répond par l'humble aveu de sa faute. Elle sera pardonnée, sans doute, mais le châtiment n'en frappera pas moins rudement le coupable, d'abord dans l'enfant né de l'adultère, puis dans la famille royale, c. xn, où ne tardent pas à se produire de tristes événements, l'inceste d'Amnon avec Thamar, une fille de David, et la vengeance qu'en tire Absalom, frère de la victime, en faisant massacrer l'incestueux au cours d'un festin. Pour échapper au châtiment, le meurtrier s'enfuit au pays de Gessur, mais après un exil de trois ans, grâce à l'habile intervention de Joab, David autorise le retour du fugitif avec lequel il finit par se réconcilier. C. xm-xiv.

La révolte d'Absalom fut la réponse au pardon de David. Après quatre années de propagande, employées à se concilier les mécontents dont le nombre allait toujours grandissant, Absalom, croyant le moment venu de détrôner son père, fait annoncer dans toutes les tribus que désormais il règne à Hébron. La conjuration devient menaçante, à tel point que David, pour échapper au danger, quitte en hâte Jérusalem, accompagné de serviteurs demeurés fidèles et en butte aux injures d'un Beiijainite de la maison de Saûl, Séméï. Cependant Absalom, dédaignant le conseil d'Achitophel, se rallie à celui de Causal, espion déguisé, et laisse ainsi au roi fugitif le temps de chercher un abri au-delà du Jourdain et de réunir autour de lui ses guerriers qui, sous les ordres de Joab, mettent en déroute les révoltés; le fils rebelle est parmi les victimes du combat. La nouvelle de la victoire fut singulièrement assombrie pour David par l'annonce de la mort d'Absalom. D'abord inconsolable, il consentit enfin, sur les instances du général vainqueur, à s'associer aux joies du triomphe et à reprendre le chemin de Jérusalem, recevant avec bienveillance les soumissions, celle-là même de son insulteur Séméï. Une autre tentative «le révolte, celle des Israélites entraînés par Séba n'eut pas plus de succès; les insurgés livrèrent eux-mêmes la tète de leur chef qu'ils jetèrent par-dessus les murs de la ville assiégée. C. xv-xx.

Dans les derniers chapitres se trouve d'abord le récit d'une famine survenue au temps de David eu châtiment d'un crime de Satil, non encore expie, contre les (iabaoniles, auxquels David livre les derniers descen-

dants de Saiil pour être pendus à Gabaa. C. xxi, 1-14. Vient ensuite la double relation des exploits guerriers de David et de ses héros. C. xxi, 15-22 et xxm, 8-39. Entre cette double relation, s'intercalent l'hymne de reconnaissance de David, c. xxn, et ses dernières paroles. C. xxm, 1-7. Le livre se termine par la description du fléau de la peste qui frappe Israël en punition d'un dénombrement du peuple ordonné par David. C. xxiv.

Ce n'est qu'aux premiers chapitres du IIIe Livre des Rois que sont racontés les derniers jours du roi et la proclamation de Salomon à la succession au trône d'Israël.

Qu'un plan d'ensemble, d'où résulte une certaine unité de rédaction, ait commandé le choix et la distribution des matériaux, c'est la conclusion qui se dégage de l'analyse des deux premiers Livres des Rois. Raconter l'histoire suivie de la période qui va de la naissance de Samuel à la fin du règne de David, donner ainsi une suite au Livre des Juges, avec lequel il présente d'ailleurs de telles affinités qu'on a voulu voir dans les sept premiers chapitres des Livres de Samuel une partie intégrante de son texte primitif, tel apparaît bien le but poursuivi par le rédacteur des deux premiers Livres des Rois. Comment l'a-t-il atteint, de quels éléments d'information disposait-il, comment les a-t-il utilisés, à quelle date se place ce travail de rédaction, autant de questions auxquelles l'étude de l'origine des Livres de Samuel essaie d'apporter une réponse.

III. Origine. — D'après la tradition et d'après la critique. — 1° la tradition. — Le Talmud dit que Samuel écrivit son livre ainsi que les Juges et Ruth, qu'il mourut et que Gad et Nathan le continuèrent. (Baba Bathra, vi, 14 b, 15 a.) Cette tradition juive qui reconnaissait trois auteurs pour les Livres de Samuel, remonte vraisemblablement à ce passage de I Par., xxix, 29-30, qui termine l'histoire de David : « Les actions du roi David, les premières et les dernières, voici qu'elles sont écrites dans l'histoire de Samuel le voyant, dans l'histoire de Nathan le prophète et dans l'histoire de Gad le voyant, avec tout son règne et tous ses exploits et les vicissitudes qui lui sont survenues, ainsi qu'à Israël et à tous les royaumes des autres pays. » Si l'on manque de preuves pour identifier ces différentes sources avec le livre canonique de Samuel, il n'en manque pas au contraire pour les contredire, ne seraient-ce que les passages portant trace d'une rédaction certainement non contemporaine des événements, tels que : I Reg., vu, 5; ix, 9; xxvn, 6; et d'autres.

Théodoret pensait que chacun des prophètes avait écrit ce qui se passait de son temps et qu'ensuite d'autres auteurs se servirent de ces mémoires pour rédiger les quatre Livres des Rois. Qusesl. in I Reg., Prxf., P. G., t. i.xxx, col. 529. Cette opinion était déjà celle de Diodore de Tarse, qui distingue également entre le rédacteur final et ceux qui fournirent la documentation. P. G., t. xxxiii, col. 1588. Quant à ce rédacteur final les uns y ont vu Jérémie (Isaac Abravanel et Grotius), d'autres Isaïe ou Ézéchias (Sanctius), ou encore les écoles de prophètes et même des écrivai.is publics (Richard Simon).

.Mais pas plus qu'on n'est autorisé à voir dans le passage cité des Paralipomènes les Livres de Samuel, on ne l'est à voir dans les documents, mis en œuvre par le rédacteur de ces livres, les écrits des prophètes Samuel, Gad et Nathan; le seul endroit, en effet, où l'auteur indique sa source est II Reg., i, 18 et il s'agit alors du Livre, du Juste, déjà cité dans Jos., x, 13.

La tradition, on le voit, ne nous est pas d'un grand secours dans la recherche des origines des deux premiers Livres des Rois. Reste la critique.

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2° La critique. — 1. Documents. — ■ Les historiens hébreux dont les œuvres nous sont parvenues emploient, en les reproduisant plus ou moins librement, des sources écrites. Le Livre des Paralipomènes, par la comparaison qu'il nous permet d'établir entre ses sources et leur mise en œuvre, nous renseigne abondamment sur la méthode suivie. Si pour les Livres de Samuel nous n'avons pas les mêmes indications relatives aux sources utilisées, ni le moyen d'apprécier leur mise en œuvre, nous pouvons du moins dégager d'un certain nombre d'observations le procédé de composition adopté par leur auteur.

Apparaissent en premier lieu des répétitions : ainsi trouvons-nous un double récit de l'institution de la royauté, I Reg., vm-ix, un double récit du rejet de Saiil par Samuel, I Reg., xm-xiv, une double explication du proverbe : « Saiil est-il aussi parmi les prophètes? », I Reg., x, 12 et xix, 24, une double présentation de David à Saiil, I Reg., xvi-xvm, une double relation des circonstances dans lesquelles Saiil trouva la mort, I Reg., xxxi et II Reg., i, 2-12. A ces quelques répétitions d'autres sont encore parfois ajoutées; on observe que deux fois il est rapporté que David s'enfuit de la cour de Saiil, qu'à deux reprises la vie de Saiil est entre les mains de David, que ce dernier trouve deux fois un refuge à la cour du roi Achis; dans ces quelques exemples la double relation d'un même événement apparaît moins clairement, car certains épisodes ont pu se reproduire à deux reprises, surtout, comme c'est le cas pour les exemples cités, quand leurs circonstances sont bien différentes.

Non moins significatives au point de vue du mode de composition sont les divergences, les contradictions disent certains critiques, qu'on peut relever au cours du livre. Samuel, par exemple, est tantôt le chef théocratique de son peuple, semblable à Moïse, administrant, gouvernant en qualité de représentant de Jahvé; tout le peuple répond à son appel, il commande, il châtie avec une autorité qui dépasse celle d'un roi; tantôt au contraire, il n'est plus que le « voyant » d'une petite bourgade dont les lumières sont mises à contribution pour la découverte d'objets perdus, parfaitement inconnu d'ailleurs à Saiil, qui pourtant a sa résidence toute proche. L'institution de la royauté se présente ici comme voulue de Dieu et favorablement accueillie par Samuel; c'est par bienveillance que Jahvé, touché de l'affliction de son peuple, lui donne un roi avec l'assurance qu'il délivrera son peuple du joug des Philistins; là, au contraire, le désir du peuple d'avoir à sa tête un roi est jugé comme un acte de révolte contre Dieu, c'est une véritable apostasie, en tous points semblable aux rébellions de jadis, une marque de défiance envers la providence divine, mise en échec par les Philistins. I Reg., vm-ix. Plus accentuées encore apparaissent les divergences des différents portraits de David : au c. xvn, c'est un jeune berger qui se rend au camp de l'armée, non pour combattre, mais pour saluer ses frères et prendre de leurs nouvelles; sa lutte contre Goliath attire l'attention de Saiil qui veut connaître le héros et le retenir près de lui, xvn, 48... et xvm, 2. Tout autre est le David du chapitre précédent, xvi, 14-23 ; c'est un homme de guerre qui vit à la cour de Saiil comme écuyer et joueur de cithare. De telles divergences ne font d'ailleurs que corroborer la dualité des récits ou l'existence de doublets déjà constatée.

Les particularités du style, soit dans le choix des expressions, soit dans les procédés de rédaction, qui vont d'un récit s'attardant aux moindres détails à l'analyse sèche et rapide, viennent encore confirmer la distinction de maints passages, déjà obtenue par les répétitions et les divergences de points de vue, et permettront de les grouper en plusieurs documents.

La conclusion qui se dégage de cet ensemble d'obser-

vations c'est que les deux premiers Livres des Rois ont été composés à l'aide de documents dont le rédacteur a combiné les éléments, tantôt pour en faire un récit ordonné et suivi, tantôt pour les grouper par simple juxtaposition, de manière à les compléter l'un par l'autre. Cette conclusion se trouve confirmée par le fait que le rédacteur lui-même nous avertit qu'il a utilisé le Livre du Juste dont il a tiré les élégies de David sur la mort de Saiil et de Jonathas. II Reg., i, 18. Ne peut-on supposer de même que le cantique d'Anne et l'élégie sur la mort d'Abner proviennent également de quelque recueil poétique, peut-être aussi le psaume xvn (xvm de l'hébreu). La comparaison enfin avec les passages parallèles du Livre des Paralipomènes incline à penser que les rédacteurs de Samuel et des Chroniques ont tous deux puisé à des sources communes. Il est non moins probable que des documents officiels étaient à la disposition de ces rédacteurs, telles des listes des principaux fonctionnaires de la cour ou de l'armée. II Reg., vin, 16-18; xxi, 15-22; xxm, 8-39. L'existence de scribes, de chroniqueurs, d'archivistes justifie cette hypothèse.

2. Rédaction. — De ces documents peut-on reconstituer la trame à travers l'œuvre du rédacteur? Beaucoup de critiques s'y sont essayés avec des résultats assez peu concordants.

a) La critique indépendante. — Eichhorn, qui le premier s'est engagé dans cette voie, voyait dans les passages parallèles des Paralipomènes et de Samuel des emprunts à une ancienne et courte biographie de David, que chacun des auteurs des deux ouvrages aurait amplifiée à sa manière, Einleitung in das Aile Testament, 2e édit., 1790, p. 450. Thenius souligne davantage le caractère de compilation : les histoires d'Héli, de Samuel, de Saiil, de David proviennent d'autant de sources différentes, comme le prouvent la différence de ton dans chacune d'elles et les formules de conclusion qui en marquent la fin, Die Bûcher Samuels, 2e édit.,

Avec Wellhausen, Die Composition des Hexaleuchs und der hisiorischen Bûcher des A. T., 3e édit., 1899, p. 238-266, l'étude des origines des Livres de Samuel s'élargit; les mêmes documents et les mêmes procèdes de rédaction se retrouvent dans la série : Juges, Samuel, Rois; trois parties principales sont à distinguer dans Samuel : 1° I Reg., i-xiv, groupement historique plutôt que littéraire; 2° I Reg., xiv, 52 II Reg., vin, 18; 3° II Reg., ix-xx, continuée jusqu'à III Reg., Il; à ces éléments essentiels bien des additions rédactionnelles ou des modifications postérieures n'ont pas manqué, entre autres le supplément de II Reg., xxi-xxiv.

C'est surtout Budde, Die Bûcher Richtcr und Samuel, 1890, qui a montré dans le Livre de Samuel les mêmes documents que ceux qui ont servi à la composition du Livre des Juges et reconnu les mêmes procédés rédactionnels, et a discerné une double source dont les traces sont faciles à suivre principalement dans les doubles récits de l'appel de Saiil à la royauté et de l'entrée en scène de David. Ces deux sources suffisent pour rendre compte des particularités de la rédaction et ne sont autre chose que la continuation des écrits élohiste et jéhoviste des Juges et du Pentateuque. Un premier rédacteur a réuni ces deux sources en un seul tout, tandis qu'une autre rédaction se ressentait tantôt de l'influence deutéronomiste, tantôt de l'influence sacerdotale. Le commentaire publié en 1902 par le menuauteur, de même que son édition des Livres de Samuel dans la Bible polychrome de Haupt, 1894, n'ont fait que reprendre cette explication en la mettant au point.

C'est à peu de chose près l'opinion à laquelle se rangent Cornill et Gautier dans leurs introductions à l'Ancien Testament. « Le Livre de Samuel, écrit ce dernier, est tiré de deux sources qui présentent une

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ressemblance si frappante, l'une avec le Yahwiste du Pentateuque, l'autre avec l'Élohiste, que nous leur appliquerons les mêmes désignations sans entendre par là les identifier absolument avec leurs homonymes. Ces deux narrations se trouvent utilisées concurremment, ce qui constitue un enrichissement d'informations. Toutefois cet avantage est inséparable de certains inconvénients remarqués dès longtemps et consistant en répétitions et en divergences. Comme dans le Pentateuque, il y a dans chaque source des éléments de dates différentes, des couches successives, les unes plus anciennes, les autres plus récentes. Un rédacteur a combiné ces deux documents. Puis est intervenue l'école deutéronomistique qui, sur une moindre échelle que dans le Livre des Juges, mais d'une façon pourtant appréciable, a marqué le livre de Samuel de son empreinte. Enfin diverses adjonctions plus tardives sont encore venues grossir l'ouvrage et des retouches, portant le cachet de l'époque postexilique, sont reconuaissables çà et là. » Introduction à l'A. T., 2e édit., 1914, p. 254.

Comme Buddc, P. Dhorme, clans l'introduction à son commentaire des Livres de Samuel, 1910 (Études bibliques), admet deux sources primitives seulement que l'on peut suivre à travers tout l'ouvrage. « Souvent, remarque-t-il, nous nous écartons de Budde pour l'attribution de tel ou tel morceau à l'une ou à l'autre des sources, mais des ressemblances de style et de procédés littéraires entre ces sources et celles qui ont servi au livre des Juges nous ont paru indéniables. Nous leur avons gardé les noms de E et de J, sans préjuger la question de l'Hexateuque... L'emploi de ces sigles n'a rien qui puisse nous effaroucher car tout le monde admet maintenant que des groupes de récits avec chacun leur genre littéraire spécial ont pu exister côte à côte jusqu'à l'époque de la captivité. » P. 7.

Avec des réserves plus ou moins accentuées, des critiques tels que Driver, Smith, Nowack, dans leurs introductions et commentaires, se sont ralliés également à l'hypothèse de Budde. Sellin, tout en reconnaissant, lui aussi, deux sources principales, qu'il figure par les sigles K et K1 et dont il fait la continuation du Jéhoviste et de l'Élohiste du Pentateuque, y voit l'élaboration d'éléments anciens et, en réaction contre les conclusions de Wellhausen et de Stade, en fixe la date avant le Deutéronome, aux environs de 700 pour le plus récent, et sous le règne de Salomon pour l'autre, qui serait ainsi l'œuvre d'un témoin des événements survenus sous le règne de David. Einleilung in das A. T., 5« édit., 1929, p. 70-76.

Pour Steuernagel, Lehrbuch des Einleilung in das A. T., 1913, p. 331-336, et pour Eissfeldt, Einleilung in das A. T., 1934, p. 302..., trois sources principales sont à la base des Livres de Samuel. Pour ce dernier, outre les documents J et E, suite de ceux de l'Hexateuque, il y a lieu de reconnaître, tout comme dans le Pentateuque, Josué et les Juges, une troisième source qui, malgré le souffle religieux qui l'anime, ne porte qu'un minime intérêt à tout ce qui touche au culte, et que pour cette raison il appelle : source laïque, représentée par le sigle L (Laienquclle). Une rédaction deutéronomiste mit en œuvre ces documents, mais avec. des remaniements moindres qu'on ne l'admet d'ordinaire.

A l'encontre de l'hypothèse, en faveur chez la majorité des critiques, de deux ou trois documents principaux en rapport plus ou moins étroits avec ceux du Pentateuque, un des récents commentateurs de Samuel, Caspari, Die Samuelbùcher, 1926, en explique l'origine par la réunion de petits récils d'époques différentes, trois surtout, reliés par des passages qui établissent entre eux une certaine unité; hypothèse à la fois fragmentaire et documentaire. 1 1. Gressmann enfin, dans l'introduction de son commentaire, 1921, p. xvm,

se refuse à voir dans le Livre de Samuel de véritables sources; des divergences ou des répétitions, telles qu'on en rencontre dans ce livre et celui des Rois, relèvent avec grande vraisemblance de la critique du texte; il s'agit de variantes, comme le prouvent les transcriptions sensiblement différentes du texte de ces livres dans les manuscrits ; n'est-ce pas d'ailleurs ce que suggère la version des Septante qui offre une recension particulière avec des leçons parfois meilleures, mais aussi parfois moins bonnes que celles de l'hébreu massorétique.

b) La critique catholique. — Sans rejeter l'emploi de sources par l'auteur des Livres de Samuel, elle se refuse en général à suivre la critique indépendante dans l'hypothèse de deux ou trois sources principales, dont la trame se poursuit à travers tout l'ouvrage; elle se refuse surtout à y voir la continuation des documents élohiste et jéhoviste du Pentateuque avec des rédactions successives deutéronomistique et sacerdotale. Les hypothèses ne manquent pas non plus de variété.

Le P. de Hummelauer, après avoir relevé les passages parallèles de Samuel et des Paralipomènes, en fait remonter l'origine à une source commune, car on ne saurait voir dans le premier la source du second qui a des développements inconnus des Livres de Samuel. Cette source commune serait la chronique du roi David, citée I Par., xxvn, 24. Cinq parties la composent dont la première, I Reg., i-vir, aurait pour auteur Samuel lui-même; la seconde, vrn-xvi, l'histoire de Saiil, œuvre de Samuel ou du prophète Gad; la troisième, xvn à xxx ou xxxi, David à la cour de Saùl, serait de Gad à partir du c. xxv; la quatrième, II Reg., i-xx, l'histoire de David, écrite du vivant même du roi, et xi-xx, sans doute par Nathan, qui aurait donné à l'ensemble du livre sa forme définitive pour servir à l'éducation de Salomon; la cinquième ou l'appendice, xxixxiv, composée d'éléments sans lien entre eux ni avec ce qui précède, et ajoutée à une date qu'on ne peut déterminer. Comment, in Lib. Samuelis, 1886, p. 4 sq.

Wiesmann prétend résoudre les difficultés des Livres de Samuel par l'hypothèse des inversions dans le texte et faire ainsi disparaître les doubles récits. Pour l'établissement de la royauté en Israël, par exemple, il faut distinguer entre l'appel par Jahvé de Saiil comme prince, naghid, d'Israël, I Reg., ix, 1-x, 16; x, 27b -Xi, 11 et l'élection de Saùl comme roi d'Israël, vm, 1-22; x, 17-24, 27»; xi, 12-xn, 25; x, 25, 26; xm, 2, 19-22. La suite des événements apparaît dès lors la suivante : Saùl, ayant reçu en secret l'onction qui le sacre prince d'Israël, est, de ce fait, à la tête du peuple et chef de l'armée; en tant que tel il fait campagne contre les Ammonites. Entre temps le peuple réclamant un roi, Samuel qui tout d'abord s'y refuse y consent finalement, et organise l'élection à Maspha; l'attitude de Saùl qui se cache durant l'élection par le tirage au sort s'explique par la crainte qu'il a de n'être pas agréé de Dieu ; il est couronné roi à Galgala. Zeitschrift fur kath. Théologie, 1910, p. 118...; 1914, p. 391...

Dans un commentaire plus préoccupé de critique textuelle que de critique littéraire, Schlôgl, tout en opposant presque une fin de non-recevoir aux conclusions des critiques sur l'origine des Livres de Samuel, n'en admet pas pour autant l'unité de composition; des prophètes Samuel, Gad et Nathan proviennent sans doute maints éléments de ces livres, dont de nombreux bouleversements et gloses soulignent le caractère composite. Die Bûcher Samuelis, 1901.

Le dernier en date îles commentateurs catholiques de Samuel, Leimbach, après avoir longuement analysé les différentes théories aussi bien de la critique indépendante que de L'exégèse traditionnelle, constate une grande variété d'opinions chez les représentants de l'une et de l'autre et pense que le jugement de Gress-

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mann sur la théorie des deux sources (cf. supra), non moins que l'ouvrage de P. Volz et W. Rudolph, Der Elohist als Erzâhler, ein Irrweg der Penlalcuchkritik, 1933, invitent à la réserve et en donnent le droit. Die Bûcher Samuel, 1936, p. 4-16.

c) Discussion de certains arguments. — L'exégèse traditionnelle n'accepte pas d'ailleurs comme doublets tous les passages invoqués à l'appui de la thèse de la pluralité des sources, surtout quand la véracité historique risque de n'être pas suffisamment sauvegardée.

Au sujet, par exemple, des deux récits de la présentation de David au roi Saiil, d'abord comme joueur de harpe, I Reg., xvi, 14-23, puis comme vainqueur de Goliath, xvn, nombreuses ont été les explications proposées pour échapper à la difficulté que pose l'ignorance de Saiil au sujet de la personne de David après sa victoire sur le géant philistin, xvn, 55-56, alors qu'il avait pris en affection ce même David venu à sa cour et qu'il en avait fait son écuyer. xvi, 21. « Le roi, remarquet-on, connaissait suffisamment le berger de Bethléem pour l'attacher à sa personne en qualité d'écuyer et de musicien; mais le courage de David l'étonné et fait qu'il s'intéresse davantage à lui; de plus, ayant promis sa fille au vainqueur de Goliath, il désire des informations plus précises sur la parenté de celui qui peut devenir son gendre, et c'est pour ce motif qu'il charge Abner de s'en occuper... Nous n'avons donc ici aucune contradiction réelle. » Vigoureux, Les Livres saints et la critique rationaliste, 5e édit., t. iv, 1902, p. 490-498. D'autres cherchent la solution de la difficulté dans la reconstitution du texte primitif qui serait représenté non pas par l'hébreu massorétique mais par le grec des Septante, tel du moins qu'il ligure dans le Vaticanus où manquent précisément les versets qui font difficulté, xvn, 12-31 et xvn, 55-xvin, 5. Cf. Peters, Beilrâge zur Text-und Literarkritik sowie zur Erklârung der Bûcher Samuel, 1899, p. 58. A noter que VAlexandrinus et la recension de Lucien ont un texte conforme à celui de l'hébreu. Pour le P. de Hummelauer, autre encore est la solution du problème : xvi, 23, marque la fin de l'histoire de Saiil, tandis que xvn, 1, est le commencement d'un nouveau récit, l'histoire de David; la juxtaposition de deux récits originairement indépendants explique l'incohérence du texte actuel. Op. cit., p. 13, 184-185. Schlôgl, op. cit., p. 113, se rallie à une solution analogue. Il est certain que l'explication la plus naturelle est celle qui suppose deux sources juxtaposées et non coordonnées. Que ces deux sources se retrouvent dans tout le cours du livre, c'est ce qui n'apparaît pas aussi nettement.

Pour un autre exemple non moins discuté, les explications proposées sans le recours à l'hypothèse des doublets sont plus satisfaisantes. Il s'agit de l'établissement de la royauté en Israël. Les causes qui sont à l'origine de cet établissement ne s'excluent pas; elles sont exposées dans deux récits, d'une part, I Reg., vin ; x, 17; xii ; et d'autre part, ix, 1-10, 16; xi; xm; xiv; xv : âge de Samuel, indignité de ses fils, jalousie à l'endroit des peuples voisins qui ont un roi à leur tête, danger philistin ont été tour à tour envisagés pour répondre à la complexité de la situation historique.

Il n'y aurait pas davantage de contradiction dans la double attitude observée vis-à-vis de la royauté. Son établissement rentrait, en effet, dans le plan divin et désirer un roi n'avait en soi rien de coupable; seuls les motifs qui étaient à l'origine de ce désir étaient répréhensibles : mépris de Jahvé, le roi invisible de son peuple, ingratitude envers la providence divine, manque de confiance en Jahvé; ce sont ces motifs qui encourent la réprobation divine; mais, puisque la royauté avait sa place marquée dans le plan divin, Dieu ordonne d'accéder au désir du peuple, tout en laissant entendre que cette institution de la royauté

pourrait bien tourner au détriment de ce peuple au cou raide. Schlôgl, in hoc loco.

Les deux récits du rejet de Saiil, I Reg., xm, 8-14, et xv, 10-26, n'imposent pas non plus l'hypothèse de deux sources différentes. La première désobéissance de Saiil n'était pas sans excuse, la crainte de voir son armée s'évanouir le pressait d'offrir l'holocauste avant la rencontre avec les Philistins sans attendre Samuel qui n'était pas arrivé au ternie fixé; aussi la sentence de condamnation n'est en somme qu'une menace dont l'exécution peut être plus ou moins différée. La seconde désobéissance au contraire est impardonnable, aussi la sentence est cette fois sans appel et définitive : « Parce que tu as rejeté l'ordre de Jahvé, il te rejette aussi comme roi sur Israël. » I Reg., xv, 23. D'autres voient dans l'épisode du c. xm le rejet de la famille et dans celui du c. xv le rejet de la personne même de Saùl. Leimbach, op. cit., p. 14-15.

Parmi les auteurs catholiques modernes, historiens ou exégètes de l'Ancien Testament, il ne manque pas cependant de partisans d'hypothèses qui admettent l'existence de deux ou trois sources principales et continues dans les Livres de Samuel. Sans parler de P. Dhorme, déjà cité, on peut mentionner J. Schàfers dans une étude sur les quinze premiers chapitres du 1. I de Samuel, Biblische Zeilschrift, 1907, p. 1, 126, 235, 359 ; Sehulz dans son commentaire, Die Bûcher Samuel, 1919-1920, et surtout dans son étude intitulée Erzâhlungskunst in den Samuelbûchcrn (Biblische Zeitfragen) 1923, où il distingue plusieurs séries de récits, deux entre autres, M (Mizpa) et Gi (Gilgal) qu'il placerait volontiers, l'un dans les derniers temps de David, l'autre à l'époque de Salomon. « A la base des Livres des Juges et de Samuel, note un récent historien de la religion d'Israël, sont deux documents de peu de temps postérieurs aux événements qu'ils racontent, remontant peut-être au temps de David pour ce qui concerne la période des Juges, au ixe ou à la fin du Xe siècle pour ce qui regarde les origines de la royauté. De bonne heure es documents ont été fondus par de premiers rédacteurs en une histoire plus suivie de chaque période. Après la découverte du Deutéronome et avant la fin du vne siècle, de nouveaux rédacteurs ont repris ce travail et interprété l'histoire ancienne d'après les principes posés dans le Code nouvellement divulgué. » Touzard, dans J. Bricout, Où en est l'histoire dea religions? t. il, 1911, p. 38, n. 1. Un des récents historiens catholiques de David croit également trouver dans la pluralité des sources dont les traces se discernent tout au long des Livres de Samuel la meilleure explication de leur origine. La vie et les aventures du roi d'Israël, suppose-t-il, auraient donné lieu à toute une littérature, qui dut être très vaste, à en juger par le nombre des fragments que la Bible nous en a conserves. « Dans la mesure où la réalité en matière si difficile peut encore être découverte, on ne se tromperait sans doute guère en supposant que les documents originaux de cette littérature se répartissent en quatre groupes : un prophétique et un sacerdotal, où l'aspect religieux prédomine avec les nuances particulières aux deux grandes écoles des prophètes et des prêtres; un judéen et un israélite où les auteurs, sans perdre de vue non plus la grande part prise par Yahwè dans la destinée de David, se sont davantage appliqués à raconter par le détail les origines, les aventures, l'œuvre militaire et la vie privée de leur héros... Quand les rédacteurs inspirés de nos Livres de Samuel et des Chroniques entreprirent de raconter à leur tour l'histoire du fils de Jessé, ils puisèrent abondamment dans ces diverses sources, et d'autant plus que la vie tout entière de ce roi très saint et très aimé portait en elle-même les leçons les plus salutaires. Ce qu'ils en tirèrent, en puisant tantôt d'un côté et tantôt de l'autre, ils le combinèrent non sans

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habileté, niais aussi sans chercher, sous la pression fie ces exigences critiques qui nous rendent si injustement sévères à l'égard des histoires anciennes, à éviter ou à faire disparaître les divergences qui marquaient la différence d'origine de leurs renseignements. » Desnoyers, Histoire du peuple hébreu, t. n, p. 74-75.

Autant, d'après l'exposé qui précède, apparaît avec certitude l'utilisation de documents par l'auteur des Livres de Samuel, autant la mise en oeuvre de ces documents et leur reconstitution demeure incertaine. Il semble, toutefois, que l'hypothèse de quelques sources principales, dont les éléments sont tour à tour utilisés, répond d'une façon plus satisfaisante aux multiples données du problème des origines du livre. A condition de ne pas compromettre la véracité historique d'un livre inspiré, qui ne saurait se concilier avec des divergences allant jusqu'à la contradiction, rien n'empêche de s'y rallier.

La détermination de la date de rédaction et surtout de l'époque des documents, particulièrement importante au point de vue de la valeur historique, dispose d'éléments d'information plus précis et aboutit à des résultats plus certains.

3. Date. — Quelques allusions à la séparation des royaumes d'Israël et de Juda, IReg., xvm, 10; II Reg., ii, 7-9; m, 10, et surtout I Reg., xxvn, 6 : « La ville de Siceleg appartient jusqu'à ce jour aux rois de Juda », indiquent assez clairement que le livre a été composé après le schisme des dix tribus. D'autre part, l'absence de toute désapprobation à l'endroit de la pluralité des sanctuaires, d'autant plus significative quand on la compare à l'attitude du rédacteur de III et IV Reg. en pareille matière, suppose un auteur écrivant antérieurement à la réforme de Josias, 621 ; l'absence également de toute allusion à l'exil assyrien après la chute de Samarie en 722 fait reporter antérieurement à cette date la composition du livre, conclusion que confirme la pureté relative de la langue à travers tout l'ouvrage. Malgré ces raisons, nombre de critiques prétendent retrouver dans la rédaction du livre la marque de l'école deutéronomistique; quelques passages mêmes appartiendraient à l'époque postexilique.

Plus que l'époque de rédaction, ce qui importe c'est l'âge des principaux documents utilisés par le rédacteur. Or ici, quelles que soient les opinions sur l'histoire de la composition du livre, l'accord tend à s'établir de plus en plus sur la très haute antiquité de ces documents, qui auraient été rédigés à une époque contemporaine ou du moins très proche des événements rapportés et qui, de ce fait, se présentent comme l'œuvre de témoins du règne de David, consignant par écrit leurs témoignages sous le règne de Salomon. En effet, la relation des événements survenus au temps de David prouve par son contenu et d'une manière irréfutable qu'elle provient de cette époque même, son auteur étant parfaitement au courant de tout ce qui se passe à la cour, aussi bien du caractère que des intrigues des différents personnages; elle ne saurait être reportée au delà du règne de Salomon. Cf. Mever, Die Israeliten und ihre Nachbarstàmme, 1900, p. 185-180. De tels documents sont de toute première valeur, selon la remarque d'un autre critique, Kittel, constituant une littérature historique vraiment étonnante pour ces temps reculés d'Israël, et dépassant de beaucoup tout Ce que l'ancien Orient nous a donné en matière d'histoire, aussi bien les sèches annales officielles des 1 !ahyloniens et des Assyriens, que les récits fabuleux de la

littéral lire populaire égyptienne; c'est réellement de

l'histoire authentique. Cf. Meyer, ibid.

H ne saurait Être question, par contre, de dire quel

esl l'aiileur des Livres de Samuel, la divcrsil c des noms proposés et la longue période de I >avld à Bsdras durant laquelle s'échelonnenl ces noms Indiquent assez le

manque de données solides pour résoudre le problème.

IV. Valeur historique. — Celle-ci s'impose tout d'abord comme la conséquence des remarques précédentes sur l'époque des documents qui sont à la base des Livres de Samuel; elle s'impose non moins par la nature et le caractère de ces mêmes documents, par la comparaison avec d'autres livres de l'Ancien Testament et l'histoire des peuples voisins.

1° Nature et caractère des documents. — L'abondance et la précision des détails, la finesse de touche dans la peinture des personnages, la sincérité dans l'aveu des fautes des héros mêmes de l'histoire sont autant de garanties de l'exactitude du récit. « La couleur locale y est très vive et le ton de la narration est d'une simplicité qui est un garant de véracité historique. Les auteurs n'ont pas cherché à atténuer la vérité pour faire l'apologie de leurs personnages: le péché d'Héli, les fautes de Saùl, les crimes de Joab, l'adultère de David, l'inceste d'Amnon, la révolte d'Absalom, tout est dépeint sans parti-pris de. flatter celui-ci ou celui-là. Aussi les critiques sont-ils d'accord à reconnaître une très haute portée historique à ces récits et il serait oiseux de chercher à réfuter des systèmes aussi exagérés que ceux de Winckler et de Jérémias qui voient partout l'influence des mythes astraux, ou de Jensen qui reconnaît dans les épisodes les plus naturels des succédanés de l'épopée de Gilgamès... Nous avons là des documents uniques pour la reconstitution des événements qui ont motivé et suivi l'un des faits les plus importants de l'histoire d'Israël, l'établissement de la royauté. » Dhorme, op. cit., p. 9.

Des difficultés soulevées contre lavéracité des Livres de Samuel, quelques-unes ont déjà été examinées à propos de l'origine des doubles récits comme ceux de la présentation de David à la cour royale, de l'institution de la monarchie, ou du rejet de Saùl ; d'autres ne compromettent pas davantage cette véracité; le détail de leur exposé et de leur discussion relève du commentaire. Retenons seulement que plusieurs données numériques, certainement fausses ou tout au moins douteuses, proviennent, les unes d'altération du texte, comme c'est le cas pour les 50 000 hommes de Bethsamès frappés pour avoir porté leurs regards sur l'arche de Jahvé, I Reg., vi, 19, ou l'âge de Saûl, un an, lorsqu'il devint roi, 1 Reg., xm, 1 ; d'autres, de quelque méprise ou surestimation que l'interprétation peut ramener à de plus justes proportions. Ainsi, à propos du recensement ordonné par David, il apparaît que le nombre total des guerriers, 1300 000, supposant une population globale de cinq à six millions d'habitants, déliasse la réalité; on s'en rapprocherait peut-être, si, au lieu d'entendre le mot éléph dans le sens ordinaire de mille, on y voyait la désignation d'un contingent militaire n'ayant qu'un rapport plus ou moins étroit avec la valeur exacte de mille hommes. Ainsi, au lieu des 800 000 hommes de guerre pour Israël, faudrait-il lire 800 bataillons. On sait d'ailleurs combien l'exagération était de mise, de la part des gouvernements sémitiques anciens en pareille matière. Cf. Dcsnoycrs, Histoire du peuple hébreu, t. II, p. 250, n. 1.

Contre la vérité historique de tels documents rien à conclure non plus des traits miraculeux (pic présentent certains récits, comme ceux de l'enfance de Samuel, de l'institut ion de la royauté ou de la vie dj David, dont la vérité esl contestée pour des raisons étrangères à la critique.

2° Comparaison des Livres de Samuel avec d'autres livres de l'Ancien Testament et même du Nouveau, — Elle montre le crédil donl ces livres ou leurs sources jouissaient auprès (les ailleurs inspirés. Livres des Rois cl Livres des Paralipomènes surtout renferment des passages reproduits à peu près textuellement de ceux de Samuel. Déjà .lérémie fait allusion, à plusieurs re-

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prises, à l'un ou l'autre texte des Livres de Samuel, Jer., h, 37 et II Reg., xm, 19; Jer., xv, 1 et I Reg., vu, 5-9; xn, 19-23. L'antique tradition conservée dans les titres de quelques psaumes emprunte aux Livres de Samuel l'indication de la circonstance pour laquelle tel psaume a été composé; ainsi en est-il pour les psaumes attribués au temps de la persécution de Saùl, vu; xxxin (Vulg.,et ainsi des autres) ;li; lui; lv; lvi; lviii: xcii; pour celui qui marque l'apogée de David, xvn ; pour un autre rapporté à la guerre syro-édomite, lix; pour celui du repentir du roi David, après son péché avec Bethsabée et le meurtre d'Urie, l; pour deux autres enfin ayant trait à la fuite devant Absalom, m, lxii. L'auteur de l'Ecclésiastique, xlvi, 13xlvii, 11, dans son éloge de Samuel, Nathan et David, se réfère continuellement au texte de nos deux livres. Notre- Seigneur lui-même, dans sa réponse aux Pharisiens reprochant à ses disciples de violer le sabbat, leur dit : « N'avez-vous pas lu ce que fit David, pressé par la faim, lui et ses compagnons... ? » Matth., xii, 3, 4. L'épisode auquel il fait allusion rappelle la fuite de David devant Saiil. irrité contre lui, et son arrivée à Nobé, où, exténué de fatigue et de faim, il reçoit du grand-prêtre Achimélech du pain consacré que seuls les prêtres pouvaient consommer. I Reg., xxi, 2-7.

Le Livre des Juges qu'on oppose parfois à celui de Samuel non seulement ne le contredit pas, mais encore l'éclairé et le complète. Pas de contradiction, en effet, au sujet de II Reg., v, 6, qui nous apprend que Jérusalem était encore au pouvoir des Jébuséens au temps de David, alors que Jud., i, 8 laisserait entendre que Jérusalem aurait été prise par les Hébreux dès les débuts de la conquête de Canaan. Ce dernier verset, selon la juste remarque du P. Lagrange, est tellement en opposition avec le reste de l'histoire biblique qu'il faut nécessairement le considérer comme une glose. On voit, en effet, dans Jos., xv, 03 et Jud., i, 21, que les Jébuséens continuaient d'habiter la ville après l'installation en Canaan ; et l'histoire du Lévite, racontée Jud., xix, 10-12, suppose encore cette situation. Cf. Dhorme, Les Livres de Samuel, p. 307. Pour ce qui est de la situation religieuse, les quatre premiers chapitres du Ier Livre des Rois la représentent d'une manière tout à fait concordante avec celle des derniers chapitres du Livre des Juges; le centre de l'unité religieuse est toujours le sanctuaire de Silo, dans la tribu d'Éphraïm, déjà célèbre au temps de Josué. Jos., xvm, 1. C'est à Silo que chaque année a lieu le pèlerinage des Israélites vers Jahvé comme à l'époque des Juges. Jud., xxi, 19. De même toute une partie de l'histoire racontée aux livres de Samuel s'explique par la présence des Philistins sur les frontières d'Israël, comme ils l'étaient au temps de Samson, qui toute sa vie fut en lutte contre eux, Jud., xm-xvi; comme lui, Samuel doit faire face aux incursions de ces mêmes ennemis, I Reg., vu; c'est pour en triompher que Jahvé, sous le symbole de l'arche, doit descendre au camp d'Israël; c'est pour les repousser que Saùl est choisi comme roi; David, enfin, traqué par son adversaire, cherchera un asile chez ces mêmes Philistins et c'est dans un dernier combat contre eux que Saùl trouvera la mort. I Reg., xxxi. Contre ces perpétuels envahisseurs David aura encore à se défendre. II Reg., v, 17-25. Cf. Dhorme, op. cit., p. 53.

3° Rapports avec l'histoire générale. — ■ Si l'histoire générale n'offre pas ici comme pour les IIIe et IVe Livres des récits parallèles, elle n'est pas cependant sans projeter quelque lumière sur la période des débuts de la monarchie en Israël et sans mettre en relief la valeur des informations que nous donnent à son sujet les Livres de Samuel.

Le rôle prépondérant des Philistins, dont il vient

d'être question, au début et durant une longue partie de la période qui nous occupe, cadre fort bien avec ce que nous savons par ailleurs, surtout par les documents égyptiens et les fouilles récentes. Les « Peuples de la mer », c'est-à-dire des îles de la mer Egée et de l'île de Crète, finirent, après plusieurs tentatives, par s'établir définitivement en Canaan, malgré la victoire remportée sur eux par Ramsès III (1201-1169); les Philistins qui étaient du nombre des envahisseurs s'installaient le long de la côte depuis le promontoire du Carmel jusqu'à Gaza. Étaient-ils vassaux de l'Egypte ou avaientils sauvegardé leur indépendance, on ne sait ; ce qui est certain, c'est qu'ils étaient si bien chez eux dans cette région (pie. par une bizarrerie de l'histoire, c'est des Philistins, de ces incirconcis détestés d'Israël, que viendra à la Terre promise le nom de Palestine ou Philistie, par lequel les voyageurs grecs la désignaient déjà du temps d'Hérodote. Cf. Desnoyers, op. cit., 1. 1, p. 42. La décadence qui marque les règnes des successeurs de Ramsès III. aussi bien ceux de la XXe dynastie (120 1- 1100) que ceux de la XXIe (1100-947), permit aux Philistins et aux autres peuplades égéennes, Zakkalas, Cretois, Pléthis, de consolider leur établissement en Canaan et d'assurer ainsi pendant de longues années leur supériorité sur les nouveaux envahisseurs, les Hébreux.

Ce n'est pourtant pas par le nombre qu'ils l'emportaient sur leurs rivaux, obligés qu'ils étaient de recourir a des mercenaires hébreux pour renforcer leur armée, I Reg., xiv, 21, c'était bien plutôt par la supériorité de leur civilisation, qui depuis longtemps florissait aux pays égéens dont ils étaient originaires. Leur armement était fort en avance sur celui des Hébreux; comme les Cananéens ils ont des chars de guerre ; certains de leurs guerriers sont revêtus d'armures de bronze ou de fer, alors que, du temps de Saul, il n'y avait encore, chez leurs adversaires, que le roi qui le fût. I Reg., xvn, 38- 39. Pour s'assurer sans doute la fabrication exclusive des armes de fer, ils obligeaient au xi° siècle les Hébreux de la montagne d'Éphraïm à recourir à leurs artisans pour remettre en état leurs instruments agricoles. I Reg., xm, 19-21.

Des traces de cette civilisation égéo-crétoise ont été retrouvées à Beisàn, la Bethsan de I Reg., xxxi, 10, où les Philistins déposèrent, dans le temple d'Astarté, les armes de Saùl et attachèrent aux murailles le cadavre de celui-ci. Les jarres funéraires et quelques pièces artistiques, colliers de perles, scarabées, figurines, mises au jour par les fouilles américaines entreprises dès 1921, sont attribuées non sans vraisemblance à une race nouvelle à ce moment en Palestine et dont la culture amalgame des influences égéo-eréloises et égyptiennes,fondues au creusetd'une indéniable originalité. Or, précisément, cette époque du xir= siècle (à laquelle on attribue ces objets) est celle de l'introduction des Philistins en Palestine, ou plutôt celle du mouvement envahissant des Peuples de la mer. » Leur installation à Bethsan s'expliquerait de la manière suivante. « Tandis que Pavant-garde philistine, écrasée par Ramsès III sur la côte méridionale de la Palestine, implante ses épaves dans la région d'Ascalon, le gros de la coalition s'égaille à travers le pays, dompte les Cananéens moins cohérents et moins avantageusement armés et s'installe par groupes où sa fortune l'a conduit. Par la voie très propice que la plaine d'Esdrelon ouvrait devant ses redoutables chars de guerre, un des clans dispersés put aisément se glisser jusqu'à la vallée du Jourdain et, séduit par la position avantageuse de Beth-San = Beisân, la conquérir et s'y fixer. » Vincent, Les fouilles américaines de Beisân, dans Revue biblique, l923,pA40- 441. Bien plus, on y a trouvé, parmi de nombreux objets en terre cuite d'un sanctuaire, une série de maquettes modelées en forme de maisonnettes avec des

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personnages au milieu desquels une représentation de femme occupe une place prépondérante et dont les gestes, les attitudes et le:, attributs suggèrent l'identification avec l'Astarté syrienne. Ne serait-ce pas dés lors ce sanctuaire d'Astarté qui aurait reçu les trophées de la victoire sur Saiil, « vieux sanctuaire cananéen, maintenu en vénération par les pharaons des XIXe et XXe dynasties, ou temple érigé par l'un ou l'autre de ces pharaons à la déesse principale du lieu, ce temple d'Astarté demeura en exercice après l'effondrement de la suzeraineté égyptienne aux jours de Ramsès III. Les nouveaux maîtres de Beisân, ces Philistins dont les premières fouilles avaient déjà livré la trace, se substituèrent aux Égyptiens dans le culte à la divine maîtresse de céans. » Vincent, ibid., 1926, p. 120. Cf. Barrois, art. Beisan, dans Supplément au Dictionn. de la Bible, t. i, col. 950-950.

Un autre fait, plus important encore que celui de la prépondérance philistine, est la fondation d'un royaume hébreu par David. Ce qui rendit la chose possible, ce fut sans doute la défaite de l'ennemi héréditaire, le Philistin, ainsi que celle des autres peuplades voisines, mais ce fut surtout le fait que la puissance assyrienne, qui avec Téglatphalasar Ier avait porté sa domination jusqu'en Syrie, traversait alors une période de décadence et n'était plus capable d'intervenir dans les affaires de la Syrie, parce qu'elle-même était rejetée au-delà del'Euphrate. Il en allait de même de l'Egypte. Les successeurs de Ramsès non plus que les rois de la XXIe dynastie n'avaient d'autorité sur les chefs syriens. Si jamais les circonstances furent propices à l'établissement d'un royaume groupant sous son autorité des peuples affranchis des puissants voisins du Sud et de l'Est, ce fut bien celui de l'avènement de David auquel ne manqua ni le secours divin, ni le concours de circonstances favorables.

Les lettres d'El-Amarna enfin, si précieuses pour la période précédente, nous prouvent combien les relations épistolaires étaient fréquentes entre les rois et les grands de la cour et, de ce fait, confirment l'exactitude d'un simple épisode rapporté aux Livres de Samuel : l'envoi d'un message de David à Joab par Urie. II Reg., xi, 14. La relation elle-même du voyage de l'Égyptien Wénamon vers 1100 pour acheter du bois en Phénicie est intéressante à rapprocher de ce qui est dit aux Livres de Samuel sur les relations commerciales entre David et Hiram, roi de Tyr. Cf. Desnoyers, op. cit., t. ii, p. 20-27.

V. Doctrines. — De la plus haute importance pour l'histoire d'Israël, les Livres de Samuel ne le sont pas moins pour sa religion, dont ils nous font connaître les croyances, au sujet surtout de la divinité, les pratiques cultuelles et aussi les espérances. Importantes en ellesmêmes par la connaissance qu'elles nous donnent de la religion d'Israël à une époque aussi ancienne, les données des Livres de Samuel le sont encore par la lumière qu'elles projettent sur l'ensemble de l'histoire de cette religion et particulièrement sur le jahvéisme ou la religion de Moïse, en confirmant la vérité de ses origines, tout en montrant la lente et progressive réalisation de l'idéal religieux mosaïque, aussi bien dans l'ordre des croyances (pie dans celui des institutions et du culte.

La religion d'Israël n'avait pas été sans subir quelque fléchissement durant la période des Juges, dans les croyances du moins et le culte du peuple, sous l'influence des religions cananéennes. Si de nouvelles révélations n'avaient point enrichi sa foi — - " la parole de Jahvé était rare en ce temps-là . I Reg., m, 1 — elle avait toutefois traversé repleuve sans perdre les traits essentiels que lui avail donnes le législateur du Sinaï et

que s'efforçaient de maintenir les véritables fidèles du jahvéisme. La période qui marque un renouveau dans

la vie nationale par l'institution de la royauté verra également un renouveau dans la vie religieuse, suscité par des personnalités telles que Samuel et que David surtout, dont le nom domine non seulementlespremiers temps de la monarchie mais encore toute son histoire, politique et religieuse. Pour dégager les aspects essentiels de cette vie religieuse, nous rechercherons d'abord quelles idées on se faisait de la divinité, du messianisme et du prophétisme, et ensuite quelle était l'organisation du culte.

1° Dieu. — Le Dieu d'Israël c'est Jahvé. Par l'alliance conclue jadis au Sinaï, par l'octroi de la Terre promise à son peuple choisi, il est le maître du pays et de ses habitants. Selon l'antique croyance, aussi bien des I Iébreux que des peuples païens, c'est dans ce pays qui lui appartient en propre et là seulement que le sacrifice, acte essentiel de son cullc, peut lui être olïert; « Va-t-en vers des dieux étrangers », disent à David les hommes qui l'ont chassé du pays, afin qu'il ne puisse plus faire partie de l'héritage d'Israël. « Forcer quelqu'un à quitter le territoire de Jahvé, c'est le contraindre à servir d'autres dieux. De même, faire habiter le territoire de Jahvé par des étrangers, c'est les mettre dans la nécessité de rendre un culte à Jahvé (cf. IV Reg., xvn, 25). » I Reg., xxvi, 19. Dhorme, Les Livres de Samuel, p. 233. Exilés ou déportés, les Israélites se refusaient à offrir des sacrifices à leur Dieu, ne croyant même pas pouvoir chanter un cantique de Jahvé sur la terre étrangère. Ps. cxxxvi, 2-4.

Est-ce à dire que Jahvé était pour ses fidèles et pour David en particulier un dieu purement national et territorial? Non certes, car ce n'était pas sa divinité qui était bornée par les frontières d'Israël, c'était simplement son culte. Réfugié chez les Philistins, David n'en continue pas moins à servir Jahvé qui, même en terre étrangère, reste son Dieu, aussi puissant qu'en son propre domaine. N'est-il pas, en elîet, le maître de la nature, déchaînant l'orage pour confondre les ennemis de son peuple, aussi bien que pour châtier l'infidélité de ses sujets? I Reg., xn, 17-18; II Reg., xxn, 8-10. La désinvolture de David à l'égard de la statue de Milcom, le dieu des Ammonites (II Reg., xn, 30, d'après la traduction préférable du grec), montre assez qu il ne tenait pas Milcom pour un dieu véritable. Il ne faut pas en effet se méprendre sur la portée des termes employés pour désigner les divinités étrangères; lorsque les Hébreux et ceux-là mêmes qui étaient fidèles adorateurs de Jahvé appelaient dieux Baal, Astarté, Milk et autres divinités païennes, ils « suivaient simplement une manière de parler identique à la nôtre, et ne songeaient pas plus que nous, en les gratifiant d'un nom qu'elles ne méritaient pas, à faire d'elles des êtres réels, ni à les doter fût-ce d'une simple parcelle, de la divinité, cette divinité incommunicable, que Jahvé seul possédait toute. «Desnoyers, op. cit., t. m p. 255.

Ce qui prouve bien encore que la puissance de Jahvé S'étendait au-delà des limites de son territoire, c'est qu'il est, selon l'expression fréquemment employée dans les Livres de Samuel (jusqu'à onze fois), Jahvé des armées. Celte expression certes est employée à propos de puissance militaire, I Heg.,xv,2;xvn,45; II Reg.v, 10, et même I Reg., xvn, 15 ; le sens en est clairement indiqué dans cette parole de David à Goliath : « ... je viens contre lui au nom de Jahvé des armées, le Dieu des troupes d'Israël »; l'arche, transportée au milieu des combats par les armées d'Israël, est l'arche de l'alliance de Jahvé des armées, dont dépend la victoire; mais la même expression se rencontre encore dans un certain nombre de cas où il n'y a plus aucun rapport entre Jahvé et les troupes d'Israël et alors ne faut-il pas l'entendre au sens que lui donnent les prophètes. pour qui elle évoque surtout l'idée des armées célestes,

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celles des astres dont les mouvements si régulièrement ordonnés suggéraient l'idée de troupes conduites par un chef habile et puissant, celles des esprits dont le séjour était placé dans les régions supérieures. Cf. Touzard, Le Livre d'Amos,-p. lx. Ne voit -on pas d'ailleurs, au temps des Juges déjà, les étoiles qui combattent contre Sisara? Jud., v, 20. On peut donc entendre les mots : Jahvé des armées, comme exprimant tantôt le Seigneur des armées terrestres, tantôt le Seigneur des armées célestes.

Contre ce Dieu, les divinités des peuples voisins, même plus forts qu'Israël, les Philistins par exemple, ne sauraient entrer en lutte. Si le peuple de Jahvé a été battu par ces derniers, si l'arche même, symbole de la présence de Jahvé, est tombée entre leurs mains, ce n'est pas que le Dieu des Philistins soit plus puissant que le Dieu d'Israël; l'épisode du temple de Dagon, IReg., v, 2-6, montre bien le néant de telle divinité, dont l'idole à queue de poisson s'écroule devant l'arche de Jahvé, tandis que ses fidèles sont frappés par la main du Dieu d'Israël qui s'appesantit sur eux. Mais, observeront d'aucuns, si ce récit de la lutte entre Jahvé et Dagon prouve le triomphe et la prééminence du Dieu d'Israël, ne prouve-t-il pas également la réalité de l'idole païenne, dont le narrateur fait le dieu des Philistins tout comme Jahvé est celui des Israélites? Malgré la croyance antique qui attribuait un dieu à chaque nation et qui certes n'était pas demeurée sans écho parmi le peuple élu, on ne saurait prétendre qu'elle soit celle de l'auteur des Livres de Samuel, dont la pensée s'exprime à ce sujet avec toute la netteté désirable dans ces paroles du prophète Samuel : « Ne vous éloignez pas de Jahvé et servez Jahvé de tout votre cœur. Ne vous écartez pas à la suite des choses de néant qui ne servent de rien et ne peuvent sauver, car ce sont des choses de néant. » I Reg., xn, 20-21.

On ne saurait davantage prétendre que les Hébreux divinisaient leurs morts et les appelaient dieux. Du seul passage où ce terme est employé sûrement pour désigner les esprits des morts, à propos de l'évocation de Samuel par la pythonisse d'Endor, I Reg., xxvm 13, on ne saurait le conclure; il s'agit là sans doute d'un terme technique à l'usage des nécromanciens, provenant d'une superstition populaire ou d'usages antérieurs et extérieurs au jahvéisme. Comment d'ailleurs les morts, qui si souvent sont mis en contraste d'infériorité avec les vivants, pourraient-ils s'égaler à des dieux? La suite du récit montre bien que Saiil ne se méprit pas sur la portée du mot employé par la nécromancienne pour désigner l'être qu'il ne voit pas, mais dont elle lui signale la présence; il ne se prosterne pas pour l'adorer, le faisant seulement lorsque la description du spectre le convainc que c'est bien Samuel qui vient d'apparaître. Un autre passage ordinairement invoqué à l'appui de cette prétendue divinisation des morts par les Hébreux, ïs., vin, 19, y contredit plutôt. Cf. Lagrange, Éludes sur les religions sémitiques, 1903, p. 271, n. 1; Desnoyers, op. cit., t. Il, p. 129, n. 2.

Seul maître tout-puissant de la nature et des peuples, Jahvé est aussi un Dieu juste, et par là s'affirme encore son unité et sa transcendance. Loin d'être tenu, en sa qualité de dieu national, à assurer partout et toujours à son peuple prospérité et triomphe sur ses ennemis, il se montre rigoureusement juste, aussi bien dans le châtiment que dans la bénédiction; bien plus, il défend l'étranger innocent contre les siens qui l'oppriment injustement; c'est ainsi qu'il venge l'honneur et la mort d'Urie qui était un Hittite, qu'il venge de même les Gabaonites, demeurés de nationalité amorrhéenne bien que devenus les esclaves du sanctuaire. II Reg., xxi, 1, 9. Cette justice toutefois est tempérée de miséricorde; au pécheur repentant elle ne refuse pas le par-

don, ainsi est-il accordé à David adultère et meurtrier, mais s'humiliant sous les reproches du prophète Nathan; confiant en cette mansuétude, David encore, lors du recensement qui lui attire les menaces divines, préfère s'en remettre aux mains de Jahvé qu'à celles des hommes : « Tombons donc, s'écrie-t-il, entre les mains de Jahvé, car grande est sa miséricorde! mais puissè-je ne pas tomber entre les mains des hommes. » II Reg., xxiv, 14.

Les exigences morales de la justice divine impliquent la sainteté; pas plus que la justice elle n'est inconnue aux Livres de Samuel. Les habitants de Bethsamès redoutent la présence de Jahvé, le Dieu saint, I Reg., vi, 20; sa sainteté est pour eux synonyme de majesté intangible et inaccessible; la mort qui les frappe pour avoir porté leurs regards sur l'arche d'alliance et frappe également Oza pour l'avoir touchée, II Reg.,vi, 6-8, ne pouvait manquer de suggérer pareille notion de la sainteté d'un Dieu si redoutable. Pour David il n'en va pas de même; dans le ps. xvn (xvm de l'hébreu), dont la composition ne semble pas devoir lui être sérieusement contestée, en même temps qu'il célèbre la puissance de Jahvé, le Très-Haut, le Dieu fort, le maître souverain de l'univers, en dehors duquel il n'y a pas d'autre vrai Dieu, il proclame sa justice qui rend à chacun selon son mérite, sa sévérité pour les coupables, sa miséricorde pour les innocents; il sait aussi que ses bénédictions vont à une vie pure, sans impiété ni iniquité, que sa voie est sans reproche et sa parole sans alliage; à un tel Dieu vont son amour et sa confiance, ses chants de louange et ses hymnes de reconnaissance. On peut penser que l'influence de David, si grande pour le rayonnement national d'Israël, ne fut pas moindre pour son épanouissement religieux et que, en même temps que s'affermissait et se développait la puissance de ce peuple, s'affermissaient non moins sa foi et sa confiance en la souveraineté, la justice et la sainteté de Jahvé, le progrès national aidant au progrès religieux. Le roi était, en effet, l'oint de Jahvé, traité par lui comme un fils, II Reg., vu, 14, délégué par lui auprès de son peuple; le rôle prépondérant joué par la religion dans l'établissement de la royauté devait le lui rappeler. C'est du reste ce que comprirent les premiers rois de la dynastie davidique ; transport de l'arche dans la capitale, érection d'un temple magnifique pour l'abriter devaient assurer définitivement le triomphe de Jahvé. Dans la suite de l'histoire de la royauté, prêtres et prophètes continueront avec des succès divers l'œuvre de Samuel en vue du maintien des droits de Jahvé sur son peuple, méconnus parfois ou violés par des rois impies; la théocratie antérieure à la royauté, avait perdu de sa rigueur, mais ses prérogatives n'en étaient pas moins sauvegardées.

Plus explicite encore dans l'affirmation des attributs divins est le cantique d'Anne, la mère de Samuel, I Reg., ii, 1-10, qui célèbre tour à tour la sainteté de Jahvé, à nulle autre comparable, sa puissance, sa sagesse, sa miséricorde. Mais à cause de son authenticité généralement contestée et de sa composition reportée à une date tardive, nombreux sont les critiques, parmi lesquels des catholiques, qui ne croient pas pouvoir en faire état dans une reconstitution du milieu religieux à l'époque décrite dans les Livres de Samuel. Cf. Dhorme, op. cit., p. 31-34; Schàfers, / Sam.,i-X¥, literarkritisch untersucht, dans Biblische Zeitschrîft, 1907, p. 4-7.

Ce Dieu puissant, juste et saint n'en est pas moins un Dieu vivant, à la personnalité très agissante, dont les interventions dans l'histoire de son peuple ne se comptent pas. Celles-ci se produisent non seulement dans les circonstances solennelles, comme l'institution de la royauté, I Reg., vm, 9, 22, ou le choix de la I famille davidique, I Reg., xvi, 1-3; II Reg., vu, 11-16,

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