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ROMAINS (ÉPITRE AUX). CRITIQUE TEXTUELLE

leçons de l'ancienne version latine et dos corrections d'après le texte grec oriental. Elle réagit contre le texte occidental et elle est d'une meilleure tenue liltéraire que l'ancienne latine. L'édition de Wordsworth et White. Novum Testamcntum Domini nostri Jesu Christi latine, pars 1», fasc. 1. Epistola ad Eomanos, Oxford, 1913, contient un riche apparatus pour les versions latines. La petite édition, par White, Novum Testamcntum latine, editio minor, Oxford, 1911, est reproduite dans l'édition du texte de Nestlé etdeMerk.

3. Le troisième groupe de témoins représente le texte « syrien » ou « antiochien », celui de Basile, d'Éphrem, de Jean Chrysostome, de Théodoret. Il doit probablement sa formation a la receusion faite par le prêtre Lucien, à Antioehe, avant 312. Cf. Nestle-Dobschûtz, op. cit., p. 26-27. Son caractère est celui d'un texte « revu et poli à l'usage des gens cultivés », Lagrauge, op. cit., p. 486. (l'est d'ailleurs ce qui a fait sa fortune comme texte officiel de Byzance.

Il a assez faiblement subi l'influence du texte occidental. Ce sont plutôt les manuscrits gréco-latins qui auraient subi son influence dans les leçons coulantes. Yon Soden le représente par A' ( Koiné), Lagrauge. par A. L'on n'accorde en général (pu- peu de valeur aux leçons propres de ce type de texte.

Les onciaux qui le représentent ne sont pas antérieurs au IXe siècle. Citons les suivants : K*P{018; I1]; du ixc siècle, contient les épîtres catholiques et saint Paul, avec des notes marginales; au Mont Athos. — i>P [020; a 5], du IXe siècle, contient les Actes, les épîtres catholiques et saint Paul; Biblioteca Angelica. 39, Rome. — PaPr [025 ; a 3], du IXe siècle, palimpseste de 1301, contient les Actes, les épîtres catholiques, saint Paul et l'Apocalypse ; oflre des lacunes pour l'Épître aux Romains : n, 15-ni, 5; vm. 33-ix, 11 ; xi, 22-xn, 1 ; pour les épîtres pauliniennes il se rapproche beaucoup de AC.

A ce groupe appartient la version syriaque Peschitto, du ve siècle dans sa forme actuelle. On en trouvera le texte dans l'édition de Vienne, 1555, par J, A. Widmanstad et Moïse de Mardin, el dans l'édition de J. Lerisden et C. Schaaf. Novum Testamcntum sijriucum cum versione latina, Leyde, 1708-1709, reproduite dans les polyglottes de Londres et de Paris ; également dans l'édition en caractères orientaux publiée à Mossoul par les dominicains, 3 vol., LS87-1892. Voir aussi The New Testament in syriac, édition de la Société biblique de Londres, t. n (Épîtres), 1920. Pour les épîtres de saint Paul, comme pour les évangiles, celle version est la revision d'une ancienne version syriaque dont on retrouve le texte dans les citations de saint Éphrem et parfois aussi dans celles d'Aphraate : cf. Patr. sur., t. i, p. xxvn.

Malheureusement nous n'avons plus en syriaque le commentaire de saint Éphrem sur les épîtres de saint Paul. Il nous est parvenu sous une forme abrégée dans une version arménienne traduite en latin par les méchitaristes de Venise : J. Ephrœmi Syri commenlarii in epistolas D. Pauli nunc primum ex armenico in lalinum sermonem a patribus Mekilarislis translali, Venise, 1893. Cette traduction permet de reconnaître dans bien des cas la leçon suivie par saint Éphrem. En général, saint Éphrem est moins près du texte antiochien que la Peschitto. Il n'est point démontré, comme l'a soutenu von Soden, que la Peschitto ait eu une grande influence sur les manuscrits grecs, pour les leçons où elle s'écarte du texte antiochien. Cf. Lagrauge, op. cit., p. 517.

Notons, dans le même groupe, la version gothique, qui dut être faite vers 350. Les épîtres de saint Paul ne nous sont parvenues qu'à l'état fragmentaire dans trois manuscrits très peu différents du vie siècle et un manuscrit gothique-latin du ve. (Voir col. 2852 ) Cette version appartient nettement au texte antiochien, mais elle a

subi aussi assez nettement l'influence de l'ancienne version latine, surtout dans saint Paul. Voir W. Streitberg. Die gotische Bibel, Heidelberg, 1908, dans Germanische Bibliothek, t. n, Abt. 3, et 21-' éd., 1919. '

3° La critigue textuelle. — Dans le système de "West- COtt-Hort, suivi d'assez près par Grégory, on attribuait une grande autorité aux anciens manuscrits onciaux B, N, A, C, représentant les textes dits « neutre » et « alexandrin », tout en reconnaissant dans B, pour les épîtres de saint Paul, des retouches dans le sens du texte occidental.

Von Soden a suivi une voie assez différente. Il a regardé ces témoins anciens comme appartenant tous au même type et représentant un texte revisé par Hésychius à Alexandrie entre le nre et le IVe siècle. Ils auraient fortement subi l'influence d'Origène et leurs variantes singulières perdraient de ce fait leur valeur. Par ailleurs von Soden accorde beaucoup d'autorité aux manuscrits du type occidental D, E, G, F, manuscrits gréco-latins, où le grec a subi l'influence de la version latine. Les leçons anciennes particulières de ce texte, en ce qui concerne saint Paul, s'expliqueraient surtout par l'influence de Marcion. On les retrouverait dans les citations de Tertullien et d'Origène.

D'autres critiques estiment que von Soden a déprécié injustement les anciens manuscrits onciaux, contre Lsquels ne sauraient prévaloir ni la recension antiochienne du texte, recension représentée par des témoins relativement récents, ni le texte auquel appartiennent les manuscrits gréco-latins. Ce dernier texte d'ailleurs forme un ensemble beaucoup trop complexe pour que l'on puisse le qualifier de recension unique. Cf. Xestlo-Dobsehutz, op. cit., p. 75; Erwin Nestlé, Novum Testamentum grœce et latine, 11e éd., 1932, p. l.'i* ; Lagrange, Épître aux Romains, introduction, p. i.wi sq. ; Critigue textuelle, t. n, p. 483. D'ailleurs les papyrus les plus anciens, surtout P10, P27 et P", sont eu faveur des onciaux dont B est le principal représentant.

D'autre part le texte de Marcion a-t-il eu sur le texte des épîtres de saint Paul toute l'influence que certains lui ont attribuée? Il y a une cinquantaine d'années, l'un des principaux représentants de l'école hollandaise, Van Manen, prétendait que le texte original de l'Épître aux Romains devait être le texte marciouite, dont il avait essayé une [restitution. En dehors de ce texte il ne voyait que des interpolations. Cette thèse extravagante a été reprise de nos jours et accentuée par un groupe de néo-critiques que nous retrouverons, col. 2857 sq. Sans tomber dans ces extravagances, von Soden a attribué à Marcion une certaine influence sur le texle des épîtres de saint Paul, comme au Diatessaron de Tatien sur le texte des évangiles. Die Schrijten des Neuen Testaments, p. 21)28-2(135. De l'ait, Marcion, pour établir sa doctrine, s'appuyait sur saint Paul dont il altérait délibérément le texte authentique. Dans quelle mesure ces leçons marcionites se sont-elles introduites dans la tradition manuscrite? Pour en juger il faudrait pouvoir comparer le texte de Marcion à un texte non recensé. Harnack a restitué avec vraisemblance le texte grec de Marcion. Voir art. Marcion, t. ix, col. 2081. Mais où prendre le second terme de comparaison ? Lorsque Marcion s'accorde avec D et la version latine ancienne contre les recensions égyptienne et antiochienne, doit-on conclure qu'il a influencé le texte occidental ou bien supposer que luimême dépend de ce texte dans la plupart des cas? L'on aurait tort sans doute de poser en principe l'une aussi bien que l'autre de ces deux alternatives. Lorsque Marcion vint en Italie vers l'an 140, emportant vraisemblablement avec lui son texte propre, existait-il déjà un texte du type occidental? La chose est très vraisemblable et elle semble confirmée par les cita-

ROMAINS (É PITRE Al X). AUTHENTICITÉ

tions de saint .Justin et de Clément d'Alexandrie. Cf. Nestte-Dobschiitz, op. cit., p. 12-13 ; 20-21. En tout cas, le texte de Mareion, tel que Harnack l'a restitué, offre des caractères généraux contraires à ceux du texte occidental. Mareion coupe, retranche, abrège, modifie pour des raisons doctrinales ou même sans raison apparente, tandis ((ne la caractéristique du texte occidental est plutôt la plénitude, la prolixité, parfois la surcharge. Lietzmann, Rômer, 3e éd., 1928, p. 14, est d'avis que Mareion a fait sa rédaction des épîtres pauliniennes en travaillant sur un texte occidental déjà établi. Chapman estime qu'il dépend du texte occidental dans la plupart des cas. Revue bénédictine, 1012, p. 244 sq. Le P. Lagrange nie que Mareion ait eu quelque influence sur les leçons particulières du texte D. Il estime qu'il a opéré ses transformations sur le texte le plus ancien, c'est-à-dire B, mais qu'il a pu avoir dans la suite quelque influence sur la reproduction des manuscrits. Lagrange, Critique textuelle, t. il, p. 51 1 sq.

L'on voit combien la question est complexe. Il faut plutôt traiter les leçons comme des cas d'espèce. En ce qui concerne le texte de l'Épître aux Romains on voit une leçon marcionite dans i, 16 (sans 7rpâ>TOv), leçon passée dans G et B. Cf. Tertullien, Adv. Marc, v. 13, éd. Kroymann, p. 619; Harnack, Mareion, éd. 1924, p. 102* sq. Mareion, spécialement, coupait les citations et les formules de citations, comme Rom., i, 17; xn, 19. Il écrivait, x, 3, àYvooûvTeç yàp tôv 6sôv, au lieu de tyjv toû Geoû St,xai,oaûv7)v, ce qui se conçoit facilement; Tertullien lit également : Deum ignorantes, Adv. Marc, v, 14, p. G24. Or ces leçons, dont la dernière surtout est très caractéristique, n'appartiennent pas au texte occidental. Par contre tcov zù<x.YyskiC,opivwv elp7jv7)v, x, 15, pour compléter la citation d'Isaïe, est une leçon du texte occidental, passée dans la Vulgate, contre le texte égyptien. Von Soden y a vu une leçon marcionite, op. cit., p. 2030, mais ce n'est qu'une interpolation sous l'influence des Septante. Cf. Lietzmann, Rômer, p. 101 ; Lagrange, Épître aux Romains, Introduction, p. i.xxi-lxxii. En général bien des leçons regardées comme marcionites peuvent s'expliquer autrement et Mareion ne semble pas avoir eu sur le texte occidental l'influence prépondérante que certains lui ont attribuée.

En ce qui concerne l'influence de Mareion sur le texte latin des épîtres, Lietzmann avait d'abord soutenu que la première traduction latine de saint Paul avait pris naissance dans les « cercles » marcionites. Dans la troisième édition de son commentaire, il a reconnu que cette hypothèse n'avait en sa faveur aucun argument solide et se heurtait plutôt à de sérieuses difficultés. Rômer, 3e éd., 1028, p. 14-15. Sans doute. Tertullien, en réfutant Mareion, a pu adopter certaines de ses leçons. Mais de fait, le texte de saint Cyprien, le plus ancien que nous connaissions pour les épîtres et qui ne s'accorde pas avec les leçons marcionites, n'a pas dû être fait par réaction contre une version marcionite. La vieille version latine devait exister de très bonne heure, car on en avait besoin, surtouten Afrique, avant que l'on ait traduit et réfuté Mareion. Si la vieille version latine était née et avait été adoptée a Rome dans le but de réfuter le marcionisme, il semble que l'on devrait en retarder outre mesure la propagation dans l'Église latine. Sur l'ancienne version latine et Mareion, voir E. Dietal, Aur Textgeschichte des lateinischen Paulus, dans Zeitschr. /tir die X. T. Wissensclta/t, t. xx, 1021, p. 07 sq. ; II. von Soden, Der lateinische Paulustext bei Mareion and Tertultinn, Festgabe fur Adoir Julicher, Tubingue, 1927, p. 220-281.

On a attribué une origine marcionite à la doxologie, xvi, 25-27. Selon Harnack, elle aurait pris naissance dans les « cercles marcionites » et. aurai! été transformée dans la suite par les i catholiques . Op. cit.,

p. 110*-111*. Cette hypothèse ne paraît guère fondée. Origène affirme au contraire que la doxologie a été enlevée par Mareion : penitus abstulit. P. G., t. xiv. col. 1290. Voir plus loin, col. 2863. Cf. Lagrange, Critique textuelle, t n, p. 510 sq.

On a également attribué une origine marcionite aux prologues des épîtres de saint Paul transmis dans les anciens manuscrits de la Vulgate. De Rruyne, Prologues bibliques d'origine marcionite, dans Revue bénédictine. 1007, p. 1-16 ; P. Corssen, dans Zeitschr. fur die N. T. Wissenschaft, 1009, p. 36 sq., 07 sq. ; Harnack, Mareion, p. 128*. Cette thèse a été réfutée par W. Mundle. Die Hcrkunft der « marcionitischen » Prologe zu den paulinischen Bricjcn. dans Zeitschr. fur die N. T. Wissenschaft, 1925, p. 56-77. Harnack a maintenu ses positions, ibid., 1925, p. 204-218. Le P. Lagrange, après avoir accepté la même thèse, Épître aux Romains, Introd., p. xxiv-xxv, éd. 1016, l'a abandonnée dans la suite. Revue biblique, 1926, p. 161-173. Cf. Revue bénédictine, 1927, p. 221. La question est liée à celle de l'Ambrosiaster avec lequel ces prologues ont une communauté d'idées. L'Ambrosiaster dépend-il des prologues ou inversement? La seconde hypothèse paraît la plus vraisemblable à Mundle et Lagrange. En tout cas il ne semble pas démontré que l'Ambrosiaster et les prologues en question contiennent des doctrines ou même révèlent des tendances nettement marcionites. Dans la mention des « faux apôtres » qui ont enseigné la « Loi et les prophètes », de « la parole de vérité », de la « véritable foi évangélique », mention qui caractérise l'enseignement de saint Paul, d'après les « prologues , il ne faut voir que des termes pauliniens qui ont pu être suggérés par les épîtres. Les prologues donnés comme marcionites, ainsi que les idées de l'Ambrosiaster sur l'origine et la situation de l'Église de Rome, n'ont probablement d'autre origine que des conjectures exégétiques nées à la lecture de Paul. D'ailleurs ces prologues n'ont jamais été soupçonnés d'hérésie par les catholiques qui ont recopié la Vulgate.

II. Authenticité et intégrité. — 1° L'Épître aux Romains dans l' Église chrétienne. — On trouve des ressemblances plus ou moins frappantes, dans la forme ou dans la pensée, entre la Ia Pétri et l'Épître aux Romains. Voir la comparaison des textes dans Sanday et Headlam, A commentary on theEpislle to the Romans, p. 7 sq. Ces rapprochements ne sont pas tous concluants ; mais plusieurs passages offrent des analogies qui ne peuvent être accidentelles. A noter spécialement la citation d'Isaïe, xxvm, 16 (cf. vin, 14), dans I Petr., n, 6, 8. Les mêmes textes sont également combinés clans Rom., ix, 33. On pourrait, il est vrai, imaginer comme source commune une anthologie de textes prophétiques groupés par analogie de sujets ; mais c'est là, semble-t-il. une hypothèse assez fragile. Noter également la ressemblance de pensée entre Rom., xn, 1 et I Petr., il, 5 : la notion de culte et de sacrifice spirituel. A mentionner également les recommandations de Rom., xm, 1-7, qui se retrouvent dans I Petr., Il, 13-17, sous une autre forme. L'épître de Pierre suppose une situation politique différente de celle de l'Épître aux Romains ; elle apparaît comme secondaire et utilise probablement des textes de l'Apôtre.

Il est difficile d'établir les rapports entre l'épître «le .Jacques et l'Épître aux Romains. Les rapprochements donnés dans Sanday, d'après Mayor, ne sont guère concluants. Il s'agit plutôt d'un contraste de doctrines que d'une dépendance littéraire. Voir Jacques (Épître de), t. VIII, col. 263.

Selon Sanday, p. 133. la doxologie, Rom., xvi, 25- 27. offrirai! un type de doxologie largement répandu dans la suite. On en retrouverait l'influence spécialement dans les doxologies de Jud., 2 I 25, et Hcb., XIII, 20-21.

ROMAINS E PITRE AUX). LA C RIT in TE MODERNE

Clément de Rome, Ignace, Polycarpe offrent de nombreuses citations de l'Épître aux Romains. Ils possédaient vraisemblablement le Corpus paulinum déjà complet. Cf. Harnack, Die Briefsammlung des Apostels Paulus, p. 6, 14. Voir les références à l'épître, dans Sanday, op. cit., p. lxxx sq. et dans Funk, Patres apostolici, t. i, p. (543 sq.

Dans saint Justin on trouve des réminiscences de l'épître : Dial., 47 = Rom., n, 4; Dial., 27 = Rom., m, 11-17 ;Dial., 23 = Rom., iv, 3 ; Dial., 44 = Rom., ix, 7; Dial., 32, 55, 64 = Rom., ix, 27-29; ApoL, i, 40 = Rom., x, 18 ; Dial., 39 = Rom., xi, 2-3. Il en est de même dans Athénagore, Leg. pro Christ., xm = Rom., xn, 1 ; xxxiv = Rom., i, 27.

Dans saint Hippolyte on trouve des citations de l'épître attribuées aux naasséniens, aux valentiniens, surtout à Basilide. Cf. Refutatio (Philosophoumena) , v, 7; vi, 36; vu, 25. Remarquer l'usage fait par Basilide des passages Rom., vm, 19, 22 et v, 13, 14. Cf. éd. Wendland, p. 202 sq.

Les interpolations chrétiennes dans les Testaments des douze patriarches, antérieures probablement à Tertullien, dénotent l'usage de l'Épître aux Romains. Cependant Charles est porté à croire que saint Paul a utilisé cette littérature apocryphe. Cf. R.-H. Charles, The Testaments of the twelve Palriarchs, Londres, 1908, p. lxi-lxv ; The Apocrypha and Pseudepigrapha of the Old Testament, t. i, Oxford, 1913, p. 292.

Marcion, vers 140, est le premier à mentionner explicitement l'Épître aux Romains, dans l'Apostolicon. Il la cite sous le titre ripôç 'Pwlaaôouç. Il omettait Rom., i, 19-n, 1 ; m, 31-iv, 25 ; ix, 1-33 ; x, 5-xi, 32 ; et la doxologie, xvi, 25-27. Il n'est pas démontré qu'il ait rejeté également les c. xv-xvi. Il les avait mutilés, dissecuit et non desecuit comme restitue Lietzmann. Voir plus loin, col. 28G3 sq. Il omettait également de courts passages ou les modifiait pour les adapter à sa doctrine, par exemple, x, 2-3 : àyvooûvTeç yàp tôv 0eôv. Voir plus haut, col. 2855.

A partir de saint Irénée l'épître est citée fréquemment et acceptée comme canonique et authentique par toute la tradition. Le Canon de Muratori, à la fin du iie siècle, la compte parmi les treize épîtres de saint Paul et lui assigne le but suivant : Romanis autem ordinem Scripturarum sed et principium earum esse Christian intimans prolixius scripsit.

A partir de la fin du ne siècle, la tradition est unanime à attester l'authenticité de l'Épître aux Romains. Il est inutile de multiplier les citations, elles sont si nombreuses qu'elles suffiraient presque à reconstituer l'épître.

2° L'épître et la critique moderne. — Les deux derniers chapitres mis à part, rien dans la tradition manuscrite ou patristique ne peut fournir prétexte à la négation de son authenticité. Baur et son école l'avaient admise comme authentique et. à l'heure actuelle, la très grande majorité des critiques l'accepte sans arrière pensée. On pourrait donc se dispenser de parler des errements de l'école hollandaise. Mais quelques vul 'arisateurs, jouant le rôle d'extrémistes, ont rajeuni ses arguments dans un but de propagande anti chrétienne et les ont présentés comme des découvertes scientifiques. Il n'est donc point inutile de montrer quels furent leurs précurseurs et quelle a été la fortune de leurs théories.

En 1792, l'anglais Evanson niait déjà l'authenticité de l'épître, dans son livre The dissonance oj the four generally received Eoangelists, p. 257-261. Les Actes montrent qu'il n'existait pas d'Église à Rome; saint Paul n'a pu connaître les nombreuses personnes mentionnées dans l'épître; Aquila et Priscille n'ont pu s'y trouver à cette époque; Rom., xi, 12, 15, 21, 22 supposent la destruction de Jérusalem et n'ont donc été

('(rit s qu'après l'an 70 : tels sont les arguments invoqués. Ces arguments furent repris par Bruno Bauer en 1K.Y2, dans Krilik der paulinischen Briefe, 1850-1852; et dans Christus und die Câsarcn, 1877, puis par l'école hollandaise, dont les principaux représentants sont Loman, Van Manen, Voelter. Selon Loman, le Christ n'est point un personnage historique. Saint Paul a sans doute existé au ier siècle, mais les lettres qu'on lui attribue sont du ne siècle. Les arguments de Loman contre l'authenticité de l'épître sont : le silence des Actes sur l'Église de Rome; l'« incohérence » des sections dont se compose l'épître. La diversité des opinions concernant l'état de l'Église de Rome vers l'an 58 montrerait que l'épître ne répond à aucune situation historique bien définie. Cf. Loman (A. D.), Quœstiones Paulinie, dans Theologisch Tijdschrift, Leyde, 1882, 1883, 1886. En 1867, C. H. Weisse suivit une autre voie pour nier, au moins partiellement, l'authenticité de l'épître. Il prétendait distinguer, par le seul fait du style, les éléments authentiques et les interpolations : Beitràge zur Kritik der paulinischen Briefe an die Galater, Rômer. Philipper und Kolosser, Leipzig, 1867. Il fut suivi par D. Voelter et Van Manen.

Voelter admet un fond authentique composé des éléments suivants : i, la, 5, 6; 8-17; v-vi sauf v, 13, 14, 20, vi, 14, 15 ; puis xii-xm, xv, 14-32 ; xvi, 21-23. Tous ces passages seraient authentiques car ils portent la marque de l'originalité, leur christologie est primitive, exempte de la théologie de la préexistence et des deux natures. Un premier interpolateur aurait ajouté i, 18m, 20 (excepté H, 14-15 qui seraient d'une main plus tardive); vin, 1,3-39 et i, 1&-4. Là, en effet, la christologie est plus avancée : Jésus-Christ est présenté comme le Fils de Dieu préexistant. Un second interpolateur aurait ajouté m, 21-iv, 25; v, 13, 14, 20; vi, 14-15; vu, 1-6; ix; x; xiv, 1-xv, 6. Il aurait écrit vers l'an 70. Antinomien décidé, il regardait la Loi comme mauvaise. Un troisième interpolateur aurait ajouté vu, 7- 25; vm, 2; un quatrième, xi; n, 14-15; xv, 7-13; un cinquième, xvi, 1-20; un sixième, xvi, 24 ; un septième, xvi, 25-27. Cf. D. Voelter, dans Theologisch Tifdschrift, 1889, p. 265 sq. ; Die Composition der paulinischen Hauptbriefe; I, Der Rômer-und Galaterbrief, Tubingue, 1890; Paulus und seine Briefe. Kritische Untersuchungen zu einer neuen Grundlegung der paulinischen Briefliteratur und ihrer Théologie, Strasbourg, 1905.

Van Manen essaye une reconstitution du texte marcionite qu'il regarde comme le texte original. En dehors de ce texte il ne voit que des interpolations. Cf. Van Manen, De Brief aan de Romainen, 1890 1896, traduit en allemand par Schlœger, Die Unechthe.it des Rômerbriefes. Leipzig, 1906; Encyclopœdia biblica, art. Paul. § 1-3, 33-51, t. m, col. 3603-3606, 3620-3638; Romans et Galatians, t. iv, col. 4128 sq. et t. il, col. 1618 sq. Sur l'école hollandaise, voir Van den Bergh van Eysinga, Die hollândische rudikale Krilik des Neuen Testaments, Iéna, 1912. Moffat voit dans l'œuvre de Van Manen la négation môme de la critique : « Si la méthode qu'il applique (cf. E.Bi., 4127-4145) est légitime, il faut renoncer à toute critique, soit biblique, soit même simplement littéraire », J. Moffat, An introduction lo the lilerature of the New Testament, Edimbourg, 1927, p. 142. Ses arguments sont en effet de pures hypothèses où il prend le rêve pour la réalité. Le cas des épîtres pauliniennes n'est point comparable à celui des écrits apocryphes ou d'autres ouvrages de l'antiquité pour lesquels on a de sérieuses raisons de tenter la division des sources. Ceux-ci ne nous sont point parvenus dans le texte original. Nous n'avons point pour eux la garantie de multiples témoins du texte, comme poulies écrits du Nouveau Testament. En outre, la théorie des interpolations invoque surtout la doctrine. L'Épître aux Romains, dans son ensemble, supposerait la rup-

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