‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 3)Chapitre 439 sur 470 · ROMAINS (ÉPITRE AUX). TÉMOINS DU TEXTE · texte numérisé non relu

ROMAINS (ÉPITRE AUX). TÉMOINS DU TEXTE

l'avons déjà noté, distribue les épîtres pauliniennes en deux groupes. En tête du premier groupe, il place la première aux Corinthiens, et à la fin de ce groupe, c'està-dire au neuvième rang, l'Épître aux Romains. Tertullien assigne la même place à ces deux épîtres, bien qu'il ne suive pas le même ordre pour les autres. Cf. Adv. Marc, iv, 5, P. L., t. n (1844), col. 366. Il en est de même pour saint Cyprien. Cf. Th. Zahn, Geschichte des N. T. Kanons, t. ii, p. 59 sq. et 344-354.

Marcion suit un ordre tout différent. Il donne d'abord le groupe des quatre grandes épîtres dans l'ordre suivant : Gai., Iet II Cor., Rom.; puis le groupe des autres épîtres sauf les pastorales : I et II Thess., Laodic. (Ephes.), Col., Philip., Philem. A-t-il voulu, pour chaque groupe, suivre l'ordre chronologique? C'estpossible; mais il a pu également placer l'Épître aux Galates la première parce qu'elle était la plus hostile aux judaïsants. En tout cas l'on ne saurait le regarder comme un témoin de l'ordre traditionnel le plus ancien des épîtres.

Ce n'est qu'à partir du ine siècle que l'Épître aux Romains est mise en tête de la liste. Cf. Zahn, Rômerbrief, p. 1 sq. Elle l'est déjà dans P", papyrus Chester Beatty. Saint Athanase, dans sa Lettre pascale, en date de 367, P. G., t. xxv, col. 1437, dit que les épîtres sont inscrites dans l'ordre suivant : « En premier lieu l'Épître aux Romains... ». Il n'affirme d'ailleurs point, comme on le lui fait dire, que cette épître a été écrite la première. Il reproduit simplement une liste où sont inscrites les épîtres ttj T<iJ;ei ypaç6|j.svai

OÛTOÇ.

La liste du Codex Claromontanus (Dp), liste plus ancienne que le ms. et probablement du ive siècle, place également l'Épître aux Romains la première; cet ordre a prévalu dans les listes postérieures.

Les listes primitives attestées par le Canon de Muratori, Tertullien, Cyprien, Origène plaçant I Cor. en tête des épîtres, ont fait croire à Zahn que la première collection avait été faite à Corinthe. Le fait serait confirmé par la lettre de saint Clément, xlvii, 2, vers l'an 96, cf. Zahn, Geschichte des N. T. Kanons, t. i, p. 835 ; Harnack a partagé cette opinion en s'appuyant sur I Cor., i, 2. Die Briefsammlung des Apostels Paulus, p. 8 sq.

2° Les témoins du texte. — Les témoins du texte de l'Épître aux Romains se répartissent en trois groupes représentant chacun un type de texte.

1. Le premier groupe comprend ceux qui appartiennent aux types appelés neutre et alexandrin dans le système de Westcott-Hort ; d'abord les plus anciens onciaux, qui paraissent le plus exempts de retouches, d'additions, de corrections harmonisantes. 11 comprend également les versions coptes ou égyptiennes et les écrits des Pères de l'Église d'Alexandrie. Von Soden regarde tous ces témoins comme fournissant un texte revisé sous l'influence d'Hésychius entre le me et le ive siècle. Cette hypothèse, qui n'est pas suffisamment établie, déprécie la valeur des plus anciens témoins, c'est-à-dire des onciaux du ive et du ve siècle. Lietzmann, dans son introduction à la critique textuelle des épîtres de Paul, groupe tous ces témoins sous le titre de « texte égyptien ». An die Kômer; Einjùhrung in die Textgeschichte der Paulusbriefe, p. 6 sq. ; von Soden l'appelle type H; Lagrange, type B. Cf. Lagrangc, Critique textuelle, t. il, p. 466 sq.

A ce groupe appartiennent les onciaux suivants : N ou S [01 ; 8 2], Sinaïticus, du ive siècle. Il contient toute la Bible. — B [03 ; 8 1 ], Vaticanus, du rv< siècle. H contient toute la Bible. Pour les épîtres de saint Paul il offre des retouches dans le sens du texte dit occidental et semble parfois moins sûr que N. Toutefois il ne faut pas exagérer l'influence du texte occidental sur ce ms., au point de le regarder comme une recension

du type D. Cf. Lagrange, Critique textuelle, t. n, p. 466 sq. — A [02; 8 4], Alexandrinus, du ve siècle. Il contient toute la Bible. Les corrections ou variantes singulières qu'il offre l'ont fait regarder comme représentant un type de texte alexandrin. En réalité, tout en appartenant pour le fond au groupe B ou H (groupe égyptien), il se rattache, par la tenue littéraire, au type syrien ou antiochien. — C [04 ; 8 3] Codex Ephrœmi rescriptus, palimpseste du Ve siècle. Il contient toute la Bible, mais offre des lacunes : pour l'Épître aux Romains, n, 5-m, 21 ; ix, 6-x, 15 ; xi, 31-xm, 10.

Parmi les cursifs signalons surtout 33 [8 48] = 17 parmi les pauliniens. Minuscule du ixe ou du xe siècle. Voir "Westcott-Hort, The New Testament in the original greek, Introduction, § 211.

Parmi les papyrus d'Oxyrhynque, quelques-uns nous ont conservé des fragments de l'epître : P10 \Oxyr., n, 209] de l'an 316 environ, contient Rom., i. 1-7. Ce n'est pas un fragment de ms. ; les uns y voient un exercice d'écriture, d'autres une amulette. Il est dans la ligne du Vaticanus. Cf. Nestle-Dobschùtz, Einfulirung in das griechische Neue Testament, 1923, p. 144 ; Deissmann, Liehl vom Osten, 4e éd., p. 203 sq.

— P'-6 \Oxgr., xi, 1354], du vie ou du vne siècle, contient Rom., i, 1-16. Texte en assez mauvais état. — ■ P2' [Oxyr., xi, 1355], du IIIe siècle, contient Rom., vm, 12-22, 24-27, 33-39 ; ix, 1-3, 5-9 ; en très mauvais état. Il s'accorde avec le Vaticanus. — P32 [Hunt, 1911], du vie ou du viic siècle, contient un fragment de Rom., xn.

— P40 [Heid'ilberg, 45]. du ve ou du vi8 siècle, contient Rom., i, 24-27. — Ces papyrus, spécialement P10 et P27 témoignent de la haute antiquité du texte représenté par le Vaticanus.

P" ou papyrus Chestei Beatty est un codex des épîtres de Paul datant du commencement du me siècle. Il a été récemment publié par F. -G. Kenyon, The Chester Beatty biblical papijri, fasc. 3, Pauline Epistles and Révélation, Londres, 1934.

Il se compose de dix feuilles ne contenant que des fragments de certaines épîtres. Pour l'Épître aux Romains, il contient Rom., v, 17-vi, 3,5-14 ; vin, 15-25, 27-35 ; ix, 22-32 ; x, 1-11, 12-xi, 2, 3-12, 13-22, 24-33. Une autre partie du manuscrit, trente feuilles, a été publiée par H. A. Sanders, A Third-Century papyrus oj the Epistles of Paul, University of Michigan, 1935, et reproduit par Kenyon dans un supplément au fasc. 3 mentionné ci-dessus, Londres, 1936. Le codex comprend ainsi les cinq sixièmes des épîtres pauliniennes. Cette seconde partie contient Rom., xi, 35 à la tin. L'Épître aux Hébreux, i-ix, 26, y est placée immédiatement après Rom. Le papyrus place la doxologie, xvi, 25-27, entre les f. 32 et 33 du c. xv.Il détache ainsi le c. xvi, 1-23 comme une entité distincte, mais il marque en même temps l'unité du c. xv avec le reste de l'epître. Il s'accorde le plus souvent avec B puis avec A et X. Il marque une tendance à rondre le texte plus coulant par de légères modifications ou des omissions. Ce texte appartient donc nettement au groupe « égyptien » bien qu'on y rencontre déjà la tendance à rendre le texte plus clair et plus coulant, tendance qui caractérisera plus tard le texte antiochien ou Koiné. Il s'accorde aussi assez souvent avec D, mais il reste étranger à bon nombre de corruptions de DG. Il donne l'impression que ces corruptions sont allées en s'augmentant, du papyrus jusqu'à D. En somme ce ms., contemporain d'Origène, est en faveur de l'antiquité et de la valeur du texte égyptien dont le principal représentant est B. Sanders n'est pas éloigné d'y voir le texte neutre de Westcott-Hort. Voir Lagrange, Critique textuelle, t. II. p. 473 sq. et 652 sq.

Au même groupe appartiennent les versions coptes. 1. Version sahidique, dans le dialecte de la haute Egypte, vraisemblablement du me siècle ; édition cri-

ROMAINS fEPITRE AUX). TÉMOINS DU TEXTE

tique par G. Horner, The coptic version of the N. T. in Ihc Southern dialcct, t. iv, The Epistles of S. Paul, Oxford, 1920. — 2. Version bohaïrique, dans le dialecte de la basse Egypte, pas antérieure au ive ou même au v siècle ; édition critique par G. Horner, The coptic version of Ihc N. T. in the Northern dialect., t. in, Oxford, 1905.

A ce groupe se rattache aussi le texte d'Origène. Le commentaire de l'Épître aux Romains ne nous est parvenu que dans la traduction latine de Rufin, P. G., t. xiv. Certaines leçons latines appartiennent clairement à Rufin. On n'a donc point toujours la certitude que les leçons du texte latin de Rufin reproduisent celles du texte grec d'Origène. Toutefois un ms. grec du x1' siècle, trouvé au Mont Alhos par von der Goltz, nous a conservé le texte grec suivi par Origène dans son commentaire de l'épîlre : Laura Alhos, 184, BG4 [17.H9 ; a 78). Cf. O. Bauernfeind, Der Rômerbrieflcxt des Origenes, dans Texte und Unlers., t. xliv, 1923, fasc. .'5. La meilleure étude sur cet important ms. est celle de Kirsopp Lake, Six collations of New Testament manuscripts (Harvard tleological sludies, t. xvn), p. 141-219, Cambridge, 1932.

Ce texte est plus près du texte égyptien que des deux autres. Lagrange estime que l'on ne saurait le qualifier de césaréen bien qu'il soit probablement originaire de Césaréi-. Cf. Lagrange, Critique textuelle, t. n, p. 470 sq.

A ce groupe il faut ajouter enfin les leçons de saint Athanase et de saint Cyrille d'Alexandrie, dans U-s fragments qui nous restent de son commentaire sur l'Épître aux Romains, P. G., t. lxxiv, col. 773-855.

2. Le second groupe de témoins représente le texte dit occidental. Il comprend des éléments assez divers. Von Soden l'appelle type /, Lagrange, type D, de son principal représentant, DP.

Ce groupe comprend d'abord les onciaux grécolatins dont le texte grec dépend assez souvent de l'ancienne version latine remontant au nc siècle et connue surtout par les citations des Pères latins antérieurs à la Vulgate :

Dp [06; a 1020], Codex Claromontanus, qu'il ne faut pas confondre avec D«, Codex Bezœdes Évangiles et des Actes. Il est du vr8 siècle ; le texte est disposé sur deux colonnes, à gauche le grec, à droite le latin. Le texte latin est celui de l'ancienne latine avant saint Jérôme ; il n'a donc point été fait pour le ms. Il diffère du texte grec dans Rom., iv, 9 ; v, 6, 14 ; vi, 5 ; xiv, 5. Le grec offre une lacune pour i, 1-7, il a été suppléé dans i, 27- 30 par une main tardive, ainsi que le latin dans i, 2 1 27. On cite Dsr ou D pour le texte grec et d pour le latin. —jEf [06; a 1027], du ix' siècle, n'est qu'une copie de DP, non un témoin distinct, li contient les passages omis dans DP, mais offre des lacunes pour Rom., vin, 21-33 et XI, 15-25. — Gp [012; a 1028], Codex Boernerianus (du nom du professeur Boerner de Leipzig, 1705), du ix1' siècle; grec-latin interlinéaire; il offre une lacune pour Rom., i. 1-5. Il est cité GST pour le grec cl g pour le latin. Dans DP et GP le grec a souvent été influencé par le latin; cf. Rom., i, 32; vin, 20; xn, 9; xin, 12. FP [010; y 1029], Codex Augiensis (de Reichenau, Augia dives), du ix" siècle. Le grec dépend de G et le latin est très proche de la Vulgate. Ce n'est donc pas un témoin ayant une autorité

propre. H offre une lacune pour Rom., i. 1 m, 19. — 2 [018; a 1], pa'impseste du v siècle, au Vatican, gr. 2001. v. Cf. Batiffol, L'abbaye de Rossano, 1891, p. 02. 71 sq. : von Soden, Die Schriften des Neuen Testaments, 1. 1, 1, p. 215. Il ne contient de l'Épître aux Romains que xm. 1 xv, 9 (fol. :iu.">>.

A ce même groupe appartiennent les représentants du texte latin de l'ancienne version latine. D'abord le texte latin de DP, BP, GP cités d, e, g. A noter que </

et g sont les seuls qui aient une originalité propre. Voir plus haut, col. 2851. Mentionnons également gw ( Guelfcrbglanus) de Wolfenbtittel, palimpseste gothique du viP siècle, qui contient des fragments de Rom., xi-xv. Cf. \V. Streitberg. Die gotischc Bible, t. i, Heidelberg, 1908, p. xxvi, 237-249.

Puis les Fragments de Freising, publiés par dom de Bruyne, Rome, 1921, probablement d'origine espagnole, des VIe et vu" siècles. Ils sont notés dans Nestle- Dobschutz, Einfûhrung in das griechische Neue Testament, ]). 105 : rpl, rp2, rp"; ils contiennent Rom., v, 16-Vi, 19 et xiv, 10-xv, 13. l'n autre fragment de l'Épître aux Romains, de Heidelberg. du vie siècle. contient quelques versets : v, 14, 15, 17, 19, 20, 21 ; vi, 1-2. Il est noté rp* dans Nestle-Dobschutz, ibid. Cf. R. Sillib, Fin Bruchstùck der augustinischen Bibel, dans Zeitschriftf. d. N. T. Wissenscliafl, 1900, p. 82-86.

Il faut ajouter aux manuscrits les citations des plus anciens Pères latins : saint Cyprien, Priscillicn, Tertullien, le traducteur de saint Irénée ; puis les textes des commentaires antérieurs à la Yulgatc : l'Ambrosiaster (366-381), à Rome; son texte diffère sensiblement de celui de saint Cyprien, mais ressemble à celui de Lucifer de Cagliari, son contemporain. Cf. A. Sou ter, Astudy of Ambrosiasler,\>. 195 sq., dans Texts and Sludies, t. vii,4, Cambridge, 1905. Pelage, dans les deux principaux manuscrits qui nous l'ont transmis, l'un du vmc-ixa siècle et l'autre du xve, le texte biblique a été parfois corrigé dans le sens de la Vulgate. D'autres manuscrits ont conservé le texte de l'ancienne latine. Cf. A. Souter, Pelagius's expositions of thirlecn epistles of S. Paul, Cambridge, 1926-1931. S. Augustin, Fxpositio inchoala in Ep. ad. Romanos, P. L.,t. xxxvi, col. 2063-2147. Le Spéculum, P. L., t. xxxiv, col. 994 sq., qui date de 127, donne un texte conforme à la Vu'gatc, sauf dans les introductions. Cet accord avec la Vulgate peut être l'œuvre d'un correcteur.

D'après Lagrange, Critique textuelle, t. Il, p. 189 sq., l'ancienne version latine de saint Paul est une dans son origine. Les différences depuis Cyprien jusqu'au Ve siècle s'expliqueraient par le fait de recenseurs qui ont travaillé sur le même fond. La preuve en serait que certaines erreurs de traduction se retrouvent partout. La comparaison avec Tertullien, qui traduisait à sa manière, rend la chose encore plus vraisemblable. Cette version serait née en Afrique, dès avant Cyprien. Cf. aussi H. Rcensch, Das Neue Testament Tertullians, Leipzig, 1871 ; II. von Soden, Das laleinische Neue Testament in Africa zur Zeil Cijprians, Leipzig, 1909 = Texte u. Unters.. t. xxxiii, p. 589-593 (n'a utilisé que les citations de saint Cyprien); E. Diehl, Zur Textgeschichte des lateinischen Paulus, dans Zcitschrift fur die N. T. Wissenscliafl, 1921, p. 97 sq.

La Vulgate des épîtres pauliniennes est-elle l'œuvre de saint Jérôme comme celle des évangiles? A s'en tenir aux affirmations de saint Jérôme et aux données de la tradition, la chose ne semble pas douteuse. La comparaison de la Vulgate des épîtres avec celle des évangiles est favorable à l'opinion traditionnelle : on y remarque la même tendance à se rapprocher du grec, à réagir contre les leçons du texte occidental ; les mêmes caractères littéraires : choix des mots et constructions. Mais saint Jérôme a fait celte revision après ses commentaires datant de l'an 387 et dont le texte est sensiblement différent de celui de la Vulgate. On ne saurait donc invoquer le texte de ces commentaires pour prouver (pie la revision n'a pas été faite. D'ailleurs elle a élé moins profonde que celle des évangiles, car les épîtres n'offraient pas la variété de leçons (pie l'on trouvait dans les évangiles. En un mot, la Vulgate de saint Jérôme n'est point une traduction nouvelle, mais bien une revision de l'ancienne latine sur plusieurs manuscrits grecs. Elle offre donc et des

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