‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 3)Chapitre 73 sur 470 · RABAIS' MAUR. ŒUVRES · texte numérisé non relu

RABAIS' MAUR. ŒUVRES

1er dans Mon. Germ. hisl., Poelie, t. n. Les poèmes de Raban célèbrent ses amis, ses bienfaiteurs; d'autres sont des inscriptions pour les églises ou les autels consacrés par lui; ce sont encore des épitaphes, la sienne en particulier; des hymnes religieux : il est fort possible que le Veni, Creator soit de lui. Suivant l'habitude de son maître Alcuin, il fait précéder bon nombre de ses ouvrages d'une dédicace en vers. Dans l'ensemble, l'inspiration et la forme sont assez médiocres : imitation ou réminiscences des devanciers, classiques ou non, y tiennent une grande place.

Parmi les œuvres poétiques, il faut faire une place à part à une œuvre étrange, qui s'apparente de très près à nos mots carrés, en losange, etc., mais sur une vaste échelle. Il s'agit du poème intitulé Liber de Cruce ou encore, De laudibus sanclse Crucis. P. L., t. cvn, col. 133-294. C'est une œuvre de jeunesse, mais le nombre de manuscrits qui nous restent et qui furent exécutés à Fulda, sous les yeux de l'auteur, montrent qu'il n'était pas peu fier de sa virtuosité. De fait, un pareil travail suppose une connaissance extrêmement riche de la langue. Raban l'offrit à un grand nombre d'amis et de personnages divers, comme en témoignent les multiples dédicaces qui précèdent le texte imprimé. Comme le titre l'indique, le poème est destiné à glorifier la croix du Sauveur; il se compose d'un texte en vers et en prose, et de figures : les vers se lisent normalement de gauche à droite ; mais, au milieu des vers sont inscrites des figures variées, les unes purement géométriques, les autres représentant des personnages: l'empereur, Notre-Seigneur en croix, des chérubins, Raban lui-même, les animaux prophétiques, etc. Dans ces figures, d'autres vers sont inscrits, suivant les lignes diverses, et, offrant, avec des lettres empruntées au fond, un sens spécial, et comme un second poème. Une notice explicative (qui n'est pas superflue) accompagne chaque tableau. La typographie de Migne permet de se faire une idée des originaux, mais le dessin évidemment ne rend pas les miniatures, qui sont fort belles. Cf. Boinet. Notice sur deux manuscrits à miniatures exécutés à l'abbaye de Fulda, dans Bibliothèque de l'École des Chartes, année 1904, t. lxv.

3° Consultations et correspondance. — Il n'existe pas un recueil des lettres de Raban Maur, comme il existe par exemple une « Correspondance de Loup de Ferrières ». Dummler, qui en a rassemblé cinquante-sept, dans Mon. Germ. hisl., Epist., t. v, p. 377-516, cf. p. 517-533, est obligé, pour obtenir ce chiffre, de faire iigurer dans sa collection les dédicaces et lettres d'envoi qui précèdent les différents traités; quant aux autres, il reconnaît que ce sont plutôt de petits traités que des lettres proprement dites; ainsi, le premier mot que nous avons placé comme titre de ce paragraphe paraît plus exact que le second : il arrive fréquemment que Raban soit consulté sur une question ou sur une autre; tantôt, il répond par un véritable ouvrage, c'est ainsi que l'ensemble de son œuvre donne l'impression d'avoir été exécutée sur commande; tantôt il répond par un simple mémoire. Cependant, de nombreux fragments, recueillis par Dummler et publiés par lui, à la suite des Epislolœ, montrent que la correspondance de Raban fut très vaste. Les « Centuriateurs de Magdebourg » avaient entre les mains une collection de ces lettres qui a disparu depuis.

1. Lettre à Drogon, archevêque de Metz, sur les chorévêques (P. L., t. ex, col. 1198-1206; Epist., p. 431-439). — Les chorévêques, collaborateurs des évêques, apparaissent en Occident, vers le milieu du vme siècle. Peu à peu, des prélats, peu empressés à s'acquitter de leurs fonctions, ou retenus près du souverain pour suivre les affaires publiques, se déchargèrent de leurs devoirs suide tels auxiliaires. Il dut en résulter des abus, des empiétements; aussi un mouvement d'opinion se créa-t-il

contre eux et il arriva que des préoccupations de discipline ecclésiastique faussèrent les principes de la théologie patristique sur la validité des actes accomplis par les chorévêques. Raban Maur prend leur défense : pour lui, ils ont réellement des pouvoirs épiscopaux, mais qu'ils ne doivent exercer qu'en dépendance de l'évêque dont ils sont les collaborateurs. Cf. Saltet, Les réordinations, Paris, 1907, p. 109-124. Dans le royaume de Charles le Chauve, où les proceres ecclésiastiques étaient fort animés contre eux, les Fausses décrétales leur portèrent un coup fatal.

2. Consultations diverses sur le mariage et la pénitence. — ■ Lettre à Humbert de YV'urzbourg sur les degrés de parenté qui empêchent le mariage. P. L., t. ex, col. 1083-1088; Epist., p. 445-447. — Reprise de la même question, dans une lettre à Lionose, abbé de Fulda, son successeur; puis examen de quelques difficultés concernant la magie et la superstition. P. L.. t. ex, col. 1087-1096; 1097-1108; Epist., p. 455-462. — Lettre à Réginbald, chorévêque, réponse à plusieurs questions sur la pénitence. P. L., t. ex, col. 1187-1196; Epist., p. 448-454. — Au même sur divers sujets. P. L., t. cxii, col. 1507-1510; Epist., p. 479-480. — Lettre au chorévêque de Strasbourg sur la pénitence à imposer à l'inceste et au parricide. Epist., p. 507-508.

3. Lettres concernant l'affaire de Gottschalk. — ■ Cette affaire de Gottschalk occupa théologiens, évêques et conciles pendant une bonne partie du siècle. Raban Maur qui la déclencha n'en vit pas l'issue; il se retira d'ailleurs de la controverse, bien avant de mourir, soit lassitude résultant de son état de santé, soit qu'il considérât l'affaire comme assez mal conduite par Hincmar.

Gottschalk encore enfant avait été offert — oblatus — à l'abbaye de Fulda, au temps de l'abbé Égil, pour devenir moine. Plus tard, arrivé à l'âge d'homme, il soutint que ses vœux ne l'engageaient pas, faute de consentement; il fit discuter son cas au concile de Mayence de 829. Le concile lui donna raison, mais Raban Maur, qui était alors son abbé, protesta dans une lettre à l'empereur, lettre qui constitue un véritable mémoire sur l'oblature des enfants. P. L., t. evn, col. 419-440, Liber de oblalione puerorum. La question est traitée en termes généraux et Raban conclut que les engagements pris ainsi au nom des enfants par leurs parents peuvent être parfaitement valides. Quoi qu'il en soit, Gottschalk ne resta pas à Fulda, il partit pour le monastère d'Orbais, au diocèse de Soissons, où il fit profession. Là, il se mit à l'étude de saint Augustin, se fit bientôt un certain renom de compétence et entra en relations avec quelques-uns des meilleurs esprits de son temps. C'est au cours d'un voyage qu'il fit en Italie que ses prédications et ses discussions commencèrent à inspirer des doutes sur son orthodoxie. A son retour de Rome (date incertaine) il séjourna quelque temps dans le Frioul, chez le gouverneur Éberhard. Celui-ci était un ami personnel de Raban Maur qui lui avait peu auparavant envoyé en hommage son Liber de Cruce. Au Frioul, Gottschalk rencontra par hasard l'évêque nommé de Vérone, Noting, et eut avec lui des discussions théologiques. La gemina prsedestinatio est déjà son leit-motiv. Quelque temps après, Noting se rencontra avec Raban auprès de Louis le Germanique et lui demanda son opinion sur la question. Raban répondit par une lettre dans laquelle, d'après Prosper d'Aquitaine, et d'après Y Hijpomnesticutn qu'il croit être de saint Augustin, il réfute la thèse de Gottschalk : Epislola ad Nolingum, cum libro de prœdeslinalione. P. L., t. exil, col. 1530-1553. Cette lettre serait de 840, à l'estimation de Dummler. Epist., p. 428. Plus tard, vers 846-847, Raban écrivit à Éberhard, lui expliquant que Gottschalk a trahi la pensée de saint Augustin, que celui-ci n'a jamais enseigné la double prédestina-

RABAN MAUR — RABBOULA

tion, et qu'il ne faut pas confondre prédestination et prescience : Dieu prédestine au salut ceux qui seront sauvés, mais il prévoit seulement ia damnation des autres, qui n'aura pour cause que leur mauvaise volonté. Epislola ad Heberardam comitem, ibid., col. 1553- 1562; Episl., p. 481-187.

Là-dessus, Gottschalk viril à Mayence vraisemblablement pour s'y justifier, et le synode d'octobre 848 eut ù se prononcer sur la controverse. Le résultat fut la condamnation de Gottscbalk, lequel fut mis en état d'arrestation et expédié à Hincmar, métropolitain de Reims, de qui il dépendait comme moine d'Orbais. Une lettre de Haban, qualifiée de « synodale » expose à Hincmar les conclusions du concile. Epislola synodatis ad Hincmarnm archiepiscopum lUicmcnscm, P. L., t. cxii, col. 1574-1575.

Après diverses péripéties que nous n'avons pas à raconter ici, Gottschalk réussit à répandre ses idées en divers opuscules et à intéresser à sa cause des théologiens de valeur, comme Ratramne de Corbie, et Loup de Ferrières, des évoques comme Prudence de Troyes, etc., de telle façon qu'Hincmar se vit dans une situation fâcheuse, suspect, à son tour, d'avoir altéré dans un sens pélagien la pensée de saint Augustin, ce qui était évidemment la plus grave infidélité que l'on pût commettre à l'égard de la doctrine du maître. D'autre part, on l'accusait d'avoir manqué de douceur envers son prisonnier, qu'un concile de Quierzy avait fait fouetter, et qu'il détenait sous sa surveillance directe, non pas à Orbais, au diocèse de Soissons dont l'évêque Rothade lui était suspect, mais à Hautvillers dans son propre diocèse. Inquiet de la tournure que prenaient les choses, Hincmar écrivit donc à Raban pour avoir son opinion sur le fond du problème et des indications pratiques sur la conduite à tenir. Nous sommes un peu avant Pâques de l'année 850. A la lettre de Hincmar, Raban répondit aussitôt, lui envoyant ses propres écrits sur la prédestination, à savoir la lettre à Noting et la lettre à Éberhard, promettant une réponse plus complète plus tard. C'est la seconde lettre de Raban à Hincmar, elle n'est pas dans Migne; mais on la trouve dans Diimmler, Episl., p. 487-489.

La réponse promise fut envoyée un peu plus tard : P. L., t. cxii, col. 1518-1530; Episl., p. 490-499. Elle n'ajoute rien de bien nouveau à ce que nous savions déjà par les lettres précédentes à Noting et à Eberhard, auxquelles, d'ailleurs, Raban renvoie; il affirme être tout à fait d'accord avec Hincmar contre Prudence et Ratramne, qui ont tort de soutenir Gottschalk. Mais la vieillesse, dit-il, et la maladie l'empêchent d'intervenir désormais activement dans le débat.

De fait il n'interviendra plus, mais ses lettres constitueront des pièces importantes pour le procès qui va se continuer sans lui; Hincmar sera heureux de pouvoir s'appuyer sur son autorité, mais un adversaire. Florus de Lyon, écrira que Raban dans sa lettre à Noting est « tout à fait en dehors de la question ». Dont Cappuyns, Jean Scol Erigènc, p. 120.

Une lettre de Raban à Hincmar sur la Trina Dr i las et publiée par Dummler, op. cit., p. 499-500, se place vraisemblablement avant celle que nous venons de citer : c'était là encore un des points de doctrine que Hincmar reprochait à Gottschalk. Dom Cappuyns, op. cil., p. 84 et 109.

I. Éditions. - I.e célèbre érudit .1. do Pamèle (t 1587) avait préparé lis matériaux d'une édition complète de Raban Maur; celle-ci ne parut que quarante ans après la mort de PanuMe, par les soins de Colvener, chancelier de l'université de Douai. Rabani Maurl opéra, a. Pamelio collecta, emissa studio G. Colvenerll, Cologne, 1626-1827,6 vol.,in-fol. C'est cette édition qui a servi de base à celle de la /'. L., t. CVH-CXII, 1851-1852. — ■ E. I> miniler a donné une édition

très soignée des œuvres poétiques dans Mon. Gertn. hist., Poètes Ici., t. n, 1894, p. 159-258; et des lettres, même collection, Iii>ist., I. v, 1899. p. 379-533. — A. Knopfler a donne une édition du De inslitnlione clcricorum libri 1res, Munich, 1900 = Vcrôfljnllichungen aus dem kirclienhisloriselien Semiimr Munelien, n. 5.

II. Travaux. — ■ 1° Généraux. — Mabillon, Acta sanctor. ord. S. Ben., éd. de Venise, t. vi, p. 1-45; du même Annales un/. .S'. Ben., t. n, passim, voir la table, p. 7Ô0-761 ; R. Ceillier, Histoire des auteurs sacrés et eccles., 2e éd., t. xu: Kbert, Allgemeine Gesch. der Lilerat. des M. A., t. n, p. 120-145; A. Hauck, Kirchengesch, Deulschlands, 3C-4C éd., t. n, Leipzig, 1912, passim, voir table alphabétique, p. 846i M. Manitius, Gesclt. der lat. Lileratur des M. A., 1. 1, Munich, 1911, p. 283-302; I.. Maître, Les écoles épiscopalcs et monastiques en Occident avant les universités = Archives de la hranee monastique, t. xxvi, 1924; Laistner, Thought and lelters in Western Europe A. D. 500 to 900, Londres, 1931.

2° Particuliers. — ■ Outre les introductions de Dummler et Knopllcr, aux éditions citées, voir surtout : E. Dummler, Hrabanstudien dans Siizungsberichle der Berliner Akademie, 1898, t. i, p. 24-43; Kunsttnann, Hrabanus Magnentius Maurus, Mayence, 1841 ; E. Kohler, Hrabanus Mourus und die Schule zu Fulda, Leipzig (dissert, inaug.); sur les commentaires scripturaires : Schônbach, dans Silznngsbrrirhle der Wiener Akademie, phil.-hist. Klasse, t. cxlvi, 1903, fasc. 4, p. 79 sq.; .1. llablitzel, Hrabanus Maurus, ein Beitrag zur mittelall. Exégèse = Biblische Sludien, t. xi, fasc. 3, FrK>ourg-en-R., 1906; sur la doctrine sacramentelle : F. J. Scliell, Hrabani Mnuri de sacramentis Ecclesiœ doclrina (programme de Fulda), 18-lf>.

H. Peltier.

RABAUDY (Bernard de), dominicain mort en 1731. Il appartenait à l'une des principales familles de Toulouse, ville où il fut prieur, inquisiteur, professeur à la faculté de théologie. Sa doctrine était un thomisme strict et appuyé sur l'augustinisme, mais sans esprit étroit de polémique dans les controverses de son temps. Comme les questions relatives à la méthode de la théologie l'intéressaient grandement, au point que les ouvrages qu'il a publiés concernent en grande partie ces questions de méthode, U savait faire leur part à la théologie positive et à l'histoire. Le plan de son ouvrage ou plutôt de son monument théologique était grandiose, mais la réalisation s'avérait extrêmement compliquée. II voulait répandre sous le titre de Exercitationes theologicœ ad singulas parles summœ sancli Tlwmse docloris angelici, toutes les idées de saint Thomas, les commenter, les doubler d'une théologie positive et d'une casuistique thomiste. Aussi, des trois volumes qui parurent à Toulouse, in-8°, 1713, 1713, 1715 : 654 p., 800 p., 931 p., les deux premiers étaient entièrement consacrés aux prolégomènes et le troisième ne contenait que le traité De Deo uno. Le P. de Rabaudy n'en publia pas davantage. D'autres parties de son œuvre, déjà préparée et concernant la théologie des sacrements, demeurèrent manuscrites. D'une lettre du maître général des dominicains, le P. Cloche, il semble résulter que c'est le courage plus que le temps qui fit défaut au P. de Rabaudy pour mener à bien l'énorme entreprise.

R. Coulon, Scriptores ord. prtedicatorum... suppl., fasc. 7, Paris, 1914, p. 507-508.

M. -M. Gorce.

RABBOULA, évêque d'Édesse (t 7 août 436). I. Vie. II. (Euvrcs et doctrines.

I. Vie. — Sur la vie de Rabboula, l'on est renseigné soit par un panégyrique, œuvre d'un contemporain et d'un admirateur assez fortement teinté de monophysisme, soit par un long épisode de la Vie du moine Alexandre, fondateur du couvent des Acémètes à Constantinople. Cette dernière, qui parle surtout de la conversion de Kabboula, se raccorde mal avec la précédente, qui ne laisse pas d'être suspecte, elle aussi.

Il naquit à KenneSrin (le nid des aigles), le Chalcis des Romains, près de Bérée (Alcp). Son père était un

RABBOULA

prêtre païen, qui, dit-on, aurait offert un sacrifice à la demande de Julien l'Apostat, quand celui-ci traversa la région pour aller combattre les Perses en 363. Sa mère était au contraire une chrétienne accomplie. L'enfant fit de très bonnes études, soit en grec, soit en syriaque (le syriaque était sa langue maternelle). Ces études lui permettront un jour de prendre la parole en grec devant l'empereur à Constantinople; en attendant elles lui ouvrirent l'accès des fonctions publiques; il finit par devenir préfet. Cependant son père et sa mère s'efforçaient, chacun de son côté, d'amener le jeune homme à leur foi: sa mère crut réussir en lui faisant épouser une chrétienne. La mère, la femme et surtout la grâce divine travaillèrent à amener Rabboula à la foi du Christ. On l'adressa d'abord à l'évêque de KenneSrin, Kusèbe, qui, désespérant de le faire céder, l'amena au vieil Acace, évêque de liérée (Alep). Cf. Bedjan, Acla marlyrum et sanctorum, t. i, p. 1020 sq.; t. v, p. 628 sq.; J.-J. Overbeck, S. Ephrœmi syri, liabulœ episcopi Edesseni, Balsei aliorumque opéra selecla, Oxford, 1865, p. 159-162. Ces deux évêques l'éclairèrent et le guidèrent dans la recherche de la vraie religion. Ce qui contribua beaucoup à l'y amener ce furent les miracles opérés par un saint reclus du nom d'Abraham, au monastère de Markianos à Kennesrin même. Enfin il trouva définitivement la foi alors qu'il priait dans le sanctuaire des saints Cosme et Damien, et après y avoir été témoin d'un grand prodige.

Vers l'an 400, ce prosélyte fit partie d'un pèlerinage en Terre sainte et profita de la circonstance pour se faire baptiser dans le Jourdain. Ame ardente et cœur généreux, dès son retour dans son pays, il vendit ses biens, les distribua aux pauvres, quitta sa mère, sa femme, ses enfants et se retira au couvent de Markianos sous la direction du moine Abraham. A son exemple sa mère et son épouse en firent autant et entrèrent dans un monastère de religieuses. Trouvant la vie cénobitique trop facile et avide de perfection, Rabboula se fit ermite et pénétra dans le désert avec son ami Eusèbe pour mener une vie d'ascétisme plus intense. Héliopolis (Baalbeck), la ville païenne, le tenta; il y vint avec son compagnon pour y briser les idoles et v recevoir la couronne du martyre; mais sa tentative échoua. Cf. M.-J. Lagrange, Mélanges d'histoire religieuse : Un évéque syrien du Ve siècle, Rabulas d'Edesse, Paris, 1915, p. 195. L'authenticité de l'épisode est suspectée, à bon droit, par le P. Peeters. La Vie d'Alexandre l'Acémète attribue, au contraire, la conversion de Rabboula, qui était prêtre païen dans sa ville natale, à l'action d'Alexandre. Ses argumentations, ses miracles surtout, arrivent, non sans peine, à convertir Rabboula.

En 411 ou 412,1e siège d'Edesse étant devenu vacant par la mort de Diogène, les évêques d'Orient, réunis à Antioche, choisirent pour l'occuper le moine Rabboula; Acace de Bérée alla l'arracher à sa retraite pour l'élever au siège d'Edesse. Dieu l'avait ainsi préparé pour une mission délicate. Humble, zélé, dévoué, charitable et austère, tel fut ce saint évêque. Sa mort, d'après son biographe, eut lieu le 7 août 435. Le quantième du mois est exact; pour l'année, il vaudrait mieux au dire du P. Peeters s'arrêter a 436.

L'Église syriaque le considère comme l'un de ses grands saints et célèbre sa fête le 17 décembre. Peu après sa mort, un de ses familiers entreprit d'écrire la biographie que nous avons signalée: elle a passé pour l'un des meilleurs morceaux du genre, dans la littérature syriaque. Publiée par Overbeck, op. cit.. p. 160 sq., elle a été reproduite par Bedjan, Acla n.artyrum et sanctorum t. iv, p. 396 sq, et traduite en allemand par Bickell, Bibliothek der Kirchenvaler de Tallhofer. n. 1 02- 104. D'après Rubens Duval. « l'ascétisme rigoureux

DICT. DE TllÉOL. CATHOL.

dont Rabboula fut le modèle à Édesse, semble avoir été personnifié sous une forme vivante par la légende syriaque de L'homme de Dieu, légende qui eut un grand retentissement aussi bien en Occident (elle y est devenue la légende de saint Alexis) ([n'en Orient ». La littér. syriaque, p. 161.

II. OiuviŒS et doctrine. — L'œuvre écrite de Rabboula est assez mince. Telle qu'elle a été publiée par Overbeck, op. cit., p. 210-250; p. 362-380, elle peut se répartir de la façon suivante : 1. Un groupe de textes canoniques. 2. Des lettres. 3. Un discours prononcé à Constantinople. 4. Enfin quelques hymnes. Mais l'action de l'évèque d'Edesse n'a pas laissé d'être considérable. Nous étudierons cette action dans le domaine de la théologie', dans le domaine scripturaire, enfin dans le domaine canonique, en signalant au fur et à mesure les ouvrages qui entrent en ligne de compte.

1° Action théologique. — Pour en bien comprendre l'importance, il faut se souvenir qu'Édesse était le siège, au moment où Rabboula en était évêque, île la célèbre « école des Perses », inféodée dès cette époque à la théologie antiochienne, dont Théodore de Mopsueste était le représentant le plus brillant et le plus autorisé. Peu après la mort de Théodore, cette théologie trouvait en Nestorius, devenu archevêque de Constantinople en 428, un interprète qui allait très vite la discréditer. La lutte ne tardait pas à éclater entre lui et le patriarche d'Alexandrie, saint Cyrille. Voir art. Nestorius, t. xi. col. 9 1 sq. A la sommation adressée a Nestorius par le pape saint Célestin d'avoir à se régler sur l'enseignement traditionnel de Rome et d'Alexandrie, Cyrille ajoutait, de son chef, à l'hiver de 430, les « douze anathématismes «dont la publication, au moins intempestive, allait liguer contre la théologie alexandrine les représentants les plus en vue de la théologie antiochienne. Quelle fut dans ces conjonctures l'attitude de Rabboula?

S'il faut en croire son biographe — ou plutôt son panégyriste, — il aurait pris parti, dès le principe, contre Nestorius. On aimerait d'ailleurs avoir d'autre garant que cet auteur, qui manque totalement de doc trine, au sujet d'une intervention (pie Rabboula aurait faite à Constantinople même en faveur de la doctrine de la maternité divine de Marie, menacée, pensait-il, par les incartades de l'archevêque. Le biographe raconte, en effet, qu'avant eu l'occasion d'aller à la capitale, Rabboula y prêcha dans la Grande-Église, en présence même de Nestorius (le tyran, comme il l'appelle), alors protégé par le souverain, et qu'il prévint le peuple et tes souverains (Théodosc II et sa sœur Pulchérie?) contre les cireurs de l'archevêque. Un fragment s'est conservé, de lait, d'un sermon de Rabboula (Overbeck, op. cit., p. 233-244), qui pourrait avoir été tenu dans la capitale, et qui contient une affirmation explicite de l'unité de personne dans le. Christ, et de la légitimité du terme théotocos appliqué à la Vierge. Peut-être quelques expressions donnentelles à penser que l'orateur est moins ferme sur la dualité des natures, et il y a un passage assez dangereux sur «Celui qui, impassible par nature, a souffert dans son corps selon qu'il le voulait ». Somme toute, la Uni m du sermon correspond assez bien a la situation qui existait à Constantinople en 429-130; un voyage de Rabboula dans la capitale n'a rien d'absolument invraisemblable. On remarquera d'ailleurs qu'aux dires mêmes du biographe, l'évèque d'Edesse n'a pas lait ce voyage pour aller combattre Nestorius, ce qui, à cette date, n'aurait aucun sens, mais pour des raisons d'ordre surtout financier. Il n'est pas étonnant que, venu à Constantinople, il ait été invité à prêcher; son sermon a d'ailleurs la modération qui convient à un étranger parlant dans une des églises de la.

RABBOULA

capitale. Mais le discours ne serait-il pas un faux? Cf. E. Schwartz, Konzilstudien, Strasbourg, 1914, p. 23, n. 1.

Mais, dans l'hiver de 430-431, Rabboula va être amené à prendre plus catégoriquement position. An die de Samosate vient, sur l'ordre de Jean d'Antioche, de composer sa réfutation des anathématisines cyrilliens. Rabboula s'en émeut et écrit à son voisin une Ici Ire partiellement conservée. Overbeck, op. cit., p. 222. La doctrine soutenue par André lui paraît inquiétante, pour ne pas dire plus. La distinction des natures, après l'union, risque, dit-il, d'introduire la vieille distinction (déjà condamnée) des deux fils. A la suite de cette lettre, Overbeck publie un fragment d'une missive d'André à Rabboula, ibid., p. 223, mais ce ne peut être une réponse à la lettre précédente; il y est fait allusion à une condamnation publique que Rabboula aurait prononcée contre son collègue de Samosate, geste certainement prématuré à cette date.

Cependant le concile qui, dans la pensée de Théodose, devait dirimer le conflit entre Nestorius et Cyrille se réunissait à Éphèse, à la Pentecôte. Rabboula s'y rendit avec les autres évoques « orientaux », conduits par Jean d'Antioche. On sait que la représentation antiochienne arriva avec du retard, alors que la condamnation de Nestorius avait déjà été prononcée par la majorité groupée autour de Cyrille. Art. Nestorius, col. 114. Les « Orientaux » se forment eux-mêmes en un concile rival qui condamne l'œuvre de l'assemblée cyrillienne. Or, il semble bien que Rabboula, dans l'occurrence, ait suivi son chef, le patriarche d'Antioche. Cela résulte du fait que sa signature se lit, avec celle de ses collègues d'Orient, au bas de deux lettres adressées par le concile de Jean, l'une au peuple de Hiérapolis, l'autre aux délégués qui avaient été envoyés à Constantinople. Voir Synodicon Casinense, n. 96, 116, dans Schwartz, Acla concil. œcum., t. i, vol. iv, p. 45 et 67. Il n'y a pas lieu de s'arrêter à une conjecture faite, il y a longtemps déjà, par M.-J. Lafrange, selon laquelle le nom de Rabboula aurait été indûment ajouté à la liste des signataires. Mélanges d'histoire religieuse, p. 214.

Quoi qu'il en soit d'ailleurs, Rabboula, qui ne semble pas avoir eu d'hésitation au point de vue doctrinal, ne tarderait pas à se rallier complètement à la personne même de Cyrille. Si l'autorité de Jean d'Antioche avait pu le retenir, à Éphèse, dans le groupe des « Orientaux », à peine fut-il rentré à Édesse qu'il changea brusquement d'attitude. Cf. Wright, A short history of syriac lileralure, p. 47. Très vite, il fut considéré dans la Syrie euphratésienne comme le grand défenseur de Cyrille, le grand adversaire de la théologie antiochienne. Dans une lettre adressée par André de Samosate à Alexandre de Hiérapolis, un peu avant Pâques 432, Rabboula est dénoncé comme ayant cédé à des sollicitations venues de Constantinople, et comme s'étant déclaré ouvertement contre la doctrine antiochienne. Syn. Cas., n. 132 (43), Act. conc. œcum., loc. cit., p. 86; P. G., t. lxxxiv, col. 649. (Le texte fourni par Schwartz supprime une difficulté que Laissait le texte revu : il faut lire non pas in Constantinopoli suscipiens lilteras, ce qui supposerait un voyage de Rabboula à la capitale, mais a Conslantinopolim (sic) suscipiens lilteras). Dans les milieux «orientaux «on envisagea même L'hypothèse de rompre la communion avec l'évèque d'Édcssc; cf. Syn. Cas., n. 133(44), ibid., p. 87 et col. 650; n. 189 (101), ibid., p. 136 et col. 71(5. Les négociations qui se nouèrent alors autour de « l'Acte d'union » calmèrent un instant les esprits.

S'il était mis de côté par ses collègues de l'Orient, Rabboula se rattachait avec d'autant plus de force à Cyrille. Des relations assez suivies se nouèrent entre

eux dont il nous reste quelques témoignages dans des fragments de lettres. Rabboula signalait au patriarche le regain de faveur que trouvaient en ce moment les écrits des premiers docteurs antiochiens, Diodore et Théodore, (pie les partisans de Nestorius mettaient en circulation. Fragment dans Overbeck, op. cit., p. 225; plus complète dans les Actes du Ve concile. Mansi, Concil., t. ix, col. 247. Cyrille répondit en encourageant les efforts de l'évèque d'Édesse, et en lui adressant son traité De incarnalionc Unigenili, de même qu'il lui avait expédié antérieurement le Ilepl -rîjç op07(ç raoTecoç. Une traduction syriaque de ces ouvrages sciait très opportune pour combattre les erreurs des Antiochiens. Overbeck, op. cit., p. 226, texte plus complet que celui qui est donné dans les Actes du Ve concile. Mansi, ibid., col. 245. Au cours des négociations relatives à l'accord avec Jean, Cyrille prit encore l'évèque d'Édesse pour son confident. Voir Syn. Cas., n. 196 (108), Acl. conc. œcum., loc. cit., p. 140; P. L., t. lxxxiv, col. 721 ; cf. une autre lettre de Cyrille à Rabboula publiée par I. Guidi d'après le Val. si/r. 107 dans Rendiconli délia li. Accademia dei Lincei, 1886, p. 546, note 2. L'évèque d'Edesse entreprit alors la traduction des œuvres cyrilliennes. Il est certain que la version syriaque du Ilspi tîjç ôpQîjç 7TÎCTTea)ç, contenue dans Vadd. 14 557 du Rritish Muséum, est de lui. Texte publié dans Bedjan, Acla marlyrum et sanclorum, t. v, p. 628-696; cf. Wright, Catalogue of syriac mss. in British Muséum, t. il, p. 719. A. Baumstark est d'avis qu'on pourrait attribuer aussi à Rabboula la traduction d'autres écrits cyrilliens : IIpx roùç tîjç àvaToXîjç èmax<$7rouç; Hpôç toÙç ToXjxc7jv-aç auvv)Yopsïv toïç Nsaropîou S6y(i.a(Jt.v ; "On elç ô Xpiaxôç; Ilspl èvxvOpoOTïjascoç toj Movoyevo'jç. Gesch. der syr. Lilcr., p. 72, où l'on trouvera l'indication des mss. contenant ces traductions.

En même temps qu'il diffusait ainsi la « bonne doctrine », Rabboula combattait énergiquement la doctrine opposée. 11 faisait aux écrits des Antiochiens une guerre acharnée. Dans sa ville épiscopale même il aurait ordonné la destruction des livres de Théodore. Cf. Assémani, liibl. orient., t. m a, p. 86; t. m b, p. 73. Il interdisait à ses moines et à ses prêtres de jamais posséder ces ouvrages, leur ordonnant de s'adonner à l'étude de la vraie foi. Canons 10, 26, 75. Overbeck, op. cit., p. 215; cf. Nau, Les canons et résolutions de Rabboula, p. 79-91. André de Samosate, dans sa lettre citée plus haut, .Syn . Cas., n. 132 (43), et adressée à Alexandre de Hiérapolis, déclare qu'à Édesse Rabboula se comporte comme un tyran. Mais son action contre la doctrine antiochienne s'exerce aussi à distance; il semble bien être, avec Acace de Mélitène, L'instigateur de la lutte contre les écrits des maîtres antiochiens qui se déclenche alors en Arménie. Voir la lettre de Proclus aux Arméniens, dans Mansi, Concil.. t. v, col. 421. Le panégyriste de Rabboula déclare avoir réuni « quarante-six lettres de l'évèque adressées aux prêtres, aux empereurs, aux principaux personnages et aux moines »; il se proposait de les traduire du grec en syriaque < afin que ceux qui les liront apprennent quelle ardeur enflammait son zèle divin ». Cette collection, qui serait précieuse pour l'étude des origines du monophysisme syrien ne s'est pas conservée comme telle.

Cette action se heurtait d'ailleurs, à Édesse même, à une rude opposition; 1' « École des Perses » n'entendait pas se laisser déposséder de la théologie à laquelle elle s'était ralliée. Ibas, prêtre de Rabboula, en était alors le docteur le plus en vue. C'est vers ce moment, peu après la conclusion de l'accord de 133, qu'il adressait a Mari le Perse, évêque d'ArdaSir, la fameuse lettre où Cyrille est si malmène cl où Uabboula est appelé le tyran d'Édesse ». Voir Mansi, op. cit.,

RABBOULA

RABESANUS (LIÉVIN)

t. vu, col. 24 1 . Or, en 435 (ou 436), ce sera Ibas lui-même qui succédera à Rabboula. Il entreprendra dès lors une vive réaction contre l'œuvre de ce dernier, traduisant en syriaque les oeuvres de Théodore, propageant avec ardeur les idées qu'avait combattues son prédécesseur. Cette activité se heurterait d'ailleurs, elle aussi, à une très forte opposition. Voir Ibas et Trois Chapitres.

Il nous reste à relever dans ce qui s'est conservé des œuvres de Rabboula les autres indications dogmatiques.

Outre la maternité divine, Rabboula loue dans ses Hymnes, encore en usage dans la liturgie syriaque, la virginité de Marie, il l'appelle « parfaitement sainte ou sainte de toute manière ». Cf. Overbeck, p. 245 sq.

Dans ces mêmes hymnes, il glorilie le courage des martyrs, parle des âmes des défunts qui attendent et nos prières et la résurrection, de la pénitence et du ciel. On possède encore de lui un discours inédit sur les aumônes offertes pour soulager les âmes des défunts, et par conséquent on y trouve une preuve en faveur du dogme du purgatoire; il y prône la célébration des fêtes à propos de la commémoraison'des morts ; cf. ms. de la Laurentienne de Florence, Év. Assémani, Cat. cod. mss. Bib. Palat. Medic, p. 107; voir aussi les canons 33 et 36 dans Nau, op. cit., p. 86 sq.

Sa pensée sur la présence réelle, le sacrifice de la messe et ses effets n'est pas moins explicite. 11 semble que de son temps l'Église syriaque employait le pain azyme dans la liturgie. En eiTet il blâme les moines de Perrhes, dans sa Lettre à Gamalinus, et leur reproche de faire fermenter le pain devant servir au saint sacrifice et de s'en nourrir trois fois par jour apaisant ainsi leur faim et leur soif, avec le corps et le sang de Notre- Seigneur. .Mais il ne leur reproche pas de mettre de l'eau chaude, dans le calice, comme cela se pratique encore dans la liturgie byzantine; il dit aussi que l'on ne doit pas célébrer la liturgie les jours de jeûne. Cf. Overbeck, op. cit., p. 230 sq. ; Land, Hisloria miscellanea dans Analecla sijriaca, t. m, p. 316; Assémani, Bibliotheca orientalis, 1. 1, p. 197 et 409. 11 est intéressant de noter que Rabboula recommande à ses clercs et moines de bien nettoyer l'endroit où serait tombée une parcelle du saint corps; il faut même gratter la table, enlever la poussière et la distribuer aux fidèles, y placer, s'il le faut, des charbons ardents. Cf. can. 85, Nau, op. cit., p. 91. On a pu chicaner Rabboula sur ses idées relatives au mode de présence; sa pensée est peut-être hésitante, elle n'est pas hétérodoxe. — Il prescrit à ses moines la vénération des reliques des martyrs et le culte des saints. Can. 21, ibid., p. 85.

2° Action dans le domaine scripluraire. — Rabboula rétablit dans la liturgie le texte original des saintes Écritures. Le Diulessaron avait fait fortune en Syrie jusqu'à l'époque de Rabboula; mais on commençait déjà à le combattre, l'on ordonnait d'en brûler les exemplaires. C'est ce que firent Théodoret de Cyr et Rabboula. P. G., t. lxxxiii, col. 372 A. Ce dernier obligea ses moines et ses clercs à mettre un exemplaire des

Évangiles séparés » dans chaque église. Can. 68, Nau, op. cit., p. 90. Pour ce faire, il traduisit le Nouveau Testament du grec en syriaque, ou tout au moins revisa une ancienne traduction; ainsi nous laissa-t-il le Nouveau Testament delà Peshitto; cf. Overbeck, op. cit., p. 220.

Rurkitt croit que vers 200 l'évêque d'Édesse, Palout, avait traduit du grec Y Evangelion da Mepharreshe (Évangiles séparés) et que Rabboula n'a fait que reprendre cette traduction pour la conformer davantage au texte grec lu à Antioche au ve siècle et nous légua ainsi la Peshilto publiée par son autorité comme substitut du Dialessaron. Rubens Duval cite Rurkitt et le critique au sujet de la version de Palout, mais il ajoute : « plus vraisemblable est l'hypothèse que la version du Nouveau Testament attribuée à Rabboula

par le biographe de cet évêque d'Édesse, est la Peshilto du Nouveau Testament, devenue la vulgate des Syriens. » Cf. Rubens Duval, op. cit., p. 38 sq. Le P. Lagrange est plus explicite : le Nouveau Testament de la Peshilto est très probablement de Rabboula; cf. M.-J. Lagrange, Histoire ancienne du canon du Nouveau Testament, Paris, 1933, p. 130, 162.

Rabboula est l'un des premiers, parmi les Pères de l'Église syriaque, à parler des Actes de Paul comme Écriture; cf. ibid., p. 128; Overbeck, op. cit., p. 237.

3° Action dans le domaine canonique. — Rabboula évêque, n'oublia pas qu'il était moine : sévère et austère pour lui-même, il voulait l'être pour ses religieux, son clergé et son diocèse. Outre son petit traité intitulé Canons, il écrivit des Avertissements aux moines et des Ordonnances et avertissements relatifs aux clercs et religieux. Texte dans Overbeck, op. cil., p. 210-221: traduction française dans Nau, op. cit., p. 83 sq. Il y parle de l'obéissance, de la chasteté, de la pauvreté, de l'office à réciter le jour et la nuit (can. 15), du jeûne, de la prière et de l'aumône (can. 36).

A ses prêtres il donne des règles pour bâtir des églises avec abside et asile adjacent, can. 16, 41, 47, 79. Il crée des hôpitaux et des asiles avec des frères hospitaliers, des diaconesses et des religieuses, cf. Lagrange, Mélanges, p. 207, et ordonne que les biens des clercs demeurent à l'Église après leur mort, can. 65.. Pour lui, l'indissolubilité du mariage n'est nullement discutable; il énumère aussi certains degrés de parenté interdisant le mariage. Can. 81, Nau, p. 83-90. Enfin il mentionne avec les prêtres, les périodeutes.

Sa vie de privation et de sévérité le lit beaucoup estimer, mais il était plus craint qu'aimé. Après sa mort un grand relâchement eut lieu dans le clergé et les monastères d'Édesse; aussi faudra-t-il attendre Jacques d'Édesse au VIIe siècle pour tenter une nouvelle réforme.

I. Textes et traductions. — J.-J. Overbeck, S. Ephraemi syri, Rabulve episcopi Edesseni, Batxi aliorumque opéra selecta, Oxford, 1865, donne le texte de la Vita, p. 159 sq., les œuvres en prose conservées, p. 210 sq., et quelques textes poétiques, p. 245-250; p. 362 sq., 370 sq.; on trouvera une traduction allemande des textes en prose par Bickell, dans la Bibliothek der Kirclierwàler deTallhOler, n. 102, Ausgewâ'dte syrische Texte, Kempten, 1874; Bcdjan, Acta martyrum. et sanclorum, t. iv, Paris, 1894, p. 396-470, donne aussi le texte syriaque de la biographie, cf. ibid., t. v, p. 628- 696; la biographie grecque d'Alexandre l'Acompte, dans P. O., t. vi, p. 663-675; les Canons et résolutions canoniques de Rabboula, dans F. Nau, Ancienne littérat. syriaque, fasc. 2, Paris, 1906, p. 79-91.

II. Travaux. — 1° Histoires littéraire*. — ■ Assémani, Biblioth. orient., t. i, p. 197, 409; Wright, A short bistory of sijriae lileruture, Londres, 1894; Rulens Duval, La littérature syriaque, 3e éd., Paris, 1907; A. B îumstark, Gesch. der syrischen Literatur, Bonn, 1922; O. Bardenliewer, Allkirchliche Literatur, t. IV, Fribourg-en-B., 1924, p. 388-392.

2° Monographies. — Lamy, s. Rabulas, dans la Renne catholique de Louvain, 1868, p. 519 sq.; M.-J. Lagrange. Rabulas, évêque d'Édesse, dans Mélanges d'hist. rclig., Paris, 1915, p. 185-226 (réimpression d'un article de la Science catholique de 1888); P. Peeters, La vie de Rabboula, dans Recherches de se. rel., 1928, p. 170-204, a soumis à une sévère critique les données de la Vita,

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