I. Ziadk
RABESANUS Llévfn, frère mineur de la province de Venise (xvn« siècle). Originaire de Montorso (province de Vicencc), il publia un Cursus philosophicus ad mentent Scoti, Venise, 1664.
J. H. Sbaralea, Supplementum ad scriplores ord, minnrum, t. n, Home, 1921, p. 120; S. Dupasquier, Summa philosophise scholasticœ et scotisticm, t. i, Lyon, 1692, préface, où à la suite de Mastrius, Bellutus, Columbus, Sonnenus, Poncius, Frassen, il cite Rabesanus parmi les auteurs qui récemment ont composé des ouvrages ad tnentem Scoti.
A. Teetaert.
RACINE (BONAVENTURE) — RADBERT (PASCHASE
RACINE Bonaventure (1708-1755), naquit à Chauny, diocèse de Noyon, le 25 novembre 1708; il lit ses premières études dans sa province, puis au Collège Mazarin, à Paris. 11 s'adonna d'abord à l'enseignement et il devint principal au collège de Rabastens, diocèse d'Albi. Dénoncé pour ses opinions jansénistes, il se retira chez l'évèque de Montpellier, Colbert de Croissy, puis il vint à Paris, où il fut mêlé aux controverses du temps; il fut appelant de la bulle par un acte du 11 juillet 1731, et passa dans le diocèse d'Auxerre (1734) puis revint à Paris, où il mourut le 15 mai 1755.
Racine intervint dans les polémiques soulevées, en 1734, parmi les appelants, pour la question de la crainte et de la confiance et il publia, sur ce sujet, les écrits suivants : Simple exposé de ce qu'on doit penser sur la confiance cl la crainte, in-12, 1734; Mémoire sur la confiance et la crainte et Suite du Mémoire sur la confiance, in-12, 1734; Instruction familière sur la confiance et l'espérance chrétienne, in-12, Paris, 1735; cet écrit eut plusieurs éditions. Mais l'ouvrage capital de Racine est V. Abrégé de l'histoire ecclésiastique, contenant les événements considérables de chaque siècle, avec des réflexions, 13 vol. in-12, Utrecht, 1748-1751. Les neuf premiers volumes ont une grande valeur, mais les derniers sont une apologie constante du jansénisme. On attribue à Troya d'Assigny les deux volumes in-12 qui sont la suite de cet Abrégé; c'est un extrait du Journal de Dorsanne et des Nouvelles ecclésiastiques, tout à fait favorable au parti, mis à l'Index par un décret du 27 avril 1756.
Après la mort de Racine, Clémencet édita ses Œuvres posthumes comprenant un Abrégé de la vie de Racine, un Abrégé de l'histoire ecclésiastique avec des réflexions et l'Analyse du catéchisme historique et dogmatique sur les contestations qui divisent maintenant l'Église (Nouv. ccclcs. du 25 sept. 1759, p. 160). Rondet édita le Discours sur l'histoire universelle de l'Église, depuis l'origine du monde jusqu'à nous et sur chacun des dix-sept siècles depuis Jésus-Christ, avec une histoire abrégée de l'arianisme et du pélagianisme, 2 vol. in-8°, Cologne, 1759; le t. ier contient l'histoire universelle de l'Église et les réflexions sur les treize premiers siècles; le t. n contient les réflexions sur les quatre derniers siècles, avec l'histoire abrégée de l'arianisme et du pélagianisme. Les Nouvelles ecclésiastiques du 2 octobre 1759, p. 163-164, protestent avec quelque vivacité contre les modifications importantes qui auraient été faites à l'œuvre de Racine.
Morcri, I.e grand dict. hist., 1759, t. IX, p. 15-16; Richard et Giraud, Bibl. sacrée, t. xx, p. 356-357; Ladvocat, Dict. hist. portatif, t. m, p. 258-259; Barrai, Dicl. hist. critique, t. IV, p. 50-52; Nouvelles ecclésiastiques du 24 juill. 17.~>5, I». 117-120 et du 3 déc. 1756, p. 10S; Nécrologe des /dus célèbres défenseurs et confesseurs de la vérité du XVIIIe siècle, 1760, p. 337-338.
.1. Carreyre.
RACON IS (Ange de) , frère mineur capucin de la province de Paris, qu'il faut distinguer de son cousin germain Charles François d'Abra de Raconis (1590- 1646), voir t. icr, col. 93, qui fut évêque de Lavaur. Ange naquit vers 1567 au château de Raconis, près de Montfort-l'Amaury (Seine-et-Oise) de parents nobles appartenant à la religion réformée, de sorte qu'il fut élevé dans le calvinisme. Il en fut même un défenseur acharné dans sa jeunesse, jusque mis 1598. Il se convertit vers cette époque au catholicisme et ne se contenta pas d'abjurer le calvinisme, mais entra dans l'ordre des capucins, où il se signala par son zèle pour attirer les protestants dans l'Église catholique et combattre sans relâche les réformés dans ses sermons et ses écrits. Il mourul à Paris le 15 janvier 1637. Il laissa quelques ouvrages de controverse, qui lurent tous écrits en français. Nous n'avons toutefois pu
retrouver le litre français que d'un seul : Réveilmalin catholique aux dévoués de la foi, Caen, 1613, in-8°, conservé a la bibl. munie, de Colmar, dans lequel il s'elTorce de réveiller les catholiques endormis et les engage à défendre, leur foi contre les protestants. Une autre édition faite a Caen, en 1621, in-4°, est signalée par Bernard de Pologne, J. II. Sbaralea et II. Hurter. Le P. Ange a composé encore les ouvrages suivants dont nous ne pouvons donner que les titres en latin : Calvinismus de lar valus, 2 vol. in-8°, Paris, 1627 (1629 d'après Bernard de Bologne) et 1630, dans lequel il dénonce les erreurs calvinistes; Duo emblemata et figura' symboliese hœreticorum, in-4°, Paris, 1627: Xurralio conversionis Joannis Rochetce in urbe Trecensi judicialium causarum palroni, in-8°, Troyes, 1633.
Bernard de Bologne, Bibl. scriplorum ord. min. capuccinorum, Venise, 17 17, p. 15-16; J. H. Sbaralea, Suppl. ad scriptores ord. minorum, t. i, Rome, 1908, p. 47; L. Moreri, Le grand dict. hist., t. vu, p. 331; II. Hurter, Nomenchdor, 3* éd., t. m, col. 992; Roch de Césinale, Storia délie missioni dei cappuccini, t.n, Rome, 1872, p. 364-365. Dicl. de biogr. franc., t. i, col. 191.
A. Teetaeht.
RADBERT Paschase, moine de Corbie, ixe siècle. — I. Sa personne. II. Son œuvre. III. Sa théologie eucharistique.
I. Sa personne. — Paschase naquit vers 790, sans doute dans la région de Soissons. Son vrai nom est Radbert, mais, comme les humanistes de son temps, il trouvait barbare ce nom germanique et prit un surnom latin, Paschasius. Alcuin, de même s'était appelé Albinus; Raban était surnommé Maurus. Il devint moine, puis écolàtre à Corbie sous le gouvernement du grand abbé Adalhard. En 822, il accompagne en Saxe Adalhard et son frère Wala, et prend part à la fondation de Corvey, la Nouvelle-Corbie. En 844, il est abbé de Corbie. A ce titre, il assiste au concile de Paris, en 847, et il obtient de cette assemblée une confirmation des droits et privilèges de son abbaye. En 849, il est au synode de Quierzy, qui condamne Gottschalk. Vers 851, à la suite de difficultés assez obscures, il donne sa démission et se retire à Saint-Riquier. Plus tard, il revient à Corbie, comme simple moine, et y meurt vers 865.
Telle fut dans ses grandes lignes la vie de Paschase Radbert. Associé à la politique des deux frères, Adalhard et Wala, il fut leur ami et leur confident, mais il n'eut, personnellement qu'un rôle secondaire. Abbé, il n'eut pas le génie d'Adalhard, qui fut comme un second fondateur de l'abbaye de Corbie : il fut un moine purement et simplement; c'est-à-dire un homme de prière et d'étude. Son activité est surtout d'ordre théologique, et dans ce domaine, il réussit à être plus personnel et original que la plupart de ses contemporains.
H. Son œuvre. — Une partie des ouvrages de Radbert a été insérée dans la Bibliothèque des Pères. Nous
devons à Sirm I le premier essai d'édition complète :
11118. in-fol., à Paris, chez Cramoisy. Migne, P. L., t. cxx, a repris cette édition et l'a complétée, mais sur bien des points cette publication laisse à désirer.
1° De viia sancti Adalhardi (P. /.., t. cxx, col. 1507- 1556). — Personne n'était plus qualifié que Radbert pour composer la vie du grand abbé, oncle de Charlemagne, qui jouit de son vivant et après sa mort d'un tel prestige. L'œuvre de Radbert est plutôt un panégyrique qu'une biographie : on y trouve à glaner quelques renseignements historiques, malheureusement noyés dans une prose assez diffuse. A la suite, de cette Vie, on lit dans les manuscrits, un poème, en forme d'églogue, dans laquelle C.orbie-la-Ncuve et Corbie l'Ancienne, sous les noms de Philis et de Galathée
RADBERT (PASCHASE
pleurent la mort l'une de son père, l'autre de son époux, en la personne d'Adalhard. Mabillon et Migne après lui ont publié ce poème à la suite de la Vila; Traube a montré que la composition de cette églogue est bien due à Radbert. Cf. Mon. Germ. hist., Poetx lai., t. m, p. 42. %
2° Epilaphium Arsenii seu vila Walx (ibid., col. 1559-1 G50). — A cause du sujet, il faut placer ici cet ouvrage, dont la date est beaucoup plus tardive : il présente, en effet, la vie de Wala, frère d'Adalhard, qui fut étroitement uni à l'activité de celui-ci et lui succéda à la tète de l'abbaye. Il n'y a plus d'hésitation sur l'attribution de cet ouvrage à Paschase Radbert: l'argumentation de Mabillon a paru convaincante, on la lira dans Migne (col. 1557). Cf. Himly, Wala et Louis le Débonnaire, I'aris, 1849, p. 1»; Mobilier, Les sources de l'histoire de ]-'rance, t. i, p. 234.
Cet Éloge funèbre, divisé en deux livres, est dialogué; les interlocuteurs ne sont d'ailleurs plus les mêmes au second livre, car un intervalle assez long s'est écoulé. Le premier livre, en effet, fut composé peu de temps après la mort de Wala, survenue en 835, et axant la mort de Louis le Débonnaire en 840; le second a été écrit après la démission de Radbert, donc après 851. Les interlocuteurs sont Radbert lui-même et quelques moines de Corbie qui égrènent leurs souvenirs.
A première vue, cette œuvre paraît obscure; mais tout s'explique quand on a compris qu'il s'agit d'un livre à clef : les personnages sont présentés sous un nom d'emprunt : Wala lui-même est Arsénius, ou Jérémias; Adalhard est Antonius; Louis le Débonnaire, Justinien; l'impératrice Judith, Justine, etc. Ces noms ont été interprétés pour la première fois par Mabillon. Ce style voilé, cet écart entre les deux livres étaient commandés par la prudence. Si l'on se rappelle le rôle politique si tourmenté de Wala et l'attitude d'opposant qu'il eut souvent à l'égard de Louis cl surtout de Judith, on comprendra que son panégyriste ait été tenu à une grande réserve dans le compterendu des faits, et dans le blâme de personnages encore vivants; le premier livre, à la rigueur, peut se suffire à lui-même; il fait l'éloge, en Wala, de l'homme et du moine; Radbert, qui l'avait connu intimement, et mieux encore qu'il n'avait connu Adalhard, pouvait, là-dessus, entreprendre un panégyrique peu compromettant. Le second livre est beaucoup plus historique et, partant, plus intéressant pour le lecteur averti. Mais, s'il est précieux pour reconstituer l'histoire d'une période particulièrement troublée, il n'apporte que peu de choses au théologien.
3° Commentaire sur saint Matthieu (ibid., col. 31- 994). — Ce commentaire est l'œuvre la plus considérable de Radbert. Il est réparti en douze livres et sa composition s'échelonne tout au long de la vie de l'auteur, ainsi qu'on peut le constater par les préfaces et les conclusions des divers livres.
Il fut parlé avant d'être écrit. Au prologue du I. Ier, Radbert nous dit qu'on l'avait chargé de prêcher aux fêles solennelles sur quelques passages de l'évangile, mais il est certain que cette prédication ne fut pas la seule raison d'être de ce commentaire : celui-ci, en effet, suppose une explication suivie, telle qu'elle peut être donnée par un professeur dans un cours. Laistner remarque que l'évangile de saint Matthieu était souvent considéré comme le texte de base pour l'explication des trois autres, Thought and lelters in Western Europe, A. D. ~)00-900, p. 247 à 252. C'est le cas par exemple du Commentaire sur saint Matthieu de Christian de Stavelot qui connut Paschase Radbert à Corbie : de fréquentes citations de Marc, Luc et Jean viennent compléter l'histoire évangélique telle que la donne saint Matthieu; chez Paschase Radbert, l'impression est la même.
Radbert commença donc à commenter saint Matthieu, alors qu'il était écolàtre de Corbie; à la demande de ses frères, il rédigea les quatre premiers livres et les dédia à Guntland, moine de Saint-Riquier. Plus tard, lorsqu'après sa démission il se retira à Saint- Riquier, les nouveaux frères qui l'avaient accueilli lui demandèrent de continuer son travail, il composa alors les quatre livres suivants. Les derniers furent terminés plus tard, après son retour à Corbie : au prologue du 1. IX, il se présente lui-même comme un vieillard. Ces livres, comme les précédents, sont dédiés aux moines de Saint-Riquier.
La méthode habituelle de ces commentaires chez nos auteurs du ixe siècle consiste à recueillir les meilleurs passages des Pères, à les abréger en un florilège assez impersonnel. Radbert est cependant, dans son commentaire sur Matthieu, plus personnel que beaucoup de ses contemporains; il utilise les Pères, évidemment, mais il ne se prive pas de les critiquer quand l'occasion s'en présente; il indique ses références en plaçant près du texte cité les premières lettres du nom de l'auteur; si l'on ne peut pas dire que tout soit de lui dans cette œuvre, il y a beaucoup de lui; il ne dissimule pas ses idées : le récit de la cène, par exemple, lui permet de revenir et d'insister sur la thèse qu'il a soutenue dans son De corpore et sanguine Domini. Voir col. 890.
4° Liber de corpore et sanguine Domini (ibid., col. 1267-1350). — C'est l'ouvrage fondamental de Radbert, celui dans lequel il a mis le plus de lui-même. Migne reproduit le texte publié par les P. P. Martène et Durand, au t. îx de V Amplissima collectio. Cette édition a été établie très sérieusement sur un grand nombre de manuscrits, dont plusieurs contemporains de Radbert. Le traité fut composé à la demande de Warin, ou Placide, abbé de Corbie la Neuve, pour l'instruction des moines saxons, chrétiens de date récente et encore peu instruits de la doctrine; cette première édition est de rSlil , la préface taisant allusion a l'exil de Wala, nommé ici Arsénius. Il ne semble pas que l'œuvre, a cette date, ait fait grand bruit. Des extraits, cependant, en furent faits et circulèrent sans nom d'auteur ou même sous le nom de saiuL Augustin, ce qui provoqua plus tard un singulier quiproquo : on alléguera contre Radbert ses propres textes comme étant de saint Augustin et on lui fera le reproche d'avoir mal compris et tiré à lui la pensée du maître. Noir sur cette curieuse question : Lepin, L'idée du sacrifice de la messe d'après les théologiens, Paris, 1926, appendice, p. 759.
En 844, devenu abbé de Corbie, Radbert reprit son œuvre et en lit hommage à Charles le Chauve : elle recevait ainsi une publicité qu'elle n'avait pas connue jusque là. Il en résulta une controverse qui dura plusieurs années; on reprochait à Radbert un réalisme excessif, lorsqu'il affirmait que le corps du Christ présent dans l'eucharistie est le corps même du Christ vivant, né de la vierge Marie et immolé au Calvaire, et d'autre part que le sacrifice de la messe « renouvelle » le sacrifice de la croix. Les principaux opposants lurent Ratramne, moine de Corbie, Raban Maur, Pénitenliel à Héribald, P. L., t. ex, col. 192, et Gottschalk, auteur des Dicta cujusdam sapienlis, autrefois attribués à Raban Maur et publiés parmi les œuvres de ce dernier sous le titre de Lettre à Égil, P. L., t. c.xii, col. 1510.
Ainsi attaqué, Radbert non seulement maintint sa position, mais il l'accentua. Nous pouvons connaître l'état de sa pensée d'alors par le commentaire qu'il donne du c. XXVI de saint .Matthieu, où il prend à parr tie ses adversaires : Audiant qui volunt exlenuare hoc verbum corporis, quod non sit vera caro Christi, qu.se nunc in sacramento celebralur in Ecclesia Chrisli, neque
RADBERT (PASCHASE
verus sanguis ejus. P. L., t. cxx, col. 890 B. Nous avons un autre document dans la lettre à Frudegard, qui sera analysée plus loin; mais aussi, dans des additions fort intéressantes au texte du De corpore et sanguine Doinini et qui constituent réellement une troisième édition. Les éditeurs bénédictins ne pouvaient pas ne pas le remarquer, et ils ont soin de le signaler en note. Cf. P. L., col. 1283, 1294, 1298, 1318, 1339,
5° Epistola ad Frudegardum de corpore et sanguine Domini (ibid., col. 1351-1360). — La lettre à Frudegard est postérieure aux derniers chapitres du Commentaire sur saint Matthieu auquel elle renvoie; elle est donc tout à fait de la fin de la vie de Radbert. Frudegard, moine de Corvey avait écrit à Radbert pour lui soumettre quelques dillicultés au sujet de la façon oV>nt il présentait le mystère eucharistique. Peut-on dire réellement que nous recevons dans l'eucharistie la même chair du Christ qui est née de la vierge Marie, qui a souffert sur la croix? Frudegard se déclare tout disposé à le croire, mais il a entendu dire que c'était là une théorie audacieuse, contraire à la tradition et tout particulièrement à la doctrine de saint Augustin, lequel condamne avec indignation le réalisme grossier des gens de Capharnaùm. Radbert répond en renouvelant les précisions qu'il a données dans son traité. Beaucoup, dit-il, lisent Augustin, qui ne le comprennent pas. Augustin ne veut pas dire que le Christ n'est pas réellement présent, mais seulement, qu'il n'y est pas d'une manière charnelle; le Christ est présent dans l'eucharistie à la manière des esprits, corpus (Christi) non comunpilur, quia spiritale est. Col. 1356B. L'explication du fait, Radbert l'emprunte à Fauste de Riez cité sous le nom d'Eusèbe d'Émèse : le Christ, prêtre invisible, change ces créatures visibles que sont le pain et le vin en la substance de son corps et de son sang par la puissance de sa parole, Invisibilis saccrdos,visibiles crealuras in substantiam corporis et sanguinis sui verbo suo sécréta polestate convertit. Col. 1354 B.
Le texte de Sirmond, reproduit par Migne, est incomplet. Dom "Wilmart, donne dans les Analecla Reginensia, Città del Vaticano, 1933, p. 267-278, un long passage que Sirmond n'a pas connu.
6° De fide, spe et carilate libri III (ibid., col. 1387- 1490). — Ce sont des considérations sur les vertus théologales, composées à la demande de Warin pour l'instruction des novices de Corvey : un livre est consacré à chacune d'elles.
7° De parlu Virginis (ibid., col. 1307-1386). — Vers 850-855, une opinion étrange s'était répandue en Allemagne, sur la virginité in partu de Marie. Pour respecter la virginité de sa mère, le Christ aurait quitté le sein de celle-ci, non pas pet viam naturœ, mais d'une manière anormale et tout à fait prodigieuse. Ratramne, un des moines de Corbie, persuadé que si on laissait s'accréditer cette erreur, le dogme de l'incarnation et de la vérité de l'humanité de .Jésus en subirait une atteinte, s'efforça de démontrer que, le Chrisl étant réellement homme, il s'en suivait que sa naissance s'était produite dans les conditions ordinaires; la virginité de Marie étant sauve en ce sens que, après comme avant la naissance de .Jésus, vinun mm cogno vit. Cette thèse ne satisfit point Paschase Radbert. M répondit à Ratramne par un traite, dédié à des religieuses et dans lequel il établit que .Marie a été vierge non seulement dans la conception de son lils. mais encore dans l'enfantement lui-même; ainsi la naissance de .Jésus est réellement miraculeuse comme sa conception; elle ne l'est pas cependant de la manière que disent les Germains combattus par Ratramne; le Christ, en effet, a quitté le sein de sa mère par les \oics naturelles, mais clauso utero, sans rompre la
virginité de sa mère. Ratramne n'est pas nommé dans la réplique de Radbert, mais il est évident qu'elle est dirigée contre lui. Cf. Dom Cappuyns, Jean Scot Érigène, Louvain, 1933, p. 101.
Le texte donné par Migne d'après L. d'Achery est très incomplet. 11 figura longtemps- en effet, parmi les œuvres de saint Hildefonse et entièrement bouleversé.
8° Exposilio in psalmum XLIV (ibid., col. 993-1060).
— Cet interminable commentaire du Psaume Eruclavil fut composé à la même époque que le De partu Virginis. La préface fait corps avec le début du 1. I : on y trouve des pensées analogues à celles qui sont exprimées dans les préfaces des 1. IV à VIII du Commentaire sur saint Matthieu. Ces trois ouvrages ont été composés dans la dernière partie de la vie de Radbert. Il s'agit moins ici d'un commentaire proprement dit que d'une suite d'élévations sur la vie religieuse des monia les. L'œuvre est dédiée aux mêmes religieuses à qui était adressé le De partu Virginis.
9° Œuvres mariâtes. — Dom Lambot, dans Revue bénédictine, avril et juillet 1934, a attiré l'attention sur les œuvres mariales de Paschase Radbert, jusqu'ici à peu près insoupçonnées; il y a sans doute de ce côté des découvertes intéressantes à faire. Le travail de dom Lambot permet de considérer comme acquise l'attribution à Radbert d'une Homélie sur l'Assomption publiée parmi les œuvres de saint Jérôme, P. L., t. xxx, col. 126-147, et de l'Historia de ortu sanctse Mariœ, un des remaniements latins du Protévangile de Jacques, qui figure également parmi les œuvres de Jérôme, ibid., col. 308-315. Voir aussi É. Amann, Le Protévangile de Jacques et ses remaniements latins, Paris, 1910. Peut-être faudrait-il également attribuer à Radbert le Sermon sur l'Assomption donné parmi les œuvres de saint Augustin, P. L., t. xl, col. 1141. En examinant avec soin les homélies attribuées à saint Hildefonse et qui ont déjà servi à reconstituer le De ortu, on trouverait sans doute de quoi compléter le texte incomplet de cette œuvre et d'autres développements de Radbert sur l'assomption.
10° Exposilio in Lamenlalioncs Jeremise (ibid., col. 1059-1256). — Ce commentaire est considéré comme le dernier ouvrage de Radbert. Dans sa dédicace au moine Odilmann, il dit qu'il s'est déterminé à expliquer les Lamentations dans la persuasion qu'il pourrait y apprendre à pleurer ses misères, accrues avec l'âge, avec autant de douleur que le prophète pleurait celles des autres. Son commentaire est à la fois littéral, Jérémie annonçant la ruine de l'ancienne Jérusalem, et mystique, puisque l'on peut faire l'application de ce que dit le prophète aux malheurs de l'Église de Jésus-Christ en général et aux épreuves que doit subir chacune des âmes chrétiennes en particulier.
11° De passione sanctorum Ruflni et Valcrii (ibid., col. 1489-1508). — Étant abbé, Radbert eut l'occasion de visiter une des terres de l'abbaye à Bazoches dans le Soissonnais. Les habitants le prièrent de reviser le texte des actes de leurs saints patrons Rufin et Valère, martyrs. Radberl rétablit le texte, mais ne se livra à aucun travail de critique, et cet ouvrage est sans intérêt.
12° De benediclionibus palriarcharum. — Dom Blanchard propose, dans Revue bénédictine, juilletoctobre 1911, p. 125, d'attribuer à Radbert un Liber Rodberti abbatis. de benediclionibus palriarcharum, qui existe dans un manuscrit du xn0 siècle conservé dans la bibliothèque de l'évêché de Portsmouth. L'argumentation de l'auteur rend vraisemblable cette attribution.