RANGÉ (ARMAND DE
la Trappe à M. Le Roy, abbé de Haute fontaine, sur les humiliations et autres pratiques de religion, in-12, Paris, 1672. C'est une réponse à un écrit de Guillaume Le Roy, abbé de Hautefontaine, intitulé : Dissertation si c'est une pratique légitime et sainte de mortifier et d'humilier les religieux par des fictions, en leur attribuant des fautes qu'ils n'ont point commises et des défauts qu'on ne voit point en eux. La querelle menaçait de s'aggraver, mais Bossuet intervint et mit fin à la discussion; cependant Le Roy avait composé des Remarques sur la réponse à la Dissertation touchant les humiliations imposées par fiction. Ces Remarques se trouvent à la bibliothèque de Troyes, ms. 1128, p. 4 et 5 (fond Bouhier). Rancé d'ailleurs a repris quelquesunes de ses thèses dans son écrit sur la Sainteté. La lettre de Rancé se trouve à la bibl. Mazarine, mss. n. 1240 et 1241, et à l'Arsenal, ms. n. 2067. Sur cette polémique, voir Serrant, p. 138-155; Bremond, p. 105- 109, et Sainte-Beuve, Port-Royal, t. iv, p. 51-67: Dicl. de théol. calh., t. ix, col. 447-448.
De la sainteté et des devoirs de la vie monastique, 2 vol. in-4°, Paris, 1683, réédité en 1684 et en 1701; traduit en italien, 2 vol. in-4°, Rome, 1731 par Malachie d'Inguimbert et dédié au pape Clément XII. Cet écrit renferme les thèses essentielles de Rancé sur la vie monastique, sous la forme de 23 conférences : Rancé y trace le portrait du religieux parfait, tel qu'il le conçoit, ne vivant que pour Dieu et complètement séparé du monde, se délassant surtout par des travaux manuels. L'écrit, patronné par Bossuet, eut un succès immense et souleva de très vives attaques de la part des bénédictins surtout et des chartreux. Mabillon fut l'interprète de ces critiques, dans ses Réflexions sur tes devoirs monastiques avec les réponses de l'auteur de ce livre, ms. de 34 pages, à la Bibl. nationale, ms. jr. n. 23 947, publié par le chanoine Didio, dans son ouvrage La querelle de Mabillon et de l'abbé de Rancé, ln-8°, Amiens, 1892, p. 440-456. Mabillon critique la tendance de Rancé a la sévérité excessive et au formalisme archaïque. Dora Innocent Le Masson, généra] des chartreux, critiqua également l'écrit de Rancé, dans les Annales de l'ordre des chartreux. Pour répondre à ces critiques, Rancé reprit et précisa sa pensée dans des Éclaircissements sur quelques difficultés que l'on a formées sur le livre De la sainteté et des devoirs de la vie monastique, in-4°, Paris, 1685, et nouvelle édition corrigée et augmentée, en 1686; cet écrit a été traduit en italien par Malachie d'Inguimhert, in-4", Rome, 1735, sous le titre Dilucidazione di alcunc difficulta. Rancé répondit aussi à Innocent Le Masson, dans sa Lettre à un évéque, au sujet des allégations faites de leurs anciens statuts dans le livre de la sainteté et des devoirs de la vie monastique. Cette Lettre, adressée à l'évêque de Grenoble, Le Camus, fut insérée dans les Nouvelles de la république des lettres, mai-juin 1710. Le Masson répliqua dans ses Explications sur quelques anciens statuts de l'ordre des chartreux, avec des éclaircissements donnés sur le sujet d'un libelle, qui a été composé contre eux et qui s'est divulgué secrètement. Un ministre de l'Église réformée, Daniel de Larroque, attaqua la personne de Rancé dans un libelle anonyme, intitulé : Les véritables motifs de la conversion de l'abbé lu Trappe, avec quelques réflexions sur sa vie et sur ses écrits, ou Entretiens de Timocrate et de Philandre sur un livre qui a pour titre « Les saints devoirs de la vie monastique ». D'après ce libelle, Rancé, déçu dans ses ambitions, trompé dans ses espérances, froissé dans ses affections, s'était retiré dans la solitude par dépit et par désespoir, mais il continue à. faire du bruit dans le monde par ses écrits exagérés sur la vie monastique, où il attaque les autres religieux; c'est dans ce livre qu'on trouve la légende de la tête coupée de Mme de Montbazon. L'abbé de Maupeou, curé de Nonancourt,
DICT. DE THÉOL. CATHOL
réfuta cet écrit dans son livre La conduite et les sentiments de M. l'abbé de la Trappe, pour servir de réponse aux calomnies de l'auteur des Entreliens de Timocrate et de Philandre, in-12, s. 1., 1685. Sur les discussions soulevées par le livre De la sainteté, voir Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques du XVIIe siècle, t. iv, p. 165- 194; Journal des savants du 3 mai 1683, p. 117-120; Didio, La querelle de Mabillon et de l'abbé de RaJicé, p. 88-138; Bremond, L'abbé Tempête, p. 148-205; l'abbé Dubois, Histoire de l'abbé de Rancé, t. n, p. 1-97.
En 1686, Rancé publia Les instructions de saint Dorothée, Père de l'Eglise grecque et abbé d'un monastère de la Palestine, in-8°, Paris, 1685. Puis les polémiques vont reprendre sur un terrain nouveau, mais voisin, au sujet de la Règle de saint Benoit. Le P. Mège. bénédictin de Saint-Maur, publia en 1687, un Commentaire sur lu règle de saint Benoit, où les sentiments et les maximes de ce saint sonl expliqués, in-12, Paris, 1687; il attaquait assez vivement Rancé sur quelques points de cette règle : le silence, la récréation, le rire, les humiliations et surtout le travail des mains. Rancé, pour répondre à cet écrit, publia La règle de saint Benoît, avec des notes de dom Claud" de Vert, trésorier de Cluny, in-12, Paris, 1687 et Bruxelles, 1703, et La règle de saint Benoît, nouvellement traduite et expliquée selon son véritable esprit par l'auteur des Devoirs de la vie monastique, 2 vol. in-4°, Paris, 1689, avec des Méditations sur la règle de saint Benoît, tirées du Commentaire sur la même règle. Cet écrit fut publié avec les encouragements de Bossuet et de l'archevêque de Reims. Rancé y expose les règles de saint Benoit dans toute leur pureté et leur sévérité : silence absolu, travail manuel, mortifications corporelles (Didio, op. cit., p. 138-147); enfin Rancé publia Les règlements de l'abbaye de Notre Uame-de-la-Trappe, en forme de constitutions, in-8°, Paris, 1690, et réédités en 1718. Ces constitutions diffèrent en plusieurs points de celles de 1671. Dans ces divers écrits, Rancé, soutient d'une manière générale, que les moines doivent s'abstenir de toute étude proprement dite.
Les bénédictins, par la plume de dom Martène et surtout de Mabillon, firent un commentaire beaucoup plus doux des règles de saint Benoît. Ce fut l'origine de la célèbre querelle des études monastiques. En juin 1691, Mabillon publia le Traité des études monastiques dans les cloîtres, in-12, Paris, 1691, où il prend la défense des études : elles sont utiles et même nécessaires pour maintenir l'ordre et l'économie dans les communautés religieuses; il examine quelles études conviennent aux solitaires et la méthode qu'ils doivent employer, avec le but qu'ils doivent se proposer, pour qu'elles soient utiles et avantageuses. Il dresse le catalogue d'une bibliothèque monastico-ecclésiastique qui renferme plus de 3.000 volumes. Mabillon est très modéré, mais on trouve des expressions dures et blessantes contre Rancé, dans les lettres d'approbation signées par des docteurs de Sorbonne. L'ouvrage fut assez mal accueilli à Rome. Des amis, en particulier le P. Gourdan, demandèrent à Rancé de répondre ù cette attaque. L'abbé de la Trappe publia la Réponse au Traité des éludes monastiques de Mabillon, 2 vol. in-12 et 1 vol. in-4°, Paris, 1692. Cet écrit, plein de vivacité, est tout à fait caractéristique de la manière de Rancé : il y a des longueurs, des redites, des digressions, comme chez les écrivains de Port-Royal, mais avec de la chaleur, du mouvement, de l'onction et parfois une véhémence extraordinaire; c'est presque du Pascal et Sainte-Beuve fait un très bel éloge de cel écrit.
Un anonyme, très probablement le P. Denys de • Sainte-Marthe, répliqua à Rancé dans quatre Lettres à M. l'abbé de la Trappe, où l'on examine sa Réponse au traité des études monastiques et quelques endroits de: