ARISTOTE MAITRE DE PEA'SÉE RATIONNELLE
1° La troisième « entrée » d' Aristote. — - La réalité nouvelle qui s'impose à la théologie au xnie siècle est la philosophie d'Aristote. Cette philosophie s'est d'abord limitée à VOrganun, c'est-à-dire à un enseignement portant sur les instruments et les voies de la pensée. Il est vrai que, au cours du xne siècle, des éléments de la philosophie proprement dite d'Aristote commencent à pénétrer dans les ouvrages de théologie : Simon de Tournai met celui-ci au dessus de Platon, il connaît, outre VOrganon, le De anima, peut-être quelques fragments de la Métaphysique et commence à faire un certain usage des catégories aristotéliciennes dans le classement des notions, en morale par exemple. J. Warichez. op. cit.. p. xxiv-xxv et xxix. A la fin du siècle, un Pierre de Poitiers fera de même une place à la Métaphysique d'Aristote, Grabmann, op. cit., t. n, p. 508; Etienne Langton à l'Éthique, ibid., p, 499, tandis que le Stagirite aura déjà reçu, chez .Jean de Salisbury, le titre sous lequel il sera cité dorénavant tant de fois, « le Philosophe ». Ibid., p. 447, n. 1. Mais il ne s'agit, en tout cela, que d 'utilisai ions sporadiques. Ce changement, qui commence dans une bonne mesure chez un Guillaume d'Auxerre ou un Philippe le Chancelier, au début du xnr5 siècle, sera l'œuvre d'Albert le Grand et de saint Thomas. Il supposera d'ailleurs une connaissance beaucoup plus complète des œuvres philosophiques d'Aristote que cille dont on pouvait jouir au XII* siècle.
Malgré des recherches très actives, l'histoire exacte des traductions latines des œuvres du Stagirite et. comme on dit, de l* entrée d'Aristote en Occident comporte encore
des lacunes el des Incertitudes, On trouvera dans la Ce éd.
de l'Histoire de la philosophie médiévale de M. De Wulf, t, i, 1931, p. 84-80, el t. n, 1930, p. 25-38, un résumé de ce qui
esi acquis a ce jour, avec la bibliographie afférente.
Il existait, avant 12oo, outre dc> traductions anonymes des Llbri naturalcs d'Aristote (Physique, I>< anima, Dr
sensu et sensato, De memoria cl reminiscenlla, De morte rt vitaj , une traduction des 1. II et III de l'Éthique d \icomaque, nommée l.thicu vêtus, et deux traductions successives, ou peut-être davantage encore, du début de la Métaphysique Jusqu'au 1. I II. c. i\ . nommées Metaphysica l'cinsiissimu ei Metaphysica velus. Deux vagues de traductions nouvelles se produisent entre 1200 ci 1210.1 ne première, de traductions généralement anonymes el faites sur le grec, amené entre 1200 et 1210 un texte latin «le la Métaphysique,
excepté le I. XI; Vers 1215, des traductions du De anima. De soinno cl vlgllla, De generationt ci corruptlone; vei s 1 220- 1230, ['Hthtca nova, c'est-à-dire le 1. 1 de \' Éthique » \r(coinaquc, ei des fragments des 1. in el suivants; enfin, 'les uloses ei des commentaires < Adam de Bocfeld et anonymes) 1 m' seconde vague est formée de traductions t. nie de l'arabe, en partlcullei pal Michel Scot, a Tolède, avant 1220