I. ï. p. XXXVII, dans son catalogue des inoralis
contente de dire : Est quidem doctissimus, sed nimis indulgens ac proinde cum cautela legendus.
Pour être tout à fait juste envers Tamburini, nous ferons cependant trois remarques : a) Selon nous, la promesse d'indulgence et de bénignité, donnée dans les titres des ouvrages, n'est pas nécessairement à interpréter comme une déclaration de laxisme. Ces titres ont soin, en effet, de la restreindre par des mots comme quantum licel, ut plurimum, etc.. Pour les rigoristes du temps sans doute était-ce insuffisant ; si l'on veut bien se rappeler qu'il s'agit non de direction et de décisions complètes intéressant la vie morale entière, mais seulement de jugements pénitentiels sur des fautes commises ou sur la limite exacte de devoirs rigoureux, la déclaration de donner des solutions indulgentes, sans sortir des bornes de la vérité et de l'objectivité, n'est pas seulement défendable, elle est plutôt conforme à la vraie théologie morale catholique; elle répond mieux à la justice due aux pénitents que le parti pris de leur imposer les opinions les plus sévères. — b) En ce qui concerne les erreurs échappées à Tamburini, les probabilités insuffisantes que saint Alphonse et Zaccaria lui-même relèvent chez lui — en moins grand nombre du reste que Baron, Concina et Dinelli — faisons observer, à la suite de Zaccaria et à la décharge de l'auteur sicilien, qu'il écrivait avant les condamnations pontificales; il suffira donc de corriger les solutions erronées, ce qui est aisé, comme Zaccaria l'a montré dans son édition. — c ) Mais en un dernier point, il est bien difficile d'excuser Tamburini, et ce point est important puisqu'il s'agit d'un principe général capable précisément de fonder I» reproche de laxisme. Il s'agit du passage, In Decal., 1. I, c. m, § 3, n. 8, où, précisant la probabilité suffisante a former un jugement prudent, il déclare salis esse in omnibus casibus constare probabiliter opiniomemesse probabilem. Ce passage souvent cité et reproché à Tamburini a été défendu et interprété favorablement par Lacroix et Zaccaria : une opinion probabiliter probabilis, ont-fils fait observer, n'est pas une opinion lenuiter probabilis et Tamburini, se disant d'accord en ce point avec Salas. Vasquez, Sanchez, etc., distingue dans sa pensée l'une de l'autre. Nous avouerons volontiers que ses explications sont bien subtiles : si l'on veut conserver à l'expression de « probabilité probable » quelque sens, il est difficile de ne pas y voir une probabilité bien peu fondée. Le moins qu'on puisse dire, c'est que Tamburini n'a pas été assez précis et assez ferme dai s sa doctrine de la probabilité et que de ce fait — si l'on ajoute aussi ses solutions trop larges, qu'elles viennent ou non de sa trop grande confiance en d'autres auteurs — il n'est pas à absoudre de tout reproche de tendance laxiste. Parla encore il reste un représentant caractéristique de son temps et de la casuistique probabiliste.
Sommervogel, llibl. de la Camp, de Jésus, t. vu, col. 1830- 1841; Hurter, Nomenclator, :'• éd., t. iv, col. 279-281; Ddlllnger-Rcusch, Geschtehte der Moralstreillgkeiten..., 1880, t. ï, p. 44, 63 et 79.
R. Brouillard.
TANCHELIN ou TA NCHELME, agitateur flamand du début du xiic siècle. — Parmi les hérétiques contemporains qu'il mentionne dans son Introduclio ad theologiam, 1. II, n. 4, Abélard cite un laïque de Flandre, nommé Tanchelme, « qui en vint à ce point
de folie de se faire appeler et proclamer Fils de Dieu. et à se faire élever un temple par un peuple fanatisé ». P. L.. t. d.xxviii, col. 1056. Cette donnée, assez in vraisemblable, s'éclaire par quelques renseignements fournis par la Vit de saint Norbert, r. XIII, n. 79; P. / ... t. axx, col. 793, et qui sont abrégea dans la Sigebrrti conlinualio ['nrmonstrtitensis, ibid., t. CLX, col. 367.
Cette dernière, a l'année 1124, rapporte les origines de la fondation norbertine d'Anvers. Pour lutter contre les
TANCHELIN — TANNER (ADAM]
restes d'une erreur semée par Tanchelin, on ne connut pas de meilleur moyen que de faire établir par Norbert, dans cette ville, un couvent de son ordre. C'est l'occasion de rappeler les événements en question. Plus proche encore des faits est une lettre adressée par le clergé d'Utrecht, pendant la vacance du siège, à l'archevêque de Cologne, Frédéric, pour lui signaler les agissements de ce même Tanchelin. Cette lettre se date de 1112. Texte dans P. L., t. cxxx, col. 1312, en note; mieux dans l'édition du Codex Udalrici, n. 168, p. 296.
Ce document parle de l'activité de Tanchelin à Utrecht et dans les régions adjacentes. Celui-ci s'est fait un groupe compact de partisans, une petite armée qui s'est rassemblée autour de lui, au milieu de laquelle il se donne des allures de souverain. Sa prédication, qui a d'abord séduit le monde féminin, déclame avec violence contre les abus et même contre les privilèges spirituels du monde ecclésiastique. C'est de la sainteté des ministres, déclare-t-il, que dépend l'efficacité des sacrements et, comme trop de prêtres sont indignes, l'eucharistie qu'ils consacrent est sans valeur, les sacrements qu'ils administrent sont des souillures, non des rites de purification. Il fallait donc s'abstenir d'y participer, refuser aussi le paiement des dîmes. A l'appui de sa prédication, l'agitateur faisait valoir l'inspiration du Saint-Esprit dont il se sentait possédé. De là à passer pour une sorte d'incarnation de la divinité, il n'y avait qu'un pas et, prétend la lettre, ce pas aurait été franchi par quelques partisans fanatiques : ut quidam in eo divinitalem venerarentur. On se disputait les objets lui ayant servi; on conservait, comme un remède, l'eau de son bain. Si on laisse de côté ces excentricités, il reste que l'action de Tanchelin à Utrecht rappelle un peu ce qu'avaient fait à Milan les premiers promoteurs de la Pataria. Voir l'article. Dans la région flamande, la lutte entre le parti réformateur et le parti impérial a été fort vive. Cf. l'art. Sigebert de Gembloux. Il n'y a rien d'étonnant à voir des partisans de la réforme ecclésiastique préconiser la grève des fidèles contre les prêtres suspects d'immoralité; rien d'étonnant, non plus, à les entendre justifier cette abstention par des considérations dogmatiques douteuses ou même erronées. L'action de Tanchelin se situe très bien dans les milieux de la Basse-Allemagne où se multiplient, à ce moment, des attentats contre la hiérarchie ecclésiastique. Aussi bien, l'agitateur, toujours au dire de la lettre des clercs, serait-il allé à Rome même, et nous n'avons pas le moindre indice que le pape Pascal II ait procédé contre lui. D'ailleurs sa démarche en curie avait surtout un but politique : il s'agissait de détacher du diocèse d'Utrecht, pour les joindre à l'évêché français de Thérouanne, certaines régions que l'on voulait soumettre à l'autorité du roi de France.
Au retour de ce voyage à Rome, Tanchelin et un prêtre qui l'avait accompagné, avaient été retenus captifs par l'archevêque de Cologne. Les clercs d'Utrecht suppliaient le prélat de ne pas les remettre en liberté. Il faut croire que, soit ruse, soit persuasion, Tanchelin recouvra sa liberté; on le retrouve un peu plus tard à Anvers et à Bruges. Dans la première de ces villes, l'unique curé de la cité passait pour vivre en concubinage avec une de ses parentes; Tanchelin reprit de plus belle l'agitation contre lui. Il fut, en fin de compte, assassiné par un prêtre qui vengeait ainsi les injures faites au clergé. Ce devait être en 1115, date fournie par la Sigeberti continualio Valcellensis, P. L., t. clx, col. 383. A Anvers, l'agitation se prolongea une dizaine d'années encore; elle ne se termina que par la prédication de saint Norbert et des siens. A ce moment les partisans, maintenant convertis, de Tanchelin vinrent rapporter les hosties consacrées (sans doute reçues de prêtres indignes), qu'ils avaient cachées.
Les sources ont été énumérées au cours de l'article. Voir aussi A. Hauck, Kirchrngeschichle Deutschlunds, 3e-4e éd., t. iv, 1913, p. 95 sq.; du même, l'art. Tanclxelm dans Protest. Realcncyclopcidie, t. xix, p. 377 sq.
É. Amann.
1. TANNER Adam, jésuite autrichien (1572- 1632); le plus grand et même « le seul grand théologien d'Allemagne au xvne siècle », au dire de Scheeben, Handbuch der Dogmatik, t . i, p. 1 095. — I. Vie et œuvres. II. Caractères généraux de sa théologie. III. Doctrine de la grâce. IV. Opinion sur les procès de sorcellerie.
I. Vie et œuvres. — Né le 14 avril 1572 à Insbrûck, entré dans la Compagnie de Jésus le 6 octobre 1590, ordonné prêtre le 20 septembre 1597, Tanner a pu déclarer dans la préface du grand ouvrage qui couronne sa carrière, que depuis l'âge de vingt-deux ans « il n'a cessé de s'occuper de théologie soit comme élève soit comme professeur ou écrivain ». Il avait fait ses premières études littéraires dans sa ville natale; puis, après une année de rhétorique à Dillingen, il avait commencé dans cette ville l'étude de la philosophie, qu'il ne devait terminer qu'en 1593, à Ingolstadt, une fois accompli, à Landsberg et à Munich, ses deux ans de noviciat. Étudiant en théologie, toujours à Ingolstadt, sous des maîtres tels que Grégoire de Valencia et Jacques Gretser, il se fait remarquer tout de suite par ses talents et ses succès. Il est même désigné, tout en continuant de suivre ses cours de théologie, pour remplacer, durant une année, le professeur d'hébreu appelé à Rome, puis pour remplir la charge de préfet des études auprès des jeunes écoliers. Dès le lendemain de son sacerdoce, automne 1597, nous le trouvons à Munich comme professeur de théologie. Il enseigne d'abord les controverses jusqu'en 1599, puis la morale jusqu'en 1603. Et déjà il est au premier rang des théologiens de son pays, comme aussi en pleine activité polémique. Au « Colloque amical » de Ratisbonne, novembre-décembre 1601, Maximilien de Bavière et le comte Philippe de Neubourg étaient convenus d'opposer les meilleurs docteurs catholiques de Bavière aux premiers d'entre les prédicants luthériens. La discussion devait rouler sur le magistère de l'Église et l'autorité doctrinale du pape. Justement, Tanner avait fait paraître en 1599, comme fruit de son enseignement sur les controverses, une thèse De verbo scripto et non scripto et de judice controversiarum. Cette circonstance le désignait pour soutenir la cause catholique. Aussi, dès la quatrième séance, le célèbre Gretser se trouvant malade et étant d'ailleurs mal préparé à résoudre les objections adverses, Tanner prit la conduite de la discussion, exigea l'argumentation en forme et, par sa science, remporta sur les adversaires un triomphe complet.
Pour le jeune professeur cette victoire eut des conséquences diverses. Ce fut d'abord qu'il dut prendre part de nouveau les années suivantes, avec son maître Gretser, aux débats pénibles soulevés par ses adversaires de Ratisbonne, débats dont il donnait en 1602 une Relatio compendiaria, et qui l'amenaient à publier l'année suivante Examen relationis quam Hunnius edidit... Mais surtout, en récompense de services aussi signalés, il se vit proclamer coup sur coup, durant la même année 1603, docteur de l'université d'Ingolstadt, professeur ordinaire de théologie, membre du sénat académique et enfin doyen de la faculté de théologie. Désormais, durant quinze années, il enseignera le dogme à Ingolstadt, non sans déployer parallèlement une multiple activité comme polémiste, prédicateur et confesseur. De cette époque datent : Dejensionis Ecclesise liberlatis libri duo contra Venelœ causse patronos, 1607, où il intervient aux côtés de Bellarmin pour défendre les privilèges canoniques de l'Église et les droits des ordres religieux; Ketzerisch Luthertumb,
TANNER (ADAM'
1608, opuscule sur la justification par la foi, en réponse à un ouvrage d'un prédicant de Ratisbonne, paru quelques semaines plus tôt; Analomia confessionis Augustanœ, en deux parties : I. Lutherus, 1613, où l'on apprend à juger du luthéranisme par la valeur de son auteur, tel qu'il apparaît dans ses écrits; II. Ecclesiasticus, 1614, où la doctrine des notes de l'Église est appliquée à l'Église luthérienne et à l'Église catholique. Puis — publication qui ouvre un jour intéressant sur la personnalité intellectuelle et morale de Tanner — voici une série d'études sur l'abbé Trithème. Le but en est de défendre la mémoire du célèbre polygraphe contre l'accusation de magie, et de révéler le véritable caractère de sa « Stéganographie ». Proposées d'abord sous forme de « Conclusions », en 1614, à l'occasion d'une promotion de docteur, ces études furent publiées ensuite sous le titre d'Astrologia sacra. C'est un premier excursus dans le domaine de la superstition. Il ne sera pas sans lendemain. Enfin en 1617 paraît le plus important ouvrage que Tanner ait écrit en allemand : Dioptra fidei. C'est une apologétique complète, destinée à faire pièce à un écrit protestant, très répandu alors en Autriche, la Confutatio de J. Faber. L'auteur déclare y utiliser des ouvrages déjà existants, qu'il cite d'ailleurs en toute conscience et loyauté, mais qu'il dépasse de beaucoup par sa science patristique et ses qualités de clarté et de précision.
En 1618 s'ouvre dans la vie de Tanner une nouvelle période. A la demande de ses élèves, il réunit cette année même en deux volumes, suivant le plan de la Somme de saint Thomas, toutes les thèses qu'il avait fait défendre à Ingolstadt. Ce sont les Disputalionum theologicarum... libri IV. Mais cette esquisse ne lui suffit pas. Il rive d'un grand ouvrage théologique adapté aux besoins de son temps. Pendant huit années il va se consacrer à l'écrire, d'abord à Vienne, où l'cmpereur Matthias le fait appeler pour succéder au P. .Martin van der Becck (Becanus), comme professeur de théologie, puis de nouveau à Ingolstadt, dont la bibliothèque est irremplaçable pour lui. Fruit de vingt -cinq années d'enseignement, la Theoloqia scolaslica parait enfin en 1627 en 4 volumes in-folio.
Tanner doit alors se rendre à Prague, où il devient i bancelier de l'université récemment confiée aux . I »'■ s 1 1 i 1 1 • s . Toutefois sa santé n'est plus ce qu'exigerait pareille fonction. Au bout d'un an elle se révèle même si compromise qu'un séjour au Tyrol paraît s'imposer. On l'envoie donc au collège de Hal et, de fait, il y retrouve assez de forces pour qu'en 1631, il puisse revenir à Ingolstadt. Mais c'est la guerre qui maintenant va le chasser. Gustave-Adolphe est en Bavière et la i peste hongroise ■ y sévit par surcroît. A la hâte Tanner reprend le chemin de son pays natal, et déjà il touche au but, lorsqu'il est atteint par la mort le 25 niai 1632, Agé tout juste de soixante ans.
II. Caractéristiques de sa théologie. — I" (.munir conlrooerstsle, Tanner fait preuve en général d'une grande objectivité, citant abondamment ses adversaires et les laissant ainsi exposer eux-mêmes leurs idées; servi ensuite au mieux, dans la réfutation, par son érudition patristique el sa science de l'Écriture. Par ailleurs, sa maîtrise de lui-même cl sa «nui toisie font île lui un des polémistes les plus humains de son l"iii|is. C'était la sans doute un fruit de l'ardent aniuiir des âmes qu'il avait au cœur, zèle qui se traduisait d'autre put d'une manière éclat aille par son Infatigable activité au service de la vraie religion.
2" Comme théologien scokutlque, il ne dispose pas d'une moindre richesse d'information. Sa connaissance de saint Thomas esl d'ordinaire très sûre et cela est de conséquence, puisque i est la Somme qui lui sert de fil conducteur dans la Theologia etolattlea plus encore
que dans les dispulationes. Mais il suit le maître avec liberté, modifiant à l'occasion l'équilibre des parties, allongeant ou diminuant suivant les besoins, intercalant, quand il le juge utile, de longs développements nouveaux. Par ailleurs il se montre attentif à faire état, dans la discussion, de l'opinion des maîtres récents, surtout de ceux qui le touchent de plus près : Vasquez, Lessius, Valencia (dont il fut l'élève et dont il prétend modestement adapter les Commentaires aux questions récemment mises en lumière), enfin et surtout Suarez, dont on peut dire que Tanner s'est donné pour rôle de répandre les idées en Allemagne. Toujours il cherche autant qu'il le peut à mettre l'esprit de ses lecteurs en contact direct avec les pensées et les formules même des grands théologiens. Enfin, qualité plus éminente et plus rare, il a vraiment le sens de la théologie; son objectivité n'est pas simplement celle d'un homme de science, elle est celle d'un théologien. C'est dire qu'à travers ses asserta concis, qui s'enchaînent les uns aux autres en une gradation claire et régulière, non seulement chaque progrès de la pensée apparaît avec sa valeur exacte, mais de plus on est toujours loyalement averti, quand la pensée de l'auteur quitte le domaine du dogme et de la certitude, pour entrer dans celui du système et de l'opinion personnelle.
3° Car on peut parler à son sujet d'une vraie personnalité doctrinale. Ses dons de penseur critique prendront même un singulier relief dans l'appréciation qu'il portera sur les procès de sorcellerie. Et, pour alléguer un autre exemple, si on lui a reproché de justifier l'usure, c'est qu'il a cherché sous les solutions compliquées un terrain solide, et a admis la légitimité du prêt à intérêt dans certains cas, en essayant de ramener les titres légitimes à ceux de certains contrats simples, t. ni, disp. IV, q. 7, dub. ni.
En revanche il reste de son temps lorsqu'il traite de la liberté de conscience. Seuls, en somme, les infidèles y auraient droit, en raison de l'ignorance invincible où ils peuvent être. Les hérétiques, eux, sont passibles de peines canoniques et civiles, y compris la peine de mort, l'excuse de la bonne foi ne leur étant pas accordée, encore qu'il puisse exister des cas d'hérésie matérielle, t. m, disp. I, q. 8, dub. ix.
Pareillement, malgré son goût pour les mathématiques et les sciences naturelles, el même un intérêt passager pour les observations astronomiques, il demeure fermement attaché au système aristotélicien du ciel incorruptible et des sphères rigides unies par des anges, t. i, disp. VI, q. 3, dub. ii-m ; el il discute en cinquante-qualre colonnes les observations et les conclusions de Tycho-Brahé. S'il admet les premières, il nie énergiquement les secondes, s'appuyant contre Copernic sur le décret du Saint Office, Notons enfin. pour les historiens de la théologie, que notre auteur croit devoir refuser le privilège de l'immaculée conception à la vierge Marie, parce qu'elle n'a pas eu. en fait, les dons prétcrnaturcls qui accompagnent normalement la justice originelle, t. iv, disp. II. q. 1. dub. n, n. 10.
III. Doctium: DE i.a crack. — Sur la prédestination et la grâce ou ne s'attend pas à voir Tanner Innover d'une manière sensationnelle. Ici l'orientation
générale de sa doctrine lui esl imposée par les directives de son ordre. II n'en représente pas moins dans le molinisme une direction de pensée relativement originale, en raison de L'étude approfondie qu'il a faite
de la notion de ■ science moyenne ». sur laquelle il a
cherché à centrer, s'inspirant de Suarez plus que de
Molina, tout son système de l'action de Dieu sur la créât me libre.
C'est presque dès ses premières p.i^es ipie la Theologia tCOlaattCH aborde le sujet. A propos des objels île
TANNER (ADAM
la science de Dieu, t. I, disp. II, q. 8, l'auteur en vient rapidement à celui qui, seul, soulève de réelles difficultés : les elïels futurs contingents conditionnés, surtout ceux qui de fait ne se réalisent pas. A cet objet bien spécial correspond en Dieu ce que Molina a appelé la science moyenne. Mais, relativement à la science moyenne, Tanner distinguera avec soin deux questions à traiter séparément : la question de réalité (an sit) et la question de modalité (qualis sil).
Sur la réalité de la science moyenne (dub. v), il ne juge pas superflu de déployer tout un appareil dialectique. La thèse s'avance jalonnée par plusieurs propositions successives : 1. Dieu connaît infailliblement tous les effets futurs contingents non conditionnés; 2. il connaît au moins quelques futurs contingents conditionnés; 3. et cela in^iilliblement ; 4. bien plus, il les connaît tous, même ceux qui ne se réalisent jamais; 5. quel que soit le sens de la condition : causal, conditionnel pur, disparate, pourvu que le lien soit effectif; G. et cela en dehors de tout décret prédéterminant. Les arguments répartis entre ces différentes affirmations constituent un choix judicieux parmi ceux des molinistes antérieurs, en particulier de Suarez. Les textes scripturaires invoqués sont : I Reg., xxm, 10-12; III Reg., xi, 2; IV Reg., xm, 19; Sap., iv, 11; Is., i, 9; Jer., xxxvm, 17-18; et pour le Nouveau Testament : Matth., xi, 21 (Luc, x, 13); Matth., xxiv, 22; Luc, xvi, 31. Pour les Pères, cinq seulement sont retenus parmi ceux que Suarez a utilisés : Grégoire de Nysse, Chrysostome, Grégoire le Grand, Ambroise et surtout Augustin, dont la doctrine est spécialement étudiée en plusieurs passages. Enfin, du point de vue rationnel, réponse affirmative est donnée à la question de savoir si un énoncé futurible est susceptible de vérité.
Mais c'est la nature ou modalité de la science moyenne qu'il importe le plus de tirer au clair; dans la terminologie scolastique cela revient à déterminer quel peut être le médium in quo de cette connaissance divine. Tanner procédera ici par élimination. D'abord les futurs conditionnels non réalisés ne sont pas connus de Dieu en eux-mêmes (dub. vi). Certes toute connaissance suppose un objet qui termine l'acte du connaissant. En ce sens les futurs contingents sont bien connus de Dieu en eux-mêmes. Mais la connaissance paraît impliquer aussi que la faculté est déterminée par l'objet. Or, comment admettre qu'un objet créé exerce une causalité vis-à-vis de Dieu, surtout s'il n'existe pas? — Ce n'est pas davantage par leurs causes que Dieu connaît les futuribles (ibid.), parce qu'ils n'y sont pas assez déterminés pour être par là connus infailliblement : assertion qui oppose Tanner à son maître Grégoire de Valencia. — Serait-ce, comme on l'a dit encore, « dans leur existence objective formellement réalisée ab seterno »? Mais justement ils n'existent pas (ibid.). Il faut donc dire que Dieu connaît les futurs contingents, absolus ou conditionnels, en luimême (dub. vu). Seulement on n'expliquerait rien en faisant seulement appel aux idées divines. Celles-ci doivent bien être supposées dans la divine connaissance; mais elles ne suffisent pas à rendre compte de l'existence concrète et conditionnelle, c'est-à-dire libre, dont il s'agit dans le cas des futuribles. Surtout qu'on se garde de chercher notre médium in quo dans un libre décret de la volonté de Dieu. Non que Dieu ne puisse pas connaître le futur libre dans un décret de sa volonté. Mais le décret divin ne sauvegarde le caractère libre de l'acte sur lequel il tombe, qu'à condition d'être guidé par la science moyenne. Il ne saurait donc expliquer celle-ci. La chose est particulièrement manifeste en ce qui concerne la connaissance que Dieu a des actes peccamineux futuribles.
Passant maintenant à la partie positive, Tanner
présente ainsi sa pensée : tout ce que Dieu connaît en dehors de lui, il le connaît « secondairement cl d'une manière quasi réflexe », dans « le verbe qui le représente » comme futur et qui est seul digne île mouvoir l'intelligence divine (dub. vu, assert. G). Et ce qui fait que cette connaissance s'étend au contingent conditionnel, c'est, d'une part, la perfection infinie de l'intelligence divine et, d'autre part, le lien d'exemplarité qui unit toute chose — et en particulier le futur contingent, par sa futuribilité — à l'essence divine. On peut renonnaître là une idée de Molina complétée grâce à Suarez.
L'étude des autres attributs de Dieu fournit l'occasion de compléter cette théorie de la science moyenne et d'en faire l'application d'abord au concours de la volonté divine à l'acte libre, t. i, disp. II, q. 10, dub. vu. A l'exception du péché, Dieu prédétermine ab œterno tout acte libre. Ceci suppose la science moyenne : Dieu sait ce qu'il veut. Quant au péché, Dieu ne le veut que d'une prédélermination concomitante : il ne le veut qu'en subordination à la décision de l'homme ; de même le châtiment , après prévision de la faute : car Dieu ne peut en aucune manière être cause du mal. La science moyenne est nécessaire tant pour l'efficacité de la volonté de Dieu que pour sauvegarder la liberté de l'homme. Ce dernier point est traité à part en détail (dub. vm). On distingue trois sortes de prédéterminations : décret conditionnel, décidant le libre concours à la volonté créée (prédétermination concomitante); prédétermination de la cause qui fera agir le sujet libre (vertu, vocation, grâce efficace); prédélermination absolue en dehors de la volonté créée. La première ne touche en rien à la liberté; la seconde va être spécialement étudiée à propos de la grâce; la troisième est sujette à controverse, mais Tanner tient avec Suarez, contre beaucoup de molinistes, la possibilité de la liberté en ce cas, grâce à la science moyenne, en vertu de laquelle il n'y a rien dans la détermination divine qui gêne la volonté créée.
L'application des mêmes principes au problème de la providence et de la liberté, t. i, disp. III, q. 1, dub. v, et à celui de la prédestination, t. i, disp. III, q. 6, dub. ni, continue à mettre en lumière la nature de la science moyenne.
Enfin, à propos de la discussion sur la grâce efficace, Tanner fut accusé d'avoir manqué au décret pontifical. Est-ce à cause de l'ardeur avec laquelle il s'applique à grossir le nombre des adversaires de la prédétermination physique, de la sévérité des jugements qu'il note ou de l'attitude caractéristique qu'il adopte à l'égard d'une théorie, périmée à son sens et près de disparaître? Après l'avoir ainsi écartée, t. il, disp. VI, q. 2, dub. m, il rejette aussi la détermination morale et la « congruité non basée sur la science moyenne » (dub. iv), puis il critique la tendance opposée et rejette la « pure coopération » (dub. v). Ces deux dernières positions, pure congruité et pure coopération, qui ont pour auteurs des partisans notoires de la science moyenne, d'une part Mascarenhas, de l'autre Molina, Vasquez, Lessius, sont discutées avec beaucoup d'intérêt et de soin. La vraie théorie, selon Tanner (dub. vi), doit reposer sur la thèse de la science moyenne, comme celles de la providence et de la prédestination. Elle veut s'inspirer du congruisme de Suarez, de Bellarmin et des discussions De auxiliis. Comme arguments théologiques, le seul témoignage de saint Augustin : Cujus Deus miserelur, sic eum vocat quomodo scit ci congruum ut vocanlem non respuat. Et voici l'argument de raison : L'efficacité de la grâce doit tenir à sa nature et non au consentement auquel elle est antérieure. Elle n'est infaillible que grâce à la science moyenne, comme toute prédétermination absolue. Ainsi l'efficacité de la grâce n'est pas simple-
TANNER (ADAM
ment dépendante de la volonté de l'homme puisque le décret divin précède le consentement humain, ni simplement dépendante de la volonté de Dieu puisque la science (moyenne) du consentement y est supposée.
Ainsi Tanner a cherché son chemin au milieu des divergences des spéculations molinistes en utilisant plus strictement et plus radicalement la notion de science moyenne, et en même temps, sous l'influence de Suarez, en essayant de rendre le molinisme moins rigide grâce à une théorie de la science moyenne se résolvant finalement en une sorte de compromis entre la liberté de Dieu et celle de l'homme.
IV. Critiqi'e des procès de sorcellerie. — On sait qu'à la fin du Moyen Age et au temps de la Renaissance le nombre des accusations de sorcellerie sans cesse instruites et jugées par l'Inquisition est incroyablement élevé dans tous les pays d'Europe, mais nulle part autant qu'en Allemagne. Il en coûtait cher aux malheureuses victimes. Or, pour être suspect de pratiquer le métier de sorcier ou de sorcière, il suffisait de bien peu. Qu'un fléau sévît quelque part ou qu'un simple accident survînt sans cause apparente, les bonnes gens y voyaient très vite le résultat d'une intervention diabolique provoquée par un mauvais sort. Qu'il y eût alors dans le pays un individu aux allures tant soit peu insolites, c'était lui le coupable présumé! Ainsi le voulait la psychose collective.
On a dit à l'art. Sorcellerie, t. xiv, col. 2411 sq., combien il était regrettable que les grands scolastiques du xme siècle n'eussent pas consacré aux croyances superstitieuses, si florissantes déjà de leur temps, des études critiques égales à l'importance sociale du sujet. Cette carence s'était prolongée et il faut bien reconnaître que, jusqu'aux premières années du XVIIe siècle, l'apport des théologiens dans ce domaine n'avait guère été de nature qu'à encourager les sévices des inquisiteurs. C'était encore le cas, par exemple, pour le Tractalus de confessionibus maleficorum de Binsfeld (1589) ri pour les Disquisitiones magicœ du jésuite Del Rio (1599). Il faut avoir présentes à l'esprit ces diverses circonstances pour rendre pleine justice au mérite des hommes clairvoyants et courageux, qui, comme Frédéric Spee (voir ici, t. xiv, col. 2474 sq.) et avant lui Tanner, surent remonter le courant.
C'est au traité de la Justice que la Theologia scolastica examine et apprécie la procédure employée contre les sorciers et sorcières. Mais cette étude Juridicomorale présupposait une prise de position relativement à la question théologique de la réalité des phénomènes attribués à l'intervention du démon dans la sorcellerie. Là dessus les premières mises au point de notre auteur avaient précédé de loin la Theologia scolastica. Dès 1615, dans son Astrologia sacra, il n'avait pas hésité à défendre Trithème du grief de magie et il avait montré que certains phénomènes apparemment préternaturels s'expliquent au mieux quand on leur applique les procédés d'une méthode scientifique. Trois ans plus tard, les Disputaliones theologicse avaient abordé de nouveau la question du merveilleux, objet «les croyances superstitieuses. Dans le grand ouvrage de 1 f>27 le problème est traité au t. I, disp. V, q. 5, dub. III et IV, à propos du pouvoir des lions ou mauvais vis-à-vis des hommes. Il existe lUjet deux opinions, déclare l'auteur. L'une attribue tout à l'imagination, à la crédulité, A la supercherie. L'autre tient la possibilité d'un merveilleux angélique el spécialement démoniaque. Quant à lui, ni second parti qu'il se range, mais non sans en mttlger siiM'iiiici. mini la portée pratique, en soulignant li roli que peuvent jouet Ici l'hallucination, le l'aut nsugges' Ion.
On aurait tort «railleurs d'exagérer sou ice] ticistne en matière d< lorcellerie, étant donné le sérieua
lequel il en reparle vers la fin de la Theologia, t. iv, disp. VIII, q. 4, dub. vm, lorsqu'à propos du mariage il traite de l'empêchement d'impuissance. Au surplus on ne doit pas perdre de vue que c'était là, à l'époque, un domaine des plus scabreux. Dans sa Cautio criminalis, où il cherche précisément à se couvrir de l'autorité de notre théologien, Frédéric Spee n'écrit-il pas (dub. vu) avoir entendu un jour un inquisiteur dire que, si on mettait jamais la main sur ce Tanner, il n'échapperait pas? Pourtant le point de vue juridique et moral est traité dans le De juslitia, t. ni, disp. IV, q. 5, en entier, avec beaucoup plus de fermeté et d'indépendance, comme le montrent à eux seuls les titres des dubia : 1. Quelques principes à observer; 2. Une dénonciation suffit-elle pour justifier torture et condamnation? 3. Convient-il dans ces procès de laisser tant de place à l'arbitraire des juges? 4. Conduite du pasteur d'âmes à l'égard des prévenus. 5. Remèdes contre la sorcellerie.
Pour ce qui est des principes, la sorcellerie rentre bien, sans doute, dans la catégorie des « crimes d'exception », mais cela ne dispense pas d'observer à son égard les exigences de la raison et de la justice. C'est un crime de condamner des innocents, risque que l'on court fatalement par l'application de la torture aux suspects. « Si pour dix ou même vingt coupables un seul innocent doit succomber, mieux vaut s'abstenir de poursuivre les criminels eux-mêmes. » Et, quoi qu'aient pu dire Binsfeld et Del Rio, on n'est pas fondé à s'en remettre à Dieu du soin d'empêcher qu'un innocent ne périsse. Aussi bien, nul ne doit être mis à la torture, qui n'a pas déjà été reconnu sûrement coupable. Torturer pour obtenir un aveu est une procédure injustifiable : il faut au contraire tenir pour nulle toute déclaration extorquée par le chevalet. Convientil, par ailleurs, d'inculper un malheureux sur n'importe quelle dénonciation? Ce serait là, répond Tanner, avec une pointe d'humour, faire le jeu du démon, car celui-ci, naturellement, pousserait à dénoncer les personnes les plus vertueuses. Ne voit-on pas en effet que rien n'est si compromettant, aux yeux des inquisiteurs, qu'une piété exemplaire (considérée comme hypocrite) ou encore la communion fréquente? Pour qu'une dénonciation formulée devant les juges ait chance d'être sincère, au moins faudrait-il qu'elle ait été précédée chez le dénonciateur d'une véritable conversion et émane ainsi d'une conscience [unifiée. Sur quoi Tanner s'en prend aux théologiens qui justifiaient par le caractère d'exception du crime de sorcellerie l'arbitraire quasi total laissé aux juges dans sa répression, très spécialement en ce qui concerne l'application et la répétition de la torture. .Misérables subtilités que celles qui permettent de tourner les lois interdisant de répéter plusieurs fois la torture dans un même procèsl
Enfin, après avoir examiné quelques uns des cas de conscience que peut avoir à résoudre le confesseur d'un condamné pris entre la vérité, les devoirs de réparât Ion el la crainte de la torture. Tanner passe aux moyens dont il conviendrait selon lui de faire usage pour extirper le mal dont il vient de traiter. Nulle part peut-être son esprit de mesure et d'humanité ne s'oppose d'une manière plus éclatante aux tendances de l'époque. Tandis que les contemporains ne songent qu'à multiplier les peines affllctives contre les sorciers dont les appels au diable ne font pour eux aucun doute, lui, en véritable théologien, recherche le remède qui ira à la racine du mal. Le sera en tout premier lieu une intelligence vraie de la providence de Dieu, incomparable antidote contre le genre de superstition consistant à voir le démon partout. Ce si i a ensuite une vie chrétienne profonde : sacrements, prières, bonnes œuvres. Enfin, l'honnêteté «les mœurs : ce n'est
qu'après avoir appliqué ces remèdes, qu'il listerait, le
TANNER (ADAM
TAPARELL1 D'AZEGLIO
cas échéant, à déterminer les méthodes de répression. Doctrine vraiment chrétienne en même temps que si parfaitement humaine! Doctrine où l'historien psychologue saisit la marque d'un cœur resté à la hauteur de l'intelligence et capable de la diriger.
Sommervogel, Bibl. de la Comp. de Jésus, t. vm.col. 1843- 1853; B. Dulir, Geschichtc der Jesuilen, t. n b, p. 380-386 et 516; W. Lurz, Adam Tanner und die Gnadcnslreitiijkeilcn des 17. Jahrlumderts, Breslau, 1932.
J. GoETZ.
2. TANNER Antoine, né à Arth (canton suisse de Schwyz), le 22 août 1807, mort le 22 novembre 1893 comme prévôt de Lucerne, s'est fait un certain renom dans sa patrie par ses publications apologétiques : Ueber das katholische Trctdilionsprincip und das prolestantische Schriftprincip, Lucerne, 1862; Ueber den Malerialismus, ibid., 1864; Verhàllniss von Vernunft und Offenbaruny, ibid., 1865; nombreux articles dans les Kath. Schweizerblâlter.
Hurter, Nomenclator, 3e éd., t. v, col. 1544; quelques rectifications dans Buchberger, Lexikon fur l'Ueoloyie, t. ix.
É. Amann.
3. TANNER Conrad, né lui aussi à Arth, le 29 décembre 1752, entra en 1772 au monastère d'Einsiedeln, dont il devint abbé en 1808 et où il mourut le 7 avril 1825. Il a laissé quelques écrits de spiritualité et de pédagogie : Betrachtungen zur sittlichen Aufklàrung im XIX. Jahrh., Augsbourg, 1804-1808, 5 vol.; Bildung des Geistlichen durch Geistesùbungen, ibid., 1807; Vaierlândische Gedanken ùber die môgliche gute Auferziehung der Jugend, Zurich, 1787; Einsiedeln, 1853. On a publié après sa mort plusieurs volumes de Lettres relatives à la pédagogie.
Kirchenlexikon, t. xi, col. 1203; Hurter, Nomenclalor, 3e éd., t. v, col. 1070; Buchberger, Lexikon, t. ix.
É. Amann.
TANQUEREY Adolphe-Alfred, sulpicien, né à Blainville (Manche) le 1er mai 1854, décédé à Aixen-Provencele21 février 1932. — Après de fortes études faites au collège de Saint-Lô (1867-1872), au grand séminaire de Coutances, à Saint-Sulpice de Paris et à Rome, où il reçut le sacerdoce (1878), il entra dans la Compagnie de Saint-Sulpice. Il enseigna successivement la philosophie à Nantes (1879), puis à Rodez la théologie dogmatique (1879-1887). Aux vacances de 1887, il fut envoyé aux États-Unis, au grand séminaire de Baltimore, comme professeur de dogme (1887- 1895), ajoutant pendant quatre ans à son enseignement principal un cours de droit canonique (1889- 1893). C'est durant son séjour à Baltimore qu'il composa et édita sa Synopsis theologiœ dogmaticœ specialis (2 vol., 1894), bientôt suivi de sa Synopsis theoloyiœ dogmaticee fundamenlalis (1 vol., 1896). Ce manuel, qui en est aujourd'hui (1940) à sa 24e édition, s'imposa partout par sa clarté, par son souci de l'information positive, par son adaptation aux besoins du temps, par la richesse de sa documentation.
Une fois publiée, après dix-sept ans d'enseignement du dogme, sa Synopse dogmatique, M. Tanquerey fut nommé, en 1896, professeur de morale au même séminaire de Baltimore : c'est à cet enseignement, poursuivi pendant six ans (années auxquelles il convient d'ajouter ses quatre années antérieures d'enseignement du droit canonique) que nous devons les deux premiers volumes, parus en 1902, de sa Théologie morale et pastorale, Synopsis theologiœ moralis et pastoralis. Il fut alors nommé professeur de morale au séminaire Saint-Sulpice de Paris, où il enseigna pendant trois ans (1902-1905) la« Justice » et les « Contrats » : ce qui lui permit de publier, en 1905, le troisième et dernier volume de sa Théologie morale. « Il avait à un degré extraordinaire le don de rendre claires les doc-
trines les plus abstraites et de montrer leur portée pratique », a écrit un de ses anciens élèves de Baltimore (The Voice, mars 1932). A Paris, écrit G. Bardy, « son cours fut un enchantement » (Vie catholique, 5 mars 1932). M. Tanquerey quitta le séminaire Saint- Sulpice en décembre 1906, lorsque séminaristes et directeurs en furent chassés par application de la loi de séparation des Églises et de l'État. Directeur pendant quelque temps du Séminaire normal (1907), il vint ensuite à Issy où, déchargé de tout enseignement, n'ayant comme ministère que la direction spirituelle des séminaristes de langue anglaise, il put se consacrer tout entier aux éditions successives de ses ouvrages et à de nouvelles publications. C'est au cours de cette période, qu'en collaboration avec quelquesuns de ses confrères, il condensa en deux volumes toute sa théologie : Brevior synopsis theologiœ dogmaticœ (1911); Brevior synopsis theologiœ moralis et pastoralis (1913).
Nommé en 1915 supérieur de la Solitude (noviciat des sulpiciens), M. Tanquerey se consacra tout entier à l'étude de la spiritualité, et prépara dès lors son Précis de théologie ascétique et mystique qui, publié en 1923, connut partout, dans son texte français et dans ses dix traductions, le plus grand succès. Il publia aussi, en 1926, les deux premières séries de ses Dogmes générateurs de la piété.
C'est pendant cette période également (1921-1927) que M. Tanquerey publia de nombreux articles de pédagogie ou de spiritualité dans le Recrutement sacerdotal, l'Évangile dans la vie, la Vie spirituelle, et le Dictionnaire pratique des connaissances religieuses. Antérieurement, il avait collaboré, à Baltimore, à V American Ecclesiastical Review, et à la Catholic Encyclopedia, comme aussi à notre Dictionnaire de Théologie catholique, et à d'autres publications.
Une telle activité épuisait ses forces. Déchargé, en 1926, de ses fonctions de supérieur de la Solitude, M. Tanquerey se retira en 1927 au grand séminaire d'Aix, où il continua pendant plus de quatre années sa vie de travail et son apostolat auprès du clergé. C'est à Aix qu'il adjoignit à ses Dogmes générateurs deux nouvelles séries : La divinisation de la souffrance (1931), et Jésus vivant dans l'Église (1932). C'est à Aix aussi que, reprenant pour les adapter à un plus vaste public, ses Dogmes générateurs, il eut l'idée de publier sept petits opuscules Pour la formation des élites. M. Tanquerey se proposait d'étudier encore les Sacrements, les Fins dernières, et la Communion des Saints, comme autant de dogmes générateurs de la piété, lorsque Dieu rappela à lui cet infatigable travailleur, le 21 février 1932.
F. ClMETIER.
TAPARELLI D'AZEGLIO Louis, à partir de son entrée en religion (auparavant son prénom usuel était Prosper) (1793-1862), frère de l'écrivain et homme d'État célèbre du Risorgimento, Maxime d'Azeglio, naquit à Turin. Nommé par Napoléon élève à l'École militaire de Saint-Cyr, il obtint un sursis; nommé ensuite à celle de Saint-Germain, il fut autorisé à rentrer dans ses foyers avant même d'avoir « rejoint ». Pie VII ayant rétabli la Compagnie de Jésus par la bulle Sollicitudo omnium Ecclesiarum, le 7 août 1814, le jeune Taparelli fut parmi les premiers novices admis le 12 novembre suivant à Sant' Andréa del Quirinale. Après avoir passé quelques années dans un collège à Novare, il fut nommé, en 1824, recteur du Collège romain qui venait d'être rendu à la Compagnie. II abandonna cette charge en 1829 pour assumer les fonctions de provincial à Naples. De 1833 à 1850, il fut professeur à Palerme. Il quitta la Sicile pour collaborer à la revue que la Compagnie venait de fonder à Naples, mais qui émigra bientôt à Rome, la Civillà
TAPARELLI D'AZEGLIO
cattolica, dont il fut l'un des principaux rédacteurs pendant les douze dernières années de sa vie. La biographie détaillée de Taparelli présenterait un vif intérêt sous bien des aspects, mais elle déborde évidemment le cadre de cette étude; ces quelques indications suffisent pour situer le personnage. Néanmoins, avant d'examiner l'œuvre doctrinale de Taparelli, il convient, croyons-nous, d'aborder deux points qui doivent être laissés dans la trame de sa vie : son action pour la renaissance de la philosophie d'Aristote et de saint Thomas, et ses idées sur le principe des nationalités.
Sans entrer dans les controverses auxquelles a donné lieu l'histoire des origines du néo-thomisme, il semble qu'on puisse résumer ainsi le rôle de Taparelli à cet égard : c'est au cours de son rectorat au Collège romain que Taparelli conçut l'espoir de remettre en honneur la scolastique. Effrayé de l'anarchie intellectuelle qui régnait alors dans les écoles et conscient de ses responsabilités, il voulut y remédier par le retour à la philosophie péripatéticienne, qui était d'ailleurs prescrite par les constitutions de la Compagnie, malheureusement tombées en désuétude. Ses efforts rencontrèrent de l'opposition. Provincial à Naples, il se donna pour tâche de réformer l'enseignement dans le sens indiqué. Quoi qu'il en soit, son zèle fut l'occasion de quelque excès de la part de certains de ses disciples. Enfin, dans la Civiltà cattolica, il put exposer publiquement et avec plus d'ampleur ce qu'il pensait sur l'orientation que devait recevoir la philosophie. Ainsi donc Taparelli déploya, au gré des diverses circonstances de sa vie, une activité inlassable d'ordre pratique en faveur du thomisme plutôt qu'il ne laissa luimême une œuvre écrite, complète et approfondie, de philosophie.
Une note de Taparelli, intitulée Delta nazionalità, parut en 1847 à Gênes, à l'insu même de l'auteur qui l'avait destinée à la prochaine édition de son Saggio (cf. infra). Vu les circonstances, elle provoqua une certaine émotion. Après avoir analysé les éléments qui, selon lui, constituent la nationalité, Taparelli examine les problèmes moraux qui en découlent. La question fondamentale à résoudre est celle-ci : est-ce un devoir pour les peuples que de tendre à parfaire leur nationalité? Voici l'essentiel de la réponse nuancée : c'est aux pouvoirs publics qu'incombe le soin de l'unité nationale. Celle-ci est, sans nul doute, un bien réel, voulu par la nature et vers lequel les peuples tendent instinctivement, mais il ne faut le rechercher que par des moyens légitimes. Taparelli passe ensuite à une question plus précise, particulièrement brûlante à l'époque où il écrivait : la nationalité comporte-t-elle nécessairement l'indépendance juridique? Répugne-t-il absolument à la nature d'une nation que celle-ci, au lieu de constituer à elle seule un État, dépende officiellement d'une autre nation?La réponse, au premier abord paradoxale, est négative. Souvent, en effet, il existe des droits antérieurs, et tout droit doit être respecté; les diverses situations sont donc à considérer; c'est ce que fait Taparelli avec beaucoup de sagesse.
L'ouvrage principal de Taparelli est le Saggio teoretico di Dritto naturalc uppoqgialo sul falto (Essai théorique de Droit naturel hase sur les faits), que Pie XI se plaisait a louer. Il fut édité pour la première fois à Palerrne, de 1840 à 1843. Le falto dont il est fait mention dans le titre n'est pas le fait constaté, an sens moderne du mot, tel que l'entendent les sciences expérimentales, mais il signifie plutôt le témoignage de la lence univei elle exprimé par le langage courant, int une méthode chère à Victor Cousin, comme •De l'avait été d'ailleurs à saint Thomas, 'taparelli
prend comme point de départ les mitions les plus communes, spontanément formulées par le vulgaire. Son
but est de réintégrer le droit dans la morale, la séparation de ces deux disciplines ayant été l'une des funestes conséquences de la Réforme. Le livre est divisé en sept dissertations (entre lesquelles sont intercalées de nombreuses et longues notes), qui traitent successivement des sujets suivants : l'action individuelle; les théories de 1' « être social »; l'action humaine dans la formation de la société; les lois de l'action de la société déjà formée; les lois morales assignées par la nature à l'action politique de la société; les lois de l'action réciproque entre les sociétés égales indépendantes, fondement du droit international; droit spécial. Il est impossible d'exposer ici, fût-ce de façon sommaire, les idées maîtresses de ce volumineux travail; signalons seulement ce qui concerne l'origine de la société (est-il besoin de dire que Taparelli réfute le « Contrat social»?) et celle du pouvoir (à comparer avec la théorie de Suarez), et surtout l'ordre international, qui fait l'objet de la sixième dissertation : le P. de La Brière a dédié son ouvrage sur La communauté des puissances à Taparelli, « précurseur le plus clairvoyant de toute l'organisation internationale contemporaine ». Parmi les principes à la lumière desquels il faut se diriger en cette matière, relevons ceux-ci : le bien d'une société est subordonné à celui des personnes associées, pour qui l'association n'est qu'un moyen, ce qui exclut radicalement ce que nous appelons aujourd'hui le « totalitarisme »; la première loi des rapports entre les nations doit être l'amour mutuel. Taparelli examine d'une manière très fouillée les droits et les devoirs des nations en temps de paix et en temps de guerre, il passe en revue les divers cas où l'on pourrait concevoir l'hypothèse d'une intervention et il énumère les conditions requises pour que la guerre soit juste. Il nomme elhnarchie la société universelle des nations produite par les lois mêmes de la nature; notons bien, d'ailleurs, qu'en ce groupement chaque nation conserve son existence propre : il s'agit là d'une association hypotactique, c'est-à-dire une subordination de plusieurs sociétés. Originairement l'autorité internationale est polyarchique, en ce sens qu'elle réside dans l'accord des États juridiquement égaux qui s'associent; mais cet accord n'est pas cause de l'autorité, il n'en est que la forme concrète. Taparelli sait bien qu'il risque fort d'être accusé d'utopie, mais il veut néanmoins étudier ex professo les problèmes si délicats que pose nécessairement la complexité toujours croissante des relations internationales. La construction qu'il ébauche est parfaitement cohérente et en plusieurs points elle présente une ressemblance vraiment frappante avec les réalisations de la Société des nations de Genève.
Un autre livre, où Taparelli révèle son brillant talent de polémiste, est intitulé Esame critico degli ordini rappresentativi nella società moderna (Examen critique des ordres représentatifs dans la société moderne >. C'est un recueil d'articles parus dans la Civiltà cattolica, mais plus ou moins remaniés. l.'Esame critico reprend, sous une forme moins didactique et plus vivante, des thèses déjà énoncées dans le Saggio, dont il est comme une sorte de complément el «le com mentaire, sur l'autorité, la liberté, le suffrage universel, le naturalisme, les diverses institutions politiques, etc. Taparelli combat l'esprit protestant qui a vicié les constitutions. Considérer Taparelli comme un absolutiste serait le juger d'une façon superficielle et fausse : il n'est pas opposé à toute espèce de parlemen tarisme, mais il dénonce l'influence rationaliste qui a envahi les systèmes modernes de gouvernement et il combat inexorablement toutes les erreurs qui font le malheur de la société contemporaine.
Taparelli a fait paraître dans la Civiltà Cattolica de nombreux articles d'économie politique. Ils sont de deux sortes : les uns concernent les principes mêmes
TAPA KELLI D'AZEGLIO
TAPPER (RUARD;
de cette science et recherchent sur quel fondement elle doit être établie; les autres, dont la valeur technique est évidemment aujourd'hui dépassée, sont des applications à des points particuliers, tels que la propriété, la notion de prix, la monnaie, le crédit, etc. Taparelli critique très vigoureusement les doctrines utilitaires qui étaient alors classiques (malgré les elTorts louables de Villeneuve-Bargemont qu'il n'ignore pas). L'économie est « humaine »; c'est dire qu'elle ne peut être indépendante de la morale. Également ennemi du socialisme et du libéralisme, Taparelli prélude aux « catholiques sociaux » et, à ce titre, ses articles sont un document historique important.
Nous pouvons conclure en disant que sur plusieurs terrains, Taparelli apparaît comme un précurseur, ce qui n'est pas synonyme de novateur au sens péjoratif qu'on attache à ce mot, car c'est dans le trésor de la tradition qu'il a puisé de quoi faire face aux exigences créées par l'évolution du monde moderne. Il fait preuve de remarquables qualités dans une œuvre monumentale, où l'on ne sait s'il faut admirer davantage la solidité du fond ou la rigueur de la dialectique.
1° Principaux ouvrages de Taparelli. — La dernière édition du Saggio teoretico di Drilto naturelle appoggiato sul fatto a été publiée en 1930 (la couverture porte 1928) à Rome, Civiltà cattolica. 1^'Eswne critieo degli ordini rappresentativi nella société moderna n'est plus dans le commerce depuis longtemps; il en est de même du Corso elementare del naturale diritto ad uso délie scuole. Les articles de Taparelli ainsi que les comptes rendus bibliographiques, parus dans la Ciuiltà cattolica de 1850 à 1862, ne sont pas signés; il faut donc se reporter à la liste donnée par Sommervogel dans la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus ou par le P. Pirri dans les Carteggi cités ci-dessous (on y trouvera également les titres de tous les opuscules de Taparelli). La traduction française du Saggio, par le P. Onclair et d'autres pères de la Province belge, et celle du Corso elementare, par l'abbé Ozanam, éditées à Tournai par Casterman, sont épuisées; la traduction (trop large et incomplète) de l'Esame critieo par le P. Pichot, S. J., est toujours en vente chez Lethielleux, Paris.
2° Travaux. — Sur Taparelli, jusqu'à présent, il n'existe guère que de brèves monographies, la plupart en italien, sur des points de détail, ou bien des livres où il est question de Taparelli d'une façon seulement assez indirecte, mais un ouvrage d'ensemble, en langue française, sur Taparelli et son œuvre est en préparation, ainsi que la traduction annotée de ses principaux articles d'économie politique. Un résumé des idées de Taparelli sur le droit international a été publié à Paris, par l'auteur du présent article dans Vitoria, Suarez, Droit des gens, Paris, 1939.
On trouvera quelques pages sur Taparelli en tête de l'édition italienne du Saggio. Le P. Pirri, éditeur de l'épistolaire de Taparelli (Carteggi del P. Luigi Taparelli d'Azeglio, dans Biblioteca di sioria Italiana récente, t. xiv, Turin, 1932), a publie une série d'articles sur Taparelli dans la Civiltà cattolica (.n08 du 5 avril, 3 mai, 7 juin 1924; 15 janvier, 5 mars, 7 mai, 4 juin 1927; 17 mai, 3 novembre, 1er décembre 1928; 2 février, 2 mars, 6 avril 1929). Signalons aussi l'élude du prof. Di Carlo intitulée Diritto e morale secondo L. Taparelli d'Azeglio, Païenne, 1921, ainsi que les pages v-lxxxiv do Un carieggio inedito del P. L. Taparelli d'Azeglio coi fratelli Massimo e Itoberto, publié par le même auteur, Rome, 1926.
R. Jacquin.
1.TAPIA (Didace de), ermite de Saint-Augustin, théologien de Ségovie (t 1591), a laissé un ouvrage De incurnatione Christi, de admirando eucharistiœ sacramentel, en deux livres, en appendice un De ritu missœ, Salamanque, 1589.
Antonio, Bibliotlieca hispana nova, 2e éd. ; Hurter, Nomenclator, 3e éd., t. ai, col. 146.
É. Amann.
2. TAPI A (Pierre de), théologien moraliste de l'ordre des frères prêcheurs (xvnc siècle). — Né à Villoria, diocèse de Salamanque, en 1582, il enseigna la théologie en divers endroits et fut nommé par Philippe IV, en 1623, à la première chaire de théologie de
Salamanque, qu'il refusa ultérieurement d'échanger contre une chaire de Coïmbre. Nommé évêque de Ségovie en 1640, il passa ensuite sur le siège de Sagonte (1644), puis sur celui de Cordoue (1649) et finalement sur celui de Séville (1651). C'est là qu'il mourut, le 25 août 1657, après une vie toute remplie des travaux de l'apostolat. De son enseignement académique il reste une Calena moralis doclrinœ : t. i, De actionibus moralibus et eorum principiis in generali, en 5 livres, in-fol., Séville, 1654 ; t. n, De virlutibus et vitiis in specie, pars prior, de fide, spe et caritate, prudentia et justifia, in-fol.. ibid., 1657; l'enseignement de P. de Tapia reste, on le voit, entièrement conforme aux traditions de son ordre.
Quétif-Échard, Scriptores O. P., t. Il, p. 588; cf. Loe, dans Kirclienlexikon, t. xi, col. 1214; Davila, Teatro de las Espanas; Hurter, Nomenclalor, 3e éd., t. m, col. 1195 sq.
É. Amann.
TAPPER ouTAPPAERT Ruard, théologien lovaniste, 1487-1559. — Né à Enkhuysen, aux Pays- Bas, en 1487, probablement le 15 février, Ruard Tapper étudia à l'université de Louvain où il fut l'élève du futur Adrien VI. Ayant embrassé l'état ecclésiastique, Tapper se consacra à l'enseignement; ses cours attirèrent au pied de sa chaire de nombreux étudiants et lui valurent un renom considérable. Doyen de la faculté des arts en 1517, docteur en théologie en 1519, une première fois recteur de l'université en 1530, il exerça une grande influence sur ses collègues et ses élèves. Diverses prébendes étaient venues entre temps lui manifester l'estime des pouvoirs publics.
Dès les premières années de son enseignement à la faculté de théologie, Tapper avait donné sa collaboration à l'Inquisition. Son concours fut si favorablement apprécié qu'en 1537 il était nommé Inquisiteur général pour les Pays-Bas. Il montra dans cette charge redoutable des qualités de modération, qui lui valurent l'estime générale, mais aussi beaucoup de fermeté. Son programme était : « réprimer l'hérésie, non par la force brutale, mais par l'ascendant de la logique et de l'enseignement. » Sa charge d'inquisiteur général, les divers contacts qu'il avait eus avec le peuple, avaient démontré à Tapper la « nécessité d'un programme de foi au milieu du chaos des controverses entre les catholiques et contre les hérétiques de toutes nuances ». Ce programme, il le réalisa en publiant une série de cinquante neuf propositions dogmatiques, qu'il réduisit par la suite à trente-deux; dans cette seconde série, à l'usage du peuple, il avait éliminé ce qui avait trait à la grâce et à la justification. Ce symbole eut un très grand succès; imprimé une première fois à Louvain, en 1545, il devait être approuvé par bref de Pie IV, en 1561.
Tapper donna ce symbole comme base à son enseignement. C'est ce qui nous a valu la Declaratio articulorum a veneranda facultale theologiœ Lovaniensis adversus nostri temporis hœreses, simul et eorum approbatio, per erudilissimum virum S. Paginas professorem D. Ruardum Tappaert ab Encusia, ecclesise collegiatse S. Pétri Lovan. decanum, neenon florentissimse Academiœ cancellarium, de religione christiana optime meritum, Lyon, 1554.
Mécontent de son œuvre, Tapper se remit au travail et, dès 1555, publia Explicaliones arliculorum venerandœ facultalis Sacrœ Theologiœ generalis studii Lovaniensis circa dogmaia ecclesiastica ab annis triginta quattuor controversa, una cum responsione ad argumenta adversariorum tomus i, authore eruditissimo viro Sacrœ Paginœ projessore, D. Ruardo Tapper ab Enchusia, ecclesiœ collegiatœ S. Pétri Lovaniensis decano, neenon ejusdem florentissimœ Academiœ cancellario, Louvain, 1555, in-fol. Le t. n parut en 1557. Ces deux volumes sont le commentaire de vingt des trente-deux articles de 1545;
TAPPER (RUARD) — TARAISE
pour chaque article, l'auteur donne l'explication de la doctrine catholique et la réfutation de l'erreur protestante opposée. L'ouvrage est inachevé; il devait être réimprimé tel quel à Louvain en 1565.
L'enseignement et les travaux de Tapper, son zèle éclairé pour la réforme catholique, l'avaient désigné à l'attention de Charles-Quint. Aussi celui-ci intervint-il auprès de l'université de Louvain pour faire désigner Tapper comme théologien et représentant de l'université au concile de Trente. Nommé premier des quatre procureurs de l'université, Tapper arriva à Trente en septembre 1551. Dès les premiers jours il se signala à l'attention des Pères du concile. Quelques semaines plus tard, l'ambassadeur impérial Vargas écrivait à Granvelle (Trente, 28 octobre 1551) : « Les docteurs de Louvain ont fait voir qu'ils ont de l'habileté. Leur doïen [Tapper] n'est pas moins recommendable, par ses grandes connoissances que par sa dignité..., il est, pour ainsi dire, le père de tous les théologiens qui sont ici de la part de Sa Majesté... » Concilium Tridentinum, t. xi, Epistolse, éd. Buschbell, p. 682. Les légats eurent plusieurs fois recours à Tapper pour la rédaction de mémoires préparatoires aux discussions. Le théologien de Louvain eut une grosse part dans les travaux de la xive session, mais son rôle est trop dispersé pour qu'il soit possible de l'étudier ici en détail. Le lecteur devra donc se reporter aux divers travaux sur le concile de Trente et à l'édition des actes du concile par la Gorresgesellschaft; le nom de Tapper y revient fréquemment. Signalons au passage, l'habile argumentation de Tapper contre les utraquistes.
Rappelé en Belgique, Tapper quitta Trente en avril 1552. A son retour, il eut à intervenir dans les controverses soulevées par son ancien élève Michel de Bai; il le fit si vigoureusement qu'il s'attira de nombreuses attaques; on l'accusa même de pélagianisme; ces controverses lui furent très pénibles. Voir Baïus, t. n, col. 39 et Soto (Pierre de), t. xiv, col. 2437 sq.
Une des dernières préoccupations de Tapper fut la création de nouveaux évêchés dans les Pays-Bas, mais ce fut son ami Sonnius (v. ce mot) qui fut désigné comme négociateur. Tapper mourut à Bruxelles le 2 mars 1559.
Œuvres. ■ — Outre les ouvrages dont les titres ont été donnés ci-dessus, Ruard Tapper est l'auteur des écrits suivants : Eruditissimi oiri Mag. Ruardi de Enchusen qutestio quodlibelica de efjectibus quos consueludo operatur in foro conscientiœ, pronunciata publiée Lovanii an. 1520, Louvain, 1520, in-4°; — Ruewardi Tapperi, decani et cancellarii Lovaniensis, orationes Iheologicie polissimas religionis calholicœ controversias, et veram Germanise pacandœ rationem explicantes, suivis de Aureum corrolarium de veris afflictse hœresibus Germanise, ac polissimum Belgicœ causis, una cum solidis earumdem sanandarum remediis, ut ad concordiam cum catholica Chrisli Ecclesia reducantur, et de TUfutatio qiwrumdam falsorum remediorum aulicorum, cum explicatione veri remedii ad Belgicam ab hœresibus Uberandam polissimum comparât i, Cologne, 1577, in-8° (écrits réunis par Lindanus, évêque de Ruremonde); — De gratia et liberi arbitrii concordia epistolse, dans Béginald, De mente concilii Tridentini circa graliam effleacem, Anvers, 1706, in-8"; — la plupart des écrits de Tapper ont été réunis sous le titre : Ruardi Tapperi omnia quse haberi potuerunl opéra, Cologne, 1582, infol.