‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 4)Chapitre 191 sur 423 · THESSALONICIENS ( I™ ÉPITRE AUX · texte numérisé non relu

THESSALONICIENS ( I™ ÉPITRE AUX

pas grever cette communauté, pauvre sans doute. I Thess., ii, 3. Ils eurent surtout à se défendre des Juifs récalcitrants qui se liguèrent contre eux et qui n'hésitèrent pas à soudoyer de mauvais sujets, de ces gens qui ne vivent qu'en eau trouble et que Démos- Ihène appelle des piliers d'agora, mpi.zciy.iJ.iy. iyopôç; Luc, lui, les appelle des àyopaîot, terme que Milligan traduit par the laizaroni oj the market-place et dont le français voyou rendrait assez bien l'ctymologie. Ces gens-là représentèrent les missionnaires comme des séditieux, des ennemis de César. Quand la fermentation fut jugée à point, les meneurs vinrent chez Jason, un Juif de race, l'hôte de Paul. L'Apôtre avait-il été prévenu? On ne le trouva pas. A son défaut, la populace se saisit de Jason qu'elle traîna devant les politarques et qui ne fut relâché que sous caution : on exigea le départ des missionnaires. L'Apôtre ne voulut pas compromettre son hôte. I) décida de partir; mais comme les adversaires étaient encore capables d'un guef-apens, les frères firent sortir de nuit Paul et Silas et se hâtèrent de les conduire à Bérée, où la bonne nouvelle fut écoutée avec plus de faveur.

Ces événements se passaient durant le deuxième voyage apostolique de saint Paul que, avec la majorité des historiens et des exégètes. nous plaçons approximativement entre 50 et 52. C'est dans le courant de l'an 50, quelques mois après son départ de Jérusalem, que Paul dut évangéliser ïhessalonique.

IL Introduction a la première épitre. — 1° État de ta chrétienté de Thessalonique après te départ de saint Paul. — La tranquillité ne revint pas dans l'Église de Thessalonique avec le départ des missionnaires. Saint Paul témoigne lui-même, I Thess., n, 14, qu'elle evt beaucoup à souffrir, car les Juifs qui avaient poursuivi l'apôtre jusqu'à Bérée, Act., xvn, 13, retournèrent leur haine contre les néophytes. Les frères étaient-ils assez trempés dans la foi pour résister longtemps aux louches manœuvres des agitateurs? Leur instruction et leur organisation avaient été hâtives. Ces préoccupations ne laissèrent point de repos à l'Apôtre durant son séjour de plusieurs mois à Athènes. A deux reprises au moins, il songea à retourner à Thessalonique, mais les deux fois « Satan l'en empêcha ». I Thess., n, 18. N'y tenant plus, il n'hésita pas à lui envoyer son jeune collaborateur Timothée, préférant s'exposer lui-même aux inquiétudes et à l'abattement dans lesquels le plongeait toujours l'absence de ses chers compagnons. I Thess., m, 1-2.

C'est à Corinthe que, sa mission accomplie, Timothée rejoignit son maître. Act., xvm, 5. Dans l'ensemble les nouvelles qu'il lui rapportait de la chrétienté étaient excellentes. Les néophytes avaient résisté à la violence de l'attaque et même ils s'étaient fortifiés dans la foi. l'espérance et la charité. Partout on faisait l'éloge de leurs vertus, et on pouvait les citer en exemple à côté des saints de Judée, n, 14. Autre consolation bien douce au cœur de l'Apôtre : malgré les insinuations malveillantes colportées contre lui, n, 3-12, leur affection restait intacte et son retour était vivement désiré, m, 6. Il y avait cependant des ombres au tableau. Ces païens d'hier, vivant en cette capitale de luxure et de richesse, n'étaient peut-être pas entièrement affranchis de leur anciennes habitudes. Mais surtout, quelquas frères étant morts depuis le départ des missionnaires, les survivants s'allligeaient à leur sujet : les défunts ne seraient-ils pas privés des avantages du retour ou de la parousie du Christ? Et puis, à quoi bon travailler, à quoi bon s'adonner aux affaires, s'il n'y a plus que quelques jours à vivre? Plusieurs fidèles, pour des raisons eschatologiques, faisaient une grève indécente de tout travail manuel, au vu et au su des païens, qui s'en prévalaient pour tourner en ridicule

cet Évangile qui érigeait en vertu l'oisiveté. C'était un beau scandale,

2° Occasion et but de la lettre. — Une telle déviation exigeait une correction immédiate. L'Apôtre se mil aussitôt en devoir de dicter les réponses fermes qui devaient combler les lacunes d'un enseignement rudimentaire et, tout d'abord, corriger cette fausse notion sur les désavantages des défunts au jour de la parousie. Tel est sans doute le but principal de l'épître. Mais, avant d'aborder les points délicats, l'auteur, fin psychologue et surtout père affectueux, laisse déborder sa tendresse. Ces premières pages nous initient à la manière épistolaire de l'Apôtre, qui écrit non seulement avec son génie dogmatique, qui est créateur, non seulement avec son zèle, qui est de feu, mais avec toute son âme, où se pressent tous les sentiments humains et d'où ils voudraient s'échapper tous à la fois.

3° Lieu et date de composition. — Les exégètes s'accordent pour dire que cette première lettre fut écrite de Corinthe, peu après le retour de Timothée. La suscription de certains manuscrits laisserait croire qu'elle fut envoyée d'Athènes. Plusieurs Pères et quelques modernes, il est vrai, l'admettent, mais cette note finale provient d'une fausse interprétation de in, 1 ; d'ailleurs il est bon de rappeler que ces suscriptions sont l'œuvre de copistes plus ou moins intelligents. Cf. Revue biblique, 1926, p. 161. Comme Timothée semble être revenu au début de la mission de Corinthe, Act., xvni, 3, on fixera avec grande probabilité l'épître à la fin de 50 ou au début de 51.

Notre chronologie est basée sur la célèbre inscription de Delphes, publiée en 1905 par Bourguet. Elle établit que Gallion arriva à Corinthe comme proconsul d'Achaïc la douzième année du règne de Claude, soit aux environs du printemps 52. La rencontre de Paul et du proconsul dut avoir lieu dès les premières semaines de son séjour, vers avril-mai. Et comme, à cette date, l'Apôtre se trouvait à Corinthe depuis déjà dix-huit mois, Act., xvm, 11, il y était arrivé à la fin de 50. Hennequin, Delphes (Inscription de), dans Dicl. DibL, Suppl., t. n, col. 368-370.

4° Authenticité. — Si l'on excepte quelques rares critiques, les rationalistes extrêmes de l'école hollandaise (Naber, van Manen, Pierson) et, en Allemagne, à la suite de C. Bauer, Holsten et Steck (Suisse de langue allemande), l'authenticité de cette épîlre ne fait pas de difficulté. Aujourd'hui nous pouvons dire que tous les indépendants sont sur ce point d'accord avec les catholiques. CitonsBornemann (1894), Julicher (1894), Lightfoot, Zahn (1906), Wohlenberg (1909), Milligan, Mofîatt. Findlay et enfin Frame (1912), qui dit qu'aujourd'hui on reconnaît l'authenticité de cette épitre; que seul la contestera, qui se refuse à admettre l'existence même de saint Paul ou à croire qu'aucune de ses lettres ne lui ait survécu. The epistles oj S. Paul lo the Thcssalonians, dans The international critical Commenlary, 1912, p. 37.

1. Témoignages externes. — Il ne faudrait peut-être pas trop appuyer sur les citations implicites de cette lettre que nous retrouvons dans les premiers écrits tels que la Didaché (xvi, 6, 4); saint Ignace (t 105), dans Eph., x, 1; Rom., n, 1; saint Polycarpe, vers 110-151, dans Phil., n et iv; l'Épitre de Barnabe, entre 86 et 115 (15); le Pasteur d'IIennas, vers 150, dans Vis., m, 9; car « tout se réduit à deux ou trois similitudes purement verbales, quelquefois même à des rapprochements inexacts ». Toussaint, t. i. p. 98; pour une confrontation plus rigoureuse des textes, cf. Vosté, p. 31-33. Mais il faut retenir les témoignages formels de plusieurs Pères : saint Irénée (180) qui cite une fois clairement Aposlolum... in prima epislola ad Thessaloniccnces (Cont. hœr., Y, vi, 1), Tertullien, Clément d'Alexandrie, Origène, Eusèbe; l'hérésiarque

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Marcion lui-même a, dans son catalogue des livres canoniques, les deux épîtres aux Thessaloniciens. Enfin le canon de Muratori porte : Ad Thessaolenecinsis... verum Corinlheis el Thessaolecensibus pro correbtione iterelur (lignes 53, 54, 55). Cette première épître était également reçue dans la vieille version latine, la version copte et la Peschitto.

2. Témoignages internes. — Cette authenticité est confirmée par la critique interne. En ce qui concerne le vocabulaire, Milligan, St. Paul's epistles to the Thessalonians, 1908, introd., p. lii-liv, a constaté que, sur les 460 mots que comprennent les deux épîtres, il y a vingt-sept cinccE, "kzy6{j.z\>a. du N. T., dix-sept pour la première, dix pour la seconde; soixante-cinq expressions familières à saint Paul et qui se retrouvent dans les grandes épîtres, Rom., Gai., I et II Cor., dont l'authenticité n'est.pas discutée ; ainsi: èv cpiXïjpiaTi. àyicp; 7repi.7TaTeïv àÇtcoç toû Qeoû; sZvou cùv Kupico. Le même philologue signale vingt-sept autres mots qui ne sont employés que par saint Paul dans les autres épîtres et il conclut en disant que le vocabulaire ne peut être plus paulinien. Le style ne l'est pas moins, à tel point qu'on a attribué cette lettre (p. ex. Baur) à un plagiaire qui aurait fait ici un centon à l'aide des autres épîtres. C'est bien le style à la fois torrentueux et plein de digressions, profond et imagé de saint Paul. « Les émotions intimes que trahit cette lettre, écrit Godet, les effusions pleines de tendresse qui la caractérisent, ces réminiscences si vives d'un temps marqué par les faveurs du Ciel toutes extraordinaires, ces expressions d'une sollicitude toute paternelle pour de jeunes Églises exposées déjà à de si rudes épreuves de la part de leurs compatriotes, ces recommandations si parfaitement appropriées à la situation d'une Église naissante, placée au milieu d'une grande ciié païenne, commerçante et corrompue, ces encouragements à la constance dans la foi, au milieu de la souffrance, ce sont là des accents inimitables qu'il est impossible d'attribuer à la plume d'un faussaire des temps postapostoliques. » Introduction au X. T., t. î, p. 179.

5° Caractères littéraires. — Pour bien comprendre les épîtres aux Thessaloniciens, il est nécessaire de rappeler que ce sont les premiers écrits de l'Apôtre. Nous ne manquerons pas au respect dû à ce grand génie cl a ce grand cœur en disant que, visiblement, Paul se fait la main et qu'il ne l'a pas encore entièrement faite. C'est déjà lui, mais moins parfaitement. Il n'est pas encore en pleine possession de son génie littéraire. Il tâtonne, il cherche ses formules et parfois il les trouve, mais on s'aperçoit que ce n'est pas sans effort. Il amorce ses développements; on les sent en élaboration, prêts à venir, mais, sauf les remarquables exceptions de la parousie et de l'Adversaire, il les esquive] ne sacbanl pas profiter de l'occasion offerte, ce qui est toujours l'indice d'une incomplète maturité d'esprit. Le génie est en pleine formation; les chefsd'œuvre se pressentent. Celte constatation nous met à l'aise pour avouer certaine gaucherie de fond et de forme : manque de variété dans les transitions, fréquence «les un in. -, expressions et tournures, rappel uniforme des souvenirs. Elle nous permet surloul de mieux entendre ces brèves allusions à une doctrine complexée! très belle (pi i sera développée à sou bail dans 'ilres ultérieures. Plus tard la phrase ne scia pas,

<>u .i peine, davantage chargée, articulée, Imbriquée; il nous faut déjà user d'indulgence pour légitimer ces Incorrections, el d'artifice pour les rendre le moins mal qu'il se peul en notre langue m exigeante. Et déjà ce langage magnifique se pare d'une majesté et d'une redondance qui, au prix de nombreuses difficultés vaincues, est du plus bel effet.

L'un de ses procédé) habituel,, auquel ou n'a nicT. ni. i iii'.ol. CATHOL

toujours prêté l'attention qu'il mérite, est la synonymie des expressions, mieux encore la convergence de plusieurs membres de phrase, s'essayant à rendre une réalité complexe, ce que nous avons appelé en notre Commentaire, faute d'une expression plus adéquate, la loi de deux en un ou de trois en un, les grammairiens diraient hendiadis ou hendialris. En voici quelques applications : I, il, 3 : « Au souvenir des œuvres de votre foi, des travaux de votre charité. » Pratiquement, les œuvres de la foi se confondent avec les travaux de la charité. — iv, 16: « Le Seigneur en personne, au signal donné, à la voix de l'archange, au son de la trompette divine, redescendra du ciel. » Ces trois détails ont même signification : le signal divin est l'idée générale; il consistera en une voix d'archange, résonnant dans une trompette (hendiatris). — De même dans II Thess., i, 5 : « Indice du juste jugement de Dieu et que vous serez jugés dignes du royaume de Dieu. » Les persécutions présagent le juste jugement de Dieu qui les récompensera un jour, c'est la pensée générale; d'une manière plus précise, grâce à elles, les néophytes de Thessalonique seront jugés dignes du royaume de Dieu. — II, ni, 6 : « Tenir à l'écart tout frère qui s'abandonne à la paresse, sans suivre la tradition que vous avez reçue de nous. » La paresse se confond ici avec l'infidélité à la tradition (hendiadis).

Un autre procédé littéraire, bien paulinien aussi c'est l'enallage personœ, figure qui consiste dans l'emploi d'un temps, d'un mode, d'un nombre, d'un genre pour un autre. Elle résulte de cette tendance, habituelle aux orateurs et prédicateurs populaires, à se mettre en scène au lieu et place de leurs auditeurs. L'exemple le plus célèbre est celui de I, iv, 15, où l'auteur se met par figure au nombre des survivants lors de la parousie : « Nous, les vivants, les survivants lors du retour du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui sont morts. » Mais, un peu plus loin, il envisage l'hypothèse contraire, toujours en se mettant personnellement en scène, toujours à la première personne du pluriel : « Dieu ne nous a pas destinés à la colère, mais à l'acquisition du salut par Notre-Seigneur Jésus- Christ, lui qui est mort pour nous, afin que, vivants ou morts, nous vivions ensemble avec- lui. » v, 9-10. « Vivants ou morts », l'un ou l'autre au choix. 11 n'était donc pas tellement sûr d'être vivant! — Autres exemples du même procédé : « Nous ne sommes ni de la nuit ni des ténèbres » v, 5; « Nous qui sommes du jour. » v, 8. La même figure se retrouve avec, la même hardiesse, I Cor., xv, 51 : « Nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés... »

Tous ces procédés littéraires sont d'un usage courant chez les auteurs profanes : nous avons intérêt à les reconnaître même dans les œuvres sacrées.

<i° Paul el les Actes de Luc. — A. Sabalicr écrit avec raison qu'on n'affirmera jamais suffisamment « avec quelle facilité [ces] deux lettres viennent s'enchâsser dans le récit que les Actes nous ont conservé du second voyage missionnaire, cl dans quelle harmonie constante elles se trouvent avec lui ». L'apôtre Paul, 1° éd., p. 95. il arrive même que Paul complète les récits de l'historien Luc. Celle épttre nous en donne un exemple remarquable que nous avons spécialement étudié; cf. Un cas de syllepse historique, dans Rev. bibl., 1936, p. 66-71. Rappelons brièvement les faits. D'après saint Luc, Paul. Silas cl Timothée se retrouvent à Bérée après leur expulsion de Thessalonique.

Aot., xvii, lo, i H5. Obligé encore de s'éloigner do la ville, Paul y laisse s -s deux collaborai cuis, a\ ec l'ordre cependant de le rejoindre le plus loi possible. <-. 15. On curait qu'il les attendit vainement à Athènes, t. 16. Quelque diligence qu'eussent faite Silase' Timothée, il semblerait qu'ils ne le rejoignirent qu'à Corinthe. xviii, 5. Comment concilier ces faits, avec le récit

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légèrement divergent que nous présente saint Paul? I Thess., m, 1-8. Il nous dit en effet qu'il envoya Tiniothée d'Athènes à Thessalonique. C'est donc que Timothéc, d'abord resté à Bérée avec Silas, l'avait rejoint à Athènes. Silas avait dû l'accompagner, puisque Paul écrit, après la mission de Timolhée à Thessalonique : « Nous avons préféré rester seuls. » Nous avons deux raisons d'entendre ce pluriel de Paul et de Silas, c'est-à-dire comme un pluriel réel, et non comme un pluriel qui conviendrait à l'apôtre seul : l'une, générale, c'est qu'il n'y a pas dans saint Paul, au dire de bons juges comme Milligan, un seul cas certain de « pluriel de majesté » : cf. Comm. des I et II Thess., p. 131-132; l'autre, particulière, c'est que, dans le contexte, après avoir parlé au pluriel du groupe des missionnaires, Paul s'en détache à plusieurs reprises pour parler de lui-même au singulier, ii, 18; m, 5; cf. II Thess., m, 17. Nous sommes donc amenés à croire que Silas, aussi bien que Timothée, avait rejoint Paul à Athènes.

Telles sont les données du problème. L'historien et le prédicateur sont-ils en désaccord? La solution nous semble être la suivante. Sur l'ordre de Paul, Act., xvii, 15, Timothée quitta immédiatement Bérée pour Athènes, où il ne fit qu'un bref séjour; car, bientôt après, son maître l'envoyait en mission spéciale à Thessalonique. La mission accomplie, il rejoignit Paul à Corinthe, où celui-ci s'était rendu après l'échec d'Athènes. Silas aussi avait rejoint son maître à Athènes, l'ordre de le rejoindre étant aussi pressant pour lui que pour son compagnon (avec Miligan, op. cit., p. xxx). Mais, tandis que Timothée repartait pour Thessalonique, Silas restait près de Paul.

Cette vue globale des événements, avec prétention et fusion des faits, constitue chez saint Luc un cas assez notable de syllepse. L'histoire détaillée des deux missionnaires eût exigé des précisions et des explications qui font défaut. Peut-être l'auteur des Actes était-il incomplètement documenté pour cette période. Le P. Boudou le dit en termes excellents : « Silas et Timothée arrivent de Macédoine. Le récit des Actes est trop concis pour lever tout doute sur leurs allées et venues. » Actes des Apôtres, p. 399. Et encore : « Saint Luc, très probablement resté à Philippes, où Paul le retrouvera lors de son troisième voyage, n'a pas été présent aux événements d'Athènes. Il les aura connus plus tard, par Paul lui-même; peutêtre même a-t-il utilisé un résumé du discours qu'aurait noté l'Aréopagite converti. » Ibid., p. 377.

Un tel exemple de raccourci ou de syllepse historique méritait d'être signalé. Il y a là imprécision, volontaire ou inconsciente, il n'y a pas erreur positive, la seule erreur au sens formel, celle-ci absolument incompatible avec l'inspiration.

7° Unité. — Cette lettre semble bien avoir été dictée d'une seule haleine. Cependant, même ici, la critique signale ce que A. Loisy appelle des » surcharges rédactionnelles ». La naissance du christianisme, p. 17; cf. du même, Remarques sur la littérature épistolaire du N. T., p. 85-89. Quels seraient ces blocs aberrants? On nous en signale quatre.

1. I. Thess., n, 1-16: apologie personnelle de Paul pour se justifier d'allégations mensongères en rétablissant la vérité des faits. Loisy prétend que cette « apologie de Paul contre d'autres missionnaires, aboutissant à une véhémente sortie contre les Juifs persécuteurs, dans l'esprit et le style des Actes » ne saurait être qu'une interpolation. La naissance du christianisme, p. 17. — C'est mal connaître Paul que de le croire incapable de se justifier. Attaqué, il sait se défendre et même retourner contre eux les armes de ses adversaires; témoin les épîtres aux Corinthiens et aux Galates. Pour ce qui est du f . 16 : « La colère

de Dieu est tombée sur eux définitivement », il fallait s'attendre que des exégètes nous parlent d'un parfait prophétique (sçOxasv, avec Nestlé, von Soden, Vogels, Merk, et non ëçOaxev qui fait allusion à la ruine de Jérusalem) et décident, d'après cette seule donnée, que l'épître aurait été composée après 70 ou que du moins ces versets auraient été intercalés après la défaite de Barkochébas, en 135 (il a Loisy). — Mais pourquoi ne pas prendre le passé pour un passé véritable, dénonçant l'obstination et l'endurcissement des Juifs, déjà devenus à cette époque les ennemis de l'Évangile, dispositions qui préludent, à moins de miracle, à la réprobation finale?

2. m, 2 6-5 a. Ces versets supposeraient une expérience assez longue des persécutions. — Il suffît de relire les Actes pour savoir que Paul connaissait déjà par expérience les souffrances missionnaires quand il écrivait cette première lettre : Antioche de Pisidie, Lystres, Philippes, Thessalonique, autant de stations douloureuses en ce long chemin de croix qui mènera Paul au martyre.

3. iv, 13-v, 11. Ici A. Loisy accumule les arguments : t morceau qui a son style propre et qui coupe violemment les conseils en cette fin d'épître; la description apocalyptique, paraphrase consciente des textes évangéliques..., se dénonce ainsi comme postérieure à l'âge apostolique. » Ibid., p. 17, n. 2. — M. Goguel a parfaitement répondu à ces prétendus arguments, Rev. d'hist. et de philos, relig., 1934, p. 181-184 : « Que le style d'un enseignement apocalyptique, écrit-il, ait son caractère propre n'a rien de surprenant, la nature du sujet influençant toujours le style de celui qui en traite • (p. 184). Pour les parallèles avec les Synoptiques, nous y reviendrons plus loin en traitant spécialement des rapports entre saint Matthieu et saint Paul en ces deux premières épîtres.

4. Enfin le bloc v, 12-24 supposerait « une vie de communauté bien plus avancée que ne pouvait l'être celle du groupe chrétien de Thessalonique en la troisième année de son existence ». Loisy, Remarques..., p. 88. — Mais les Actes ne nous représentent-ils pas la première communauté de Jérusalem, dès le début, aussi bien unie que celle de Thessalonique? Et pour répondre ad hominem, puisqu'ils figurent dans YApostolicon de Marcion, les t. 19-20 ne sauraient être l'œuvre d'un faussaire écrivant, comme le veut Loisy, après la défaite juive de 135.

8° Analyse. — Encore moins que les épîtres ultérieures, cette première épître n'est pas un traité didactique, composé d'après un plan rigoureux. Nous n'y trouvons même pas les deux grandes sections habituelles à l'Apôtre : la partie dogmatique et la partie parénétique. Plutôt qu'une dissertation, cette lettre est une causerie sur des sujets divers. Elle n'est qu'une « prédication à distance » dont « l'originalité se trouve précisément dans ce caractère pratique •. Elle a été écrite ■ d'une seule haleine et il n'y faut chercher ni organisation savante, ni division logique ». Sabatier, op. cit., p. 97-98. Les mêmes remarques vaudront pour l'analyse de la seconde lettre.

Dans l'Introduction (i, 1), Paul s'adjoint, comme d'ordinaire, quelques collaborateurs, ici Silvain, le Silas des Actes (xv, 22-27, 40; xvi, 19; xvn, 4, 10, 14 sq.), et Timothée. Le premier mot de l'Apôtre est un cri de reconnaissance qui prélude à la grande action de grâces, i, 2-in, 20. Action de grâces pour l'accueil enthousiaste fait à l'Évangile, 2-10, pour le succès des prédicateurs, il, 1-12, malgré la propagande ennemie; pour les fruits de l'Évangile, n, 13-16; pour la mission de Timothée. il, 17-ni, 13.

Si rapide qu'ait été le passage de Paul à Thessalonique, la morale chrétienne a été exposée dans tous ses éléments essentiels. Saint Paul n'insistera sur

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quelques points que pour rappeler des obligations sur lesquelles les circonstances attirent l'attention des néophytes. Et c'est pourquoi, au début de ces rappels dogmatiques et parénétiques, iv, 1-24, il leur recommande en général la fidélité à la tradition, 1-2. Puis il les exhorte à vivre dans la pureté, 3-8, en s'abstenant de toute impudicité, en sachant « garder leur corps en toute sainteté et respect », en ne lésant aucun des frères en pareille matière. Suivent quelques exhortations relatives à la charité, 9-10, et au travail, 11-12. Puis l'Apôtre traite du sort de ceux qui meurent avant le retour du Christ et qui auront leur place au cortège parousiaque avec les vivants, 13-18. Ceux-ci doivent veiller et se tenir prêts, car l'heure de ce retour est incertaine, v, 1-11.

Ce sont enfin des avis divers, v, 12-28, avis qui concernent les chefs de la communauté, 12-13, les paresseux, 14, la pratique de quelques vertus, charité, joie, prière, action de grâces, 15-18, l'usage des charismes, surtout ne pas mépriser le don de prophétie, 19-22, la prière qui, pour être parfaite, doit atteindre l'être tout entier, 23-24.

Saint Paul termine par les salutations finales ordinaires, 25-28 : il donne des instructions pour la lecture publique de sa lettre qui s'achève sur le souhait du commencement : « La grâce de Notre-Seigneur Jésus- Christ soit avec vous tousl » faisant au corps de l'épître une inclusio surnaturelle, d'un prix unique.

III. Introduction a la seconde épitre. — 1° Occasion et but de l'épître. — Les relations devaient être rapides entre les deux grands ports de la mer Egée, Corinthe et Thessalonique. Aussi Paul dut-il bien vite apprendre les effets de sa première lettre, II Thess., m, 11 : elle avait atteint son but principal, qui était de rassurer la jeune chrétienté au sujet des frères défunts. Ce ne fut pas cependant la fin de toutes les préoccupations. Les inquiétudes reparurent bien vite ou, pour mieux dire, ne firent que changer d'aspect. Rassurés au sujet des défunts, les néophytes étaient plus que jamais convaincus de l'imminence de la parousie et cette persuasion, loin de les exciter à la piété et au travail, les troublait et les paralysait au point qu'ils en arrivèrent à vivre dans le désintéressement et l'oisiveté. Pour fortifier leurs dires, ces étranges paresseux avaient recours à des moyens peu avouables. Tantôt s'autorisant des récentes recommandations de respecter les charismes, ils produisaient de prétendus oracles de l'Esprit; tantôt ils colportaient de prétendues paroles de l'Apôtre; peut-être même allèrent-ils jusqu'à imaginer des faux qu'ils donnaient comme des messages authentiques de Paul. Il fallait faire taire ces illumine» et couper court à leurs extravagances sous peine de donner au monde païen le scandale retentissant de toute une communauté sombrant dans la misère et se laissant mourir de faim par illuminismc. C'est le but de celte seconde lettre.

2° Analyse. — L'adres?e est la même que pour I Thess. : Paul s'adjoint encore Silvain et Timothéc. I, 1-2. Dans l'action de grâces liminaire, 3-12, l'Apôtre félicite ses néophytes de leurs progrès très marqués dans la fol ut la charité, 3-4; leur fermeté dans les eut ions est une preuve rassurante qu'ils seront . dignes du royaume de Dieu pour lequel Ils les endurrnt, 5-10; aussi les prières de l'Apôtre montentelles incessantes vers Dieu, 11-12.

l.es Thessaloniciens souffrent d'un double mal : d'une erreur théorique, la persuasion de la parousie Imminente, el d'une erreur pratique qui en découle, b di intéressement des affaires temporelles et du travail. Paul va droit à l'erreur théorique. Tout en maint ses premières positions relatives .i la parousie, il garantit qu'elle n'est pas imminente. Il, 1-12. Pour imprévu et soudain que doive être le jour du Seigneur,

il sera précédé de signes certains et caractéristiques dont les principaux seront une apostasie religieuse, 3, et l'apparition d'un adversaire, suppôt de Satan, 4-12. En leur absence, on peut encore se promettre, et peutêtre indéfiniment, une existence normale.

Dès lors, les conclusions s'imposent, et c'est le redressement de l'erreur pratique, n, 12-m, 16 : exhortation à la persévérance, n, 13-15; prière, il, 16-17, et demande de prières, m, 1-5. Et voici les recommandations importantes, ni, 6-16 : que chacun reprenne son travail comme s'il devait compter sur un avenir assuré. Guerre surtout à ces oisifs, prédicateurs d'oisiveté et semeurs de panique; s'ils ne consentent pas à travailler, qu'ils ne mangent pas non plus, 11-12. En terminant, Paul s'adresse à la partie saine de la communauté qu'il conjure de ne pas se fatiguer de faire le bien, 13-14, d'user de compassion pour ces pauvres illuminés, qui ne sont pas des ennemis, niais des frères, 15.

Le salut final, ni, 1 7, est de la main de Paul. Pour prévenir toute nouvelle tentative de fraude littéraire, il apposera désormais de sa propre main, au bas de ses lettres, quelques ligues qui témoigneront de l'authenticité de l'écrit. C'est la phrase qui terminait sa première lettre : « La grâce de Notre-Seigneur Jésus- Christ soit avec vous tousl »

3° Cette deuxième épître ne serait-elle pas antérieure à la première? — Plusieurs auteurs croient devoir placer II Thess. avant I Thess. : Grotius, Renan, Baur, Ewald, Hadorn, West ; pour leursobjections.cf. Drach, Les Épîtres de saint Paul, p. 544-545; Dict. de la Bible, t. v, col. 2185-2186. Mais il est aisé de prouver la légitimité de l'ordre traditionnel : les vertus des Thessaloniciens dont témoigne la deuxième épître, i, 3, marquent un progrès sur la première qui nous fait assister à l'établissement de la chrétienté, i, 3-5; il en est de même pour l'oisiveté parousiaque qui a été recrutant toujours de nouveaux adeptes. Les préoccupations cschatologiqucs suivent également une progression croissante : dans la première lettre, iv, 10 sq., Paul parlait du retour du Christ par rapport aux défunts; dans la seconde, il blâme les fausses interprétations auxquelles a donné lieu son enseignement, ses néophytes se préoccupant surtout de l'imminence du jour du Seigneur. Enfin, si l'on considère les marques d'affection prodiguées au cours de ces deux messages, on trouve naturel que l'Apôtre répande toute sa tendresse dans une première lettre, I Thess., i-m; mais l'on comprend aussi que cette affection s'extériorise moins dans un second écrit, puisque le premier avait déjà dit ce qu'il y avait à dire.

4° Lieu et date de composition. - Nous ne faisons que mentionner, sans nous y arrêter, les indications de quelques manuscrits grecs ou de quelques auteurs anciens qui assignent comme lieu de rédaction de cette épître soit Athènes (A, B, L, P...), soit Antioche de Pisidie, soit Rome (Eulhalius, Œcumenius). ("rite deuxième épître est probablement partie de Corinthe, car c'est là seulement que Paul se trouve avec ses deux cosignataires, Silas et Timolhée. La situation de Corinlhc, qui entretenait avec Thessalonique des relations commerciales très actives, explique encore que l'Apôtre ait pu recevoir de si fréquentes nouvelles de sa jeune chrétienté. Enfin on n'oubliera pas que cette deuxième lettre est le prolongement naturel delà première, qu'elle suppose les mêmes dispositions et les mêmes besoins, autant d'indices établissant que les deux lettres se sont suivies à quelques mois d'intervalle. L'inscription de Delphes, publiée par M. BoUI guet, nous ayant déjà permis de dater la première épître de la lin de 50 ou du début de M . nous mettrions celle-ci vers la fin de 51 ou le débul de 52. les destina tairas sont évidemment lis mêmes ThessalonicienSi

THESSALONICIENS (Ile ÉPITRE AUX)

et non les néophytes de Bérée, conjecture de M. Goguel, lieu, de l'hist. des religions, t. lxxi, 1915, p. 248-272. 5° A iithenticité. — C'est E.-C. Schrnid qui, le premier, en 1804, après avoir d'abord sacrifié le bloc n, 1-12, comme étant une interpolation montanisle, nia l'authenticité de cette deuxième lettre aux Thessaloniciens. Il fut suivi par Kern, Tùbinger Zeilschr. ftir Théologie, 1839, et par les tenants de l'école de Tubingue : Baur (1845), Weizsàcker (1886), Schmiedel, von Soden (1905), Holtzmann (1911). Récemment M. Oskar Holtzmann affirmait que cette deuxième lettre ne serait qu'une correction de la première. Das Neue Testament nach dem Siutlgarter griechischen Text ùberselzl und erklàrt, Giessen, 1925, p. 476. Actuellement l'authenticité de II Thess. est vivement contestée par la critique indépendante. Elle est cependant défendue par bon nombre de critiques : Reuss, Renan, Sabatier, Weiss, Harnack, Jillicher, Clemen, Zahn, sans parler de l'unanimité des catholiques. Nous enregistrons avec un plaisir particulier que tous les derniers commentateurs, à quelque école qu'ils appartiennent, Borncmann, Bousset, von Dobschiitz, Wohlenberg, Milligan, Findlay, Frame, Vosté, Steinmann, sont des partisans résolus de l'authenticité. « Il n'y a rien dans l'épître, écrivait naguère Goguel, qui oblige, ou même qui autorise à contester son origine paulinienne. » Introduction, t. iv a, p. 335.

1. Critères externes. — Les commentateurs n'ont pas de peine à montrer que l'épître était, elle aussi, connue et utilisée dès le n° siècle. On trouve des réminiscences chez saint Clément de Rome, I Cor., xxxvin, 4; cf. II Thess., i, 8, et saint Polycarpe, Phil., xi; cf. II Thess., i, 4; n, 15; des citations implicites et vraiment incontestables chez saint Justin, DiaL, xxxn, qui mentionne « l'homme d'iniquité » et dont le contexte montre nettement un emprunt à II Thess., n, 3. Il faut surtout retenir les témoignages formels de saint Irénée qui attribue à Paul deux textes de cette deuxième Épître : De quo Apostolus in epistola, quse est ad Thessal. II, sic ait : Quoniam nisi venerit abscessio prima... Cont. hser., V, xxv, 1; cf. xxvm, 2; de Clément d'Alexandrie qui attribue à l'Apôtre les paroles de II Thess., m, 2; cf. Strom., 1. V, c. m, P. G., t. ix, col. 36; de Tertullien qui, à deux reprises au moins, cite des textes de l'épître qu'il attribue à Paul, cf. Scorp., xm et II Thess., i, 4; enfin le témoignage déjà invoqué du Canon de Muralori et le fait que cette épître était reçue dans Y Aposlolicon de Marcion; cf. Tertullien, Adu. Marc, v, 16.

2. Critères internes. — Toutes les objections formulées contre l'authenticité proprement dite, au nom de la critique interne, se résolvent sans peine.

a) De l'aveu des spécialistes, le vocabulaire de II Thess. est bien paulinien : des 250 termes qu'elle comprend, nous en retrouvons 222 dans les autres épîtres et 146 dans I Thess. De même pour les tournures et les expressions de saint Paul : 35 particularités pauliniennes se rencontrent ici, et 15 sont communes avec I Thess. Mais, de cette ressemblance frappante avec la première épître, n'allègue-t-on pas (Kern) que cette deuxième lettre semblerait le fait d'un pseudépigraphe, attentif à ne pas trahir sa fraude, plutôt que celui d'un auteur de génie disposant de tous ses moyens? — On répond que la ressemblance des deux épîtres s'explique naturellement par l'identité des situations. L'identité du vocabulaire défie toute hypothèse de pastiche et plus encore, peut-être, cette loi des synonymes et des propositions convergentes que nous avons appelées hendiadis ou hendiatris et que nous trouvons dans la seconde épître non moins que dans la première; cf. II Thess., i, 5; n, 13; m, 6.

b) On ne remarque pas, dit-on encore, en cette lettre le sentiment de tendresse qui se manifestait dans

l'épître précédente. — Nous en avons déjà donné la raison. Quant à la familiarité, ce n'est guère le moment pour les supérieurs de s'appliquer à faire oublier la différence des conditions, lorsqu'ils doivent user de leur autorité : Paul avait cette fois plusieurs réprimandes à adresser à ses néophytes.

c) On constate encore des divergences sur l'époque de la parousie : tandis que, dans la première lettre, l'Apôtre affirmait l'imminence du jour du Seigneur, dans la deuxième il l'ajourne à une époque indéfinie. — Nous reviendrons plus loin sur cette question de la parousie. Qu'il nous suffise de signaler simplement que, dans cette deuxième lettre comme dans la première, Paul maintient toujours la possibilité de l'événement. Ce qu'il conteste, c'est son imminence. Et à bon droit.

d) Mais l'argument principal pour battre en brèche l'origine paulinienne de II Thess. se tire du concept et de la description de l'Adversaire (Kern, Baur, Holtzmann, Schmiedel). Ce portrait, disent ces critiques, « n'a pu être tracé qu'en se servant de l'Apocalypse de Jean, ou, tout au moins, des idées qui avaient cours, à ce moment-là, dans les communautés chrétiennes d'Asie Mineure. L' « homme de péché » s'identifie à merveille avec la « Bête » du voyant de Patmos; c'est le Nero redivi vus dont on craignait le retour; le « Retenant » qui, pour un instant, l'empêche de reparaître est Galba, ou peut-être Vespasien et Titus. Mais bientôt l'obstacle sera renversé, et Néron, remontant sur le trône, reprendra son rôle de persécuteur, de messie de Satan. C'est alors que le Messie viendra le frapper et inaugurera, par cette victoire, les gloires et les joies du royaume messianique ». Toussaint, t. i, p. 144. Sur cette légende du Nero redivivus, cf. Székely, Bibliotheca apocrypha, Fribourg, 1913, t. i, p. 59-60; Rigaux, L'Antéchrist, Paris, 1932, p. 350- 353; Allô, L'Apocalypse, 3e éd., Paris, 1933, excursus xxxvn, p. 286-289.

Qu'il y ait des analogies et des points de contact entre l'eschatologie de saint Paul et celle de saint Jean dans l'Apocalypse, cela est hors de doute. Mais, outre l'hypothèse de la dépendance de Paul vis-à-vis de Jean, il en existe une autre que les critiques ne mettent pas assez d'empressement à envisager : c'est celle qui fait dépendre Jean et Paul d'une source biblique commune, voire évangélique et d'une même source orale. Nous sommes donc parfaitement autorisés à reconnaître Paul pour l'auteur de la seconde comme de la première épître aux Thessaloniciens.

6° Rapport des deux épîtres avec saint Matthieu. — Saint Paul serait-il donc dépendant de cette troisième eschatologie du Nouveau Testament qu'est le discours des fins dernières rapporté par saint Matthieu, xxivxxv? « Il semble, écrit Plummer, que le discours escha tologique de saint Matthieu ait été familier à saint Paul, qu'il ait même été présent à son esprit quand il dictait ses deux épîtres. » Commentary on 2 Thessalonicians, 1918, p. 46. Récemment, le P. Orchard, O. S. B., a présenté la synthèse des similitudes qui existent entre les parties apocalyptiques des deux épîtres aux Thessaloniciens et les discours eschatologiques de Matth., xxiv-xxv, telle qu'elle résulte des travaux des exégètes anglais, surtout de Plummer, Lighlfoot et Kennedy (Saint Paul's conception of the last things), cf. Thcssalonicians and the synoptic Gospels, dans Biblica, 1938, p. 19-42. Nous avons déjà souligné et apprécié l'effort du P. Orchard dans une note des Recherches de science religieuse : Saint Paul et saint Matthieu, 1938, p. 473-479. Les rencontres verbales sont d'autant plus frappantes qu'elles portent sur des mots et des expressions plus rares : aâlmy'i, I Thess., iv, 16 et Matth., xxiv, 31 ; àroivTaaiç, I Thess., iv, 17 et Matth., xxv, 6; y.Xé7rn)ç év vux-cL I Thess., v, 2 et

THESSALONICIENS (EPITRES AUX). DOCTRINE

Matth., xxiv, 42, 43; yp^yopsiv, II Thcss., v, 6 et Matth., xxiv, 42; orav ëXÔ-f) IvSoÇaoO^vat, et u.et' àyYÉXwv Suvâpiewç aù-roù, II Thess., i, 7, 10 et Matth., xxiv, 30; xxv, 31; èTUCTuvaycoYY], II Thess., il, 1 et Matth., xxiv, 31; [nr)8è 6poeïa0at, II Thess., n, 2 et Matth., xxiv, 6: rcapouaîa, II Thess., n, 8 et Matth., xxiv, 27; CTTjijLEÏa, répara ij/sûSouç, H Thess., n, 9 et Matth., xxiv, 24; ocofôjvai, II Thess., n, 10 et Matth., xxiv, 13.

La rencontre des idées est plus surprenante encore, puisqu'elle intéresse bon nombre d'éléments du scénario apocalyptique (pour une synopse, cf. notre note p. 473-477). Cette rencontre dos idées se remarque surtout lorsque les deux écrivains traitent des agissements des suppôts de Satan et de leurs résultats funestes, II Thess., n, 8-12 et Matth., xxiv, 11-12, 24; du rôle des anges et de la trompette, I Thess., iv, 16 et Matth., xxiv, 31 ; de la résurrection générale des élus,

I Thess., iv, 16 et Matth., xxiv, 31 ; du retour glorieux du Christ, I Thess., n, 19 et Matth., xxiv, 27; des caractères de la parousie, I Thess., iv, 2-4 et Matth., xxiv, 27, 43-44, 8, 37-39; du jugement dernier et de la séparation des bons et des mauvais, les uns promis à la récompense, les autres voués au châtiment.

II Thess., i, 5-12 et Matth., xxiv, 45-51; xxv, 1-13; 14-30; 31-44.

Il serait cependant exagéré de forcer ces parallèles. Parlant des fins dernières, saint Matthieu et saint Paul ne se placent pas au même point de vue. L'évangéliste rapporte un discours du Maître qui traite expressément et comme ex professo des événements eschatologiques, dans le dessein de nous instruire et de nous prémunir; l'Apôtre n'envisage de ces perspectives tragiques que les éléments ayant trait aux préoccupations de ses correspondants. Cette circonstance explique à la fois les ressemblances et les différences des deux apocalypses. Traitant des mêmes événements, il n'est pas étonnant que les deux écrivains s'expriment partiellement dans la même langue; n'en traitant pas pour les mêmes fins, il va de soi que leurs descriptions ne coïncident ni dans leur objet ni dans leurs proportions. L'apologiste occasionnel n'entend pas faire œuvre d'évangélisle.

Ces constatations nous permettent d'apprécier à leur juste valeur les rapports de nos deux épîtres et du premier évangéliste. Nulle part Paul ne copie Matthieu; on n'y relève pas une citation, explicite ou implicite, de l'Évangile. Il y a seulement rencontre assez fréquente du vocabulaire, en des allusions, volontairement retenues, aux mêmes réalités mystérieuses. Pour expliquer ces ressemblances de fond et de forme, il suffit de dire que saint Paul a eu connaissance du discours oral de Noire-Seigneur et qu'il s'en est servi.

Et comment oublier que l'Apôtre puise ses éléments d'apocalypse à d'autres sources (pie le discours de sainl Matthieu? I ne fois, I Thess., iv, 15, il allègue formellement une parole, c'est-à-dire une révélation, du Seigneur, à savoir sur la priorité qu'auront les ressuscites dans le cortège parousiaque, et sans doute sur l'organisation de ce cortège. Ibid., 13-17. A juger parle Ion décidé de sa seconde épître sur l'imminence prétendue de la parousie. n. 1-12, n'a-t-on pas également l'impression (pie l'Apôtre possède et utilise d'autres informations personnelles'.' Ce qui est certain, nous le verrous, c'est que s;i description de l'Adversaire s'inspire ries données prophétiques d'Ézéchiel ci de Daniel sur le roi de Tyr et sur Antiochus Êplphane.

Pour toutes ces raisons, l'influence du premier évangéliste, encore une fois Indéniable, ne doit pas être exagérée. Cette auance tempérerait avantageusi ment les dires (]<■ riummcr et l'exposé du P. Orchard. La constatation de ces rap|>orts nous permet Ira cepen

dant d'aborder certains problèmes délicats de cette deuxième épître, ceux de l'Adversaire et de l'obstacle, et d'en proposer une solution probable.

7° Unité. — Elle n'est niée que par quelques rares hypercritiques qui, d'ailleurs, ne s'entendent nullement pour désigner les parties interpolées. Il est même curieux de constater que la péricope n, 1-12 qui, pour les uns, serait un bloc erratique, est au contraire, pour d'autres, la seule partie paulinienne de cette épître. Il est inutile d'insister. Notons que, dans cette lettre, nous ne trouvons « aucune trace de suture au commencement ni à la fin des morceaux considérés comme interpolés. » Goguel, Introduction, t. iva, p. 331.

IV. La doctrine des deux épîtres. — 1° Les enseignements généraux. — 1. La Trinité. — a) Dieu le Père. — Déjà ces deux brèves épîtres nous donnent les éléments essentiels de la doctrine paulinienne de Dieu le Père.

Par opposition aux idoles qu'adoraient autrefois les Thessaloniciens convertis, Dieu est vivant et véritable. I, i, 9. C'est laisser clairement entendre que les idoles ne sont ni vivantes, ni véritables, de pures idoles, en grec, eïSwXa, des figures de bois; en hébreu, pire encore, 'elîlim, des néants, des rien du tout. Quand saint Paul ne parle pas expressément de la Trinité, Dieu est surtout Père et Dieu le Père.

Il est Père. I, i, 1 ; m, 11, 13; II, i, 1; n, 16. Dès le premier verset de chaque épître, l'Apôtre affirme cette paternité en une formule de théologie mystique et que souvent on ne rend pas suffisamment : « Paul, Silvain et Timothée, à l'Église des Thessaloniciens, en Dieu le Père. » Voilà qui métamorphose la banalité des adresses officielles. Dès ses premiers mots, l'Apôtre nous plonge en pleine atmosphère divine. L'Église de Thessalonique est la partie d'un tout, elle vit et se meut dans un milieu qui l'englobe : « C'est en lui (en Dieu le Père) que nous vivons, que nous nous mouvons, et que nous sommes », a déjà dit saint Paul en son discours d'Athènes. Act., xvn, 28. Dieu est non seulement le principe de qui tout procède — c'est en ce sens restreint que la plupart des exégètes interprètent ces adresses pauliniennes — il est encore et surtout le milieu en lequel tout vit . Et ce qui est vrai de la simple nature, se vérifie à plus forte raison des réalités surnaturelles qui vivent en Dieu comme en leur unique et nécessaire élément : Dieu le Père les produit, les conserve, les régit, les vivifie, les anime, les enveloppe.

Dieu et Père, deux vocables souvent unis dans la théologie paulinienne d'une manière émouvante par un même article et un même pronom faisant enclave, ô 0eoç xat 7raTYjp Tju.tôv, I, i, 3; ni, 11 : un Dieu bon au point d'être Pèrel Un Père puissant au point d'être Dieu! Pour la divine providence du Père, ce n'est pas déchoir que de régler les plus humbles détails de la vie de ses enfants. Car, s'il est un milieu et un tout enveloppant ce qu'il contient et embrasse, il est, sous un autre aspect, également familier à saint Paul, un Père qui regarde ses enfants et les aide puissamment dans leurs difftcull es ; nous sommes consl animent ■ sous le regard tle notre Dieu et Père, ë[i.r:po(T(kv toû 0eoû xxl TOTpor; rjjjtwv ». I, i, 3. Au Père céleste, en effet, reviennent toutes les initiatives relatives au corps mystique, qu'il s'agisse du chef ou des membres. II est notre Dieu. I, n, 2; m, !); II, I, II, 12.

Nous verrons plus loin les rapports du Père et du lils. Pour les membres, c'est lui qui a pris l'initiative de la prédestination avec tous les actes qu'elle inclut.

Dans saint Paul, c'est toujours à Dieu le l'en' que la

prédestinai ion est appropriée. C'est lui qui se réserve l'élection île ses fidèles et leur vocation à la foi.

1, i, 4; ii, 12; II, i, 1 1 ; n, 13. Les commentateurs se demandent si le moi élection, èxXoyô, désigne l'acte éternel de Dieu par lequel il choisit et prédestlni

THESSALONICIENS (ÉPITHES AUX). LE CHRIST

élus à la gloire, ou bien la vocation temporelle par laquelle les élus sont effectivement appelés à la foi. Nous croyons qu'élection n'est qu'un synonyme de vocation a la foi. Le P. Prat, t. i, p. 513, observe très justement que « élection (electio, èxXoyrç) est synonyme de vocation avec une idée de préférence et de choix ». Rom., ix, 11 ; xi, 5, 7, 28. Le P. Vosté, avec plus de subtilité, vocalio potins respicit terminum ad quem, electio terminum a quo... Esedem personœ dicuntur xque vocatse ac electee, uocatœ ad Christum, electse ex mundo. P. 63. La synonymie est manifeste dans ce texte de II Pet., i, 10 : « Efforcez-vous de rendre ferme votre vocation et élection, veslram vocationem et electionem, ûfi.c5v T7)v xXîjotv xai èxkoyr^. » C'est aussi, croyonsnous, le sens du présent passage de saint Paul, à cause du contexte immédiat : « Nous savons, frères aimés de Dieu, comment se fit votre élection. Nous ne nous contentâmes pas de vous prêcher notre évangile en paroles seulement. » I, i, 4-5. Nous trouvons là ce procédé littéraire de l'Apôtre déjà mentionné, cette convergence de propositions subordonnées pour essayer de traduire une réalité haute et difficile. L'élection énonce le sujet en bloc; la proposition suivante détaille les particularités de cette élection générale. Donc élection et vocation à la foi, oeuvre du Père céleste; cf. II, i, 11.

Le terme de cette vocation, c'est le royaume de Dieu et sa gloire, I, h, 12, car •< Dieu nous a aimés et nous a donné la consolation éternelle et une heureuse espérance par sa grâce ». II, n, 16. Ces mots mystérieux, qui ne sont encore, à ce stade de la vie littéraire de Paul, qu'une ébauche, seront éclaircis lorsque l'Apôtre aura expliqué les mystères de la grâce par l'incorporation au Christ, la filiation divine, la vision et la possession de Dieu. Il sera évident alors que tous ces dons procèdent de l'amour. Les mystères d'amour et d'intimité qui se préparent dès cette vie dans les âmes par la grâce sanctifiante recevront bientôt, dans le royaume et dans la gloire, leur épanouissement splendide.

Ce Dieu est le Dieu de la grâce et de la paix. I, m, 11; v, 23; II, i, 13; m, 16. La foi est en Dieu. I, i, 8. L'Évangile est de Dieu. I, il, 2, 8, 9, 13. Dieu est témoin de nos actions; il sonde nos cœurs; il veut notre sanctification et notre pureté, I, iv, 1, 3, 7, et il venge toute faute commise contre cette vertu.

Il éprouve ici-bas ses apôtres et ses élus avant de leur confier son évangile, I, il, 4 : 8e8oxt.[zàa}Ae0a : ce verbe, très souple, dont Paul fait un emploi très fréquent, a signifié à l'origine soumettre à l'épreuve, de préférence à une épreuve favorable : d'où le sens plus ordinaire d'approuver. C'est Dieu qui éprouve et approuve ses apôtres, encore que l'approbation soit motivée par certaines dispositions. C'est Dieu aussi qui leur donne l'audace, cette assurance et cette confiance pour annoncer l'évangile parmi bien des tracas. I, n, 2. Ou plutôt, les missionnaires puisent en Dieu cette assurance; mieux encore, ils la puisent dans la vie même de Dieu.

Enfin à Dieu le Père revient l'initiative de notre propre résurrection. C'est lui qui a ressuscité le Christ. I, i, 10. C'est lui qui nous ressuscitera et nous amènera avec Jésus glorieux. I, iv, 14.

b) Jésus-Christ. — La double nature du Christ est nettement enseignée en ces deux épîlres. La révélation la plus inattendue est celle de Notre-Seigneur Jésus- Christ appelé avec constance Seigneur et Christ. Seigneur, ô Kûptoç, est le titre divin et impérial, vocable cher aux Juifs et aux gentils : aux Juifs pour qui il était l'équivalent d'Adonaï ou de Jahvé; aux gentils, qui en avaient fait le qualificatif de la majesté divine et impériale. Le titre était parfaitement apte à exprimer la nature supérieure de Jésus, et à préparer les

âmes à la reconnaissance de sa divinité. Jésus est encore présenté avec son qualificatif de Messie ou Christ : Jésus-Christ, 'Ivjaoûç Xpia-rôç, ou Christ-Jésus, Xpiaxoç 'Irjaoûç.

Mais saint Paul ne sépare pas le Fils du Père. L'une des particularités théologiques et mystiques de l'Apôtre est d'englober dans une même formule, gouvernée par une seule proposition, avec ou sans article, Dieu le Père et le Seigneur Jésus. La formule littéraire traduit ainsi, du mieux qu'elle peut, l'unité de la nature divine en la diversité des personnes. Le plus bel exemple est en I, m, 11 : « Puisse notre Dieu et Père en personne et Notre-Seigneur Jésus aplanir le chemin qui nous [conduise] vers vousl Aùxôç 8s ô 0e6ç stal na.zrlp 7]u.côv xal ô Kûpioç ■fju.ôiv 'I^aoûç xotTeuO'Jva'. ttjv ôSov tj^ûv rrpôç \j[iàç. » Ce qui étonne le plus en ce verset, c'est que ces deux substantifs, Dieu le Père et le Seigneur Jésus, gouvernent un verbe unique et au singulier (xa-reuOûvai). On ne saurait mieux exprimer la substantielle unité du Père et du Fils. L'histoire a-t-elle enregistré une seule formule de protocole qui unisse à ce point deux personnes, quelque étroitement apparentées qu'on les suppose, un père et un fils, un époux st une épouse, un monarque et son ambassadeur? Dans saint Paul et dans toute la théologie catholique, cette façon de parler est constante. « Que Notre-Seigneur Jésus-Christ en personne et Dieu, notre Père... console vos cœurs à tous ». IL il, 16. Cette invocation reproduit la précédente avec cette particularité que Jésus-Christ est ici mentionné avant le Père. Quoi qu'il en soit de la raison, toujours est-il que nous constatons une fois de plus cet échange d'offices et d'honneurs qui se fait dans la théologie paulinienne entre le Père et le Fils; phénomène inexplicable, s'il ne suppose l'égalité, voire l'unité de nature en la dualité des personnes. Et non seulement le Fils prend parfois la place de son Père dans les énumérations doctrinales, mais il se substitue entièrement à lui pour la production d'effets incontestablement réservés au Père. II, m, 5. C'est donc que le Fils, le Christ, le Seigneur Jésus est l'égal de son Père, Dieu lui-même. Les fidèles sont indistinctement « les aimés de Dieu », I, i, 4, et « les aimés du Seigneur ». II, n, 13. Dieu et le Seigneur Jésus sont dans la doctrine de saint Paul, et déjà dès cette époque (vers 50), deux réalités interchangeables. Nous n'irons pas raffiner dès lors, comme certains, sur des textes pDur en tirer une affirmation nette de la divinité du Christ. C'est ainsi que dans II, i, 12 : « Selon la grâce de notre Dieu et [Notre-] Seigneur Jésus-Christ », quelques exégètes, profitant de l'absence du second pronom notre, traduisent : « selon la grâce de notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ», formule qui leur semble affirmer la divinité de Jésus. Ils oublient que les formules analogues abondent dans saint Paul (I, i, 1, 3, 9; n, 14; m, 14; iv, 1, etc.), où elles énoncent la distinction entre Dieu le Père et Jésus-Christ. Quant à la divinité de Jésus, le dogme en est assez bien établi au cours de ces deux épltres pour n'avoir pas besoin d'une fragile base de grammaire : le Christ est Dieu, puisqu'il est associé au Père en des formules d'unité, allant jusqu'à l'identité de nature. I, i, 1 ; n, 14; II, i, 1 : I, m, 11 ; II, n, 16 et un peu partout.

Dès lors, nous redonnons également toute leur plénitude théologique à ces saluts pauliniens « en Notre- Seigneur Jésus-Christ » : Jésus n'est pas seulement le fondateur de l'Église de Thessalonique (Calmet), il n'est pas seulement l'auteur du salut par le mérite de sa passion (Estius), ce qui équivaut à faire de in Christo, une sorte d'ablatif causal; en réalité, Jésus, comme Dieu le Père, est le milieu, l'atmosphère surnaturelle qui enveloppe l'Église de Thessalonique. La préposition garde toute la force d'une indication locale.

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