THESSALONICIENS (ÉPITRES AUX). L'ÉGLISE
Pour être plus discrète, l'affirmation de l'humanité du Christ n'en est pas moins précise. Il est homme, puisqu'il est mort. I, iv, 14; v, 10. Nous savons qui l'a tué : « Ces Juifs qui ont mis à mort le Seigneur Jésus. » Outre l'affirmation très nette de la responsabilité des Juifs dans la mort de Jésus, nous constatons dans ce verset que déjà, au milieu du Ier siècle, Jésus était couramment appelé le Seigneur, autant dire, nous l'avons vu, qu'il était reconnu comme Dieu, en même temps qu'il était reconnu pour un homme, puisqu'il avait eu sa destinée humaine, puisqu'il était mort, et même de mort violente. C'est la première relation que nous ayons du fait du Golgotha. N'oublions pas qu'elle date d'un peu moins de trente ans après les événements. — Mort, le Christ est ressuscité. Parfois saint Paul attribue au Père la résurrection du Fils, I, i, 10; mais d'autres fois, il dit simplement que Jésus est ressuscité. I, iv, 14. Relevons encore cette assurance avec laquelle Paul en parle publiquement comme de faits historiques connus de tous, sur lesquels au surplus il n'hésite pas à fonder la croyance en notre résurrection personnelle : « Car si nous croyons que Jésus est mort et ressuscité, ainsi, ceux qui sont morts par Jésus, Dieu les amènera-t-il avec lui... Ceux qui seront morts dans le Christ ressusciteront en premier lieu. • I, iv, 14, 16. Nous avons déjà en germe dans ce texte le magnifique développement de théologie de I Cor., xv : dans la doctrine générale de l'Apôtre, c'est la vertu du Christ qui opère avec chacun de nous tout ce que nous faisons; nous faisons toute chose avec lui et par lui; nous vivons par lui, nous mourons par lui, nous ressuscitons avec lui, car il est la cause exemplaire, bien plus la cause efficiente de notre résurrection. Le raisonnement, ici simplement amorcé, sera traité ex profcsso I Cor., xv : le Christ, chef du corps mystique, étant ressuscité, c'est une nécessité que les chrétiens, ses membres, ressuscitent aussi : les prémices appellent la moisson.
Car le Christ est notre Sauveur et Rédempteur, I, v, 9, 10; i, 10, et il s'apprête à un retour triomphant qui punira les méchants et glori fiera les bons. II, n, 1-12. Il est cause de notre vie, « lui qui est mort pour nous, afin que, vivants ou morts, nous vivions ensemble avec lui ». I, v, 10. La célèbre antithèse de la vie et de la mort est déjà dans ce verset. Dès lors, il ne reste plus au chrétien qu'à « attendre du ciel son Fils qu'il [le Père] a ressuscité des morts, Jésus qui nous sauve de la colère qui vient ». I, i, 10. C'est bien du ciel que Jésus va redescendre pour le retour triomphal, qu'annonce l'Apôtre. I, iv, 16. Pour en redescendre, il doit y être monté; pour revenir sur terre, il doit y être venu; pour être tout-puissant, il doit avoir été constitué dans la toute-puissance. Paul l'insinue — il suffisait ici d'une insinuation — en nous rappelant que Dieu a ressuscité son Fils d'entre les morts, ce 1- ils, notre Sauveur, « qui nous sauve de la colère qui vient ».
c) Le Saint-Esprit. — En ces deux premières lettres de saint Paul, le Saint-Esprit se dégage avec moins de relief que Dieu le Père et que Jésus-Christ du mystère de la Trinité, mais on aperçoit sa personnalité dis tinetc, quand il donne aux ouvriersapostoliques la joie spirituelle, I, I, 6; les charismes. I, v, 19; quand il nous est lui-même donné : « Celui qui méprise [ces préceptes de punie], ne méprise pas un homme, mais le Dieu, qui vous donne son Saint-Esprit : oux £y8pb>icov dOeTEÏ àÀ/.-i - tov xocl Sio'ovTa -ô riveOp-a
80T0Û t6 fiyiov EÎç op-âç. » I, iv, 8. Dans la doctrine paulinienne, il n'y a pas de doute que le Saint-Esprit Oit une personne, la troisième de la sainte Trinité. Paul a même un aperçu particulier sur les rapports du Saint I de notre corps en matière de pu
reté;cf. I Cor., vr, 19-20. Toutefois, soit qu'il n'ait pas
encore explicitement dégagé sa pensée sur l'habitation du Saint-Esprit en nous, aux environs de l'an 50, soit qu'il n'éprouve pas le besoin de l'exposer aux néophytes de Thessalonique, il y a entre les deux épîtres la différence de l'esquisse et du chef-d'œuvre.
Terminons cette théologie paulinienne des trois personnes divines par ce beau texte trinitaire : « Quant à nous, nous devons à Dieu d'incessantes actions de grâces à votre sujet, frères aimés du Seigneur, de ce que Dieu vous a choisis dès le commencement pour vous sauver par la sainteté du [Saint-] Esprit et la foi véritable. A quoi il vous a aussi appelés par notre Évangile, pour vous faire acquérir la gloire de Notre- Seigneur Jésus-Christ. > II, n, 13-14. On y voit les trésors de la sainte Trinité se déversant sur les élus par les bienfaits appropriés à chacune des divines personnes : le Père qui choisit et qui prédestine et dont l'élection, éternelle comme lui, a pour but dernier le salut; le Saint-Esprit qui sanctifie : èv àyiaou.0) IIv£Û(iaTOç; nous croyons qu'il s'agit ici non d'un génitif d'objet (la sainteté étant reçue par notre esprit), mais d'un génitif d'efficicence : la sainteté est causée par le Saint-Esprit ; cette interprétation est plus conforme à la doctrine générale de l'Apôtre, qui attribue la sainteté à l'Esprit-Saint; cf. Rom., v, 5. Enfin le Fils rachète, et toutes ces grâces se consomment dans la suprême gloire des fidèles unis au Christ.
2. L'Église. — a) La constitution hiérarchique. — En ces deux épîtres, le terme « église » désigne la collectivité des fidèles de Thessalonique, une communauté particulière; cf. Rom., xvi, 1 ; I Cor., i, 2. Ce n'est que plus tard que le sens d'èxxXyjaîa s'élargira pour désigner l'Église universelle, l'assemblée des fidèles qui participent à la vie du Christ. Eph., i, 22 sq. Mais, dès le début, saint Paul a-t-il eu à cœur d'organiser hiérarchiquement les chrétientés qu'il fondait, ou bien, croyant à l'imminence de la parousie, s'est-il contenté d'édicter quelques règles qui permettraient d'attendre le retour du Christ? « Il ne semble pas, dit Goguel, que Paul se soit préoccupé de donner une organisation aux Églises qu'il fondait. On n'y trouve aucun système ecclésiastique régulier. » Introduction, t. iv, p. 248. Un passage de notre première épître nous montre cependant que Paul établissait des chefs dans ses nouvelles chrétientés : « Nous vous le demandons, frères, ayez des égards pour ceux qui travaillent parmi vous et sont à votre tête dans le Seigneur, pour vous donner des avis. Par charité, ayez-les en très haute estime en raison de leurs fonctions. » I, v, 12-13. Ces personnes forment une seule catégorie, dont le rôle nous est présenté sous trois fonctions différentes : d'où un seul article grec pour les trois participes qui décrivent leur ministère. Ces chefs de communauté « travaillent », xo7u£>vTa<;, l'un des mots préférés de saint Paul (14 fois) pour exprimer les labeurs apostoliques; « ils sont à la tête », TCpofoTapivouç, assurément des guides spirituels) chargés de conduire la jeune Église dans les doctrines et les pratiques de la foi nouvelle, cf. I Tim. , v, 1 7 ; « ils vous donnent les avis », vouOeToûvTOcç, d'abord les remontrances, puis en général les avis, peut-être les enseignements; cf. Col., i, 28. Il est assurément regrettable que saint Paul n'ait pas cru devoir donner à ses néophytes des avis plus détaillés sur ces chefs. Force nous est de nous contenter de ces Indices sommaires, souvent énigmat iqnes. en cherchant à les éclairer par d'autres avis du même genre donnés en d'autres temps. Nous apprenons du moins par celte première lettre que l'Église de Thessalonique, en ce milieu du i" siècle, quelque vingt ans après la mort du Christ, n'est pas livrée à l'anarchie et qu'elle ne vil pas sous le régime égalilaire. Elle a des chefs, qui exercent Certaines fonctions définies; envers qui, pour leur dignité et leurs services, les fidèles ont des
TJIKSSALONICIKNS fÉPITRES AUX). i:\HOIlTATIONS
devoirs. Il n'est pas téméraire d'identifier ees chefs avec les presbytres qui, dès avant cette époque, avaient été préposés aux Églises de Lystres, d'Ieonium cl d'Antioche de Pisidie. Act., xrv, 21. Concluons avec A. Puech, que ce texte, I, v, 12-13 « indique clairement que Paul donnait une organisation régulière aux Églises qu'il fondait ». Histoire de la littérature grecque chrétienne, t. i, p. 205; cf. Médebielle, art. Église, dans Supplém. au JJicl. de la Bible, t. n, col. 056.
b) Autorité de la tradition. — « Demeurez fermes et retenez les traditions que nous vous avons enseignées de vive voix ou par écrit. » II, ii, 15. Verset important où saint Paul note que la tradition a la même valeur dogmatique que l'Écriture. Ce texte est l'un des lieux classiques des Prolégomènes de la théologie : « Il est clair, disait saint Jean Chrysostome, que tout ne nous a pas été transmis par écrit; il y a beaucoup de choses qui nous sont parvenues sans être écrites et qui sont dignes de foi. C'est pourquoi nous tenons pour également digne de foi la tradition de l'Église. C'est la tradition, il n'y a rien de plus à chercher. » P. G., t. lxii, col. 488. Les docteurs des âges suivants ne pourront que souscrire à ces paroles. La tradition constitue un dépôt transmis et reçu. I, iv, 1-2.
3. La grâce. — Plusieurs fois déjà nous avons signalé dans ces deux lettres aux Thessaloniciens de brèves allusions à une doctrine complexe et très belle qui sera développée à souhait dans les épîtres ultérieures. C'est la doctrine de la grâce. Les deux épîtres s'ouvrent par un salut de grâce et de paix. I, i, 1 ; II, i, 2. La grâce, dans saint Paul, signifie tantôt la bienveillance toute gratuite que Dieu ou le Christ témoignent aux hommes — donc au sens subjectif — tantôt l'effet de cette bienveillance, c'est-à-dire la grâce sanctifiante et son cortège de dons et de charismes — donc au sens objectif. En ces souhaits, le voisinage de la paix invite à préférer la seconde acception. Si récente que soit la conversion des Thessaloniciens, ils sont initiés à la doctrine de la grâce. Les épîtres reflètent clairement la prédication de Paul à Thessalonique : elle a été un message de salut par la grâce. Cette grâce est celle de Dieu qui nous vient par Jésus-Christ, II, i, 2; pour la produire dans les âmes, il y a, au dehors, la parole de Dieu prêchée par ses missionnaires, I, i, 6, 8; n, 13; II, m, 1, et, au-dedans, l'Esprit-Saint. I, i, 5, 6; v, 8, 19; cf. II, ii, 13. Les néophytes, par l'accueil empressé fait à la prédication de l'Évangile, I, n, 13, et par l'action du Saint-Esprit en eux, I, i, 5, peuvent s'estimer les enfants chéris de Dieu, I, i, 4; II, i, 12; ii, 13; m, 5, qui est leur Père. II, n, 16. C'est par sa grâce qu'il a donné une consolation éternelle, II, ii, 16, et une sainteté parfaite, I, v, 23; II, m, 16, avant-goût de cette gloire à laquelle ils sont tous appelés. II, n, 13, 14. Cf. Bonnetain, art. Grâce, dans Suppl. au Dict. de la Bible, t. m, col. 1004-1005.
4. Les vertus chrétiennes. — a) Les vertus théologales. — A deux reprises, en ces deux lettres, Paul unit les trois noms, foi, espérance, charité, comme si c'était là une formule reçue depuis longtemps : « Nous rendons grâces à Dieu... au souvenir des œuvres de votre foi, [i.v7)[xoveùovTsç ù[j.wv tou ëpyou tîjç maTEwç, des travaux de votre charité, xocl toûxotcou tt^ç àycOTYiç, de votre constance à espérer, xocl tîjç ù7to(jiovïj<; tîjç èXtcîSoç.» I, i, 2-3. Dans la deuxième formule, les trois mots sont encore plus serrés : « Soyez sobres, portant la cuirasse de la foi, Èvo\)adc[i.£voi. Owpocxoc TtioTscoç, et de la charité, xocl à.yâ.vn]<;, et le casque de l'espérance du salut, xocl TCptxeçocXodav èXtccSoc aoTïjplaç. » I, v, 8. Nous n'avons pas à rechercher l'origine de cette triade; cf. Allô, Première épttre aux Corinthiens, Paris, 1935, excursus xiv, p. 351-353. Mais une telle formule ne semble pouvoir s'expliquer que par un usage remontant aux tout premiers temps de l'Église; « c'est
peut-être le Seigneur lui-même qui l'avait frappée ». Allô, p. 353. Les Thessaloniciens se distinguent par la pratique des trois vertus théologales. La foi de saint Paul, cette vertu permanente par laquelle nous adhérons à Dieu le Père par le Seigneur Jésus, est agissante; elle inspire et fait produire toutes les œuvres de la vie chrétienne. L'objet précis de l'espérance des néophytes est la parousic ou le retour glorieux de Notre-Seigneur, dont la préoccupation domine ces deux épîtres. Les souffrances endurées ne doivent pas entamer la fermeté des fidèles à espérer et à attendre le retour, si souvent annoncé, du Seigneur Jésus. Le mot de charité est l'une des plus belles créations des Septante et du Nouveau Testament. La charité chrétienne ne rend pas le mal pour le mal, I, v, 15, par quoi elle se distingue de la morale juive dont la loi du talion constituait le premier principe social. Au lieu du mal, ayez le bien en vue (ibid.), dit l'Apôtre avec une nuance expressive : StcôxeTe, poursuivez-le, comme un chasseur sa proie, avec le vif désir de le forcer et de le capturer, •/.%-%- Xocu,6<xveiv. Mais cette chasse du bien ne se fera pas égoïstement, dans un étroit domaine de famille, de tribu ou de nation. La morale chrétienne est franchement internationale et universelle; entre nous d'abord, mais ensuite envers tout le monde, elç toxvtocç. L'aspect négatif de la charité sera d'éviter le scandale. « Édifiez-vous les uns les autres, oîxo8op.£ÏT£ », I, v, 11, nouvelle métaphore dont l'Apôtre tirera parti un jour. I Cor., vm, 8-13. Tout chrétien, pour Paul, est un édifice en construction. I Cor., m, 9. Toute bonne œuvre est une pierre mise à sa place dans le mur qui monte. Non seulement chacun peut s'édifier soimême, I Cor., xiv, 4, mais chacun est de droit divin et de par sa vocation l'auxiliaire de ses frères dans l'œuvre de leur propre édifice : « édifiez-vous les uns les autres. » Mais malheur au scandale, c'est-à-dire à toute œuvre qui ébranle ou ruine l'édifice spirituel I Ici encore, nous pouvons nous scandaliser nous-mêmes et scandaliser les autres.
b) La pureté. — La pureté sera toujours l'une des vertus sur lesquelles l'Apôtre insistera davantage dans ses lettres aux néophytes, venus pour la plupart du paganisme où le commerce impur était tenu pour licite ou indifférent. Mais l'Apôtre sait entamer à sa manière ce sujet délicat : « Ceci est la volonté de Dieu, le moyen pour vous de tendre à la sainteté : que vous nous absteniez de toute impudicité, 7ropvEÎoc ; que chacun de vous sache garder son corps en toute sainteté et respect, sans se livrer aux passions déréglées comme les païens qui ne connaissent pas Dieu ; et sans léser son frère en pareille matière par sa luxure. » I, iv, 3-6. La volonté divine, le moyen de se sanctifier, c'est de s'abstenir de l'impudicité, 7ropvsîoc, entendue au sens de fornication, I Cor., vi, 18; vu, 2, plutôt que d'adultère, (Aoi/doc. Matth., v, 32; xix, 3. C'est le sens à retenir et qui nous aide à comprendre ce passage discuté : Vas suum possidere, tô éocotoû gxeùoç xtôcctôoci. Tout bien pesé, nous traduisons : < Que chacun de vous garde son propre corps. » Mais il y a une autre traduction. Bon nombre d'anciens (S. Augustin, Théodore de Mopsueste) et de modernes (Lemonnyer, Toussaint, Bisping, Wohlenberg, Bornemann, Vosté, Steinmann, Benié) traduisent : « acquérir sa femme », « prendre femme », se marier : 1 . parce que c'est le sens naturel de l'expression xTÔccrÔai. ywoùxoc; 2. parce qu'on achetait sa femme; 3. parce que l'infinitif xtôcoOoci. a exclusivement le sens d'acquérir, le sens de posséder étant réservé au parfait xéxT7)(i.oci ; 4. parce que l'hébreu JMi, correspondant de oxeùoç, a fréquemment le sens de femme. La traduction adverse, garder son corps, soutenue par S. Jean Chrysostome, Théodoret, l'Ambrosiaster, Théophylacte, Cajétan, Bengel, Lightfoot, Milligan,
THESSALONICIENS (ÉPITRES AUX). K SC H ATOL OGIE
Lagrange (Rev. bibl.. 1917, p. 577, compte rendu du Commentaire du P. Vosté), fait valoir les raisons suivantes : 1. chez les auteurs grecs, axsùoç désigne souvent aussi le corps, qui est appelé le vase de l'âme, la lampe de l'âme; saint Paul lui-même emploie le mot en ce sens quand il dit : « nous avons ce trésor (la grâce du ministère apostolique) dans des vases d'argile, èv ôaTpaxtvoiç crxeùsaiv », II Cor., iv, 7; 2. x-rôcaOat, à l'infinitif, a aussi le sens de posséder dans plusieurs textes des papyrus, c'est-à-dire au moins dans le parler populaire (textes dans Milligan, p. 49); 3. il est remarquable que les auteurs grecs sus-mentionnés qui admettent pour ay.zxtoc le sens de corps, n'hésitent pas non plus à donner à XTÔtaOat celui de posséder, ce que fait aussi la Vulgate ; 4. si l'expression xTacrôai Yuvxïxot., prendre femme, est courante, on ne trouve jamais ailleurs XTÔcaGai axeùoç et, chez les rabbins, le sens de Are/{, épouse, ressort du contexte et non du mot tout seul; 5. enfin la formule « acquérir sa femme » pour dire « acquérir une femme qui soit sienne » resterait forcée.
La traduction « garder son corps » nous paraît la meilleure pour toutes ces raisons. Nous y ajoutons les motifs suivants : 1. Dans le style de l'Apôtre, nous l'avons déjà signalé, la phrase principale se développe dans les phrases subordonnées par une sorte de progrès intérieur, en profondeur plutôt qu'en extension. La proposition principale « s'abstenir de toute impudicité » doit être développée dans les propositions suivantes : « garder son corps, sans le livrer aux passions déréglées. » 2. Constatation tirée de la doctrine générale de l'Apôtre : celui-ci n'a jamais donné à l'ensemble de ses néophytes l'ordre ou le conseil de se marier. Au contraire, il les voudrait tous comme lui dans la continence. I Cor., vu, 7. Cela ne favorise pas la traduction : « que tout le monde se marie! » 3. La fornication, dans la doctrine générale de saint Paul, est spécifiquement le péché contre le corps du pécheur. I Cor., VI, 15, IX. 1. Enfin et surtout, toute cette péricope rappelle singulièrement le passage correspondant de I Cor., vi, 12-20, qui traite de la fornication, avec cette seule différence que le premier jet (I Thcss.) est tout bouillonnant et laborieux, tandis que la rédaction définitive se présente avec des pensées plus mûres et une forme plus achevée. Donc « que chacun garde son corps en toute sainteté... sans léser son frère par sa luxure en pareille matière, èv tû -Kpayy.ot.Ti. ». Ces derniers mots divisent encore les exégètes. Saint Paul recommande de ne pas léser son prochain par ses convoitises; mais quelle est la matière de ces désirs coupables? Une première explication, trop répandue, se bâte de conclure que l'Apôtre, passant à un autre ordre d'idées, recommande la probité ou la modération dans les affaires (l.emonnycr, Wohlenberg, Borneniann, Steinmann) : ne pas faire tort à son frère dans les relations sociales. Mais comment admettre de pareilles recommandations dans un contexte traitant de pureté? Dans une seconde explication, qui est celle de s Jérôme, S. Jean Chrysostome, Estius, Milligan, Vosté, et qui a nos préférences, l'Apôtre continue a parler de la pureté el de la pureté en général, plutôt que de l'adultère en particulier. Les raisons alléguées pour éloigner les fidèles de l'impureté sont au nombre de trois : ■ Le Seigneur tire vengeance de tous ces [désordres], comme nous l'avons déjà dit et attesté' : Dieu ne nous a pas appelés à l'impureté, mais a la sainteté. Celui là donc qui méprise [ees préceptes] ne méprise pas un homme, mais le Dieu qui nous donne s. m Saint Esprit. Ibtd., 0 8. La première raison est que le Seigneur Jésus qui doit punir les Infidèles, II, i, X, tirera vengeance île ces désordres, conformément aux solennelles attestations, 8ic|xaprupO|ic6oc, déjà entendues pu les néophytes. Deuxième
raison : noblesse oblige; la grâce de la divine vocation, cf. I, ii, 12, implique et postule le triomphe de la pureté. Troisième raison, celle-ci exprimée avec emphase, c'est que, par l'impureté, nous méprisons l'Esprit qui habite nos cœurs. Paul a un aperçu particulier sur les rapports du Saint-Esprit et de notre corps en matière de chasteté. Par la pureté, l'Esprit habite en nous comme dans un sanctuaire, en un naos; l'impureté est non seulement un mépris et une expulsion violente de Dieu; c'est un péché contre le Saint-Esprit, la profanation d'un temple, un sacrilège. I Cor., m, 16-17; vi, 19-20. Nous avons ici l'esquisse du dogme de l'inhabitation du Saint-Esprit.
c) La conduite chrétienne. — La règle suprême de notre vie morale est le culte de la volonté de Dieu. I, iv, 3, 7. Par une vie sainte nous devons plaire à Dieu, I, ii, 15, avoir le souci de plaire à Dieu. Ces mots sont l'amorce de toute une spiritualité, qui semble avoir été particulièrement chère à saint Paul. Un missionnaire est toujours guidé par le souci de plaire à quelqu'un : s'il ne plaît à Dieu, ce sera aux hommes, ce qui, pour un messager de l'Évangile, est une inversion et un crime. Le pire des châtiments serait que, en déplaisant à Dieu, on perdît en même temps les bonnes grâces des hommes, comme il est advenu aux Juifs de Judée, « devenus les ennemis de l'humanité entière ». I, il, 15. A ses néophytes, l'Apôtre recommande surtout la joie, signe de l'envahissement de la grâce. « Soyez toujours joyeux. » I, v, 16. De ce précepte, nouveau à l'égal de celui de l'amour — que Jésus avait donné à ses apôtres, Joa., xv, 11 ; xvi, 24; xvn, 13 — Paul fait un de ses mots d'ordre, qu'il répète avec insistance dans toutes ses lettres. Mais autant que la joie, la prière doit être continuelle, I, v, 17; et l'Apôtre nous en donne l'exemple. I, i, 25; il, 13. Il demande pour lui des prières, I, v, 25; II, m, 1, pour vaincre les obstacles qui contrarient sa prédication. Comme règle de foi, il indique la parole apostolique, à laquelle il faut obéir, car elle n'est pas des hommes, mais de Dieu, I, il, 13; elle est la parole du Seigneur Jésus, II, m, 1, l'Évangile de Dieu, I, n, 2, S. 9, l'Évangile du Christ. I, m, 2; II, i, 8.
2° Les enseignements particuliers .- l'eschatologie. — La doctrine eschatologiquc occupe dans les deux épîtres aux Thessaloniciens une place de choix par la description de la parousie, I, îv, 13-18, et des signes qui la précéderont. 11, n, 1-12.
1 . La paresse eschatologique. — A plusieurs reprises, au cours de ces deux lettres, saint Paul nous laisse soupçonner qu'une grave crise s'est déclarée dans sa jeune chrétienté et qu'elle paralyse son élan vers la perfection. Une crise de paresse, d'oisiveté : « Appliquez-vous à vous tenir en paix, à vous occuper [chacun] de \os affaires el à travailler de vos mains, comme nous vous l'avons prescrit. Ainsi vous comporterez-vous honnêtement aux yeux des gens du dehors et serez vous à l'abri du besoin. » I, iv, 11-12. « Nous vous en prions, frères, reprenez les paresseux, encouragez les pusillanimes, soutenez les faibles, usez de patience envers tous. i I, v, M. Enfin, dans II Thess., ces gens-là sont nettement démasqués et invités à se remettre au travail. II, m, 6-10. Quelles étaient donc la source et la nature de celle crise de paresse? Comment l'Apôtre la combat-il? Mais tout d'abord quelle esl la signification exacte de ce qualificatif que l'Apôtre adresse à ces pus là, à ces
&xdxToi7
a) Sens de #TaxToç. - Saint Paul emploie le verbe -/-■/■/.-<■>. II, ni, 7; l'adverbe àTaxTcoç. IL III, 6. 11; l'adjectif frccucTOç, 1. v, il. "A-ry-nc signifie d'abord
le soldat qui ne garde pas son rang, celui qui soi I de
l'ordre, le désordonné et le perturbateur de l'ordre, l 'n
s'en lenait jusqu'à ces derniers temps à celle \ a n.
THESSAL0N1CIENS (EPITRES AUX). ESCHATOLOGIE
notion, en disant que les néophytes de Thessalonique sortaient de l'ordre providentiel et le troublaient avec leur sotte espérance d'une parousie imminente et leur stupide cessation du travail. Nous sommes aujourd'hui en mesure de préciser la pensée de l'Apôtre. Le verbe dcTaxTÛ qui, dans le grec classique, signifiait « quitter le rang » (Xénophon l'emploie en parlant des soldats) ou même déjà « ne pas faire son devoir », a été trouvé dans les papyrus d'Oxyrhynque, The Oxyrhynchus papyri, Londres, 1898, avec le sens de « fainéanter ». Pap. 275, 25; 725, 40. Dans un papyrus de l'an 66, il signifie « faire le paresseux » et, dans un autre de la fin du n» siècle, « ne pas travailler » (textes dans Milligan, note G, p. 152-154). C'est l'interprétation qui convient parfaitement à ces passages obscurs de nos deux épîtres.
b) Origine et nature de cette paresse. — Les néophytes de Thessalonique étaient pour la plupart des artisans vivant du travail de leurs mains. Depuis quelque temps — c'est le rapport que fera Timothée au retour de sa mission spéciale — ces ouvriers avaient l'air de négliger leurs affaires temporelles et leur travail pour se livrer à une singulière oisiveté, ce qui ne pouvait que les discréditer, eux et leur religion, aux yeux des païens. La religion du Christ serait-elle une religion de paresseux? I, iv, 11-12. Cependant la première épître ne nous permet guère de deviner l'état réel des néophytes, car les indications en sont très brèves. Heureusement, la seconde nous fournit un supplément d'information. Ces chrétiens n'étaient pas de vulgaires paresseux (Estius), ni des orants pris subitement d'un goût excessif de la prière, ni des désenchantés qui se retiraient des affaires par lassitude ou découragement. Leur pratique bizarre s'inspirait d'une pensée qui ne l'était pas moins. Persuadés que la fin du monde était imminente, ils se disaient qu'ils auraient toujours de quoi subsister jusque-là et qu'il était bien inutile de thésauriser pour si peu de jours. Pareille conduite et pareille croyance étaient ridicules aux yeux des païens; et l'Apôtre se soucie du bon renom des chrétiens : la meilleure apologétique, dit-il, est une vie sans reproche. Que les esprits se calment, que tous reprennent leurs affaires et leurs travaux manuels, que Thessalonique ne devienne pas une Église de besogneux ou d'illuminés. Par une vie de travail, vous ferez taire les « gens du dehors », les gentils par opposition aux Juifs, qui se moquent ou se scandalisent des chrétiens sottement oisifs et, vous-mêmes, vous vous mettrez à l'abri du besoin. I, iv, 12.
c) Développement de la crise. — Saint Paul espérait, par ce simple avertissement, mettre fin à cette grève indécente. Mais l'abus ne tarda pas à empirer. Dans l'intervalle de la première à la seconde épître, les préoccupations eschatologiques auront si fortement entamé la vie sociale des néophytes, qu'il sera nécessaire de débrider l'abcès. Paul se montre sévère. Il parle au nom du Seigneur Jésus, II, m, 6, formule emphatique qui relève l'autorité de ces prescriptions : « Nous vous enjoignons de vous tenir à l'écart de tout frère qui s'abandonne à la paresse, sans suivre la tradition que vous avez reçue de nous. » II, m, 6. Paul prononce à l'adresse de ces oisifs une sorte d'excommunication. Ce sont des perturbateurs : qu'on les évite. Ce sont des prédicants d'erreur : qu'on fasse le vide autour de leur chaire; de la sorte, on préserve les auditeurs et on ménage aux orateurs des loisirs pour de sages réflexions. Cet abus contre lequel l'Apôtre s'élève est une faute contre la tradition vivante donnée par les premiers missionnaires qui ont toujours fourni un travail acharné. Saint Paul n'a pas été un paresseux parmi les Thessaloniciens. Ce sera sa gloire d'avoir pourvu à sa subsistance par le travail de ses mains. I, n, 7-9; II, m, 8; cf. I Cor., ix, 6-18. Pareille-
ment, l'Apôtre ne manque pas une occasion de rappeler que c'eût été son droit, èî/rjaîa, II, m, 9, d'annoncer l'Évangile aux frais de la chrétienté. Ce droit, il y a renoncé, pour donner l'exemple. I, i, 6. Dès que les premiers indices de cette paresse eschatologique s'étaient manifestés, il avait suffi aux missionnaires de rappeler le principe de bon sens : « si quelqu'un refuse de travailler, qu'il ne mange pas. » II, m, 10. Aujourd'hui que le mal a sensiblement empiré, il y faut employer les règles de la correction fraternelle : d'abord essayer de gagner les égarés, m, 12 ; si ce n'est pas possible, cesser toute relation avec eux, m, 14, sans oublier toutefois de les traiter en frères, ni, 15.
2. Le retour du Christ ou parousie. — Le problème de la parousie domine les deux épîtres aux Thessaloniciens; problème qui, à juste titre, préoccupe l'exégèse et la théologie.
a) Le mot « parousie ». — Nous n'avons pas à reprendre en détail l'étude philologique de ce mot : cf. Parousie, t. xi, col. 2043-2045. Rappelons brièvement qu'il a souvent chez les classiques le sens de présence, et encore d'arrivée, de venue; saint Paul l'emploie également avec ces mêmes sens : présence, I Cor., xvi, 17; Phil., n, 12; arrivée, II Cor., vu, 6-7. C'est encore le terme technique, l'expression officielle pour désigner la visite d'un roi, d'un empereur, de personnages éminents : les papyrus, les ostraca et les inscriptions fournissent une ample documentation. Textes dans A. Deissmann, Licht vom Osten, Tubingue, 1909, p. 279-283.
Dans le Nouveau Testament, le sens technique de parousie est le retour glorieux du Christ à la fin des temps. Nous avons déjà eu l'occasion de remarquer que parousie n'était pas une traduction, mais simplement une transcription du terme grec 7rapouaîa et nous avons proposé de traduire franchement par retour; cf. notre note des Recherches..., Les particules réduplicatives du N. T., 1937, p. 217-228, surtout p. 225-228. Évidemment cette traduction ne répond pas littéralement au vocable grec; avec notre goût moderne de précision et de logique, nous exigerions que, parlant de la seconde venue du Christ, le Sauveur et, après lui, les écrivains du Nouveau Testament parlassent de retour et de revenir, alors qu'ils ne parlent que de venir et de venue. Mais ne faut-il pas mettre en cause l'indigence de la langue? Nous avons dans nos langues modernes les mots composés revenir, retour, qui sont aussi clairs et aussi légers que les mots simples venir et venue. Le grec de la Koinè et du Nouveau Testament eût été fort gêné pour traduire l'idée de « revenir » autrement qu'en accolant au verbe simple les lourds adverbes tocXiv ou èx Seu-rspou, peut-être les deux ensemble. Même indigence d'ailleurs dans l'araméen : le substantif simple m'titâ, la venue, de 'athâ, venir, servait à désigner la première, la deuxième, la troisième venue, laissant au contexte ou aux auditeurs le soin d'en spécifier le numéro, quand le besoin s'en faisait sentir. L'influence du texte original, jointe à la propre indigence du grec, inclinait les traducteurs à rendre m'titâ par TOxpouaîa, qui serait elle-même, selon les occurrences, la première ou la seconde venue. Notre deuxième épître aux Thessaloniciens nous en donne un curieux exemple : le même vocable roxpouata désigne la première venue de l'adversaire et la seconde venue de Jésus qui reviendra précisément détruire celui-ci du souille de sa bouche. II, n, 9 et 8. Nous traduirons donc résolument par retour, chaque fois que le contexte nous indique qu'il s'agit effectivement de la seconde venue de Jésus, sans nous interdire d'ailleurs à l'occasion l'emploi du vocable parousie.
b) L'altitude des néophytes de Thessalonique. — Les néophytes avaient écouté avec un vif intérêt la caté-
THESSALONICIENS (ÉPITRES AUX). ESCHATOLOGIE
chèse de saint Paul et de ses compagnons touchant le retour triomphal du divin Maître. Après le départ des missionnaires, leur imagination s'était occupée plus que de raison de ces événements prodigieux. Comme il arrive en pareil cas, elle avait vite outrepassé les limites de la vérité. La communauté en était venue à croire à l'imminence du retour du Seigneur. La mort récente de quelques chrétiens laissa les survivants dans une tristesse et une désolation excessives. En quoi consistait précisément cet excès dans les regrets des survivants?
a. — Le P. Lemonnyer, après Schmiedel. pense que les Thessaloniciens n'avaient pas été instruits de la résurrection des morts. — Mais ces anciens juifs ou prosélytes « ne devaient pas ignorer un mystère qui était l'une des plus chères espérances de la Synagogue ». Magnien, Rev. bibl., 1907, p. 350-351. Et puis, s'il faut juger de la question par la réponse, l'effort de l'Apôtre ne va pas ici à établir la croyance en la résurrection des morts, comme I Cor., xv; il insiste seulement sur le fait que, lors du retour de Jésus, les morts n'auront rien à envier aux vivants, ce qui suppose la résurrection universelle.
b. — Le P. Magnien, op. cit., p. 352-353, après Renan, Fillion, Schaefer, Le Camus, Crampon, pense que les regrets procédaient de préoccupations millénaristes. Les fidèles s'attendaient à jouir ici-bas, pendant une période plus ou moins longue, de toutes les délices du royaume messianique. Mais, si la mort les surprenait avant le retour, c'en était fait de ce bonheur tant désiré I Les frères endormis n'en seraient-ils pas à jamais frustrés? De là cette désolation qui semblait égaler le deuil de ceux qui n'ont point d'espérance. — La réponse est la même ; si les néophytes eussent été touchés de cette idée, nous le saurions par la réfutation de saint Paul. On trouve dans ses épttres maintes assertions doctrinales incompatibles avec le millénarisnie, jamais un argument direct. Et l'on sait que Paul n'avait pas coutume de passer à côté des erreurs ou des adversaires à combattre.
c. — A en juger d'après l'exposé de l'Apôtre, notre unique moyen d'information, l'inquiétude des néophytes venait de la fausse opinion que, le jour du retour, les morts seraient privés d'un avantage considérable, dont seuls bénéficieraient les vivants. Tandis que les vivants assisteraient et prendraient part à ce triomphe inouï, les morts ou bien arriveraient en retard ou en seraient exclus. Cet état d'esprit suppose évidemment que les Thessaloniciens attachaient une importance exagérée au côté féerique de la paroasie, peut-être au détriment de la vraie signification, qui sera la proclamation de la royauté universelle du Christ Jésus. L'Apôtre rétablit les faits en sa première lettre en traçant les lignes principales du programme aulhentiquement prévu pour cette solennité : vivants et morts seront également avantagés; personne ne manquera au triomphe. I, rv, 13-18. Il semble que ces explications autorisées aient calmé l'émotion factice de la jeune communauté, mais sur un point seulement.
Elles ne firent qu'accroître chez ces néophytes leur hantise de la parousie imminente. Trompés par de fallacieux arguments, ils pensaient que leur génération verrait le retour triomphal de Jésus. Les paresseux propagèrent sournoisement cette rumeur et, pour accréditer leurs dires ou se couvrir aux yeux des frères moins enthousiastes, ils recoururent aux moyens classiques des illuminés. II, II, 1-2. Comment de telles Idées eu vinrent elles à troubler ainsi les espiits? Cette persuasion que la fin du monde était prochaine, voire imminente, persuasion que d'ailleurs
les Theasalonicieni n'étaient pai seuls à part
cf. II Petr., m, 9. semble venir rie certaine! paroles du
Christ et des apôtres qui. l'ill n'avaient pas prédit la
parousie comme prochaine, ne l'avaient tout de même pas déclarée éloignée, cf. Matth., xxiv, 34: le terme lui-même de parousie n'éveillait-il pas l'idée d'un retour prochain du Christ (7tâpeiu.i)?
c) La pensée de saint Paul. — L'Apôtre partageait-il les illusions de ses néophytes sur la proximité de la parousie et espérait-il voir de ses yeux le retour triomphal du Christ? Certains textes mal interprétés ont pu le laisser croire, surtout I Thess., iv, 15 : « Nous vous disons ceci sur la parole du Seigneur : nous, les vivants, les survivants lors du retour du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui sont morts. » Passage célèbre et difficile. La question, ardemment débattue entre exégètes ces dernières années, concerne la signification exacte de ces expressions « nous les vivants, les survivants ». I, iv, 15 et 17. Plusieurs solutions ont été proposées.
a. — Les critiques rationalistes y trouvent une affirmation catégorique de la parousie : Paul se serait trompé. Reuss, La Bible, Les épitres pauliniennes, t. i, p. 54; Rovon, Théologie du N. T., t. u, p. 288- 295; Guignebert, Manuel d'histoire ancienne du christianisme, p. 347-350. Mais le système ne tient compte que de quelques textes isolés de leur contexte et exagérés à plaisir. — b. — Par contre, quelques rares catholiques prétendent que, en aucune manière, la parousie ne serait envisagée comme prochaine : Romeo a soutenu récemment cette thèse : Nos qui vivimus, qui residui sumus, dans Yerbum Domini, 1929, p. 308-313; 339-348 ; 360-364 : Non tam parilas sortis, qute a nemine sanx mentis denegabatur, quam polius concomitantia et unio fulura hic describitur, quai rêvera valida immo unica consolationis ratio esse poterat... Objectum formate tolius pericopse consolatorise est fulura nostra gloriosa et Ixtissima congregalio cum nostris mortuis in resurrectione mortuorum, Christo prscsenle ac praeeunte, p. 346-347. — Mais l'insistance nos qui vivimus, qui residui sumus ne se comprend que s'il s'agit de ceux que la parousie trouvera vivants, et les deux classes des morts et des vivants sont trop opposées pour rentrer l'une dans l'autre. Aussi une autre opinion estime-t-clle que Paul serait tombé dans la même illusion que ses néophytes; il aurait, du moins au début de sa vie missionnaire, présenté l'imminence de la parousie sinon comme certaine, du moins comme vraisemblable, à titre de probabilité, de conjecture personnelle, sans donner un enseignement formel, jusqu'à ces dernières années, un grand nombre d'exégètes catholiques soutenaient cette opinion : A. Maier, Komm. tiber den Briej an die Romer, I-Yibourg, 1847, p. 387 sq. ; Bisping, Exegelischcs llandbuch, in I Thess., iv, 12 sq.; Corluy, Diction, apol. de Jaugey, art. Fin du monde, col. 1279-1281 ; La seconde venue du Christ, dans La science calh., 1887, p. 284-300, 337-346; Pesch, De inspiratione, Fribourg, 1906, p. 459, note 1 ; Le Camus, L'œuvre des apfltrcs, Paris. 1905, t. il, p. 343, note 5; Prat, La théologie de saint Paul, t. i, p. 89 sq.; Toussaint, I. i, p. 124 sq.; surtout Tillmann. Die Wiederkunft Christ i; Magnien, dans Rev. bibl., 1907, p. 365; Lemonnyer, t. I, 4* éd., p, 40; Diction, apol. d'A. d'Alès, art. Antéchrist, t. i, col. 1 19, et art. Fin du monde, col. 1916-1920. La Commission biblique, en son décret du 18 juin 1915. a condamné cotte explication comme contraire au dogme de l'inspiration et de l'inerrance biblique, en vertu duquel omne id quod hagiographas (inscrit, tnuntiat, insinuai, relineri débet asserlum, cnunlialum, insinuatum a Spinlu Sunclo. et pai coméquenl sans qu'il soit permis de distinguer entre expressions de sentiments humains sujets a
l'erreur ou à l'illusion • et « affirmations garanties par
l'inspiration >. On ne peut même pas dire, comme
Tillmann (p. 17), qu'il ne s'ayil pas en cette matière d'erreur dogmatique, mais simplement d'erreur chro-
THESSALONICIENS (Él'ITRES AUX). ESC H ATOLOG 1 1.
nologique, car l'inspiration est incompatible avec tout genre d'erreur, soit chronologique, soit dogmatique.
b. — Les critiques catholiques estiment donc, désormais, que la proximité de la parousie est envisagée seulement comme possible. L'Apôtre se met lui-même en scène et décrit l'avenir comme présent pour dramatiser le récit, à la manière des orateurs, selon le procédé lilléraire appelé enallage persome, procédé qui demande tout au plus que la chose ne paraisse pas impossible. C'est en faveur de cette opinion que s'est prononcée la Commission biblique et cette exégèse a regagné un terrain considérable ces trente dernières années. Voici les principales raisons :
a) C'est l'interprétation traditionnelle. Le décret, entre autres avantages, aura eu celui d'attirer l'attention des exégètes sur la pensée des anciens, surtout de saint Jean Chrysostome et des Pères grecs, mieux que nous en mesure d'apprécier les nuances du texte original et les procédés complexes du style de saint Paul. Voir les textes dans Vosté, p. 239-243.
P) Cela résulte de la fidélité de Paul à la doctrine de Jésus, qui déclare la connaissance des temps réservée au Père et n'envisage pas la parousie plus probable à la première veille qu'à la quatrième. Sur la date de la parousie, Paul ne fait que répéter les enseignements de Jésus : même doctrine : incertitude; — mêmes comparaisons : la métaphore de la nuit orchestrant le thème de la parousie : I Thess., v, 2, Dies Domini sicut fur in nocte ita veniet, cf. Matth., xxiv, 43 : Si sciret paler familias qua hora furventurusesset; I Thess., v, 3 : Sicut dolor in utero habenti; cf. Joa., xvi, 21 : Millier cum paril tristitiam habet, quia venil hora ejus; ■ — mêmes expressions : I Thess., v, 1 : De temporibus et momentis, cf. Matth., xxiv, 36 : De die autem illa et hora et Act., i, 7 : Temporaetmomenta; — mêmes leçons : vigilance et sobriété, Matth., xxiv, 42; Luc, xxi, 34; — même scénario, cf. Matth., xxiv, 30-31; Luc, xxi, 27.
y) Juste balance des textes et des faits dont plusieurs renvoient la parousie dans un avenir indéterminé.
S) Les habitudes littéraires de Paul : nous savons qu'il a une tendance habituelle à se mettre en scène au lieu et place de ses interlocuteurs. Nous avons déjà signalé plusieurs exemples de ce procédé littéraire en ces deux épîtres. La simple logique demande qu'on ne mette pas l'Apôtre en contradiction avec lui-même sur l'un de ses enseignements les plus constants. Au total, il n'a aucune précision sur la date du grand retour. Une échéance prochaine est toujours possible, en prévision de quoi il faut se tenir prêt; mais un retard, un recul prolongé, et pour ainsi dire indéfini, est également à envisager. Sa pensée en elle-même est déjà claire. Elle le devient davantage quand on tient compte de son style et de ses procédés littéraires.
d) Les signes de la parousie .• l'Adversaire et l'Obstacle. — Il était temps de couper court aux désordres de la communauté de Thessalonique. Selon son habitude, l'Apôtre va droit au but : « Vous dites que le jour du Seigneur est proche? Eh bien, non, il ne l'est pasl La parousie doit être précédée de signes certains. Tant qu'on n'aura pas vu se produire la grande apostasie et l'Adversaire, surtout l'Adversaire, la parousie n'aura pas lieu. » II, n, 3-12.
a. L'apostasie (y) àTroaxocaia). — Les Pères ont vu en cette apostasie soit la dislocation de l'empire romain, soit les hérésies chrétiennes, soit la corruption des mœurs. Le sens de ce mot est aujourd'hui défini. Ce ne sera pas une défection politique, une révolte — sens du vocable chez les auteurs profanes de la basse époque — mais une vraie corruption, une vraie défection religieuse, sens habituel dans les Septante et le Nouveau Testament. Apostats pour saint Paul, tous ceux qui, juits, païens ou chrétiens, se séparent de l'Évangile et
le repoussent. Malheureusement l'Apôtre ne nous fournil aucun des renseignements dont notre curiosité serait avide. Le divin Maître nous avait prévenus de la séduction qui serait exercée à la fin des temps par les faux messies et les faux prophètes. Elle mettra en péril le salut des hommes et sera même un danger poulies élus. Matth., xxiv, 11-24; Luc, xvm, 8. On constate de nouveau ici l'accord entre Matthieu et Paul. L'Ancien Testament, les apocryphes et les écrits rabbiniques font également de l'apostasie un signe de la consommation du siècle. Strack-Bill., t. m, p. G37. Précédera-t-elle ou suivra-t-elle l'Adversaire? Conformément au procédé habituel de saint Paul (hendiadis), les deux signes, apostasie et Adversaire, n'en font sans doute qu'un, en ce sens que l'apostasie sera causée par les agissements et les prestiges de l'Adversaire à l'époque de sa révélation.
b. L'Adversaire. — Le second signe précurseur du retour du Christ est l'apparition ou révélation de l'Adversaire, qui, on vient de le voir, se joint au premier comme la cause à son effet.
a) Le portrait de l'Adversaire (f. 3b-5). — Les réminiscences bibliques qui se pressent en ces quelques lignes sont telles que, si l'ensemble de cette mystérieusephysionomie conserve un air d'originalité, la plupart des détails sont empruntés. Dans ce tableau, nous relevons encore le procédé paulinien des éléments convergents : trois traits suffisent à dessiner ce visage sinistre.
a. Un qualificatif de nature : l'homme d'iniquité, ô àv0pco7ro<; -rîjç àvojjûaç. Cette expression hébraïque ne signifie pas qu'il est né du péché, spurius, d'après certaines traditions, mais que c'est un homme plongé à fond dans le péché, dont le péché est la note caractéristique : in quo fons omnium peccatorum (S. Jérôme), car « le Nouveau Testament et particulièrement saint Paul entend par avorta l'état d'hostilité à Dieu, dans lequel se trouve celui qui refuse les avances divines faites à l'humanité par le Christ ». Rigaux, L'Antéchrist, 1932, p. 257. Cette expression « homme d'iniquité », mystérieuse et apocalyptique à souhait, est à rapprocher du fils de péché, ô uièç àu-ap-daç, dont parle le ps. lxxxix. Elle suggère que le personnage s'élèvera contre la Loi et que, sans doute, il entraînera ses adeptes dans sa révolte.
(3. Un qualificatif de destinée : le fils de la perdition, ô ulèç ttjc; àKwXeiaç. Il est l'homme qui entraîne les autres à leur perte, et mieux, l'homme qui, réunissant la plénitude du mal, est voué à la damnation éternelle, à la perdition (?. 8), comme le fils de la mort (I Sam., xx, 31) est celui qui est voué à la mort.
y. Un qualificatif de caractère : il est celui qui s'élève au-dessus de tout ce qui s'appelle Dieu ou objet de culte, jusqu'à s'asseoir en personne dans le temple de Dieu, se donnant lui-même comme Dieu... L'Adversaire (ô àv-uxdjaevoç) est, avec le substantif l'Antéchrist, que saint Jean sera le premier à employer, I Joa., n, 18,22; iv, 3; II Joa., 7, le qualificatif le plus expressif pour désigner le rôle de celui qui vient opposer au Christ prodiges contre prodiges, parousie contre parousie, troupeau d'égarés contre groupe de fidèles. Nous aurons à revenir sur le caractère composite de ce tableau. Qu'on ne cherche pas de quel temple il s'agit (temple de Jérusalem, Église, temple du règne messianique), ni à quel événement l'Apôtre fait allusion (profanation d'Antiochus Épiphane, tentative de Caligula de faire adorer sa statue dans le temple de Jérusalem). Nous n'avons en ce verset que des emprunts bibliques et ces paroles sont plutôt des métaphores concrètes d'un orgueil fou. Suivant le procédé littéraire de Paul (hendiadis), la session sur le trône et dans le temple de Dieu signifie que l'individu en question se donnera comme dieu et essaiera de se faire adorer. Telle est l'interprétation générale de Knabenbauer qui
THESSALONICIENS (ÉPURES AUX). ESCHATOLOGIE
a dit avec bonheur : De certo aliquo templo (ut Hierosolymitano) non erit cogitandum. neque de Ecclesia Dei, templo Dei, etc., sed est modus loqnendi, quo significatur omnem titulum et omnia jura Dei ab illo (scil. Antichristo) usurpatum iri, p. 136; cf. Sleiumann, p. 51.
3) La parousie de l' Adversaire (f . 8-12). — Paul précise certaines scènes du drame eschatologique. L'inique aura sa parousie, mais ce personnage n'opérera pas pour son compte personnel : dépendante dans sa cause et dans ses formes de Satan (xkt' svépYetav toù Saxavâ), cette parousie produira des miracles, des signes et des prodiges que Paul qualifie de mensonges, non point faux en tant que dus à la supercherie, mais en tant que viciés dans leur origine — Dieu seul pouvant accomplir de vrais miracles — et dans leur but, puisqu'ils produiront le mensonge et la séduction.
c. L'action de l'obstacle (?. 6 et 7). — Mais il est un obstacle qui s'oppose à cette manifestation satanique de l'Adversaire. L'obstacle est une personne ou une chose personnifiée, à moins qu'il ne soit une collectivité de personnes, ô xoctsycov (au masculin, y. 7); et c'est en même temps une force, physique ou morale, to xocté/ov (au neutre, f. 6). Il a pour fonction de retenir l'Adversaire en l'empêchant de se révéler, en le tenant dans le secret, dans le mystère, dans ce mystère d'iniquité que l'Antéchrist doit un jour percer. Ce mystère d'iniquité est déjà en activité au moment où Paul écrit, mais retenu lui-même et par le même obstacle, il n'arrive pas à sa consommation. L'obstacle agit directement sur l'Adversaire; c'est donc que ce personnage existe déjà, car on n'empêche pas de paraître quelqu'un qui ne serait pas encore né. Le mystère d'iniquité est à mettre en relation avec l'Adversaire. C'est celui-ci qui suscite celui-là et, à sa faveur, il prépare sa parousie. L'obstacle et l'Adversaire s'affrontent : à un moment donné, sans qu'on sache d'ailleurs pourquoi, l'obstacle cède et l'Adversaire passe par son éphémère triomphe.
d. L'identification de l'Adversaire. — Cet Adversaire est-il un individu ou une série d'individus, une collectivité? Alors que nous sommes fixés sur les éléments essentiels de la parousie, décompte fait de sa date incertaine, nous sommes encore à nous demander qui est l'Adversaire et quel est l'obstacle. Pour un exposé complet des hypothèses, cf. Rigaux, op. cit., p. 290. Certains voient dans cet Adversaire un individu, soit supra-terrestre (Satan, pour Celse; le diable incarné, pour Boussct), soi! humain, et ici sont proposés les noms des grands tyrans et persécuteurs de l'Église (Caligula, Néron, Titus, Simon le Magicien, Mahomet, Frédéric II. Luther, Calvin, Napoléon)- A travers les tâtonnements et les aberrations «le Joachlm de Flore, de Pierre- Jean Olieu, de Wieief, nous arrivons à la grande découverte de la Réforme, que le pape serait l'An! ('christ en personne et la papauté une série ininterrompue d'antéchrists. Cette trouvaille, dont les protestants eux mêmes perçoivent aujourd'hui le ridicule et le grotesque, connut deux siècles de vogue. Pour d'au! i e . cet Adversaire représenterait une ld< e :
la fausse doctrine siégeant sur la chaire des Écritures ' ne), un pouvoir, ennemi de Dieu cl de toute religion (Storr). l'athéisme, rirréllgiosité (Nltzsche). Les exégètes modernes soutiennent que cet Advei décrit par saint Paul est ou bien un individu ou une collectivité. Le p. Rigaux, en un ouvrage remarqué : L'A nléchrist, 1 932 i voir surtout L'homme de péché dans <-<uni l'uni, \>. 250 317), conclul que l'Advi un personnage unique : • Lire individuel, p
atologique, orgueilleux, impie et séducteur, faux thaumatui ge, Vnti-1 Heu et Antl Christ, tel l'homme de péché décrit par suint Paul. » I'. 290. A plusieurs reprises déjà nous avons dit pourquoi nous
soutenions la thèse de la collectivité, à côté du P. Allô, auquel se sont ralliés notamment le P. Lavergne, M. Amiot, le P. Renié, le P. Bonsirven. Il nous suffira de reprendre brièvement nos arguments; cf. notre art. L'Adversaire et l'obstacle, dans Recherches de science rel., 1934, p. 402-417.
a) Le genre apocalyptique. — Une première lecture de la péricope semble favoriser l'opinion du personnage unique. Le portrait de l'Adversaire tel que le trace ici l'Apôtre (f. 3, 8, 9) « est si bien celui d'une personne qu'on imaginerait difficilement des expressions plus caractéristiques pour le faire entendre ». Rigaux, p. 276. Mais ce serait une erreur de se tenir au sens apparent et superficiel des mots, s'il est prouvé que toute cette péricope se rattache par le fond et la forme au genre apocalyptique. Et elle s'y rattache : //i scriptis paulinis nihil legitur magis mysleriosum hac péricope... Tolum est xnigmatieum, mysleriis rejertum. Vosté,p. 193,263. Le P. Rigaux en convient : « Il est vrai que nous sommes en présence d'un texte de teneur et d'allure apocalyptiques. » P. 276. Mais le genre apocalyptique n'est-il pas la terre promise des symboles dont le caractère commun est de cacher sous des dehors souvent pittoresques des réalités mystérieuses fort diverses des premières apparences? Il se plaît à personnifier les collectivités et, quoi qu'en dise Rigaux, on n'a pas de peine à citer d'autres exemples de dramatisation aussi forte. Il suffit de mentionner les exemples classiques de l'Apocalypse, car tout le monde admet que la « bête de la mer >■ (c. xm) et le symbole des forces humaines antichrétiennes, la « bête de la terre » (c. xm), l'image de la séduction persécutrice; les» deux témoins » (c. xi) personnifiant la collectivité des prédicateurs de l'Évangile. Le « roi de Tyr », Ez., xxvm, 2-19, est le symbole de sa capitale et de son royaume maritimes, donc d'une collectivité, comme le « pharaon » est le représentant de l'Egypte. Ez., xxix, 3; xxx, 4. Nous ne concluons pas encore que l'Adversaire est une collectivité; nous remarquons simplement qu'il pourrait l'être.
P) Le portrait composite de V Adversaire. — Cette des cription de saint Paul, que l'on croirait originale, n'est en réalité qu'un tissu de formules apocalyptiques et prophétiques toutes faites et empruntées. Une synopse serait facile à établir. SI l'Apôtre emprunte à Antiochus Épiphane qui était un homme : « Celui qui s'élève au-dessus de tout ce qui s'appelle Dieu », Lan., xi, 36, il s'inspire également du roi de Tyr qui est une collectivité : • Il s'élève... jusqu'à s'asseoir en personne dans le Temple de Dieu, se donnant luimême comme Dieu. ■ Ez., xxvm, 2. Lt le pa entier ressemble à un petit centon apocalyptique par et mélange de traits individualistes cl d'allusions collectives. Cf. Is., xrv, 13; xi. 1; Joli, iv, 9.
y) La preuve directe est tirée des relations que saint Paul établit entre l'Adversaire et l'obstacle. L'Apôtre présente ces deux forces mystérieuses en cou tact l'une de l'autre, affrontées pour une lutte redou table et sans merci. Ce corps a corps de l'Adven ;i rc et de l'obstacle ressort îles versets t> ci r. L'Adversa i< existe déjà et il essaie de percer; il s'efforce de e révéler, de faire sa parousie, car ce sciait sou heure. Mais il en est empêché par l'obstacle qui agit immédiate ment sur lui : i lit maintenant VOUS -ave/ ce qui le retient de se révéler. Il cette luth se prolonge déjà depuis pr> i clés : l'Antéchrist, déjà né au
temps de saint l'aul, n'a pas encore faitsa parousie. I donc évident qu'il ne Saurait être un :ndi\idu;
une lutte de si longue durée exige que l'Adversaire soit a «interrompue d'individus .'opposant a
l'obstacle; et l'obstacle lui-même dot être une force permanente, OU bien, si ce sont, des hommes, unv autre d'individus, une autre collectivité. Nous préve-
THESSALONICIENS (ÉPITKES AUX). ESCHATOLOGIE
nous l'objection : si l'Adversaire n'est pas un individu,
mais une succession d'individus, ne cesse-t-il [)as dès lors d'être un signe du retour imminent du Christ? Car un antéchrist est suivi d'un autre et l'on ne saurait déterminer quel est !e dernier anneau de la chaîne. • Qui dira aux fidèles que tel monstre d'impiété et d'orgueil est la révélation ultime et plénière de l'impie? » Rigaux,p. 280-281. Le texte de saint Paul nous suggère une distinction capitale à établir entre les antéchrists actuellement existants ou passés, agents du ma! et suppôts de Satan, mais livrés à eux-mêmes, à leurs moyens, à leur malice, et les antéchrists de la fin, assistés de toute la puissance de Satan, jouissant par leurs prodiges d'un pouvoir effrayant de séduction. Les premiers ne sont pas révélés; ceux de la fin seront révélés et feront leur parousie. Car le signe du retour du Christ n'est pas l'existence ou la présence d'un ou plusieurs adversaires, c'est leur révélation au sens défini, c'est leur parousie éclatante.
S) Les analogies avec les Synoptiques et saint Jean. — Notre conclusion que l'Adversaire désigne une collectivité concorde parfaitement avec les enseignements apocalyptiques du divin Maître en saint Matthieu : « Il surgira quantité de faux prophètes qui entraîneront dans l'erreur beaucoup de monde. Le débordement de l'iniquité refroidira la charité d'un grand nombre. « Matth., xxiv, 11-12. « II se lèvera des faux messies et des faux prophètes, qui feront des signes et des prodiges éclatants, jusqu'à égarer les élus euxmêmes, si c'était possible. » lbid., 24. Ces mystérieux personnages ne répondent-ils pas au signalement que donne saint Paul de l'Adversaire? Même époque, mêmes moyens, mêmes sinistres effets au point de vue religieux. Or, les faux messies et les faux prophètes sont légion, et cette troupe est amorphe et acéphale. Elle n'a pas de chef. La fidélité de l'Apôtre à la doctrine de son Maître nous est une assurance, une certitude que son Adversaire, en dépit de certaines apparences, sera en réalité toute la foule des faux messies et des faux prophètes prédits par le Christ.
La concordance n'est pas moins satisfaisante avec les enseignements de saint Jean : « Petits enfants, c'est l'heure dernière. De même que vous avez entendu qu'il vient un Antéchrist, maintenant aussi il y a beaucoup d'antéchrists. » I Joa., il, 18. « Beaucoup de séducteurs ont paru dans le monde, qui ne confessent pas que Jésus-Christ est venu dans la chair; c'est à cela que se reconnaissent le séducteur et l'Antéchrist. » II Joa., 7, 8; cf. I Joa., n, 22; iv, 3. Vous attendez un Antéchrist? interroge saint Jean; vous n'avez pas tort; et même vous avez plus de raison que vous ne pensez, car, au lieu d'un seul, vous en aurez une multitude. Tout négateur du Christ est un antéchrist. « Le nom semble désigner une force collective plutôt qu'une personne définie. » Bonsirven, Êp. de saint Jean, p. 60. L'Apocalypse, nous l'avons dit, ne nous présente que des symboles de collectivités. Jésus et Jean se fussent-ils exprimés de la sorte, s'il ne devait y avoir historiquement qu'un Adversaire réservé à la fin des temps? L'antéchrist individuel n'est donc pas un personnage paulinien, pas plus qu'il n'est un personnage évangélique ou johannique.
e) La tradition. — Nous pouvons affirmer qu'il n'y a pas de tradition sur le mystérieux sujet qui nous occupe. C'est bien inconsidérément que Suarez lançait l'anathème aux négateurs de l'antéchrist individuel : Antichristum... significare quemdam certum ac singularem hominem... est rcs cerlissima et de fide. Éd. Vives, 1866, t. xix, p. 1027, 2e col. Bien que la plupart des auteurs anciens, frappés du sens apparent de saint Paul, parlent d'un antéchrist au singulier, il n'est pas impossible de relever des indices intéressants d'une interprétation collective.
Origènc, parmi les nombreuses explications qu'il donne, propose également une interprétation colleci 11 n'y a qu'un genre d'antéchrist, mais il y en a plusieurs espèces, generaliter unus est Antichristus, species aulem illius multœ », P. G., t. xm, col. 1668; parlant des hérétiques : Hi sunt andchristi et quicumqiu fiost eos resurrexerint. lbid., col. 1669. Pour Tyconius (vers 380) : « l'antéchrist est l'ensemble des pouvoirs hostiles au christianisme, qui vont se condenser dans un dernier roi de la cité du Diable, suscité par Satan »; cf. Allô, L'Apocalypse, p. ccxxn.
Cette interprétation collective était connue de saint Augustin qui mentionne de l'antéchrist cette définition possible ou probable : une multitude d'hommes formant an corps sous la conduite d'un chef. P. L., t. xli, col. 685. Le saint docteur termine son exposé par une déclaration qui donnerait le coup de grâce, s'il en était besoin, à toute unanimité prétendue de la tradition : Alius ergo sic, alius autem sic apostoli obscura verba conjeclat. lbid., col. 687.
A la lumière de ces indications patristiques et de ces observations scripturaires, nous croyons être en droit de conclure que l'Adversaire est une série ininterrompue d'agents du mal qui s'opposent et s'opposeront à la doctrine et à l'œuvre du Christ, depuis la fondation de l'Église jusqu'au dernier jour. Tout ennemi de Dieu, tout agent de Satan est, scripturairement, un adversaire, un antéchrist. Les mystiques ont raison quand ils traitent d'antéchrist tel ou tel ennemi de la sainte Église. Ces appellations sont dans le style biblique et elles ne sortent pas de l'authentique pensée des auteurs d'apocalypse.
e. L'identification de l'obstacle. — Si les auteurs anciens ignorent le nom de l'Adversaire, ils prétendent du moins connaître celui de l'obstacle, attendu qu'ils présentent pour ce dernier des identification-, assurées.
a) L'empire romain. - — C'est l'hypothèse la plus impressionnante tant à cause du nombre que de la qualité de ceux qui l'ont proposée; parmi les Pères : Irénée, Tertullien, Hippolyte, Cyrille de Jérusalem, Jérôme, Jean Chrysostomc; parmi les modernes : Bornemann, Wohlenberg, Milligan, Dobschiitz, Findlay, Goguel, Bousset, Bovon, Vosté. Lorsque le P. Vosté a parié, avec réoerve cependant, de tradition apostolique à propos de cette identification (p. 276- 277), le P. Lagrange lui a représenté qu'une telle assertion « n'était pas sans de graves conséquences ». Rev. bibl., 1917, p. 576. — Mais comment n'être pas frappé de l'échec infligé à cette explication par l'invasion des barbares et la chute de l'empire?
(3) Les charismes et la grâce du Saint-Esprit (Théodore de Mopsueste, Théodoret). Saint Jean Chrysostome mentionne, pour la rejeter, cette opinion, P. G., t. lxii, col. 485, car les charismes des origines ont cessé et l'Antéchrist final n'est pas venu.
y) Un décret divin (Théodore de Mopsueste et son disciple, Théodoret de Cyr, P. G., t. lxxxii, col. 665 A). — Mais comment admettre qu'un décret divin puisse être écarté ou mis de côté?
S) L'idolâtrie ou l'incomplète diffusion de l'Évangile (S. Éphrem, Théodoret, Calvin). — Mais ce serait là précisément un élément favorable à la révélation de l'Adversaire plutôt qu'un obstacle.
e) Il en est de même de l'apostasie, proposée par saint Augustin, lequel disait cependant : Ego prorsus quid dixerit me fateor ignorare, P. L., t. xli, col. 686. et par Estius.
Ç) Saint Michel. — Cette explication propoiée par le P. Prat, semble actuellement jouir d'une certaine vogue. — Sans doute l'archange est-il l'adversaire traditionnel de Satan, mais peut-on dire que saint Michel sera un jour écarté, lui, !e triomphateur de la première
eoi
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rébellion, lui, l'invincible, pour donner libre passage à son ennemi des premiers temps?
y;) L'économie du salut (Tillmann). — Mais comment l'économie du salut serait-elle elle-même écartée?
6) Récemment le P. Orchard, Biblica, 1938, p. 39- 42, proposait une nouvelle hypothèse. Il distingue ô xaxéxcov et to xoctÉxov : en identifiant ô xaré^wv avec saint Michel, l'ange protecteur de Jérusalem, il croit pouvoir retrouver tô xaré^ov dans la survivance provisoire de la cité sainte, dont la ruine est annoncée. — Mais comment la parousie de l'adveisalre n'a-t-elle pas immédiatement suivi la disparition de l'obstacle? Car le texte et tout le passage l'exigent. Or, le Temple n'e^t plus depuis l'an 70. Cf. notre note dans Recherches de se. rel., 1938, p. 477-478.
i) Plutôt que de proposer des hypothèses sans fondement, d'autres exégètes (Lagrange, Steinmann) finissent par s'abstenir en confessant leur ignorance, comme le faisaient noblement saint Augustin et saint Thomas. C'est également par un aveu d'ignorance que le P. Rigaux conclut sa minutieuse étude, au risque d'encourir le reproche « de décevoir ses lecteurs ».
Sans imiter cette prudente réserve, essayons de poser les jalons qui nous permettront de nous orienter. Puisque ce c. n de la II Thess., se rattache, nous l'avons dit, au genre apocalyptique, gardons-nous de le séparer des écrits similaires, spécialement de l'Apocalypse de saint Jean et de celle de Notre-Seigneur lui-même en l'évangile de saint Matthieu, xxiv. Nous obtenons ainsi un groupe de trois apocalypses qui peut-être s'éclaireront l'une l'autre.
De l'apocalypse paulinienne nous retenons que l'obstacle empêche la révélation de l'Adversaire, tant qu'il exerce sa fonction de « retenant » et que, dès qu'il est écarté ou mis de côté, l'Adversaire, ne trouvant plus rien pour lui barrer la route, se révèle aussilô: Les deux autres apocalypses nous renseignentelles parallèlement sur les deux faits en question?
Précisément, dans l'Apocalypse, les « deux témoins » jouent le rôle de « retenant » par rapport aux bêtes de la terre et de la mer, xi, symbole évident des adversaires. Ils sont doués d'une étonnante puissance de thaumaturges, analogue à celle de Moïse et d'Élie, dont ils se servent pour se protéger contre leurs ennexi, 5. Ce privilège de l'immunité leur est assuré tant qu'ils n'auront pas ■ complété leur témoignage ». xi, 7. Aussi ne soyons pas surpris que, de leur vivant, s'il est bien parlé d'ennemis, il ne soit pas néanmoins question des « bêtes », ni de leur apparition. Elles sont retenues et empêchées de se produire. Dès que les deux témoins cessent de prêcher, la bête monte de l'abîme, leur déclare la guerre et les met a mort. Ainsi les témoins s'opposent à la bête exactement comme l'obstacle à l'Adversaire; et la bête fait son apparition dès que les témoins sont écartés, exactement comme l'Adversaire, quand l'obstacle sera de côté. N'est-ce pas assez pour conclure à l'identification de eux témoins?
Nous est-il possible de faire un pas de plus et de eonnattK la personnalité des deux témoins? « Un courant d'interprétation, qui remonte au moins a Tyconius et qui a été suivi par l'école Alcazar-Bossuct, y % «ut des for., collectives de l'Église. ■ Allô, o/i. cil., p. 131. Bos 'm i y reconnaissait i les consolateur, de l'Église, pris dans le clergé ou dans le peuple •, D'une manière plu i à cause du contexte, dit
Allô, non. pouvons dire qu'il s'a;: I de I"
augilc, qui combattent l'in-
Ouence de l'Antéchrist. >Op. cit., p. 132. L'obstacle ne
donc autre que les prédicateurs de l'Évangile
à tra ■ . ir celte e deux témoins,
f. \iio, L'Apocalypse, p. cxxx (Hev. bibl., 1915,
p. 442), cxxix-cxxx (Rev. bibl., 1915, p. 442-443) et notre article des Recherches..., p. 421 sq.
Or, ces mêmes conclusions, sont suggérées par l'analogie de l'apocalypse synoptique : « Cet évangile du royaume sera prêché sur toute la terre, comme un témoignage [proposé] à toutes les nations. C'est alors que la fin arrivera. » Matth., xxiv, 14. Les points de contact sont nombreux entre ce passage du discours eschatologiquc et l'apocalypse de Paul, encore que l'analogie soit, comme il convient, plus discrète et moins développée. Premier élément de comparaison : la prédication qui précède la fin et qui doit être universelle; le témoignage qui doit être proposé à tous les peuples, entendons par là la série des prédicateurs qui propagent l'Évangile et lui rendent témoignage. Deuxième élément : dès que la prédication a atteint son objectif, la fin arrive, la fin du monde évidemment, mais qui sera marquée par le déchaînement et la puissance prodigieuse des faux messies et des faux prophètes, vrai débordement de l'iniquité pour la perte des âmes.
Le rapprochement des ennemis renforce singulièrement l'analogie des obstacles. L'obstacle qui, dans l'apocalypse du Sauveur et celle de Jean, est la prédication de l'Évangile, non pas une qualité abstraite, une quantité philosophique, mais la parole prêchée par les prédicateurs ou les apôtres, Matth., x, 5-7; 16-28; xxvin, 18-19, ne sera pas différent selon l'apocalypse de saint Paul. Les témoins de l'Apocalypse et les prédicateurs de l'Évangile jouent le rôle d'obstacle et de retenant. Ils s'identi fient à« l'obstacle» et au« retenant» de II Thess. L'Apôtre a raison de les désigner tour à toui par un neutre, tô xocTÉyov, puisqu'ils sont une force et une collectivité, et par un masculin, ô xotTéxwv, puisque ce sont des hommes. N'est-il pas étonnant d'observer dans les trois apocalypses qu'un silence se fait sur les prédicateurs au moment où il seiait plus nécessaire de contrecarrer les émissaires de Satan? Pas un prédicateur, pas un apôtre, pas un témoin. Ils ont tous disparu, Matth., xxiv, 24; II Thess., n, 8; Apoc, xi, 7, et, dès ce moment, la terre est livrée aux puissances de l'enfer. N'est-ce pas la contre-épreuve de notre explication? Tant que les ouvriers évangéliques sont là, le mal ne peut se déchaîner, il est retenu. Lorsqu'ils ont disparu, les satellites de Satan s'en donnent à cœur joie, sans que rien s'oppose à leur action destructrice. C'est bien la meilleure confirmation que les ouvriers évangéliques jouaient le rôle de « retenant » et » d'obstacle ».
Un point cependant reste dans l'obscurité, mais celui-ci en tout état de cause et quelle que soit la solution proposée : on objecte la promesse du Chiist : « Les portes «le l'enfer ne prévaudront point contre elle. » Matth., xvi, 18. Mais le P. Allô répond très justement que l'Adversaire triomphera un jour, sans prévaloir définitivement contre l'Église; celle-ci « de bien des manières peut être enfermée aux catacombes, et son épanouissement en œuvres extérieures arrêté ». Op. cit., p. cxxx.
Depuis que cette explication de l'obstacle a été proposée, non, constatons qu'elle est admise notamment par M. Amiot, le I'. Renié... Elle se retrouve dans un article du critique protestant Cullmann, Renie d'his loire et de philosophie religieuses, Strasbourg, 1936, p. 210-245. Malheureusement l'auteur «aoit pouvoir distinguer t6 xaré/ov, la prédication de l'Évangile. et ô xaTS/tov, le prédicateur, Paul lui-même.
Ain i opposons nous série à série, collectivité à col ut ennemi de Dieu est un suppôt de
Satan, un adversaire, un antéchrist, tout apôtre, tout missionnaire, tout prédicateur appartient à la collectivité de i obstacle aux progrès et aux r.iva i mal, obstacle à la haine de Satan, obstacle à la
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révélation ou parousie des antéchrists. Est-ce encore témérité de croire que les ténèbres eschatologiques se font un peu moins épaisses, si nous savons désormais qui sont les agents de Satan et qui sont les agents de Dieu, ce qu'ils font, à quelles fins et avec quels résultats'?
e) Les phases du retour du Christ. — a. La résurrection. — Dans sa catéchèse orale à Thessalonique, l'Apôtre n'avait pas touché ce point particulier qu'on pourrait appeler la liturgie du cortège final ou l'ordre des préséances; à vrai dire il ne pouvait guère prévoir la difficulté. Aujourd'hui que la question se pose, voici la réponse, qui, du reste, dépasse la zone de la discipline et se rattache à l'enseignement doctrinal : résurrection des morts en premier lieu; après quoi, organisation du cortège des morts et des vivants, qui se portera au-devant du Christ venant sur les nuées. I, iv, 13-18. Les morts ressusciteront, affirme saint Paul aux Thessaloniciens, inquiets sur le sort réservé aux néophytes défunts. Les chrétiens n'ont pas à pleurer comme les païens qui n'ont pas d'espérance; certes les chrétiens ont la douleur aussi humaine que les païens; mais ils la tempèrent par l'espérance d'un au-revoir prochain et durable au ciel. C'est sur la résurrection du Christ que saint Paul n'hésite pas à fonder la croyance en notre propre résurrection. Sans doute ne parle-t-il ici que de la résurrection des justes, oî vexpol èv Xpicrap, y. 16; parce que, seuls, ils intéressent les Thessaloniciens, mais la résurrection des pécheurs est implicitement attestée dans II, i, 7-10.
b. Le sort des derniers justes. — « Nous, les vivants, les survivants lors du retour du Seigneur », I, iv, 15, 17. Ces paroles soulèvent la question de la mort des survivants. Comme la consultation est muette à cet égard, on pourrait déjà conclure de cette prétention que les survivants ne mourront pas. Mais nous avons mieux que des déductions, puisque l'Apôtre s'en est expliqué franchement en des passages comme I Cor., xv, 51-52; II Cor., v, 4. Un enseignement dogmatique s'en dégage : les justes trouvés vivants au moment du retour ne mourront pas; mais, avant leur ascension aérienne, ils recevront la transformation de l'immortalité qui sera pour eux ce que la résurrection sera pour les morts. I Cor., xv, 52.
c. La rencontre avec le Christ. — Au temps marqué, I, v, 1, au signal donné, à la voix de l'archange, au son de la trompette divine, I, iv, 15, Jésus redescendra du ciel, I, iv, 15; II, i, 7, escorté par les anges de sa puissance. II, i, 7-8. Paul insiste sur trois détails de la parousie : le signal donné, la voix de l'archange, le son de la trompette divine. Sont-ce trois détails différents? ou désignent-ils la même chose? Le procédé littéraire de l'Apôtre (hendiadis, hendiatris) suggère la seconde interprétation. Cette eschatologie ne renchérit guère sur les données de la Bible. Apportet-elle quelque précision au problème de la réalité ou du symbolisme de ces éléments? Il faut répondre que notre curiosité reste toujours aussi peu satisfaite : « Dans quelle mesure ces allusions au passé (à la théophanie du Sinaï) se vérifieront-elles dans l'avenir, et quelle est la part de l'image et du symbole? C'est le secret de Dieu ». Prat, op. cit., t. i, p. 89; cf. Magnien, Rev. bibl., 1907, p. 370-373. Nous ne sommes même pas certains que cette trompette, dont l'Apôtre assure avec une insistance tout oratoire qu'elle sonnera, I Cor., xv, 52, retentira réellement. Tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'il y aura une mystérieuse et toute-puissante intervention de Dieu.
Le Seigneur redescend du ciel, où il se trouve depuis son ascension, Act., i, 9-11, mais sans atteindre la terre, puisque les élus se portent au-devant de lui dans les airs. I, iv, 18. Tous ensemble, ressuscites et survivants, seront enlevés, enlèvement violent et sou-
d lin qui doit s'attribuer, comme la résurrection, à la toute-puissance du Père, organisateur du cortège. Ils seront enlevés à la rencontre du Christ. Peut-être y a-t-il dans cette dernière expression une idée d'hommage rendu au Christ, puisqu'un papyrus l'emploie pour marquer la réception officielle d'un nouveau dignitaire. Magnien, ibid., p. 377. La rencontre a lieu dans les airs, dans les nuées (v. 17), autre élément indispensable de l'eschatologie, cf. Dan., vu, 13; Act., i, 9; Matth., xxiv, 30; xxvi, 64; Apoc, i, 7, et qui souligne l'idée de la gloire ou de la puissance mystérieuse (cf. le sekhînâh du Tabernacle).
Ce qui arrive ensuite n'intéresse plus le problème envisagé dans cette consultation. Une fois en possession du Christ, pleinement assurés que la réunion n'aura plus de fin, t. 17, les néophytes ne désirent plus rien savoir : toutes autres circonstances de temps, de lieu, de décor, leur sont indifférentes; personne ne se préoccupe de la direction que prend le cortège. Nous-mêmes, malgré notre légit'ine curiosité, nous sommes condamnés à la même ignorance.
d. Le jugement. — Le jour du retour sera aussi celui du jugement universel. II, i, 7-8; cf. II Cor., v, 10; II Tim., iv, 1. Où doit se tenir le jugement? Si c'est sur terre, il est indiqué que le Christ continue à descendre et que les élus reviennent sur leurs pas. Si c'est dans les hauteurs, le cortège remonte; à moins que ce ne soit exactement au lieu de la rencontre. Pures hypothèses! Ce qui est certain, c'est que, à ces assises solennelles du jugement dernier décrites par le Sauveui lui-même, Matth., xxv, 31-46, la grande séparation se fera : saint Paul mentionne d'abord le châtiment des impies. II, 1, 8-9. Les pécheurs qui ne connaissent pas Dieu et n'obéissent pas à son saint Évangile seront punis de châtiments éternels. Ils subiront le châtiment de la ruine éternelle, y. 9 : l'éternité biblique est, suivant les cas, absolue ou relative, au sens d'une durée; ici l'intervention divine se produisant à la fin du monde, le châtiment ne sera plus dans le temps. C'est tout ce que le texte dit, mais c'est déjà beaucoup. Enfin les pécheurs seront à jamais loin du Seigneur, v. 9, âizb Tcpoaâ)7tou toù Kuptoo. Par cette expression, le divin juge est mis en relation avec la ruine éternelle. Quelle relation? Ce n'est pas une relation de temps, comme si le châtiment deva.l commencer au moment où le Christ montrera sa face; ni une relation de cause, comme si le châtiment était infligé par le Seigneur; c'est plutôt une relation d'espace : le châtiment consistera en la privation du Seigneur, avec le sens de « loin de ». Cette exégèse est motivée par les passages d'Isaïe, n, 10, 19, 21; par le sens fréquent de la préposition ànô, Rom., ix, 3, anathème « loin du Christ»; II Cor., xi, 3; Gai., v, 4; par l'analogie des textes évangéliques, Matth., vu, 13; xxv, 41; Luc, xni, 27 : « éloignez-vous de moi »; surtout par l'analogie de la doctrine eschatologique de saint Paul : les justes ayant pour récompense d'être toujours avec le Christ, I, iv, 17; v, 10; II, i, 7, il est tout indiqué que les méchants soient châtiés par l'exclusion de cette divine présence. Ces versets viseraient donc les peines de l'enfer et nous aurions une allusion formelle à la peine du dam. Serait-il question également du feu de l'enfer? Qu'on ne se hâte pas de le conclure de l'expression èv TCupl çXoyôç. II, i, 8 (leçon préférable à èv çXoyl Trupôç, B. Y. D), dans un feu de flamme. Il ne s'agit pas du feu de l'enfer, comme le note Estius, ni même du feu de la conflagration générale. Calmet a trouvé la juste formule : « C'est le symbole de la \ engeance et de la coière, et même de la majesté de Dieu. » P, 331. Les prophètes nous ont habitués à ces manifestations symboliques, à ces épiphanies du Sinaï ou du désert, où le feu joue un rôle obligé. Gen., xv, 17; Ex., m, 2; xix, 16; Dcut., i\,30; N"um.,ix, 15;Ps.,lxxmii,