‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 4)Chapitre 239 sur 423 · THOMAS D'AQUIN : PHILOLOGIE BIBLIQUE · texte numérisé non relu

THOMAS D'AQUIN : PHILOLOGIE BIBLIQUE

traditionnelles et des éléments de solution. Quand on admire la façon dont notre auteur, sur chaque verset important cite une liste d'autorités discordantes ou de textes anciens et «typiques », c'est à la Glose qu'il doit cette érudition et cette « position de la question ». Il ne lui reste plus qu'à « déterminer » et à apporter son jugement personnel.

Très certainement saint Thomas dispose encore de la Major glossatura de Pierre Lombard sur le Psautier et les épîtres de saint Paul, et de quelques glossaires; sinon le fameux Ansileube du vnie siècle, déjà vieilli (cf. Glossaria latina jussu Academiœ Britannicœ édita, Paris, Les Belles Lettres, 1926; G. Goetz, Glossœ latinogrœcœ et grœco-latinœ, Leipzig, 1888), du moins le Rudimenlum de Papias (xie s.), les Derivationes majores d'Huguccio (xne s.) et le Liber inlerpretationis hebraïcorum nominum de Jérôme (P. L., t. xxm, col. 671), mais qui lui aussi était connaissable par la Glose. Peut-être a-t-il consulté pour ses commentaires d'Isaïe, de Job et des Psaumes, le glossaire hébreufrançais écrit en 1240 par Joseph ben Simon, très dépendant des gloses de Raschi, qui « ordinairement... donne le mot biblique suivi du mot français qui lui correspond écrit en caractères hébreux... Quelquefois il explique le mot hébreu à l'aide d'une remarque grammaticale, d'un synonyme hébreu, d'une citation du Targum ou d'un autre verset. La glose précède ou suit l'explication; ces notes exégétiques... sont assez rares dans le Pentateuque, mais elles deviennent très nombreuses dans les Hagiographes et les prophètes ». M. Lambert-L. Brandin, Glossaires hébreux-français du xiue siècle, Paris, 1905, p. ni. Il faut ajouter quelqu'une des nombreuses concordances que l'on éditait alors, soit une concordance réelle ou par parenté d'idées, reproduisant, sous un mot qui sert de titre, tous les passages scripturaircs qui ont trait au sujet déterminé par ce titre, soit une concordance verbale, sorte de dictionnaire de toutes les expressions bibliques permettant de préciser la signification d'un mot par la comparaison avec tous les autres emplois de ce mot dans l'Écriture. Dans le premier genre on peut émettre l'hypothèse que saint Thomas possédait le Benjamin minor de Richard de Saint-Victor ou les Concordantiœ morales S. S. Bibliœ faussement attribuées à saint Antoine de Padoue, voire celles de Robert Grosselête qui s'étendaient même aux textes patristiques ; cf. S. -H. Thomson, Grossetesle topical Concordance of the Bible and the Falhers, dans Spéculum, 1934, p. 139-144; mais il est plus probable qu'il eut sous la main la première concordance verbale de la Bible composée par Hugues de Saint- Cher, durant son provincialat, de 1238 à 1240, avec le concours de nombreux religieux, les Concordantise Sancti Jacobi, qu'Albert le Grand avait déjà utilisées pendant son premier professorat à Paris (1245-1248). Les mots y sont rangés par ordre alphabétique. Au dessous de chacun est donné la liste de tous les endroits où ce mot est employé avec indication du livre et du chapitre, selon la numérotation d'Etienne Langton. Il est encore plus sûr qu'il se servit des Concordantiœ majores qui ajoutèrent à chaque indication de livre, de chapitre et de subdivision, le libellé de la phrase entière où chaque mot est employé, et qui sont le type définitif de nos concordances modernes. Ces grandes concordances furent achevées vers 1250 par trois dominicains anglais de Saint-Jacques : Jean de Berlington, Richard de Stavenesley, Hugues de Croydon, d'où encore leur nom de Concordantiœ anglicanœ.

Dans la bibliothèque de saint Thomas exégète, on doit encore placer l'une ou l'autre des nombreuses Distinctiones ou Jléperloires alphabétiques, expliquant les termes équivoques de la Bible; cf. P. Lehmann, Mittellatcinische Verse in Distinctiones monasticœ et

morales vom Anfang des 7.3. Jahrhunderls, dans Silzungsberichte der bayer. Académie der Wissensch., philos. -philolog. und hist. Klasse, 1922; A. Wilmart, Un répertoire d'exégèse composé en Angleterre vers le début du xme siècle, dans Mémorial Lagrange, Paris, 1940, p. 307-346. La première en date fut la « distinction » de Pierre le Chantre, la Summa Abel, répertoire long et sec dont la nomenclature habituellement alphabétique comprend plus de 600 articles; puis celle d'Alain de Lille, P. L., t. ccx, col. 685-1012; V Angélus attribué faussement à Raban Maur, P. L., t. cxn, col. 849-1088, et qui serait peut-être de Garnier de Rochefort (t après 1216, cf. A. Wilmart, dans Revue bénéd., 1920, p. 47-56); le plus volumineux de ces ouvrages est Y Alphabetum de Pierre de Capoue, docteur à Paris jusqu'en 1218. Mais le meilleur et l'un des plus répandus est la Summa dictionum du franciscain Guillaume le Breton, composé au milieu du siècle, et qui sera taxé par l'université de Paris en 1304, sous le titre à'Exposilio Bibliœ. Ce n'est pins précisément un recueil de distinctions, mais plutôt, selon le titre lui-même : Vocabularium ou De vocabulis Bibliœ, un dictionnaire des termes de l'Écriture. A. Wilmart, dans Mémorial Lagrange, p. 335-336. Il faut en effet compter parmi les ressources lexicographiques de saint Thomas quelque dictionnaire d'étymologies hébraïques, grecques et latines, soigneusement compulsé, notre docteur ne manquant jamais de recourir à la philologie pour préciser la pensée et la doctrine des auteurs inspirés.

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