‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 4)Chapitre 285 sur 423 · THOMISME. LES RELATIONS DIVINES · texte numérisé non relu

THOMISME. LES RELATIONS DIVINES

lement l'idée de Dieu ou Dieu représenté, mais vrai Dieu, Deus verus de Deo vero.

Saint Thomas conserve ainsi sous cette forme le principe auquel les augustiniens, en particulier saint Bonaventure, ont ici recours : Bonum est essenlialiler difjusivum sui; le bien est diffusif de lui-même et plus il est d'ordre élevé, plus il se communique abondamment et intimement. Saint Thomas cite même ce principe, I», q. xxvin, a. 5, ad 2un>, et il l'invoque III», q. i, a. 1, pour montrer la convenance de l'incarnation. On voit la vérité de ce principe en suivant l'échelle des êtres : le soleil répand autour de lui sa lumière et sa chaleur, la plante arrivée à l'âge adulte engendre une autre plante, de même l'animal adulte; dans un ordre supérieur l'intelligence humaine conçoit son verbe intérieur, de même le sage veut communiquer sa sagesse et le vertueux veut susciter la vertu autour de lui. Or, Dieu est le souverain bien; il convient donc qu'il se communique le plus possible, de la façon la plus abondante et la plus intime, qu'il communique non pas seulement une participation de l'être, de la vie, de l'intelligence, comme il le fait par la création de la pierre, de la plante, de l'animal, de l'homme, non pas seulement une participation de sa nature, comme il le fait par la justification du pécheur, mais qu'il communique sa nature infinie et indivisible. C'est ce qui a lieu par la procession du Verbe ou du Fils unique dont parle la Révélation : Filius meus es lu, ego hodie genui te. Ps., n, 7; Hebr., i, 5. C'est la plus parfaite diffusion dans la plus intime communion.

Saint Thomas montre aussi, I», q. xxvn, a. 2, que cette procession intellectuelle mérite le nom de génération comme l'indique l'expression Filius unigenitus, Joa., i, 18. Le vivant, en effet, naît du vivant et reçoit une nature semblable à celle de l'engendrant; or, en Dieu, le Fils reçoit la même nature, qui n'est pas causée en lui, mais communiquée. On dit communément que notre intelligence conçoit son verbe; la conception est la formation initiale d'un vivant; mais en nous la conception intellectuelle ne devient pas génération, car notre verbe n'est qu'un accident de notre esprit, et, lorsque nous nous concevons nousmêmes, il n'est qu'une similitude accidentelle de nous, tandis qu'en Dieu le Verbe est substantiel, il n'est pas lentement une représentation de Diîu, mais il est réellement Dieu; la conception ici devient génération. En d'autres termes, lorsque « la conception intellectuelle • est purifiée de toute imperfection, elle devient une « génération intellectuelle », comme la conception corporelle aboutit à une génération corporelle. C'est la plus haute application de la méthode d'analogie. Le Verbe de Dieu n'est pas seulement une similitude représentative de Dieu le Père; il est substantiel comme lui, vivant comme lui, il est une personne comme lui et distincte de lui. Cf. Cont. Gent., 1. IV, C. xi, et .Jean de Saint-Thomas, In Ihm, q. xxvn, a. 2.

2. Spiration. — Il y a en Dieu une autre procession par voie d'amour, comme en nous l'amour du bien procède do. la connaissance du bien. I*, q. xxvu, a. 3. Mais cette '.•'■onde procession n'est pas une génération, a. 1. car l'amour, à l'opposé de la connaissance. nilc pas son objet, il ne conçoit pas une simi Htude de son objet, il tend vers lui : amor meus, pondus mrum. disail saint Augustin.

Il ne peut y avoir en Dieu que ces deux processions

comme notre activité' supérieure, purement spiri-

tuelle, ne < omp< rie que l'IrtcUection et l'amour, a. 5;

Dieu le terme de la seconde procède du tenue <le

la première, comme en nous l'amour dérive de la oon-

ni' C du bien.

Plus loin saint Thomas icsoiit pin. .litli

cultes 'le la conception augustinlenne relatives mu processions, Il montre, q. xxxiv, a. 1. ad 3»1», que les

trois personnes ont une même intelleclion essentielle, mais que seul le Père dit le Verbe, qui est un Verbe adéquat et par suite unique. Ainsi il arrive, que trois hommes étant placés devant un problème difficile, un seul dit la solution adéquate, et tous les trois la comprennent parfaitement.

De même les trois personnes divines aiment par le même amour essentiel, mais seuls le Père et le Fils spirent (amour notionnel) le Saint-Esprit, qui est l'amour personnel; cf. Ia, q. xxxvn, a. 1. Ainsi l'amour en Dieu est soit essentiel, soit notionnel, soit personnel, mais toujours substantiel. Ainsi sont résolues plusieurs des difficultés de la conception augustinienne.

3° Les relations divines. — Il y a en Dieu, selon les processions réelles, des relations réelles. Comme, dans l'ordre créé, la génération temporelle fonde deux relations du père au fils et du fils au père, analogiquement la génération éternelle du Verbe fonde les relations de paternité et de filiation. De même la procession d'amour fonde les relations de spiration active et de spiration dite passive. Ia, q. xxvm, a. 1.

Ces relations réelles ne sont pas réellement distinctes de l'essence divine, car en Dieu il n'y a pas d'accident, et donc l'esse in (ou l'inhérence) des relations est d'ordre substantiel, et s'identifie réellement avec l'essence ou substance et l'existence de Dieu. A. 2. D'où il suit que très personœ non habenl nisi unum esse. III», q. xvn, a. 2, ad 3um. On dit communément : esse accidcnlis est inesse; or, en Dieu l'esse in des relations est substantiel, donc il s'identifie avec l'esse, l'existence de l'essence, et par suite il est unique. Cela paraît extrêmement simple à saint Thomas; ce sera pourtant nié par Suarez, qui part de principes différents sur l'être, l'essence, l'existence, la relation. Cf. Suarez, De mysterio SS. Trinitatis, 1. III, c. v; pour la critique de cette position suarézienne, voir N. del Prado, O. P., De oeritate fundamentali pliilosophiœ christianœ, 1011, p. 537-544. Pour Suarez il n'y a pas dans l'ordre créé de distinction réelle entre l'essence et l'existence, ni entre l'esse in de la relation accidentelle et son esse ad qui est son essence; et alors les relations divines ne peuvent être réelles, selon lui, que par une existence propre. Ainsi est-il conduit à nier ce qu'affirme nettement saint Thomas, in divinis est unum esse lanlum. C'esl une divergence importante, semblable à celle qui se trouve dans le traité de l'incarnai ion au sujet de celle proposition de saint Thomas : est unum esse in Christo, III», q. xvn, a. 2; toutes ces divergences procèdent de la même source.

Les relations divines qui sont opposées entre elles sont réellement distinctes les unes des autres, en vertu même de cette opposition. A. 3. Le l'ère n'est pas le Fils, car nul ne s'engendre soi-même: cl le Saint-Esprit n'est ni le Père ni le Fils. Cependant le l'ère est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu. Ainsi se précise le principe qui éclaire tout le traité de la Trinité et qui sera défini au concile de Florence : In Deo omnia sunt unum et idem, ubi non obviai rclalionis oppositio. Denz.-Bannw., n. 703. En Dieu toul est un. là où il n'y a pas d'opposition de relal ion.

On voit dès lors comment saint Thomas répond à l'objection qui est souvent faite cont re le myst ère de la

Trinité : Qmr smil rutlrm uni tertio, sunt railcin inlrr se, les choses qui sont réellement identiques à une même troisième sont réellement Identiques entre elles; or. les ! relations divines (cl les personnes) sont réellement identiques à l'essence divine, comme il a été dit, a. 2;

de me elles ne s. mi p.. s réellement distinctes entre elles.

Saint Thomas, a. 3. ad l"m, répond : les (hoses qui

sont réellement Identiques à une troisième sont réellement Identiques antre elles, si elles ne t'opposent pas

plus entre elles qu\ lies ne s'opposent a cette 1 roi

je le. concède; si elles s'opposent entre ailes, Je le nie.

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