‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 4)Chapitre 286 sur 423 · THOMISME. LES PERSO .\ .\ ES DIVINES · texte numérisé non relu

THOMISME. LES PERSO .\ .\ ES DIVINES

Ainsi les trois angles d'un triangle sont réellement distincts entre eux, par une opposition de relation, bien qu'ils aient la même surface et ne s'opposent nullement à cette surface qui leur est commune.

Suarez, De mtjslerio SS. Trinitatis, 1. IV, c. ni, a méconnu la valeur de cette réponse, par^e qu'il se fait une autre idée de la relation. Au lieu d'admettre comme saint Thomas, III», q. xvn, a. 2, ad 3um, que les trois personnes divines, par leur esse in commun, n'ont qu'une existence, unum esse, il admet en Dieu trois existences relatives. Il lui est alors fort difficile de résoudre l'objection dont nous venons de parler, et il dit même (ibid.) que l'axiome quœ sunt eadem uni tertio sunt eadem inter se n'est vrai que dans les créatures, qu'il n'est pas vrai dans toute son universalité et comme applicable à Dieu.

A quoi les thomistes répondent : cet axiome dérive immédiatement du principe de contradiction ou d'identité, qui doit manifestement s'appliquer analogiquement à Dieu, car c'est une loi de l'être en tant qu'être, c'est-à-dire une loi absolument universelle; il n'y a en dehors d'elle que l'absurde, irréalisable.

Gomme le montre le P. N. del Prado, op. cit., p. 529- 544, la doctrine de saint Thomas sauvegarde parfaitement l'éminentc simplicité de l'être de Dieu, 1res personœ habent unum esse; il suit de là que les relations ne font pas composition avec l'essence, que les trois personnes constituées par les relations opposées entre elles, sont absolument égales en perfection. Voir aussi L. Billot, De Trinitale, epilogus. — Sur les différences à ce sujet entre saint Thomas et Dun0 Scot, cf. Gajétan, In 7am, q. xxvm, a. 2.

Saint Thomas déduit enfin de ce qui précède qu'il y a quatre relations réelles en Dieu : la paternité, la filiation, la spiration active et la procession (ou spiralion dite passive). Mais l'une des quatre, la spiration active, ne s'oppose qu'à la spiration dite passive, et non pas à la paternité ni à la filiation; elle n'est donc pas réellement distincte de ces deux dernières. Ia, q. xxvm, a. 4. Cf. Relations divines, t. xm, col. 2149 sq.

Cette doctrine parfaitement cohérente montre la valeur de la conception auguftinienne qui lui sert de base et explique pourquoi celle-ci a prévalu.

4° Les personnes divines. — Ce qui vient d'être dit des processions divines et des relations permet de se faire une idée des personnes divines.

La personne en général est un sujet intelligent et libre, ou comme l'a dit Boèce : un sujet individuel de nature raisonnable ou intellectuelle, rationalis naturse individua subslantia. Ia, q. xxix, a. 1. La personne ne diffère donc pas de l'hypostase ou suppôt, sujet doué d'intelligence. A. 2. De plus, comme la personne signifie la substance en ce qu'elle a de plus parfait (une substance intellectuelle), elle peut être en Dieu, non pas certes avec le mode imparfait de la personne créée, mais analogiquement et pourtant au sens propre, selon un mode tout à fait éminent. Et comme, selon la Révélation, le Père et le Fils sont des noms de personne, il faut en dire autant du Saint-Esprit, qui est du reste manifesté aussi comme une personne en plusieurs textes du Nouveau Testament. A. 3.

Puisqu'il y a en Dieu trois personnes, ce qui les distingue entre elles ne peut être que les trois relations opposées entre elles de paternité, de filiation et de spiration dite passive, car en Dieu tout est un et identique, là où il n'y a pas d'opposition de relation, comme il a été dit.

Ces relations réelles étant subsistantes (puisqu'elles ne sont pas des accidents) et d'autre part incommunicables (car opposées entre elles), peuvent constituer les personnes divines opposées entre elles. On trouve en effet, en ces relations subsistantes, les deux carac-

tères de la personne : la subsistence et l'incommunicabilité d'un sujet Intelligent et libre.

Une personne divine est donc, selon saint Thomas et son école, une relation subsistante, relatio ut subsistens. A. 4. Saint Thomas dit plus explicitement, De potentia, q. ix, a. 4 : Persona nihil aliud esl quam distinclum relatione subsistens in essentia divina. Cf. I», q. xl, a. 1 et 2.

On s'explique ainsi qu'il y ait en Dieu, au sens propre, et non pas seulement métaphorique, trois personnes, ou trois sujets intelligents et libres, bien qu'ils aient la même nature, bien qu'ils connaissent par la même intellection essentielle, s'aiment par le même amour essentiel, et aiment librement les créatures par le même acte libre de dilection.

C'est ce qui permet de dire : Le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu, mais le Père n'est pas le Fils, et le Saint-Esprit n'est ni le Père, ni le Fils. En ces propositions, expression de la foi commune, le verbe être exprime l'identité réelle des personnes et de la nature, et la négation n'est pas exprime la distinction réelle des personnes entre elles.

La paternité, la filiation et la spiration dite passive sont donc des personnalités relatives incommunicables. Ainsi il ne peut y avoir plusieurs Pères en Dieu, mais un seul ; la paternité rend la nature divine incommunicable de son côté à elle, quoique la nature divine puisse être communiquée par ailleurs aux deux autres personnes; ainsi, dans un triangle le premier angle construit rend sa surface incommunicable de son côté, bien qu'elle soit ensuite communiquée aux deux autres angles; et le premier la leur communique, sans se communiquer lui-même, car il s'oppose aux deux autres, tandis qu'aucun des trois ne s'oppose à la surface qui leur est commune.

On voit par là que, comme le dit Cajétan, In 7»m, q. xxxix, a. 1, n. 7, la réalité divine telle qu'elle est en soi n'est pas quelque chose de purement absolu (désigné par le mot nature), ni quelque chose de purement relatif (désigné par le nom des personnes divines) mais quelque chose d'éminent, qui contient lormaliler eminenter ce qui correspond aux concepts d'absolu et de relatif, de nature et de personnalité relative. C'est ainsi qu'on enseigne assez communément avec saint Thomas et les thomistes qu'il n'y a qu'une distinction de raison (ou virtuelle mineure) entre la nature divine et les personnes, bien qu'il y ait disthiction réelle entre celles-ci à raison de leur opposition.

5° Les actes notionnels de génération et de spiration. — Cette doctrine se précise enfin par celle des actes dits notionnels, parce qu'ils font connaître les personnes divines; ce sont les actes de génération et de spiration. Saint Thomas en traite en faisant la synthèse finale et comme la récapitulation de son traité* Ia, q. xl, a. 4; q. xli. Cf. Notions, t. xi, col. 802 sq.

Il pose à ce sujet la plus difficile des objections qui aient été faites contre la conception augustinienne qu'il défend.

Cette objection est celle-ci; cf. I», q. xl, a. 4, 2» obj. et sed contra. La relation de paternité se fonde sur la génération active, et donc elle ne peut la précéder. Or, la personnalité du Père doit précéder, dans l'ordre des concepts, la génération active, qui est l'opération du Père. Donc la personnalité du Père ne peut pas être constituée par la relation subsistante de paternité. Il y aurait là un cercle vicieux.

Saint Thomas répond, ibid. corps de l'art, fin : La propriété personnelle du Père peut être considérée de deux façons. Premièrement comme relation et ainsi du point de vue de notre esprit, elle présuppose l'acte nolionnel de génération, car la relation de paternité comme telle est fondée sur cet acte. Deuxièmement on peut considérer la propriété personnelle du l'ère

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