‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 4)Chapitre 332 sur 423 · TIMOTHÉE ET TITE. VOCABULAIRE ET STYLE · texte numérisé non relu

TIMOTHÉE ET TITE. VOCABULAIRE ET STYLE

1° Vocabulaire. — D'après les calculs de Holtzmann, les Pastorales renferment 897 mots différents, dont 285 ne se trouvent pas dans les autres lettres de Paul, qui en comptent 2478. Harrison calcule, sans les noms propres, 848 mots, dont 306 hapax legomena. Il semble en effet que l'on trouve, en laissant à part les noms propres (52), 845 mots, dont 294 ne se rencontrent pas dans les dix lettres généralement reconnues comme pauliniennes. C'est un bon tiers des Pastorales qui est étranger à saint Paul. Si nous comparons le nombre de ces hapax avec celui des autres épîtres pauliniennes, en tenant compte de l'étendue relative de chacune, voici le tableau des proportions (Jacquier, Hist. des livres du N. T., t. i, p. 362) : Tite et I Tim., 13 mots particuliers; II Tim., 11 (moyenne pour les trois Pastorales, 12); Philippiens, 6, 8; Colossiens, 6, 3; II Corinthiens, 6; Éphésiens, 4, 9; I Corinthiens, 4, 6; Romains, 4, 3; Thessaloniciens, 4, 2; Galates, 4, 1; II Thessaloniciens, 3, 62. « Par conséquent les épîtres pastorales ont presque deux fois plus de mots particuliers que l'épître qui en a le plus et quatre fois plus que celle qui en a le moins. » (Jacquier).

Voilà des chiffres; mais que signifient-ils? L'épître la moins pourvue de mots particuliers est la deuxième aux Thessaloniciens, écrite vers 51-52; et les plus riches sont celles aux Colossiens et aux Philippiens, écrites vers 62-63. Si en une dizaine d'années le vocabulaire particulier de Paul s'est enrichi de près du double, pourquoi n'aurait-il pas fait de nouvelles acquisitions de l'an 62 à l'an 66? D'autant qu'il ne lui faut pas dix ans pour faire, à l'occasion, des progrès surprenants : la deuxième aux Corinthiens, écrite vers la fin de 56 ou aux premiers mois de 57, a presque deux fois plus ô'hapax que II Thcss., antérieure seulement de quatre ou cinq ans. A tenir compte du temps, le vocabulaire a pu changer encore durant les huit ou dix années qui vont de 56-57 (date de II Cor.) à l'an 66 (date moyenne des Pastorales), pour le moins autant que durant les quatre ou cinq ans écoulés entre II Thess. et II Cor., et il est ainsi tout à fait normal que les Pastorales aient « quatre fois plus de mots, particuliers que celle, qui en a le moins ». Sans doute, le cas de II Cor., est isolé, les autres lettres de même époque (Rom., I Cor., Gai.) ont un indice plus faible; mais, le fait s'étant produit, il peut se reproduire.

Bien entendu, nous ne donnons pas ces calculs pour une démonstration directe de l'authenticité. Ils veulent seulement montrer combien sont sujettes à caution ces statistiques, qui traitent les mots comme des unités arithmétiques de même valeur et de même usage, et les lettres les plus diverses comme si elles avaient été écrites à la même époque et dans les mêmes circonstances. Notre raisonnement a du moins l'avantage de tenir compte d'une donnée, indûment négligée, à savoir le facteur temps : il prouve que les Pastorales sont, au point de vue des mots particuliers, dans le cas de plusieurs autres épîtres pauliniennes et qu'en définitive il s'agit ici d'une question d'exégèse, non d'un problème d'arithmétique. C'est de quoi l'on se convaincrait de plus en plus en passant de l'abstrait au concret, des chiffres aux mots eux-mêmes.

La nouveauté du vocabulaire des Pastorales tient d'ailleurs à la diversité des milieux où Paul a vécu, à la nouveauté des circonstances où il se trouve, au caractère particulier des sujets dont il traite. ■ — 1. Beaucoup de termes en quelque sorte techniques se rapportent aux erreurs et aux hérésies qui viennent de surgir et qui n'ont rien de commun avec celles que Paul avait autrefois combattues : YEvsaXoytai àirépâvTOi., xsvoq>wvf.ai xal àimôéoeiç TÎjç ^suSwvû- [aou (yvaxjecoç), Xoyo[xaxîa, XoYOfioexsïv, u.aT0aoX6voç, [jiKTairAoyia, ((xGOoi) louSaïxot, yç>a.<x>8zt.i;, SiaTOxpa-

Tpiêat, êTepoSi&aaxaXeïv, àiratSeuroi èy^r^az'.ç, etc. Plus nombreux encore sont les termes inédits qui peignent les faux docteurs avec leurs passions diverses, leurs doctrines tantôt ridicules, tantôt perverses, leur propagande effrénée, leurs adeptes des deux sexes bien dignes de tels maîtres. On les glane un peu partout au cours des trois épîtres; on les cueille en riches gerbes en maints endroits : I Tim., iv, 1-3; vi, 3-10 (une vingtaine de termes non pauliniens); II Tim., m, 1-9 (encore une vingtaine); Tit., i, 10-16 (une dizaine). On a vite fait d'arriver à la soixantaine et l'on constate en même temps, mêlées à cette végétation luxuriante de termes nouveaux, une forte proportion de mots exclusivement propres aux Pastorales et à saint Paul, ce qui trahit la main de ce dernier. — 2. L'Apôtre n'avait pas eu à spécifier, dans ses précédentes épîtres, les qualités requises des ministres de l'Église. Il dit maintenant à Timothée et Tite ce qu'ils doivent être eux-mêmes, puis les vertus, les conditions et les aptitudes qui doivent distinguer les presbytres ou épiscopes, les diacres, les diaconesses. Terrain neuf : une trentaine au moins de locutions qu'ignore tout le reste du Nouveau Testament et d'autres qui sont dans le Nouveau Testament sans être dans saint Paul. Cf. I Tim., m, 1-14; II Tim., n, 1-6; iv, 1-5; Tit., i, 5-11, etc. — 3. Après les vertus des ministres, celles qui conviennent aux diverses classes de la société chrétienne : chefs de famille, femmesmariées, I Tim., n, 8-15; Tit., n, 1-6, veuves assistées, I Tim., v, 3-8, veuves consacrées aux offices de charité, 9-15; jeunes veuves, 11-16, riches de ce monde, vi, 17-19, esclaves. Ces catalogues abondent en termes appropriés et inédits (au moins une quarantaine). On peut voir, dans la courte exhortation aux riches, I Tim., n, 17-19, qui ne compte pas moins de six hapax, û^TiXoçpoveîv, àSTQXénrjç, àyaôoepYeïv, eùu.exàSoToi, xoivgmxoI, à7to0if]caupiÇe(.v, avec quel naturel et quelle abondance ces mots nouveaux jaillissent du sujet, tantôt par analogie, tantôt par contraste. Tel est bien le vif génie de Paul. — 4. Nous avons dit que les Pastorales, ne comptant en tout que 848 mots, devaient nécessairement laisser de côté un grand nombre de termes pauliniens. Nous voyons maintenant que ce nombre augmente encore considérablement puisque deux cents au moins ont la place prise par les exigences du sujet. — 5. Faisons enfin avec E. Jacquier, Hist. des livres du N. T., t. i, p. 362- 363, cette remarque importante : « Un très grand nombre des mots qui sont propres aux Pastorales, plus des deux tiers, sont des composés ou des dérivés que l'on trouve dans saint Paul à l'état simple ou sous une autre forme ou composés à l'aide d'autres éléments. »

De ces faits nous pouvons conclure que le vocabulaire particulier des Pastorales ne saurait servir d'argument contre leur origine paulinienne. La plupart de ces termes naissent spontanément des sujets nouveaux que l'auteur aborde : leur variété prouve seulement la culture de l'écrivain. Près de deux cents de ces vocables se lisent dans la Bible grecque : Paul ne les ignorait donc pas, mais l'occasion s'est offerte à lui pour la première fois de les employer. Enfin, pour porter un jugement définitif, il faut prendre en considération, non seulement les différences, mais aussi les ressemblances. Celles-ci se sont déjà rencontrées en nombre et en qualité appréciables au cours de notre inquisition; nous aurons à compléter bientôt cette comparaison.

2° Le style. — Le style des Pastorales n'a pas, diton, l'élan et la vigueur des grandes épîtres aux Romains, aux Galates et aux Corinthiens, leur argumentation serrée, leurs larges aperçus théologiques, leur éloquence entraînante. Pas de développement suivi;

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les idées se succèdent sans transition et souvent sans ordre; le langage est simple, malgré une certaine recherche dans les mots ; les répétitions ne sont pas rares.

Mais, en comparant les épîtres théologiques de saint Paul avec les lettres à Tite et à Timothée, on rapproche deux ordres de choses bien différents et qui n'ont entre eux aucun rapport. Paul écrit à deux chefs d'Églises, ses disciples et ses amis, pour leur tracer leurs devoirs de pasteurs. Il les mot en garde contre les fauteurs de nouveautés, mais il n'a pas à leur rappeler les grandes thèses qu'il avait eu jadis à mettre en lumière :lanécessité et l'efficacité de la foi au Christ, l'inutilité des œuvres de la Loi, l'égalité des droits et des privilèges des païens et des Juifs convertis, l'identification du chrétien au Christ Jésus et l'union de tous en un seul corps qui est le Christ mystique. Toutes ces vérités sont depuis longtemps acquises, il n'y a plus à les défendre contre les détracteurs d'autrefois. Désormais, c'est l'enseignement traditionnel qu'il faut maintenir, en imposant silence à tous ceux qui, sous prétexte de curiosité intellectuelle et de savantes recherches, s'écartent de l'Évangile. Tite et Timothée éviteront et interdiront les discussions publiques; elles ne serviraient qu'à troubler les esprits; ils se contenteront d'affirmer fortement la foi reçue des apôtres. On avertira les novateurs : s'ils s'obstinent après une double admonition, on cessera tout rapport avec eux. Certes, Paul a gardé toute son ardeur d'autrefois. C'est toujours la grande âme de Paul, prompte, comme dans les épîtres aux Galates ou aux Philippiens, aux indignations vigoureuses contre les faux docteurs et les fausses doctrines. C'est aussi, surtout dans II Tim., l'âme aimante de Paul, fidèle à ses premières amitiés, d'autant plus ouverte et confiante envers les siens qu'elle sent approcher le terme de la vie. C'est enfin le même amour de Jésus, la même attente passionnée de sa venue, 'e même désir de vivre et de mourir pour lui. Seulement, cette âme d'apôtre se consacre maintenant à de nouveaux devoirs. Il s'agit d'assurer à l'Église « une vie calme et tranquille », en assignant à chacun la tâche à remplir : aux pasteurs, la vigilance, le dévouement, le bon exemple, surtout la fidélité à l'enseignement traditionnel; aux candidats ecclésiastiques, diacres et presbytres, le désintéressement, la foi, la pureté, le zèle ; aux diverses catégories de fidèles, les vertus conformes à leur état. Ce n'est donc pas aux chapitres dogmatiques et polémiques des épîtres pauliniennes qu'il faut comparer les Pastorales, mais à la partie morale et aux instructions parénétlques. La ressemblance alors devient sensible : même diction « simple, claire, conforme au type hébraïque de la phrase des Préverbes ou des Évangiles ». Jacquier, llist. des livres du N. T., t. i, p. 366. Du reste, en dehors de cette analogie générale, bien des passages portent l'empreinte fortement marquée de saint Paul. On sait qu'assez souvint, dans les exposés dogmatiques, la pensée de l'Apôtre se développe en longues phrases touffues, formées de propositions qui se gri ffent les unes sur les autres au moyen de pronom", ou adjectifs r< latifs, chargées d'incidentes et de parenthèse. Nos épîtres présentent, plus 'l'une fois, particulièrement à l'occasion de certaines catéchèses théologiques, dis période g de ce genre : I Tim., I, 3-7; n, 5-7; II Tim., i, 8-11; 'lit., i. 1-4} m, 11-11; ni, 3-7. Citons un exemple de cette structure paulinlenne : «Ne rougis donc pas, écrit l'Apôtre, du témoignage que tu as rendu à Netre-Selgaeur et de m> -s liens a moi; mais souffre avec moi, en faveur de l'Évangile, m Ion la force de Dieu, qui nous a sauvés <t nous a donné notre sainte vocation, non certes par le mérite de nos œuvres, mais selon son dessein particulier et la grâce qui nous a été préparée dans le Christ Jésus de toute

éternité et a été rendue publique naguère par la manifestation de notre Sauveur le Christ Jésus, qui a détruit la mort et nous a illuminés des clartés de la vie et de la résurrection par son Évangile dont je suis devenu le héraut, l'apôtre et le docteur. » II Tim., i, 8-11. On voit comment les idées s'appellent l'une l'autre, chacune retenant à son tour l'attention et finissant par faire perdre de vue le point de départ, le tout donnant une doctrine d'une richesse extrême où figurent tour à tour l'Évangile, le salut, l'appel divin, la vocation chrétienne due à la grâce divine et non aux mérites de l'homme, la manifestation des desseins éternels de Dieu par l'incarnation et la vie du Christ, son œuvre qui consiste à détruire la mort et à donner 'a vie et la résurrection, la prédication de l'Évangile confiée à l'Apôtre, et le reste, car la phrase semble comprendre encore le f. 12. Mêmes vues profondes et même procédé de style, en particulier Eph., i, 3-14.

Les énumérations ou catalogues de vertus et vices sont nombreuses dans saint Paul. Dans nos épîtres, les devoirs tracés aux diverses classes du clergé et des fidèles sont autant de tableaux de vertus. Les listes de péchés sont aussi relativement fréquentes : I Tim., i, 9-10; vi, 4-5; II Tim., m, 2-5; Tit., m, 3. Des vingt et une listes de ce genre qu'Antoine Vôgtle relève dans le Nouveau Testament, Die Tugend-und Laslerkataloge im N. T., dans Neutestam. Abhandlungen, t. xvi, fasc. 4-5, Munster, 1936, la plupart sont de saint Paul, et les deux phis longues de Rom., i, 29-32 et II Tim., ni, 2-5, qui comptent chacune environ une vingtaine de termes. Cette dernière, qui énumère les vices des faux docteurs des derniers temps, « s'est inspirée visiblement de l'épître aux Romains elle-même ». Lagrange, Rev. bibl., 1911, p. 545. Noter en particulier les deux vices d'insolence et d'orgueil rapprochés l'un de l'autre, àXaÇôveç, ûirepyjfpavoi; cf. Rom., I, 30 (àXaÇwv est un hapax du Nouveau Testament): le crime de rébellion envers les parents, Yoveûaiv ÙTceiQeZç, II Tim., m, 2; cf. Rom., i, 30 : expression unique elle aussi; le reproche si opposé au stoïcisme d'être « sans affection », icTopyoç, autre hapax. Rencontre d'autant plus significative que la langue grecque offre une grande variété de termes, même pour exprimer des idées identiques. D'après Vôgtle, les 21 catalogues du Nouveau Testament énumèrent 96 qualités ou défauts, dont 83 exprimés par saint Paul, parmi lesquels 56 ne figurent qu'une seule fois. Philon a pu, sans se répéter, condamner « l'ami du plaisir » en accolant à ce nom quarante-sept épithètes flétrissantes; cf. Lagrange, Rev. bibl., 1911, p. 541.

La ressemblance de style 1 1 d'expressions ressortira plus encore par les détails où nous permettra d'entrer l'examen des idée s.

IX. Doctrine. — Si l'on ne perd pas de vue la portée avant tout pratique et morale de nos trois épîtres, on sera frappé de la marque paulinlenne, dépouille*- seulement de tout caractère polémique, que revêt à l'occasion la doctrine des Pastorales et l'on ne s'étonnera pas de certaines particularités qu'elles présentent.

1° Ressemblances avec les épîtres pauliniennes. — Mieux qu'un exposé synthétique, l'analyse de quelqtu s passages mettra en relief l'accord «les idées, des e\ pressions et souv> nt de nuances fort délicates entre las Pastorales <t les autres épîtres.

1. Le baptême (Tit., m, 4-7). — « Mais lorsque Dii il (le, Père) notre Sauveur a voulu nous témoigner sa bonté et son amour des hommes, il nous a sauvés, non par nos prétendues Oeuvres dé justice, mais dans sa

miséricorde, par le baptême de régénéi ation et de H novation de l'F.spi it-Saint , qu'il a largement répandu sur nous par .ïé ir. ( Ihrlst noire Sauveur, atln tfmt, Justifiés par sa grâce, non- ayonfl l'< sperano de pOS

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sédcr (un jour) la vie éternelle. » — a) L'image du bain, Xoi>Tp6v, pour désigner le baptême, est empruntée à Eph., v, 20; et ce terme ne se trouve pas ailleurs dans le Nouveau Testament. — b) De part et d'autre, l'efficacité sacramentelle du baptême est fortement marquée : datif de moyen dans Eph., v, 26 (xaOaploaç Toi Xouxpw), 8ià de cause instrumentale, dans Tit., ni, 5 : ëccxrev y)(a5ç Sià XouTpoù. — c) C'est un bain de régénération, TOxXiyYsveoÊaç. Au sens spirituel, ce vocable appartient exclusivement à notre épître (dans Matth., ix, 28 rénovation cosmique); mais il exprime une idée que saint Paul met puissamment en relief, la qualité d'enfants de Dieu qui fait de nous un être nouveau, une nouvelle créature. Le terme de renouvellement, àvaxaîvwat.ç, qui renforce l'idée de renaissance par celle d'une transformation totale, est également paulinien dans ce même sens de « renouvellement spirituel » : (xeTa|i.opçoÛCT6e tt) àvaxaivwoet toû vo6ç, Rom., xn, 2. — d) La sainte Trinité apparaît ici comme dans saint Paul. Le Père est la cause première : à lui appartient l'initiative dans le plan et dans la réalisation du salut, ëacocssv •fjjji.âç. Le titre de acoTYjp, réservé au Fils dans les autres épîtres, est donné au Père probablement par réaction contre la coutume païenne de prodiguer ce titre aux dieux, aux rois, à l'empereur. C'est le Père qui envoie et répand dans nos cœurs le Saint-Esprit : ou è^é/eev ècp'Tjfxâç. Tel est aussi l'enseignement de Rom., v, 5, 7) à.yàivr] èxxé/OTai ; I Cor., vi, 19, ou ë/exe àrcè 6eoû; II Cor., i, 22; v, 5; Gai., ni, 5; iv, 6; I Thess., iv, 8. Le verbe èx^éco emprunté à la prophétie de Joël, m, 1-2, est aussi connu de Paul (Rom., ni, 15; citation d'Isaïe lix, 7 : « répandre le sang »). La mission du Saint-Esprit par le Fils est indiquée au moins indirectement par les mots èÇs^Eev Stà 'Itjcoù XptaTOÛ, de même que par la formule paulinienne s£aTté(jTE!.X£v to 7iveG(xa toû uloû aùroû, Gai., iv, 6; cf. II Cor., m, 17-18; Phil., i, 19; mais c'est Jésus-Christ qui nous a mérité toutes les grâces de justification et de salut en vue de la vie éternelle. Tit., ni, 7; Rom., v, 15-21. — e) Le rôle de la grâce est aussi présenté à la manière de Paul. La justice que nous recevons au baptême, Sixaiw6évTeç, seule capable de nous rendre justes et saints devant Dieu, n'est pas notre justice à nous, fruit de nos bonnes œuvres et de nos efforts personnels, oùx iE, ëpywv Ttov sv Sixaiooûvjr) a ènovi]aa.\is^ r)tJ.eïç, mais un don tout gratuit de la miséricorde divine, àXXà xarà t6 aÙToû ëXsoç, une manifestation éclatante de la bonté et de l'amour de Dieu, vj ^P^otôt/jç xal 7) <piXav6pc»>7Ûa sTtscpâvT). Pécheurs que nous étions tous, sans qu'aucun mérite de notre part la sollicitât et sans qu'aucun démérite l'arrêtât, Dieu nous a sauvés, justifiés, gratifiés de la vie éternelle. Ces expressions résument la thèse fondamentale de l'Apôtre sur la nécessité, la gratuité, l'universalité du salut par l'Évangile, thèse développée à plusieurs reprises, en particulier dans Rom., m, 21-31. Les mots Stxaiooûvy), Stxaioûv, Xdcptç, ont ici la même acception théologique que dans saint Paul : SixoucùGsvteç -rf] èxswou yjx.pixi es^ identique à Sixaioôjxevot Swpeàv t^ aùroû yâpm, Rom., m, 24. —~f)La foi, condition de la justice accordée à l'homme, n'est pas ici expressément mentionnée, mais elle joue dans les Pastorales un rôle essentiel. et elle est implicitement indiquée par l'opposition entre les œuvres de l'homme et la grâce de Dieu, qui ne nous laisse d'autre part personnelle que d'adhérer par la foi et l'amour à l'action sanctifiante de Dieu en nous. — g) La manifestation de la bonté divine (èTtecpâvir), Tit., ni, 3) correspond à celle de la justice sanctifiante (SixoaocûvT) 7te<pavépa>Tai, Rom., m, 21), avec la même portée apologétique qui ne laisse au pécheur ainsi devenu juste que la confusion, l'admiration et la reconnaissance. — h) Comme àvaxalvcoaiç et

uaXiyyeveata au f. 6, le f . 4 rapproche deux termes, XpTr)CTonr)ç et <piXav6pa>7Ûa, dont le premier est exclusivement paulinien (9 fois, dont 5 en parlant de Dieu : Rom., n, 4; xi, 22 a, b, c; Eph., n, 7), tandis que le second rend avec bonheur une pensée qui est chère à l'Apôtre. Cf. Rom., v, 8-9; vin, 37-39; Eph., il, 7.

— i) L'adverbe 7tXouoitoç, qui marque, vers la fin de notre texte, l'abondance du don que faisait entrevoir dès le début l'entrée en scène de la yp^a-rô-r/jç divine, est tout à fait dans le style de Paul, qui aime célébrer « la richesse » de la bonté de Dieu (t6 ttXoûtoç ty)<; XP"rço-r6T7)-roç aÙToû, Rom,, n, 4). Dans Eph., n, 1-7 comme ici, opposant la justification nouvelle à l'ancien état de péché, il joint ensemble la richesse, la miséricorde, la bonté et la grâce. — j ) Notons encore la manière paulinienne dont le salut est présenté comme chose déjà faite et entièrement accomplie de la part de Dieu (ëcwaev, Rom., vin, 30; Eph., n, 5-6), tandis qu'il n'est encore que commencé pour l'homme par la justification et ne sera définitif que par la vie éternelle. On voit que cette courte instruction sur le baptême est un extrait de catéchèse paulinienne, avec quelques expressions nouvelles et saillantes, dignes de l'Apôtre.

2. Vocation (II Tim., i, 9-11). — Ce passage n'est pas paulinien seulement par sa structure grammaticale, mais aussi par tout le détail des concepts et des termes.

— a) Dieu nous a sauvés en nous appelant à la foi : ocôoavToç >)[xâç xal xaXéaavTOÇ xXtjcei àyîa. Le terme xXtjoiç (10 fois dans le reste du Nouveau Testament dont 8 dans saint Paul) désigne toujours chez l'apôtre un appel de Dieu, presque toujours l'appel à la foi; vocation efficace, déjà réalisée; vocation sainte, car elle appelle les chrétiens à la sainteté, si bien que les chrétiens s'appellent « les saints » — b) Nos œuvres ne sont pour rien dans cet appel efficace; tout vient du bon plaisir de Dieu et de sa grâce. L'exclusion des œuvres personnelles est affirmée avec une insistance, cf. Tit., n, 5, où l'on retrouve l'énergie de Paul. Le mot 7rp60eoiç, « propos, projet, dessein, résolution », au sens de bon plaisir divin, n'est employé en dehors des Pastorales que par Paul : Rom., vin, 28; ix, 11; Eph., i, 11; m, 11. L'appel xaxà tSîav 7rp66eaiv reproduit la formule de Rom., vin, 28. Au propos divin est jointe la grâce, yjxpiç, ou bienveillance, qui seule pouvait provoquer le vouloir divin, et de laquelle procèdent tous les bienfaits : aussi est-elle mentionnée 90 fois dans les écrits de Paul et 13 fois dans les Pastorales. — c) La grâce de la foi nous a été « donnée dans le Christ-Jésus de toute éternité », 7rpô Xp6vwv atcovfow. Cette prédestination éternelle fait souvent l'admiration de Paul, et il emploie aussi à cette occasion l'expression paradoxale de « temps éternels », unique dans le Nouveau Testament. Rom., xvi, 25. — d) Le dessein éternel de Dieu s'est enfin manifesté maintenant par l'apparition du Sauveur, cpavepwOeîoav 8è vûv Stà tïjç èTtupaveiaç toû ocùt?;poç 7)[i.c5v. Ainsi s'exprime saint Paul chaque fois qu'il aborde le mystère de la rédemption : la venue du Christ sur la terre révèle au grand jour les plans de la Providence qui, même annoncés par les prophètes, demeuraient voilés. Cf. Rom., ni, 21, 26; xvi, 26; Col., i, 16. Le terme « épiphanie », appliqué ici au premier avènement se retrouve dans II Thess., n, 8, où il est dit que le Christ, par l'éclat de sa parousie, anéantira l'Adversaire, xaTapyrjaei rf) èmçavela TÎjç TOxpoualaç au-roû. — e) Le rapprochement avec II Thess., n, 8 ne ressort pas seulement du mot S7u<p<xveia mais aussi du verbe xaTapyeïv. La seconde apparition du Sauveur anéantira l'Antéchrist, comme la première a eu pour effet de détruire la mort sous toutes ses formes, xaTapY/joavroç tov 6àvaTOv, mort spirituelle, mort éternelle, mort corporelle elle-même

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en la personne du Christ ressuscité, dont la résurrection assure et déjà commence la nôtre, xaTapyeÏTai ô Oàvaroç. I Cor., xv, 26. — f) A la mort, détruite par le Christ, s'oppos nt la vie et l'immortalité, qu'il a illuminées des splendeurs de la révélation faite par l'Évangile dont Paul est le héraut, cpoTÎoavTOÇ 8è Ça>7)v xal àçOapalav Sià toû eùayyeXlou. Le terme à<p6apaîa « incorruption, immortalité » est exclusivement paulinien, Rom., n, 7; I Cor., xv, 42, 50, 53, 54; Eph., vi, 24; II Tim., i, 10; et, comme ici, Paul dit plus d'une fois sa reconnaissance pour le choix par lequel Dieu l'a appelé à « illuminer », c'est-à-dire faire connaître le mystère en vertu duquel païens et Juifs ont également part aux richesses de la miséricorde divine. Eph., m, 18; cf. II Cor., iv, 3-6. — g) Tout cela enfin èv XptOTw 'Lrjoou, i, 9; cf. Eph., m, 6. On sait que cette formule est l'une des plus caractéristiques de la pensée et du langage de saint Paul et qu'elle marque d'une empreinte profonde sa théologie, sa morale et sa mystique. Il l'emploie 164 fois, dont 9 dans les Pastorales, tandis qu'elle est à peu près absente des autres écrits du Nouveau Testament. Cf. Prat, La théologie de saint Paul, t. il, p. 476-480. — Tant de ressemblances ne peuvent guère s'expliquer que par l'unité d'auteur.

3. Autres points de contact. — Ce n'est pas seulement dans les passages que nous venons d'analyser que se fait jour la doctrine de Paul, avec ses aperçus préférés et le langage qui lui est propre. On peut dire qu'il en est ainsi dans tous les textes qui abordent, ne fût-ce qu'en passant, un sujet dogmatique : décret éternel de salut manifesté dans le Christ et publié par la prédication évangélique, Tit., i, 1-4; bienveillance divine i mbrassant tous les hommes et les appelant tous au salut et à la foi, I Tim., n, 1-5; salut réalisé par le Christ, qui est venu pour sauver les pécheurs, I Tim., i, 15, qui s'est livré pour nous afin de nous délivrer du péché, Tit., m, 14, et dont la mort a valeur d'expiation et de rançon, I Tim., n, 6; mystère du Christ incarné en qui sont toutes les grandeurs, I Tim., m, 4; mystère de l'Église qui est la maison de Dieu et l'indéfectible soutien de la vérité. I Tim., n, 15-16; II Tim., n, 19, etc. Comme nous aurons à revenir sur plusieurs de ces textes pour en dégager les enseignements théologiques, il suffira ici de répondre aux objections que l'on prétend tirer de la doctrine des Pastorales.

2° Objections faites à l'authenticité, du point de vue de la doctrine. — 1. Intellectualisme et formalisme. — Selon Holtzmann, Dibelius, Jûlicher, etc., la foi, dans les Pastorales, n'est plus ce qu'elle était pour saint Paul. Au lieu d'un élan de la volonté se livrant totalement au Christ, elle est devenue un acte de l'intelligence adhérant à des vérités qu'il faut croire, une simple « connaissance de la vérité », è7t[yvo>Gi.ç àXïjOdaç, comme il est dit souvent : I Tim., n, 4; II Tim., n, 25; m, 7; Tit., i, 1. Dans cette connaissance, rien du mysticisme de Paul. Selon Dibelius, cette science n'est plus le haut sommet où le chrétien ^piritualisé fait l'expérience de sa nature nouvelle; elle est à la portée de tous, obligatoire pour tous. Cf. Dibelius, 'ETtlyvwffK; £Xir;8etaç, dans Ncutestam. Studien (dédié à Georges Heinrici), Leipzig, 191 4, p. 176- 189. De là l'importance des formulaires et des credo. t L'acte de foi consiste maintenant en formules précises. . Julfcber, Kinleitung in das N. T., p. 159. Timothée. a donné l'exemple par son ôizoXoyi'x, I Tim.. vi. 12, prononcé" à haute voix en présence de tous, tant » l'autorité du peuple dans l'Église est déjà établie! » (Jûlicher).

Rétablissons les faits, a) La « connaissance de la vérité » sur laquelle insistent les Pastorales, ne trahit, nullement un primai de l'intelligence sur la volonté, encore moins une importance Spéciale donnée au caractère . Intellectualiste * de la doctrine n&llgli

Elle est toute tournée vers la piété, èrclyvcûaiv àX7)0£taç rîjç xaT'eûaé6£i.av, Tit., i, 1, et elle a en même temps le but essentiellement pratique de défendre le fidèle contre les hérésies qui le menacent. D'où l'avis sans cesse répété de s'attacher à bien connaître la vérité et à la retenir. — b) En cela, les Pastorales répondent à des besoins nouveaux, sans s'écarter en rien de la pensée authentique de l'Apôtre. Préoccupé, dans ses premières épîtres, de montrer contre les judaïsants que la foi justifie sans les œuvres de la Loi, par la seule charité que le Saint-Esprit répand dans les cœurs, Paul exaltait le sentiment de confiance et d'abandon à Dieu que cette foi suppose. Il ne. négligeait pas pour autant l'élément intellectuel : Rom., vi, 17; xn, 7;

I Cor., xv, 2-5, etc. Quant à l'expression è7r[yvtùo-tc; àX7)0etaç, elle ne se rencontre pas sous la plume de Paul. Mais aktfiz\a. a chez lui un sens très général, et le terme èTÛyvoaiç s'applique aussi, sans portée mystique supérieure, à la connaissance de Dieu et de son Fils, Rom., i, 28; Eph., i, 17; iv, 13; Col., i, 10, à la connaissance pratique de la volonté divine, Col.,i, 9, et de tout ce qui est bien, Philem., 6, même à la connaissance du péché. Rom., m, 20. — c) Rien de plus naturel que l'adoption de formules arrêtées pour enseigner aux catéchumènes les vérités qu'ils devaient croire et pour leur faciliter la profession de leur foi. C'est bien un formulaire de ce genre dont l'Apôtre rappelle aux Corinthiens les « premiers » articles, èv upcÔToiç, dans le résumé d'évangile qu'il déclare leur avoir transmis et dont ils doivent garder les propres termes. I Cor., xv, 1-4. A cet égard, le u.v7)u.6veue de

II Tim., il, 8 équivaut à l'aide-mémoire de I Cor., xv, 4; cf. Rom., i, 3; vin, 34.

2. Les bonnes œuvres. — Toute l'école critique, de Baur à Jûlicher, s'accorde à reconnaître dans la prépondérance des devoirs pratiques du chrétien et dans le caractère moralisant de nos épîtres « un esprit bien différent de celui de Paul, l'esprit d'un épigone ». Holtzmann, Lehrbuch, t. n, p. 310.

En effet, nous aurons à signaler cet aspect pratique des Pastorales. Mais il faut se méprendre complètement sur le paulinisme primitif pour traiter d'antipauliniennc l'importance qui est ici donnée aux « bonnes œuvres », c'est-à-dire en général aux vertus et aux devoirs du chrétien. Pour Paul aussi, les œuvres sont le fruit naturel de la foi et un devoir dont le chrétien ne peut se dispenser. Ses envolées les plus dogmatiques et mystiques se terminent par la recommandation pressante d'une conduite pieuse et sainte, sans laquelle le chrétien renierait en réalité sa foi et serait exclu du royaume de Dieu : Rom., xn, 9-21; I Cor., vi, 7-10; x, 1-10; Gai., v, 13-26; vi, 7-10, etc.

Quant au langage, le pluriel èpya n'est employé par Paul qu'une fois, dans l'expression ëpyot àyaOâ (unique aussi dans les Pastorales, I Tim., n, 10); mais ce texte, Eph., n, 10, l'emporte peut-être en vigueur sur tous ceux des Pastorales, en affirmant que « nous avons été créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes ceuvres que nous avons à faire suivant la prédestination de Dieu ». Bref, en fait de bonnes œuvres, le langage même des Pastorales peut se dire paulinien.

3. Les emprunts à l'hellénisme — Plusieurs expressions des Pastorales seraient empruntées au langage du culte hellénistique ou aux religion1- de mystères et accuseraient une date tardive.

a) Le Dieu Sauveur. — La fréquence Inattendue du titre de abi-rr,p, répété dix fois 'I appliqué A Dieu le Père (G fois) aussi bien qu'au Christ, alors qu'il et I rare dans BOinl Paul et attribué seulement à JéfUB- Christ. l'.ph.. v, 23; Phll., m, 20, viendrait des G

qui le prodlguaienl t certains dieux et même, en un

si ns religieux, aux rois .t aux empereurs divinises 1 >' même, le terme èrriçàveia, dans la langue belle-

TIMOTHÉE ET TITE. DOCTRINE

nistiquc, est mis en rapport avec, les dieux sauveurs, et désigne aussi la naissance, l'avènement au pouvoir ou le gouvernement bienfaisant d'un prince considéré comme la manifestation de la divinité. Hellénistiques encore les titres 0e6ç xal ctcottjp, [léyxç 8e6ç, Tit., n, 20, ixaxâptoç 6e6ç, I Tim., i, 11; vi, 15.

Ces rapprochements sont loin de justifier les conclusions qu'on en veut tirer. — a. Au sujet de owrr;p, rappelons que, dans la doctrine de Paul, ce titre conviendrait au Père non moins qu'à Jésus-Christ, car c'est toujours au Père qu'il fait remonter l'initiative, la préparation et même l'exécution du salut, réalisé par l'incarnation, la mort et la résurrection de Jésus- Christ; cf. Rom., m, 21-26; v, 8. En fait cependant, le nom de oca-nf)p n'apparaît sous la plume de l'Apôtre que dans les épîtres de la première captivité et dans les Pastorales, bien qu'il emploie assez souvent a6jTY)pîa (17 fois) et awÇeiv (22 fois). L'explication de cette nouveauté pourrait venir de sa situation nouvelle. La captivité romaine l'a placé au centre même du culte rendu à César, le dieu et sauveur du monde, et l'on comprend qu'il éprouve le besoin d'opposer à ce pauvre gardien d'intérêts terrestres l'auteur et le dispensateur du salut véritable et éternel, Dieu le Père et « le grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ », comme il opposait jadis à tous les dieux qualifiés de « seigneurs » le seul Seigneur Jésus-Christ. I Cor., vin, 5-6. De même, Paul a pu choisir des termes connus, izayocç Qeôç, rxaxâpioç 0e6ç, pour leur restituer leur véritable valeur. Notons d'ailleurs qu'en parlant du Dieu Sauveur il s'inspirait aussi de la tradition biblique :

I Reg., xiv, 39; II Rcg., xxn, 13; Ps., cxvn, 25. Les circonstances lui fournissaient seulement une bonne occasion de rendre à Dieu l'honneur qui lui est dû. — b. « h'épiphanie » du Christ sur la terre, II Tim., i, 10, et la « philanthropie » divine, Tit., m, 4 font-elles aussi allusion à la « manifestation » des dieux sauveurs du paganisme se rendant présents par leurs bienfaits ou apparaissant en la personne des rois et des empereurs? Wendland, art. SwT7]p, dans Zeitschrift fur N. T. Wissensch., t. v, 1904, p. 349, conclut àl'emprunt, parce que ces mots sont joints à ceux de Oeoç xal acùTYjp, Xapiç, 86£a, « termes et concepts que nous rencontrons réunis de cette même manière dans le culte hellénistique et romain du Seigneur ». Mais ces concepts et ces termes sont aussi essentiellement chrétiens et évangéliques, à l'exception du mot epiXavOpoyrrta. Paul présente à diverses reprises la venue du Christ en ce monde comme la manifestation de la sainteté et de la miséricorde divines, Rom., m, 21; xvi, 26; Col., i, 26; cf. Rom., i, 17; Gai., i, 16; Eph., m, 5, idée tellement familière aux chrétiens qu'elle forme le premier vers de la strophe en l'honneur du Christ, ITim., m, 16 : ôç ècpavepcûOT) èv aapxL Le terme même de S7ucpâveia est dit du Christ à son second avènement,

II Thess., ii, 8; I Tim., vi, 14; II Tim., i, 10; iv, 1,8; il était donc tout trouvé pour désigner aussi le premier. Quant à l'expression de tpi,Xav6pcD7r[a, elle apparaît à la fin de l'épître à Tite comme le dernier effort d'une pensée qui, après avoir épuisé les mots pour décrire la bonté divine à l'égard de s hommes, èusçâviQ

7] X<XplÇ TOÛ 0SOÛ OWTTQpiOÇ (il, 11), ëStoXEV ètXOTOV

Û7tèp Tjucàv (n, 14), y) xpvjOTOTVjç £7T£(pâv7), finit par <piXav6ptoTn.â. Certainement, si ce terme à la fois si simple et si expressif était emprunté au culte des faux dieux sauveurs, il serait venu bien auparavant sous la plume de l'écrivain sacré.

b) La régénération (TzaXiyye^taf.oL) (Tit., m, 5). — Dans les mystères d'Attis, d'Isis, de Mithra, on parlait de renaissance, opérée par des rites qui faisaient de l'initié un être nouveau et divin. La mystique hermétique promettait cette régénération divine par la simple gnose ou connaissance des secrets célestes. C'est

à cette source, disent certains critiques, que les Pastorales ont puisé le nom cl l'idée de ■Ka.h.yyevzciLaL. W. Heitmullcr, Taufe und Abendmahl im Urchristentum, Tubingu?, 1911; Dieterich, Eine. Mithrasliturgie, 2e éd., Leipzig, 1910 (3e éd. par Boehm); Reitzensteta, Die hellenistichen Myslcrienreligionen, 3e éd., 1927; Loisy, Les mystères païens et le mystère chrétien, Paris, 1919; V. Macchioro, Orfismo e paulinismo, Motevarchi, 1922. Nous avons sur ce point particulier un travail important de J. Dey, Iïcû,'.-f{CMea'.a, Ein Eeitrag zur Klârung der religionsgcschichtlichen Bedeutung von TH., m, ô, dans Neuteslam. Abhandlunyen, t. xvii, fasc. 5, Munster-en-W., 1937. De son côté, le R. P. Lagrange a fait une étude approfondie des religions de mystères : Les mystères d'Eleusis et le christianisme, dans Rev. bibl., 1919, p. 157-217; Attis et le christianisme, ibid., p. 419-480; Mystères païens et mystère chrétien, ibid., 1920, p. 420-446; L'hermétisme, ibid., 1924, p. 481-497; 1925, p. 82-104, 368-396, 547- 574; 1926, p. 240-264; La régénération et la filiation divine dans les mystères d'Eleusis, ibid., 1929, p. 63-81 , 201-214; L'orphisme, Paris, 1937. Voir aussi sur ce sujet spécial, Vinc. Jacono, La toxX'.yyeve0Î<x in S. Paolo e nell' ambiente paganismo, dans Biblica, 1934, p. 369-398. Il est fâcheux pour la théorie critique qu'elle ne puisse produire aucun témoin valable de la prétendue influence des religions païennes sur la palingénésie chrétienne.

a. Le terme de Tzcù.iyytvca'ia. était assez répandu, dès le premier siècle de notre ère, mais, comme le fait voir J. Dey par de nombreux exemples, toujours selon une signification purement naturaliste et sons sortir du domaine profane : renouvellement du monde par le feu dans le système stoïcien, Marc-Aurèle, In semelips., xi, 1, 3; retour à la vie et renaissances, toûç àvoc6t.<j!>aEai xal v:ak\.yyz^taia.iç,, dans les légendes des Titans et d'Osiris, Plutarquc, De Iside, 35; métempsycose des pythagoriciens et des orphiques, qu'ils redoutaient comme un châtiment; restauration juive au retour de l'exil, d'après Josèphe, Ant. jud., XI, xvm, 9; sous la plume de Cicéron, réintégration espérée dans ses biens et dignités (il se sert pour cela du grec 7ra>,i.YYEvEaîa), Ad Attic, 6, 7; pour Philon, survivance d'Abcl en la personne de Seth, De poster. Caini, 36, ou recommencement de l'humanité après le déluge, De vita Mosis, n, 2; selon Démocrite, nouvelle manière de penser, Plutarquc, Quœst. conviv., vm, 5; dans saint Matthieu, ix, 8, transformation finale de l'univers; et ainsi de suite, avec les nuances les plus diverses. — b. Passons maintenant à l'usage religieux. Dey, op. cit., p. 36-132. Dans les mystères de Cybèle et d'Attis, il faut attendre, pour trouver la première mention d'une idée de renaissance, jusqu'à l'an 376 de notre ère, où un certain Agésilas Aedisius, qui est en même temps « hiérophante » de Mithra et « archibouvier » de Bacchus, se glorifie de la « renaissance éternelle » qu'il a obtenue, en immolant un taureau en l'honneur de Cybèle et un bélier pour Attis, taurobolio criobolioque in œlernum renatus. Corp. inscript, lat., t. vi, n. 510. Le natalicium de quelques inscriptions antérieures ne signifie pas « renaissance » obtenue par le sacrifice, mais sacrifice offert à « l'anniversaire de naissance » du dévot. Cf. Lagrange, Rev. bibl., 1919, p. 450-470. — c. Pour les mystères de la déesse Isis et de son époux Osiris le plus ancien témoin est Apulée, vers l'an 150 de notre ère. Il raconte comment, la nuit de son initiation, il mourut, en quelque sorte, pour passer dans l'autre monde et jouir un instant du salut en compagnie des dieux, puis revint aussitôt à la vie, assuré désormais d'arriver de nouveau et définitivement au salut, grâce à la déesse qui protège ses initiés et qui peut quodam modo renalos ad novse reponere rursus salutis curricula. Métamorphoses, 1. XI, 21.

On voit que cette sorte de renaissance (quodam modo renalos) est simplement le retour à la vie ordinaire dans des conditions toutefois plus favorables au salut. — d. A Eleusis, l'union avec la divinité par le moyen des rites ne procure nullement une filiation divine et il n'est pas parlé de renaissance. Cette union garantit seulement la protection de la déesse Déméter pendant la vie et, après la mort, un bonheur qui n'est en aucune manière la résurrection. Cf. Lagrange, Rev. bibl., 1929, p. 63-81; 201-214.

L'auteur des Pastorales s'est donc servi d'une expression qui était en vogue déjà dès le Ier siècle avant notre ère pour désigner toutes sortes de renouvellements et de recommencements, mais qui demeurait étrangère à toute signification spirituelle et mystique. Par une inspiration hardie et heureuse il a fait exprimer à ce terme profane l'idée capitale de la théologie et de. la mystique chrétienne, la naissance du fidèle, par la grâce du baptême, à une vie nouvelle, surnaturelle et divine qui nous fait enfants de Dieu. Cette filiation divine est présentée comme une seconde naissance par Jésus lui-même : Joa., m, 3-5; cf. i, 13. Même affirmation I Petr., i, 3, àvayevvrioaç iftj.v.ç, et i, 23; H Petr., i, 4, Getaç xoivcovol (pôaeoç; Jac, i, 18, à7rexÛ7)oev 7)U.âç. Paul insiste fortement sur la nature nouvelle que la foi engendre en nous par le rite baptismal. Unis au Christ par le baptême de manière à nous revêtir du Christ, nous sommes devenus fils de Dieu, navreç y*P u'0^ 0e°û èo-ze, Gai., m, 26-27; morts et ressuscites avec le Christ, nous vivons d'une vie nouvelle, èv xaivÔTT(Ti Çcoîjç, Rom., vi, 3-4; nous sommes désormais une nouvelle créature, xaivrç xtIoiç, II Cor., v, 17; Gai., vi, 15. Nous sommes si bien enfants de Dieu dans le Christ et par lui, que Dieu envoie en nos cœurs l'Esprit de son Fils pour y crier : Abba, Père!, Gai., iv, 6. Aucun terme ne pouvait niera résumer cette théologie que celui de « nouvelle naissance », TOxXiffeveota. L'emploi de TOxXiyYsveala par saint Paul est comparable à celui de Xoyoç par saint Jean, avec cette différence que, dans l'usage contemporain, le premier vocable était plus éloigné que le second de l'ordre spirituel et religieux. L'adaptation équivaut ici à une création. Pourquoi saint Paul ne l'a-t-il pas employé dans ses premières lettres? C'est que la formule xaivï) xt(<uç, II Cor., v, 17; Gai., vi, 15; cf. Eph., n, 10, exprimait déjà avec grande énergie la même pensée; mais Paul ne peut revenir sur un sujet sans l'enrichir et, reprenant le pt sous la forme abstraite de àvaxalvoxm;, il l'a rniforcé par la formule sœur, 7raXiYYeveoia, qui transportait dans l'ordre surnaturel et divin tout ce que la TtaXiYyeveota évoquait pour les profanes de beauté, de grandeur, de force et d'étemelle jeunesse. Trait de génie bien digne de Paul.

Conclusion. — Ainsi, d'une part, nous constatons dans 1. s Pastorales, une affinité de fond et de forme profonde, délie:ite et étendue, avec les dix épttres paulini- nru s, en même temps que s'y révèle une originalité puissante qui est bien digne du génie de Paul. D'autre part, le vocabulaire nouveau s'explique suffisamment par la nouveauté des circonstances, sans qu'il snit nécessaire de recourir à la main d'un secrétaire. I.a critique interne confirme donc pleinement le témoignage de la tradition touchant l'origine paulinlenne d< s épttres à Timothéc et à Tite.

II. LA THÉOLOGIE DES PASTORALES. Itim qu'elles se proposent avant tout un but. pratique (t qu'elles recommandent aux pasteurs de l'Églis< <!>

combattre les fausses doctrines plutôt par voie d'au-

torlté que par des controverses ou des réfutations d'ordre ipéculatif, les Pastorales cependant apportent DM Contribution notable à la théologie. Elles touchent

en passant plusieurs points importants : Trinité, rédemption, sacrements, fins dernières, inspiration, prière; elles insistent particulièrement sur l'Église, la tradition, la hiérarchie. Plusieurs de ces questions ont déjà été touchées dans la première partie; elles seront simplement rappelées ici.

I. La Trinité. — 1° Le Père, et le Fils. — Les trois suscriptions de nos lettres présentent les ri, ux premières personnes de la sainte Trinité comm» la source de toutes les grâces : yâpiç, ëXsoç, eîpif)vY) àrco Geoù ■rcarpoç xal Xpicxoû 'It)c;o5 toû xupîou y]\xS>v, I et II Tim. ; x^piç xal elprjvr) ànb 0eoû roxTpôç xal Xpicrroû 'Itqcjoû toû ccoTÎjpoç 7)[xœv. Tit., i, 4. Ici, le nom de « Père », donné de façon absolue, suggère le sens plein : Père du Christ et notre Père. Nous recueillons ainsi un quadruple enseignement. — 1. Le Christ Jésus, mentionné à côté du Père, dispose souverainement avec lui de tous les trésors spirituels. Une de ces faveurs est celle de l'apostolat. — 2. La préposition unique àrco, régissant à la fois 0eoû raxTpôç et Xpicrroû 'I^doû, les présente tous deux comme un seul et même principe d'où dérivent toutes les grâces. — 3. Cette égalité et cette unité d'action ne peuvent provenir que rie i 'unité de la nature divine appartenant tout entière à chacune des deux personnes. Le Christ est donc Dieu comme le Père. Nous trouvons d'ailleurs, Tit., n, 11-13, la profession de foi la plus explicite à la divinité de Jésus- Christ : « Nous attendons la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur le Christ Jésus. » — 4. Le titre de « Père » fait entendre que la nature divine subsiste dans la première personne sans être reçue d'une autre et qu'elle est communiquée par voie de génération au Christ Jésus. La filiation divine, qui constitue la personne du Christ, s'étend à la nature humaine que cette personne divine s'est unie. Cette doctrine est supposée connue des lecteurs et Paul n'y revient pas dans la suite. Le qualificatif de owttjc est décerné au Père, I Tim., i, 1; n, 3; iv, 10; Tit., i, 3; il, 11; m, 4, non moins qu'à Jésus-Christ, II Tim., i, 10; Tit., i, 4; h, 13; m, 6; cf. II Tim., n, 10. Doctrine bien paulinienne, et terminologie destinée probablement à réagir contre les religions orientales et contre l'adulation des rois et des empereurs, sans allusion spéciale au gnosticisme. Ci-dessus, col. 1082.

Deux doxologies, comparables pour leur développement et leur solennité à Rom., xvi, 25-27 et Eph., III, 20-21, célèbrent le « Roi des siècles, immortel, invisible, Dieu unique », I Tim., i, 17, « le bienheureux et seul Souverain, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, qui possède seul l'immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n'a vu ni ne verra jamais, à qui soit honneur et puissance éternelle. Amen. » I Tim., vi, 15-16. Il n'est pas besoin, pour expliquer ces expressions, de recourir à une indu nce venue du dehors : elli s vont classique s dans le judaïsme depuis le temps de l'exil babylonien. Seul, dans tout ce passage, l'adjectif à-rtpàanoç (lumière) inaccessible, est nouveau. Ces doxologies sont sans doute empruntées à des textes de prière ou de chant liturgique.

2° Le Saint-Esprit. — Le Saint-Esprit est mentionné plusieurs fois dans 1, l'a toralis.

1. / Tim., m, /«.•èSixaicoOï) èv 7tvcû(xaTi.--- Le terme 7tvE'"ïu.a se trouve 5 fois dans les Pastorales. Deux fois il s'agit certainement de l'homme : Il Tim., I, 7 (esprit de crainte) et iv, 22; et deux fols de l'esprit de Dieu : I Tim., iv, 1; II Tim., i, 14. L'autre mention M rencontre I Tim., m, 10 : 6ç ècp-xvepwOT] êv o<xoki, èo,ixaio>0T) èv Trveôu.aTi. Ce sont les di us premk rs stiques d'un fragment d'hymne liturgique 'ii l'honneur du « grand mystère di piéti I ■ m\ tel autre que le Christ, lui infini-. Plusieurs Interprètes

pi usent que izveijpTL, par opposition avefl ■ la chair ».

c'est-à-dire avec la natun humaine, désigne la natui

divine du Christ. XpiOToç... <î>v u.èv t6 7rpôyrov 7rveû(jia, èyâveTO aâp£, dit la IIa démentis, ix, 5. La « justification en esprit » consisterait dans la glorification du Christ, fruit de sa puissance divine, au jour de sa résurrection. Mais 7tveûu.a au sens de « nature divine » est rare et aurait besoin d'être précisé par un qualificatif, comme 7cveû(jiaToç octovtou dans Hebr., ix, 14, ou par le contexte, comme dans Rom., i, 3. Une autre explication voit dans Tcvs5u.a l'esprit de sainteté que Jésus possède et qui est la cause méritoire de sa résurrection. Mais l'idée de sainteté ne ressort suffisamment ni du mot lui-même ni du contexte. Il est plus simple d'entendre par TCveOu.oc le Saint-Esprit : ce serait une allusion à toutes les interventions du Saint-Esprit en faveur du Christ. Cette action de l'Esprit est mainte fois signalée dans l'Évangile. Saint Paul, lui aussi, met la résurrection du Christ en rapport avec l'action de l'Esprit. Rom., vm, 11. On voit le rôle apologétique dont la formule è8ixa(.a>07) èv 7tveû(j.aTi investit le Saint- Esprit : à lui de faire resplendir sur le monde la gloire qui appartient au Christ dans l'infirmité même de sa chair. L'expression èv 7rveùu.aTt, pour dire « dans » ou « par le Saint-Esprit » est aussi paulinienne : Eph., ii, 22; m, 5; v, 18; elle est l'abréviation de èv mzù[j.am. âyteo, Rom., xv, 16; II Cor., vi, 6; I Thess., i, 5; Jude, 20. '

2. / Tim., iv, 1 : « L'Esprit dit clairement que, dans les derniers temps, il y en aura qui se détourneront de la foi ». — Une des fonctions du Saint-Esprit est d'inspirer les prophéties pour annoncer l'avenir. De même qu'il annonçait autrefois ce qui se rapportait aux « derniers temps », c'est-à-dire aux temps messianiques, de même, maintenant que les derniers temps ont commencé, il pourvoit encore aux intérêts de l'Église en la prévenant des dangers qui la menacent et en invitant à la vigilance le zèle des pasteurs. Nul doute sur l'éclosion funeste des fausses doctrines : l'Esprit parle p^TÔç, diserte, en termes formels, expression qui semble se référer à des oracles prononcés par des hommes de Dieu; cf. i, 18. L'Esprit révèle aussi la cause de ces erreurs : la cupidité des hommes et l'astuce des démons. Il en précise l'époque : dans un avenir prochain, et l'on peut dire dès maintenant, car les verbes passent du futur (àTCoaTirçaovTai,) au présent (xwXuovtwv). Il énonce nettement quelques-unes de ces erreurs : abstinences alimentaires, condamnation du mariage. L'Esprit ne laisse pas ignorer non plus la gravité du mal : les docteurs de mensonge et leurs adeptes iront jusqu'à l'apostasie. C'est ainsi que l'Esprit après avoir jadis efficacement témoigné en faveur du Christ, dirige et enseigne l'Église, qui poursuit sur la terre la mission du Sauveur.

3. II Tim., I, 14. — Le Saint-Esprit ne veille pas seulement sur l'ensemble de l'Église, il intervient aussi dans la vie de chaque fidèle. Paul, en effet, recommande à Timothée : « Conserve le souvenir exact des saines paroles que tu as entendues de moi dans la foi et la charité du Christ Jésus. Garde le bon dépôt à l'aide du Saint-Esprit qui habite en nous tous. » Le « bon dépôt » est celui des « saines paroles », c'est-à-dire de la doctrine évangélique que Paul a confié à Timothée et que celui-ci doit transmettre à des disciples fidèles, capables à leur tour de le léguer intact à d'autres; cf. II Tim., ii, 1-2; I Tim., vi, 13-16, 20-22. La tâche ainsi imposée à Timothée est difficile, car les doctrines les plus audacieuses menacent d'altérer la pureté de la foi et des mœurs. Que Timothée cependant ne se trouble ni du nombre des adversaires II Tim., il, 5, ni de sa propre jeunesse. I Tim., iv, 12. Ce n'est pas par ses seules forces qu'il lui faut garder le trésor sacré : c'est par le moyen du Saint-Esprit, Sià uveôu-aToç àytou. Timothée a été appelé à cette fonction par une désignation spéciale des prophètes.

I Tim., iv, 14. Qu'il compte sur l'assistance de cet Esprit, qui est l'esprit t de force, de charité, et de sagesse », II Tim., i, 7, l'esprit de sainteté et de vérité. iv, 11-16. Dieu l'a répandu abondamment en nous par Jésus-Christ. Tit., m, 6. Ce don n'est pas momentané et transitoire. Le Saint-Esprit nous a été donné pour rester avec nous d'une manière permanente et intime : il réside dans nos âmes comme un hôte qui fait en nous sa demeure, toû èvoixoôvroç èv -^(aïv. Cette doctrine de l'habitation en nous du Saint-Esprit est bien paulinienne; cf. Rom., vm, 9; I Cor., m, 16; vi, 19; Gai., iv, 6. Si le Saint-Esprit habite en nous, ce n'est certes pas pour y rester inactif : c'est pour animer toute notre vie spirituelle, pour nous pousser à de constants progrès dans la connaissance et l'amour de la vérité que le Christ a révélée à ses apôtres, I Tim., iv, 14-15, pour nous aider ainsi à garder « le bon dépôt ».

3° La sainte Trinité. — A ces textes, qui nous montrent l'action du Saint-Esprit, d'abord par rapport au Christ, puis par rapport à l'Église dans ses chefs et dans ses membres, s'ajoute un passage relatif à la sainte Trinité. Tit., m, 4-7. C'est le seul passage des Pastorales où soient mentionnées ensemble et distinctement les trois personnes de la très sainte Trinité. La longue phrase tient essentiellement dans cet énoncé : « Lorsque s'est manifestée la bonté et l'humanité de Dieu notre Sauveur..., il nous a sauvés par le bain de régénération et de renouvellement du Saint- Esprit qu'il a répandu abondamment en nous par Jésus-Christ notre Sauveur... ». Le Père est désigné comme le Dieu sauveur, dont l'amour pour les hommes s'est manifesté par la venue du Christ sur la terre; cf. Tit., ii, 11. Le Fils, image invisible du Père en vertu de sa génération éternelle, devient sur la terre son image visible en manifestant aux hommes ses infinies perfections, dont la première est l'amour. La suite de la phrase, y. 5 a, insiste sur cette pensée, en disant que le salut de l'humanité a sa source, non dans nos bonnes œuvres, mais dans la miséricorde divine. Tout le développement a pour centre le salut, ainsi gracieusement accordé. Ce salut, dans sa phase initiale, est conféré par le baptême. Le baptême produit en nous un changement spirituel qui est une régénération et une rénovation. Par cette grâce, nous passons de l'état de péché à l'état de justice. Ce salut initial nous donne droit à l'héritage céleste, qui sera le salut consommé, y. 7. Les trois personnes divines concourent à la régénération et à la justification du chrétien dans le baptême. Mais, comme l'observe le P. Prat, Théologie de saint Paul, t. n, p. 162, au lieu de la coordination exprimée par la formule ordinaire (Matth., xxviii, 19), elles agissent par subordination : le Père sanctifie par le Fils et tous deux par le Saint- Esprit.

En définitive, l'Esprit nous sanctifie au baptême, et cette action sanctificatrice vient du Père par le Fils. Cette révélation nous introduit au sein de la vie divine, car les rapports que notre texte établit entre Dieu, Jésus-Christ et le Saint-Esprit à propos de leur collaboration dans le temps, à savoir au moment du baptême, nous manifestent les relations intimes qui existent entre les trois personnes divines au sein de l'éternité : si l'activité temporelle de l'Esprit vient du Père par Jésus-Christ, c'est qu'il procède lui-même éternellement du Père par le Fils.

II. La rédemption. — Les Pastorales mettent en relief plusieurs points importants de la doctrine de saint Paul : nécessité du salut pour tous les hommes, son absolue gratuité, son extension à l'humanité entière, sa préparation dès l'éternité, sa réalisation par la venue du Sauveur sur la terre et par sa mort expiatoire.

1° Universalité du péché. — « Le Christ Jésus est venu en ce monde pour sauver les pécheurs ». I Tim.,

i, 15. Dans la pensée de Paul, déclarer que le Christ est venu pour sauver les pécheurs revient à dire qu'il est venu pour sauver tous les hommes, car tous sont pécheurs. Loin de s'excepter lui-même de la règle générale, il se met au premier rang des pécheurs, i, 15. Mais sa misère servira de réclame à la miséricorde divine en encourageant par son exemple tous les croyants à venir : au souvenir du persécuteur devenu apôtre, nul ne doutera de l'infinie bonté.

D'autre part la possession de la vérité religieuse par le moyen de la Loi mosaïque n'empêchait pas le règne du péché. S'il y eut des saints dans l'Ancien Testament, ce ne fut que par la foi au Sauveur à venir. Hors de là, il n'y avait que péché, pour les Juifs aussi bien que pour les païens. Saint Paul, reprenant brièvement dans l'épître à Tite le vigoureux réquisitoire de l'épître aux Romains, i, 18-n, 24, montre une fois de plus que les Juifs n'étaient pas en meilleure situation que les Gentils par rapport au salut éternel : « Car, nous aussi, nous étions autrefois insensés, désobéissants, égarés sous le joug de convoitises et de voluptés diverses; nous vivions dans la malice et l'envie, exécrés et nous haïssant les uns les autres. » Tit. m, 3. Ces paroles rappellent pour le fond la condamnation que Paul portait contre ses coreligionnaires dans l'épître aux Romains, il, 17-24; mais, tandis qu'il se voyait alors obligé d'abattre l'orgueil des Juifs fiers de leurs privilèges, il n'a ici que des sentiments de compassion et d'humilité qui le poussent, comme Eph., il, 1-3, à se ranger aussi parmi les coupables.

2° Gratuité du salut. — Le péché régnait donc partout, mais, où le péché abondait, la grâce a surabondé. Rom., v, 20; II Tim., i, 14. Les pécheurs que le Christ venait sauver, n'avaient aucun mérite à invoquer, aucun droit à faire valoir. Seul l'excès de leur misère attirait la miséricorde. Encore ce mot de misère ne doit-il pas faire illusion : les pécheurs n'étaient pas seulement des malheureux, c'étaient des coupables. Ennemis de Dieu, révoltés contre lui, ils étaient indignes même de pitié. Malgré tout, « Dieu notre Sauveur a voulu nous témoigner sa bonté et son amour, et il nous a sauvés par pure miséricorde. » Tit., m, 4-5.

On sait que la gratuité de la grâce et du salut est une des doctrines fondamentales de saint Paul. Elle revêt dans les Pastorales une forme particulièrement touchante. L'incarnation du Verbe est présentée comme la manifestation et l'apparition de la bonté de Dieu : pensée ébauchée déjà dans les précédentes épîtres, cf. Rom., m, 21; xvi, 26; Col., i, 26, mise maintenant en haut relief. I Tim., ni, 16; II Tim., I, 10; Tit., i, 3; n, 13; m, 4-7. Paul ne sait par quels termes assez expressifs relever cette bonté spontanée, prévenante, gratuite, débordante; il l'appelle tour a tour /àpiç, 7Pt(ot6tt,ç, ÏXeoç, et enfin çiXav0pc.>7Ûa. Touchant paradoxe : la philanthropie, le véritable amour des hommes ne se trouve qu'en Dieu!

3° Universalité du salut. — Rien de plus assuré et de plus constant dans les Pastorales que le dessein divin de sauver tous les hommes. Ce sujet est traité pour ainsi dire ex professa au c. n de I Tim. Il est introduit par le devoir rie la prière pour tous que l'Apôtre Inculque fortement.

1. La prière pour tous. — Le chrétien ne s'nbsorbera pas égoïstement dans le souci de ses seuls intérêts, même spirituels : il étendra sa sollicitude au monde entier. Il faut prier pour tous les hommes, spécialement pour les rois et pour tous ceux qui sont constitués en dignité. 11 n'y avait alors au s; In de l'empire romain ni au dehors, aucun pVunXxuf Chrétien, et bien peu de fidèles sans doute Excédaient aux magistratures Impériales ou municipales, il s'agit donc de prier pour la conversion des infidèles. Cette prière,

flans la pensée de l'Apôtre, s'insptn d'un double m<>-

DICT. DE THÉOI.. CATHOL.

tif : l'avantage de l'Église et la volonté de Dieu. On a parfois conclu de ces paroles que la lettre fut écrite en un temps où la persécution menaçait d'éclater contre les chrétiens, si même elle n'avait déjà commencé à sévir. Mais la violence directe n'est pas le seul mal que l'Église ait à redouter. Les révolutions, les guerres civiles, l'anarchie, l'injustice, tout ce qui trouble le bon ordre de la cité terrestre affaiblit d'autant le règne du bien que l'Église cherche à promouvoir; au contraire, les intérêts surnaturels qu'elle poursuit ne peuvent que profiter des bienfaits d'une sage administration. A cette fin, la prière pour les chefs de l'État et pour les représentants de l'autorité pourrait, se borner à demander pour eux les qualités naturelles de prudence et de fermeté, capables d'assurer le maintien du bon ordre. Mais Paul va plus loin. Ce qu'il faut obtenir, c'est leur conversion : et la dernière et décisive raison qu'il va en donner, c'est que telle est la volonté de Dieu.

2. Dieu veut le salut de tous. — Prier pour tous les hommes, ■ c'est chose bonne et agréable à Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité ». « Dieu veut le salut de tous les hommes » : rien de plus clair que cette affirmation, qui étend la volonté salvifique de Dieu à tous les hommes sans exception. C'est le sens direct et unique de la phrase.

On a objecté que le dessein de Dieu est exprimé par deux propositions, dont la seconde explique et précise la première en restreignant le salut aux adultes, seuls capables de « connaître la vérité », etç ènlyjaaw àX7)0eîaç èX6eïv. « La réponse est aisée, dirons-nous avec le P. Prat. Tous les êtres humains n'ont pas l'usage de la raison, mais tous, sans exception aucune, sont aptes au salut éternel; ainsi, tandis que l'incise relative à la connaissance de la vérité se restreint d'elle-même aux hommes capables de connaître la vérité, l'autre incise n'est limitée par rien et doit garder, selon les règles d'une saine exégèse, toute son extension. » Théologie de saint Paul, t. n, p. 93. Les théologiens, à la suite de saint Jean Damascène et de saint Thomas, ont concilié la contradiction apparente entre le principe « Dieu veut sauver tous les hommes » et le fait « Tous les hommes ne sont pas sauvés », par la distinction, insinuée d'ailleurs en d'autres termes par saint Augustin, entre la volonté antécédente et la volonté conséquente. Par la première, Dieu veut le salut de tous les hommes, à condition cependant que certaines conditions soient remplies et il y travaille en effet par de multiples dispositions; par la seconde, il réalise ses plans de salut en faveur de tous ceux par lesquels, ou pour lesquels les conditions sont remplies.

A son affirmation, Paul joint deux raisons dont chacune met hors de doute le vouloir divin par rapport au salut de l'humanité entière. Quelques exégètes hésitent à reconnaître cette connexion : nous pourrions n'avoir ici, II, 5, qu'une doxologie, par laquelle Paul laisse simplement échapper la confession de sa foi monothéiste. Cf. Hardy, dans La sainte Bible, t. xn, p. 212-213. Mais le yàp de coordination, eTç yà.p 0e6ç, introduit naturellement la raison et la cause de ce qui est affirmé précédemment. Dans l'épître aux Romains, m, 29-30, l'Apôtre partageait l'humanité en deux grandes fractions, les Juifs et les Gentils, pour établir que Dieu, créateur des Gentils non. moins que des Juifs, voulait pour h s uns et les autres le même moyen de salut, la Justification par la foi. Ici leraisonnemi nt port 'ur la volonté du salut pour tous. Il n'y a qu'un Dieu, principe et fin dernière de tous les hommes :

tout tiennent de lui leur origine, tous subslstenl pat

lui, tous sont faits pour lui. D'après le contexte, DM perfections divines invitent le* Chrétiens à l'union

fraternelle; on peut dire aussi qu'elles garantissent les desseins d'amour de Dieu envers tous les hommes.

3. Le Christ médiateur et rançon (I Tim., n, 5). — Le premier motif du salut éternel de tous les hommes résultait de la nature même de Dieu; le second se tire de la nature et de la mission du Christ. Comme il n'y a qu'un Dieu, créateur de tous les hommes, il n'y a aussi qu'un médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus homme. Le titre de \j.ealTt]<;, donné au Christ (ici et Hebr., vin, 6; ix, 5; xn, 24) est aussi appliqué à Moïse, Gai., m, 18-20, mais en un sens différent. Moïse exerçait une simple médiation conventionnelle entre deux contractants, Dieu et le peuple juif, qui le choisissaient pour s'accorder sur les conditions d'une alliance. Le Christ est un médiateur de nature, constitué par son être même pour une mission médiatrice que nul autre ne pourrait remplir. Jésus- Christ est à la fois Dieu et homme; il est essentiellement, par sa double nature, le trait d'union entre le ciel et la terre. D'où la mission qui lui appartient de réconcilier les hommes avec Dieu pour établir entre eux l'alliance nouvelle et éternelle. Homme, il a qualité pour agir au nom des hommes; Dieu, les réparations qu'il offre au nom de l'humanité, ont une valeur infinie. Moïse avait simplement transmis au peuple les propositions de Jahvé et il avait scellé par le sang des victimes un accord dont l'efficacité ne dépendait en rien de ses mérites personnels. Au contraire, le sang du Christ fait toute la force et la valeur de l'alliance nouvelle par la réparation surabondante qu'il présente de la part des hommes, par le pardon et l'amitié qu'il obtient de la part de Dieu. La qualité d'homme est mise en relief dans le médiateur; c'est par son humanité seule qu'il peut offrir à son Père pour eux la rançon dont parle l'incise suivante, n, 6.

Ces paroles énoncent deux pensées : la manière dont s'est exercée la médiation du Christ, puis sa portée universelle, la première préparant à merveille la seconde. — a) L'acte essentiel de la médiation du Christ consiste en ce qu'il s'est livré pour être notre rançon. L'énoncé s'inspire des paroles du Sauveur lui-même reproduites dans Matth., xx, 28; cf. Marc, x, 45. Au lieu de XÛTpov, l'épître à Timothée emploie le composé àvTtXuTpov; de l'aveu de la plupart des interprètes, il a été suggéré par l'expression évangélique, mais se trouvait déjà dans l'Ancien Testament, où il traduit des mots hébreux de racine diverse : pâdâh, « délivrer », et ses dérivés ; kôfer, « prix de rachat » ; gâ'al, « racheter » (surtout à titre de parent) et ses dérivés; mehtr (dont Dieu dispensera les Israélites captifs, Isaïe, xlv, 13). Sous cette diversité des termes hébraïques, Xûxpov garde toujours la signification de « rançon », au sens plein et fort, c'est-à-dire avec l'idée bien accentuée d'un prix à payer pour la délivrance ou le rachat d'une personne ou d'une chose.

Dans le grec classique comme dans celui des papyrus, XUTpov ou XÛTpa désigne le prix de rédemption d'un prisonnier. Ce prix peut être une personne qui s'offre à l'esclavage ou à la mort pour la délivrance d'autrui. Jadis, au témoignage de Sanchoniaton et de Philon de Byblos, les rois phéniciens, dans les calamités qui menaçaient la nation, offraient leur fils le plus cher en rançon aux dieux vengeurs, Xûxpov toIç Ti[jUi>poïç 8at[i.oat, pour qu'un seul pérît au lieu de tous, àvu tt^ç 7ràvTcov çGopâç Eusèbe, Prœpar. evang., I, x, 44. En Israël, la croyance à l'efficacité rédemptrice des mérites du juste, surtout de ses souffrances et de sa mort volontaire, en faveur soit de certains pécheurs soit de tout le peuple coupable, était profondément ancrée dans les esprits. Dans la sainte Écriture, cette doctrine atteint sa plus sublime expression en la personne du « Serviteur de Jahvé », Is., lu, 13-liii, 12, acceptant humiliations et tourments et

donnant sa vie en expiation des péchés du peuple. La littérature extra-canonique représente également les sept frères Machabées heureux de livrer « leur vie en échange des péchés de leur nation », werrrèp dcvrl- 4»uxov... ttjç toû lÔvouç à|/.ocpTÎaç, afin que « par le sang de ces justes et par leur mort expiatoire, 8ià toû a'i|A<XTOç... xai toû iXacTTjpîou 0av<xTou, Israël fût sauvé ». IV Mach., xvn, 22-23; cf. II Mach., vu, 37- 38. Les Pastorales font écho à cet enseignement. Tous les hommes sont pécheurs; tous sont débiteurs insolvables de la justice divine. Mais Jésus offre leur rançon, rançon pleine, adéquate et surabondante, car elle n'est autre que lui-même. Il se donne lui-même en donnant son sang et sa vie : ô Soûç èaur6v, expression évangélique, qu'on ne retrouve sous cette forme que dans saint Paul, Gai., i, 4 et Tit., n, 14.

L'idée d'échange et de substitution, impliquée dans la notion même de rançon, est accentuée par la préposition àvTt préfixée à XÛTpov. Bien loin de négliger le renforcement de XÛTpov par <xvtI, il faut au contraire, pour rester dans la pensée de l'Apôtre, garder à cette particule toute la valeur que lui donne l'Évangile, et que souligne la rareté du terme àvUXurpov. C'est donc bien en faveur et en échange des coupables que le Sauveur s'est offert en rançon. Paul unit fortement de la sorte les deux notions de solidarité et de substitution pénale que certains critiques prétendent incompatibles. Le comble de l'amour, de la part de Jésus, est de s'être substitué aux coupables en expiant leurs péchés par sa mort.

b) Ces deux notions concourent également au but que Paul se propose ici de démontrer l'universalité de la rédemption. Au mot 7toXXô»v de l'Évangile il substitue Ttàvrtùv. Le sens n'est pas changé. Non seulement le terme 7toXXo[ n'exclut personne, mais il évoque une idée de nombre, de multitude, de masse qui se vérifiera d'autant mieux que la multitude se rapprochera de la totalité.

4. Un autre texte important enseigne l'universalité du salut : I Tim., iv, 9-10. « Parole certaine et digne de toute créance : si nous travaillons et luttons, c'est que nous avons mis notre espérance dans le Dieu vivant, qui est le sauveur de tous les hommes et principalement des fidèles. » D'après les versets précédents, les travaux et les luttes dont parle ici saint Paul se rapporteraient à l'ascétisme personnel qu'il vient de recommander à Timothée et dont il donnait luimême l'exemple. I Cor., ix, 24-27. Mais dans l'horizon des Pastorales, tous les conseils aux chefs des Églises tendent vers l'apostolat. C'est la vie entière et tous les efforts de l'ouvrier apostolique qu'embrassent les mots : nous luttons et nous travaillons, xomcifxev xal àYCùv[Ço[i.e6a. Au milieu de toutes les difficultés un sentiment puissant le soutient : il a mis son espoir en Dieu, qui est « le Dieu vivant, et le sauveur de tous les hommes et principalement des fidèles ». L'espérance du missionnaire repose sur un double fondement. D'abord le Seigneur est « le Dieu vivant ». Expression fréquente dans l'Ancien et le Nouveau Testament. Dans l'usage ordinaire, elle oppose aux dieux morts du paganisme le Dieu vivant et tout-puissant, toujours prêt à secourir efficacement ses serviteurs : Paul et ses collaborateurs ont donc tout droit de mettre en lui leur confiance. En outre, un peu plus loin, Dieu est présenté comme source unique et surabondante de vie : il la répand « sur toutes choses ». I Tim., vi, 13. S'il est l'auteur de toute vie, à plus forte raison est-il prodigue de la vie spirituelle, qu'il a promise au chrétien pieux, iv, 8, pour le temps et pour l'éternité. Les missionnaires peuvent compter sur le secours d'enhaut pour répandre la vie divine. — En second lieu, le Dieu vivant est le Dieu sauveur. Dans la préoccupation divine qui embrasse l'humanité, les chrétiens

viennent au premier rang. Pour eux, en effet, la volonté divine est passée de l'ordre de l'intention à celui de l'exécution; ils possèdent le salut initial, gage du salut final : on peut dire que si tous les hommes sont appelés, les chrétiens sont déjà les élus, èxXexTol. Rom., vin, 23; xvi, 13; Col., m, 12; II Tim., n, 10; Tit., i, 1. Dihelius (cité par Bardy, La sainte Bible, t. xn, p. 223), prétend découvrir dans cette phrase la marque d'une époque où, le mouvement de conversion si vigoureusement lancé par la prédication des apôtres semblant se ralentir, on n'espérait plus guère conquérir l'univers et on regardait les croyants comme seuls sauvés. Mais l'expression u.àXiGTa "uctcov constate la situation privilégiée des chrétiens par rapport au salut sans impliquer aucune restriction de la volonté divine à l'égard des autres, et cette réflexion a pour but de stimuler le zèle des apôtres afin d'amener tous les hommes à partager le bonheur des fidèles. Cette économie universelle du salut s'affirme encore avec autant de charme que de force dans Tit., n, 11-14, où il est dit qu'est apparue la grâce de Dieu « apportant le salut à tous les hommes », aomfipioç -rôcaiv àv6pâ>Ttotç.

III. La tradition dans l'Église : le dépôt. — On peut dire que les principaux enseignements des Pastorales au sujet de l'Église se groupent autour de l'idée de dépôt, rcapaôrjxT). Le mot n'est employé que trois fois : I Tim., vi, 20; II Tim., i, 12 et 14, mais la doctrine qu'il résume revient à chaque page. Il exprime, par une métaphore juridique, la foi que l'Église a reçue du Christ par l'intermédiaire des apôtres et qu'elle doit conserver fidèlement.

1° Élymologie et usage du mot. — Le mot T-ocpaGyjxir) vient de TtG7)o.i *rapà, « placer auprès »; avec le datif de personne, « présenter, offrir à quelqu'un, placer sous sa garde ». Au moyen : remettre quelque chose de soi ou pour soi : cf. Luc, xn, 48; xxm, 46; Act., xiv, 23, etc. D'où TrapaOyjXT), « ce que l'on confie, dépôt ». Le grec attique emploie plus fréquemment le double composé 7Tapa-xaT<x-0T(xï), où xarâ renforce le sens de « déposer auprès » de quelqu'un. Dans le Pentateuquc, les Septante ont deux fois TCapa07)XT) , Lev., vi, 2 et 7 (Hébr., v, 21 et 23) et deux fois Trapax<xTa0r)XT), Ex., xxn, 7 et 10. Dans les livres plus récents, 7rapaxaTa0ï)XT) semble l'emporter : Tob., x, 13; II Mach., m, 10 et 15. Dans les papyrus, la forme courte est presque aussi fréquente que l'autre.

L'étude des textes de l'Ancienne Loi relatifs à la fidélité avec laquelle se doit garder un dépôt, la considération de la loi gréco-romaine sur le même sujet montrent bien la fidélité absolue que la religion, les lois et, avec elles, la conscience des moralistes et cille du peuple exigent de celui qui a reçu le dépôt. Il est tenu de le garder avec soin, de le mettre autant qu'il dépend de lui à l'abri de tout risque, de le rendre dans son intégrité. Il le rendra au jour fixé ou, à défaut d'échéance convenue, quand il plaira au maître. Cette fidélité est un devoir d'honneur, non moins que de justice. Le déposant a compté sur son ami pour mettre ses biens en sûreté, et celui-ci a accepté cette marque de confiance : désormais, la bonne foi, la loyauté, l'amitié lui imposent de se montrer fidèle à son engagement. En général le déstntére ~' nu ut et de règle; la loi prévoit cependant des cas où des soins trop onéreux permettront de demande r au maître quelque compensation. Nous allons voir comment saint Paul a utilisé, du point de vue moral et dogmatique, les divers éléments de la riche notion de dépôt

2° Le dépôt dont saint Paul. — Paul emploie trois

fois le terme 7rapa0r,xr|( étranger au reste du Nouveau

Testament el chaque fois avec la formule ty(v xapaOr,xr,v

9uXATTeiv, qui apparaît comme une expression conaa-

empruntée au langage Juridique des contrats de

dépôt.

1. Les textes. — Le premier texte se lit I Tim., vi, 20 : « O Timothée garde le dépôt; évite les vains discours profanes et les objections d'une science qui n'en mérite pas le nom. Il est des gens qui, pour en faire profession, ont perdu la foi. » Sans relation directe avec les versets qui précèdent immédiatement au sujet des riches, vi, 17-18, mais rejoignant par dessus cette péricope, la solennelle adjuration de garder intact l'enseignement divin (12-16), cette recommandation est le trait final destiné à s'enfoncer profondément dans l'esprit de Timothée.

Paul revient sur le même sujet au commencement de la lettre suivante. Après avoir dit que le Christ l'a établi apôtre pour prêcher l'Évangile, il poursuit, II Tim., i, 12 : « C'est aussi la raison de mes maux. Mais je ne regrette rien : je sais à qui je me suis confié, et je suis sûr qu'il saura garder mon dépôt jusqu'à ce (dernier) jour. 13. Conserve le souvenir exact, Û7iotÛ7twcav, des saines paroles que tu as entendues de moi dans la foi et la charité du Christ Jésus. 14. Garde le bon dépôt à l'aide du Saint-Esprit qui habite en nous. » Le sens du f. 14 est clair : le dépôt à garder est celui de la saine doctrine que Paul a transmise à Timothée, ainsi qu'il vient d'être dit. La recommandation « garde le dépôt » a donc exactement la même portée que dans la lettre précédente. Par contre cette expression se présente auf- 12 sous un aspect un peu différent. Au lieu d'un dépôt que Paul a confié à Timothée et que celui-ci doit conserver, il s'agit d'un dépôt de l'Apôtre que Dieu gardera jusqu'au grand jour de la venue de Jésus- Christ. Dans cette manière de parler, l'expression TOxpaOïixif) (jlou semble désigner un bien qui est la propriété de Paul et dont il aurait remis le soin au Seigneur, non un trésor appartenant à autrui et dont Paul aurait la garde. De fait, un peu plus loin, il déclare ne plus attendre désormais que la couronne de justice que Dieu lui rendra « en ce jour-là ». II Tim., iv, 7-8. « Son dépôt » est donc celui de ses intérêts temporels et spirituels, sa personne, sa vie, le trésor de mérites qui lui vaudra de la part du juste juge la couronne, c'est-à-dire la récompense éternelle. Cette interprétation s'accorde bien avec l'exhortation qu'il vient de faire à Timothée de compter sur la puissance divine qui soutiendra son courage jusqu'à la fin. i, 7.

2. Contenu du dépôt. — D'après II Tim., i, 13-14, Timothée gardera le bon dépôt en conservant le souvenir exact des instructions de Paul. Le dépôt embrasse donc tout l'enseignement de l'Apôtre tel qu'il l'a transmis à ce disciple, héritier et continuateur de son apostolat. Il va de soi que ce dépôt comprend d'abord toutes les instructions renfermées dans les Pastorales. Bien qu'elles ne soient pour la plupart qu'un bref rappel de vérités déjà connues de tous les chrétiens, l'inventaire en est considérable et elles formeraient un catéchisme assez complet. Cependant, ce n'est pas à la doctrine exposée dans les Pastorales que se réfère directement Paul en parlant du dépôt, mais à renseignement qu'il a donné de vive voix. Cet enseignement a pour objet tout ce que le chrétien doit croire et tout ce qu'il doit faire pour être sauvé, la révélation tout entière du Christ. Il permettra à Timothée d'écarter toutes les nouveautés dangereuses, de démasquer les erreurs qui se présenteraient sous les di hors de la science et de la piété, de flétrir toute maxime ou toute pratique qui porterait atteinte à la pur. té des nirrurs. !.• s vérités ainsi transmises a Timothée n'ont d'ailleurs rien de Ment et ne constituent pal une doctrine ésotérique réservée a quelques initiés. Biles ont été enseignées à Timothée publique* ment et en pi ésence de tous. II Tim., n, 2, il doit à son tOUI les prêcher en plein jour et à tous el les Lmpo l I ■< tous.

3. Origine divine du dépôt. — Les biens consignés en dépôt ne sont pas la propriété du dépositaire, mais du déposant. Le dépôt confié à Timothée lui vient de Paul, qui l'a lui-même reçu du Christ. Paul est sensible au témoignage d'affection par lequel le Christ « a daigné lui faire confiance en l'appelant à son service ». II Tim., i, 12. Le voilà désormais apôtre de Jésus- Christ, « pour inculquer aux élus de Dieu la foi et la connaissance de la vérité, dans l'espoir de la vie éternelle promise de toute éternité... et révélée en son temps par le message que Dieu notre Sauveur m'a donné l'ordre et la charge de prêcher ». Tit., i, 1-3. Les paroles qu'il transmet ne sont point siennes mais « les saines paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ ». I Tim., vi, 3. Son évangile, c'est-à-dire celui qu'il est chargé de prêcher, ne vient pas des hommes mais de Dieu; c'est l'évangile du Christ, non seulement parce que le Christ en est le principal objet, mais avant tout parce qu'il est l'auteur et le révélateur et que c'est lui encore qu'on entend par les lèvres de Paul.

4. Conservation et transmission du dépôt. — Le devoir du dépositaire est de conserver intact le bien qu'on lui a confié. Paul n'a pas manqué à cette obligation. Il a été fidèle à l'Évangile : fidèle en le portant jusqu'aux extrémités du monde, fidèle non moins en le prêchant dans son intégrité. Aussi, à la fin de sa carrière, peut-il se rendre le témoignage : « J'ai gardé la foi », II Tim., iv, 7, j'ai conservé fidèlement pour moi et pour les autres le trésor des vérités que je devais enseigner de la part du Christ. Cette même fidélité, il la recommande à ses deux disciples : c'est le but principal de ses trois lettres. Le motif de cette insistance est double. En premier lieu, la foi est menacée de toutes parts. En Asie comme en Crète, unvaste mouvement de curiosité intellectuelle semble agiter les esprits : une foule de docteurs surgissent, prêchant des nouveautés, et ils trouvent des auditeurs avides de les entendre. Les femmes ne sont pas moins ardentes que les hommes. Que Timothée et Tite veillent : qu'ils opposent à ces erreurs les croyances traditionnelles, à tous ces vices la morale évangélique.

Une autre raison pour les deux pasteurs de redoubler de vigilance pour la garde du dépôt, c'est que. leur maître bientôt ne sera plus auprès d'eux pour les diriger dans leur tâche. Le temps approche pour lui de rendre ses comptes. Dans les contrats, la date de l'échéance était parfois fixée, souvent aussi tout était laissé au libre choix du déposant. Paul ignore le jour, mais il le sait imminent. « Je suis déjà une libation répandue et le moment de mon départ est proche. J'ai combattu le bon combat, achevé ma course. » II Tim., iv, 6-7. Sous ces multiples métaphores une même idée se fait jour, celle de sa mort prochaine. Bientôt il n'aura plus la charge du dépôt et, fidèle jusqu'au bout, il se préoccupe de le faire passer en mains sûres. Cette préoccupation n'a pas son exact correspondant dans les clauses juridiques des contrats. Ceux-ci ne prévoient pas la livraison du dépôt à une tierce personne. Ils se contentent de rendre le dépositaire responsable de tous les risques. En cas de disparition du trésor ainsi passé d'un gardien à un autre, les docteurs juifs n'étaient pas d'accord sur le devoir de restitution. Mais la question ne se pose pas ici, car c'est par l'autorisation du Christ et même sur son ordre, I Tim., i, 18; cf. iv, 14, que Paul a choisi Timothée, et Tite n'est pas moins que Timothée « son vrai fils », le légitime ministre du Seigneur. Tit., i, 4; II Cor., vin, 16, 23. Ils sont donc à leur tour les détenteurs de droit, responsables devant le Christ. Sur eux seuls désormais va retomber toute la charge, et c'est pourquoi Paul ne cesse de les exhorter à la prudence et au zèle. Bien plus, la prévoyance de Paul ne se borne pas au moment de sa mort prochaine. Bien que son

esprit et son cœur se tournent sans cesse vers les grandioses événements de la parousie du Christ, il sait qu'ils ne se produiront qu'en « leur temps », xaipoïç tStoiç. I Tim., vi, 5. Il importe donc d'organiser l'Église de manière durable et de prendre des mesures qui assureront la transmission du dépôt de génération en génération. C'est pourquoi il enjoint à Timothée et à Tite de se préparer eux-mêmes des successeurs. « Ce que tu as entendu de ma bouche devant de nombreux témoins, confie-le (à ton tour) à des hommes fidèles qui soient aptes à l'enseigner à d'autres. » II Tim., ii, 2. IIiaTOÎç àvOpwuoiç : la fidélité est toujours la condition essentielle. Dans le choix des presbytres, on doit avoir égard aux deux qualités qui sont le double aspect de la fidélité : docilité à recevoir la doctrine traditionnelle et aptitude à l'enseigner. Tit., i, 9.

5. Dieu, gardien du dépôt. — La jurisprudence des dépôts permettait au gardien de réclamer des indemnités quand la charge devenait onéreuse : à Borne, cette revendication s'appelait actio depositi contraria. Il est douteux que Paul ait eu la pensée d'établir un rapprochement entre ce recours légal et son droit au secours divin. Mais il est certain qu'il regarde le Seigneur comme le premier gardien du trésor évangélique qui luiesteonfié. Il compte donc sur l'intervention divine en faveur de Timothée et de Tite. Il connaît leur désintéressement, leur docilité, leur charité, leur pureté qui éloigneront d'eux les causes d'erreur. II Tim., m, 10-17; I Tim., vi, 3-10. Leur connaissance approfondie des Écritures nourrira leur foi. Par dessus tout, il compte pour eux sur l'assistance du Saint- Esprit. « Comprends bien ce que je te dis : le Seigneur t'en donnera la parfaite intelligence. » II Tim., n, 7. En vertu de l'imposition des mains qu'il a reçue et du ministère qu'il exerce, Timothée a un droit spécial au secours divin. Chaque fois que les intérêts de l'Évangile sont en jeu, quand il s'agit surtout d'exhorter et d'instruire, I Tim., i, 18-19; iv, 6, 13-16, il ne tient qu'à lui de ranimer la grâce de son ordination. I Tim., iv, 14; II Tim., i, 6. C'est pourquoi, en lui disant : « Conserve le souvenir exact des paroles que tu as entendues de moi », II Tim., i, 13, Paul l'invite, i, 14, à se tourner vers l'hôte divin de l'âme, le maître de toute science, le Saint-Esprit. Bépandu abondamment par le Père et par Jésus-Christ sur tous les fidèles au baptême, il comble plus encore de ses dons ceux qu'il a choisis lui-même pour ministres de l'Église. Sous cette garde divine qui fortifiera la bonne volonté des gardiens humains, le dépôt est en sûreté.

Il y a cependant une différence. Quand Paul, près de mourir, se rend à lui-même le témoignage qu'il a gardé intact le dépôt de la foi, nous savons que ce témoignage est vrai, parce qu'il parle sous l'inspiration du Saint-Esprit. Il n'en est pas ainsi de Timothée et de Tite. L'Apôtre ne dit rien qui couvre par avance d'une autorité infaillible l'enseignement de ses deux disciples et des autres pasteurs. L'inerrance dont jouissent les apôtres ne passe pas après eux aux chefs des Églises particulières. L'Église cependant n'en est pas moins assurée de la possession de l'Évangile authentique : saint Paul nous dit qu'elle est le fondement et la colonne de la vérité, ainsi que nous le verrons plus loin.

6. Tradition et dépôt. — Dès ses premières lettres et tout au long de son ministère, Paul recommandait la fidélité aux enseignements qu'il donnait de la part du Christ. Il emploie, pour désigner ces enseignements, une grande variété d'expressions : t mon évangile » ou « l'évangile de Dieu ou du Christ », « mes voies dans le Christ », I Cor., iv, 17; tradition, doctrine, catéchèse, Gai., vi, 6, didascalie, Rom., xn, 7; « ce que vous avez appris, reçu, entendu et vu en moi », Phil., iv, 9, etc.

Son langage se rencontre assez souvent avec celui des Pastorales. On trouve en ce sens, de part et d'autre, SiSâoxto et SiSa^y), (lavOivo), àxoûa>; la locution Û7C0TÔ7tG>G(.ç rappelle tuttov SiSa^T)?. Rom., vi, 17. Cependant Paul paraissait aflectionner le terme de tradition, TOxpâSooiç, IIThess.,n, 15; m, 6 ; racp£8o>xa,

I Cor., xi, 2-23; xv, 3; cf. Rom., vi, 17, qui signifie proprement tradition donnée et auquel répond tradition reçue, 7rapaXaiji.6àv6> : ô xal TOXpeXâ6eTe, I Cor., xv, 1; Gai., i, 9; Col., il, 6; cf. I Thess., n, 13; iv, 1;

II Thess., m, 6. Il y substitue maintenant celui de reapa6Y]XT), dépôt, qui a l'avantage de renforcer l'idée par une image des plus expressives.

7. Usage du dépôt. — A moins de conventions dûment spécifiées, le dépositaire, en acceptant la garde des biens qui lui étaient confiés, n'avait pas le droit d'en user pour son propre profit. C'est en quoi le contrat de dépôt différait du prêt. Ce qui n'était qu'une exception entre les hommes devient la règle devant Dieu. Garder le dépôt, c'est, nous l'avons assez dit, préserver de tout alliage humain l'or pur de la parole divine : c'est le premier et essentiel devoir de fidélité. Mais les richesses divines ne sont pas données pour être enfouies et rester inutiles, Paul recommande à ses disciples d'exploiter à fond le dépôt. D'abord le trésor doctrinal. Ils ne se contenteront pas de répéter exactement « les saines paroles » apprises. Us s'efforceront par la lecture, l'étude, la méditation, de progresser dans l'intelligence des vérités divines, pour en vivre, pour être mieux en état de les enseigner aux fidèles et de les défendre contre les adversaires. C'est pour eux un devoir d'état : la grâce qu'ils ont reçue au jour de l'ordination les stimule à se perfectionner sans cesse dans la science sacrée. Rien de plus instructif à ce sujet que la longue exhortation à Timothéc, I Tim., iv, 14-16. Elle fait valoir les motifs les plus puissants d'approfondir la révélation : Timothée doit ce soin à Dieu qui daigne nous instruire; à la dignité et la sainteté des doctrines qui forment le trésor céleste; à sa propre perfection et aux grâces qu'il a reçues; à ses devoirs de pasteur et au salut des âmes. C'est en attendant le retour de Paul qu'il doit étudier et travailler de la sorte; mais il va de soi que la présence de Paul, loin de ralentir son ardeur, ne pourra qw la stimuler. En particulier, élevé dès l'enfance dans la connaissance et l'amour des saintes Lettres, qu'il ne se contente pas de la science acquise déjà et qu'il s'efforce d'y progresser par une lecture et une méditation assidues. Comme la partie doctrinale du dépôt, la partie morale est également source de richesses. Paul ne sépare pas la théorie de la pratique. On serait tenté de dire que les Pastorales définissent le vrai en fonction du bien, tant elles insistent sur la piété et les bonnes œuvres. L'Évangile est la connaissance de la vérité conforme à la piété, è-rclyvaxiiv àXTjOelaç rrjç xaf* cùoéÔEiav. Tit., i, 1. Le vrai docteur doit s'attacher à la doctrine selon la piété, xfj xa-r' eùaéêeiav StSaoxaXlç, I Tim., vi, 3. Malheur à ceux qui, faisant profession de connaître Dieu, le renient p;ir leurs actes. Tit., i, 16. Aux riches, par l'aumône, d'acquérir des richesses éternelles, I Tim., vi, 17-19; à tous les fidèles d'exceller dans les bonnes œuvres. I Tim., iv, 7-8; Tit., m, 8-14. Ainsi nous serons dépositaire! d'autant plus fidèles et plus agréables à Dii a que nous nous enrichirons des trésors de dortrine et de sainteté mis à notre disposition.

IV. L'Éolise. — Il est faeile de reconnaître dans les Pastorales les caractères qui, d'après saint Paul, distinguent la véritable Église, fondée par .lesus-Christ.

1° Apostolirit''. • -- Avant tout, l'insistance de Paul sur la conservation du dépôt de la foi montre que l'Eglise remonte à Jésus-Christ par l'Intermédiaire des apôtns. Appelé, comme les autres apôtres, par le

Christ en personne, I Tim., i, 13-16; II Tim., i, 10-11 ; Tit., i, 1-4, instruit par lui de l'Évangile qu'il devait prêcher aux nations, Paul s'est fidèlement acquitté de son message. Il a enseigné l'Évangile aux peuples. Il a eu soin, en particulier, de le transmettre à des disciples de choix. Tous, pasteurs et fidèles, savants et ignorants, doivent s'attacher à cette doctrine pour rester les disciples du Christ; toute prédication étrangère à cet. enseignement est vaine, inutile et dangereuse. I Tim., i, 6; II Tim., n, 23; Tit., ni, 9. Toute théorie qui contredit le dogme ou la morale enseignés par les apôtres est une erreur. Quiconque s'obstine dans son opinion, après une ou deux admonitions faites par les chefs de l'Église, devient un « hérétique », aipe-uxôç i5v6pa>7toç, Tit., m, 10, qui préfère son sens propre au jugement de l'Église : cet homme a le sens perverti, è4écfxpa7tTai et son égarement est coupable, àjxapTàvei, car en opposant son sentiment à l'autorité de l'Église, il se condamne lui-même, <tv aÙTOxoerà

XplTOÇ.

L'Église est apostolique aussi par sa hiérarchie. Tite et Timothée ont reçu des apôtres l'imposition des mains et seuls ils peuvent, en qualité de disciples des apôtres ordonner légitimement des ministres auxquels il appartiendra d'instruire le peuple fidèle et d'exercer les fonctions sacrées.

2° Sainteté. — La sainteté est l'une des marques dis tinctives de l'Église. Jésus « s'est livré en personne pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité et que, purifiés, nous soyons un peuple qui lui appartienne, entièrement dévoué aux bonnes œuvres ». Tit., n, 14. Nous avons été justifiés au baptême par le Saint-Esprit, qui nous a régénérés et qui habite en nous, ni, 5-6. Nous sommes dès lors saints par vocation, xXv)osi àyta, i, 9: les chrétiens s'appellent « les saints ». I Tim., v, 10. La piété du chrétien se manifeste par les bonnes œuvres, ipya àyaOà ou xaXà. L'enseignement du Christ est encore la doctrine « saine », sans laquelle l'esprit et le cœur sont bientôt rongés par le cancer de l'erreur et du vice, II Tim., n, 16; seule, elle est utile aux hommes pour la vie présente et pour la vie future. I Tim., iv. 8. Les Pastorales proposent pour les ministres sacrés et pour chaque classe de fidèles un idéal de vertu par lequel tous feront honneur au nom, à l'enseignement et aux merveilleux exemples du Christ, I Tim., vi, 1 ; Tit., n, 10 : renonçant aux convoitises du siècle, ils vivront la vie présente dans la sagesse, la justice, et la piété. Tit., il, 12.

3° Catholicité. — D'après les Pastorales, Dieu veut le salut de tous les hommes et que tous parviennent à la connaissance de la vérité, c'est-à-dire de la foi chrétienne. C'est pour attester et réaliser cette volonté divine que Paul a été établi prédicateur, apôtre et docteur des nations dans la foi et la vérité. I Tim., n, 7; ef. i, 12-16. L'Église a donc pour mission essentielle d'apporter le salut à tous les hommes; c'est par elle que Dieu manifeste et accomplit ses desseins en faveur de l'humanité : hors de l'Église, point de salut. La catholicité de l'Église est une vérité aussi assurée que la volonté divine de sauver tous les hommes. Dans ses précédentes épttres Paul avait besoin de démontrer, contre les attaques tenaces des judaïsants, que l'Église, maison de Dieu, est ouverte aux Gentils aussi bien qu'aux Juifs. Son triomphe en ce point est complet et, sans même rappeler ce principe, il n'y a plus qu'à tirer les dernières conséqn en prêchant l'Évangile à tous les hommes et à toutes les nat ions.

4° L'Égttie infaillible ri indéfectible. - Enfin, privilège qui couronne tous les autres, l'Église est Infaillible. Non pas <pie ce privilège appartienne aux ehefs des Églises particulières. Dans ses recommandations à

Timothée et à Tite, Paul laisse bien entendre qu'il espère, de leurs vertus, de la grâce divine et de l'assistance du Saint-Esprit, la fidélité à garder et à transmettre dans sa pureté la parole de Dieu. Il n'en donne pas cependant l'assurance absolue. Encore moins couvre-t-il de son autorité le ministère de leurs successeurs. Un doute pèsera-t-il donc sur l'intégrité du dépôt remis à des gardiens faillibles?

1. Un texte précieux nous rassure. I Tim., m, 14 sq. Après avoir tracé à Timothée les règles à suivre dans la prière publique et pour le choix de dignes ministres, Paul ajoute : « Je t'écris ces choses dans l'espoir de venir prochainement te rejoindre. 15. Que si je tarde, tu sauras comment te conduire dans la maison de Dieu, je veux dire dans l'Église du Dieu vivant, colonne et soutien de la vérité! » « Ces choses », xaûra, f. 14, désignent les conseils que l'Apôtre vient de donner au sujet de la prière dans les réunions publiques, ii, 1-15, et des qualités des aspirants aux ordres sacrés, m, 15; il a parlé aussi, i, 3-4, etc., et il parlera encore de la conduite à tenir à l'égard des hérétiques, iv, 1-6. Bien souvent il a traité ces sujets de vive voix et il espère que son retour lui permettra bientôt de les reprendre, m, 14. En attendant, ces conseils écrits serviront de mémento précis. Il s'agit de la conduite à tenir « dans la maison de Dieu ». Cette maison n'est autre que l'Église du Dieu vivant, èxxXYjaîa 0eoù Çûvtoç. Le terme de èxxXTjaia, « assemblée », rapproché de la comparaison de l'édifice, montre que saint Paul se souvient de la parole célèbre du Christ à saint Pierre, olxoSofr/jato p.oi)-rrjv èxxXY]ciav, Matth., xvi, 18. Bien que Paul s'adresse au chef de l'Église d'Éphèse, la pensée ne se restreint à aucune Église déterminée : c'est la maison de Dieu en général, c'est l'assemblée que Dieu a réunie, composée de tous ceux qui invoquent son nom dans le Christ Jésus. Œuvre du Dieu vivant et tout-puissant, l'Église portera la marque de son auteur et l'on ne pourra s'étonner des privilèges dont il l'honore. On a avancé parfois à ce sujet que Paul n'a été amené que peu à peu à passer de la notion d'Église particulière à celle d'une Église unique, embrassant dans son sein toutes les communautés répandues à travers le monde, gardienne infaillible de la vérité. Ceci n'est que partiellement exact. Dès l'instant de sa conversion, Paul eut la révélation de l'unité de l'Église, corps mystique dont tous les mrmbres s'identifient avec le Christ, Act., ix, 56; xxn, 7-8; xxvi, 14-15; dès le premier moment, il sait que « l'Église de Dieu » est formée « des Églises du Christ », Gai., i, 13, 22, et sa vocation d'apôtre ne lui enseignet-elle pas que l'Église est universelle? Maintenant que les apôtres vont disparaître, il est temps de rassurer le peuple chrétien, en rappelant que l'Église, assistée du Saint-Esprit, sera toujours maîtresse de vérité et de sainteté. Il y a donc progrès dans l'exposition, non dans l'acquisition de la doctrine. Il n'y a pas non plus évolution dans le langage, comme si èxxXvjata n'avait désigné d'abord que des Églises particulières, puisque ce mot figure neuf fois dans l'épître aux Éphésiens, i, 22; m, 10, 21; v, 23, 24, 25, 27, 29, 32, toujours au sens universel.

L'Église est « la colonne et le soutien de la vérité », gtûXoç xal éSpaico(xa t?(ç àX7)6e[aç. Le terme oïxoç qui précède, fait penser à l'office de la colonne dans la maison, ce qui s'accorde au mieux avec éSpaUojjia qui suit. 'ESpalwjjia indique tout ce qui assure la solidité et la durée d'un édifice, fondement, substructions, contrefort, et l'idée introduite par otûXoç est ainsi intensifiée et élargie. La leçon qui se dégage de ces deux expressions est claire. « Colonne et soutien de la vérité », l'Église possède dans leur plénitude les vérités qu'il a plu à Dieu de communiquer aux hommes; elle les conserve sans diminution ni altération. Elle a mis-

sion pour les enseigner et les expliquer selon leur sens véritable et voulu de Dieu. Elle les défend contre toutes les attaques du dehors, contre l'ignorance des uns et la fausse science des autres. Elle n'a pas à craindre non plus les causes intérieures de faiblesse, de corruption ou de désagrégation; soutien inébranlable de la révélation, elle la fait resplendir aux yeux de l'univers. C'est le privilège de V infaillibilité. C'est aussi une promesse de perpétuité : la colonne ne sera jamais renversée, le soutien jamais ébranlé.

Le verset suivant, I Tim., m, 16, qui reproduit une strophe d'un chant liturgique, exalte la dignité et la grandeur de l'Église et explique la raison des privilèges dont Dieu l'a favorisée. La vérité qu'elle annonce au monde a pour objet « le grand mystère de piété », lequel n'est autre que Jésus-Christ, « qui s'est manifesté dans la chair, a été justifié par l'Esprit, s'est montré aux anges, a été prêché aux Gentils, a suscité la foi dans le monde, a eu une ascension glorieuse ». Le mystère de l'incarnation, avec les richesses de piété et de sainteté dont il est la source, ne mérite-til pas d'être soustrait à tous les risques d'erreur par le don de l'infaillibilité accordé à l'Église qui doit le faire connaître au monde?

Bien n'est précisé sur la manière dont s'exercera l'infaillibilité promise à l'Église. L'Esprit, qui dirige l'Église dans son rôle de gardienne de la vérité, lui dictera, selon les circonstances, les mesures à prendre. Aussi bien les Apôtres eux-mêmes, en convoquant un concile à Jérusalem pour décider des questions importantes de foi et de discipline, ont-ils posé un précédent qu'on se fera une règle de suivre.

2. Un autre texte confirme le caractère inébranlable de la foi de l'Église. Invitant Timothée à fuir les discours vains et profanes qui ont amené deux novateurs, Hyménée et Philète à nier la résurrection, ruinant ainsi la foi de plusieurs, Paul ajoute : « Cependant, le fondement divin reste inébranlable, portant ces mots gravés : « Le Seigneur reconnaît les siens », et encore : « Qu'il s'éloigne de l'iniquité celui qui prononce le nom « du Seigneur. » II Tim., n, 19. Ces mots comparent l'Église à un édifice aux puissants fondements, posés par Dieu lui-même. Le fait que Dieu, architecte sage et tout-puissant, a posé les fondements suffit à faire comprendre que l'édifice bâti sur de telles assises défiera la fureur des éléments. D'après le contexte, Paul a surtout en vue l'indéfectibilité doctrinale de l'Église en face des hérésies. Hyménée et Philète, prétendant que la résurrection avait eu déjà lieu, la niaient, en réalité. Ils exagéraient sans doute, en l'appliquant dès maintenant au corps lui-même, «la régénération et le renouvellement » spirituels opérés au baptême. C'était, dès le ier siècle, l'erreur de Ménandre, disciple de Simon le Magicien. Cette doctrine, nous dit saint Paul, était en train de ruiner la foi de plusieurs, frappant exemple de doctrine perverse aux apparences pieuses I Ces défections n'ébranlent pas le fondement divin : l'Église condamne l'hérésie, rejette ses fauteurs, Tit., m, 10-11, et reste fidèle à sa mission de lumière. Mais la déclaration d'indéfectibilité, amenée par ce cas particulier, est générale et s'étend à tous les cas possibles quelles que soient les attaques et sous quelque forme qu'elles se produisent, l'Église demeure inébranlable, infaillible et indéfectible.

Continuant la métaphore du fondement, Paul fait allusion à l'usage ancien de placer dans les fondations des temples et des palais une pierre avec inscription commémorative. Ici, le fondement porte une double inscription gravée au moyen d'un sceau. La première sentence, ëyvw Kûptoç toùç 6Vraç aù-roû, est empruntée textuellement (sauf Kùpioç au lieu de ô 6e6ç)àNum., xvi, 5, d'après les Septante : « Dieu connaît ceux qui sont à lui et qui sont saints. » Ces paroles furent pro-

noncées à propos de Coré, Dathan et Abiron, révoltés contre Aaron et ses fils. Le lendemain, Dieu faisait connaître aux yeux de tout le peuple quels étaient ses élus en ordonnant à la terre d'engloutir les coupables et au feu du ciel de dévorer leurs complices. Num., xvi, 32, 35. La seconde sentence résume d'abord l'ordre donné aux Israélites de se séparer des rebelles, ibid., xvi, 26; puis elle ajoute, d'après Isaïe, xxvi, 13, qu'ainsi doit agir quiconque « invoque le nom du Seigneur ». Ainsi, le Seigneur connaît les siens par le choix qu'il a fait d'eux et la protection dont il les entoure; et la condition pour qu'ils demeurent siens et aient droit à cette providence est de s'éloigner du mal. La première inscription proclame donc que l'Église, composée de ceux que le Seigneur a appelés, est l'œuvre de Dieu, qui la protège et qui la fera connaître pour sienne aux yeux de tous les hommes. La seconde inscription déclare que l'Église a pour caractère essentiel la sainteté et que tous ses membres doivent être saints.

Dans les lignes suivantes, II Tim., n, 20-21, nous passons de l'Église en général aux membres qui la composent. Ils sont comparés à des vases qui contribuent de diverses manières à l'ornementation et au service d'une maison. Ils sont invités à se montrer dignes de leur vocation par leur conduite et, en cas de défaillance, cf. n, 25, à revenir à Dieu par le repentir.

V. Hiérarchie. — L'un des traits les plus nouveaux des Pastorales est de nous renseigner sur le développement de la hiérarchie ecclésiastique : évêques, prêtres, diacres.

1° Évêques. — Nous avons vu col. 1071 sq. que Timothéc à Éphèse et Tite en Crète exercent une autorité qui ressemble beaucoup à celle des évêques dans leurs diocèses. — 1. Ils ont la plénitude du sacerdoce, puisqu'ils ont charge l'un et l'autre de conférer les ordres sacrés dans l'étendue de leur juridiction. A eux revient de consacrer par l'imposition des mains les diacres et les presbytres ou épiscopes. Ces derniers sont tout au moins prêtres. Timothée et Tite, qui leur confèrent le sacerdoce, ont donc comme les évêques de nos jours la plénitude du pouvoir d'ordre. — 2. Ils gouvernent aussi le clergé et les fidèles avec pleine autorité spirituelle. Ils choisissent les aspirants au diaconat et au sacerdoce, en s'assurant qu'ils ont les qualités requises; après l'ordination, à eux encore de stimuler le zèle de clergé, de récompenser les presbytres qui s'acquittent dignement de leurs fonctions, d'examiner le bien-fondé des accusations qui seraient portées contre les membres du clergé et de réprimander au besoin les coupables. — 3. Même autorité à l'égard des fidèles : Timothée et Tite doivent rappeler aux chrétiens leurs devoirs d'état, veiller à la pureté de la doctrine et des mœurs, contrôler l'enseignement que des docteurs sans mission portent jusqu'auscin des familles, excommunier s'il le faut les obstinés. — 4. Comme les pasteurs suprêmes de l'Église sont supérieurs en autorité aux fidèles et au reste du clergé, les vertus que Paul demande d'eux dépassent aussi celles qui sont requises des presbytres-épiscopes : il attend d'eux, à un haut degré, piété, science, prudence, dévouement, désintéressement : I Tim., iv, 6-16; vi, 11- 16; II Tim., i, 6-11; n, 1-16; m, 10-17; iv, 1-5; TH., ii, 7-8.

Il ne manquerait à Timothéc et à Tite pour être évêques au sens habituel du mot et ressembler en tout à ceux des lettres de saint Ignare, que d'exercer leur autorité en leur nom propre et à titre définitif ou permanent sur leur troupeau. Ils apparaissent plutôt comme des délégués de l'Apôtre et < nvoyés seulement pour un temps. Tous deux en effet sont bientôt nippelés auprès de Pau], M Tim , iv, 21; Tit., m, 12. !'• ut être le rappel de Timothée n'était-il que momentané dans la pensée de l'aul : il réclamait une dernière fois

son intime ami en vue de sa fin imminente. II Tim., iv, 18. Saint Chrysostome pense aussi que Paul n'éloignait Tite de son champ d'apostolat en Crète que provisoirement : oùx ànàycùv ocùtov ttjç <ryo\ric, èxstvr)ç, P. G., t. lxii, col. 696; cf. Holzmeistcr, Biblica, 1931, p. 61, n. 1; cependant Tite se rend plus tard en Dalmatic. II Tim., iv, 10.

Ainsi l'épiscopat temporaire de Timothée et de Tite, sous la haute direction de Paul, forme la transition entre les premiers temps, où l'Apôtre continuait de visiter et de gouverner les Églises qu'il avait fondées, et la fin du premier siècle, où s'organisa l'épiscopat indépendant, monarchique et sédentaire que nous voyons fleurir un peu partout au début du IIe siècle et dont les sept Églises de l'Apocalypse, i, 20, nous fournissent, dès 94-96 (cf. Allô, l'Apocalypse, p. cemccx) une sûre attestation.

2° Presbytres et épiscopes. — La question a été traitée à l'art. Évêques, t. v, col. 1656-1701. Nous nous bornerons à étudier les renseignements fournis par les Pastorales : 1. Qualités et fonctions de ces ministres, en général. — 2. Synonymie des deux titres; — 3. Sens précis : épiscopat ou simple presbytérat?

1. Qualités et fonctions. — a) Presbytres : le nom. — Le mot 7rpea6ÔTepoç, « ancien, vieillard », se trouve cinq fois dans les Pastorales. Deux fois, il s'agit simplement de personnes âgées, hommes, I Tim., v, 1, ou femmes, v, 2. Trois fois ce terme désigne des ministres sacrés : I Tim., v, 19 (au singulier); v, 17 et Tit., i, 5 (au pluriel). Le terme 7rpeo6ÛTspoi au sens de fonctionnaires est célèbre déjà dans l'Ancien Testament : cf. Num., xi, 16-17, 27-30; xvi, 25, etc. A l'époque de Notre-Seigneur, les communautés juives avaient à leur tête un conseil d'anciens, souvent appelé yspouorta, dont les membres portaient le nom de presbytres. Dans le monde païen, et spécialement en Egypte, ce titre s'appliquait tantôt à des magistrats civils, tantôt à des prêtres ou officiers à attributions religieuses. Le nom de presbytre, malgré son sens original, désignait la fonction, non l'âge. Les 7tpea- 6ûxepoi ou membres de la yepouota n'étaient pas des magistrats proprement dits, et ils étaient trop nombreux pour qu'on crût devoir en faire mention. Cf. Schttrer, Geschichte..., t. m, p. 85; Frey, Les communautés juives à Rome aux premiers temps de l'Église, dans Recherches de science religieuse, t. xx, 1930, p. 269-297; t. xxi, 1931, p. 129-168. On ne peut guère douter que ce nom, dans le Nouveau Testament, ne soit d'origine biblique et juive.

b) Fonctions. — Mgr Batifîol, à la suite du P. de Smedt, ne voit dans le presbytérat primitif qu'un titre d'honneur, ne conférant ni ordre ni juridiction : « Nous sommes, nous prêtres, les successeurs des épiscopes primitifs et non des presbytres. » Éludes d'histoire et de théologie positive, 5e éd., 1907, p. 264. Il put en être ainsi tout à fait au début ; mais nul doute que les presbytres des Pastorales ne soient des dignitaires ecclésiastiques. Rien que le mot ne se rencontre pas dans les premières épîtres pauliniennes, nous savons que, dès sa première mission, yen 45-47, l'Apôtre eut soin, avec Barnabe, d'établir des presbytres dans les Églises qu'ils venaient de fonder, à I.ystres, à Iconium et à Antioehe. Act., xiv, 21-23. L'institution se fait par l'Imposition des mains, yeipoTovrjoavrEÇ aÙToïç 7Tpea6uT£pouç. Le îôle de ces presbytres est avant tout d'assurer le service religieux de la conimuuauté. I.e discours de Paul, Act., xx, 18-35, nous m mène à Éphèse, vers l'an 56-57. une dizaine d'années avant la date de la première à Timothée. Ayant convoqué à Milt t les anciens, rpeaGurépouç, de l'Église d'Kphèse, l'aul leur dit : • Veillez sur vous et sur tout le troupeau, sur lequel le Saint K prit vous :i établis

épiscopes, èsciaxé-nrouç, avec la charge de paître l'Église de Dieu qu'il s'est acquise par son sang », 7ioi[j.aCveiv tt)v èxxXTjCÎav toû 6eoû. Entre autres devoirs, Paul leur recommande la vigilance à préserver les fidèles des fausses doctrines. Avec le pain de la parole divine, les pasteurs nourriront aussi leur troupeau du pain eucharistique, car les chrétiens avaient coutume de se réunir le premier jour de la semaine pour la fraction du pain, comme l'attestent les versets précédents, xx, 7. Les fonctions des presbytres sont donc assimilables tout au moins à celles du clergé de nos jours dans les paroisses. Nous verrons plus loin s'il y a lieu de leur reconnaître un pouvoir supérieur. Dans le même esprit, Paul recommande à ses deux fondés de pouvoirs de choisir pour presbytres des hommes instruits. I Tim., v, 17-22; Tit., i, 5-10. Deux autres textes nous apprennent que les presbytres président, irpoECTTcàTeç, et qu'ils enseignent. I Tim., v, 17; Tit., i, 9.

c) Épiscopes : sens et origine du mot. — Étymologiquement, è7ÛaxoT:oç signifie « surveillant, inspecteur ». Pour l'emploi de ce mot dans la littérature profane, voir ici t. v, col. 1658-1659. Il résulte des textes que le titre d'ÈTcîoxoTCoç, surtout dans les inscriptions, se donne soit à des employés civils, soit à des magistrats chargés de divers travaux dans les temples. Même variété dans le grec des Septante, où il répond à l'hébreu paqid. Il se dit de Dieu, rîjç xapSîccç ÈTctaxo-nroç. Sap., i, 6; cf. Job, xxvm, 29. Il désigne parfois des chefs militaires ou civils, Num., xxxi, 12; Jud., ix, 28; Neh., xi, 9; I Mach., i, 53, et plus souvent des magistrats sacrés, prêtres ou lévites. IVReg., xi, 10; II Par., xxxiv, 12, 17; Neh., xi, 14, 22, £77Îoy.o7roç Aeuitwv. Au terme Imoy.oTzoç est apparenté celui de è7riaxo7rYj qui, très rare dans le grec profane, est au contraire fréquent dans l'Ancien Testament, ordinairement au sens de visite ou inspection divine pour bénir ou châtier, et deux fois, Ps., cvm, 8; Num., iv, 16, au sens d'office stable de surveillance. Dans le Nouveau Testament, il signifie deux fois la visite bienveillante de Dieu, Luc, xix, 44; I Petr., n, 12, et deux fois un office permanent, celui qui avait été confié à Judas, Act., i, 20, cf. Ps., cvm, 8, et celui que remplit l'épiscope des Pastorales. I Tim., m, 1. 'Emcxoiroûv « inspecter, examiner », ne se rencontre que deux fois, dans le Nouveau Testament, une fois au sens de cavere, Hebr., xn, 15, et une autre fois pour marquer l'office des presbytres. I Petr., v, 2. Le verbe ÈTCioxsTtTojjLœi exprime dans l'Ancien Testament la surveillance divine s'exerçant par le châtiment ou la récompense; dans le Nouveau Testament, tantôt la « visite » bienveillante de Dieu ou des hommes, tantôt une charge d'inspection : la surveillance des tables, Act., vu, 3; une tournée apostolique. Act., xv, 36. — En somme, vu la fréquence dans l'Ancien Testament de èttÎcxotvoç et de èTCioxoTTY), on inclinerait à penser que l'emploi ecclésiastique de èmcxoTCoç a son origine dans la Bible, bien que les inscriptions en fassent aussi usage.

d) Épiscopes : leurs fonctions. — Le titre de è-rc'.axoTCoç, avons-nous dit, paraît être d'origine biblique. En tout cas, du fait que les èn;[ffxo7Toi des temples païens sont souvent chargés de la gestion des finances, on n'est nullement en droit de conclure que les épiscopes chrétiens étaient simplement à l'origine des économes chargés de l'administration des biens de la communauté. S'ils ont à veiller aux intérêts temporels de l'Église, s'ils doivent être « hospitaliers, désintéressés de l'argent », I Tim., m, 2-3, si Épaphrodite est chargé de porter à saint Paul les aumônes des Philippiens, ce rôle administratif demeura cependant au second plan. Leurs fonctions sont avant tout spirituelles. C'est à la qualité d'sriîcrxoTroi que le discours aux anciens d'Éphèse, Act., xx, 28, rattache direc-

tement le devoir de « paître l'Église de Dieu ». Il en est de même dans les Pastorales. On choisira pour épiscope un homme capable d'enseigner, SiSaxTixiç, I Tim., m, 2, dont les vertus personnelles et familiales permettent d'espérer qu'il saura gouverner l'Église de Dieu en donnant à tous le bon exemple. L'épiscope est « l'économe de Dieu », c'est-à-dire son ministre et le dispensateur de ses mystères. Tit., I, 7-10; cf. I Cor., iv, 1 ; I Petr., iv, 10; « gardien de la vraie doctrine qui lui a été enseignée, il doit être capable d'exhorter les fidèles dans la saine doctrine et de convaincre les contradicteurs ».

c) Qualités requises des presbytres et des épiscopes. — Les qualités morales que doivent réunir les dignitaires préposés au gouvernement des Églises sont exposées en détail par l'Apôtre, d'abord dans I Tim., où il est parlé seulement de l'épiscope, m, 1-7, puis dans Tit., i, 5-9, où le nom d'épiscope (7-9) succède à celui de presbytre (5-6) comme s'il s'agissait toujours des mêmes personnages. Nous constatons la plus grande ressemblance entre les deux tableaux. L'énumération commence par le même titre général : Set tgv èmaxoTCov àveTtîX7)[XTCTOv eïvai, I Tim., ni, 2, ou àvÉYxX7)TOv, Tit., i, 7; qui reprend I, 6, et se poursuit de part et d'autre par un nombre égal de vertus ou de conditions. La Vulgate a dans lapremière liste le terme pudicum, qui n'est pas dans le grec. En comparant entre elles les qualités ainsi énumérées, on reconnaît que, malgré quelques différences d'expressions, elles sont au fond identiques. La seule différence sensible consiste dans la prohibition faite à Timothée d'ordonner pour épiscope un néophyte, ni, 6, de crainte qu'un tel honneur ne le porte à l'orgueil.

Ainsi Paul demande des aspirants presbytres ou épiscopes une conduite irréprochable, qui leur concilie le respect des païens aussi bien que des chrétiens ; la prudence et la sagesse nécessaires pour gouverner l'Église, garanties par le bon ordre qu'ils auront fait régner dans leur propre famille; l'esprit de douceur, la charité, l'hospitalité, vertus chrétiennes par excellence et si aptes à gagner les cœurs; le désintéressement des biens de la terre et le zèle des âmes, la tempérance et la pureté; la piété envers Dieu; une foi éclairée et savante, capable d'instruire les fidèles et de réfuter les adversaires II est bien remarquable que la première de toutes les conditions exigées de l'épiscope, I Tim., in, 2, comme du presbytre, Tit., i, 6, soit de n'avoir été marié qu'une fois, ulaç "fova.ix.bc fivSpa.

Plusieurs critiques hétérodoxes estiment que le niveau des vertus « épiscopales » présenté dans ces pages est peu élevé et dépasse à peine l'honnêteté moyenne Ils expliquent ce défaut d'idéal en disant que l'auteur des Pastorales aurait utilisé des lieux communs de morale populaire répandus par les philosophes stoïciens dans leurs n diatribes », par les rhéteurs dans leurs oraisons funèbres, par les auteurs d'épithalames et d'épitaphes. Cf. K. Weidinger, Die Haustafeln, ein Stûck urchristlicher Parânese, Leipzig, 1928. Mais cette théorie méconnaît d'abord, d'une manière générale, l'idéal chrétien qui, en donnant aux vertus les mêmes noms que les païens, les élève, par la volonté et l'exemple du Christ, à une hauteur que le paganisme soupçonnait à peine. En outre, Weidinger se méprend singulièrement sur la pensée de Paul en disant que « mari d'une seule femme » signifie « non polygame ». Cette opinion est celle de beaucoup d'auteurs juifs et protestants. Selon le Docteur Rabbinowiez, Législation civile du Thalmud, t. iv, Paris, 1879, p. xi.vii-xlviii, Paul appliquerait aux évêques et aux diacres la loi juive traditionnelle qui défendait au grand prêtre de Jérusalem la polygamie : « Il en résulte que saint Paul permettait la polygamie aux chrétiens qui n'étaient ni évêques, ni diacres. » D'autres con-

cluent de ces paroles que la polygamie, quoiqu'interdite aux chrétiens, était trop souvent pratiquée. Cf. Jûlichcr, Einleitung..., p. 167.

Opinion bien surprenante! La condition exigée pour le presbytre ou le diacre d'être unius uxoris vir trouve son parallèle dans la nécessité pour la veuve admise au nombre des diaconesses d'être restée unius viri uxor. Or, dans les inscriptions païennes et juives du commencement de notre ère, le terme [i.6vav8poç ou univira fait l'éloge de la femme qui est restée auprès de son premier mari, sans avoir voulu profiter des facilités que lui donnaient la législation et les mœurs pour divorcer et contracter une nouvelle union. Cf. J.-B. Frey, La signification des termes (i.6vocv8poç et univira, dans Recherches de science religieuse, t. xx, 1930, p. 28- 60. Pour saint Paul qui n'admettait pas le divorce, la « femme d'un seul mari » est donc celle qui ne s'est pas remariée, soit en divorçant, soit après la mort de son premier époux. De même, le « mari d'une seule femme » est celui qui n'a contracté qu'un seul mariage.

2. Presbytres et épiscopes : synonymie. — Les textes que nous avons rencontrés jusqu'ici donnent déjà l'impression qu'il n'y a pas de différence réelle entre les presbytres et les épiscopes et que l'une et l'autre désignation s'applique tour à tour aux mêmes personnages; sans supposer chez les uns une dignité, des fonctions ou des qualités qui n'appartiendraient pas aux autres. Une étude plus attentive confirme cette identité.

Elle est clairement indiquée dans le discours que, selon les Actes, xx, 17-28, Paul adresse aux presbyties d'Éphèse qu'il a fait venir à Milet et à qui il dit que l'Esprit, les a établis épiscopes, pour paître l'Église <l" Dieu, f. 28. Saint Pierre tient le même langage: à tous les presbytres d'Asie : « Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, en remplissant le rôle d'épiscopes », èTricrxoTCOÛVTeç. I Petr., v, 1-2. Or, dans la lettre a Tile, i, 5-7, il y a même rapport entre presbytérat et épiscopat que dans le discours de Milet. « Je t'ai laissé en Crète... pour établir des presbytres dans toutes les villes »; le sujet choisi doit être irréprochable, « car il faut que l'épiscope, en qualité de ministre de Dieu soit irréprochable •, f. 7. Ainsi tout presbytre est épiscope. Sans cette identité, le raisonnement manquerait à toute logique.

La même conclusion ressort de divers détails. — a) Nous ne trouvons jamais mentionnés ensemble « les presbytres et les épiscopes », ce qui supposerait entre eux une distinction. Dans l'adresse aux Philippiens, i, 1 , Paul salue « les épiscopes et les diacres •. Le silence sur les presbytres montre qu'ils sont inclus dans le premier vocable. — b) Dans ses recommandations à Timothée au sujet de la hiérarchie, Paul passe des épiscopes, I Tim., III, 1-7 aux diacres, 8-10, puis aux diaconesses, ni, 11, et il revient aux diacres, m, 12-13, sans dire un mot des presbytre». Nous savons cependant qu'ils étaient nombreux à Ephèse. C'est donc qu'en parlant des épiscopes il parle aussi en réalité des presbytres. — c) La constatation inverse, non moins frappante, s'impose pour I Tim., v, 17-22. Paul, qui a réglé auparavant, m, 7-13, le choix des ministres, s'occupe maintenant de leur conduite : • Les presbytresprésidents qui s'acquittent bien de leur charge, oi xaXcoç rpoeoTcÔTeç Trpeo-6'JTepot, méritent deux fois plus d'égards surtout ceux qui exercent le ministère fetlganl <le la parole et de l'enseignement. • Ce texte met en relief une double fonction des presbytres : ils pré Ident et ils enseignent. Ils président les assemblées religi' uses; ils pré ident aussi, d'une manière générale, appliquant au gouvernement des fidèles. En entre, i<s presbytres enseignent. • Parmi les preebynoti Bardy, /</ Smlntt M bit, t. xn, p. 28K, il y en a qui travaillent dans la prédication et l'enseigne-

ment : on ne nous dit pas ce que font les autres. » Peut-être cette distinction est-elle trop subtile. D'après la tournure de la phrase, tous président et tous exercent le ministère de la prédication et de l'enseignement, et ce ministère est l'une des manières de présider; mais quelques-unes se distinguent et méritent davantage la reconnaissance des fidèles. La double tiu.7) dont parle ici l'Apôtre ne paraît pas être une double rétribution en argent ou en nature, car la communauté satisfaisait sans doute abondamment aux besoins de ses ministres, mais un nouveau droit aux égards et à la reconnaissance de la communauté qui pourvoit à leur entretien. Cf. Ad. von Harnack, Die Mission und Ausbreitung des Christentums..., 4e éd., Leipzig, 1923, t. i, p. 183. Après les encouragements aux presbytres qui ont bien mérité de la communauté, Paul envisage la conduite à tenir en cas de défaillance. S'il s'élève des accusations contre un presbytre, on ne les accueillera que sur bonnes preuves. Timothée reprendra publiquement les coupables en présence des autres presbytres, pour que cette correction serve d'avertissement à tous. Chose remarquable : dans la section précédente, I Tim., m, 1-7, où il s'agissait du choix et des qualités des dignitaires ecclésiastiques, Paul n'a employé que le nom d'épiscopes; dans celle-ci, v, 17-22, où il s'agit des sanctions, nous ne trouvons que celui de presbytres. Manifestement cependant ces deux sections forment les deux parties d'un seul et même sujet. Impossible d'expliquer cette alternance des noms, si presbytres et épiscopes ne sont en réalité les mêmes personnages.

Objections. — Plusieurs exégètes croient cependant découvrir une nuance dans l'emploi qui est fait des deux vocables. — a) « Il est à remarquer que (dans les Pastorales) il est toujours parlé de Vènlcxonoc, au singulier et des 7rpeo6ÙTSpoi au pluriel. Cette distinction indique peut-être que parmi les 7rpe<r6ÛTepoi, il en était un qui recevait le nom d'èTÛoxoTroç et avait une charge spéciale. » Jacquier, Histoire des liores du Nouveau Testament, 6e éd., 1906, t. i, p. 379. F.-H. Hesse insiste, Die Entstehung der Hirlenbriefe, p. 316 : l'on trouve toujours le pluriel pour les presbytres et les diacres, toujours le singulier pour l'épiscope. De même I. Felten, Theologische Revue, t. xiv, 1915, p. 168.

Notons d'abord qu'il n'est pas toujours question de 7tpeo6ÙTepoi au pluriel; on trouve au moins deux fois le singulier, I Tim., v, 19, et Tit., i, 6, où le discours passe du pluriel, TtpecrSuTépouç, i, 5, au singulier, eï -dç èanv àveYxXTrjToç. Ensuite, le singulier èrlaxoTCoç, qui ne se trouve que deux fois, est amené chaque fois parla formulée? tiç de la phrase qui précède : ITim., m, 1, eï tiç lm(TY.OTCTlç) àç>hyz-nt.i ; Tit., i, 6, eï tlç èoTiv... Dans ce dernier cas en particulier, le mécanisme est visible : on a parlé des presbytres au pluriel; on continue en disant et tiç, qui s'applique à tous et à chacun, et cet eï tiç amène la mention de l'épiscope au singulier. Il est clair que cette manière de parler peut viser une pluralité : cf. I Tim., m, 5; v, 4,el 8é tiç X'hp'** •*■ veuves, v, 8 et 16, les parents et parentes des veuves; vi, 3, les faux docteurs. En outre, èTïtoxorcoi est au pluriel dans d< ux autres ttxtes de saint Paul. Il salue les fidèles de l'hilippes, <xjv ImayAnoïc, xal Siax^voiç, Phil., I, 1 ; les épiscopes de Philippe forment donc un groupe plus OH moins nombreux, comme celui de. diacres. Il exhorte les presbytres d'Éphèse, disant : « Le Saint-Esprit vous a établis eTd<TX07rooç... », Act., xx, 28; il y a dont autant d'épiscopes que de presbytres. Cette pluralité d"s épteeopoa ne pernu I pas de regarder le titre d'épisropes comme réservé au chef Inique de la communauté.

b) Le P. Prado, avec plusieurs théologiens, allègue

l'autorité du concile de Trente qui s'appuie sur le texte des Actes, xx, 28, pour prouver que les évoques sont d'institution divine : Posilos,sicut idem Apostolus ait, a Spiritu Sancto regere ecclesiam Dei. Sess. xxiii, c. iv. Mais cette manière de citer n'équivaut nullement à une déclaration authentique du sens précis que Paul attache dans ce passage au terme èiuaxÔTrooç. Il n'est même pas sûr que les Pères, comme croit le P. Prado, nous livrent sur ce point leur exégèse personnelle, car, d'après les Actes du concile, t. ix, p. 107 et 227-241, la rédaction définitive fut précédée de projets où ne figurait pas la citation, et de. propositions qui l'appliquaient aux simples prêtres. Cf. Holzmeister, Biblica, 1931, p. 65-66. Les Pères ont pu penser que, si le Saint-Esprit, selon les paroles de l'Apôtre, a institué les simples prêtres, à plus forte raison ces paroles sont-elles vraies des évêques, qui ont la plénitude du sacerdoce et gouvernent les prêtres eux-mêmes, alors même que l'Apôtre ne l'affirmerait pas expressément en cet endroit.

Il faut donc conclure que, dans les Pastorales et les autres écrits ou discours de Paul, les titres de « presbytre » et d' « épiscope », Act., xx, 28; Phil., i, 1; I Tim., m, 2; Tit., i, 7, se donnent indifféremment aux mêmes dignitaires ecclésiastiques. Le nom d'épiscope ne se retrouve pas ailleurs dans le Nouveau Testament, sinon une fois sous la plume de saint Pierre félicitant ses lecteurs d'être venus à Jésus-Christ, le pasteur et l'évêque de vos âmes, tov 7roiuiv<x xal è7dffxo7tov twv 4<ux£>v ûu,oiv. I Petr., ii, 25.

3. Presbytres et épiscopes : nature de leurs fonctions. — Presbytres et épiscopes ont pour fonction de paître « l'Église de Dieu », c'est-à-dire de diriger, d'instruire et de gouverner le peuple fidèle, en même temps que de célébrer les saints mystères. Mais ces attributions générales leur étant reconnues, exégètes et théologiens se posent encore la question : ces dignitaires sont-ils tous évêques, au sens actuel du mot, ou tous simples prêtres ou encore les uns prêtres et les autres évêques? Ces trois opinions ont chacune leurs partisans.

La troisième se présente sous trois formes. — a) Quelques auteurs pensent que épiscopes se dit des seuls évêques, tandis que presbytres se dirait habituellement des simples prêtres et parfois des évêques. Ainsi saint Épiphanc, Hœr., lxxv, P. G., t. xx.il, col. 509; Estius, In Ep. ad Phil., i, 1; Franzelin, Thèses de Ecclesia Chrisli, Rome, 1887, p. 282-295. — b) Plusieurs admettent un flottement plus large, en vertu duquel ènlay-onoi pourrait s'appliquer à de simples prêtres et TTp£o6i!)Tepoi à des évêques. S. Jean Chrysostome, sur Phil., i, 1, P. G., t. lxii, col. 183; S. Thomas, IIa-II", q. clxxxiv, a. 6, ad lam; Cornélius a Lapide, sur Phil., i, 1 ; Knabenbauer. — c) Un certain nombre entendent èitisxÔTtouç au sens d'évêques dans le seul texte des Actes xx, 28; ailleurs, épiscopes et presbytres seraient de simples prêtres. Cf. J. Bover, Estudios ecclesiasticos, t. n, 1923, p. 213-217; 1928, p. 258; J. Prado, Prœlectiones biblicœ, n. 6, t. n, p. 66-69; Chr. Pesch, etc. Les théories d'après lesquelles les termes de presbytres et d'épiscopes désigneraient tantôt des prêtres et tantôt des évêques ont pour point commun de supposer une différence réelle de signification entre sTTÎoxoTtoi et Trpe<r6ÛTepoi. Comme tous les textes de Paul et des Pastorales, que nous avons déjà examinés, nous paraissent établir l'entière synonymie des deux vocables, il n'y a pas lieu d'insister de nouveau.

Ce résultat étant acquis, le problème se ramène à cette alternative : les presbytres-épiscopes sont-ils seulement prêtres, ou sont-ils tous évêques? Dans l'exposé des opinions, nous tiendrons compte surtout des ouvrages parus depuis 1913, renvoyant pour les travaux antérieurs à l'art. Évêques, t. v, col. 1658- 1701. Beaucoup de savants catholiques se prononcent

résolument pour le simple presbytérat. : P. Prat, ici, t. v, col. 1659, et Théologie de S. Paul, 10* éd., 1925, t. n, p. 371; Fouard, Saint Paul, ses dernières années, 11« éd., Paris, 1920, p. 251-252; U. Holzmcister, Si quis episcopatum desiderat, bonum opus desiderat, dans Biblica, 1931, p. 141-169, N. Simon, Prœlectiones, 1" éd., 1922, n. 12, p. 27; A. Steinmann, Die Apostelgeschichte, 2e éd., Bonn, 1921, p. 179; A. Camerlynck, Comm. in Actus Ap., Ie éd., Bruges, 1923, p. 340-342. D'autres estiment cette interprétation préférable : Lusseau et Collomb, La hiérarchie ecclésiastique dans les communautés pauliniennes, dans Manuel d'études bibliques, t. v b, 1931, p. 153-173; M. d'Hcrbigny, Theologica de Ecclesia, Paris, 1921, t. ii, p. 268; E. Ruffini, La gerarchia délia Chiesa negli Atti degli Apostoli e nelle leltere di S. Paolo, dans Lateranum, 1921, p. 76-81. — Plusieurs auteurs cependant, à la suite de Petau, ainsi Perrone, De ordine, c. m, n. 104, Duchesne, Hist. ancienne de l'Église, Batiffol, Études d'hist. et de théologie positive, 6e éd., Paris, 1920, p. 225-280, pensent que ces dignitaires ecclésiastiques étaient tous évêques. Pour plus de précision, rappelons que les évêques se distinguent des prêtres par un double pouvoir : le pouvoir d'ordre, qui leur permet de conférer le sacerdoce; et le pouvoir de juridiction, qui fait de l'évêque le chef spirituel, ayant autorité sur les prêtres et sur les fidèles. Dès le temps de l'Apocalypse et des lettres d'Ignace d'Antioche, l'évêque est seul à la tête de la communauté, comme dans les diocèses d'aujourd'hui: c'est l'épiscopat unitaire et monarchique. On pourrait cependant concevoir un évêque possédant la plénitude du sacerdoce mais ne jouissant que d'une juridiction très limitée; ou encore plusieurs évêques gouvernant ensemble et à titre égal leur Église sous la présidence d'honneur de l'un d'entre eux (épiscopat plural ou collégial). Quelle est donc la situation qui se reflète dans les Pastorales et les autres lettres de Paul?

a) Les presbytres-épiscopes simples prêtres. — Le P. Holzmcister fait valoir avec force, Biblica, 1931, p. 58-64, les motifs de ne voir dans les presbytresépiscopes que de simples prêtres. — a. Commençons par l'épître à Tite. Celui-ci est chargé d'en établir dans les villes de Crète partout où des chrétientés viennent d'être fondées ou sont en train de se fonder; de simples prêtres suffiraient. Dès lors, il en faut dire autant des épiscopes-presbytres d'Éphèse, I Tim., m, 1-7. — Nous reconnaissons que, du vivant de l'Apôtre ces ministres n'avaient pas besoin, pour gouverner leurs jeunes Églises, de toute l'autorité qu'auront plus tard les évêques « monarchiques ». Paul ne se réservait pas seulement le règlement des affaires importantes : il exerçait, par lui-même ou par ses délégués, une direction toujours vigilante et active. Mais pourquoi les presbytres n'auraient-ils pas eu la plénitude du sacerdoce? Quel avantage pour la rapide propagation de l'Évangile si ces presbytres-épiscopes, dont le zèle conquérant pouvait gagner d'autre* cités, étaient en état de donner aussi des prêtres aux nouveaux convertis !

b. Les qualités exigées des presbytres-épiscopes, observe-t-on encore, ibid., p. 59, sont bien loin de celles que Paul requiert de Tite et de Timothée. — Sans doute ; mais comment s'en étonner? Ils n'avaient ni la même juridiction ni les mêmes responsabilités.

c. Si Tite et Timothée avaient établi partout des évêques, ils auraient eu eux-mêmes rang d'archevêques : Fuissent jam melropolitse seu archiepiscopi; or, pareille dignité n'apparut que des siècles plus tard. Ibid., p. 60. — Il faut s'entendre : métropolites ou archevêques par délégation apostolique, ils auraient eu momentanément sous leur dépendance des évêques dont la juridiction très limitée ne ressemblait

nullement à celle de l'épiscopat unitaire et monarchique des âges suivants. On ne voit à cela aucun inconvénient.

d. On dit encore que le simple caractère sacerdotal chez les presbytres-épiscopes ménagerait les transitions et le progrès : d'abord de simples prêtres, appelés presbytres, Act., xiv, 23, ou 7rpofeTâfievot., I Thess., v, 12; Rom., xn, 8, ou higoumènes, Hebr., xni, 7; puis, à Philippes, un chef unique, Épaphrodite, auquel Paul paraît confier une part plus large de son autorité, Phil., n, 18-23; 25-30; plus tard, en Crète et à Éphèse, deux délégués qui ont déjà tous les pouvoirs épiscopauxet qui sont, avec Jacques le Mineur a Jérusalem, les seuls exemples certains d'épiscopat semblable à celui de nos jours; enfin, au terme du développement, quand les apôtres ont disparu, la hiérarchie à trois degrés, avec l'évêque sui juris, monarchique et permanent. Ibid., p. 61-63. — Cette marche progressive, dans les Églises de Paul, paraît en effet conforme aux textes comme à la nature des choses. Mais elle ne regarde que l'exercice de la juridiction individuelle et indépendante de la part des dignitaires ecclésiastiques; elle paraît parfaitement compatible avec une organisation collégiale primitive où le clergé de chaque cité aurait joui des pleins pouvoirs sacerdotaux.

e. Les presbytres-épiscopes, ajoute-t-on, n'avaient qu'une juridiction très limitée. — Encore une fois, on ne voit pas pourquoi une juridiction limitée empêcherait la plénitude du pouvoir d'ordre. Celle-ci d'ailleurs était elle-même restreinte dans son exercice : il n'appartenait pas aux presbytres-épiscopes de faire à leur gré des ordinations. Mais pourquoi les apôtres ne se seraient-ils pas entourés dès le début, dans les Églises qu'ils fondaient, d'une couronne de prêtres du plus haut degré, qui auraient impose avec eux les mains aux nouveaux candidats et qui, au besoin, auraient pu être délégués pour des cas particuliers?

/. Un dernier argument se tirerait d'après Holzmeister, ibid., p. 64, de l'ordination épiscopale de Timothée lui-mèmi'. Celle-ci aurait eu lieu seulement quand ce disciple fut préposé à l'Église d'Éphèse : des prophètes le désignèrent pour ce ministère. I Tim., I, 18; cf. iv, 14, Paul lui imposa les mains, II Tim.,i, 6, assisté de tous les presbytres, t6 7rpeff6uTépiov, I Tim., iv, 14, et Timothée émit en cette circonstance « la belle prof'ssion de foi » dont Paul le félicite, I Tim., vi, 12. L'expression to TCpeoêurépiov, avec l'article, ne désigne-t-e!le pas naturellement les presbytres dont Timothée est le chef, v, 19. — Au fait, les exégètes sont loin de s'accorder sur la détermination des circonstances historiques auxquelles se réfèrent ces divers textes, et il est bien difficile de croire que Paul ait al tendu jusqu'à l'an 65, deux ans avant sa mort et près de vingt après l'ordination sacerdotale de Timothée, pour conférer les pleins pouvoirs d'ordre à ce compagnon de toute sa carrière apostolique.

b) Les presbytres-épiscopes investis des pouvoirs épiscopaux. — Ainsi, les raisons mises en avant pour réduire les presbytres-épiscopes au rang de simples prêtres paraissent de peu de poids et n'ont rien de convaincant, qu'on les pèse ('parement, OU toutes ensemble. — a. Le principal argument se tire du silence des textes, qui rte présentent aueun cas certain de l'exercice du pouvoir d'ordination par les presfcy* éplscopes. Mai: les tixt.s sonl si peu nombreux 't il se préoccupent si peu de fournir ries renseignements complets que ce silence n'a pas lieu d'étonner et ne saurait à lui seul servir de preuve.

b. A défaut de certitude, certains textes offrent une

ie probabilité. Paul écrit à Timothée, I Tim..

iv, 1 I : « Ne néglige pas la grâce qui est en toi, qui t'a

été donnée par prophétie, avec imposition des mains

du presbyterium ■ On a proposé bien des Interpréta

tions de ce texte. Pour ne parler que des principales, cette grâce, xâpic!i.<x, serait ou le baptême, ou l'ordination sacerdotale, ou l'ordination épiscopale, ou l'une et l'autre à la fois. La première opinion manque d'appui. Il s'agit donc de la promotion de Timothée au sacerdoce ou à l'épiscopat. Tous les presbytres, tô 7rpea6uTÉpiov, ont pris part à l'ordination en imposant les mains à Timothée et, d'après le sens nature! de la phrase, c'est par cette imposition des mains que la grâce sacerdotale lui a été accordée. Tous ces presbytres avaient donc le pouvoir épiscopal d'ordination. Il est vrai que, dans II Tim., i, 6, l'Apôtre, se référant sans doute à la même circonstance, s'exprime en termes un peu différents. « Je te rappelle de raviver la grâce de Dieu, qui est en toi par l'imposition de mes mains. » Il est facile cependant d'accorder les deux récits. Paul présidait la cérémonie et il peut, à titre d'apôtre et de chef du presbyterium, s'attribuer la part principale dans la collation de la grâce, à laquelle tous contribuèrent en étendant comme lui les mains sur le candidat. Beaucoup de commentateurs entendent que Paul fut en réalité le seul consécrateur : l'imposition des mains de la part des presbytres n'aurait été, comme celle des prêtres dans les ordinations de nos jours, qu'un geste d'invocation et de prière, non un acte sacramentel. Ce serait possible. Ce n'est pas pourtant le sens naturel, car I Tim., iv, 14 affirme la collation de la grâce par l'imposition des mains du presbyterium aussi fortement que I Tim., i, 6 par les mains de Paul. Le geste des presbytres et celui de Paul furent ensemble une seule et même cause efficace de la grâce. Les presbytres jouissaient donc du pouvoir épiscopal d'ordre.

c. Beaucoup de catholiques pensent que tous les ordres, épiscopat compris, furent conférés à Paul et à Barnabe par les prophètes et docteurs de l'Église d'Antioche. Act., xm, 1-3. Ainsi saint Jean Chrysostome, saint Léon le Grand, Salmeron, Patrizzi, Knabenbauer, Prat, Fouard, Michiels, J. Coppens. Voir ici l'art: Ordre, t. xi. col. 1238. Il suivrait de là que le pouvoir d'ordre, loin d'être restreint aux seuls apôtres, aurait été assez répandu.

d. On s'est demandé comment saint Paul déclare bon et digne d'approbation (fidelis sermo) le désir de l'épiscopat, alors que les Pères et docteurs chrétiens s'accordent à le considérer comme entaché d'orgueil et de présomption. Saint Augustin, expliquant ce texte, dit nettement : Non hoc docuit, ut ambiamus episcopatum. G. Morin, Revue bênéd., t. xxxm, 1913, p. 178. La solution est facile, observe Holzmeister, si les épiscopes dont parle saint Paul n'étaient que de simples prêtres. Elle est tout aussi simple, peut-on dire, si les presbytres-épiscopes avaient les pouvoirs sacerdotaux de l'évoque, sans les honneurs et l'autorité de l'épiscopat unitaire et monarchique. Du vivant de l'apôtre, la juridiction du presbytre-épiscope, même s'il étail seul à la tête des chrétiens de sa cité, ne dépassait guère celle du curé de nos jours dans sa paroisse; à plus forte rai on élait-cHe loin d'offrir US appât, à l'ambition quand elle était exercée, comme à Philippe! ou à Éphèse, par un collège de presbytres dont nul n'avait la prééminence sur les autres.

e. Il n'est pas inutile de noter que seule de toutes les hypothèses proposées, celle des presbytres epi ■ copes à pleins pouvoirs sacerdotaux satisfait à la foil l'exégèse du discours des Actes et h sens que le concile de Trente attribue aux paroles de saint Paul, posséder encore une juridiction compléta et Indépendante, les ministres sacré', auxquels l'Apôtre s'; d, sont évéques par la plénitude de l'ordre, jointe à l'an torité rériie dont l<- Saint E prit les a Investis sur

l'Église (le I)i,n.

/. Nous n'avons ptflrf dis pn l>\t'( 'pi COpeS

que d'après les Pastorales et dans les Églises fondées par saint Paul. Mais certains faits de l'histoire ecclésiastique ancienne s'expliqueraient au mieux en admettant un état de choses semblable dans plusieurs Églises, à une époque voisine des temps apostoliques, en particulier à Alexandrie et dans FAdiabène. La « chronique d'Arbèles », découverte en 1907 (cf. Ad. von Harnack, Die Chronik von Arbela, dans Die Mission und Ausbreitung..., 1923, t. h, p. 683-689), a utilisé des documents très anciens pour l'histoire des Églises d'Orient au xir3 et me siècles et dit que la cité d'Arbèles, capitale de FAdiabène, fut gouvernée de Fan 100 à l'an 150 ou 160, par des évêques, assistés seulement de diacres, parmi lesquels chacun d'eux choisissait et consacrait son successeur. Les premiers prêtres n'apparaissent qu'avec le cinquième évêque, Noé, contemporain de Marc-Aurèle, qui « ordonna beaucoup de prêtres et de diacres ». Survivance peutêtre d'une époque ou le clergé de certaines Églises se composait de diacres et de prêtres à pouvoir épiscopal. Au témoignage de saint Jérôme, Epist., cxlvi, P. L., t. xxii, col. 1192 sq., et In TH., t. xxvi, col. 562, corroboré par d'autres documents, Févêque d'Alexandrie, depuis le temps de saint Marc, était élu par les prêtres de la ville, qui choisissaient toujours l'un d'entre eux et l'installaient dans sa charge sans qu'il fût besoin d'ordination. Au dire d'Eutychius, patriarche d'Alexandrie (933-940), les prêtres se contentaient d'imposer les mains à l'élu; et il en fut ainsi depuis l'évangéliste saint Marc, jusqu'au jour ou le concile de Nicée régla que tout évêque serait institué par les évêques de sa province. L'illustre Église d'Alexandrie garda ainsi pendant des siècles l'ancien usage d'après lequel les prêtres jouissaient du caractère épiscopal. Cf. P. Batifîol, Études d'histoire et de théologie positive, 5e éd., 1907, p. 267-280.

3° Diacres (Voir ici l'art. Diacres, t. iv, col. 711- 731). — Les diacres, Siâxovoi, sont mentionnés dans I Tim.', m, 8-10, 12, après les <■ épiscopes », 6-7 : « (Il faut) aussi que les diacres soient des hommes sérieux, <jeu.voôç, exempts de duplicité, [aï] SiXoyoûç, n'usant de vin qu'avec modération, ennemis du lucre, jjlï) aîcr/poxepo's'ïç, gardant le mystère de la foi dans une conscience pure. Qu'ils soient d'abord éprouvés et qu'ils ne soient admis à exercer les fonctions de diacres que s'ils sont irréprochables... Que les diacres n'aient été mariés qu'une fois, qu'ils gouvernent bien leurs enfants et leurs maisons; car ceux qui remplissent bien leur office de diacres s'acquièrent un rang honorable et une grande assurance dans leur foi en Jésus-Christ ».

Des trente passages du Nouveau Testament où se lit le terme Siâxovoç, celui-ci est le seul, avec Phil., i, 1, où il soit pris au sens technique de ministre sacré remplissant des fonctions ecclésiastiques. Le nom même de Siàxovoç, ministre, serviteur, montre que leur ministère est inférieur à celui des « anciens », TrpsaêÛTepoi, ou « inspecteurs », èmerxoTuoi. Les qualités qu'on requiert d'eux sont toutes énumérées (sauf la franchise) parmi celles qui forment l'apanage du prêtre, bien qu'on demande davantage à celui-ci. D'abord, d'une manière générale, les diacres doivent être d'une conduite irréprochable comme les épiscopes ou presbytres. Plus particulièrement on demande d'eux l'honnêteté ou dignité de la vie, la simplicité et la franchise dans les paroles, si opposée aux habitudes païennes, la tempérance, le désintéressement, la connaissance des mystères chrétiens, la pureté de conscience, enfin la prudence, attestée par le bon ordre qu'ils auront fait régner dans leur famille. Comme les presbytres aussi, ils doivent n'avoir contracté mariage qu'une seule fois, les veufs remariés sont donc exclus. L'épreuve à laquelle ils doivent être soumis avant d'entrer en fonction, 8oxi[xaÇéa6ci>aav

7rp<ÔTov, consiste en « un stage d'essai » (Prat, t. i, p. 418), ou plus simplement dans le témoignage que la communauté rendra à leur sujet; cf. Act., vi, 3; xvi, 1-3; s'ils possèdent, au jugement des frères, les qualités requises, ils seront considérés comme suffisamment « éprouvés ».

Saint Paul énumère les conditions que doivent remplir les diacre1, sans nous dire quelles sont leurs attributions. Cependant deux au moins de ces conditions nous font entrevoir en partie l'office qui leur est confié. La recommandation peut-on dire centrale est de « garder le mystère de la foi dans une conscience pure ». m, 9. Le mot u-uorôptov ne se retrouve qu'une autre fois dans les Pastorales, dans la formule « mystère de la piété », qui vient quelques versets plus loin, m, 16. Le « mystère de la foi » est à n'en pas douter identique au « mystère de la piété ». Celui-ci n'est autre que le Christ lui-même, dans les mystères de sa vie terrestre et de sa vie glorieuse, depuis son incarnation jusqu'à son ascension et jusqu'à l'établissement de son Église à travers le monde. Or, tous ces mystères ont leur centre dans l'eucharistie, qui est, selon l'Apôtre, le mémorial de l'incarnation et de la passion du Seigneur, I Cor., xi, 26-29, et le pain qui consomme l'unité des membres de l'Église, I Cor., x, 17. On sait les rapports étroits de l'eucharistie avec les agapes et par conséquent avec le service des tables dont étaient chargés les premiers diacres. On peut donc voir ici la première allusion à cet office eucharistique des diacres, bien qu'il ne soit explicitement attesté que par des documents plus tardifs. Les diacres doivent aussi être « ennemis du lucre ». Le désintéressement est requis de tous les ministres de l'Église, mais on comprend que cette vertu doive particulièrement distinguer les diacres, dont l'institution eut précisément pour premier objet l'équitable distribution des aumônes et dont nous voyons qu'ils eurent plus tard l'administration des biens des Églises. Par contre, ce tableau ne nous fournit aucun renseignement sur la troisième fonction, celle de la prédication, que quelques-uns des premiers diacres, Etienne surtout et Philippe, remplirent avec tant d'éclat. En outre, l'ordre donné à Tite d'établir des presbytres dans toutes les cités, sans mention des diacres, donnerait à penser que ceux-ci n'existaient que dans les Églises anciennes et complètement organisées, comme Jérusalem, Philippcs et Éphèse. Cependant ce silence n'est pas une preuve sûre.

Quoique les diacres constituent le degré inférieur de la hiérarchie ecclésiastique, ils occupent néanmoins un « rang honorable » et ceux qui s'acquittent bien de leur charge méritent de la part des fidèles toute estime et tout respect. Telle est l'interprétation la plus vraisemblable des paroles de saint Paul : (îaO^ôv èauroîç xaXov TrepuroioGvToa, ni, 13. Beaucoup d'exégètes les entendent autrement. Le « degré honorable » que les diacres s'acquièrent par leur bonne conduite serait la dignité supérieure, celle de l'épiscopat, dont l'Apôtre a dit que celui qui l'ambitionne « désire une bonne chose ». Mais, en soi, l'expression peut signifier que le degré qu'occupent les diacres les élève au-dessus des fidèles et les met en vue de tous et que, par leurs vertus, ils seront à la hauteur de leur noble et belle fonction et se montreront dignes d'un tel honneur. La suite de la phrase ne parle pas non plus d'avancement; elle dit simplement qu'ils s'acquièrent aussi « une grande assurance dans leur foi en Jésus-Christ » : entourés de l'estime publique, ils exerceront leur ministère spirituel et temporel avec plus de confiance et d'assurance pour eux-mêmes et un plus grand avantage pour les fidèles.

4° Diaconesses (art. Diaconesses, t. iv, col. 685- 703). — Deux passages des Pastorales se rapportent à

ce sujet : « (Il faut) aussi que les femmes (diaconesses) soient sérieuses, point médisantes, sobres, fidèles en toute chose. » I Tim., m, 11. — « Pour être inscrite au catalogue, une veuve doit n'avoir pas moins de soixante ans et n'avoir été mariée qu'une fois; avoir un témoignage de bonne conduite; avoir bien élevé ses enfants, bien reçu les étrangers, lavé les pieds des saints, secouru les affligés, (en un mot) pratiqué toutes les bonnes œuvres. N'accepte pas les jeunes veuves, car (il arrive) qu'elles se dégoûtent du Christ et veulent se remarier, se donnant ainsi le tort public de manquer à leur foi première... » I Tim., v, 9-12. Traduction Buzy.

Le premier de ces textes est intercalé au milieu des recommandations qui concernent les diacres. De là l'opinion de beaucoup d'auteurs, l'Ambrosiaster, Pierre Lombard, Saint Thomas, Justiniani, Cornélius a Lapide, etc. qu'il s'agit en cet endroit des femmes des diacres. Le P. Prat appuie fortement ce sentiment. Op. cit., t. i, p. 419. Il fait dépendre l'accusatif Yuvaïxaç du verbe ë/ovraç, f . 8 : 8iax6vouç waaÙTtoç... i/o vrac..., f. 11 : yuvaïxaç waaÛTcoç cepivâç. Cette construction dispense de dire « leurs femmes », yuvaîxaç aÙTwv, précision qui serait nécessaire si l'on rapportait l'accusatif au Seî du t. 2; mais ainsi, que l'avoue l'auteur, elle oblige à regarder le f. 10 comme une parenthèse et à rattacher au même verbe lyovTaç deux objets aussi disparates que « le mystère de la foi » et « les femmes ». De plus watxÔTœç semble annoncer, comme au f. 8, une nouvelle classe de ministres. Enfin la mention des femmes des diacres au f . 11 anticiperait sur le t. 12 qui parle d'elles expressément; et cette anticipation ne paraît pas bien utile, car, si les diacres gouvernent bien leurs enfants et leurs maisons, comme dit le f . 12, leurs femmes seront dignes d'eux. Il est donc préférable, avec saint Jean Chrysostome, In 1 Tim., hom. XI, P. G., t. lxii, col. 553, Théodore de Mopsucste et Théodoret, de voir ici des femmes chargées d'un office au service de l'Église. C'est peutêtre la similitude de leurs qualités avec celles des diacres au f . 8 qui a amené l'écrivain à rapprocher les deux sujets. Du reste ces vertus sont d'ordre très général : dignité de. vie, charité dans les paroles, sobriété, fidélité en tout.

La section suivante, I Tim., v, 9-12, nous fournit des renseignements plus précis. Plusieurs auteurs, à la suite de saint Jérôme, saint Jean Chrysostome, Théodoret, saint Thomas, Estius, ont pensé que ce passage concerne les veuves que l'Église doit assister de ses aumônes. Mais Paul s'est occupé d'elles auparavant, v, 3-8. Pour être secourues il suffit qu'elles soient de « vraies veuves », c'est-à-dire sans famille, sans ressources et de vie honnête. On ne conçoit vraiment pas que l'Église leur eût refusé l'aumône avant l'âge de soixante ans ou pour le fail de s'être remariées. Il s'agit maintenant de veuves, non pas à assister, mais à inscrire sur le catalogue, xaTaXEyéo-Oeo, de l'Église pour un rôle particulier, en vue duquel sont requises des conditions très spéciales et de hautes vertus; cf. Ici, t. v, col. 686-687. On demande en premier lieu qu'elles aient au moins soixante ans d'âge. En outre, elles devront n'avoir contracte qu'un seul mariage Nous savons qu'en principe Paul permet «le Contracter une nouvelle union après la mort du premii r conjoint, Rom., vu, 1-3; il va même recommander aux jeunes veuves de cb xcher un appui à leur vertu trop faible dans les devoir- d'un second mariage. S'il trace pour d'autres une ligne de conduite toute

différente et 'il les invite a un entier renoncement, c'est qu'il veut d'elles une perfection plus liante. comme pour les prêtres et les diacres. I)< plus la personnes en question s'engageront expressément à persévérer dans la continence du veuvage, ce qui reve-

nait à émettre le vœu de chasteté. Paul ne veut pas qu'on demande cet engagement aux jeunes veuves, parce que l'expérience en a montré les inconvénients. Il en est qui, après avoir promis de demeurer dans le célibat, se sont remariées, violant ainsi la foi jurée, rJ)v Tzp(x>rrtM TrLcmv YiOsTrjoav. v, 12. Quelques-unes même « se sont égarées à la suite de Satan », v, 15 : sous les suggestions de l'esprit mauvais, elles se sont abandonnées à une vie de dérèglement. L'apôtre recommande donc à Timothée de ne pas accepter les jeunes veuves pour l'office ecclésiastique dont il s'agit. A toutes ces garanties l'apôtre veut encore que s'ajoute celle d'une vie exemplaire, rendue recommandable d'abord par la bonne formation que la veuve aura donnée à ses enfants, puis par l'exercice de toutes les œuvres de charité.

On comprend que de telles conditions devaient mettre en vue, aux yeux de la communauté, les personnes en qui elles se trouvaient réunies et leur mériter une grande considération. L'Apôtre ne nous dit pas quelles fonctions leur étaient confiées; mais il énumère sans doute, parmi les vertus, celles qui les préparent le mieux au service officiel que l'Église attend d'elles. Elles auront à instruire et à former les catéchumènes de leur sexe et les jeunes chrétiennes comme elles ont élevé leurs enfants; elles continueront, au nom de l'Église, les œuvres d'hospitalité, d'assistance, de dévouement, dont elles avaient pris l'habitude au sein de leur famille.

Dans ces dispositions relatives au choix des diaconesses, on admire à la fois et l'initiative hardie de Paul qui sait tirer parti pour le bien de l'Église des merveilles de charité, de dévouement et de pureté dont la femme est capable, et la sagesse avec laquelle il maintient cette coopération dans les limites de la réserve, de la modestie et d'une juste sujétion.

VI. Sacrements. — Les Pastorales parlent clairement du sacrement de baptême et de celui de l'ordre.

1° Le baptême (Tit., m, 4-7). — « Lorsque Dieu (le Père) notre Sauveur a voulu nous témoigner sa bonté et son amour des hommes, il nous a sauvés, non par nos prétendues œuvres de justice, mais dans sa miséricorde, par le bain de régénération et de rénovation de PEsprit-Saint, qu'il a largement répandu sur nous par Jésus-Christ notre Sauveur. Ainsi justifiés par sa grâce, nous avons l'espérance de posséder (un jour) la vie éternelle. »

La nature et les effets du baptême sont admirablement exprimés dans ce passage. C'est un rite dans lequel le Père, le Fils et le Saint-Esprit nous confèrent, par le moyen de l'eau, une grâce qui nous régénère, nous renouvelle, nous sanctifie et nous donne droit à la vie éternelle. L'agent principal est la Très Sainte- Trinité, cf. ci-dessus, col. 1088. La matière du baptême est l'eau. Cette eau est employée par manière de lotion ou de purification, puisqu'il s'agit d'un bain, Xowp6v, lavntin, lanarnim. Le bain matériel ainsi administré sert d'instrument entre lis mains de la Trinité pour la purification spirituelle de l'âme : Dieu nous sauve Sià Xouxpoû. Les deux génitifs, TrocXiYYeveolaç xai dcvaxaivoinreow;, se rapportent l'un et l'autre Immédiatement à XouTpoû comme un double effet à sa causi directe. Ils sont eux-mêmes suivis du génitif 7weû|J.a70Ç àvtou, qui dépend selon la construction la plus naturelle, de ers deux noms tout proches, plutôt que du mot • bain » plus éloigné. Ce ne peut être qu'un géhfl if de cause, Indiquant l'agent principal : l'eau baptismale régénère et renouvelle, mais par la vertu du Saint-Esprit. Il est manifeste que cette vertu agit au moment même par le seul fait du bain ; comme le bain ordinaire lave le corps de sel souillon s ( t rafraîchit

sa vigueur, le baptême purifie l'Amt et la renouvelle. Plusieurs exégetes protestants admettent que t(i est

bien le sens naturel de ce texte des Pastorales, mais le prétendent en contradiction avec la doctrine de saint Paul. Ce renouvellement par le baptême, dit Hotzmann, Lehrbuch..., p. 317-318, n'est plus un devoir moral et un constant progrès, comme dans saint Paul, Rom., vu, 6; vin, 2; xn, 2; Eph., iv, 22-24; Col., i, 10; il s'est accompli d'un coup et une fois pour toutes. Cette objection force la différence entre Rom., Eph. et Col. d'une part et les Pastorales de l'autre. Dans Rom., vi, 5-6 et Eph., v, 26, xaOocptoa; -rû XouTpô), etc., il y a aussi un effet immédiat produit par le sacrement; et le renouvellement du Saint-Esprit doit à son tour, d'après les Pastorales (cf. Tit., ii, 12-14), se conserver et se poursuivre par un constant effort.

La grâce du baptême reçoit divers noms : salut, régénération, renouvellement, justification, héritage de la vie éternelle. — 1. Le salul, eocooev tjjj.ôcç. Le salut nous est mérité par la mort du Sauveur sur la croix et il nous est accordé au baptême. Juifs et païens, « nous étions autrefois insensés, désobéissants, égarés, sous le joug de convoitises et de voluptés diverses », Tit., m, 3; par le baptême, il n'y a plus en nous aucun sujet de condamnation. Rom., vm, 1. Ce n'est encore que le salut initial : il ne sera total et définitif qu'au ciel. Il est réel cependant et, si nous mourons dans cet état, il s'épanouit en salut éternel. — 2. Régénération, raxXiYyeveaoa. Nous avons dit, col. 1083, l'heureux choix de ce mot, assez usité au début de notre ère, par lequel saint Paul, transporte dans l'ordre spirituel l'idée de renaissance, avec tout ce qu'elle comporte de fraîcheur, de force, de beauté, d'espérance dans les divers domaines où on l'appliquait. La nécessité de « renaître de nouveau » (ou « d'en haut », ce qui revient au même) avait été enseignée par le Sauveur luimême, Joa., m, 7, et Paul a dit bien des fois les splendeurs et les devoirs de cette vie nouvelle : Rom., vi, 3-23, vm, 1-39; cf. II Petr., i, 4. Nous avons montré comment ce mot est une création de Paul, bien antérieure à la langue des mystères. — 3. Rénovation, àvaxatvGxnç. Comme on pouvait s'y attendre, cette renaissance consiste en une rénovation complète. C'est un être tout nouveau, c'est une création spirituelle qui dépasse tout ce qu'on peut admirer de sagesse et de puissance dans la création matérielle, une métamorphose où tout est beau, saint, céleste, divin. Cette transformation de l'être se manifestera, en particulier, par un entier changement de vie, de conduite, de sentiments et cette vie de grâce, dont la splendeur est en ce moment cachée, s'épanouira un jour en vie de gloire. Cf. Rom., xn, 2; Eph., iv, 22-24; Col., m, 9-10; II Cor., v, 17; Gai., vi, 15, etc. Selon plusieurs interprètes, la préposition àvà, dans le composé àvaxatvwaiç, désignerait un renouvellement qui serait en même temps un retour à un état primitif, celui de justice originelle accordé à Adam au moment de sa création et qui faisait de lui « l'image » du Créateur. Mais il n'y a dans saint Paul aucun exemple clair d'une idée de ce genre. Il oppose toujours Jésus-Christ à Adam comme le chef de l'humanité régénérée au chef de l'humanité déchue et il présente en nous « l'homme nouveau » comme substitué au « vieil homme » que nous tenons d'Adam. L'élément àvà, « en haut, de bas en haut », dans àvaxalvaxTiç, renferme seulement l'idée de « rénovation »; celle-ci s'étend à l'être tout entier, à la manière d'un édifice qu'on rebâtirait à neuf des fondements jusqu'au faîte. — 4. Justification, SixocuoOÉvteç xji èxelvou yâpm. A l'état de péché succède l'état de justice, comme le dit si souvent saint Paul; justice non point extrinsèque et imputative, mais réelle et inhérente à l'âme et qui, venant de Dieu, la rend juste et agréable à Dieu. — 5. Dernier fruit : nous sommes héritiers de la vie éter-

nelle. L'héritage, dans le langage de l'Écriture, est une possession légitime et assurée, accordée par la faveur de Dieu. La vie éternelle est la vie glorieuse et sans fin du ciel. Nous la possédons déjà en germe dans la grâce sanctifiante; toutefois, comme elle ne peut s'épanouir que dans la patrie céleste, nous n'en jouissons encore qu'en espérance, mais espérance ferme, qui est l'une des trois grandes vertus, l'un des principaux devoirs du chrétien, et « qui ne saurait être confondue ». Rom., v, 5. Telles sont les richesses de salut, les grandeurs et les espérances que nous apporte le baptême.

2° L'ordre. — Deux textes se rapportent au sacrement de l'ordre, I Tim., iv, 14 : jxyj <x|xéXei toû èv aol XapîffuaTOç, ô êS66if) aoi 8ià TcpoçvjTetaç y.rzà êtti- Qtaeatç, twv yeiç&v toû ^peerêuTepiou, et II Tim., i, 6 : àvatn(ji.vY](7xoù oe àvaÇwTrupeïv to yà.[,\.cs\j.% toû 0soû, Ô èaTiv èv aol 8ià ttjç ëtuGéoecoç twv x^ipôiv |xou.

Les commentateurs rapportent généralement à la même circonstance les deux impositions de main:: dont il est question dans ces deux textes. Les termes à peu près identiques semblent évoquer un même et grand événement profondément gravé dans le cœur de Timothée. On est moins d'accord pour préciser la nature de cet événement et l'époque où il se produisit. L'expression 8ià 7tpoepTjT£l<xç, soit « par prophétie, en vertu d'une prophétie », soit « à cause de prophéties », fait probablement allusion à des communications divines qui avaient désigné Timothée pour la fonction que Paul lui confia, ainsi qu'il est dit plus clairement I Tim., i, 18 : « O mon fils Timothée, je te recommande fortement, selon les prophéties qui t'ont déjà indiqué la voie, de mener le bon combat, de garder la foi et une bonne conscience. » Paul lui-même avait été l'objet, avec Barnabe, d'interventions prophétiques de ce genre. Act., xni; 1-2. Le rapprochement de ces textes ne laisse aucune vraisemblance à l'opinion d'après laquelle 8ià7rpo(pr)T£[aç (de préférence alors au génitif singulier) désignerait les « paroles sacrées » accompagnant l'imposition des mains et représentant la « forme » du sacrement de l'ordre. Plusieurs auteurs rattachent encore à la même occasion la profession de foi rappelée I Tim., vi, 12 : « Mène le bon combat de la foi; conquiers la vie éternelle à laquelle tu es appelé et pour laquelle tu as fait cette belle profession (de foi) devant de nombreux témoins. » Mais le sens de étioXoyta dans ce passage prête à controverse. Au verset suivant, la même formule exprime le beau témoignage que le Sauveur rendit devant Pilate en se déclarant le Christ et qu'il soutint par sa mort. Timothée aurait-il eu, lui aussi, à comparaître devant les magistrats et Paul le féliciterait-il du courage avec lequel il aurait confessé publiquement sa foi en Jésus-Christ? L'hypothèse n'a rien que de plausible. Il se peut aussi, comme le veulent un grand nombre de commentateurs, qu'au moment du départ de son maître pour la Macédoine, Timothée ait émis, en présence de l'Apôtre et de l'assemblée des fidèles, une profession solennelle de la foi qu'il devait enseigner et défendre en qualité de chef de l'Église d'Éphèse. Il est moins facile d'admettre qu'ait eu lieu alors seulement, après de si longues années d'apostolat, la consécration de Timothée. L'événement dont le souvenir est ainsi évoqué a pu arriver depuis longtemps et s'être passé hors d'Éphèse. D'autre part, « l'appel à la vie éternelle », I Tim., vi, 12, étroitement uni à la « belle confession », ne suffit pas à nous reporter au moment du baptême, comme voudrait Michaelis, Pastoralbriefe und Gefangenschaftsbriefe, p. 89. Il faut conclure que l'Apôtre rappelle plutôt le jour où, frappé du bon témoignage que les frères de Lystres et d'îconium rendaient au sujet de Timothée et poussé par des avertissements ecJcstes, il résolut d'associer ce jeune homme à son apostolat en

le prenant dès lors pour compagnon de ses travaux. Act., xvi, 1-3. Il lui imposa les mains, assisté de Silas, Act., xv, 40, et des presbytrcs de Lystrcs et d'Iconium, xiv, 21-23.

Telle est donc la scène qu'évoquent les textes que nous avons cités. Du reste, quand l'événement se passerait à Éphèse et aurait pour objet la seule consécration de Timothée, les réflexions qui vont suivre garderaient toute leur valeur. Nous avons ici un signe sensible, l'imposition des mains, et une grâce intérieure produite par le rite, à savoir le pouvoir spirituel d'ordre. Ce pouvoir n'est pas explicitement exprimé, mais il est évident qu'il est l'objet direct de l'imposition des mains. C'est pour que Timothée soit en état d'exercer le ministère sacré, de célébrer les saints mystères et d'ordonner à son tour d'autres ministres, selon les besoins des Églises, que Paul l'investit de la puissance divine en lui imposant les mains. Le caractère essentiel qui le constitue ministre de Dieu est permanent, il demeure toujours en lui. Il e:,t désigné du nom de « charisme divin », yjxç>\.o\xa. toû 8eg5. II Tim., i, 6. A ce charisme sont attachées des grâces dont Paul explique aussitôt la nature : « Car Dieu ne nous a pas donné un esprit de timidité, mais de force, de charité, de sagesse, qui t'empêchera de rougir du témoignage que tu as à rendre à Notrc-Seigneur et de mes liens à moi, qui te donnera pour souffrir avec moi, en faveur de l'Évangile, la force même de Dieu ». i, 7-8. Ces paroles sont remarquables. L'esprit dont Paul veut pénétrer son disciple est celui qu'il a reçu lui-même en qualité de ministre de l'Évangile, SSwxev t)(xïv, f . 7, c'est une participation abondante, aux grâces et aux vertus de l'apostolat, afin que Timothée remplisse dignement, à l'exemple de son maître, le ministère dont il est chargé. Mais ces grâces sont distinctes du ministère lui-même; elles ont leur source dans le caractère sacré dont l'imposition des mains l'a revêtu et qui demeure comme un droit perpétuel et assuré à tous les secours divins. L'esprit de force et d'amour qui devrait animer le sujet pourra subir des vicissitudes, il pourra faiblir ou rester comme assoupi et il sera peutêtre besoin de le ranimer, àvaÇwrrupEÏv, mais li caractère sacerdotal est comme le foyer d'où pourront toujours jaillir ardentes, au souffle de l'Esprit de sainteté, les flammes de l'apostolat et c'est en ce sens que Timothée est invité à « ranimer le charisme ». Du reste le verbe àvaÇo>7u>peîv, « rallumer », ne suppose pas nécessairement que la flamme est éteinte tt Paul ne reproche pas à Timothée d'être comme déchu de sa première ferveur : il veut dire que Timothée trouvera toujours dans le souvenir de soti ordination et dans le sceau divin dont il a reçu l'empreinte le moyen d'entretenir son zèle, comme un foyer ardent qu'un souffle nouveau embraserait.

Nous avons ainsi dans les Pastorale:, tous les éléments du sacrement de l'ordre : les ministres, à savoir Paul et les presbytrcs; un signe s -lisible. L'imposition des mains, accompagnée sans doute de prières appropriées; une grâce ou « charisme » invisible, le pouvoir d'ordre pour exercer le ministère sacerdotal et épiscopal, av. e les grâces née. ssain . pour le biéfl remplir; uni' institution permanente au sein de l'Église qui aura toujours besoin de ministres sacrés.

VII Inspiration de la sainte ÉCBITURS. I.a II Tim. renferme un texte des plus importants sur l'idée que nous devons avoir cl l'emploi que non devons faire des saintes Écritures. Paul dit à Timothée : • Pour toi, di meure ferme dans e que In M appris et qui fait l'objet de ta foi. Tu sais d< qui te vient cet enseignement, instruit comme tu l'as été dans les saintes Lettres qui pcuvenl te conduire au salul par I;» foi au Christ Jésus. Toute Écriture est divin» m< nt inspirée et bonne pour enseigner, convaincre, redres-

ser, former à la justice et ainsi mettre l'homme de Dieu parfaitement en état d'accomplir tout ce qu'il y a de bien. » II Tim , m, 14. Ce passage affirme en premier lieu l'inspiration des saintes Écritures, il montre ensuite les bienfaits que celles-ci procurent au fidèle et qu'elles doivent à leur caractère sacré.

1° L'inspiration. — Paul félicite Timothée d'avoir été nourri dès son enfance dans la connaissance des saintes Écritures. Il s'agit naturellement des livres de l'Ancien Testament. Le terme « saintes Lettres », lepà Ypâp.p.aTa, est fréquent chez les auteurs juifs. Au verset suivant, les mêmes livres sont désignés d'un autre terme caractéristique, employé plus de cinquante fois dans le Nouveau Testament, au singulier ou au pluriel, i] ypacpr), ou al ypaçal, « l'Écriture » par excellence. Les saintes Lettres, déclare saint Paul, sont capables de nous instruire du salut qui s'obtient par la foi en Jésus, et en voici la raison : Tcâaa ypatp-rj 0e67rveuaToç xal w(péXiu,oç repôç SiSacrxaXlav, TTpô»; èXsyu.6v, etc. La phrase n'a pas de verbe exprimé; il faut sous-entendre èctrl, unissant le sujet 7rôca ypocepï] aux deux adjectifs servant d'attribut : « Toute Écriture est 6e6TweuoTOç xal cocpsXt.u.0»; », sens préférable à celui que fournit la Vulgate. Le mot 8s67rveooToç, par la place qu'il occupe et par l'idée qu'il exprime, donne la raison de tout ce qui suit. L'expression rcâaa ypacpr) pourrait signifier : l'Écriture tout entière, la collection entière des écrits inspirés. Cependant, l'absence d'article invite plutôt à prendre Kâaa au sens distributif : tout ce qui est « Écriture » est inspiré, tout ce qui est « Écriture » est utile. Plusieurs auteurs observent que tout passage de l'Écriture ne possède pas toutes les utilités énumérées; par suite il serait mieux d'entendre 7tâca en un sens « vague-collectif ». Bover, Uso deladjecliuo singulanzâ.ç, en San Pablo, dans Biblica, 1938, p. 432. Cette restriction ne paraît pas nécessaire. Le sujet est pris dans toute son extension avec tôqpéXttxoç comme avec 0e67rveuaTOç : l'Écriture tout entière et dans chacune de ses parties est inspirée; elle est aussi écrite tout entière et dans chacune de ses parties en vue du bien des âmes. Mais il va de soi que chaque partie ne doit pas produire à la fois tous les fruits attendus, il suffit que toutes y concourent, chacune à sa manière.

Tout ce qui peut être qualifié d'Écriture est SsÔTTveucToç, littéralement « soufflé de Dieu », c'està-dire « inspiré de Dieu ». Certains savants, avec H. Cr» mer, proposent pour cet adjectif la signification active « respirant Dieu », remplissant l'âme de pensées divines. Plusieurs composés de 7tvéo> sont en effet susceptibles du sens actif : areveuerroç, qui ne respire pas; TroptarveouToç, qui respire ou souffle le feu; eu7TVEucrTOç, qui respire bien. Mais ces mots euxmêmes sont pris parfois passivement; d'autres, comme ë(XTcveu<iToç, ont exclusivement ou de préférence une aoceptkm passive. Le composé OeiOtcvedotoç ne se trouve employé qu'au passif et désigne chez les auteurs grecs uni influence divine sur l'homme. Plutarqu»- parle de « songes envoyés par les dieux », ivelpouç toùç 6E07rveûaTouç, De placitis philos., v, 2; le p '.eudo-Phoeylidc, de « la parole <]•■ sagesse venue de Dieu », Xoyoç ttjç GeoTrveùoTOu ctoçItjç. Lis Pères (."ces, sensibles aux nuance s de leur langue, ont compris au passif " Inspiré de Dieu ». De même la Vulgate latine. Voir les références patristiques ici. t. iv, col. 2075. On allègue contre la signification passive le rapprochement de 0e6ttveu<tto<; avec l'actif <I>çeXi(xoç i t toute la suite de la phrase qui a p<>nr but die montrer lis avantagée de la saint. Écriture en faveur des hommes. Mais, aux >•» ux des auteurs sacrés comme d» tons le écrivains juifs, la première qualité de I I

ture. ce BU! constituait son Incomparable dignité et Il d'elle la source de tous les bienfaits pour les

fidèles, c'est qu'elle était inspirée de Dieu. C'est ce caractère essentiel que saint Paul a voulu rappeler en premier lieu. Il ne l'indique pour ainsi dire qu'en passant; mais, s'adressant à Timothée, il n'avait pas besoin d'insister. Il dit 6eo7tveuo-Toç YP01?*! comme il vient de dire îepà Ypâu.|j.aTa : l'Écriture est sacrée, car elle vient de Dieu.

Ce texte affirme donc comme un fait certain, dont personne ne doute ni ne peut douter, l'inspiration de la sainte Écriture. Il nous renseigne aussi sur l'étendue de l'inspiration. Ce caractère appartient non seulement à la collection des livres saints dans leur ensemble, mais à tous et à chacun de ces livres et à tout leur contenu, à tout ce qui porte le nom d'Écriture dans la tradition juive, sans distinction de parties historiques ou prophétiques, dogmatiques ou morales, quel que soit l'auteur humain connu ou inconnu, quelle que soit aussi l'importance de son œuvre. Le mot Gsôttveuotoç nous permet encore d'entrevoir la nature de l'inspiration. Il nous invite à concevoir l'auteur humain, au moment où il écrit, comme rempli et pénétré de l'esprit de Dieu, mû dans toute son activité par l'influence d'en haut, de manière qu'il ne pense, ne veut et n'exprime rien de sa seule pensée et volonté humaine. L'expression ôeôrcveuaToç sous la plume de Paul a la même portée que imb 7tveû(i.aTOç àyîou cpep6(xevoi dans II Petr., n, 21. De part et d'autre est mise en relief l'initiative de Dieu et son action toute-puissante sur l'homme. Le résultat est que tout, dans l'Écriture, est à la fois et de l'homme et de Dieu, mais de l'homme comme instrument, toujours d'ailleurs volontaire et libre, de Dieu comme agent principal, et le livre ainsi écrit est vraiment Écriture de Dieu. Tel est le sens plein de « inspiré de Dieu, poussé par l'Esprit-Saint ».

2° Utilité de l'Écriture. — Étant donné le caractère divin de l'Écriture, que ne peut-on en attendre pour l'utilité spirituelle des croyants! L'Apôtre énumère quatre avantages particuliers. Les deux premiers sont d'ordre plutôt intellectuel, les deux autres d'ordre moral .

1. L'Écriture est utile irpoç StSacrxaXtav, « pour l'enseignement ». La « didascalie » nommée quinze fois dans les Pastorales, est d'une manière générale l'instruction qu'il faut donner aux fidèles. Elle a pour objet les vérités de la foi. Rien ne peut mieux aider le prédicateur de l'Évangile que la connaissance de l'Ancien Testament. Saint Paul lui-même est le modèle du didascale ou docteur : quelles richesses de doctrine ne puise-t-il pas dans les Livres Saints, surtout dans l'histoire des patriarches, dans la loi de Moïse, dans les écrits des prophètes! Non seulement la vérité religieuse en général resplendit dans l'Ancien Testament, mais les mystères propres à la révélation chrétienne reçoivent une vive lumière des figures anciennes : le Christ lui-même a rapproché l'eucharistie de la manne, Joa., vi, 22-23; cf. I Cor., x, 3; toute l'épître aux Hébreux a pour thème la comparaison entre le sacerdoce du Christ et celui d'Aaron.

2. IIpoç èXeYfxôv, ad arguendum, « pour convaincre ». Ce terme, assez fréquent dans l'Ancien Testament, est inusité dans le grec profane. Il dérive de èXéyxco, « convaincre, accuser, réfuter », de même que ikzyyoç; mais, tandis que ëXeyxoç, a le sens général de « preuve, argument », èXeyfiôç s'emploie de préférence quand il s'agit de convaincre quelqu'un d'un tort, d'une faute, d'une erreur. Lev., xix, 17; Num., v, 18; Eccli., xxi, 6; xxxv, 17; xli, 4, etc. Source de science pour les esprits droits et dociles, la sainte Écriture fournit encore des armes pour combattre les fausses doctrines : elle permet de retirer de l'erreur ceux qui s'égarent et de réfuter les adversaires en leur faisant sentir que leur prétendue sagesse, opposée à la parole infaillible de Dieu, n'est que ténèbres et contradic-

tion. Ces deux premiers bienfaits de l'Écriture répondent aux deux besoins les plus urgents dont se préoccupent les Pastorales.

3. L'Écriture sert encore au « redressement » des moeurs, Ttpôç èracvépÔwaiv, ad corripiendum. Rien de plus efficace à cette fin que les châtiments dont elle menace le péché et les bénédictions divines qu'elle promet à la vertu.

4. Non seulement elle retire l'homme du ma!, mais encore elle le forme à la justice, 7tpôç waiSsiav tt,v èv Sixaioaûvfl. Bien des moyens concourent à ce but : préceptes de la Loi, perpétuel appel des prophètes à la fidélité envers Dieu, conseils des moralistes qui enseignent la vraie sagesse, exemples de tant de héros et de saints qui furent des modèles de foi, d'obéissance et de piété. Le mot Stxaioaûvr) est pris ici au sens général de perfection morale, qui fait que l'homme est juste devant Dieu en s'acquittant de tous ses devoirs. Cette acception se rencontre aussi sous la plume de saint Paul, bien que la signification technique et polémique domine dans certaines épîtres, Rom., Gai., Phil.

Paul n'a pas l'intention de passer en revue tous les trésors de la sainte Écriture. On sent qu'elle est pour lui une mine inépuisable. Mais il en a dit asstz pour justifier la magnifique conclusion. Par la connaissance approfondie des saintes Lettres, « l'homme de Dieu est parfaitement en état d'accomplir tout ce qu'il y a de bien ». L'homme de Dieu désigne ici le ministre de l'Évangile, cf. I Tim., vi, 11, uniquement consacré au service de Dieu, n'ayant d'autre but que de vivre pour Dieu et d'amener à Dieu les autres hommes. Par les moyens puissants que l'Écriture met à sa disposition, l'homme de Dieu est à la hauteur de sa tâche, àprioç. L'incise finale explique la pensée qui vient d'être exprimée : l'homme de Dieu, grâce à la sainte Écriture, est « parfaitement préparé à toute bonne œuvre », pour s'y porter d'abord lui-même et pour y porter aussi les autres. Or, accomplir entièrement tout bien, n'est-ce pas la perfection? En parlant de « l'homme de Dieu », Paul a principalement en vue Timothée et ceux qui, comme lui, sont chargés de la prédication de l'Évangile et de la direction des fidèles; mais « l'homme de Dieu » puise ses moyens d'action dans l'Écriture, et cette source est ouverte à tous les croyants.

Cette doctrine de l'inspiration est regardée par beaucoup de critiques comme non paulinienne. Holtzmann, le porte-parole de l'école de Tubingue, articule là-contre trois griefs, Lehrbuch..., t. n, p. 297-298 : conception étroite, et qu'on peut dire alexandrine, de la nature de l'inspiration; contradiction entre la haute valeur spirituelle de « toute l'Écriture » et le terre-à-terre de certains passages de nos lettres, comme la recommandation faite à Timothée d'apporter le manteau et les parchemins laissés chez Carpus, II Tim., iv, 13; enfin cercle vicieux, qui consiste à prouver l'inspiration du Nouveau Testament par son propre témoignage : celui-ci est appelé ypoLyi), I Tim., v, 18. — Tous ces griefs sont fort exagérés : 1. La définition de l'inspiration présente l'écrivain sacré comme animé d'un souffle divin, II Tim., m, 16, en vertu duquel il conçoit et exprime exactement et uniquement ce que Dieu veut, en sorte que la parole inspirée est la parole même de Dieu. Il n'y a là aucune des subtilités de l'alexandrinisme : c'est la doctrine de l'inspiration des prophètes appliquée à tous les auteurs sacrés, telle qu'elle était reçue chez les Juifs. — 2. L'Écriture a pour but le salut des hommes et leur avantage spirituel. Mais il n'est pas nécessaire que tous les textes bibliques atteignent directement et par eux-mêmes ce but. Il n'est pas d'ailleurs sans intérêt pour notre instruction et notre utilité spirituelle de savoir que la haute mystique et la sublime sainteté de Paul sont

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