TIMOTHÉE I
compatibles avec les humbles préoccupations de la vie et en particulier avec le travail intellectuel de composition ou de lecture. Holtzmann aurait pu citer un autre texte qui, selon sa théorie, prêterait autant et plus à l'ironie, à savoir l'invitation que fait Paul à Timothée de boire un peu de vin pour fortifier sa santé. Le critique aura été touché de l'affection si tendre et de la sollicitude paternelle du grand Apôtre envers son cher disciple. — 3. Il y aurait « cercle vicieux », selon Holtzmann, à prouver l'inspiration du Nouveau Testament par un texte qui en fait lui-même partie. Mais ce texte n'est certes pas l'unique preuve du caractère sacré et inspire des écrits de la Nouvelle Alliance. Il n'y aurait du reste aucun illogisme à admettre d'abord sur le témoignage historique des Actes, que Paul est apôtre et à croire ensuite, sur la parole de Paul, que le Nouveau Testament est inspiré.
Parmi les commentaires patristiques.les plus importants sont ceux de saint Jean Chrysostome, P. G., t. lxii, col. 501- 700 et de l'Ambrosiaster, P. L.,t. xvn(1879), col. 487-532.
Pour les travaux et commentaires modernes, se reporter à ce qui est dit au cours de l'article, col. 1044 sq.
Voici les plus importants des commentaires récents. Parmi les catholiques : J. Belser, Die Briefe des Apostels Paalas an Timotheus und Titus ubersetzl und erklârt, Fribourg-cn-B., 1907; Knabenbauer, Commentarii in Pauli epistolas ad Timotheum, ad Titum, ad Philemonem, dans le Cursus Scripturm sacrée, Paris, 1913; M. Meinertz, Die Pastoralbriefe des heiligen Paulus, Bonn, 1931 ; H. Schlatter, Die Kircheder Griechen im Urteil des Paulus; eine Auslegung seiner Briefe an Timotheus und Titus, Stuttgart, 1936. — Parmi les non-catholiques : B. Weiss, Die Briefe an Timotheus und Titus, Goettingue, 1902; P.-N. Harrison, The problem of the pastoral epistles, Oxford, 1921 ; Wohlenbcrg, Die Pastoralbriefe, Leipzig, 1923; G. Lock, The pastoral epistles, Cambridge, 1921; M. Dibelius, Die Pastoralbriefe, 2* éd., Tubingne, 1930, dans le Handbuch zum N. T. de H. Lictzmann; W. Michaelis, Pastoralbriefe und Gefangenschaftsbriefe zur Echtheilsfrage der Pastoralbriefe, Gutersloh, 1930; E.-F. Scott, Pastoral epistles, Londres, 1936; R. Falconer, The pastoral epistles, Oxford, 1937.
A. MÉDEBIELLE.
TIMOTHÉE 1er, catholicos nestorien, consacré le 7 mai 780, mort le 9 janvier 823. — I. Vie. II. Œuvres (col. 1127). III. Doctrine (col. 1131).
I. Vie. — Il y a deux notices biographiques sur Timothée Ier dans le Livre de la Tour, l'une, de Mari au c. v, 5, éd. H. Gismondi, Maris Amri et Slibte de pctlriarchis Nestorianorum, pars I, Rome, 1899, texte arabe, p. 71-75, trad. latine, p. 63-66, l'autre, de 'Amr et-Slibâ au c. v, 2, ibid., pars II, Rome, 1897, p. 64-66, trad.. p. 37 sq. Timothée étant mort à l'Age de 95 ans, naquit donc en 727 ou 728, au village de Hazzâ, près d'Arbèles. Ses parents étaient considérés, dans cette région dont la nature montagneuse avait permis aux chrétien , malgré la domination musulmane installée depuis à peine quatre-vingts air-, de rester une majorité Influente. Un oncle paterne), Georges, évoque du Beft BagaS, prit soin de l'enfant : il le mit sous la conduite d'un maître fameux. Abraham bar DaSandâd, dit le Boiteux. Ce moine, qui tenait école à BaSôS, dftn* le district difficilement accessible du Saphsaphâ, avait été l'élève d< liabaï de Géblltfi, restaurateur de la musique sacré • en Adiabène; il était a la fois érudit et bibliophile : plusieurs de ses manuscrits passèrent dans la bibliothèque de Timothée. Abraham enseignait '•lèves, outre l'Écriture sainte et la liturgie, le philosophie d'Arl tote; et il leur faisait lire le. Pères grecs, formant les meilleurs à la lecture des originaux, confiant même aux plus capables de, travaux de traduction. I.e fameux lexicographe Bar Bablûl, a cité plusieurs foi Abraham bar DalandAd, Lexicon suria-
rnm mirlnrr HaSItWO Itnr Halillllr. éd. P. Duval. d.m
Collection Orientale, t w. Ip série, t. i. Paris, 1888,
p. xv limolh- . <|ui demeura pendant plusii urs anntCT. DE THKOI.. CATIIOI,.
nées auprès de ce maître aimé, y avait appris le grec et l'arabe. J. Labourt, De Timolheo I Nestorianorum palriarcha (728-823) et christianorum orienlalium condicione sub caliphis abbasidis, Paris, 1904, p. 5, n. 4. Plusieurs de ses condisciples sont connus : ISo'barnùn, ordonné diacre par lui, mais devenu son adversaire avant d'être son successeur; Abu Nûh d'Anbâr, qui fut secrétaire du gouverneur de Mossoul, Abu Musâ ibn Mus'ab; Serge, un des correspondants les plus assidus de Timothée, qui le fit métropolite d'Élam.
Lorsque Timothée eut suffisamment poussé son instruction, son oncle le rappela et voulut lui céder son diocèse du Beit BagaS. Le métropolite d'Adiabènc, Mâran'ammeh, n'agréa pas la combinaison, mais Timothée sut se prévaloir des bons offices de son ancien condisciple, Abu Nûh al-Anbârï. Il obtint même, vers 769, d'être exempté des taxes qu'aurait dû payer son évêché. Mari, op. cit., p. 71, trad., p. 63. Dix ans plustard.àlamortdeHënaniSô' II, Timothée se trouva sur les rangs pour l'élection au catholicosat; il savait pouvoir compter sur l'appui d'Abù Nûh. Mais il y avait en face de lui plusieurs candidats, lorsque le synode fut convoqué à Bagdad par l'évêque de KaSkar, conformément à la tradition. Cf. Synodicon orientale, éd. J.-B. Chabot, dans Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque Nationale et autres bibliothèques, t. xxxvn, Paris, 1902, texte syr., p. 245-251, trad. p. 515-523; O. Braun, Das Buch der Synhados, Stuttgart et Vienne, 1900, p. 371-381. Suivant Thomas de Marga, Liber superiorum, éd. Bedjan, Paris-Leipzig, 1901, p. 200 sq., un premier concurrent, Iso'yahb, ancien supérieur du couvent de Beit 'Abë, devenu évêque de Mossoul, fut facilement éliminé, Timothée ayant réussi à le persuader qu'il était trop âgé pour tenir le poste. Au surplus, pour s'en faire un partisan plus sûr, Timothée lui promettait-il de le nommer métropolitain d'Adiabène. D'après Barhebraeus, maphrien jacobite, Timothée aurait eu à la fois contre lui l'évêque de KaSkar et le métropolite d'Élam ou de GondëSapour. Gregorii Barhebrwi Chronicon ecclesiasticum, sect. n, éd. J.-B. Abbelos et T.-J. Lamy, t. m, Paris-Louvain, 1877, col. 167-170. Suivant Mari, Éphrcm de GondëSapour ne se présenta pas au synode, non plus que les évêques de sa province. Les représentants laïcs des diocèses de KaSkar et de Nisibe proposèrent d'abord d'élire le moine Georges, celui-là même qui avait obtenu du calife qu'on pût procéder à l'élection de HënaniSô' II, et que le médecin Abu QurayS 'Isa avait déjà alors fait désigner par le. calife, Synodicon orientale, loc. cit.; mais, lorsque les envoyés du synode arrivèrent au monastère de Beit Halê, il leur fut répondu que Georges était mort. C'est alors que, suivant tous les historiens, Timothée eut recours à l'astuce : il promit aux maîtres et aux étudiants des écoles de Bagdad qu'il leur donnerait une grande somme d'argent. Les électeurs, soumis à une forte pression, se décidèrent alors pour Timothée. La manœuvre était peu honnête; Thomas de Marga l'excuse en la qualifiant de fraude légitime, comparable à celle de Jacob.
Il y avait huit mois que HënaniSô' II était mort, quand Timothée fut consacré, le dimanche 7 mai 780. en présence des métropolites du Beit (lannal, de Hulwfin, de Damas et de Merv. Mais Éphrem de GondëSapour
• t Si partisans refusèrent de reconnaître le nouveau catholicos, ainsi que Salomon. évêque de Hëdatâ ou al-Haditah et Serge de Ma'altâyâ. * Amr el-Slibâ, loc. cil. Bientôt, Joseph de Merv, mécontenl de ce que Timothée n'avait pas exécuté ses promettes envers lui,
• e joignit à eux. Pour tenir Timothée en échec, prélats consacrèrent pour le siée;, de Mobi oui un moine nommé Roustem, l'opposani au vieil évêqui Dfl'yahb,
TIMOTHÉE 1er. VIE
qui avait eu, suivant eux, le tort de se rallier à Timothée, Mari, loc. cit. ; ouplutôt, suivant Thomas de Marga, op. cit., éd. Bedjan, p. 201 sq.,ils opposèrent à ISô'yahb, devenu récemment métropolite d'Adiabène, Roustem, évêque du petit diocèse de Hënaytâ. Joseph, invité à comparaître, pour se justifier, devant Timothée et le métropolite Grégoire, préféra dénoncer Timothée au calife. Mais Timothée avait des protecteurs; la démarche de Joseph auprès d'al-Mahdï fut bientôt suivie de son apostasie, facilitée peut-être parce qu'il se trouva dans le même temps sous le coup d'une grave imputation de sodomie. Barhebrseus, loc. cil.
Cette défection d'un de leurs évêques affecta profondément les chrétiens et la position de Timothée s'en trouva encore plus ébranlée. Il essaya de dégager sa responsabilité en écrivant aux habitants de Gondê- Sapour, mais le métropolite Éphrem, ayant convoqué au couvent de Mar Péthion un synode qui réunit treize évêques, prononça contre Timothée une sentence de déposition. Mari, loc. cit. Timothée, appuyé par quinze évêques, répondit en déposant Éphrem et ses partisans. Le médecin chrétien du calife, Abu Qurayi'Isâ, négocia une transaction : Timothée accepta de se soumettre à un renouvellement par Éphrem du rite de l'intronisation. Le schisme avait duré deux ans. Pour empêcher le renouvellement de semblables incidents à chaque vacance du siège de Séleucie-Ctésiphon, deux canons furent rédigés, qu'on trouve avec deux autres sous le titre de « premier synode de Mar Timothée Ier » dans divers manuscrits du Synodicon orientale, éd. J.- B. Chabot, texte, p. 599-603, trad., p. 603-608. D'après Ébedjésus, Timothée aurait tenu deux synodes, le premier en 790, le deuxième en 805 (174 et 189 de l'hégire), Ebediesu métro politœ Sobae et Armeniœ collectio canonum synodicorum, tract, ix, c. vi, dans A. Maï, Scriptorum veterum nova colleclio, t. x, Rome, 1838, part. I, texte syriaque, p. 327 sq., trad. latine, p. 165; mais il semble bien que les deux premiers canons du « premier synode » aient été rédigés beaucoup plus tôt, dès 782 ou 783, dans un synode de la province de Séleucie-Ctésiphon, au temps de la controverse entre Éphrem et Timothée, car les signataires appartiennent tous à cette province, à l'exception du métropolite de Bassorah. O. Braun, Zwei Synoden des Katholikos Timolheos L, dans Oriens christianus, t. n, 1902, p. 283-285.
Timothée gouverna dès lors sans trouble grave; Salomon de Hëdatâ, lui ayant demandé pardon par lettre, se retira au monastère de Saint- Aaron. O. Braun, Der Katholikos Timotheos I. und seine Briefe, dans Oriens christianus, t. i, 1901, p. 143. D'après Mari, Éphrem de GondêSapour aurait été déposé par vengeance peu après la réconciliation, mais ce geste, que ne mentionnent pas 'Amr et-Slibâ, ni aucun autre historien, n'a pas paru vraisemblable à J. Labourt, op. cit., p. 13. D'après la lettre xin citée ci-dessous, on ne peut guère douter qu'Éphrem soit mort sur son siège et que Serge ait été son successeur immédiat.
D'après Mari, op. cit., p. 75 sq., trad., p. 66 sq., ISô'barnûn, ancien condisciple de Timothée et son futur successeur, lui aurait fait opposition pendant plus de trente ans, écrivant contre lui des libelles qu'il distribuait au loin. De même Barhebrseus, Chronicon, t. m, col. 181-184. Sa haine contre Timothée alla jusqu'à lui inspirer de supprimer dans les diptyques le nom de son prédécesseur, et ce fut seulement à la mort qu'il regretta une attitude que plusieurs membres influents de la communauté nestorienne lui avaient demandé en vain de modifier. Ibid. Aucun écho de ce différend toutefois n'apparaît dans la correspondance de Timothée, où l'on voit au contraire le catholicos désireux d'élever ISô'barnûn au siège métropolitain de Nisibe. Comme les lettres de Timo-
thée ne sont pas datées, ni disposées suivant l'ordre chronologique dans la collection incomplète qui nous en est parvenue, on ne sait pas à quelle époque remonte ce projet. L'opposition absolue de la communauté de Nisibe, qui menaça de passer au monophysisme sévérien et obtint un veto du calife, empêcha seule le projet d'aboutir. On peut noter à ce sujet que Gabriel devint médecin de Hârûn ar-RaSId en 805, et que les lettres xxi et xxn, où il est question du projet, sont adressées à Serge, l'ancien directeur de l'école de Basoâ, lorsqu'il était déjà métropolite d'Élam. O. Braun, Timothei patriarchse I epistolse, i, dans Corpus script. Christian, orient., Scriplores syri, sér. II, t. lxvii, p. 131-133 sq., trad., p. 88-90. D'autres détails suggèrent pour la lettre xxi une date assez basse : le catholicos y exprime le souhait de voir encore Serge avant de mourir, sachant dès lors que sa vie approche de son terme. Ibid., p. 133, trad., p. 89. Le différend entre Timothée et ISô'barnûn • dut se produire après la promotion manquée, peut-être à l'occasion de celle-ci, mais il se pourrait aussi qu'il s'agisse simplement de discussions d'ordre théologique. Le récit de 'Amr et-Slibâ, qui présente les événements de la même façon que Mari semble avoir conservé une meilleure leçon, car il limite à trois ans le séjour d'ISô'barnûn dans le couvent de Mar EMas à Mossoul, prolongé jusqu'à trente ans, suivant Mari. Éd. Gismondi, p. 66, trad., p. 38.
Ce qui aida Timothée à voir s'écouler sans opposition grave à peu près tout son long pontificat de 42 ans, 8 mois et 2 jours, c'est sans doute la faveur dont il jouit à la cour des califes, soit en raison de ses relations personnelles avec al-Mahdï et Hârûn ar- RaSîd, qui aimaient à s'entretenir avec lui, même de questions religieuses, soit grâce à l'influence de chrétiens haut placés, comme Abu Nûh al-Anbàrl et Gabriel bar Boktiso'. Dans sa lettre xxi à Serge, métropolite d'Élam, op. cit., p. 133, trad., p. 89, Timothée dit que Gabriel lui sert de bouclier, ainsi qu'à toute la communauté, et a obtenu en sa faveur un rescrit, criytXXiov, grâce auquel aucun fonctionnaire ne pourra l'empêcher de gouverner suivant les lois des chrétiens. Timothée eut même l'appui de Zubaydah, la femme favorite de Hârûn, qu'il aurait sauvée d'une répudiation dont elle était menacée, grâce à une de ces habiles réparties, auxquelles il dut en partie son succès auprès des grands. Mari, op. cit., p. 75, trad., p. 66; Labourt, op. cit., p. 33-36.
Timothée, dont le catholicosat marque probablement l'apogée, comme extension, de l'Église nestorienne, profita des bonnes dispositions des califes à son endroit pour renforcer la position de sa communauté, dont les fidèles étaient exposés en permanence à un double danger : sollicités d'embrasser l'Islam et en butte aux cabales des jacobites. Avec un sûr coup d'œil, après être arrivé au poste suprême par des manœuvres dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles furent peu loyales, Timothée comprit que l'avenir de sa communauté dépendrait de la qualité de son clergé, et il s'occupa dès lors d'en soigner la formation avec encouragement constant des études, comme aussi de lui donner de bons chefs, des évêques et métropolites choisis avec le plus grand soin possible.
L'intérêt de Timothée ressort particulièrement des correspondances adressées à ceux de son aima mater, l'école d'Abraham le Boîteux, à BaSôS. Dans la lettre xiv, de condoléances pour la mort de Rabban Péthion, premier successeur d'Abraham, éd. Braun, p. 109-111, trad., p. 72 sq., l'éloge du maître relève à la fois sa science et sa vertu : il savait que les deux buts de l'éducation ecclésiastique sont d'instruire et de former à la piété. Que Serge, son successeur soit ferme, comme s'il se tenait sur une base de diamant! Car de lui dé-