TIMOTHÉE I«. VIE
pend le salut ou la perte des foules. Qu'il nourrisse les troupeaux de l'Église par la vertu de l'Esprit- Saint! Qu'il les fasse paître avec force dans les prés des saintes Écritures! Qu'il les fasse reposer près des eaux douces de la vertu! Ibid., p. 117, trad., p. 77 sq. Aux élèves, privés de leur maître, Timothée recommande de se soumettre aux ordres du nouvel écolâtre. Ibid., p. 117 sq., trad., p. 78. Timothée désire être tenu au courant de tout ce qui se passe dans sa chère école. La lettre xv doit encourager Serge, encore à ses débuts de directeur d'école : le catholicos a pris soin de le recommander au métropolite : que Serge édifie en même temps qu'il instruit! Tous, maître et disciples, doivent se souvenir que le royaume des cieux est leur but. Ibid., p. 118 sq., trad., p. 78 sq. Danslalettre xvi, recommandation d'ordre pratique : « Aie soin de toutes les affaires de l'école, intérieures ou extérieures ! » Ibid., p. 120, trad., p. 80. Timothée ne se borne pas à des encouragements platoniques. Serge a été attaqué; le catholicos lui conseille de mépriser les critiques : il n'écoutera pas ce que les adversaires de Serge pourront lui dire, mais seulement ce que Serge lui dira d'eux. Et, puisque le couvent a subi des dommages matériels, Timothée fait parvenir au supérieur éprouvé moralement et matériellement une somme de cinq cents dirhems d'argent. Ibid., p. 122 sq., trad.,p.81sq. Afin d'assurer l'avenir de l'école, Timothée prescrit d'acheter un immeuble; il a versé pour cet achat, (ntre les mains d'Iso'sabran, dix mille dirhems. Même si la dépense devait dépasser cette somme, l'achat devrait être fait. Lettres xxi, xxn, p. 132-135, trad., p. 89-91.
Serge, devenu métropolite d'Élam, s'est fait accompagner par un de ses élèves, Humansah, précède mment envoyé en mission auprès du catholicos pour lui porter don manuscrits, lettres xxx, xxxi, ibid., p. 153 sq., trad., p. 104 sq.; Timothée recommande au nouveau prélat de soigner la formation d'Humansah. Lettres v, vi, vu, xi, xm, p. 83-86 sq., 102-109, trad., p. 53-55 sq., 62 sq., 72. Timothée a une telle confiance dans le talent pédagogique de Serge qu'il lui envoie, pour l'éduquer, un jeune homme du nom de Gabriel, lequel aimi ralt aussi à étudier la médecine. A Bcit Lapât, Serge avait dû trouver une école; Timothée lui recommande d'en soigner les élèves comme la prunelle de ses yeux. Lettre vm, ibid., p. 90, trad., p. 58.
Lorsqu'il favorisait les études des clercs et des moines, Timothée était mû sans doute par l'amour pour la science, qui lui restait de son passage à l'école de BasoS; mais, habitant la capitale, il voyait aussi, chaque jour, combien la science était le meilleur atout des chrétiens et surtout des prêtres en face des dominateurs musulmans, toujours prêts à mépriser ceux qui n'adhéraient pas à leur religion. Il ne manquait pas de chrétiens influents à la cour; mais précisément, la plupart étaient des savants. Lui-même devait probablement à sa connaissance des auteurs grecs une partie 'I' on prestige. Mais Timothée n'était pas uniquenvnt un prélat de cour; avant tout, il se sentait pontifi, trè> conscient de sa responsabilité comme sucfviur des apôtres, comme participant à la responsabilité mênv de Pierre. Aussi s'appliqua-t-il à bien choisir h s évêques de sa communauié, agis-ant d'une façon très personnelle, afin de couper court à la brigii-.
t surtout dans ses lettres à Serge, devenu métro- |)olit( d'Élam, que se trouvent les informations sur les promotion» aux sien -, épiscopaux ou métropolitains. I.e métropolite de Chine est mort; Timothée pente que Serge pourrait lui trouver quelque part un moine qualifié. Lettre xm, p. 109, trad., p. 72. De même il lui d mande un candidat pour Hérat, où U faut un bon dialecticien, car il y a des monophy-
sites. Lettre xxv, p. 141 sq., trad., p. 96. Les chrétiens de la nouvelle Nedjran, qui se sont fixés près de Koufra, après s'être enfuis du Yémen, ont renoncé à l'hérésie julianiste et demandent un évêque. Timothée va donner satisfaction à leur légation. Lettre xxvn, p. 151, trad., p. 102. Timothée a pourvu coup sur coup : Ninive par la consécration de Hënaniso'. le Beit Madaï par celle du moire Paul, en remplacement de ISô'zëkâ; le métropolite de Gaukaï a été désigné pour Hérat; Babban Habib, du clergé de Hëdatâ, a été consacré métropolite de Bai"; Jean, évêque de Hëdatâ, a été transféré à Nisibe. Lettres xxi, xxn, p. 131-135, trad., p. 88-90.
Il ne suffisait pas d'ailleurs de bien choisir les évoques; il faut encore les surveiller, contrôler leur administration, les contraindre, au besoin, à observer la discipline. Timothée raconte longuement à son correspondant préféré comment s'est comporté un des nouveaux élus, Hënaniso', nommé au siège métropolitain de Serbaz en Gédrosie (Bélouchistan). Timothée l'a choisi en secret, lui recommandant avec force de ne révéler à personne sa nouvelle dignité jusqu'à son arrivée au-delà du Fars, dont les habitants sont terriblement antichrétiens. Mais il n'a pas tardé à se vanter en petit comité et Timothée l'a su. Il en a été si profondément affecté que, sans l'intervention de quelques amis, il ne l'aurait même pas consacré. Du moins, lui a-t-il enjoint de ne pas séjourner à Bassorah et Huballat, pas même une heure. Lui, au contraire, a fait une entrée solennelle à Bassorah, en co- tume pontifical, comme s'il arrivait à son siège 1 Et il s'est arrêté pour ramasser des fonds. Après quoi, ne voulant plus courir le risque d'un voyage dangereux, le nouveau métropolite parle de réintégrer son couvent d'origine. Timothée ne le tolérera pas : il l'a interdit, et il demande au métropolite d'Élam de publier cet interdit dans toute sa province. Lettre xm, p. 107 sq., trad., p. 70 sq.
Abraham, évêque de Gaï a quitté son siège contre tout droit pour occuper celui de SûSter. Timothée déclare nulles toutes les ordinations qu'il aurait faites. Le coupable a cherché à Bagdad des intercesseurs; mais le catholicos a tenu bon et l'a renvoyé : il ne pourra exercer son ordre que dans le diocèse pour lequel il a été consacré. Lettre m, p. 75-78, trad., p. 43 sq.
Autre est l'histoire de Siméon, évêque de Maysân. Ne sachant comment apprécier les accusations portées contre lui, Timothée lui a enjoint de s, présenter à son tribunal, sous peine de censure. Comme il n'est pas venu, le catholicos a délégué Zacharie de KaSkar et Jonas de Hérat. Les deux prélats n'ont pas trouvé qu'il y (ût de quoi condamner l'accusé. Siméon a fait alor* le voyage de Bagdad. Timothée le renvoie à son siège, députant Zacharie de Kaskar et Siméon, évêque de Zabë, pour qu'ils l'accompagnent et pacifient son peuple. Lettre xxv, p. 139-141, trad., p. 94 sq.
Dans tous ces faits, Timothée apparaît comme un pontife juste et ferme. Il fallait plus d'autorité pour gouverner convenablement sous une domination non chrétienne. Dans l'empire byzantin, l'empereur aidait à maintenir l'ordre dans les milieux ecclésiastiques, empêchant schismes ou hérésies; les califes n'y songeai) -nt pas. Aussi Timothée examinait-il attentivement les candidats : SabriSô'. qui a prêché devant lui, aurait été un bon choix pour Nisibe, ville savante, car son discours était solide, émail lé de passages empruntés à Grégoire de Nazianzc. (,'esl dommage qu'il soit arrivé lorsque le nomination de Jean, évêque de Hëdatâ, était déjà faite; sans ce contre temps, dû peut-être à sa négligence, il aurait été préféré. Timothée, toutefois, considère que ce retard fortuit est un coup delà Providence. Lettre xxi, p. 138, trad., p. 89.
TIMOTHÉE Ie'. ÉCRITS
Ainsi munie d'un épiscopat de choix, l'Église nestorienne pouvait s'étendre au loin. Timothée n'avait pas à créer les missions de Chine et de l'Inde, mais il eut soin d'y affecter, en plus des prélats nécessaires au fonctionnement normal des communautés, un certain nombre de moines, chargés de la propagation de la foi chrétienne parmi les païens. Ces zélés missionnaires avaient vraiment l'esprit des apôtres : « Beaucoup de moines, écrit le catholicos, passent la mer pour aller aux Indes et en Chine, n'ayant pour tout bagage qu'un bâton et leur besace. » Lettre xm, p. 107, trad., p. 70. Mais sans aller si loin, il y avait tant de peuples à convertir! C'est bien à Timothée, semble-t-il, qu'est due l'initiative des missions au nord de la Perse, dans les provinces du sud de la Caspienne, massif montagneux du Daïlom, zone marécageuse du Gîlân, plaine du Mùqân, arrosée par le Kour et l'Araxe, dont l'évangélisation a suscité l'enthousiasme du monastère de Beit 'Abë. Cf. Thomas de Marga, op. cit., 1. V, c. i-xn, p. 252-293, trad., p. 467-523; éd. Bedjan, p. 261-306. A l'est de la Perse, les missionnaires envoyés par Timothée prêchèrent la bonne nouvelle aux Turcs et pénétrèrent jusqu'au Beit Tuptâyë ou Thibet. Lettre xli aux moines de Mar Maroun, dans le Borgia syriaque 81, fol. 324. Voir, sur les missions nestoriennes au temps de Timothée, Labourt, op. cit., p. 37-49 et ici l'art. Nestorienne (Église), t. xi, col. 197, 206, 209.
Dans plusieurs lettres Timothée se plaint de sa santé; l'absence d'ordre chronologique dans la collection conservée ne permet pas cependant de déterminer quand et comment débuta la décadence de cet homme énergique. Dans la lettre xi, il dit que ses yeux le font souffrir, au point qu'il ne peut écrire qu'avec une grande difficulté, p. 101, trad., p. 66. Dans la lettre xm, il s'agit de douleurs qui affectent les reins et tous les os, p. 109, trad., p. 71. Dans la lettre xix, Timothée se dit très souffrant et, dans la lettre xxi, il se plaint d'être atteint dans son corps et dans son âme; il se sent proche de la mort, p. 130-133, trad., p. 86- 88. Dans la lettre xxix, très antérieure à celles-ci, car Serge dirigeait encore l'école de BasoS, le catholicos raconte qu'après un moment de grande faiblesse ses douleurs se sont passées, p. 152, trad., p. 103.
Plus compatissant peut-être parce que de santé moins constante, Timothée avait fait bâtir à Bagdad un hospice, ÇevoSo/eïov ou bimaristân, pour lequel il avait dépensé 20 000 dirhems d'argent. Borgia syriaque 81, fol. 345 r°, v°.
Lorsque Timothée, épuisé par l'âge, se vit à la mort, il recommanda qu'on lui donnât pour successeur son ancien condisciple, devenu son adversaire, l'octogénaire Iso'barnûn. Barhebrseus, Chronicon, t. m, col. 181-184. Le deuxième successeur de Timothée sera plus âgé encore : nommé à cent ans, il mourra à cent quatre. Mari, p. 76, trad. 67.
IL Œuvres. — Ébedjésus, dans son catalogue, énumère comme suit les écrits de Timothée : « Timothée a fait un livre sur les astres et la discussion avec al- Mahdï; un (livre) sur les jugements ecclésiastiques et les tomes synodiques. On a de lui environ deux cents lettres distribuées en deux séries, et un livre de questions qui concernent aussi l'histoire. » J.-S. Assémani, Bibliotheca orientalis Clementino-Vaticana, t. m a, Rome, 1725, p. 158-163. Barhebrseus donne une information assez différente : « Il écrivit un grand nombre de livres et des homélies pour les dimanches du cycle annuel; une interprétation de (Grégoire) le Théologien, un livre d'astronomie et le recueil des discussions qu'il eut avec Georges, patriarche des jacobites. » Op. cit., t. m, col. 179-182.
L'ouvrage de Timothée sur les astres, astrologie ou astronomie, n'a pas été retrouvé jusqu'ici et il ne semble pas avoir laissé de traces dans la littérature
syriaque. Le « livre des questions » n'est pas identifié, non plus que le recueil des discussions avec le patriarche jacobite Georges de Bë'ëltan, qui, retenu pendant neuf ans à Bagdad comme prisonnier jusqu'à l'avènement d'al-Mahdi (775), y resta encore suffisamment après cette date pour avoir eu l'occasion de rencontrer Timothée. Il se peut d'ailleurs que les deux titres, de Barhebrseus et d'Ébedjésus, se rapportent à un seul et même ouvrage, car le texte du dernier présente des variantes. Le manuscrit de Séert 109, 12°, écrit en 1609, en contenait, à ce qu'il semble, un extrait (les manuscrits de cette bibliothèque ont été dispersés ou détruits pendant la première guerre mondiale). A. Scher, Catalogue des manuscrits syriaques et arabes conservés dans la bibliothèque épiscopale de Séert, Mossoul, 1905, p. 78.
L'interprétation de Grégoire de Nazianze peut être soit un commentaire, soit une traduction, car le mot pûSqê employé par Barhebrseus a les deux sens. O. Braun, Der Katholikos Timotheos I..., dans Oriens Christianus, t. i, 1901, p. 147 sq., considère comme invraisemblable que Timothée ait écrit un commentaire sur l'œuvre du Nazianzène; A. Baumstark, au contraire, ne l'exclut pas, Geschichte der syrischen Literatur, Bonn, 1922, p. 217 sq. Il est certain que, dans les discussions théologiques de Timothée sur l'incarnation, certains écrits de Grégoire de Nazianze tiennent une grande place, en particulier les lettres à Clédonius et le Iïepl uîoû. Les Syriens possédaient, depuis le vne siècle au moins, une traduction du Nazianzène, mais aux yeux de Timothée elle était entachée d'erreur : il la qualifie crûment « d'exemplaire des hérétiques ». Lettre xvn, p. 123, trad., p. 82. On comprendrait qu'il ait voulu en avoir une autre traduction, surtout de ces traités qui étaient alors, entre nestoriens et jacobites, l'objet de vives controverses. Il se pourrait que, sans traduire lui-même, il ait encouragé à le faire le savant médecin du calife, Gabriel bar Boktiso', auteur d'une traduction des ïambes, que le catholicos dit avoir entre les mains. J. Labourt, op. cit., p. xiv, 17, 27. A. Baumstark ne fait aucune allusion à ce travail, ni quand il parle de Gabriel, op. cit., p. 227, ni lorsqu'il traite des traductions syriaques de Grégoire de Nazianze, p. 77 sq.
1° Lettres. — Des deux cents lettres environ, distribuées en deux tomes, qu'a vues Ébedjésus, il ne reste guère qu'un groupe de cinquante-huit lettres, conservé dans un ms. du couvent de Notre-Dame des Semences, près d'AlqôS, non exempt de mutilation et dont il n'y a malheureusement pas de description très détaillée. Addaï Scher, qui le déclare d'une écriture antérieure au xive siècle, décrit comme suit la partie qui nous intéresse ici : « Cod. 90... vi. Trois lettres de Timothée le Grand, vu. Discussion du même patriarche avec le calife al-Mahdï. vin. Cinquante-sept lettres du même. Le synode du même patriarche se trouve aussi dans cette collection. » Notice sur les manuscrits syriaques conservés dans la bibliothèque du couvent des Chaldéens de Notre-Dame-des-Scmences, dans Journal asiatique, sér. X, t. vin, p. 57. J.-M. Vosté, Catalogue de la bibliothèque syro-chaldéenne du couvent de Notre-Dame-des-Semences près d'AlqôS (Iraq), dans Angelicum, t. m, 1928, p. 189 (extrait, p. 65), décrivant le manuscrit sous le numéro CLix, après avoir donné le détail des documents présentés par Scher sous le titre « Trois lettres », du cahier 27, p. 13, col. 1 au cahier 29, p. 4, col. 1, écrit : « 23. Discussion de Timothée avec le calife al-Mahdï sur la foi (deux traités), du cah. 29, p. 4 « au cah. 31, p. 4 b. — 24. Lettres de Timothée le Grand, au nombre de cinquante-sept du cah. 31, p. 5 a au cah. 39, p. 6 a. » Il ajoute que le manuscrit, de quarante-deux cahiers de dix feuillets, a quarante et une lignes par page, sur
TIMOTHÉE 1er. ÉCRITS
deux colonnes ; il ne mentionne pas d'autre disparition que celle du cahier 40, les trois premiers cahiers et le dernier étant en mauvais état. A. Scher avait noté, loc. cit., p. 58 : « Le premier cahier, deux autres avant le dernier et quelques feuillets d'autres cahiers manquent. Le deuxième et le troisième cahiers ont été intervertis lors de la reliure du manuscrit. » Ni l'une, ni l'autre de ces observations ne renseignent sur l'état des cahiers où sont contenues les lettres; c'est d'autant plus regrettable qu'il y a dans ce qui nous est parvenu des lacunes et des interversions; on aurait aimé à savoir si et dans quelle mesure elles proviennent du manuscrit d'AlqôS, ou si elles lui sont antérieures.
Que les lettres conservées ne se présentent pas dans l'ordre chronologique, c'est l'évidence même. Il suffit pour s'en rendre compte de considérer les deux groupes de lettres « à Serge prêtre et docteur », et « à Serge métropolite d'Élam ». Il s'agit d'un seul et même personnage, deuxième successeur d'Abraham bar DaSandâd dans la direction de l'école de BaSôS d'abord, métropolite ensuite. Le premier groupe comprend les lettres de la collection actuelle xv-xx, xxvii-xxxiii, xxxvii-xl, xliv, xlix; le second ni, v-vm, xi, xm, xxi-xxv, xlvi-xlviii, liii-lvi, Lvin. O. Braun, qui a traité des lettres ex professe» : Der Katholicos Timo- Iheos /..., dans Oriens Christianus, t. i, 1901, p. 138- 152, et qui a conduit jusqu'au numéro xxxix la publication des lettres avec traduction latine dans le Corpus script. Christian, oriental., Scriptores syri, sér. II, t. lxvii, n'a malheureusement pas abordé le problème du classement chronologique des lettres. Il ne s'est aperçu, par exemple, qu'en imprimant la traduction, comment à la p. 109 fie son texte imprimé commençait une nouvelle lettre, mutilée en tête, si bien que les numéros de la liste qu'il donna d'abord dans Oriens christianus coïncident imparfaitement avec ceux de l'édition. Or, cette lettre incomplète, qui porte dans la traduction le n. xiv, est antérieure à toutes celles adressées à Serge : elle contient l'éloge du premier successeur d'Abraham, Rabban Péthion. Elle n'est d'ailleurs pas adressée à Serge seul, mais à tous les membres de l'école de BaSôS, élèves compris.
La lettre xliii, que Braun a publiée avec traduction allemande, Iiriefe des Kalholikos Timotheos /., dans Oriens christianus, t . n, 1902, p. 4-11, lui est sans doute antérieure, car elle est adressée à un Rabban Péthion, connaisseur es lettres grecques, à qui Timothée annonce qu'il vient de terminer la traduction des Topiques d'Aristnte, en collaboration avec Abu Nuh. Ce destinataire doit être le personnage dont, la mort est signaler dans la lettre xiv. Le Rabban Péthion de la lettre ix (x dans Oriens christianus), publiée une première fois avec traduction allemande, ibid., p. 10- 29, est certainement un autre personnage, qui se trouvait en Élam, car Serge, déjà métropolite de cette province, est chargé dans la lettre de faire parvenir celleci à destination. Corpus script. Christian, oriental., p. 90, trad., p. 58. Et il se constitue de loi tout un groupe de lettres adressées à Serge ou aux Elamites (iv, x, xii) comprenant les lettres de m à xm, p. 75-109, trad., p. 48-72.
Si l'on pouvait être assuré que les premiers numéros de la collection I ont avec raison placés en avant de la lettre m du Corpus, cela donnerait pour la chronologie des lettres une donnée de premier ordre, car, dan le manuscrit d'AlqôS. la lettre m est précédée immédiatement par le récit de la discussion avec al-Mahdï, récit qui semble bien adressé à Serge, sans tout, fois que son nom ou son titre y figure. On devrait en conclure que Serge devint métropolite d'Élam avant la mort d'il -Malidi (785).
Deux document! ru loiri pa» des lettres proprement
dites : 1rs textes divers sur la réitération du baptême
de ceux qui ont été baptisés dans d'autres confessions, joints en appendice à la lettre sur le même sujet écrite à Salomon, évêque de IJëdatà, éd. Braun, p. 30-34, trad., p. 18-21, et la profession de foi de Nestorius, évêque du Beit Nuhadrân, souscrite par lui dans un synode tenu en 174 de l'hégire (790-791), Borg. syr. SI, fol. 353 v°-355, qui suit les canons notifiés à Éphrem, métropolite d'Élam, dont il a été dit ci-dessus qu'ils devaient être de 781, mais qui sont attribués à 786 par une note marginale du Paris, syriacus 332, et sont déclarés par le titre du morceau, dans ce même manuscrit, comme appartenant au premier synode du catholicos Timothée, lequel s'est tenu d'après Ébcdjésus précisément en 790. Synodicon orientale, éd. Chabot, p. 599.
Les deux lettres xxxv et xxxvi, adressées à un simple fidèle, nommé Nasr, sur diverses questions concernant l'incarnation, sont mises en relation avec la lettre xxxvn à Serge, directeur de l'école de BaSôS, où Timothée demande qu'on lui envoie une copie de ces deux lettres. Il y a donc un rapport d'antériorité certain. Le groupe doit s'étendre de xxxv à xl, ou même xlii, car les lettres xli (aux moines de Mar Maron) et xlii (aux étudiants du couvent de Mar Gabriel, à Mossoul) ne semblent rien contenir qui oblige à les sortir du contexte où elles se trouvent dans le manuscrit. La lettre xlv est adressée à Jean bar BoktiSô', frère de Gabriel, qui se trouvait dans le lieu d'origine de sa famille, GondêSapour ou Beit Lapât, résidence du métropolite d'Élam.
Les autres lettres sont: n à Rabban BoktiSô', diacre et médecin du calife, père de Gabriel et de Jean, sur l'âme, éd. Braun, p. 35-75, trad., p. 21-47; xxvi à Mâranzëkâ, évêque de Ninive; xxxiv aux chrétiens de Bassorah et Huballat, sur l'incarnation; m à Mâranzëkâ, prêtre et docteur; lvii à Bar-Sahdë, évêque de HormizdardaSir.
Les manuscrits des lettres cités par A. Baumstark, op. cit., p. 217, n. 6 : Séert 65 (xviie-xvme siècles), décrit par A. Scher, Catalogue des manuscrits syriaques et arabes conservés dans la bibliothèque épiscopale de Séert (Kurdistan), Mossoul, 1905, p. 50 (disparu depuis la première guerre mondiale); Mardin 50, A. Scher, Notice sur les manuscrits syriaques et arabes conservés dans la bibliothèque de l'éuêché chaldéen de Mardin, dans Revue des bibliothèques, t. xvm, 1908, p. 80, enfin le Borgia syriaque SI (ancien K. vi, 3), P. Cersoy, Les manuscrits orientaux de Mgr David, au Musée Borgia, de Rome, dans Zeitschrift fur Assyriologie, t. ix, 1894, p. 366 sq., ont été copiés sur le même manuscrit d'AlqôS. C'est aussi de ce même manuscrit que proviennent les copies récentes de la collection Mingana, lesquelles comprennent : n. 5S7, fol. 116 v°-357, l'ensemble des lettres; n. 17, fol. 1-78, la discussion avec al-Mahdï et la lettre xxvi à Mâranzëkâ, évêque de Ninive: n. 47. fol. 187-232, lettres il, I, ix, iv, xxvi et huit lettres à Serge, avant son élévation au siège métropolitain de GondêSapour. A. Mingana, Catalogue of the Mingana collection of manuscripts..., t. i; Syriac and Garshuni manuscripls, Cambridge, 1933, col. 1118 sq., 53, 130.
2° I.e récit en syriaque de la discussion avec al-Mahdï apparaît dans la collection des lettres après le long traité sur l'âme adressé a Rabban BoktiSô'. O. Rraun a eu tort de le rejeter à une autre place, sur la foi du manuscrit copié pour ,I.-B. Chabot, puisque OC manuscrit dérive, lui aussi, du manuscrit d*Alqô§. Le destinataire n'est pas nommé, ni dans le titre, ni dans le I' Xte, mais ce doit être Serge ; il semble qu'on puisse le eouelure du ton familier du début. La dlscu i t divisée en deux journées et il n'y a pas de rai on de penser que ce soit tin artifice de Style, comme dans 1. Mille ri une nuits. Ce textl i été publié d'après le
TIMOTHEE Ier. DOCTRINE
ms. Mingana 17 sous le titre : The Apology o/ Timothy the Patriarch bejore the Caliph Mahdï, dans Woodbrooke Sludies, t. il, p. 1-162, reproduction photographique blanc sur noir du texte syriaque, p. 91-162, et traduction anglaise.
Il existe une traduction arabe assez littérale, des discussions du premier jour dans le ms. 662 (xixe s.), acheté à Mossoul, de la bibliothèque de l'université Saint-Joseph de Beyrouth. L. Gheikho, Catalogue raisonné des manuscrits de la Bibliothèque orientale, p. 403 (Mélanges de l'université Saint-Joseph, t. xiv, fasc. 3, p. 43). Ce texte a été édité dans al-MaSriq, t. xix, 1921, p. 359-374, 408-417, puis dans une brochure intitulée Trois traités de polémique et de théologie nestoriennes, Beyrouth, 1923, p. 1-26. Une recension différente se trouve dans plusieurs manuscrits, dont le n. 548 de 'a même bibliothèque, p. 272-316. Catalogue..., p. 331 (Mélanges..., t. xi, fasc. 5, p. 237), beaucoup plus libre que la précédente, assez ancienne, puisqu'on en connaît un manuscrit du xive siècle. C'est cette recension, intitulée habituellement « Questions et réponses dites dans la séance entre Timothée et l'émir des Croyants al-Mahdï », qui est signalée d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris, ancien fonds 112, par M. Steinschneider, Polemische und apologetische Literalur in arabischer Sprache, dans Abhandlungen fiir die Kunde des Morgenlandes, t. vi, fasc. 3, Leipzig, 1877, p. 146. Le baron de Slane, Catalogue des manuscrits arabes, Paris, 1883-1895, p. 20, observe à propos de ce manuscrit, aujourd'hui Arabe 82, que son texte diffère d'une composition analogue contenue dans Arabe 205 (supplément 107), fol. 176 v°-186, intitulée « Treize questions adressées par le calife a!-Mahdî à l'excellent Père catholicos, primat des Nestoriens », op. cit., p. 55. La recension de Arabe 82 est habituellement divisée en vingt-six ou vingt-sept questions.
3° Les œuvres canoniques de Timothée sont, d'après Ébedjésus, « les ordonnances sur les jugements ecclésiastiques et les héritages » et les « tomes synodiques ». La première de ces œuvres, terminée en 805, contient 99 questions et réponses, précédées d'une préface. Elle a été traduite en latin par J. Labourt, op. cit., p. 50-86; texte syriaque et traduction allemande dans E. Sachau, Syrische Rechtsbiicher, t. n, Berlin, 1908, p. 53-117. Il est plus difficile d'identifier les « tomes synodiques ». L'opinion qui paraît la plus fondée est celle qui comprend sous ce terme la collection des synodes des Syriens orientaux, que J.-B. Chabot a publiée sous le titre de Synodicon orientale. Le fait qu'elle s'arrête au synode de liënaniso' II, prédécesseur immédiat de Timothée, suggère qu'elle fut préparée sous le pontificat de celui-ci, avant qu'il tînt son premier synode en 790. Sur les œuvres canoniques de Timothée, voir J. Dauvillier, Le droit chaldéen, Paris, 1939, col. 59-64 (tiré à part du Dictionnaire de Droit canonique, t. ni, col. 343-347). Timothée, dans son souci de guider les juges et de leur faciliter la pratique du droit ecclésiastique, fit traduire en syriaque le traité synthétique d'ISô'bokt, métropolite de RewardaSir, sur l'ensemble du droit. Ibid., col. 57-60; Dictionnaire..., col. 340-343. Pour les canons de Timothée, qui ont été insérés par Ébedjésus dans son Ordo judiciorum ecclesiasticorum, voir maintenant la traduction latine de J.-M. Vosté dans S. Congregazione per la Chiesa Orientale, Fonli, sér. II, fasc. 15, Caldci- Diritto antico, II, Cité du Vatican, 1940, passages indiqués dans l'Index fontium, p. 254.
III. Doctrine. — 1° Science de Timothée I". — Écrivant à son ami Serge, encore directeur de l'école de BaSôS, Timothée déclare qu'il n'a jamais rien connu à fond, même les livres d'interprétation facile, et que s'il a eu jadis un peu de science, il l'a perdue en raison
du temps écoulé et surtout pour toutes les épreuves supportées et les soucis continuels. Lettre xxxvm, éd. Braun, p. 272, trad., p. 189. Mais c'est une formuledictée par l'humilité; Timothée Ier mérite d'être considéré comme un vrai savant et il n'est pas douteux qu'il faisait figure de savant dans la Bagdad des premiers Abbassides, point de rencontre de la culture arabe, en train de s'épanouir, avec l'iranienne, sur le point de se transformer. Il était d'ailleurs bien à sa place comme savant, en un tel temps, à la tête de la communauté des Syriens orientaux, qui, ayant maintenu dignement le flambeau de la civilisation araméenne héritière de la science babylonienne, avait donné à la Perse sassanide le système de l'écriture pehlvie et, par les caractères ouïgours, étendait bien au-delà de l'Iran, jusqu'aux confins orientaux de l'empire mongol, l'influence de l'élégant estranghéio édessénien.
En plus du grec, Timothée, dès sa jeunesse, avait appris la langue arabe; il la possédait assez pour avoir osé entreprendre, sur le désir de l'émir des croyants, une traduction à partir du syriaque des Topiques d'Aristote, en collaboration avec son ami Abu Nuh. Lettre xliii, dans O. Braun, Briefe des Katholikos Timotheos L, dans Oriens chrislianus, t. Il, 1902, p. 3 sq. La discussion de quelques paroles hébraïques dans les lettres xxxv et xxxvi à Nasr, ibid., p. 206, 240-242, trad., p. 141, 166 sq., suggère que Timothée eut une certaine connaissance de la langue hébraïque, encore qu'il ait pu ne connaître ces mots qu'au travers de manuscrits de la syro-hexaplaire. D'autre part, il ne devait pas ignorer le persan. On peut déjà le conjecturer de son intérêt pour la traduction en syriaque du traité d'ISô'bokt de Rcwardasïr, voir ci-dessus. On doit se rappeler, en outre, que le persan était la langue usuelle d'une proportion considérable des ouailles du catholicos de Séleucie-Ctésiphon, soit dans le sud de la Mésopotamie, soit dans toutes 'es provinces excentriques, à l'Est vers l'Asie centrale, au Nord, vers la mer Caspienne.
Que Timothée ait toujours montré de l'intérêt pour les études de son clergé, on l'a déjà vu ci-dessus. Il ne cessait pas d'étudier lui-même et ses lettres sont remplies de détails sur les livres qu'il possède, sur ceux qu'il emprunte, sur ceux qu'il copie ou fait copier. A Serge, depuis peu directeur d'école, il recommande certains livres, restés à BaSôS, mais qui lui appartiennent : certains lui ont été donnés par leur maître commun, Abraham bar DaSandâd, en compensation de certains avantages, d'autres proviennent du temps où il était évêque du Beit BagaS. Il n'a pas voulu les reprendre tant que Rabban Pcthion a vécu, mais il ne faudrait pas pour autant qu'on s'y trompât : il n'a jamais renoncé à la propriété de ces livres. Surtout que Nestorius, le nouveau métropolite de Damas, n'emporte rienl Lettre xvn, éd. Braun, p. 123, trad., p. 82. On copie pour Timothée dans cette école de BaSôS, qui lui est si chère, mais on a fait une confusion en lui portant des fascicules isolés; il demande à Serge de pourvoir à la rectification, puis remercie, lorsqu'elle est advenue. Lettres xxx, xxxm, p. 153, 156, trad., p. 104, 106. Il ne suffit pas d'ailleurs à Timothée qu'on lui reproduise les textes qu'il a pu connaître à BaSôS; il veut d'autres ouvrages, qu'il ne connaît que par ouï-dire. Qu'on les lui procure, même s'ils n'existent que dans des traductions faites par les jacobitesl Lettre xvn, p. 123 sq., trad., p. 82. Serge doit faire l'impossible, aller de sa personne, s'il le faut, au monastère de Mar Mattaï, la forteresse des jacobites dans les environs de Mossoul : il doit à tout prix procurer au catholicos la traduction du pseudo-Aréopagite par Athanase de Balad, ou celle de Phocas d'Èdesse, qui est meilleure. Qu'il fasse copier ou em-
TIMOTHÉE I«. DOCTRINE
prunte! Lettre xxxm, p. 156, trad., p. 106. Déjà Rabban Péthion avait été invité à faire une démarche à Mar Mattaï, où il devait chercher, avec des scholies aux Topiques et à d'autres écrits d'Aristote, un écrit du philosophe Némésius sur la constitution de l'homme et la traduction du pseudo-Aréopagite. Lettre xliii, Oriens christianus, t. il, 1902, p. 6-11. Après quelque temps, Timothée revient à la charge : il promet de lire et de copier dans le délai d'un mois. Serge ne doit point dire qu'il enverra le volume à Bagdad; qu'il le demande comme pour lui-même 1 Après quoi il l'enverra, en ayant soin de choisir un homme sûr, afin qu'il n'arrive rien de fâcheux. Lettre xxxvii, éd. Braun, p. 265, trad., p. 184. A Mar Mattaï encore, qu'on recherche l'apologie d'Athanase sur sa fuite, le discours de Grégoire de Nysse sur la mort de sa sœur Macrine, le traité d'Eustathe d'Antioche contre les ariens « en six ou sept livres ». Lettre xxxix, p. 279, trad., p. 194. Même lorsque Serge est devenu métropolite, Timothée lui envoie encore des demandes : il voudrait les six livres d'Eusèbe en faveur d'Origène, qui se trouvent parmi les livres d'Éphrem (son prédécesseur sur le siège de Gondësapour); celui-ci les avait copiés lui-même et les avait promis au catholicos, mais la mort l'a empêché de réaliser sa promesse. L'exemplaire doit se trouver dans la bibliothèque de SûSter. Timothée copiera et renverra; de même pour Grégoire de Nysse et, s'il y a d'autres livres que Timothée ne connaît pas, que Serge les lui envoie I Lettre xm, p. 109, trad., p. 72.
Il n'est pas étonnant que les écrits d'un homme qui s'intéressait à ce point aux textes des auteurs grecs soient remplis de mots grecs et que les citations patristiques y abondent. J. Labourt a relevé les noms d'une quinzaine d'auteurs occidentaux, tous grecs sauf Ambroi>c, dont les œuvres sont alléguées par Timothée, et il a signalé un certain nombre de mots grées, choisis parmi les moins usuels. De Timolheo /..., p. 27 sq.
2° Apologétique. — Le récit de la discussion de Timothée ave e ai-Mahdi, sous sa forme authentique, est un précieux témoignage sur ce que pouvait être, aux environs de l'an 800, l'apologétique chrétienne en pays musulman. Il faut avoir présentes les circonstance s pour apprécier exactement le développement des arguments. Bien qu'il ait été un des meilleurs princes de la dynastie abbasside, le calife al-Mahdi n'était pas pour autant un protecteur des chrétiens, mais l'émir des croyants, vicaire de Mahomet pour procurer le progrès de l'Islam. Un mot blessant à l'adresse de sa religion l'aurait contraint à condamner son interlocuteur, comme aussi trop de complaisance à louer même partiellement l'activité du prophète l'eût autorisé à imposer une profession d'islamisme. Timothée se montre à la fois prudent et courageux, très habile à louer dans Mahomet son zèle pour le monothéisme, qu'il a en commun avec les prophètes de l'Ancien Testament, mais se refusant à le qualifier de prophète ou à recevoir en bloc son enseignement. Woodbrooke Studiex, t. ii, p. 61 sq. Quand le calife demande au catholicos s'il reconnaît que le Coran a été donné à Mahomet par Dieu, Timothée a bien soin de répondre : « Ce n'est pas mon afTaire de décider s'il a été donné p-ir Dieu ou non. • Et il invoque en faveur des livres bibliques le témoignage des miracles, p. 36.
Le calife, naturellement, voudrait acculer son interlocuteur à une profession de foi islamique : « Comment se fait-il que vous acceptiez le Christ sur la foi ries prophètes et que vous n'acceptiez pas MihfrmH mit la foi du Christ? » Timothée répond que l'Ancien Testament contient un certain nombre de prophéties messliiniques, tandis que le Nouveau Testament ne dit rien d'un prophète avenir, p. 32 sq., à l'exception
d'Élie, qui doit à la fin des jours tenir tête à l'Antéchrist. P. 54. Ce qui est dit du Paraclet dans l'Évangile ne peut pas se rapporter à Mahomet, tandis que ce qui a été annoncé du Messie s'est réalisé en Jésus. P. 32- 35. Les chrétiens n'ont d'ailleurs rien enlevé de leurs livres, p. 35; pour l'Ancien Testament, qu'ils ont en commun avec les Juifs, ceux-ci les en auraient empêchés, étant leurs adversaires, p. 57, et quant au Nouveau Testament, s'ils avaient voulu y changer quelque chose, ils auraient commencé par modifier les termes qui y produisent d'apparentes contradictions et y auraient supprimé ce qu'il y a d'humiliant pour Jésus. P. 58. Al'objection queles chrétiens se sont comportés vis-à-vis de Mahomet comme les Juifs vis-à-vis du Christ, Timothée répond que la fin de la loi mosaïque a été annoncée, et non celle de la loi évangélique : il y a eu des miracles pour abroger la première de ces lois, il n'y en a jamais eu pour abroger la deuxième en faveur du Coran. P. 48, 36. La prophétie a été terminée au temps de Jésus; cela résulte de Gen., xlix, 10 et de Dan., ix, 24 sq. P. 38.
A noter une curieuse objection d'al-Mahdï au sujet de Deut., xvm, 18 : « Je leur susciterai un prophète du milieu de leurs frères, semblable à toi. » Ces frères, dit le calife, ne peuvent être les Juifs eux-mêmes, ce sont donc les Arabes, descendants d'Abraham par Ismaël, et le prophète semblable à Moïse est Mahomet. Timothée répond d'abord que les Juifs ont d'autres frères que les Arabes : les descendants d'Abraham par Cétura et les Édomites, qui leur sont plus proches comme descendant d'Isaac. D'autre part, le prophète en question doit être envoyé aux Israélites et pris du sein de leur peuple. P. 50 sq. Mahomet, de l'avis du calife lui-même, a été envoyé au peuple des Arabes, p. 51; il a fait pour eux, en leur donnant un livre, ce que Moïse et Jésus ont fait respectivement pour les juifs et pour les chrétiens. P. 48.
Il se peut que l'éloge de Mahomet, qui se trouve au début de la deuxième journée de la discussion, soit la raison pour laquelle les traducteurs arabes se sont arrêtés à la fin de la première journée : des chrétiens, moins bons dialecticiens que Timothée, pouvaient craindre de se voir opposer, par des adversaires matériellement plus puissants qu'eux, des paroles au terme desquelles on aurait pu leur de mander, au nom de la logique, soit de professer l'Islam, soit au moins d'admettre le Coran comme livre inspiré au même titra que les livres de l'Ancien Testament.
Comme on pouvait s'y attendre, c'est sur le dogme de la Trinité que la discussion théologique s'appesantit le plus ; mais les arguments sur ce sujet se mêlent à ceux relatifs à la personne du Sauveur. Lorsque le calife objecte que les trois noms de la Trinité sont ceux de trois dieux, Timothée répond que le calife aussi a une parole et un esprit; mais, puisque les hommes sont dépourvus de pérennité, leur parole ne dure qu'un moment. En Dieu, esprit et parole sont éternels. Le Verbe et l'Esprit ne peuvent pas plus être séparés de Dieu que la lumière et la chaleur solaires ne peuvent être séparées du soleil, car alors celui-ci cesserait d'être source de lumière et de chaleur. Dieu, si son Verbe et son Esprit pouvaient être séparés de lui, cesserait d'être un être rationnel et vivant. P. 22 sq. Timothée, à la demande du calife, donne les preuves scripturaires de ses assertions. P. 23-25. Le Fils et le Saint -Es prit viennent du Père, chacun à sa façon et simultanément . comme d'une pomme le goût et l'odeur. P. 26.
Le cattfl , M début de la deuxième journée. n\i. n! à la Trinité : il ( .t impossible d'admettre <|u'il y ait Identité entre un et trois. P, 62 sq. Tim<>( bée faJI appi I à l'Écriture sainte, qui parle de Dieu au pluriel, et il ( Kpliqw pourquoi Mahomet n'a pas pu parler de Trinité aux Arabes, qui avaient tous grandi dans le poly-i
TIMOTHÉE Ie'. DOCTRINE
théisme. P. 68. Les anciens prophètes d'Israël, eux aussi, ont dû insister sur l'unité de Dieu. Si Timothéc d'autre part, doit emprunter ses comparaisons au monde matériel pour exprimer des pensées sur Dieu, c'est parce que l'esprit humain ne peut atteindre Dieu directement et n'atteint que ses opérations. Si les chrétiens parlent de la Trinité, c'est parce qu'ils en ont été instruits par les Livres saints; de lui-même, l'esprit humain ne pourrait s'exprimer ainsi. P. 72. Dieu, seul de toute éternité, est depuis toujours un « connaissant ». Il faut donc qu'il ait, de toute éternité, un objet de connaissance. Dieu se perçoit et se connaît par son Verbe et par son Esprit. Le Verbe et l'Esprit ne sont pas ajoutés à Dieu, à aucun moment; ils sont éternels et Dieu même. Il est de l'essence de Dieu d'avoir un Verbe et un Esprit. P. 75. Ni le Verbe, ni l'Esprit ne sont des créatures, on ne peut donc pas les traiter de serviteurs. P. 80.
La personne du Christ tient aussi dans la discussion une place considérable. La conversation commence par l'accusation assez vulgaire : « Comment un homme aussi instruit que le catholicos et aussi disert, lorsqu'il parle de Dieu, peut-il admettre que Dieu ait épousé une femme afin d'en avoir un fils? » Timothée distingue la génération éternelle et la naissance dans le temps. Le calife admet la conception virginale, mentionnée dans le Coran, mais il n'admet pas que la naissance de Jésus ait respecté l'intégrité de Marie. Timothée répond qu'Eve également a été formée d'Adam sans qu'ait été déchiré le côté de celui-ci et que les fruits sont produits parles arbres sans que ceuxci en soient endommagés. P. 18. De la naissance, l'exposé passe naturellement à la distinction des natures, suivant le langage nestorien : « Les vêtements de l'humanité que le Christ a pris de Marie. » P. 19. Le calife insiste alors sur la dualité et Timothée, tout en restant Adèle aux formules habituelles dans sa communauté, revendique, avec les deux natures, l'unité du Christ : « Il est un Fils et Christ et pas deux. Il n'est pas né de Marie comme il est né de Dieu, ni né de Dieu comme il est né de Marie. Cependant, le Fils et le Christ sont réellement un, bien qu'il y ait deux naissances; et le même Christ a Dieu pour père, par nature, et pour Dieu : pour père parce qu'il est le Verbe- Dieu, et pour Dieu parce qu'il est né de Marie. » P. 20 sq.
Le Christ, cependant, a été désigné par les prophètes comme le serviteur de Dieu; comment cela peut-il s'accorder avec sa divinité? P. 83. Timothée se tire de l'objection par une similitude qui dut plaire au calife, en même temps qu'elle nous fournit pour la discussion une date post quem des plus précieuses. Il loue le fils préféré d'al-Mahdi, Hârûn, déjà proclamé héritier présomptif, au détriment de son frère aîné, de s'être distingué en 782 au cours d'une campagne brillamment menée en Anatolie contre les Byzantins. Hârûn, héritier présomptif, en allant combattre, n'a rien perdu de sa filiation par le fait de sa mission militaire. De même en est-il pour le Christ, qui reste fils lorsqu'il remplit sa mission terrestre. Si les prophètes l'appellent serviteur, ce n'est pas parce qu'il le fut réellement, étant Dieu, mais parce qu'il fut regardé comme tel par les Juifs. En même temps qu'il est désigné par des termes de mépris, le Christ est appelé par les prophètes le plus beau des enfants des hommes, prince de la paix, etc. Des Byzantins pourront s'imaginer que Hârûn combattant est tout simplement un des soldats du calife, parce qu'ils ignorent sa filiation et sa dignité royales, mais ceux qui le connaissent savent qu'il est prince et roi, p. 84 sq. ; de même, en face des Juifs ignorants, les prophètes.
Le caractère divin du Christ est affirmé à plusieurs reprises, en particulier d'après l'Ancien Testament et les évangiles. P. 86 sq. Mais comment ne pas en con-
clure que Dieu a souffert en la chair du Christ et qu'il est mort? P. 87. Cette fois, Timothée se pose en nestorien; il abandonne délibérément les melkites et les jacobites, qui osent parler ainsi. P. 87 sq. Ailleurs, Timothée parle explicitement de la mort du corps de Dieu le Fils, l'opposant à la conception coranique d'un sosie substitué à Jésus sur la croix. P. 40 sq. Les nestoriens, en tout cas, qui seuls ont en tout la vraie croyance, suivant Timothéc, professent que Dieu a remplacé la passibilité par l'impassibilité dans la nature humaine qu'il a prise de Marie, en faisant ressembler à la divinité cette nature humaine, autant qu'il est possible qu'un être créé ressemble à son créateur, étant bien entendu qu'une créature ne peut s'élever d'elle-même à la ressemblance du Créateur, mais que le Créateur peut l'élever. P. 88.
Après ce que Timothée avait dit de l'unité divine, il était naturel de lui demander si le Père et le Saint- Esprit ne se sont pas incarnés en même temps que le Fils. S'il n'y a pas de distance entre les personnes divines, il est impossible que l'une d'elles s'incarne sans les autres. Timothée répond que la parole du calife se revêt de la voix, mais non son âme et son esprit. On dit qu'on entend la voix de quelqu'un, mais non pas qu'on entend son âme ou son intelligence, bien que la voix soit liée à l'intelligence et à l'âme. P. 27.
Les autres questions agitées dans la controverse n'ont pas grande importance du point de vue théologique. Pourquoi les chrétiens ne pratiquent-ils pas la circoncision, qu'a observée leur chef, Jésus? P. 27 sq. Pourquoi les chrétiens se tournent-ils vers l'Est pour prier? P. 29 sq. Pourquoi les chrétiens adorent-ils la croix? P. 39 sq. Les Juifs ont-ils été coupables dans la crucifixion, puisque Jésus est mort volontairement? P. 43 sq.
Il importe de noter, parmi les questions secondaires, un curieux reproche d'al-Mahdi à Jésus, coupable d'avoir laissé mourir sa mère, ou même de l'avoir tuée, puisqu'il peut donner l'immortalité à qui il veut. Timothée répond que Marie, mère de Jésus-Christ, par qui le royaume du ciel a été révélé, méritait bien d'être ravie au ciel. Mais pour cela il fallait d'abord qu'elle mourût. P. 52 sq.
La controverse prend fin sur une parabole relative à la vraie foi : le monde présent est comme une chambre obscure dont le sol est couvert d'une couche de boue. Sur ce sol il y a une perle, et les hommes la cherchent. Mais l'un d'eux ramasse un éclat de verre, un autre un morceau de terre durcie, un caillou. Pourtant tous croient avoir la perle, qu'on pourra reconnaître clairement lorsque le soleil sera venu, au dernier jour. Voici cependant un moyen qui permet de discerner dès maintenant qui a vraiment la perle : la pierre de touche, c'est l'accomplissement de vrais miracles. P. 89 sq.
3° Exposés dogmatiques. — Les lettres de Timothée sont riches en exposés dogmatiques, en particulier sur les points controversés de la christologic. Le P. Jugie a tenu le plus grand compte des trente-neuf lettres traduites dans le Corpus scriplorum christianorum orientalium. On voit par le nombre des références de l'index onomastique la place tenue parTimothée dans la série des théologiens nestoriens de langue syriaque, la première après Babaï. Theologia dogmatica christianorum orientalium..., t. v, De theologia dogmatica nestorianorum et monophysilarum, Paris, 1935, p. 779. La place a été faite aussi très large ici aux données des lettres dans l'art. Nestorienne (Église), t. xi, col. 288-313.
Comme dans la discussion avec al-Mahdï, Timothéc enseigne dans la lettre n que Dieu ne peut être saisi par la nature humaine, limitée; elle ne peut percevoir la nature de Dieu, ni complètement, ni incomplète-
TIMOTHÉE Ie'. DOCTRINE
ment, éd. Braun, p. 35, trad., p. 22. L'exposé de Timothée sur la Trinité dans les lettres xxxiv, xxxv, p. 197-207 sq., trad., p. 131 sq., 141 sq., correspond à ce qui se trouve dans la controverse avec le calife, Woodbrooke Studies, t. n, p. 22-26.
Les lettres xxxiii, xxxiv, xxxv traitent ex professo de christologie. Le P. Jugie en a réuni les principaux éléments, avec d'assez longues citations, dans un article spécial : De christologia Timothei I, p. 208-211. Timothée pense comme tous les nestoriens sur les points fondamentaux, enseignant que l'union de Dieu et de l'homme en Jésus est une « union de complaisance »; il repousse, en conséquence, les expressions de « Mère de Dieu » et « Dieu a souffert », mais il emploie un certain nombre de formules d'apparence catholique, rejetées par les nestoriens rigides, par exemple : Caro Verbum fuit per unionem; Jésus Deus est secundum naturam; per unionem nomina transferuntur ad naturas : Deus homo, homo Deus fit et dicitur, etc. Jugie, p. 211. Bien qu'il soit respectueux, en général, des opinions de Théodore de Mopsueste et de Babaï, il arrive à Timothée de s'en séparer; c'est ainsi qu'il exclut, contre Théodore, l'existence de la concupiscence en Jésus, lettre xxxiv, p. 176, trad., p. 120, tandis qu'il admet, contre Babaï, que Jésus eut, dès le sein de Marie et avant de parler, libre arbitre et scknee, celle-ci d'ailleurs capable de progrès, ibid., p. 201, trad., p. 137; cf. Jugie, p. 211, n. 6-7. L'expression Christus homo servus, qu'emploient Théodore, Nestorius et Narsaï, lui répugne; pour accommoder son sentiment aux paroles de ces illustres théologiens, Timothée distingue entre la nature humaine du Christ considérée en soi et l'hypostasc du Fils, lesquelles diffèrent comme l'universel et le singulier. L'appellation de serviteur se rapporte à la nature commune, non pas à l'hypostase de l'humanité de Notre-Seigneur. Lorsqu'il s'agit de cette hypostase de l'humanité, l'Écriture parle de « similitude de serviteur >; elle n'est pas qualifiée directement de serviteur. Lettres xxxiv-xxxvi, passim, p. 156-264, trad., p. 106- 183. A quoi le P. Jugie fait observer que Théodore et Nestorius ignoraient la distinction, proposée par Babaï, entre la nature universelle et l'hypostase concrète et Individuelle. Op. cit., p. 210, n. 1.
Quand il s'agit de volonté et d'opération, Timothée parle comme s'il était monothélite; il est monénergiste. En Jésus, il n'y a qu'une opération en dehors de ci' qui se rapporte à la nature ou à l'hypostase, nulle part il n'y a en lui de dualité. Mais il s'agit d'un accord de deux êtres voulants, dont l'un est subordonné à l'autre, comme l'instrument de musique au musicien. Jugie, p. 216-218.
Sur le motif de l'incarnation, Timothée professe l'opinion de la rénovation universelle, commun.' chez Us disciples de Théodore. Le monde est comme créé ■ n deux temps : Adam, étant mortel, était logique- Otent soumi à la corruption et au péché; le Christ est venu pour renouveler l'univers et le sauver de la servitude. Jugie, p. 222.
I.;i l< ttre n est un traité sur l'âme; on y trouve nombre d'enseignements intéressants, du point de vue philosophique autant que du point de vue théologique. Y parlant des anges, Timothée dit qui eeux-ci, créés dans ce monde ei avec ce monde, acquièrent leurs connaissances par la considération de l'univen. i'. 1 1 iq,, trad., p. 27 sq. L'âme est décrite suivant les principe s d< ta philosophie arl itotélicii nnc : subi innée Incorporelle et intelligible, subsistante et immort' I1 . qui se manifi t' par son activité, vivifiant le corps et
le guidant i :il lonnelll ment . liée an corps de telle façon qu ans l'un ou l'autre il n'y a pas d'Iiouim , acquérant toutes se connaissance! an moyen des sens, de
ntle qœ l'àm de son eorps n'a pa 'I'
connaissances actuelles. P. 35-75, trad., p. 21-47. En conséquence de cette doctrine, Timothée pense que les âmes des trépassés sont jusqu'à la fin du monde dans une sorte de sommeil, dans lequel leur raison et leur volonté n'agissent point, tout en subsistant en eux virtuellement. La mort est le silence de l'âme, le repos de ses facultés et de ses activités. Lettres n, xiv, xxxvi, p. 50-56, 112-114, 262, trad., p. 32-35, 74 sq., 181. L'âme n'est créée par Dieu que quand l'embryon est suffisamment formé, quarante jours après la conception; d'où la formule, identique à celle de Babaï, que le Verbe s'est uni immédiatement à la chair de l'embryon formé dans le sein de Marie, dès l'instant de l'annonciation, mais à l'âme quarante jours plus tard.
Timothée reconnaît la nécessité de la grâce pour commencer et parachever toute oeuvre bonne : Deus est initium, médium et perfectio omnium prœstanlium operum. Lettre vi, p. 85, trad., p. 55. Il enseigne la satisfaction vicaire, lettre xxxiv, p. 202 sq., trad., p. 138 sq., recommande la vénération des reliques des saints. Lettre xxxvi, p. 261-264, trad., p. 181-183.
Sur le baptême, Timothée a toute une lettre à Salomon, évêque de Hëdatâ, avec un appendice, p. 3-34, trad., p. 1-21. Il y enseigne le caractère ineffaçable du baptême, p. 16 sq., trad., p. 8 sq. Le baptême est invalide, non seulement s'il est administré par quelqu'un qui n'est pas chrétien, mais encore si celui qui l'administre n'est pas prêtre, ou si le prêtre qui l'administre a une foi défectueuse sur ce qu'il y a d'essentiel dans les mystères de la Trinité et de l'incarnation, comme serait de nier la divinité du Christ (Simon le Magicien, Mani, Marcion), ou sa divinité (Paul de Samosate, Photin, Marcel d'Ancyre), parce que, dans la bouche de tels hérétiques, la forme du baptême n'a plus son véritable sens. Ceux qui errent seulement sur le mode par lequel s'effectue l'union baptisent validement. P. 9-12, trad., p. 4-6.
La foi de Timothée sur l'eucharistie est correcte : » Nous croyons que le pain de froment, après la consécration, est le corps du Christ. » Lettre xxxm, p. 175, trad., p. 119. Le sacrifice de la messe profite à tous, vivants et morts, mais nous saurons seulement à la résurrection des morts la mesure du profit obtenu. Un chapitre entier est consacré à cette question dans la lettre n, p. 56-58, trad.. p. 35 sq. Le sacrifice de la messe obtient aux âmes dis trépassés une mitigation de leurs peines, mais non une expiation totale. Ibid., p. 57 sq., trad., p. 36.
L'Église nestorienne, après avoir professé l'indissolubilité du mariage, devint de plus en plus large en matière de divorce. Timothée admet cinq causes, en plus de l'adultère proprement dit, qui autorisent la rupture du lien conjugal : la fornication spirituelle par l'apostasie ou la pratique de la magie (q. xxxvi, 3°); la profession monastique des deux conjoints, avec consentement mutuel, ou une simple révolution commune aux deux époux de vouloir garder la chasteté (q. xxxvi, 1°); l'abandon de l'épouse par le mari, avec persistance dans cet abandon, après une invilat ion à mener la vie commune (q. xxx); l'absence d'un conjoint pendant trois ans oonsécutifs sans donner de nouvelles (q. xxix, xxxi, xxxn); une maladie grave cachée par un conjoint et découverte parl'uutri avant la consommation du mariage (q. xxxiv). J. I.abourt, op. cit., p. 61-70.
Sur la primauté pontificale, Timothée exprime une
théorie singulière, dans la lettit xxvi a Mâianzëkâ,
évéque de Nlnhte, p. 148*150, trad., p. 100102. I1 \ a quatre patriarcats, comme il y a quatri Qeuvea para
disiaijiK s.mais.d, même que les quatre Meuves liraient li or origine d'une si \ile , | mèim source, de même l< s quatre pah iau.it- denvc'.it tOUS dl l'Égllsi dl I lui
TIMOTHÉE 1er — TIMOTHÉK DE JÉRUSALEM
tiens orientaux », c'est-à-dire de l'église de la Mésopotamie, d'où le Christ a son origine, comme descendant d'Abraham. Même si le siège de Rome occupe la première place parmi les patriarcats, parce qu'il a été fondé par Pierre, celui de Séleucie-Ctésiphon l'emporte sur lui en raison de ses relations avec le « Seigneur de Pierre ». Bien avant que les autres gentils aient adhéré au Christ, les orientaux l'ont fait par leur « douze légats », c'est-à-dire les mages. Au siège de Séleucie- Ctésiphon convient donc le premier rang soit pour la région où il se trouve, le paradis terrestre étant la figure du ciel, soit parce que Nemrod a été le premier homme à ceindre une couronne royale, parce que la Mésopotamie est la patrie d'Abraham, parce que les orientaux ont eu le Christ trente ans avant les Romains et les Grecs. Timothée trouve encore pour justifier ses prétentions des considérations d'arithmétique mystique : de même qu'il y a cinq livres de Moïse, le Deutéronome, répétition de la Loi, ayant été ajouté aux quatre premiers livres qui la constituaient, de même les évangiles ont été complétés par le livre de Paul. Le Saint-Esprit gouverne l'Église au moyen du nombre cinq, comme iî y a cinq sens, de l'âme et du corps; ainsi le groupe des cinq sièges principaux : Séleucie- Ctésiphon et les quatre patriarcats.
Timothée ne semble pas avoir fait école sur ce point : Ébedjésus sera plus modeste en proposant dans son recueil de canons, traité IX, c. i, éd. Maï, p. 316, trad., p. 154 sq., un ordre des patriarcats basé sur la dignité de leurs fondateurs : Rome, Alexandrie, Antioche, Constantinople, Babylone, rattachés respectivement les quatre premiers à Pierre, Marc, Luc, Jean, ce dernier fondateur de l'église d'Éphèse, dont Byzance est l'héritière. Timothée, dans sa théorie des patriarcats s'est montré plus patriote que théologien.
Les principaux ouvrages où se trouvent des informations sur Timothée 1er, ainsi que les éditions de ses œuvres, ont été indiqués dans le cours de l'article. Voici quelques notices, qui n'ont pas encore été citées : W. Wright, A short historg of Syriac Literaiure, Londres, 1894, p. 191-194 (îéimpression de Eneyclopœdia Britannica, 9« éd., t. xxn, Edimbourg, 1897, p. 845, col. 1); Rubens-Duval, La littérature syriaque, 3e éd., Paris, 1897, p. 382; E. Sachau, Syrische Rechtsbùcher, t. n, Berlin, 1908, p. xvn-xxi; J.-B. Chabot, La littérature syriaque, Paris, 1934, p. 108 sq. E. Card. Tisserant.
TIMOTHÉE DE CONSTANTINOPLE (vie ou vne siècle). — Le nom de Timothée, prêtre de la Grande-Église de Constantinople, se lit en tête d'une assez longue dissertation sur les conditions de réception à la foi catholique des diverses catégories de dissidents, rcepl Siacpopàç tôjv 7Tpoo"£p)(0[i.èvc>v Ty; eùayEazârf] rjfxcôv tûotei. Conformément à des coutumes déjà anciennes parmi les Grecs, Timothée sépare les dissidents en trois catégories : ceux à qui il faut renouveler le baptême, ceux que l'on réconcilie seulement par une onction du saint chrême, ceux enfin dont on exige simplement une renonciation à l'erreur. Dans la première figurent, outre les membres de sectes gnostiques et de vieilles dissidences plus ou moins en marge du christianisme, des hérétiques dont la présence à cette place ne laisse pas de surprendre : eunomiens ou anoméens, partisans de Pelage et de Célestius. Sont réconciliés par simple chrismation les quartodécimans, ariens, macédoniens et apollinaristes. Au troisième groupe appartiennent les méléciens, nestoriens, messaliens ou euchites, ceux-ci assez longuement décrits, enfin les diverses variétés de monophysites, sur lesquelles Timothée s'étend avec une visible complaisance. Tandis, en effet, que nombre de sectes ne sont en fait mentionnées que pour mémoire — Timothée veut montrer qu'il a fréquenté, sans toujours les bien comprendre, les hérésiologues anciens — les antichalcédoniens de toute nuance sont décrits avec une pré-
cision et des détails qui montrent que l'auteur les connaissait d'assez près. En même temps qu'il apporte une contribution précieuse à la question du baptême des hérétiques, l'opuscule de Timothée se trouve être un supplément important aux hérésiologies anciennes. Postérieur à la mort de Justinien (565), il doit être antérieur aux querelles monothélites qui ne sont pas mentionnées. La première citation que l'on en trouve est faite par le patriarche Nicéphore Ier de Constantinople dans son Antirrheticon I (806-815).
Le texte grec publié d'abord par J. Meursius, dans ses Varii diuini, Leyde, 1619, a été repris par Combefis dans VAuctarium, t. u, 1648, puis par Cotelier dans les Monumenta Eccl. Grœc., t. m. C'est ce dernier texte qui est reproduit dans P. G., t. lxxxvi a, col. 12-74. Un traité sur les deux natures dans le Christ attribué aussi à Timothée par Meursius, doit être restitué à Maxime le Confesseur.
É. Amann.
TIMOTHÉE DE JÉRUSALEM, prêtre (ive-ve siècle), connu seulement par une homélie pour la fête de l'Hypapante (In occursum Domini), qui nous est parvenue sous deux formes : 1. Une forme écourtée, tronquée de tout le prologue et commençant par les mots : 0£pe, à.ya.TU]zi, TeXeuroûov SExatov : 2. Un texte complet : Incipit : M6voç èv àvOpcjToiç téXêioç icv6pco7roç. Publiée d'abord sous sa forme incomplète dans les Opéra Patrum de Birkmann, Cologne, 1568, en traduction latine seulement, puis, avec le texte original, par Combefis, dans le t. n de VAuctarium de Fronton-du-Duc, éd. de 1644, p. 844 sq., elle n'a vu le jour en entier que dans le t. x des Classici auctores de Maï, p. 585 sq., d'où elle a passé dans P. G., t. lxxxvi a, col. 237-254. A cause de la différence des incipit, certains ont cru à l'existence de deux homélies différentes : tel Fabricius, Bibliotheca greeca, t. x, p. 241, et sans doute aussi Maï, qui paraît avoir pensé que l'homélie était complètement inédite avant lui. Le Vaticanus grœcus 679 (x^xr3 siècle) donne le morceau sous le nom de Méthodius, prêtre de Jérusalem; d'autres mss, au témoignage de Fabricius, loc. cit., l'attribuent à Hésychius, prêtre de Jérusalem. Cette erreur des scribes s'explique par le fait que Méthodius d'Olympe et Hésychius de Jérusalem nous ont laissé aussi chacun une homélie In occursum Domini. Nul doute que l'auteur soit Timothée, prêtre de Jérusalem, comme portent la plupart des manuscrits. Tous les mss, du reste, mettent l'homélie sous le nom d'un prêtre de Jérusalem.
L'homélie de Timothée est importante pour l'histoire de la doctrine de l'assomption de la sainte Vierge. Elle renferme, en effet, une affirmation unique en son genre dans la tradition patristique des premiers siècles. Commentant les paroles du vieillard Siméon à Marie : « Un glaive transpercera ton âme », Luc, n, 35; Timothée écrit : « De là certains ont conclu que la Mère du Seigneur, mise à mort par l'épée, avait obtenu la fin glorieuse des martyrs. Mais il n'en est pas ainsi. L'épée de métal, en effet, traverse le corps, elle ne divise pas l'âme. La Vierge est jusqu'à ce jour immortelle, celui qui fit son séjour en elle l'ayant transférée dans les lieux de son ascension (ou, selon une autre leçon : l'ayant enlevée à l'endroit où se produisit l'ascension) : « èÇ&v xal tj roxpôévoç à/P1 "^K SeûpoàôàvaToç, toû xaToixifjaavTOÇ èv aù-t^j elç toùç àvaX7)<];lu.ouç aù-rrçv Xœpouç (ou : èv toïç àvaX7)i|nu,ot.ç aù-rrçv xwptoiç, leçon de la plupart des manuscrits) p.£TavacmQaavTO(;. » P. G., t. lxxxvio, col. 245. D'après ce texte, on ne peut pas dire, d'une manière certaine, que Timothée ait enseigné l'immortalité glorieuse et définitive de la Vierge en corps et en âme, à cause de l'expression : &Xpi TÎjç Ssûpo : jusqu'à ce jour, qui ferait songer à un enlèvement semblable à celui d'Hénoch et d'Élie. C'est cependant probable, surtout si la leçon elç toùç