‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 4)Chapitre 366 sur 423 · TRADITION. IRÉNÉE · texte numérisé non relu

TRADITION. IRÉNÉE

« appris », Se8iSàY(i.e6a xal 8iSiay.ou.ev. Cf. ApoL, i, 14, 13, 45, dont on peut rapprocher 10, 12, 17, 21, 27, 46, 61, 66; et ApoL, n, 4; D/a/., 48, 133, P. G., t. vi, col. 349 A, 336 C, 345 B, 397 B, 340 G, 344 B, 353 G, 361 B, 369 B, 420 BC, 429 A, 452 A, 580 A, 785B. « Apprendre » ([xavOàveiv), dans le sens d'apprendre la doctrine chrétienne est d'un usage fréquent chez Justin : apprendre en général, Apol., i, 13, 15, 61, col. 348 A, 349 G, 421 A; — apprendre des prophètes : ApoL i,27, 43, 59, col. 364 A, 393 A, 416 C; — apprendre du Christ : ApoL i, 8, 15, col. 337 C, 349 B; — apprendre des apôtres: ApoL î, 60; DiaL, 109, col. 420 D, 728 C; — apprendre des chrétiens, ApoL i, 60; DiaL, 32; ibid., col. 420 B, 544 D; — apprendre des Écritures ou des « mémoires des apôtres • : ApoL i, 28, 62, 63; DiaL, 87, 105, col. 372 B, 421 C, 424 C, 651 CD, 721 A, 724 A. On voit par là que la tradition orale peut, à coup sûr, trouver une large place dans cet enseignement chrétien. On l'a discuté spécialement à propos de ApoL i, 61 : xal Xôyov Se elç toûto TOtpà TÔiv à7toaTÔXov è(ià6o(Aev toûtov, où les uns ont vu une allusion à la Didachè, et d'autres à la doctrine vivante de l'Église. Cette dernière interprétation est d'autant plus vraisemblahle qu' « apprendre du Christ, des apôtres, des chrétiens » implique un enseignement purement oral. Mais Justin applique de préférence S'.SàoxzLv et SiSax^j à la prédication du Christ et des apôtres et à la catéchèse de l'Église, précisément parce qu'il pense avant tout à l'enseignement oral.

Justin ne parle pas expressément de l'autorité d'un magistère ecclésiastique. S'il prononce rarement dans ses écrits le mot d'Église, il a cependant le sentiment très profond d'être un membre fidèle de la grande Église, répandue à travers l'univers. D'ailleurs la In Apologie rapporte que, dans les réunions matinales des chrétiens, après une lecture des « mémoires des apôtres • et des écrits des prophètes, t le président, ô 7rpoE<jT«àç, fait un discours pour avertir et pour exhorter à l'imitation de ces beaux enseignements ». ApoL i, 67, col. 429 CD.

Les charismes ne sont pas encore complètement disparus; rappelant que les « prophètes ont fait des révélations par figures et paraboles », Justin déclare que l'intelligence des Écritures requiert t une grande grâce de Dieu », DiaL, 92, col. 693 C; cf. 30, 58, 90, 112, 119, col. 537 C, 608 A, 689 B, 753 C, 736A, 753A. Cette « grâce », c'est la « gnose » de Clément et de Barnabe. Elle ne s'oppose pas à l'autorité de l'enseignement officiel.

11. Aristide glorifie les chrétiens en affirmant qu'ils s'attachent à « servir la justice de la prédication des apôtres », ol elosTi Skxxovoûvteç Tfj 8'xaioaûvfl toû XT)p'jY(i.a-roç aÙTÔiv. P. G., t. xevi, col. 1121 C. Talien proclame que Justin s'est fait « le prédicateur de la vérité », xrjp'VcTtov tt)v à).T)0eiav, et lui-même se dit « le héraut de la vérité, xifjpuxa tt\z àX^Gctaç. ». Oral., ad Grœcos, 19, 17, P. G., t. vi, col. 848 B, 841 C. Ces expressions rcllètent à coup sûr l'idée d'une autorité enseignante.

Conclusion. — Tous les auteurs de cette période primitive considèrent que l'enseignement du Christ et des apôtres continue en le dépassant 1'cnscignrmcnt des prophètes (Ancien Testament). Cet enseignement du Christ était conçu sous la forme d'un enseignement traditionnel, vivant, oral ou écrit. On ne distingua pas encore expressément l'enseignement oral chrétien des écrits du Nouveau Testament. Mais la distinction était en germe et l'on reconnaît renseignement oral aux différents organes auxquels on le rapporte : les apôtres itinérants, les prophètes, les docteurs et, audessus d'eux, la hiérarchie avec son double pouvoir «le gouvernement et de magistère. C'est en fin de compte ce magistère qui sera la seule règle de la croyance des

fidèles; et ce magistère, c'est l'Église elle-même. Son enseignement, transmis par les apôtres et reçu d'eux et de ceux qui en sont les successeurs, fait seul autorité. Dans chaque Église, la succession ininterrompue des évêques depuis les apôtres est la marque la plus parfaite de l'autorité doctrinale et l'on comprend que l'Église romaine, Église de Pierre et de Paul, « la présidente de la charité », jouisse d'un prestige particulier.

2° Les conlroversistes. — Les écrits sont ici plus abondants. On étudiera plus spécialement saint Irénée Tertullien, saint Hippolyte, Clément d'Alexandrie, Origène, saint Cyprien et différents auteurs de l'époque de saint Cyprien.

Les Pères appuient l'enseignement chrétien sur la révélation, manifestée par les prophètes (Ancien Testament), te Christ et les apôtres (Nouveau Testament). Us reconnaissent un double recueil de livres d'autorité égale : car l'Église romaine, comme dit Tertullien, • associe la Loi et les prophètes aux lettres évangéliques et apostoliques ». De presser., xxxvi, P. L., (1844), t. n, col. 49AB. L'idée de la triple autorité doctrinale, prophètes, Christ, apôtres est maintenant associée à celle d'une Écriture tripartite : prophètes, évangiles et écrits apostoliques. Y a-t-il encore place pour l'enseignement oral? La réponse affirmative, on le verra, ne peut faire de doute.

Les mots TcapâSoaiç et 7tapa8iS6vai voient leur signification se préciser. Sans doute, ils s'appliquent encore à toute doctrine chrétienne, quelle que soit la forme de sa transmission. Cf. A. Deneffe, Der Tradilionsbegrifj, p. 29-39. Toutefois le substantif roxpàSootç, tradilio, désigne fréquemment : soit l'enseignement des apôtres ou des anciens, par opposition à la prédication des prophètes ou du Christ; cf. Hippolyte, Adv. Noelum, xvn : xaxà ttjv roxpàSoaiv tcjv àrroaToXcov, P. G., t. x, col. 825; Origène, In Matth., tom. xm, n. 1, P. G., t. xm, col. 1088 A; In ps., i, 5, t. JEU, col. 1093 A : r\ tô>v àpx«îwv TcapàSoatç, ; In Gen. fragm., tom. m, P. G., t. xii, col. 92 A; In Matth., tom. x, n. 17, t. xiii, col. 876 C; — soit la doctrine transmise par succession depuis les apôtres, par opposition aux Écritures (on trouvera plus loin de multiples références); — soit enfin les rites et pratiques religieuses se transmettant par l'usage. Ce dernier sens se retrouve assez fréquemment chez Tertullien : De corona, iv, P. L., t. n, col. 80 AB; De jejunio, x, ibid., col. 966 C. IlapdtSoaiç désigne directement la vérité transmise et non l'organe transmetteur : cependant l'idée de transmission par succession est inséparablement unie à celle du magistère vivant de l'Église. Voir dom Reynders, Paradosis. Le progrès de l'idée de tradition jusqu'à saint Irénée, dans Recherches de théol. anc. et méd., 1933, p. 155 sq.

1. Saint Irénée. — Voir Irénée (Saint), t. vu, col. 2423-2424. La question a été renouvelée par D. van den Eynde, op. cit., p. 158-187. Cet auteur étudie successivement chez saint Irénée, la notion de la tradition, sa justification, l'autorité doctrinale des Églises et des évêques.

a) Notion de la tradition. — Contre les hérésies, Irénée pose en principe que l'Évangile du Seigneur a été transmis par les apôtres au moyen de la prédication et des Écritures. Mais, à côté des Écritures et en face de la tradition secrète dont se réclament les gnostiques, il faut affirmer l'existence d'une tradition apostolique correspondant à la forme orale de la prédication primitive. Cont. hœr., III, i, 1 ; n, 1-2. P. G., t. vu, col. 844 A et 846 AB. Cette tradition présente deux caractères : elle est le dépôt que l'Église a reçu des apôtres et qu'elle conserve fidèlement; elle est transmise par la succession ininterrompue des évêques et des presbytres.

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