TRADITION. IRÉNÉE
C'est un dépôt reçu des apôtres et conservé fidèlement. Ecclesia... hanc accepit ab apostolis traditionem, Cont. haïr., II, ix, 1, P. G., t. vu, col. 734 A; In scripturis nobis Iradiderunt (apostoli), èyYpâcpiùç î]y-w rcapa- SéScDxe, III, i, 1, col. 845 A; traditionem apostolorum in toto mundo manifestatam, III, ni, 1, col. 848 A; in qua (Ecclesia romana) semper conservata est ea quœ est ab apostolis tradilio, III, m, 2, col. 849 A; t6 xY)puy[A<x tôv ànovzà'kcùv xal ty)v roxpàSociv, III, ni,3, col. 849 B- 850 A; Episcopi quibus apostoli tradiderunt Ecclesias...; firmam habens ab apostolis traditionem, V, xx, 1, col. 11 77 A.
Un des textes précédents montre chez Irénée l'équivalence de mxpâSocnç et de xif)puYU.a, prœdicatio, quand il s'agit du dépôt de la foi. Ainsi Irénée emploie, pour désigner la tradition des vérités de la foi apostolique, les expressions suivantes : ib X7)puy[xa, I, x,2, col. 552A ; t6 XYjpuyjjia tîjç àXrjGetaç, III, m, 3, col. 851 B ; cf. I, xx, 3, col. 652 G; tô xr)puy|j.a tûv ànocs-vokov , III, m, 3, col. 849 B; cf. III, xn, 3, col. 895 G. Voir aussi : ûtto ànoaz6Xu>v [xa6/)Teu0eîç, III, m, 4, col. 851 G ; ou encore Ttôv àrcooTÔXcov StSayô, IV, xxxm, 8, col. 1077 B; doctrina apostolorum, III, xi, 9, col. 890; ou prœdicatio (prœconium) apostolorum, II, xxxv, 4, col. 841 A; prœdicatio (prœconium) Ecclesiœ, III, xxiv, 1; V, praf.; V, xvm, 1; V, xx, 2, col. 966 A, 11 19 A, 1172 G, 1177 G. Enfin Irénée distingue la tradition concernant les doctrines de traditions concernant les préceptes, les Écritures, les usages. Cf. V, xx, 1, col. 1177 AB.
La transmission de la prédication apostolique a pour garantie de son authenticité la succession ininterrompue des évoques et des presbytres. La vraie tradition est « celle qui, venant des apôtres, est conservée dans les Églises par la succession des presbytres ». III, n, 1, col. 844 AB. La tradition est décrite comme la foi transmise par les apôtres et les disciples des apôtres : roxpà Se tûv àTtocnôXwv xal twv èxelvwv (xaGifjTCùv, I, x, 1, col. 549 A ; cf. II, ix, 1 ; III, i, 1 ; III, m, 2 ; III, xxiv, 1, col. 734 A, 844 A, 848 B, 966 A; cf. Démonstrat.,3, dans P. 0., t. xn, col. 757. Les disciples des apôtres sont les anciens ou presbytres et Irénée se réfère à leur enseignement écrit ou oral. IV, xxvi, 2; cf. xxxn, 1 ; V, v, 1; xxxm, 3, col. 1053 C, 1071 B, 1135 B, 1213 B. Cf. Fragm. 2 (ex epist. ad Florinum), dans Eusèbe, Hisl. eccl., V, xx, P. G., t. xx, col. 485. Parmi ces presbytres, plusieurs étaient évêques; par exemple " Clément de Rome, qui succéda en troisième lieu, après Lin et Anaclet, à Pierre et à Paul, qui a vu les apôtres et a conversé avec eux. Leur prédication, X7ipuy|i.a, résonnait encore à ses oreilles et leur tradition, roxpâSocRç, était devant ses yeux, et il n'était d'ailleurs pas le seul, puisque de son temps il en restait encore beaucoup qui avaient été instruits par les apôtres. » Cont. hœr., III, m, 3, col. 849 B-850 A. Même remarque au sujet de Polycarpe : « Il a toujours enseigné la doctrine apprise des apôtres, transmise par l'Église, et qui seule représente la vérité. » III, m, 4, col. 851 BC. Ordinairement, Irénée ne fait pas mention de la dignité épiscopale des « anciens »; il lui suffit qu'ils soient témoins oculaires de quelque apôtre ou disciple des apôtres. Cf. II, xxn, 5 : xal racvreç ol Tcpea6ÔTEpoi [xapTupoûiri.v, ol xaxà tïjv 'Aclav 'Itùàvvjr) to> to5 Kuptou jjLa6ï]T7i au[x6eëXY)x6TEÇ, ou encore IV, xxvn, 1 : Audiui a quodam presbytero qui audierat ab his qui apostolos videront. Col. 785 A, 1056 B.
C'est en combattant les hérétiques qu' Irénée en appelle à la succession ininterrompue des évêques et des presbytres pour garantir l'authenticité de l'enseignement de l'Église. Se posant comme les correcteurs des apôtres, les hérétiques en appellent à une tradition apostolique que le Seigneur aurait secrètement confiée à des disciples plus dignes. I, xx, 3; cf. III, ii, 1, col. 657 A, 846 B. Sous différentes formes, Irénée
insiste sur la science parfaite des apôtres touchant les vérités qu'ils devaient prêcher ouvertement. III, i, 1 ; xn, 9; xv, 1; xm, 1-2, col. 844 AB, 902 BC, 917 B, 911-912. Et la prédication des apôtres correspondait à leur science et la menace de la mort ne pouvait les détourner de dire la vérité. III, v, 1-2; xn, 7, col. 857- 858, 900. Les apôtres, Paul et leurs disciples ont enseigné sans aucune réserve ce qu'ils avaient appris du Seigneur, et Luc l'atteste expressément. III, xiv, col. 913-917. Comment ceux qui n'ont pas connu Paul peuvent-ils se vanter d'avoir connu les mystères cachés et ineffables? III, xiv, 1, col. 913. Si les apôtres avaient transmis en particulier et secrètement des mystères, ils les auraient transmis aux évêques leurs successeurs, qu'ils voulaient parfaits et irrépréhensibles. III,m, l.col. 848 AB.
b) Justification de la tradition. — La tradition qui vient des apôtres par la succession des presbytres dans les Églises est justifiée soit indirectement, soit directement.
Indirectement, elle trouve sa justification dans l'unité et l'universalité de la foi des Églises et dans les divergences sans fin des opinions hérétiques. Cette unité apparaît dans l'unanimité des croyants, I, x, 2, col. 552 AB, unanimité qui s'affirme nonobstant les différences de langage, de nationalité et d'instruction. C'est parce que l'Église s'origine au seul et solide fondement des apôtres qu'elle persévère ainsi dans une doctrine toujours identique. Cf. V, xx, 1, col. 1177. Du côté des sectes hérétiques, c'est la division des pensées et la multiplicité des opinions, cf. I, xxvi, 1, 2, col. 685- 686, bonne preuve qu'ils ne procèdent pas des apôtres, mais des esprits d'erreur. V, xx, 2, col. 1177-1178.
Directement, Irénée justifie la succession apostolique en énumérant la succession des évêques : « Ceux qui veulent voir la vérité peuvent dans chaque Église considérer la tradition des apôtres manifestée dans l'univers entier et nous pouvons énumérer les évêques qui ont été institués par les apôtres dans les différentes Églises et leurs successeurs jusqu'à nous ». III, m, 1, col. 848 A. Mais « parce qu'il serait trop long de faire le relevé de la succession apostolique dans toutes les Églises, on devra le faire au moins pour la très grande et très ancienne Église de Rome, connue de tous et fondée sur les deux apôtres très glorieux Pierre et Paul : elle a une foi et une tradition qui, des apôtres, est parvenue jusqu'à nous par la succession des évêques ». Irénée dresse ensuite la liste épiscopale de Rome, III, m, 2-3, col. 848-849. « C'est par cette suite et cette succession que la tradition, provenant des apôtres et conservée dans l'Église, et la prédication de la vérité sont venues jusqu'à nous. »« Et voilà, conclutil, la pleine démonstration qu'il existe une seule et même foi vivifiante, conservée dans l'Église et transmise en vérité ». III, ni, 3, col. 351 AB. L'évêque de Lyon fait aussi appel à l'autorité de Polycarpe, évêque de Smyrne, à celle des Églises d'Asie, « qui ont succédé à Polycarpe jusqu'à ce jour », à celle de l'Église d'Éphèse, fondée par Paul, illustrée par Jean et témoin de la tradition. Ibid.
Les hérétiques, au contraire, ont dévié de la « succession principale » et tous « sont bien postérieurs aux évêques à qui les apôtres avaient confié les Églises ». III, iv, 3, col. 857 B. L'ensemble des hérésies se rattache, non aux apôtres, mais à Simon le magicien. III, prsef., col. 843 AB. Il est de plus à remarquer que chaque secte particulière remonte à son fondateur. Les sectes gnostiques elles-mêmes, qui procèdent de Ménandre, ne sont venues que tardivement dans l'Église. Cf. III, iv, 3, col. 856 BC.
c) Autorité doctrinale des Églises et des évêques. — La pensée d' Irénée apparaît désormais claire : l'origine apostolique garantit l'authenticité de l'enseignement