V. CONCLUSION GÉNÉRALE SDR LA DOCTRINE DES
pères. — On a pu suivre la courbe de l'enseignement patristique sur la tradition : il sera utile d'en retracer brièvement le dessin.
1° Les écrits des premiers Pères manifestent l'existence d'un enseignement qui s'alimente à la fois à la révélation du Christ, aux prophètes de l'Ancien Testament, à la prédication des apôtres. Les Pères s'efforcent de maintenir intact cet enseignement, de le défendre contre les attaques des adversaires : les uns exposent la foi d'une manière simple et vigoureuse (Didachè, Ignace, Polycarpe, Justin, Papias): les autres, recourent à une méthode plus savante (Clément, Barnabe). Les premiers s'intéressent surtout au dépôt légué par le Christ et les apôtres aux Églises et garanti par un magistère vivant; les seconds, toul en reconnaissant la valeur de cette tradition, scrutent surtout les Écritures à l'aide d'une gnose qui n'est qu'une connaissance plus approfondie de la foi. Le problème de la tradition se distingue déjà de celui de l'Écriture; mais, par Écriture, on entend encore uniquement la Loi et les Prophètes qui ont précédé le Christ. L'enseignement du Christ et des apôtres est la doctrine évangélique transmise dès l'origine et qui se trouve dans les écrits apostoliques et autres. Sous ce rapport, la distinction entre Écritures apostoliques et tradition n'est encore qu'en germe. Les organes de la tradition naissante sont multiples : apôtres itinérants, prophètes, docteurs, porteurs de charismes d'une part ; d'autre part, hiérarchie stable. Au début du ne siècle, Ignace d'Antioche concentre déjà toute l'autorité dans Févêque unitaire. Les Églises apostoliques jouissent d'un prestige particulier, notamment l'Église de Pierre et de Paul, « présidente de la charité ». La succession ininterrompue des évèques est la meilleure preuve de l'intégrité de la foi de ces Églises : on peut donc dire que la règle suprême de la foi, c'est déjà l'Église elle-même.
2° Cette idée persiste dans la période suivante : l'Église apparaît toujours comme l'organe communiquant aux tidèles d'une manière intacte la vérité reçue du Christ et des apôtres. Mais le problème des sources est devenu plus complexe : on se réfère sans doute à la tradition des Églises qui transmet l'enseignement des apôtres, mais on place désormais les Écritures apostoliques (Nouveau Testament) à côté des Écritures prophétiques (Ancien Testament). De plus, la notion de tradition a pris un relief plus accentué; ne fallait-il pas demeurer avec les origines en un contact d'autant plus étroit qu'elles S'éloignaient davantage dans le passe? On commence donc à étudier les rapports de la tradition à l'Écriture et, chez les auteurs du ni*' siècle. on trouve l'affirmation nette d'une réelle subordination de l'Écriture à la tradition. Les nécessités d i la
polémique antiarienne obligeront les I eus du i v' siècle à remettre en un relief plus marque la sainte Écriture; mai., au fond, il n'y a aucune modification essentielle à la doctrine générale.
Les Pères du ni* siècle définissent l'organe de la ira dilion : l'éplscopat, qui détient la principale autorité doctrinale. On justifie cette autorité pai la succession apostolique et déjà dans une certaine mesure, par l'assistance du Saint-Esprit. Certains auteurs présen tint <es vérités d'une maniera simple et dl (Innée, l 'Église de Home par la plume de Clément, Hlppolyte, Tertulllen encore catholique), lune- met
TRADITION. PAPES ET CONCILES
en bon relief le rôle important de la succession apostolique dans l'Église de Rome. Clément d'Alexandrie et Origène concentrent leur intérêt plutôt sur la gnose, mais ils n'ignorent pas la succession historique des évêques.
Ainsi, à la fin du nie siècle, l'Église a déjà donné une solution nette du problème de la tradition : elle considère la tradition comme une source de vérité distincte de l'Écriture et elle sait déjà ce qu'est l'enseignement oral du magistère vivant. Aussi l'enseignement de la tradition entre-t-il déjà dans ce que les auteurs de cette époque appellent « la règle de la vérité » ou « la règle de la foi ».
3° Le progrès de la théologie de la tradition porte désormais principalement sur les précisions relatives aux organes qui transmettent et font connaître les vérités d'origine apostolique. L'aspect objectif de la tradition demeure encore au premier plan : avant tout, les auteurs considèrent la tradition comme l'ensemble des vérités et des pratiques qui nous viennent oralement des apôtres. Mais c'est l'enseignement unanime des Églises qui donne à ces vérités leur cachet d'authenticité. A coup sûr, la tenue du concile de Nicée en 325 a contribué grandement à taire pénétrer, dans la théologie naissante de la tradition, l'idée, encore assez peu précise, mais déjà suffisamment esquissée, du magistère proposant infailliblement les vérités reçues des apôtres. On précise même la condition de cette autorité s'imposant à tous sans réplique : c'est le consentement unanime des évêques qui forment l'Église. « Si le concile de Nicée a dit la vérité, n'hésite pas à écrire saint Athanase, c'est qu'il est l'Église même. » L'enseignement de l'Église romaine est intégré dans cet enseignement de l'Église universelle : il en est la manifestation principale et les représentants du Siège apostolique de Rome seront toujours présents aux décisions des conciles pour en assurer la valeur dogmatique ou disciplinaire. On reconnaît aux organes de la tradition le droit de choisir des mots nouveaux pour affirmer les idées traditionnelles insuffisamment exprimées jusquelà en face des assertions de l'hérésie. L'histoire du mot « consubstantiel » en est la preuve.
Mais précisément parce que les évêques, en tant que tels, sont appelés à prendre part aux grandes assises doctrinales de la chrétienté, ils seront appelés de plus en plus à prendre place parmi les organes de la tradition. Les « Pères » de l'Église ont désormais un rôle officiel dans la transmission du dépôt apostolique.
On commence d'ailleurs à distinguer nettement deux aspects de ce dépôt : l'aspect strictement doctrinal, en tant qu'il contient des vérités révélées, mais tout d'abord transmises par une simple catéchèse orale; l'aspect institutionnel, en tant qu'il nous apporte des pratiques, dont l'obligation s'impose à tous, en raison de leur origine apostolique. On cite, parmi ces pratiques ou institutions, la formule baptismale, la célébration de la fête pascale, la prière pour les défunts.
4° C'est l'argument patrislique qui prend désormais la première place dans les préoccupations des écrivains ecclésiastiques. Sans doute, on ne renie rien des vérités acquises et les témoignages abondent, du ive siècle jusqu'à la fin de l'âge patristique, touchant l'existence de vérités ou de pratiques transmises des apôtres d'une façon orale, ou encore en faveur de l'autorité des évêques réunis en concile et des droits prépondérants du Siège romain. Mais, dès la seconde moitié du ive siècle, des préoccupations nouvelles se font jour. Chez les Grecs, on justifie la confiance due aux affirmations des Pères en accordant à ceux-ci une sorte d'illumination ou d'inspiration divines : les Pères parleraient ainsi au nom de Dieu lui-même. Toutefois, il ne semble pas qu'on doive entendre ces épithètes
hyperboliques dans leur sens absolu : la preuve en est que, dans les controverses christologiques, les partisans d'écoles différentes ou même opposées s'ingénient à aligner les textes de nombreux Pères, pensant donner ainsi, par la quantité des témoignages accumulés, une force plus convaincante à l'argument. La théologie grecque s'en tient là et il n'est venu à l'esprit d'aucun auteur de formuler des règles plus précises concernant l'autorité réelle de l'argument patristique.
C'est en Occident que se réalise ce nouveau progrès : on le doit, avec tant d'autres, à saint Augustin. De ses œuvres on peut tirer quatre principes concernant l'autorité des Pères en matière de foi. Tous quatre visent à montrer que l'unanimité morale des Pères est requise pour établir qu'une doctrine enseignée par eux relève vraiment de la tradition et, par la tradition, s'origine à la révélation elle-même. Mais, pour établir cette unanimité morale, il n'est pas nécessaire, dans tous les cas, d'établir ces abondants florilèges auxquels s'attachaient les auteurs grecs. Parfois, un seul Père, éminent par la place qu'il occupe dans l'épiscopat, suffit pour manifester la doctrine de tous. Les auteurs latins peuvent aussi manifester la pensée de l'Église tout entière et, en toute hypothèse, l'enseignement du Siège romain est et demeure la pierre de touche de la vérité. Contre cette unanimité morale et contre l'enseignement certain de Rome, l'opinion d'un Père isolé ne saurait prévaloir.
5° Saint Augustin avait entrevu, dans le dépôt traditionnel, la possibilité d'un progrès, non pas quant aux doctrines révélées qu'il contient, mais dans la compréhension de ces doctrines. Il était réservé à saint Vincent de Lérins de rappeler les principes fondamentaux de ce progrès. Deux principes dominent sa théologie. Le premier, c'est qu'il n'est jamais permis de s'écarter d'une doctrine qui, partout, toujours et par tous, a été reçue dans l'Église. Le second, c'est que cette vigilance à conserver intact le dépôt reçu, ne doit pas être une raison de stagnation : le dogme possède une vie et cette vie doit se manifester par un progrès du dogme in suo génère, in eodem sensu, in eadem sententia. Cette indication demeure encore trop générale. Elle appelle d'ultérieures précisions. Malheureusement la théologie patristique va entrer dans une longue période de sommeil, dont elle ne se réveillera que sous les coups des attaques protestantes. On attendra plus de mille ans pour que le germe déposé par Vincent de Lérins dans le champ théologique puisse se développer normalement. Et il faudra que le concile du Vatican reprenne la formule du moine de Lérins pour que la théologie l'amène à pleine maturité.
III. Enseignement des papes et des conciles. — Nous étudierons simultanément ces deux sortes de documents, parce que fréquemment les uns éclairent les autres. On mettra en relief les plus importants; on indiquera en quelques mots le sens des autres. Tous sont remarquables par l'insistance avec laquelle ils affirment la nécessité de se maintenir dans la tradition doctrinale venant des Pères en remontant à la prédication apostolique et, par elle, à Jésus-Christ et à Dieu.
On envisagera d'abord la période patristique (nr3ixe siècles); puis, le Moyen Age prolongé jusqu'au concile de Trente; ensuite, le concile de Trente et les controverses qui s'y rattachent logiquement ; enfin, les documents postérieurs au concile de Trente. Nous négligerons les conciles provinciaux.
/. Période patristique. — 1° Saint Etienne (254- 257). — On connaît la réponse du pape Etienne à saint Cyprien dans la question du baptême conféré par les hérétiques. Etienne invoque la tradition, pour dirimer la controverse : Nihil innovelur nisi quod traditum est,
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ut manus Mis imponalur in pœnitentiam. Denz.- Bannw., n. 46; Cavallera, Thésaurus, n. 125.
2° Saint Denys (259-268). — Dans sa lettre contre les trithéistes et les sabelliens, Denys invoque à deux reprises la croyance traditionnelle de l'Église. Il défend la « monarchie divine », qui est « l'enseignement très vénérable de l'Église de Dieu », et il conclut en affirmant que son exposé dogmatique sauvegarde à la fois et la trinité des personnes et tô aytov xrjpuyfxa tïjç u.ova.pyLaç. Denz.-Bannw., n. 48, 51 ; Cav., n. 513, 515.
3° Saint Jules I" (337-352). — Ce pape rappelle aux orientaux la coutume, ë8oç, de recourir au Siège de Rome en cas de difficulté. Et il déclare qu'une manière différente d'agir s'écarte de ce qui a été établi par saint Paul et transmis par les Pères. Epist. ad Antiochenos (341), Cav., n. 337.
4° Saint Damase (366-384). — Dans une première lettre, Damase affirme sa confiance en la foi chrétienne, « parce qu'elle est fondée sur la doctrine des apôtres », cette foi, qui ne se sépare en rien de l'enseignement des Pères, quœ a constitutis Patrum nulla ratione dissentit. Epist. , i, ad Illyricos (vers 372). — Une seconde lettre, sur l'apollinariste Timothée, exhorte les destinataires à tenir « la foi reçue des apôtres », et surtout celle « qu'ont promulguée par écrit les Pères du concile de Nicée ». Celui qui se proclame chrétien doit tenir « l'enseignement qui vient des apôtres » (cf. Gai., i, 9). Epist., vu (vers 378), Cav.,n. 126, a, b; P. L., t. xni, col. 349 B, 369 C.
5° Saint Sirice (384-397). — Sirice exige qu'il n'y ait qu'une foi et une tradition. « La discipline apostolique demande aux évêques catholiques une seule confession de foi. S'il n'y a qu'une foi, une seule tradition doit s'affirmer et, s'il n'y a qu'une tradition, toutes les Églises doivent accepter la même discipline. » Epist., x, ad gallos episc. (c'est le c. vi des actes du synode romain), c. m, n. 9; cf. Epist., vi, n. 5 (après 384) : « Il n'y a qu'une foi, fondée sur la tradition, établissant la concorde parfaite de tous dans le Christ et dans les observances qui viennent des apôtres. » — C'est encore en s'appuyant sur Gai., i, 9, comme Damase, que Sirice rejette de l'Église les hérétiques qui proposaient des enseignements différents de ceux de la foi reçue. Epist., vu, n. 4, sur Jovinien (vers 390), Cav., n. 127, a, b, c; P. L., t. xm, col. 1188 A, 1166 B, 1171 A.
6° Saint Innocent Ier (401-417). — Il loue les évêques africains du concile de Carthage d'avoir été fidèles à l'antique tradition de recourir au Siège romain, antiquse traditionis exempta servantes; tradition qu'il place ensuite au nombre des « institutions des Pères », s'inspirant d'une doctrine non humaine, mais divine. Epist., xxix (27 janv. 417), Cav., n. 341, b; Denz.- Bannw., n. 100. Dans sa lettre à Décentius, il invoque pareillement les instituta ecclesiastica ut sunt a beatis apostolis tradita et parle du scandale provoqué dans le peuple par l'abandon de « traditions apostoliques ». N. 1. Plus loin, n. 2, il rappelle que la pratique transmise à l'Église romaine par Pierre le prince des apôtres, pratique conservée jusqu'à ce jour, doit être fidèlement observée par tous. Epist., xxv (19 mars 416), Cav.,n. 341, a; Denz.-Bannw., n. 98. Voir également : Epist., xxx (24 janv. 417), où Innocent parle de la règle antique que tout l'univers conserve en union avec Home, n. 2; Epist., xxxvn.où il félicite Félix, évêque de Nocéra, de garder les observances anciennes, instituta majorum, et de recourir au pape en cas de doute, n. 1, Cavallera, n. 341, c, d.
7° Saint Zosime (417-418). — Sa lettre aux évêques africains est bien connue. Bile commence par déclarer que « la tradition des l'cres a accordé au Siège apos toiique une autorité telle que personne n'ose en discuter les jugements i. BptU., xn (21 mars 418), n. 1, enz.-Bannw., n. 109; Cav., n. 342. On trouve égale-
ment un appel aux statuta et aux décréta des Pères dans la lettre Multa contra (29 sept. 417) aux évêques de la province de Vienne. Cav., n. 128.
8° Saint Boni face (418-422). — Ses différentes lettres insistent sur la primauté d'enseignement et de gouvernement que la tradition reconnaît à l'Église de Rome. Pour n'être pas nouveau, cet enseignement s'affirme ici d'une manière plus expresse et marque l'aspect formel — le magistère — de la tradition. Cf. Epist., iv (419), à Rufus, n. 1 ; xm (11 mars 422), au même, n. 1 ; xiv (11 mars 422) aux évêques de Thessalie, n. 1 ; xv (11 mars 422) à Rufus et aux autres évêques, n. 1 et surtout n. 6. En ce dernier passage, le pape invoque les exemples d'Athanase, de Pierre d'Alexandrie, de Mélèce, de Flavien, de Nectaire et des évêques orientaux sous Innocent Ier. Cette accumulation de noms marque bien l'évolution déjà signalée, col. 1286 : la preuve patristique prend corps dans la preuve de tradition. Cav., n. 343, a, b, c, d; P. L., t. xx, col. 760, 774, 777, 779. L'autorité du siège romain s'affirme, désormais, au nom de la tradition apostolique, avec toute la force désirable. Voir Infaillibilité du pape, t. vu, col. 1664 (que l'on complétera par ces indications).
9» Saint Célestin Ie' (422-432) et le Concile d'Éphèse (431). — C'est donc très naturellement que Célestin invoque l'autcrité apostolique pour conférer à Cyrille d'Alexandrie le pouvoir de régler, en un premier moment, l'affaire de Nestorius. Epist., xi (11 août 430), n. 1, P. L., t. l, col. 459, 463 B, et que le légat romain, Philippe, déclare à la sess. m du concile d'Éphèse, que « sans aucun doute possible et depuis toujours, il est reconnu que le bienheureux Pierre, prince et chef des apôtres, colonne de la foi et fondement de l'Église catholique, a reçu du Seigneur Jésus les clefs du royaume des cieux; qu'il vit jusqu'aujourd'hui en la personne de ses successeurs et exerce par eux son jugement ». Denz.-Bannw., n. 112; Cav., n. 344 b. Déclaration reprise au concile du Vatican, Denz.-Bannw., n. 1824; Cav., n. 317. — Dans sa lettre du 11 août 430 à Nestorius, Célestin invoque, pour engager l'évêque à rétracter son erreur, la foi traditionnelle de l'Église romaine et de l'Église d'Alexandrie, mais encore celle de la « sainte Église de la grande ville de Constantinoplc ». N. 1, P. L., t. L, col. 469. De son côté, après la condamnation, le concile porte la décision qu' « il n'est permis à personne de proférer, ou écrire, ou composer une foi différente de celle qui a été définie par les saints Pères réunis à Nicée et assistés de l'Esprit-Saint ». Denz.-Bannw., n. 125; Cav., n. 215.
A la même époque, l'Occident était agité par les controverses pélagiennes. Célestin s'employa à les dirimer. Sous son nom nous est parvenu un recueil rassemblant les décisions des pontifes romains qui l'avaient précédé et celles du concile plénicr de Carthage. L'auteur de cet Indiculus de gratia Dei (Prosper) déclare tout d'abord rechercher la pensée des chefs de l'Église romaine touchant l'hérésie cont raire au dogme de la grâce, puis vouloir y ajouter les décisions des conciles africains, décisions que le Siège apostolique a faites siennes en les approuvant. C. m. Ayant rappelé les déclarations d'Innocent Ier cl de Zosime, ainsi que les décrets du concile de Carthage, c. iv-x, l'auteur déclare que les rites employés universellement dans l'RgHlfi et qui nous viennent des apûtrcs dans le monde entier, doivent être considérés comme exprimant la foi à tenir : Legem credendi les stalnit tupplieandt Nouvelle forme de l'argument de tradition, qui y fait entrer la liturgie. Denz.-Mannw.. n. 129 I 12. Cav., n. 815. Quel (pie soit son auteur, l' Indiculus est du ve siècle et date des années qui suivirent la mort de Célestin. Voir l'art. Semi-Pélaoiens, t. \t\ . col. 1829 1830.
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10» Saint Sixte 111 (432-440). — Dans sa lettre du 17 septembre 433 à Jean d'Antioche, ce pape rappelle l'importance souveraine de la tradition doctrinale conservée dans l'Église romaine : Bealus Peirus apostolus in successoribus suis quod accepit, hoc tradidit. Qui voudrait se séparer d'une doctrine que le Maître a enseignée à Pierre avant tous les autres apôtres? De cette foi il faut toujours nous pénétrer, afin de mériter de prendre place par la pureté de notre croyance parmi ses successeurs. Epist., vi, n. 5; Cav., n. 345.
11° Saint Léon le Grand (440-461). — La doctrine énoncée par Sixte III touchant l'autorité doctrinale de Rome en vertu de la succession apostolique, se retrouve affirmée par saint Léon en plusieurs lettres. Cf. Epist. , v, ad episcopos illyricos (12 janvier 444), n.2; ix, à Dioscore d'Alexandrie (21 juillet 445), n. 1 (Marc, ayant été disciple de Pierre, il est impossible qu'il ait laissé à Alexandrie des traditions différentes de celles de Rome); x, aux évêques de la province de Vienne (juillet 445), n. 1; xcm, au concile de Chalcédoiue (26 juin 451), n. 1 ; Cav., n. 347, a, b, e. En une autre lettre, Léon insiste sur la doctrine évangélique et apostolique, dont il ne faut pas s'écarter en quoi que ce soit, et sur l'enseignement que « les apôtres et nos pères nous ont donné de la Sainte Écriture ». Epist., lxxxii, ad Julianum (13 avril 451), Cav., n. 129. « Règle apostolique », écrit-il encore à propos de la confession secrète. Epist., clxviii, aux évêques de Campanie (6 mars 459), n. 2, Cav., n. 1224; Denz.- Rannw., n. 145.
12° Le concile de Chalcédoine (451). — Dans son exposition de la foi catholique, le concile déclare « suivre les saints Pères ». Et, à la fin du symbole, il rappelle que telle est la foi des prophètes qui ont annoncé Jésus, de Jésus lui-même qui nous a instruits sur sa propre personne et des Pères (de Constantinople) qui nous ont laissé ce symbole. Denz.-Bannw., n. 148; Cav., n. 690.
13° Saint Simplice (468-483). — Tout comme Léon le Grand, Simplice rappelle la continuité doctrinale qui existe dans l'enseignement des papes, ses prédécesseurs, et l'obligation de s'en tenir aux décisions des anciens conciles. Epist. ad Acacium (9 janvier 476), n. 2 et 3, Cav., n. 213 a; Denz.-Bannw., n. 159. Cf. Epist. ad Basiliscum Augustum (10 janv. 476), n. 5, Cav., n. 213 b; Denz.-Bannw., n. 160.
14° Saint Gélase (492-496). — Pour briser un dernier sursaut de l'hérésie pélagienne en Dalmatie, saint Gélase reprend le thème de Simplice : il n'y a pas à revenir sur la condamnation d'une erreur. Ce que nos prédécesseurs ont condamné, doit le demeurer; leur foi doit nous suffire. S'il reste des points où nous sommes encore ignorants, c'est à eux qu'il faut demander de nous éclairer. Epist. ad Honorium (28 juil.493),n. 2, Cav., n. 214; Denz.-Bannw., n. 161. — Dans une autre lettre, il parle de ceux qui ont abandonné la vérité et se sont détournés de la tradition antique de l'Église : les Pères et les savants pontifes ont, en face de chaque hérésie, fixé la vérité d'après renseignement des Écritures et la prédication de ceux qui nous ont précédés. La vérité ainsi fixée doit demeurer sans changement. Epist., xcv, n. 2, 3, de la Collectio Avellana, dans Corpus de Vienne, t. xxxv, p. 369,
L'attribution à Gélase de la célèbre décrétale De recipiendis et non recipiendis libris souffre de graves difficultés. Voir ici, t. vi, col. 1180. La dernière partie du document (vie siècle) constitue un progrès nouveau dans l'usage de l'argument de tradition. Elle indique en effet les documents sur lesquels on doit s'appuyer pour trouver l'enseignement chrétien dans sa pureté : conciles, œuvres des Pères, décrétales des papes, actes des martyrs, vies des Pères du désert, ainsi que les
ouvrages dangereux ou apocryphes qu'il faut rejeter. Denz.-Bannw., n. 164, 165, 166; Cav., n. 133.
15° Saint Hormisdas (514-523). — « La règle de foi ■ qu'il faut garder et les « constitutions des Pères » dont il ne faut pas s'écarter sont résumées, déclare ce pape, dans l'enseignement du Siège apostolique. En s'attachant à cette foi et en maintenant ces constitutions, on doit, avec les conciles et les papes, condamner et anathématiser les hérétiques. Tel est le thème fondamental du Libellus professionis fidei, annexé à la lettre aux évêques d'Espagne (2 avril 517). Cav., n. 352; Denz.-Bannw., n. 171, 172. Au décret pscudo-gélasien, Hormisdas ajoute l'autorité du IIe concile de Constantinople. Denz.-Bannw., n. 173. L'autorité des Pères est également invoquée par Hormisdas, à l'occasion du conflit au sujet des livres de Fauste de Riez. Epist. ad Possessorem, 13 août 520, n. 4, Cav., n. 150.
16° Le IIe concile d'Orange (529). — Dans leur réunion à l'occasion de la dédicace d'une basilique, les évêques avaient en vue de rétablir « la règle de la foi » en ce qui concerne les rapports de la grâce et du libre arbitre. Et c'est «dans les ouvrages des anciens Pères expliquant sur ce sujet la sainte Écriture qu'ils sont allés puiser leurs décrets, afin de rappeler la vraie doctrine à ceux qui s'en écartaient t. Ainsi s'expriment-ils dans le préambule. Leur conclusion se réfère pareillement à la tradition : Sic secundum supra scriptas sanctarum Scripturarum sententias vel antiquorum Patrum definitiones... et prœdicare debemus et credere... Tradition, Écriture, deux règles de foi invoquées avec la même autorité. Cav., n. 852, 855; Denz.-Bannw., n. 174,
17° Le IIe concile de Constantinople (553). — Ce concile mérite une attention particulière : il contient la première déclaration doctrinale sur la valeur dogmatique de la tradition : « Nous confessons retenir et prêcher la foi qui fut donnée dès le début par notre grand Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ aux saints apôtres et qui, par ceux-ci, fut prêchée dans le monde entier. C'est cette foi qu'ont professée, exposée et transmise aux Églises les saints Pères, surtout ceux qui se sont réunis dans les quatre saints conciles. Partout et en tout, nous les suivrons. » Préambule, Denz.-Bannw., n. 212. La suite du texte montre qu'il s'agit des conciles de Nicée, de Constantinople, d'Éphèse et de Chalcédoine; mais elle note aussi avec insistance que ie concile entend faire sienne la doctrine des saints Pères et docteurs de l'Église, Athanase, Hilaire, Basile, Grégoire le théologien, Grégoire de Nysse, Ambroise, Augustin, Théophile (d'Alexandrie), Jean de Constantinople (Chrysostome), Cyrille (d'Alexandrie), Léon et Proclus, ainsi que « les autres saints et orthodoxes Pères, qui ont prêché d'une façon irrépréhensible la vraie foi dans la sainte Église de Dieu jusqu'à la fin de leur vie ». Cav., n. 132. Ce préambule montre comment la valeur doctrinale de la tradition est comprise par les Pères. Le concile retient présentement et transmet à d'autres la foi communiquée à l'origine par Dieu et Jésus-Christ aux apôtres : tradition divine qui devient tradition apostolique par la prédication des apôtres eux-mêmes dans le monde entier. Les anciens Pères ont recueilli cette tradition apostolique et l'ont eux-mêmes transmise aux générations postérieures.
18° Pelage 7" (556-561); Pelage II (579-590); Saint Grégoire le Grand (590-604). — Si nous réunissons ces trois papes, c'est que leurs déclarations sur l'obligation de conformer sa foi aux décisions des conciles et aux enseignements des Pères, sont inspirées par des circonstances analogues, formulées en termes à peu près semblables et qui sont calquées sur le texte précédemment cité du IIe concile de Constantinople. Cf. Pelage Ier, Profession de foi (556), Cav., n. 134; Pelage II, Epist., ad ep. Islrise (585), ibid., n. 135;
TRADITION. PAPES ET CONCILES
Grégoire le Grand, Epist. ad patriarchas (février 591), ibid., n. 136.
19° Le concile du Latran en 649, sous Martin I". — Plus énergiquement encore que le IIe concile de Constantinople, le concile de 649 affirme le principe doctrinal de la tradition et anathématisc ceux qui ne l'admettent pas :
Can. 17. — Si quis secun- Si quelqu'un ne confesse
dum sanctos Patres non con- pas proprement et en toute
fitetur proprie et secundum vérité selon la doctrine des
veritatem omnia, qure tradi- saints Pères, tous les ensei-
ta sunt et praedicata sanctae gnements qui ont été trans-
catholicae et apostolicae Dei mis et prêches à la sainte,
Ecclesiae, perindeque a sanc- catholique et apostolique
tis Patribus et venerandis Église de Dieu, et pareille-
universalibus quinque conci- ment ceux qui nous viennent
iiis usque ad unum apicem des saints Pères et des cinq
verbo el mente, condemna- vénérables conciles œcumé-
tus sit. niques, (et cela) de parole et
Cav.,n. 137; Denz.-Bann., de cœur, et jusque dans le
n. 270. dernier détail, qu'il soit condamné.
Les can. 18, 19 et 20 reprennent le détail des doctrines et des hérétiques condamnés. En voir ici le résumé, t. x, col. 193. On y trouve encore des allusions directes à la valeur de l'enseignement traditionnel, transmis dès le début par les ministres de la parole, par les Pères et par les cinq vénérables conciles. Cav., n. 137; Denz.-Bannw., n. 271-274.
20° Hadrien Ie' (772-795) et le IIe concile de Nicée (787). — L'iconoclasme est ici en cause. Contre cette nouvelle hérésie, c'est à la tradition que le pape fait appel. Ce qui a été fait contre les saintes images, l'a été « à rencontre de la tradition des Pères vénérables ». Lettre aux Pères du concile (785), Dcnz.-Bannw., n. 298; Cav., n. 360. Rien d'étonnant donc que le concile, dans la vne session, où il s'est plus particulièrement occupé de l'hérésie iconoclaste, ait protesté de sa volonté de suivre « le magistère divinement inspiré de nos saint*- Pères » et « la tradition de l'Église catholique ». Bien plus, il semble que pour lui tradition s'identifie avec enseignement des Pères, xâ>v àyîwv roxrépcov ■fjjxâiv SiSaaxaXîa eï-rouv 7rapâ8oaiç Trjç xaOoX'.xrjç 'ExxXirçaîaç, et le concile conclut en prononçant la condamnation de ceux qui osent penser ou enseigner autrement et méprisent les traditions de l'Église. Denz.-Bannw., n. 302, 304; Cav., n. 828, 829. Aussi la vme session comporte-t-elle un analhème explicite contre « quiconque rejette toute tradition de l'Église, soit écrite, soit non écrite ». Denz.-Bannw., n. 308; Cav., n. 28.
21° Le IV* concile de Constantinople (869-870). — Le concile déclare suivre « les définitions des saints Pères et en retenir le sens ». « Nous professons donc, ajoutent les Pères, conserver et garder les règles qui ont été transmises à la sainte Église catholique et apostolique, et par les saints et illustres apôtres et par les conciles universels et particuliers des (Pères) orthodoxes, ou encore par quelque Père porte-parole de Dieu. » Can. 1 . Denz.-Bannw., n. 336 (texte grec); Cav., n. 139. C'est donc non seulement une convenance rationnelle, mais encore une antique tradition qui fait rendre à l'image un honneur qui, par elle, s'adresse à la personne représentée. Can. 3, Denz.-Bannw., n. 337. Cf. can. 1 1 ; Ibid., n. 338.