‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 4)Chapitre 42 sur 423 · TERTULLIEN. VIE · texte numérisé non relu

TERTULLIEN. VIE

fougue qui ne cessa jamais d'être le trait dominant de son caractère, il se consacra sans retard à la défense de ses nouvelles convictions. Il devait s'y dépenser jusqu'à son dernier souffle.

Saint Jérôme, De vir. illustr., 53, assure qu'il fut prêtre; si cette affirmation est exacte, son ordination aurait suivi d'assez près son retour à Carthage. De fait, quelques-uns de ses ouvrages, comme le De oratione, le De baptismo, le De pœnitentia, ressemblent assez à des homélies qui auraient été prononcées devant l'assemblée des fidèles. Pourtant nombreux sont aujourd'hui les historiens qui refusent d'ajouter foi au témoignage de Jérôme et l'on est allé jusqu'à écrire que le sacerdoce de Tertullien était très invraisemblable. En tout cas, que ce fût, comme prêtre ou comme laïque, Tertullien mit toute sa science et toute son activité au service du christianisme. Pendant plusieurs années, il demeura fidèlement attaché à l'enseignement de l'Église catholique et il n'apporta pas moins de zèle à combattre les hérésies qu'à réfuter le paganisme.

Peu à peu cependant, il se détacha de l'Église : la crise qu'il traversa alors et qui se développa pendant huit à dix ans, de 203-204 à 212 environ, nous est mal connue, car il évite de parler de lui dans ses ouvrages et, si l'on peut y saisir les transformations progressives de ses opinions religieuses, on n'y trouve pas l'indication des motifs qui seraient de nature à les expliquer. Faut-il faire intervenir des ambitions déçues et Tertullien aurait-il souffert de voir que ses coreligionnaires ne l'appelaient pas à la dignité épiscopale? Faut-il croire que son rigorisme, de plus en plus outrancier, a reçu une impression pénible de la vie trop facile, peutêtre relâchée à ses yeux, que menaient quelques fidèles? Son esprit indépendant n'aura-t-il pas pu supporter le joug que prétendait lui imposer la règle de foi et se sera-t-il réjoui de trouver dans la « nouvelle prophétie» la liberté qu'il ne possédait pas dans l'Église? Ces hypothèses et d'autres encore peuvent être également formulées, sans qu'aucune s'impose avec certitude.

Ce qu'il y a de sûr, c'est que, à partir de 204 ou à peu près, nous l'entendons parler, avec une sympathie de plus en plus marquée, de l'action de l'Esprit-Saint dans l'Église, des prophéties, des visions, des extases; nous le voyons aussi louer les pratiques d'un ascétisme rigide en usage dans les communautés montanistes et critiquer par contre la tolérance dont témoigne l'Église catholique en ce qui regarde le costume des femmes, le voile des vierges, les secondes noces, les jeûnes. Bientôt, il ne parle plus des catholiques qu'en les désignant sous le nom de « psychiques », comme s'ils ne possédaient pas les lumières de l'Esprit-Saint réservées aux « pneumatiques ».

Vers 213, il perd toute retenue. Quelques incidents, futiles ou envenimés, dont il est le témoin indigné, hâtent l'heure de la complète rupture. Des soldats chrétiens acceptent de recevoir la couronne de laurier prescrite pour la cérémonie du donativum; certains fidèles et de nombreux évêques même approuvent la fuite en temps de persécution; de nombreux chrétiens occupent des situations ou remplissent des métiers qui, de près ou de loin, les mettent en danger de pactiser avec l'idolâtrie. Tertullien s'insurge contre de tels usages. Il faut, selon lui, choisir d'une manière absolue entre Dieu et le monde. Il n'y a pas de milieu entre le vice et la vertu; et, puisque les catholiques approuvent les transactions, il ne lui reste plus, à luimême, qu'à quitter une Église dans laquelle il ne peut plus espérer faire son salut.

Aigri par la lutte, vieilli aussi sans doute, il s'enferme alors dans un silence qu'il ne rompt plus qu'en de rares occasions, pour lancer un pamphlet haineux et violent contre ceux qu'il a quittés. Après avoir con-

sacré le meilleur de son activité à écrire, il juge son œuvre terminée, si bien que nous ne savons absolument rien de ses dernières années. On date par conjecture son traité De pudicitia du temps du pontificat de saint Calliste (217-222) et l'on croit que ce livre est le dernier ouvrage sorti de sa plume. Vécut-il encore longtemps après l'avoir rédigé? On ne saurait le dire. Saint Jérôme, loc. cit., prétend qu'il parvint à une extrême vieillesse, ce qui a permis à quelques-uns de placer sa mort vers 240-250 : l'expression très générale qu'emploie son biographe ne nous oblige pas à descendre aussi bas et il semble bien qu'au temps de saint Cyprien, Tertullien faisait déjà figure d'un homme du passé; autant dire qu'il avait quitté ce monde aux environs de 220.

Selon saint Augustin, De hœres., lxxxvi, sa vieillesse aurait été solitaire, car il n'aurait pas mieux réussi à s'entendre avec les montanistes qu'avec les catholiques et il aurait fini par grouper autour de lui quelques rares fidèles, appelés de son nom tertullianistes. La secte ainsi formée mena pendant longtemps une existence obscure, mais entêtée; et ce fut seulement au début du ve siècle que saint Augustin eut la joie d'en ramener les derniers survivants au sein de l'Église catholique.

S'il fallait définir d'un mot le caractère de Tertullien, peut-être est-ce celui de passionné qui conviendrait le mieux. Tertullien, en effet, ne connaît pas la mesure : dès qu'il a une idée, il la pousse jusqu'à ses dernières conséquences, sans aucun souci des exigences de la vie réelle. Pour lui, il n'y a pas de milieu entre le bien et le mal, entre la vérité et l'erreur. Il prêche la vérité, ou ce qu'il croît être tel, avec fougue, avec emportement; mais, s'il lui arrive de croire qu'il s'était trompé et qu'il avait commencé par frayer avec l'erreur, il n'hésite pas à brûler ce qu'il avait adoré, avec la même fougue et le même emportement. Dès qu'il est converti au christianisme, il attaque sans merci les païens, les juifs, les hérétiques. Il ne se contente pas de défendre la religion qui est devenue la sienne; il passe vigoureusement à l'offensive, avec une telle éloquence qu'il subjugue et entraîne ses lecteurs : n'est-on pas tenté de croire, en lisant {'Apologétique, que réellement, à la fin du ne siècle et tout au moins à Carthage, les chrétiens forment déjà la grande majorité de la population et que le paganisme est presque réduit à se cacher, honteux de sa défaite? Par contre, il lui suffit de constater, dans l'Église catholique, certaines faiblesses qui lui déplaisent pour qu'il se détache d'elle et qu'il apporte, pour la combattre, la même ardeur qu'il avait mise à soutenir sa cause : on suit, dans ses derniers écrits, les progrès de sa désaffection, jusqu'à ce qu'enfin, dans le De pudicitia, on le voie perdre toute retenue. L'Église à laquelle il appartient dès lors, ce n'est plus celle dont les évêques sont les chefs, cette Église déchue qui pardonne aux adultères et accueille dans son sein les plus grands coupables; c'est l'Église spirituelle, à laquelle seuls peuvent appartenir des innocents.

De l'homme passionné, Tertullien a toutes les qualités; il a plus encore tous les défauts. Il avoue luimême qu'il n'est pas patient et l'on n'avait pas besoin de cet aveu pour s'en rendre compte. Il n'est pas plus pondéré dans ses jugements : on dirait parfois, à l'en croire, qu'il n'y a pas de faute légères ou de pécheurs excusables. Il sait bien qu'il n'en est pas ainsi; mais, après avoir exposé avec calme une doctrine exacte, il ne tarde pas à se laisser entraîner aux exagérations les plus manifestes. Le paradoxe ne l'effraie pas ; au contraire il le cultive avec une sorte de prédilection : sous prétexte de condamner les secondes noces, il en arrive presque à interdire le mariage; lui-même après avoir dit que les vierges doivent porter un vêtement

TERTULLIEN. ÉCRITS

modeste et ne sortir que la tête voilée, il prétend mesurer la longueur du voile qui leur est imposé. Lorsqu'il veut jouer le rôle de directeur de conscience, et cela lui arrive souvent, il multiplie sans mesure les règles les plus minutieuses et les plus strictes : malheur à qui refuserait de se soumettre; celui-là, il n'hésite pas à le condamner à l'enfer, où ses supplices serviront de spectacle durant l'éternité aux élus du ciel.

Doué, comme il l'est, d'une magnifique éloquence, Tertullien trouve pour exprimer ses idées, un style d'une puissance incomparable. Il connaît, pour les avoir étudiées dans les écoles, toutes les ressources de la stylistique, de la dialectique, de la rhétorique; mais il ne se laisse pas embarrasser par les règles trop strictes des grammairiens. A-t-il besoin d'un mot nouveau, il n'hésite pas à le forger. Lorsque la syntaxe classique ne lui permet pas d'exprimer avec assez de vigueur ses sentiments, il la laisse de côté, pour écrire des phrases abruptes, incorrectes, mais chaudes et vivantes. Tous ses ouvrages sont des plaidoyers : composés avec art et méthode, ils ne perdent jamais de vue le but qu'ils se proposent d'atteindre; mais les arguments qu'ils emploient sont loin d'avoir tous la même valeur. En juriste consommé, Tertullien sait faire appel à toutes les ressources de la procédure et de la casuistique; même lorsqu'il défend une mauvaise cause, ce qui lui arrive assez souvent, il discute avec vigueur, mais il ne redoute pas les sophismes les plus discutables.

A peine est-il nécessaire d'ajouter qu'il n'est pas un écrivain facile. Il se plaît à dire beaucoup de choses en peu de mots, ainsi que le remarquait déjà saint Vincent de Lérins : quot peene verba, lot sententiœ, Common., c. xvin, et sa concision le rend souvent obscur. Ses formules, lourdes de sens, se laissent à peine traduire dans une autre langue; souvent même, on hésite devant l'interprétation exacte d'un mot nouveau, d'une construction inattendue, d'une formule à effet : te livre qu'il a écrit Sur le manteau en particulier ne cesse pas de faire le désespoir des commentateurs.

Malgré ses défauts et peut-être en partie à cause d'eux, Tertullien ne laisse pas d'être un très grand écrivain. Il nous apparaît comme le créateur de la langue théologique latine. Personne, à la fin du nc siècle ne peut rivaliser avec lui pour la puissance de l'éloquence et pour la richesse de la langue.

II. Écrits. — Tertullien a beaucoup écrit : entre 197 et 213 surtout, son activité littéraire a été des plus técondes; plus tard, après sa définitive rupture avec l'Église catholique, il s'est réfugié dans un silence presque toi al. a peine interrompu de temps à autre par des niais bruyants.

Nous avons la bonne fortune de posséder la plus grande partie de ses ouvrages. Malheureusement, la tradition manuscrite en laisse fort à désirer. Le manuscrit le meilleur de beaucoup est le Parislnus 1622, plus connu sous le nom d'Agobardinus, parce qu'il a été copié au ix" siècle pour l'évêquc de Lyon, Agobard («l I 810). Encore ce manuscrit est -il incomplet ; la fin en est perdue depuis 1res longtemps <•! le fait est d'autant plus regrettable que la partie perdue renier mail plusieurs livres dont nous n'avons plus aucune copie.

I Ht- deuxième couche de manuscrits est représentée par le Montispessulanus W ci le Paterntacerwii t39 (aujourd'hui a Sélestal >. qui datent du xie siècle. Ces manuscrits sont encore satisfaisants dans l'ensemble, mais ils contiennent déjà un texte remanié sous l'influence, semble I il. des moines de Cluny.

Enfin, la tradition la plus récente appartient au xv siècle. Elle est représentée par plusieurs manuscrits, dont les plus connus sont à la bibliothèque na tlonale de i lorem i Les corrections arbitraires y sont

multipliées à foison, 'b- telle sorte qu'on ne peut avoir

qu'une confiance mitigée dans le texte qu'ils renferment.

Beaucoup des ouvrages de Tertullien ne sont conservés que dans un seul manuscrit. Pour le De jejunio et le De pudicitia, nous sommes même obligés de recourir, à défaut de manuscrit, aux éditions du xvie siècle et la situation était semblable pour le De baptismo jusqu'à la découverte, encore récente, d'un manuscrit de Troyes.

Seule, V Apologétique a été très souvent copiée; encore l'établissement du texte présente-t-il des difficultés spéciales, par suite de l'existence de deux recensions très différentes l'une de l'autre; la première est représentée par un Codex Fuldensis, aujourd'hui perdu, mais dont les leçons ont été conservées grâce à un érudit du xvie siècle Fr. Junius; la seconde est contenue surtout dans plusieurs manuscrits de Paris, dont l'un, le 1623, remonte au xe siècle. L'accord n'est pas encore fait entre les philologues sur les mérites respectifs des deux recensions et sur leur origine. Les uns, comme Callewaert, se prononcent résolument en faveur du Fuldensis, tandis que d'autres, avec J. Martin, préfèrent de beaucoup la tradition parisienne.

La chronologie des œuvres de Tertullien est difficile à établir avec précision. Quelques points de repère nous sont fournis soit par les mentions que fait l'auteur lui-même de ses ouvrages antérieurs, soit par les allusions à des événements historiques connus par ailleurs. D'une manière plus générale, on peut suivre, au moins dans ses grandes lignes, la désaffection croissante de Tertullien envers l'Église catholique : aux livres pleinement catholiques succèdent, à partir de 203 environ, des ouvrages de plus en plus défiants, de plus en plus hostiles, jusqu'à ce que, vers 213, la rupture se manifeste définitive avec le De fuga in persecutione. Nous répartirons, dans la liste suivante, les ouvrages de Tertullien entre les trois périodes que nous venons d'indiquer.

1° Période catholique. — 1. Liber ad amicum philosophum, avant 197. Livre perdu.

2. Ad martyres, P. L.,t. i (édit. «le 1811), col. 619- 628; début de 197 ou 202-203.-— Tertullien s'adresse aux chrétiens emprisonnés, pour les exhorter à garder la paix entre eux et à souffrir courageusement pour la foi du Christ .

3. Ad nationes, P. /.., I. i, col. 559-608; après février 197. ■ — Écrit apologétique en deux livres, consacrés l'un à dénoncer les crimes des païens, l'autre à réfuter les doctrines polythéistes. Le texte de cet ouvrage est incomplet. Édition critique de J.-G. l'h. BorlelTs, Leyde, 1929.

4. Apologeticum, P. /... I. i, col. 257-536; fin de 197. — Ouvrage adressé aux gouverneurs des provinces et spécialement à celui de l'Afrique. Tertullien se propose avant lout de démontrer que la procédure utilisée contre les chrétiens est Illégitime et injuste. Les chrétiens ne sont pas coupables des crimes dont on les accuse : infamies secrètes, comme l'infanticide et l'inceste; crimes publics et politiques, comme l'impiété et la lèse majesté, bai réalité, c'est le nom chrétien qui seul est poursuivi cl rien n'est aussi contraire au droit que celte manière de faire. Du reste, les mesures de persécution sont vaines : bien loin d'empêcher le

Christianisme de se répandre, elles ne servent qu'à

accroître son rayonnement : Plurrs rfjirimur quotas

mrtinmr a vobiêj srmrn est iafigu.it rhrislianorum. < . i „

L'A/iologétiqur est sans aucun doute le chef-d'œuvre

de Tertullien. Nulle part ailleurs, l'auteur n'a été aussi bien ser\i p.n >a parfaite connaissance du droit, par son érudition, par le souvenir de ses lecl mes classiques

et surtout par son (aient naturel cl son éloquence pas sionnée. Il faut se garder de prendre à la lettre toutes

ses affirmations : lorsqu'il déclare, par exemple, que les

TERTULLIEN. ÉCRITS

chrétiens remplissent villes, îles, châteaux, municipes, conseils, etc., ne laissant aux idolâtres que leurs temples, il commet une exagération manifeste. Ses railleries contre les dieux païens sont, de leur côté, un des lieux communs de l'apologétique. Mais sa plaidoirie est solidement construite et fortement organisée; elle aurait été capable de faire impression sur des esprits loyaux, si elle avait été lue par ses destinataires. L'éclat du style, la puissance de la langue en font un des plus beaux monuments de la littérature chrétienne latine. L'Apologétique a été maintes fois éditée, traduite et commentée. Contentons-nous de rappeler ici les éditions de J.-E.-B. Mayor et A. Souter, Cambridge, 1917; de J. Waltzing et A. Severijns, Paris, 1929; de F.-G. Glover, New- York, 1931 ; de J. Martin, Bonn, 1933. Parmi les problèmes nombreux qu'elle soulève, il faut rappeler celui de ses relations avec l'Octavius de Minucius Félix. Les ressemblances entre les deux ouvrages sont assez grandes pour qu'il soit permis d'affirmer la dépendance de l'un à l'égard de l'autre. Mais, parmi les critiques, les uns affirment la priorité de l'Octavius, tandis que d'autres soutiennent celle de l'Apologétique. Peut-être la question est-elle insoluble dans l'état actuel de nos connaissances.

5. De lestimonio animœ, P. L., t. i, col. 608-618; vers 197-200. — Tertullien reprend, pour le développer en six chapitres, un argument énoncé en passant dans l'Apologétique, c. xvn, celui qui est tiré du témoignage rendu au vrai Dieu par l'âme naturellement chrétienne. L'apologiste ne paraît d'ailleurs pas tirer de l'argument tout le parti possible et ses démonstrations semblent plutôt froides. Édition critique de YV.-A.-J. Scholte, Amsterdam, 1934.

6. Despectaculis, P. L.,t.i, col. 627-662; vers 200.— L'auteur y condamne fortement, au nom des exigences de la morale chrétienne, tous les spectacles, aussi bien ceux du cirque que ceux de l'amphithéâtre. Il les déclare à la fois immoraux et entachés de paganisme. Édition critique de A. Boulenger, Paris, 1933.

7. De prsescriplione hœreticorum, P. L., t. n, col. 12- 60; vers 200. — Quelle méthode faut-il employer pour combattre les hérétiques? Tertullien s'efforce de répondre à la question en développant un argument général, susceptible d'être utilisé contre toutes les sectes. Les hérétiques, dit-il, prétendent corriger la règle de foi par les Écritures; mais ils n'ont pas le droit d'agir ainsi, car les Écritures n'appartiennent qu'aux Églises fondées par les apôtres ou dérivées de celles-ci. Seules ces Églises peuvent, en vertu d'une possession ininterrompue, ou prescription, utiliser les Écritures; et lorsque les hérétiques se présentent, elles ont le moyen de leur opposer cette prescription. La thèse exposée par Tertullien n'est pas nouvelle, car avant lui saint Irénée avait déjà développé l'argument de l'apostolicité des Églises authentiques. Mais le rhéteur carthaginois lui donne une forme originale en l'exposant selon les principes les plus certains du droit. Aussi son ouvrage présente-t-il une importance considérable pour l'histoire des controverses. Éditions critiques de P. de Labriolle, Paris, 1 907, et de J. Martin, Bonn, 1 930.

8. De oratione, P. L., t. i, col. 1149-1196; entre 200 et 206. — Excellent petit traité qui, après une explication détaillée du Pater, rappelle les dispositions, surtout morales, que l'on doit apporter à la prière et les effets bienfaisants qu'elle produit. Édition critique de R.-W. Muncey, Londres, 1926.

9. De baptismo, P. L., t. i, col. 1197-1224; vers 200- 206. — Ce traité est consacré à l'exposé des différents problèmes que soulève le sacrement de baptême : il parle successivement de la matière et des rites du baptême, de l'onction et de l'imposition des mains, de la nécessité et de l'unité du baptême, du ministre, du temps, du lieu de son administration. Avant de le

rédiger en latin, Tertullien avait déjà écrit en grec un ouvrage sur le même sujet. Éditions critiques de G. Rauschen, Bonn, 1916 ;'j.-G.-Ph.Borlefîs, Leyde, 1931; A. d'Alès, Rome, 1933. Ces deux dernières éditions utilisent un manuscrit de Troyes, récemment découvert.

10. De patientia, P. L., 1. 1, col. 1249-1274; vers 200- 206. — Tertullien définit la patience : la disposition où doit être le chrétien de tout souffrir et de tout endurer pour Dieu. Il parle de cette vertu d'autant plus volontiers qu'il reconnaît ne pas la posséder lui-même et qu'il en sent le prix comme les malades celui de la santé.

11. De pœnilentia, P. L., t. n, col. 979-1030; vers 200-206. — Cet ouvrage est des plus importants. Il traite d'abord de la vertu de pénitence; puis de la pénitence qui prépare à la réception du baptême; et finalement de la pénitence que l'Église offre une seule fois au baptisé coupable et repentant. Éditions critiques de P. de Labriolle, Paris, 1906, et de J.-G.-Ph. Borleffs, Leyde, 1932.

12. De cullu feminarum, P. L., t. i, col. 1304-1334; vers 200-206. — Tertullien consacre les deux livres de ce traité à parler de la toilette des femmes et à combattre les diverses formes de la coquetterie. Éditions critiques de J. Marra, Turin, 1927; W. Kok, Amsterdam, 1934.

13. Ad uxorem libri duo, P. L., t. i, col. 1274-1304; vers 200-206. — Tertullien s'adresse à sa femme pour lui recommander de ne jamais se remarier s'il vient à mourir. Il rappelle à cette occasion ses idées sur le mariage chrétien qui est indissoluble ; et, tout en acceptant les secondes noces, il ne cache pas qu'il les regarde comme une concession fâcheuse aux faiblesses humaines.

14. Adversus Hermogenem, P. L.,t.n, col. 197-238. — Le peintre Hermogène était un gnostique, dualiste comme Marcion et il opposait Dieu à la matière éternelle. Tertullien réfute ses enseignements en rappelant que le monde a commencé, que Dieu en est le créateur et que la matière n'est pas mauvaise.

15. Adversus Judœos, P. L., t. n, col. 597-642; vers 200-206. — Contre les Juifs, Tertullien démontre que la loi ancienne de la justice et de la vengeance doit céder la place à la nouvelle loi de l'amour qui a été prédite par les prophètes. Il semble bien que les six derniers chapitres sont un extrait du troisième livre Contre Marcion, transposés ici par un copiste postérieur.

16. De censu animse; vers 200-205. — Cet ouvrage est perdu. Tertullien le cite à plusieurs reprises, Adv. Marc., ii, 9; De anima, i; ni; xxi; xxn; xxiv. Il l'avait écrit contre Hermogène, après le livre conservé qui réfutait déjà cet hérétique.

17. De fato; vers 200-205. — Ouvrage perdu, connu par le De anima, xx. Il est possible que l'Ambrosiaster, dans la question 115 des Quœsliones Veteris et Novi Testamenti, l'ait utilisé et que nous ayons ainsi un moyen de connaître son contenu.

18. Adversus apelleiacos, ouvrage perdu, cité De carne Christi,xui; vers 200-206. — Tertullien y réfutait les opinions du marcionite Apelle, dont Eusèbe nous a conservé le souvenir.

19. De paradiso; vers 200-206. — Ouvrage perdu, cité De anima, lv, et Adv. Marc., v, 12.

20. De spe fldelium; vers 205-206. — Ouvrage perdu cité Adv. Marc, m, 24. Les livres De spe fidelium et De paradiso avaient été transcrits dans le manuscrit d'Agobard. Les pages qui les renfermaient ont depuis longtemps disparu.

2° Période semi-montaniste. — 21. De virginibus velandis, P. L., t. n, col. 888-914; vers 206. — Un écrit sur le même sujet avait été rédigé en grec. Tertullien

TERTULLIEN. ÉCRITS

ordonne aux vierges chrétiennes de porter le voile non seulement à l'église, mais dans la rue. C'est à partir de ce traité que l'on sent chez l'auteur des tendances accentuées vers un rigorisme qui s'écarte des règles admises dans le catholicisme.

22. Adversus Marcionem, P. L., t. n, col. 239-524. — Cet ouvrage est, par son étendue, le plus important de tous les écrits de Tertullien. L'auteur en avait écrit une première rédaction aux environs de 200. Plus tard, il remit son travail sur le métier et ne cessa de le perfectionner. Le texte conservé est celui de la troisième édition. Les quatre premiers livres remontent à 207- 208; le cinquième peut dater de 210-211. Les 1. I-III sont destinés à prouver contre Marcion l'unité de Dieu, qui est à la fois bon et juste; l'identité de Dieu et du Créateur, l'unité du Christ qui est bien le Messie annoncé par les prophètes de l'ancienne Loi et non pas un éon venu d'un monde supérieur. Les 1. IV et V critiquent le texte biblique de Marcion et montrent qu'il n'y a pas de contradiction entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Ces derniers livres sont particulièrement importants, parce qu'ils nous font connaître, du moins en grande partie, l'Évangile et Y Aposlolicum de l'hérésiarque. Sans doute, même ici, Tertullien reste un passionné; il s'emporte souvent ; il insulte son adversaire; il le couvre de ridicule. Mais il témoigne en même temps d'un sens critique très averti et ses discussions sur les textes sont parfois des modèles de précision.

23. De pallio, P. L., t. n, col. 1029-1050; vers 209. — Tertullien s'étant un jour avisé d'abandonner la toge du citoyen romain pour prendre le pallium des philosophes, ses concitoyens saluèrent de sarcasmes ironiques cette transformation. Le De pallio est la réponse à ces moqueries. Nul ouvrage de l'auteur n'est plus difficile à comprendre que ce petit livre, écrit dans une langue concise et rempli d'allusions ou de sous-entendus dont nous ne possédons plus la clé. Édition critique de J. Marra, Turin, 1932.

24. Aduersus valenlinianos, P. L., t. il, col. 538-594; vers 209-211. — Traité contre le gnostique Valent in et ses disciples. Tertullien utilise largement l'exposé de saint Irénée et il plaisante, d'une manière parfois un peu lourde, les aventures des éons.

25. De anima, P. L., t. il, p. 646-752; vers 209-21 L— Tertullien étudie successivement la nature de l'âme, son origine, la mort et le sommeil qui en est l'image. Il s'inspire des ouvrages des philosophes grecs, et en particulier de celui du stoïcien Soranus. Aussi admet-il la corporéité de l'âme, comme les stoïciens. Édition critique avec commentaire de J.-H. Waszink, Amsterdam, 1933; le même auteur a ensuite donné un index de l'ouvrage, Bonn, 193 1.

26. De carne Chrisli, P. L., t. n, col. 754-792; vers 209-211. — Ce livre est dirigé contre les docètes; il l'applique donc à établir la réalité de la chair du Christ, qui est indispensable pour l'accomplissement de l'œuvre rédemptrice. Le Christ , afllrmc-t-il, devait Daltre, puisqu'il devait mourir; el, pour mettre en un meilleur relief la vérité de cette naissance, il nie la Virginité de Marie in pnrlu.

27. Dr resurrectione carnis, P. /.., t. n, col. 795 886; vers 209-21 1. — Tertullien y démontre la résurrection de la chair en s'appuyanl sur les diverses preuves que peul lui fournir la raison, où en développanl les arguments SCripI maires.

Page 1