TRIBUT
TRICALET (PIERRE-JOSEPH)
droits individuels et familiaux, d'adaptation au bien commun, une question partiellement morale.
En traitant du devoir fiscal, l'ancienne théologie morale n'était pas sans examiner certaines de ces conditions morales ; dans notre exposé nous avons reproduit quelques-unes de ces vues, en particulier celles qui concernaient la justice requise dans les impôts.
D'autres points auraient pu être signalés, comme celui des personnes qui pouvaient être soumises aux lois fiscales ; bien des auteurs notent que, si en principe les impôts sont personnels, ils peuvent aussi atteindre les personnes par le moyen des choses ou des biens; et c'est ainsi que, si la loi fiscale s'applique directement et normalement sur les sujets d'un État, elle peut aussi indirectement saisir des étrangers séjournant plus ou moins longtemps dans un pays.
2° Une question casuistique d'une importance considérable est aussi abordée, surtout par les auteurs modernes : celle de la déclaration que le fisc demande souvent aux intéressés pour établir le taux des impôts qui leur seront réclamés. En principe il serait à souhaiter qu'une suffisante loyauté règne dans ces déclarations. Il en serait ainsi s'il existait dans le milieu social un véritable dévouement à la chose publique. Malheureusement on est loin, en beaucoup de nos nations modernes, de cet idéal. Le fisc lui-même admet le plus souvent que les contribuables se contentent de déclarations relativement incomplètes ou déficientes. Les moralistes permettent avec ensemble, dans de tels cas, aux consciences les plus délicates de suivre sur ce point ce qui est d'usage autour d'elles; il ne faut pas que les honnêtes gens se trouvent par leur honnêteté même mis en situation trop désavantageuse.
Cette question de la déclaration se trouve parfois compliquée par le serment qu'en certains pays on prétend imposer aux contribuables. Procédé qu'on peut considérer comme regrettable parce que, sans troubler les fraudeurs bien déterminés, il risque de troubler les consciences loyales. Là où l'impôt serait manifestement ou injuste ou excessif, le serment n'ajouterait rien à l'obligation non existante et pourrait, d'après les moralistes, être considéré comme de nul effet.
3° Quant à la question générale de la forme à donner aux impôts pour en assurer la plus juste et la plus équitable répartition et les adapter au mieux au bien commun — question à la fois morale et technique qui dépasse le cadre de cet article — nous nous contenterons de renvoyer pour son étude à des ouvrages plus complets sur la justice comme les Qusestiones de justilia du P. Vermeersch, ainsi qu'aux traités de Droit naturel ou à ceux d'Économie sociale, dont un des meilleurs reste celui du P. Antoine, Cours d'économie sociale, 6e éd., 1921, ou encore aux Semaines sociales dont plusieurs leçons ont examiné cette matière.
Un bon résumé des conclusions auxquelles sont arrivés théologiens sociaux et économistes catholiques a été présenté dans le Code social de Malines dont nous venons de parler. Nous citons ces trois articles qui manifestent bien doctrines et tendances en cette matière : « 123. Autant que le bien commun le permet, la justice distributive demande que l'impôt soit non pas proportionnel aux revenus, ni progressif suivant une raison constante, mais établi suivant une progression qui se ralentit pour se rapprocher, au sommet de l'impôt proportionnel. Nous appelons cet impôt « progressionnel ». — 124. Dans un ordre idéal, il faudrait préférer l'impôt unique et « progressionnel » sur le revenu. En fait une partie des ressources fiscales doit être demandée aux impôts indirects : ils se font accepter plus aisément et se prêtent à des exigences moins oppressives. — 125. L'impôt direct a pourtant l'avantage de solliciter des citoyens un sacrifice conscient, qui les intéresse à la chose publique. »
Suivent quelques règles sur le choix des impôts, qu'on trouvera sous le n. 126, p. 117 de la lre édition.
1» Impôt religieux : Wernz- Vidal, Jus canon., t. rv, vol. n, p. 315 sq., ri 830-836; M. a Coronata, Inst. jur. can., t. n, n. 1041 ; Cocchi. Com. in Codicem, t. vi, n. 176, et Suarez, De uirt. et stat. relig., tr. n, 1. I,c. v.
2° Impôt civil : auteurs anciens : surtout Molina, Lessius, et Lugo dans leurs traités De justifia et jure, ainsi que Laymann et Sporer dans leurs Théologies morales; parmi les moralistes contemporains : Prummer, Manuale theol. mor., 4* éd., 1928, t. i; Vermeersch, Queest. de justifia, 1901; Bouquillon, Theol. mor. fundam., 3* éd., 1903; Noldin, De prœceptis, 7« éd., 1908; Tanquerey, Synopsis theol. mor.. De virtute justifiée, 4« éd., 1910; Merkelbach, Summa theol. mor., 2' éd., t. il, 1935; Vlttrant, Théologie morale, 1941.
R. Brouillard.
TRICALET Pierre-Joseph, ecclésiastique français (1696-1761). — Né à Dole en Franche-Comté, le 30 mars 1696, il fit ses premières études à Besançon et sa philosophie chez les cordeliers de Nozeroy; pendant trois années, il s'abandonna à la dissipation, mais bientôt il se convertit et entra au séminaire de Besançon, où il fit de sérieuses études de théologie : bachelier le 19 août 1717, il fut docteur le 29 juillet 1719. Ordonné prêtre en 1720, il fut nommé curé de Lisle-sur-Doubs, mais presqu'aussitôt il vint à Paris, où il se retira dans la communauté de Saint-Nicolas du Chardonnet, dont il devint le supérieur de 1726 à 1744; en avril 1734, il fut élu supérieur des filles de Sainte-Geneviève, connues sous le nom de miramiones ; en 1737,1e cardinal de Vintimille le choisit comme un de ses vicaires généraux. En 1746, ses nombreuses infirmités l'obligèrent à se retirer à la maison de retraite du séminaire Saint-Nicolas. Il mourut le 31 octobre 1761.
Les écrits de Tricalet se rapportent presque tous à la piété. Il faut citer, par ordre de date, Y Abrégé du Traité de l'amour de Dieu de saint François de Sales, in-12, Paris, 1756, réédité plusieurs fois, en particulier à Liège en 1802. Les Mémoires de Trévoux, novembre 1756, p. 2866-2869, souhaitent que l'auteur fasse le même travail pour les Pères de l'Église. En fait, Tricalet commença dès lors la Bibliothèque portative des Pères de l'Église, qui renferme l'histoire abrégée de leur vie, l'analyse de leurs principaux écrits, les endroits les plus remarquables de leur doctrine sur le dogme, la morale et la discipline, avec leurs plus belles sentences, 9 vol. in-8°, Paris, 1758-1763. C'est un recueil fait d'après les livres qu'il lisait ou dont on lui faisait la lecture; le fond est emprunté aux bibliographes les plus célèbres, comme Fleury, Dupin, Ceillier, Tillemont. Le t. r" comprend saint Ignace, saint Justin, saint Irénée, saint Clément d'Alexandrie, Tertullien, Origène, saint Cyprien, Eusèbe, saint Athanase et saint Hilaire de Poitiers. Mém. de Trévoux de janvier 1759, p. 326-341. Le t. n comprend saint Basile, saint Cyrille de Jérusalem, saint Grégoire de Nazianze, saint Éphrem et saint Grégoire de Nysse. Mém. de Trévoux d'août 1759, p. 1982-1994. Le t. m comprend saint Ambroise, saint Épiphane, saint Jérôme et saint Paulin. Mém. de Trév. de mars 1760, p. 660-666. Le t. iv comprend saint Jean Chrysostome et saint Cyrille d'Alexandrie. Mém. de Trév. de décembre 1760, p. 2907-2921. Le t. v comprend saint Augustin et saint Prosper. Mém. de Trév. d'avril 1761, p. 1051- 1061. Le t. vi comprend Théodoret, saint Léon pape, saint Césaire d'Arles et saint Grégoire pape. Le t. vu comprend saint Jean Damascène saint Anselme et saint Bernard. Mém. de Trév. de février 1762. p. 521- 528. Le t. vin comprend les sentences des Pères de l'Église, qui n'ont pas pu entrer dans les sept premiers volumes et le t. ix contient, avec l'abrégé de la vie de l'auteur, le texte latin des sentences des Pères contenues dans les sept premiers volumes, avec une table générale. Mém. de Trév. de juillet 1762,
1541 TRICALET (PIE RRE- JOS.) — TRICASSIN (C H ARLES- JOS.) 1542
p. 1902-1903. Il y eut une nouvelle édition en huit vol. en 1787 et une traduction latine en neuf vol. in-8°, à Bassano en 1783 et une autre à Rome en 1871. — Précis historique de la vie de Jésus-Christ, de sa doctrine, de ses miracles et de l'établissement de son Église, accompagné de réflexions et de pensées choisies sur la religion et sur l'incrédulité, in-12, Paris, 1760, réédité en 1777. Mémoires de Trévoux de janvier 1760, p. 372- 374. — Année spirituelle, contenant pour chaque jour tous les exercices qui peuvent nourrir la piété d'une âme chrétienne, 3 vol. in-12, Paris, 1760, Além. de Trév. de septembre 1760, p. 2291-2292; cet ouvrage a été souvent réimprimé : à Vienne en Autriche, 3 vol. in-12, 1771; à Lyon, 3 vol. in-8», 1812; à Clermont, 3 vol. in-8°, 1813; à Lille en 1829 et 1839, 3 vol. in-8°; à Paris, 3 vol. in-8°, Ami de la religion, t. lxii, p. 223- 224. — Abrégé de la perfection chrétienne de Rodriguez, 2 vol. in-12, Paris, 1761, Mém. de Trév. de décembre 1761, p. 3040; réimprimé en 1829. — Le livre du chrétien, dans lequel se trouve tout ce que le chrétien doit savoir et pratiquer par rapport à la religion, ouvrage posthume de Tricalet, in-8°, Paris, 1762, Mém. de Trév., juillet 1762, p. 1903-1904; l'éditeur a ajouté un abrégé de la vie de Tricalet. — Les motifs de crédibilité rapprochés dans une courte exposition, prouvés par le témoignage des Juifs et des païens, développés chez les Pères des quatre premiers siècles et par les auteurs modernes les plus célèbres..., ouvrage posthume, 2 vol. in-12, Paris, 1763. — Le recueil ms. 6330 de la Bibl. de l'Arsenal contient deux cahiers de Tricalet : Preuves courtes et sensibles de la religion chrétienne; et L'esprit du livre de l'Imitation en quatre livres.
Michaud, Biogr. univ., t. xlii, p. 147-148; Feller, Biogr. univ., t. vin, p. 200; Richard et Giraud. Bibl. sacrée, t. xxv, p. 310-314; Glaire, Diction, des sc.eccl., t. n, p. 2323; nombreuses biographies de Tricalet : au début du t. ix de la Bibl. portative des Pères, éd. de 1763, et éd. de Bassano, t. i, p. ix-xxxv et dans le Livre du chrétien, p. 80-100; Vie de Tricalet parle P. Berthier, Mém. de Trévoux, fév. 1762, P.52S-53S; par Fréron.l' Année littéra ire de 1763, 1. 1, p. 239- 243; Abrégé de la vie de Tricalet par Goujet, in-12, Paris, 1762; Hurter, Nomenclator, 3» éd., t. iv, col. 1455-1457.
J. CARnEYHE.
TRICASSIN Charles-Joseph, capucin français du xvir» siècle. — Le nom sous lequel il figure dans les bibliographies veut dire qu'il était originaire de Troyes; nous n'avons sur lui aucun renseignement biographique; dans ses ouvrages, il s'intitule concionator capucinus, et la série de ses œuvres imprimées s'échelonne entre 1669 et 1681. Très préoccupé de l'appui que le jansénisme pensait trouver dans saint Augustin, il se mit à scruter l'œuvre de l'évêque d'Hippone et s'efforça de ranger celui-ci parmi les tenants de ce que, pour faire bref, nous appellerons la doctrine de Molina. Il n'y réussit pas, on l'entend bien, sans donner quelque entorse aux idées d'Augustin et la plupart des titres qu'il a mis en tête de ses ouvrages sonnent comme des paradoxes; c'est pourquoi il n'est pas sans Intérêt d° les reproduire intégralement : 1. De prwdestinatione hominum ad gloriam. Disputatio théologien in qua clore demonstratur prsedestinationem illam faclam esse post prirvisa mérita idque potissimum ex doctrina D. Augustini et D. Bonavenlurœ, Docforis seraphici, in-4°, Paris, 1669 et 1673. — 2. Supplementum augustinianum ad illuslrandam et confirmandam prx>dictip prwdestinatinnis non gratnilm sed post prirvisa mérita factw veritntem, in-4°, Paris, 1673. — 3. Tractalus de indifferenli hominis arbilrio sub gratin et coneupiscenlta secundum D. Augustinum; in quo tractalu eTplicanliir multep phrases augusliniame, exempli gratin : Qnirl sit « agi a Deo », « trahi a Deo »? quid sit : • ex nnlentibns vnlrnles fteri »? et nlia multn difjicillimn de gratin, de liberlnte. de precato ac de péris et grnuinis erroribus qui fuerunt contra gratiam ex eodem Augm-
tino, in-4°, Paris, 1673. — 4. De necessaria ad salutem gratia omnibus et singulis data secundum Augustinum, ubi tam in génère quam in specie ostenditur dari gratiam vere sufficientem omnibus et singulis hominibus et multa producuntur singularia et arcana Augustini principia ex quorum plena cognitione pendet perfecta (otius illius doclrinee prœsertim quoad gratiam intelligentia, in-4°, Paris, 1673. — 5. De naturel peccati originalis secundum mentem Augustini, traclalus unicus, ubi clare demonstratur istud peccatum nullomodo specie a peccato Adse esse distir.ctum, sed esse ipsum Adœ peccatum seu peccati ejus actualis maculam posteris ejus communicatam, in singulis singnlam et ab ipsa peccati Adse macula numéro diversam, non vero esse concupiscentiam aut merum pœnœ reatum, ut quidam falso pulaverunt censuisse Augustinum, in-4°, Paris, 1677. La préface fait allusion aux ouvrages précédents, où l'auteur a exposé les doctrines d'Augustin sur la prédestination, le libre arbitre et la grâce. Contre son désir et son attente, il n'a pas encore entendu de contradicteurs; nul n'a donc eu le courage de s'attaquer à ses thèses. Il souhaite vivement cette contradiction qui lui permettrait de mettre en meilleure lumière cette doctrine « que Dieu lui a inspirée ». — 6. Le De natura, relativement bref, est complété par un traité beaucoup plus volumineux relié, à l'origine, avec le précédent : De causa bonorum operum secundum Augustinum. Tractatus unicus, ubi prsecipue demonstratur amorem seu intuilum mercedis seternse et timorem gehennœ esse bonos secundum se et bonorum operum vere effeclivos et pravorum exclusivos sine ullo prorsus actualis dilectionis Dei additamento sibi ad id necessario secundum mentem Augustini; ubi et alia multa explicantur prorsus necessaria ad habendom perfectam bonorum operum notiliam secundum mentem Augustini, ut, verbi gratia, quid sit ille limor pœnœ quem sœpe vitupérai Auguslinus ut malum et quid ipse Auguslinus inlelligat per illam charitatem quam laudat aliquando ut solam Christi gratiam et ut ad omne opus bonum necessariam et multa alia similia quibus abiilunlur plerigue ad slabiliendas suas opiniones per aulhoritalem Augustini contra mentem ipsiusmet Augustini; ubi et aliqua traduntur de sufficienli bonitate illius attritionis quw est ex metu gehennie, in ordine ad jusiificandum peccalorem in sacramento potnitentise sine ullo amore Dei, in-4°, Paris, 1677. La date exclut toute a'iusion à la controverse quiétistc qui, vingt ans plus tard, mettra aux prises Bossuet et Fénelon ; les adversaires auxquels en a notre capucin sont évidemment les « contritionistes » qui soutiennent la nécessité, dans la contrition qui accompagne l'absolution, d'un commencement au moins d'amour de Dieu. La dernière section, n. 73, annonce d'ailleurs l'intention qu'a l'auteur d'étudier sur ce point le concile de Trente et de le défendre contre ceux qui en corrompent la doctrine. — 7. C'est ce qui fut réalisé dans l'ouvrage Suivant : Supplemenlum ad tractatnm de. caussa bonorum operum; ubi agitur de sufjicienlin attritionis conceptie ex metu gehennre cum sacramento prcnitenlirr secundum mentem D. Augustini et concilii Tridenlini. in- 1°, Palis, 107'*: ee qui constitue Une gageure 8 A ees ouvrages fl'ordre plutôt synthétique font mite des analyses de textes nupiistiniens : Commentarii brmrs et rontinui in libros D. Augustini contra Pelagianos. c'est fi savoir sur le De. gratia et libern arbilrio et SUT 1' De mrrrptione et gratia. tous deux Paris, 1680. — 0. Commentarius brevis et continuas in libros D. Augustini contra Semipetagianaa, id est in libros • De pnssdaUnatiorw sanctorum » et • De dono persévérant iir ». Paris, 1681. —