‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 4)Chapitre 74 sur 423 · TESTAMENT DE NOTRE-SEIGNEUR · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE NOTRE-SEIGNEUR

JÉSUS-CHRIST, recueil apocryphe, mi-partie

apocalyptique, mi-partie canonique, publié pour la

première fois au complet en syriaque (avec traduction

latine) par Mgr Itahmani en 1899 et qui se trouve en rapports étroits avec d'autres recueils déjà étudiés ici. (as recueils ont pour caractère commun de se donner comme rassemblant des prescriptions d'ordre

liturgique <>u canonique censées portées par les apdtres

eux mêmes. Il en a été question au\ art. : A.POTRE8

{La doctrine dm douze), t. i. coi. 1680- k>n7; Hippolyi i

(Saint), t. vi, col. 2502-2503; Dnnsi m il m s wh-

i m s. t. iv, coi. 734-748; Canons m s apôtres, i. h, col. 1605 1626; Constiti rioNS ipostoliqueb, t. m. col. 1520 1537. •'.(•> divers articles, tout en mettant en évidence ta parenté de ces écrits, manifestaient encore l'hésitation de la critique quand il s'agissait

d'établir les rapports (le dépendance entre les textes

TESTAMENT DE N.-S. J.-C

en question. L'unanimité est maintenant à peu près réalisée et il convient de présenter de manière synthétique les résultats acquis.

Décrivons d'abord le Testament. Il forme les deux premiers livres d'une grande compilation canonique en syriaque, trancrite, à la suite des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament d'après la Peshita, sous le lemme suivant : Testament ou paroles que N.-S. J.-C. ressuscité des morts a dites à ses saints apôtres et qui ont été écrites par Clément de Rome, disciple de Pierre en huit livres. Le titre en question semblerait de prime abord couvrir tout l'ensemble de la compilation. Cependant le colophon qui termine le 1. II montre que se clôt ici un premier ouvrage mis en œuvre par le compilateur : « Fin du 1. II de Clément traduit de la langue grecque en syriaque par Jacques l'Humble, l'an 998 des Grecs (687). » Après quoi vient le titre du 1. III : « Doctrine des douze apôtres. Réjouissez-vous, fils et filles au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. » Ce qui introduit un nouvel écrit apparenté de très près à l'Ordonnance ecclésiastique apostolique de J.-W. Bickell. Le 1. IV, très court, qui fait suite, traite des charismes et répond à Constit. apost., 1. VIII, c. i et n; le 1. V reproduit, sans grand changement, C. A., 1. VIII, c. m, iv, v, et xvi-xxvi; le 1. VI correspond à C. A., 1. VIII, c. xxvii-xxviii, xxx-xxxiv, xlii-xlvi; le 1. VII à C. A., 1. VIII, c. xxix et fin de c. v; enfin le 1. VIII contient les Canons des apôtres (c'est-à-dire la traduction des 84 (ou 85) canons grecs). C'est l'ensemble de ces huit livres que l'on désigne sous le nom d'Octateuque de Clément, le Testament n'en formant que la première partie : 1. I et II.

Le 1. I débute par un entretien de Jésus ressuscité avec ses disciples, thème qui se retrouve en divers apocryphes et spécialement dans VEpistola apostolorum; cf. C. Schmidt, Gespràche Jesu mit seinen Jùngern nach der Auferstehung, 1919; texte aussi dans Duensing, Epist. apost., dans les Kleine Texte de Lietzmann, n. 152, 1925. Les apôtres demandent à Jésus ce qu'est le Saint-Esprit qu'il leur a promis. Le Maître le leur explique sommairement, puis souffle sur eux pour leur communiquer le Paraclet. C. i. Le dialogue s'engage ensuite sur les signes avant-coureurs de la fin du monde, c. n-xi, et se termine par un avertissement aux fidèles. C. xn-xiv. A ce sujet fait suite, sans autre transition, une demande des apôtres sur les qualités que doivent avoir ceux qui présideront aux Églises et sur la manière d'organiser celles-ci. C. xv. Interrompue par une question des saintes femmes, Marthe, Marie et Salomé sur les règles de la vie intérieure, c. xvi, la réponse du Christ se développe ensuite dans tout le reste du 1. I et dans tout le 1. II. C'est une manière de mettre sous l'autorité de Jésus la série des prescriptions canoniques qui suivent. C. xvii-xvm.

Et d'abord les règles relatives à la construction et à l'agencement des églises; elles sont très brèves. C. xix. Puis celles qui concernent l'ordination d'un évêque. C. xx-xxn. Sont énumérées d'abord les qualités qu'il doit avoir, puis les rites et prières de la consécration. Tous les évêques présents imposent d'abord les mains à l'élu, puis un seul qui récite une longue formule, énumérant à la fois les fonctions que devra remplir celui-ci et les grâces que lui conférera l'Esprit-Saint. Suit la description des devoirs de l'évèque, prière, jeûne, oblation du sacrifice au moins le samedi et le dimanche. L'idée du sacrifice à offrir amène la description du rite eucharistique, c. xxm, dont les prières essentielles : préface d'action de grâces, anamnèse, offrande, épiclèse enfin, mais assez imprécise, sont intégralement reproduites. Les chapitres suivants donnent les rites pour la bénédiction de l'huile des infirmes et de l'eau. C. xxiv-xxv. Puis

est décrit l'ensemhle de l'office de l'aurore, comportant une sorte d'invitatoire, des psaumes, des cantiques, des lectures, le tout se terminant, après renvoi des catéchumènes, par une instruction de l'évèque sur les mystères. C. xxvi-xxvm.

Suivent les prescriptions relatives aux ordres inférieurs, toutes rédigées sur le même modèle : qualités que doit avoir l'ordinand, rites de l'ordination, devoirs et fonctions de l'ordonné. Ainsi est-il parlé de l'ordination des prêtres, c. xxix-xxxn; des diacres, c. xxxmxxxvm; du cas des confesseurs de la foi, à qui on n'impose pas les mains pour les élever au rang de diacre ou de prêtres, mais seulement s'il faut leur conférer l'épiscopat, c. xxxix;de l'ordination des veuves, c. xl-xliii, des sous-diacres, c. xliv, des lecteurs, c. xlv, des continents de l'un et l'autre sexe, c. xlvi, le tout se terminant sur une remarque relative aux porteurs de charismes : guérison, science, langues, à qui l'on n'impose pas non plus les mains, cum ipsum opus jam sit manijeslum. C. xlvii.

La majeure partie du 1. II contient les prescriptions relatives au catéchuménat et au baptême; et d'abord celles qui se rapportent à l'admission, c. i et n; à la durée du catéchuménat (d'ordinaire trois ans), c. m; à la place des catéchumènes dans les assemblées, c. iv; aux prières qui doivent être récitées sur eux par l'évèque ou le prêtre. C. v. Puis viennent les cérémonies de l'élection et les fréquents exorcismes qui suivent celle-ci, c. vi; les rites du baptême proprement dit, dans la nuit pascale, c. vu-vin; enfin ceux de la consignation et de la première communion. C. ix-x. Ce qui suit est plus difficile à classer; il y est question de préceptes divers, c. xi-xii; d'un repas qui pourrait être une sorte d'agape, c. xm; de l'offrande des prémices par les fidèles, c. xiv-xvi; de l'interdiction de manger des viandes étouffées ou immolées aux idoles, c. XVII. Viennent ensuite quelques observations sur la vigile pascale, c. xviii-xix, avec des prescriptions diverses, en particulier sur les sépultures, c. xx-xxm, et sur les prières que doivent faire les fidèles aux diverses heures de la nuit et du jour. C. xxiv. Le tout se termine par une exhortation du Christ, après quoi les apôtres adorent Jésus, qui se soustrait à leur vue. C. xxv-xxvn. Ce testament du Christ est mis par écrit par les apôtres Jean, Pierre et Matthieu qui, de Jérusalem, en envoient des copies par Dosithée, Silas, Magnus et Aquila dans toutes les résidences.

Il suffit de se reporter ici même, t. in, col. 1529, où est analysé le 1. VIII des Constitutions apostoliques, et au t. n, col. 1615, où il est parlé du document appelé Constitution ecclésiastique égyptienne (jEgyplische Kirchenordnung), pour se rendre compte de la parenté étroite qui unit ces diverses pièces. Cette parenté éclate davantage encore si, prenant en main les textes eux-mêmes, on compare entre elles les prescriptions formulées de part et d'autre, et surtout les prières liturgiques : oraisons consécratoires pour la collation de l'épiscopat, par exemple, ou encore prières de la messe. La question est seulement de savoir dans quel ordre chronologique les textes se sont succédé et, pendant longtemps, les discussions sur ce point ont été vives entre savants. Dans l'enthousiasme de la découverte, Mgr Rahmani n'hésitait pas à considérer le Testament comme le plus ancien de ces documents, d'où il faisait dériver la Constitution égyptienne d'une part (engendrant à son tour les Canons d'Hippolyle) et d'autre part le 1. VIII des Constitutions apostoliques. Poui lui il ne faisait pas de doute que le Testament remontât à la plus haute antiquité et il ne craignait pas de le faire contemporain d'irénée, sinon même antérieur : la liturgie dont il était le témoin ne coïncidait-elle pas avec celle que décrit Justin vers le milieu du ne siècle? Pénétré de cette idée, le premier éditeur

TESTAMENT DE N.-S. J.-C

du Testament retrouvait dans tout son texte les preuves d'un archaïsme très authentique. Le Testament était certainement antérieur à la paix de l'Église : oubliant la description donnée 1. I, c. xix, de la « maison de prière », qui ne peut s'appliquer qu'aux magnifiques constructions élevées à partir de Constantin, Mgr Rahmani relevait dans son texte des indices d'une situation générale troublée, de persécutions possibles, de martyres même. Tous ces indices d'ailleurs sont bien fugitifs et s'expliquent au mieux par la persistance dans un document récent des archaïsmes de son archétype.

Dès le début, ces conclusions ont été vivement contestées, voir P. Batiffol, dans Revue biblique, 1900, p. 253-20 ; H. Achelis, dans Theologische Literaturzeitung, 1899, p. 705; dom G. Morin, dans Revue bénédictine, 1900, p. 25; A. Loisy, dans Bulletin critique, 1900, et bien d'autres. Bon aperçu de toute cette littérature dans A. Lhrhard, Die altchristl. Litteratur und ihre Erforschung von 1>84-1900, Fribourg-en-B., 1900, p. 532 sq. Que le Testament fût un document relativement jeune et dès lors dérivé, tout le monde en tomba vite d'accord. Le débat restait néanmoins entre les partisans de l'antériorité de la Constitution ecclésiastique égyptienne et ceux qui mettaient au point de départ le I. VIII des Constitutions apostoliques. I.a brillante démonstration de dom Connolly a définitivement tranché le débat. La Constitution égyptienne n'est rien d'autre que le livre de saint Hippolyte dont le titre se lit sur la statue même du docteur : 'ATTOCTToXnd] TtapàSoffiç. Démonstration de R.-H. Connolly dans The su called Egyptian Church Ordcr and derived documents, 1910; complétée dans une série d'articles du Journal of theolog. studies, 1917, p. 55 sq. ; 1918, p. 132 sq.; 1921, p. 356 sq.; 1923, p. 457 sq.; 192 I, p. 131 sq.; cette démonstration à laquelle se sont à peu près tous les critiques a été plus récemment contestée par lî. l.orentz, De Egyplischc Kerkordening en Hippolytus van Rome, 1929, contradiction qui a été mal accueillie : cf. Jungmann dans Zeilschr. fur kathol. Theol., L930, p. 281 sq., et Rûtten dans Theolog, Revue, 1931, p. 61. Nous ne referons pas la démonstral ion de l'.-l I. Connolly, dont le schéma a été donné à l'art. Hippolyte (Suint), i. vi, col. 2502. Rien d'ailleurs ne la confirme mieux que la fécondité des conséquences qui en ont été tirées. C'est toute une résurrection du passe liturgique qu'a permise la restitution a Hippolyte d'un texte si riche en formules et en indications rituelles remontant au début du m' siècle. De cette Tradition apostolique dérivent sans inl ermédiaire les Canons d' Hippolyte, cf. t. ni, col. 1530 au bas, qui ne font guère que débiter en une série de petits paragraphes les développements de V'AnoaroXuc)] -ypâSun'.ç,. Voir un tableau comparatif dans Funk, Didascalia et Constitutione sapostolorum, t. n, l' xxv sq. Cette compilation a du moins le me ut' ,qui n'a pas la ConslitutioneccUsiastiqueêgyptienne, d'avoir sauvé le nom ih l'auteur.

1 i i ;ni i 'le la Tradition apostolique que dérive, mai indépendamment de Canons d' Hippolyte, le I. VIII des < 'institutions apostoliques. Si on en analyse les trois iriions successives, charismes, ordination . • ns n m retranchant de cette dernière la série connue -ou le nom des 81 canons apostoliques), on consirche suivi* e i 1res sensiblement celle de i.i Tradition apostolique, a commencer par la petite Introduction sur les charismes qui, flans l'œuvn primitive, l' ii ni ce nouveau traité d' Hippolyte a un ouvragi antérieur intitulé : Sur les charisme», llepl ntrant dans le détail, on constatera que la dlspo illon du développement relatif .i l'ordination d< l'évêqut ■ I la même, les prières de lu messe pn n. mi plaie immédiatement, encore que plie dévelop

pées, après les rites et formules de la consécration épiscopale. La fidélité du compilateur à suivre son modèle explique seule le désordre apparent que l'on a depuis longtemps signalé dans cette partie du 1. VIII. Il y a lieu d'instituer une comparaison minutieuse entre les formules liturgiques du texte primitif et celles des Constitutions apostoliques; il ne serait pas malaisé de montrer les raisons des quelques modifications qui se laissent remarquer.

On a dit plus haut, t. ni, col. 1534, que, malgré certaines hésitations, qui ont subsisté assez longtemps, l'ensemble des critiques s'est rallié à la thèse qui voit dans les Constitutions apostoliques, prises comme un bloc, une compilation faite par un seul et même auteur. Sans doute l'unité d'un tel recueil ne saurait être celle d'un ouvrage original exécuté d'un seul jet; elle ne laisse pas d'être réelle. C'est ce dont témoigne la tradition manuscrite, qui associe le plus ordinairement les huit livres, de même les renvois qui se font d'une partie à l'autre, l'unité enfin de pensée et d'expression. La date où cette compilation a été faite ne peut se déterminer avec une parfaite exactitude; mais l'on ne se trompera guère en la fixant vers la fin du iv* siècle, à la même date où était mise en circulation l'édition interpolée des lettres de saint Ignace, qui a peut-être le même auteur. Ce point est considéré comme acquis par l'ensemble des critiques.

Il n'est pas sans intérêt d'insister sur la manière dont le compila leur a conçu et exécuté son travail. A son époque circulaient déjà, peut être groupées en collections, des œuvres rappelant, soit aux laïques, soit aux membies de la hiérarchie, leurs devoirs généraux et particuliers. Telle la Doctrine, des douze apôtres (Didachè); tel les ouvrages d'Hippolyte sur les charismes et sur les ordinations; telle la Didascalie des apôtres. C'est en partant de ces pièces que le compilateur a rédigé son recueil : La Didascalie lui fournit la matière de ses livres IV I; il y change peu de choses aux prescriptions strictement morales, mais introduit dans les règles du droit les modifications nécessitées par le temps. La fiction de l'origine apostolique est conservée; en même temps, d'ailleurs. Clément de Borne, dont les pseudo-Clémentines ont popularisé le souvenir, est Introduit comme intermédiaire entre les apôtres et l'ensemble de l'Église : Siarayal tcov àytcov à7iooT6Xwv Sià KXTjjievToç. La Didachè lui donne semblablement la très grande partie du 1. VII, qu'il complète par les prescriptions et les prières qui remplissent la dernière section. Enfin la Tradition apostolique d'I lippolyte, presque intégralement transcrite, fournil le I. VIII. C'est à la lin de ce livre que seront ajoutes plus tard, à moins qu'ils ne l'aient été par le compilateur même, les 8 1 (85) canons apostoliques, empruntés pour une lionne paît au concile d'Anlioche de 311, dont le dernier (85) contient le canon des deux Testaments. Avec une rare hardies' e on ,i trouvé le moyen d'y introduire, eu lin de liste, les deux épitrec de Clément et i les constitutions, al Sia-ayat, qui nous ont été transmises en huit livres, a vous évêques, par moi Chinent, mais qui, a cause des enseignements secrets qu'ils contiennent, xà èv aùrotç (J.oa Ttv.â. ne peuvent être portées à la connaissance de tou Ainsi fut définitivement constitué le premier Octateuque clémentin. Son succès a clé considérable, il a finalement traversé les siècles sans pin recevoir de modifications sensibles, il il ;i passé longtemps pour une œuvre des temps apostoliques, A la vérité, le canon 2 du concile Quinl-Sexte (692) déclare bien que le ordonnances rédigées par Clément, i\ 'V.v KXr,u.£v-roç SiaTàuu;, ont été Interpolées pai dei mains hétérodoxes et dol vent donc être rejetées. Mai c'est reconnaître en même temps l'i nérable de cet écrit, Quoi qu'il

en SOlt, c'est seulement après la publication en Ocd

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