SIMON DE TOURNAI
D’après E. Longpré, Guillaume de La Mare, 0. F. M., dans La France francisc., t. 1v, p. 289, n. 2, Simon de Lens continue en général les traditions philosophiques et théologiques de saint Bonaventure et se rallie étroitement aux thèses traditionnelles de l’école franciscaine. Il rejette la possibilité de la création ab ælerno; il admet la composition hylémorphique des anges et de l’âme humaine, ainsi que la théorie des raisons séminales; il croit aussi à la possibilité de l’immaculée conception.
Denifle-Chatelain, Chartularium univers. Paris, t. 1, n. 592; Chronica XX1V generalium ord. min., dans Analecta franc., t. 111, Quaracchi, 1897, p. 374-376; Fr. Ehrle, Das Studium der Handschriften der mittelalterl. Scholastik, dans Zeitschr. [. kath. Theologie, 1883, Ὁ. 46; E. Hocedez, Richard de Middleton, Louvain, 1925, p. 39, 58, 75, 76, 81, 82; M. Lecoy de La Marche, La chaire française au Moyen Age, Paris, 1868, p. 487; M. Faloci Pulignani, La biblioteca francescana di Gubbio, dans Miscellanea franc., t. 1x, 1902, P. 162; Gratien de Paris, Histoire de l'ordre des fr. mineurs au Χ1119 siècle, Paris, 1928, Ὁ. 341-342 et 381-382; A. Callebaut, Les provinciaux de la province de France au XIIIe siècle, dans Arch. franc. hist., t. x, 1917, p. 343-345; P. Glorieux, Notes sur quelques théologiens de Paris de la fin du XIIIe siècle, dans Arch. d’hist. doctr. et litt. du Moyen Age, t. 1, 1928, p. 229-230; le même, Répertoire des maîtres en théologie de Paris au XIIIe siècle, t. 11, Paris, 1934, n. 331, p. 141; le même, D’Alexandre de Halès à Pierre Auriol. La suile des maîtres franciscains de Paris au XIIIe siècle, dans Arch. franc. hist., t. Χχνυι, 1933, p. 260, 261, 263, 267, 277, 281; le même, La littérature quodlibétique, t. 11, dans Bibl. thomiste, t. Χχι, Paris, 1935, p. 271; V. Doucet, Maîtres franciscains de Paris. Supplément au « Répertoire de P. Glorieux », dans Arch. franc. hist., τ. XXVI1, 1934, p. 557.
A. TEETAERT.
11. SIMON DE TOURNAI. τ ture Œuvres. III. Position doctrinale.
I. VIE. — Si on la dégage des légendes qui l’entourent et l’obscurcissent, la vie de Simon de Tournai se ramène à un petit nombre de points, les uns incontestés, les autres hautement vraisemblables. Son origine tournaisienne est certaine. La date de sa naissance est à placer sans doute vers 1130. Rien n’est connu concernant ses premières études; mais, suivant la coutume, c’est à l’école du chapitre de Tournai qu’il dut recevoir sa formation littéraire. C’est à Paris qu’on le retrouve ensuite, maître en théologie et tenant école dès 1175-1180. Sans doute peut-on assigner à son séjour en cette ville et surtout à ses études théologiques une date plus reculée, si la conjecture proposée par son dernier, et son seul vrai historien, J. Warichez, Les Disputationes de Simon de Tournai, p. ΧἼΠῚ sq. est exacte. Se basant sur certaines particularités que présentent les Quæstliones d'Eudes (Odon) de Soissons (éditées par le cardinal Pitra, Analecta novissima spicilegii Solesmensis, allera continuatio, t. 11, Tusculum, 1888), particularités de style surtout et de rédaction, spécialement sensibles à partir de la question GCLXXXVI et étrangement apparentées au style et aux méthodes de Simon, J. Warichez propose de voir dans l'étudiant tournaisien le disciple grâce auquel les réportations d’'Eudes de Soissons nous sont parvenues. S’il en était ainsi, cette période de son histoire s’éclairerait. Vers 1165, au moment où il quittait sa chaire de théologie pour se retirer chez les cisterciens d’Ourscamp, Eudes de Soissons recommandait à Maurice de Sully, pour lui succéder dans sa prébende parisienne quemdam discipulorum meorum, qui præposilus meus in scolis fuerat mihique successit in scolis, virum probatum scientia sed probatiorem vila. L'évèque de Paris ayant conféré le bénéfice à un autre, Eudes en écrivit au pape Alexandre III (la lettre a été éditée par Pitra, Analecla novissima.…, p. XXXIX sq.), se plaignant du procédé et vantant son candidat : « Quoique arrivé à la maturité de l’âge et du savoir, ajoutait-il, la situation
2125 SIMON DE de ce clerc reste misérable; et, jusqu’à ce jour, il n’a pu encore trouver de prélat pour lui conférer le moindre bénéfice. » D’après ces indications, Simon de Tournai, si c’est bien de lui qu’il s’agit, aurait donc été à l’école d’'Eudes de Soissons dès 1153, sinon plus tôt déjà. C'est à lui qu’on devrait le relevé des Questions de son maître. Il lui aurait servi de præposilus scholarum; puis, en 1165, lui aurait succédé dans sa chaire et commencé son enseignement comme maître régent. Il n’était alors que simple clerc. Peu après on le trouve nanti d’un canonicat, à Tournai, bientôt en peine, d’ailleurs, et en procès à cause de lui. Son enseignement, avec le succès qui s’y attacha très vite, le retint à Paris. Des documents de 1174, 1178, 1180, pour ne pas parler de ses ouvrages eux-mêmes, témoignent de sa présence à ces dates. Or, un statut du diocèse de Tournai, porté en 1135, privait de leurs prébendes les chanoines non-résidents. Il fallut l'intervention amicale d’Étienne, l’abbé de Sainte-Geneviève de Paris (1176-1192), auprès de l’archevêque de Reims, Guillaume de Champagne, il fallut surtout la nomination de cet abbé Étienne au siège épiscopal de Tournai (1192-1203), pour que fût réglée la situation canonique, et pécuniaire, de Simon.
En dehors de ces faits, et d’un voyage à Rome, peut-être au temps où Eudes de Soissons, son ancien maître, était devenu cardinal-évêque de Tusculum, on ne connaît plus d’autres événements marquants de la vie du maître de Tournai. Toute son activité est vouée à l'étude. Son succès va toujours croissant. Il a la réputation d’être, et de beaucoup, le maître le plus brillant de Paris, D’une érudition très vaste, d’une dialectique très subtile, d’une clarté limpide, il jouit d’une vogue exceptionnelle. La foule qui se presse à ses leçons, mais surtout à ses « disputes », est si considérable que, au témoignage de Matthieu Paris, peu suspect de complaisance à son égard, les locaux ne la peuvent contenir. Il dut provoquer plus d’une jalousie. Comme il ne péchait point par la modestie, il faut le reconnaître, et comme d’autre part il affectionnait les boutades, les paradoxes, les mots d’esprit parfois piquants, il prêtait également le flanc à la critique.
Il advint que, vers 1201 sans doute (c’est du moins la date que donne Matthieu Paris dans son Historia major sive rerum anglicarum historia), une congestion le frappa en pleine activité scolaire. Qu'il ait langui deux ans encore, ou qu'il soit mort trois jours après (les deux versions ont eu cours), on comprend que les chroniqueurs se soient emparés de cet événement pour y voir un châtiment divin. Quand un maître en théologie de sa réputation se permettait de dire, à propos de la Curie romaine, que « Simon de Tournai ne pouvait entrer chez Simon-Pierre que par Simon le Magicien », ou bien encore, par allusion peut-être à certaines erreurs du martyrologe, « que pas mal de damnés ont été erronément placés par l’Église sur les autels », qu’il plaisantait sur des thèmes comme la résurrection de Lazare, ou choses semblables, il est moins étonnant qu’un Girald de Barry, Genuna ecclesiastica, dist. I, 6.1.1, ait vu dans sa maladie une punition de son incrédulité, un Matthieu de Paris, le châtiment de sa prétention et de son orgueil, et un Thomas de Cantimpré, Bonum universale de apibus (c. xLvirr, n. 5, Douai, 1627, p. 440), celui de son blasphème et de sa luxure. Mais cela n’accrédite pas cependant leurs récits contradictoires, ni « Trois imposteurs » que Thomas de Cantimpré n’hésite pas à lui imputer.
Ces récits ne méritent pas créance. La seule chose qui en subsiste est la maladie qui le frappa, lamentablement, en pleine gloire. Le pseudo-Henri de Gand, dans la notice qu’il lui a consacrée, Liber de scriptori-
moins encore cette fable des |