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TOURNAI

ecclesiastica, 1639, p. 166, ne fait pas allusion à ces commentaires tendancieux; il reproche uniquement à Simon son attachement excessif à la doctrine d’Aristote qui « le faisait taxer d’hérésie par quelques-uns de ses contemporains ». Si l’on veut avoir sur maître Simon de Tournai un jugement plus équitable encore, il faut retenir le double témoignage, autorisé, soit d’Eudes de Soissons : virum probalum scientia sed probatiorem vila, une science éprouvée et un moralité plus éprouvée encore : laborat enim in sacra pagina virililer et catholice, soit d'Étienne de Tournai qui était un conservateur rigoriste et qui le présente comme particulièrement distingué et souverainement recommandable tant pour l'intégrité de sa vie que pour sa compétence scientifique : gratiosum et commendabilem faciunt eum hine auctoritas morum, hinc peritia litterarum. Epist., xs PSE GEXL 601. 9359:

II. Œuvres. — 1° Summa theologica, ou plus exactement : /nstituliones in sacra pagina. Encore inédite, on la trouve, plus ou moins complète, dans six manuscrits : Burgo de Osma, Bibl. capit. 147, fol. 1- 44 a; Londres, British Mus., King's libr. 9, E. XII, fol. 11-45; Oxford, Merlon Coll. 132, fol. 105-162; Paris, Arsenal 519; Bibl. nat., lat. 3144 A ; 14 886, fol. 1- 72 vo. Inc. : Sicut in orthographia legitur.… L’auteur luimême fournit une idée exacte du plan qu’il y a suivi, dans ce résumé qu’il met en tête de sa huitième partie (traité des sacrements) : Haclenus prout nobis inspiratum est proseculi sumus : 1. De sermone theologico; 2. De Deo et de divina natura (ce traité De Deo se subdivisait ainsi : De Deo hoc ordine investigandum est : a) eum esse; δ) quis vel qualis sit vel non sit; c) quid de eo quomodo afjirmetur vel negelur; venait ensuite l’examen de la science, de la volonté et de la puissance divines); 3. De rebus divinis quæ sunt ipse Deus, id est de personis (c’est le traité de la Trinité); 4. De rebus divinis quæ sunt a Deo : De spirituali angelo; 5. De corporali, ut terra et cælo; 6. De composito ex anima et corpore, vel homine (traités de la création de l’homme, la chute, le péché originel, les vertus; suivis de cette question qui doit servir de transition : quod remissio peccatorum ante Christum erat); 7. De Christo incarnato pro homine lapso reparando (traités de l’incarnation, de la loi, du décalogue); 8. Superest de sacramentis Christi, per quæ fit reformalio hominis; parmi les sacrements une place importante est faite à la pénitence.

Un certain nombre d’extraits de cette somme, relatifs à l’enseignement trinitaire de Simon ont été publiés par M. Schmaus, Die Texte der Trinitätslehre in den Sententiæ des Simon von Tournai, dans Recherches de théologie ancienne et médiévale, t. 1v, 1932, p. 59-72; 187-198; 294-307.

29 Exposilio symboli Athanasii, ou Commentarius in psalmum « Quicumque vult ». — Dix manuscrits en sont connus. À ceux qui sont signalés par Warichez, 0p. cil., p. XXXIV, il faut ajouter encore en effet : Bâle, Univ. B. IX. 16 et Zurich, Zentral Bibl. C. 58, fol. 128- 139 νο. Les éditeurs de la Bibliotheca Casinensis l’ont publiée dans leur Florilegium, t. 1V, p. 322-346. Toutefois, les citations de Scot qu’on y relève leur ont donné le change. Croyant qu’il s’agissait de Duns Scot, tandis qu’il était question de Jean Scot Érigène, ils ont voulu voir dans ce petit traité (anonyme et sans titre dans le ms. du Mont-Cassin 210), une œuvre du début du xive siècle. Une partie de cet exposé se retrouve dans la Somme, au début de la troisième partie. ΠῚ semble bien que l’Exposilio symboli soit antérieure à la Somme. Inc. : Apud Aristotelem argumentum est ratio faciens fidem.

3° A bbrevialio in Sententiis Petri Lumbardi. — Elle est à distinguer soigneusement de la Somme. Tandis

bus ecclesiaslicis, c. xx1V, dans Miraeus, Bibliotheca | que celle-ci est une œuvre originale, indépendante

dans son plan et sa structure du livre du Lombard, l’A bbrevialio n’est qu’un résumé des Sentences. Elle se trouve, encore inédite, dans le ms. de Troyes 1371, fol. 88-111 νος Inc. : Dicimus in primis omnem doctrinam theologiæ circa res vel signa.

4° Les « Dispulationes ». — Au nombre de 102, ne comportant pasmoi ns de 317 questions, elles ont été soigneusement éditées par J. Warichez, Les Dispulaliones de Simon de Tournai, dans le Spicilegium sacrum Lovaniense, fase. 12 (1932). On y trouvera la description des sept manuscrits qui les ont transmises. Il s’agit là de la rédaction littéraire de cet exercice scolaire auquel Simon semble avoir accordé une importance plus grande que nombre de ses contemporains et où, de l'avis de tous ses historiens, il a réellement excellé. La Dispute est devenue dans son enseignement un exercice distinct, et détaché, de la leçon; elle a en partie l’allure et la physionomie qu’elle gardera par la suite, avec le rôle respectif des étudiants, du défenseur, du maître. On a laissé entendre à propos de ces Disputationes ἂρ Simon qu’elles sont même comme un début de Questions quodlibétiques. Cette assertion est moins exacte. Il est vrai que, à maintes reprises, on y voit soulever, en une même séance, quatre, cinq ou sept questions. Elles ne sont pas cependant de quolibel, mais toutes se groupent autour d’une idée qui fait entre elles l’unité, comme, dans les Commentaires des Sentences du début du xrrre siècle, on voit à la fin d’une distinction toute une série de questions se rapportant à son thème central. Elles ne doivent pas non plus être proposées par n'importe qui, a quolibel, mais choisies et présentées par Simon lui-même. On en est réduit aux conjectures en ce qui concerne la fréquence et la périodicité de ces Disputaliones de Simon, comme en ce qui regarde leur date. ΠῚ semble bien, pourtant, et la chose est explicitement affirmée pour quelques-unes, qu’elles sont postérieures à sa Somme. On trouvera dans les tables à la fin de l’édition, le détail des sujets traités en ces séances de disputes; elles ont touché pratiquement à tous les problèmes théologiques.

5° Exposilio super symbolum. Dans son état actuel, cette Exposilio ne contient que quelques considérations préliminaires sur le sens et la portée d’un symbole tel que le Symbole des apôtres. Elle a été éditée par J. Warichez, à la suite des Dispultaltiones, p. 299-300, d’après les deux mss de Bruges 74 et 147. Inc. : Omne regnum in se divisum desolabitur. Ne ergo Christi regnum.…

Go Sermon sur l’antienne « O Sapientia ». Édité également à la suite, op. cil., p. 301-307, d’après l’unique ms. de Bruxelles, Bibl. royale, 174. Inc.: T'imeo ne quis inter vos apud se murmuret.

7° Une Quæslio relative à la Sainte Trinité, dans le ms. de Berlin, Slaats-Bibl., ms. Phillips 1997, fol: 113 vo.

8° et 99 Lui-même enfin annonce dans sa Somme deux autres ouvrages qu’il se proposait d'écrire mais dont on ignore s’il les a effectivement composés Sed de hoc gaudio et hoc ploralu plenius explicabo divisim in duobus voluminibus, quorum uni eril nomen Paradisus, et alleri : Cur flet qui gaudeat.

III. POSITION BOCTRINALE. — Simon de Tournai ἃ le droit d’être jugé sur ses écrits et non sur les histoires qui ont couru à son sujet, en admettant même que des intempérances de langage de sa part ou des boutades leur aient donné naissance. Les accusations d’athéisme, de blasphème, de ‘scepticisme qu’on a pu porter contre lui, ou qu’on ἃ insinuées pour le moins, ne sont pas exactes.

Son enseignement est de tout point orthodoxe; Matthieu Paris ne peut s'empêcher de le reconnaitre : determinavil igilur magister omnes prælactas quæstiones el quæ videbantur omnibus inenodabiles tam

TOURNAI 2128 lucide, tam eleganter, tam catholice ut omnes auditores redderet stupefacltos. Et non moins que l'importance qu'il accorde pratiquement à la dialectique, ce qui frappe chez lui est son recours constant aux « autorités ». Sans doute, et c’est légitime, il se permet de choisir entre les opinions diverses, d'exposer les autorités apparemment contraires; mais il ne se hasarde pas là où il n’a point d'autorité à invoquer (voir Disp. LXXI, q. 1, à propos de la possession par les bons anges). C’est du même critère qu'il s'inspire quand il s’agit de choisir entre diverses formules plus ou moins sujettes à caution; et il évite soigneusement tout ce qui pourrait prêter le flanc à une interprétation moins orthodoxe. Il est très profondément et sincèrement traditionaliste.

Pourtant il ne craint pas en même temps d'utiliser ouvertement, dans sa construction théologique, les ressources que lui offre la philosophie aristotélicienne et de se séparer sur bien des points de Platon, et par là de saint Augustin. Il connaît, par les traductions qui lui viennent de Tolède, les Ausculta physica d’Aristote, son De anima et très probablement aussi sa Métaphysique. Etilne cache pas son admiration pour le Stagvrite, malgré les préventions dont celui-ci est encore entouré et qui se manifesteront au concile de Paris de 1210. Comme on l’a dit, cet attachement pour Aristote est, aux yeux du pseudo-Henri de Gand, une des causes qui firent taxer Simon d’hérésie par certains : dum nimis in hoc et in aliis scriptis suis Aristotelem sequilur, a nonnullis modernis hæreseos arguitur. A côté d’Aristote, d’ailleurs, d’autres auteurs, contestés et suspects, ont eux aussi sa sympathie : Abélard, Gilbert de La Porrée, Jean Scot Érigène. Leur influence se fait sentir dans ses écrits, et plus d’un emprunt s’y retrouve, généralement sous le voile de l'anonymat.

Mais d’Abélard et de Gilbert, il a surtout hérité la méthode de recherche et d’exposé qu’il a continuellement employée, et poussée à un point de perfection toujours plus grand. La dialectique a chez lui plein droit de cité. Son érudition incontestable lui sert à multiplier les opinions et les arguments qu'il oppose les uns aux autres; et sa subtilité non moins que sa clarté le mènent aux solutions justes. Plus que ses prédécesseurs, il tient compte pour cela, sinon du contexte immédiat des autorités alléguées, du moins de la pensée de l’auteur qu'il cite et qu’il veut exposer, On a dépassé avec lui le stade du procédé, pour trouver la méthode féconde, malgré les imperfections qui demeurent.

Cette place qu'il accorde à la raison comme à la philosophie ne tourne point au rationalisme. Sa conception sur les rapports de la raison et de la foi est très ferme. Il l’énonce au début de son commentaire sur le symbole Quicumque : Apud Aristotelem argumentum est ratio faciens fidem; sed apud Christum argumentum est fides faciens ralionem. Unde Aristotelis : intlellige et credes; sed Chrislus : crede el intelliges. La foi n’est pas à la remorque de la raison; et elle ne peut être contre elle, non plus. La raison lui peut venir en aide pour l’exposer et la défendre; mais elle doit demeurer à sa place: et Simon n'est en aucune façon tenté de prouver la Trinité par la raison. Il n’admet pas que la même vérité puisse être en même temps objet de science et de foi. Voir M. Grabmann, De quæstione « Utrum aliquid possit esse simul creditum et scitum » inter scholas augustinismi et aristotelicothomismi Medii Aevi agilala, dans Acta hebdomadæ augustinianæ-thomisticæ, 1930, p. 110-139.

Si donc l'on parle d'originalité dans son système théologique il faut entendre surtout par là, à côté des inventions heureuses de son vocabulaire, l’indépendance qu'il ose revendiquer et qu'il sait prendre, dans

2129 SIMON DE TOURNAI les questions controversées, même à l'égard d’un saint Augustin, et les solutions neuves aussi que lui suggère l'application des principes philosophiques d’Aristote aux notions traditionnelles de la théologie catholique. Cette influence aristotélicienne jointe à celle des porrétains le rapproche de Raoul Ardent et d'Alain de Lille, ses contemporains, et les oppose tous à l’autre courant dont Pierre de Poitiers est alors le représentant et qui s'inspire d’Augustin et de Pierre Lombard.

Sur quelques points précis, la place qu'il occupe dans le mouvement théologique à cette époque a fait l’objet d’études. C’est ainsi que, pour sa doctrine relative à la grâce, avec la distinction qu'il apporte entre les data naturels et les dona surnaturels, surérogatoires, entre la gratia purgans et la gratia ornans, la première indépendante de l’homme, l’autre réclamant son concours, on pourra consulter A. Landgraf, Studien zur Erkenntniss des Uebernatürlichen in der Frähscholastik, dans Scholastik, 1929, p. 1-37; sur le triple aspect des vertus, entité, habitus, exercice, avec la connexion qui en résulte entre elles, O. Lottin, La connexion des vertus avant saint Thomas d'Aquin, dans Recherches de théol. anc. et méd., 1930, p. 26 sq.; sur la division des vertus en vertus politiques et vertus religieuses, et sur le rôle de la charité, cause formelle et finale de toutes les autres : O. Lottin, Les premières définitions οἱ classifications des vertus au Moyen Age, dans Rev. sciences phil. et théol., 1929, p. 376; sur la distinction qu'il établit entre la libertas libera et la libertas liberata, O. Lottin, Les définitions du libre arbitre au Xr1® siècle, dans Revue thomiste, 1927, p. 227; sur le degré de culpabilité des mouvements de l'appétit sensitif, id., La doctrine morale des mouvements premiers de l'appétit sensitif, dans Archives d'hist. doctrin. et littéraire du M. A., 1931, p. 64 sq.; pour sa doctrine trinitaire, M. Schmaus, Die Trinilätslehre des Simon von Tournai, dans Rech. théol. anc. méd., 1931, p. 373-396; pour sa doctrine sur la pénitence, vertu et sacrement, H. Weisweiler, Die Busslehre Simons von Tournai, dans Zeitschr. für kathol. Theol., 1932, p. 190-230.

Son influence, sans être capitale comme celle d’un Guillaume d'Auxerre ou d’un Philippe le Chancelier, se fait sentir néanmoins à la fin du x et au début du Χαμ siècle. Alain de Lille déjà est tributaire de lui dans ses Regulæ theologicæ; maître Martin de Fougères, quelques années plus tard, marche nettement dans son sillage; de même telle Somme anonyme de théologie du Valic. lat. 10 754. Guillaume d'Auxerre, Albert le Grand le connaissent et le citent également. Comme le dit fort bien J. Warichez, dans son étude sur Simon, op. cit., p. ΧΧΧΙ : « Il appartient à cette pléiade de maîtres actifs qui, entre 1180 et 1230, composèrent les premières équipes de la jeune université de Paris et lui assurèrent son crédit mondial. Pour la philosophie et la théologie, on entre alors dans une période de recherche technique, grâce à laquelle seraient unifiés et systématisés les immenses matériaux brassés par le ΧΙ siècle. Ce seront les magistri antiqui auxquels se réfèrent si souvent Albert le Grand et, plus tard, Bonaventure et Thomas d'Aquin. Leur rôle aura consisté à créer un vocabulaire technique, à élaborer des définitions proprement dites par delà les définitions innombrables et disparates, à produire des divisions et des distinctions où se cristallise le fruit des analyses spéculatives. Simon de Tournai fut de cette équipe. »

Petit-Radel, Simon, chanoine de Tournai, dans Hist. littér. de la France, t. χνι, p. 388-394; B. Hauréau, Hist. de la philos. scol., t. 11 a, p. 58-62; du même, Notices et extraits de quelques manuscrits, t. 111, Ὁ. 250-259; M. De Wulf, Hist. de la philosophie en Belgique, 1910, p. 56 sq.; M. Grabmann, Die Geschichte der schol. Methode, t, 11, p. 939-552; J. Wari-

SIMON LE MAGICIEN 24130 chez, Simon de Tournai, dans Biogr. nation. de Belgique, t. XXI, p. 544-553; du même, Les Disputationes de Simon de Tournai, Louvain, 1932.

P. GLORIEUX

SIMON LE MAGICIEN. — I] n’est guère de question d'histoire ancienne de l’Église qui soit plus complexe que celle de Simon, dit le Magicien, et de ses rapports avec la secte des simoniens que les divers hérésiologues placent en tête des sectes hérétiques chrétiennes. Le plus sûr est de commencer par une revue chronologique des divers renseignements fournis par les sources. Après cela seulement il sera possible d’esquisser une synthèse, plus ou moins conjecturale, de l’histoire de Simon et de la secte qui a porté son nom. -

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