‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 212 sur 457 · SIRMIUM (FORMULES · texte numérisé non relu

SIRMIUM (FORMULES

DE) 2182 foi dont on demanderait la signature aux deux assemblées. Ce fut Mare d'Aréthuse qui fut chargé de la rédiger, à la suite d’une discussion qui se prolongea fort avant dans la nuit. Voir une lettre de Germinius de Sirmium dans S. Hilaire, Fragmenta histor., XV, 1-3, P. L., τ. x, col. 722. Cette profession est souvent désignée sous le nom de Credo «daté», ainsi dans Athanase, De synodis, n. 8, 29, parce qu'elle porte en tête les dates consulaires : « La foi catholique ἃ été exposée en présence de notre maître le très pieux et triomphant empereur Constance Auguste... sous le consulat de FI. Eusèbe et de ΕἸ. Hypatius, clarissimes, à Sirmium, le x1 des calendes de juin (22 mai 359)». C’est la quatrième formule de Sirmium. Elle a dû être composée originairement en latin; nous ne l’avons plus que dans la traduction grecque d’Athanase, De synodis, n. 8, qu'a transcrite Socrate, H.ÆE., ΠῚ xxxvrr. Texte dans Hahn, op. cil., $ 163. Les signatures ont été conservées par saint Épiphane, Hæres., LXx111, ὃ 22.

Nous croyons en un seul et vrai Dieu, le Père tout puissant, créateur et démiurge de l’univers, et en un seul Fils unique de Dieu, engendré sans passion, avant tous les siècles, avant tout commencement (ou toute puissance, πρὸ πάσης ἀρχῆς), avant tout temps concevable, avant toute substance (οὐσία) imaginable, par qui tous les siècles ont été faits, et l’univers créé. Seul Fils unique engendré du seul Père, il est Dieu de Dieu, semblable au Père qui l’a engendré, selon les Écritures; nul ne connaît sa génération sinon le Père qui l’a engendré. Nous savons que ce Fils unique de Dieu, par la volonté paternelle, est venu des cieux pour détruire le péché, qu’il est né de la vierge Marie, qu'il a vécu avec ses disciples, et qu’il a accompli, selon la volonté paternelle, toute l’économie, qu’il a souffert, est mort, est descendu aux lieux souterrains pour y accomplir son œuvre, en le voyant, les portiers de l’Hadès ont été saisi: de terreur. Le troisième jour il est ressuscité des morts, a conversé avec ses disciples, a accompli toute l’économie et après quarante jours a été enlevé aux cieux, où il siège à la droite du Père et d’où il viendra, au dernier jour de la résurrection, dans la gloire du Père, pour rendre à chacun selon ses œuvres. Nous croyons aussi au Saint-Esprit, que le Fils unique de Dieu, Jésus-Christ, a promis d’envoyer au genre humain et qui est le Paraclet, selon qu'il est écrit : « Je vais vers mon Père et j'implorerai le Père et il vous enverra un autre Paraclet, l'Esprit de vérité; celui-ci recevra de moi, vous enseignera tout, vous remettra tout en mémoire, » Quant au mot d’ousie, qui a été employé en toute simplicité par les Pères, mais qui est inconnu du peuple, comme il risque de scandaliser, puisqu'il n’est pas dans l’Écriture, il a paru bon de le supprimer et de ne plus faire désormais absolument aucune mention d'’ousie quand il s’agit de Dieu, car les divines Écritures ne parlent jamais d’ousie quand il est question du Père et du Fils. Nous disons d’ailleurs que le Fils est semblable au Père en toutes choses (Guo:ov χατὰ πάντα), comme le disent et l’enseignent les saintes Écritures. »

Ce qui frappe avant tout dans cette formule, c’est la redondance de tous les passages qui n’apportent aucune précision, comparée avec l’absence totale de toute formule qui mettrait au clair sur la pensée des rédacteurs. Le texte est bien plus dangereux par ses silences que par ses aflirmations. Une question, une seule, était posée à la chrétienté depuis trente-cinq ans : oui ou non, le Christ est-il une créature? La formule évite d’y répondre et se contente de dire qu'il est engendré de Dieu avant tout être créé, ce qu’Arius lui-même n’aurait pas contesté; sans doute, ajoutet-elle que le Christ est Dieu de Dieu, mais cela encore Arius l’avait dit, quitte à expliquer ce qu'était cette divinité de second ordre. Sur le point essentiel du débat, la formule se réfugie, comme la deuxième de Sirmium, dans un prudent agnosticisme : on ne peut rien dire sur la génération du Fils; on ne peut rien dire sur ce qui fait le fond de son être, sur son ousie; on ne peut pas exprimer s’il faut le mettre dans la catégorie du créé ou dans celle de l'incréé; tout ce que l’on veut

bien concéder c’est qu'il est semblable en tout à son Père, ce qui peut être interprété, selon les docteurs, avec plus on moins de rigueur. L'homme, lui aussi, a été fait à l’image et à la ressemblance de Dieu. Somme toute, bien qu'évitant le subordinatianisme patent de la deuxième formule, la profession rédigée par Marc d’Aréthuse permettait, si elle ne la favorisait pas, l'entrée dans l’Église, à qui on entendait l’imposer, de l’arianisme le plus caractérisé. Les ariens et arianisants ne s’y sont pas trompés. Leurs adversaires non plus: pour Athanase, le Credo « daté » est l'expression même de l’arianisme, voir De synodis, τι. ὃ. 29, 32-39; le manifeste de Georges de Laodicée, bien que provenant d’un milieu tout différent, est non moins sévère. Voir l’art. SEMI-ARIENS, Col. 1793-1794.

C'est à cet écrit de Georges, conservé par Épiphane, Hæres., LXXH1, ὃ 12-22, que nous devons les renseignements sur l'accueil que reçut, à Sirmium même, la formule élaborée par Marc. Celui-ci varia, bien entendu, selon les dispositions des uns et des autres. Valens de Mursa, qui avait signé toutes les professions de foi, mais qui dans le fond était arien, ne voulait signer le formulaire que moyennant la suppression de 1 ὅμοιος χατὰ πάντα, encore trop explicite à son gré. Il fallut que l'empereur le contraignit à introduire dans son adhésion le texte litigieux. Basile d’Ancyre, au contraire, le représentant le plus décidé des homéousiens, voulait absolument parler de la «similitude d’essence ». L'empereur ne le permit pas; Basile accumula donc des synonymes, χατὰ τὴν ὑπόστασιν, χατὰ τὴν ὕπαρξιν, χατὰ τὸ εἶναι; il prétendit même anathématiser ceux qui disaient seulement le Fils semblable au Père «en quelque manière » εἴ τις χατά τι λέγει ὅμοιον. On le laissa faire, mais ses remarques et ses amendements ne figurèrent pas au texte officiel; le fait pour lui d’avoir souscrit le formulaire de Marc devait ébranler son prestige dans le parti.

est le Credo «daté» de Marc d’Aréthuse qui fut porté aux deux conciles de Rimini et de Séleucie. On ἃ dit, à ces deux articles, le sort qui lui fut fait et comment, en fin de compte, l’accord final se conclut, à Constantinople, sur un texte d’où avait même disparu l’éuoroc χατὰ πάντα. Cette ultime formule qui est un remaniement de la 4° de Sirmium se termine en eftet par ces mots. « Les saintes Écritures ne font aucune mention de l’ousie du Père et du Fils, et il n’y a pas davantage de raison de parler d’hypostase quand il s’agit du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Nous disons, pour nous, que le Fils est semblable au Père (le mot en tout ἃ disparu) comme le disent et l’enseignent les saintes Écritures. » C’est proprement l'expression de l'homéisme ofliciel, de ce que l’on appelle, quand il s’agit des barbares qui l’ont rapporté dans l'Empire, l’arianisme tout court.

Les sources ont été énumérées au cours de l’article. Pour la bibliographie se référer aux articles ARIANISME, LIBÈRE, RIMINI, SÉLEUCIE, SEMI-ARIENS. Excellente présentation d'ensemble dans L. Duchesne, Histoire ancienne de l’Église, t. 1, p. 230 sq., 250 sq., 283 sq., 290, 295 sq.; G. Bardy, dans Fliche-Martin, Histoire de l'Église, t. u1, p. 137, 138, 152, 156, 158, 162; Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. 11 b, p. 852-862 (1re formule), 899-902 (2: formule), 908- 928 (35 formule, nous n’adoptons pas toutes les vues qui sont exprimées dans ce développement), 930-933 (45 formule).

É. AMANN.

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