SIRMIUM — SIRMOND (ANTOINE
adversus Pomponalium et ejus asseclas, Paris, 1635. Outre les preuves classiques de l’immortalité, l’auteur y développe la considération suivante. A supposer même que l'existence d’une vie future ne soit pas absolument démontrée, la simple prudence exige que l’on vive comme si elle était certaine; pareille attitude est commandée par l'intérêt le mieux compris.
Il n'est point d'homme de bon sens, dit-il, qui n'aimàt mieux perdre un jour ou une heure de ses plaisirs que risquer une éternité de bonheur, ou qui ne choisît d’endurer présentement une piqûre d'épingle l’espace d’un quart d'heure, plutôt que de se mettre en danger d’un tourment qui n'aurait ni modération en sa rigueur ni de borne en sa durée. Comparez les biens et les maux de cette vie avec ceux qui sont à craindre ou à espérer en l’autre, en cas qu’il en soit une autre, et vous trouverez qu'il n’y a non plus de proportion entre les extrémités de cette comparaison qu'entre les lots et les partages de ce choix.
Ce morceau fait sorger au fameux pari de Pascal. Faut-il voir une parenté entre le texte du P. Sirmond et celui de l’auteur des Pensées? M. Blanchet n'hésite pas à l’affirmer (L'attitude religieuse des jésuites et les sources du pari de Pascal, dans Revue de métaphysique et de morale, 1919, p. 627 sq.) et il conclut ainsi son examen critique : « Des ressemblances aussi frappantes entre des textes d'auteurs contemporains l’un de l’autre, ne sauraient assurément être fortuites. »
2. Dans un autre genre, paraissaient en 1638 L’audileur de la parole de Dieu, et Le prédicateur. Il n’y a pas lieu d’y insister ici.
3. Le livre le plus notoire du P. Sirmond est assurément La défense de la vertu, publié en 1641 chez le libraire parisien Huré, et appelé à faire de l’auteur une des cibles des jansénistes. Dans ce traité sont abordés deux sujets particulièrement brûlants au xvre siècle : ceux de la valeur de l’attrition et de la détermination pratique du grand devoir de la charité. L'écrivain jésuite s'efforce de prouver que la vie chrétienne ne requiert pas formellement l’explicitation d’actes d’amour de Dieu à produire pour eux-mêmes. Seuls l’observation des commandements et la pratique du bien sont «les préceptes de rigueur » qui obligent sous peine de péché grave. L'acte de charité n’est obligatoire que dans la mesure où il conditionne l’accomplissement des devoirs du chrétien envers Dieu, le prochain et soimême.
Dieu seul, dit la Défense de la vertu, peut s'aimer lui-même de charité parfaite. Quoi qu'il fasse, jamais l'homme ne pourra atteindre à la perfection de cet amour. Est-il, pour autant, dispensé d'aimer Dieu? Non, il le doit dans la mesure du possible; mais, en pratique, cette mesure est extrêmement difficile à déterminer. On peut s'en convaincre en passant en revue les opinions des théologiens. Les uns disent qu’il faut faire des actes d'amour lorsqu'on reçoit les sacrements; d’autres, tous les dimanches; d’autres, ou plus souvent ou plus rarement; d’autres enfin « veulent qu’au sortir de cette vie, tout homme soit obligé d’aimer actuellement son Créateur ».
armi des opinions si diverses, à quoi va s'arrêter notre auteur ? Après bien des circonlocutions, et avec quelques hésitations dans la forme, il nie franchement l’obligation d’actes d'amour distincts et actuels. « Je dirais volontiers, écrit-il, que Dieu, nous commandant de l’aimer, se contente au fond que nous lui obéissions en ses autres commandements » (Défense de la vertu, p. 17). Et, à l’appui de cette thèse, il distingue « deux commandements et deux amours : un commandement de douceur et un de rigueur, un amour d'affection et un d'exécution» (p. 20-21). Sans doute, ilest plus parfait d'aimer Dieu d'un amour d'affection qui multiplie les actes. Mais c’est là un conseil et qui, parce que simple conseil, ne peut obliger sous peine de péché. Ce sont
nn.
2185 SIRMOND (ANTOINE) les œuvres qui témoignent du véritable amour, selon le texte de saint Jean : « Qui garde ma parole, c'est celui-là qui m'aime. » (Joa., xIV, 21). Dieu, par son commandement de l'amour, en toute rigueur de précepte, a prétendu obliger tout homme uniquement à l'amour efjectif, c'est-à-dire à l'observation de la loi. Pourquoi dès lors ce commandement d’aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces? « Le commandement d'aimer Dieu, répond le P. Sirmond, n'est fait que pour les autres commandements, parce que Dieu ne nous a absolument obligés à lui témoigner de l'affection qu’en lui rendant obéissance. » (P. 19.) Autrement dit, le précepte de l'amour est négatif, puisque « il ne nous est pas tant commandé d’aimer que de ne haïr point, soit formellement par haie actuelle, ce qui serait diabolique, soit matériellement par transgression de la loi ». (/bid.)
Il est clair que tout ce système implique la valeur morale de la contrition imparfaite. Très conscient de ce lien logique, Antoine Sirmond se range sans hésiter dans le camp des attritionnistes. « Je ne serais pas d'opinion, dit-il, à croire qu’en chaque réception ou collation de sacrements, il fallût, de nécessité, exciter en nous cette sainte flamme d'amour pour y consumer le péché dont nous serions coupables. L'’attrition y est suffisante avec effort pour la contrition, ou avec la confession pour qui en a la commodité. »
4. Les positions du P. Sirmond quant à la charité et quant à l’attrition ne pouvaient manquer de soulever contre lui de vives oppositions. Dès 1641, Antoine Arnauld lançait son Extrait de quelques erreurs et impiétés contenues dans un livre intitulé : La défense de la vertu, 1641 (dans Œuvres, t. χχιχ, 1779, p. 1-15), attaque qu’il appuierait dans la suite par une Dissertation théologique sur le commandement d'aimer Dieu (ibid., p. 16-73). Pour parer les coups qui lui étaient portés, Sirmond écrivit rapidement sa Réponse à un libelle diffamatoire publié contre l'auteur de la Défense de la vertu. À cet écrit Arnauld ne riposta pas, mais dans la Théologie morale des jésuites, qui parut en 1643, il dénoncait à nouveau les erreurs de la Défense, dont le malheureux auteur venait au reste de mourir (10 janvier 1643). Peu avant sa mort, Antoine Sirmond s'était vu pris à partie par un autre adversaire encore. Le célèbre évêque de Belley, Camus, se croyant, à tort ou à raison, visé par le jésuite, avait lui-même publié en 1642 des Animadversions sur la préface d’un livre intitulé : Défense de la vertu, et il allait revenir à la charge avec ses Notes sur un livre intitulé : Défense de la vertu, 1643.
En dépit de tout le bruit fait autour de l’ouvrage par cette polémique (à laquelle un nouveau retentissement devait être donné par la Dixième Provinciale : Pascal, Œuvres, édition des Grands écrivains, €. v, p. 270; cf. p. 225), la : éfense ne fut ni mise à l’Index ni censurée par la Faculté de théologie. Et ce n’est pas non plus de son texte qu'ont été tirées les diverses propositions relatives à l'amour de Dieu, condamnées par Rome durant la seconde moitié du xvrie siècle. Voir Denzinger-Bannwart, Enchiridion, n. 1101, 1156, 1289; et plus haut, les art. ALEXANDRE VII, t. 1, col. 731 ; INNOCENT XI, t. vis, col. 2009; ALEXANDRE VIII, t. 1, col. 749. Il s’en faut, certes, que le livre d'Antoine Sirmond soit de tout point défendable. Fâcheuse formule que celle qui ἃ été relevée plus haut : « Il ne nous est pas tant commandé d’aimer que de ne haïr point. » Mais l’idée que cherche à rendre cette formule maladroite autant que malsonnante, l’idée que l’obligation (rigoureuse et grave) du précepte de la charité (entendue comme pur amour de Dieu) serait à rattacher à l'obligation des divers préceptes moraux, cette idée-là, qui est celle de tout le traité, continue aujourd’hui encore de retenir l’attention des théologiens.
- SIRMOND (JACQUES) 2186
Abbé Maynard, Les Provinciales et leur réfutation, Paris, 1851; Dœllinger et Reusch, Gesckichte der Moralstreitiqkeiten in der rômisch-katholischen Kirche, Noerdlingen, 1889; Sommervogel. Bibl. de la Comp. de Jésus, t. vu, col. 1236-1237; A. De Meye., Les premières controverses lansénistes en France, Louvain, 1917; H. Bremond, Une querelle du pur amour au temps de Louis X111, Jean-Pierre Camus et Antoine Sirmond, dans Cahiers de la nouvelle journée, τ. XxIt1, 1932; G. Joppin, Une querelle autour de l'amour pur, Jean-Pierre Camus, Paris, 1938.
G. Joppin.
2. SIRMOND yJacques (1559-1651), né à Riom en Auvergne, étudia au collège de Billom, le premier fondé par les jésuites en France, entra dans la Compagnie de Jésus à l’âge de dix-sept ans et y devint un des plus savants hommes qu’aient possédés la France et l'Église pendant la première moitié du ΧΥ ΤΣ siècle. Singulare illud gallicanæ Ecclesiæ decus et ornamentum, écrit de lui Baluze, préface à l’édition des œuvres de Réginon de Prüm, P. L:, + cxxx11, col. 175 B. D'abord professeur de belles-lettres à Pontà-Mousson et à Paris, il passa ensuite dix-huit ans à Rome comme secrétaire du général de la Compagnie (1590-1608) et mit à profit les loisirs de son emploi pour se livrer à des recherches dans les bibliothèques. Très estimé du cardinal Baronius, dont il prononcera l’éloge funèbre, il lui communiqua des documents pour l’histoire grecque et fut chargé de composer la préface de la Collection des conciles publiée à Rome sous le pontificat de Paul V. Rentré à Paris en 1608, le reste de sa vie se passa au Collège de Clermont, dont il fut plusieurs fois recteur; avec les PP. Fronton-du-Duc et Petau, il y constitua la première équipe de ces scriplores, qui en firent un foyer de science pendant tout le xvrre siècle. Choisi par Richelieu comme confesseur de Louis XIII après le renvoi du P. Caussin, il le resta jusqu’en 1643, mais sans interrompre ses travaux.
Ses publications consistent surtout en éditions de textes ou documents accompagnés d’introductions ou de dissertations, toutes extrêmement personnelles et érudites. Plusieurs ont passé depuis dans les éditions générales soit des conciles par Labbe et Mansi, soit des Pères grecs et latins par Migne. Certaines se trouvent aussi dans les recueils théologiques tels que celui de Zaccaria : Thesaurus theologicus. À quelques exceptions pres, ciles ont été rccueiilies dans l'édition publiée en 1696 à Paris par le P. de La Baune : J/acobi Sirmondi Soc. Jesu presbylert opera omnia, 5 vol. in-fol.; réimpression à Venise, 1728.
De ses œuvres, quelques-unes intéressent plus particulièrement l’histoire de l'Église de France. Telles : 1. l'édition des œuvres de Geoffroy de Vendôme : Goffridi, abbatis Vindocinensis, ὃ. Priscæ cardinalis, opuscula, sermones. Paris, 1610, dédié à César de Vendôme; dans Opera, t. 111 (éd. de Venise), p. 405-658; reproduite dans P. L., t. czvit, col. 27-294. — 2. L'’édition de l’histoire de l’Église de Reims par Flodoard : Flodoardi presbyleri, Ecclesiæ Remensis canonici, historiæ Ecclesiæ Remensis libri IV, Paris, 1611. « Le P. de La Baune, note à ce propos Niceron, n’a point inséré cette histoire dans [les Opera], parce que [cette] édition est fort imparfaite, en comparaison de celle qui ἃ paru six ans après, par les soins de Georges Colvenerius, qui s’est servi de meilleurs manuscrits ».
3. L'édition de Sidoine Apollinaire : C. Solii A pollinaris Sidonii, Arvernorum episcopi, opera, Paris, 1614; Opera, t. τ, p. 471-804, reproduite dans P. L., t Lviu, col. 441-800. — 4. La vie du pape saint Léon IX : Vila 5. Leonis IX, papæ, Leucorum antea episcopi, Wiberlo archidiacono coælaneo auclore, Paris, 1615; n’est pas dans les Opera, parce qu'insérée dans les Acta sanctor., april. t. 1i, p. 648-665. — 5. La vie de saint Charles, comte de Flandre : Vila 85. Carolicomulis Flandriæ, martyris, ab auclore coælaneo F. Gual,
2187 SIRMOND lero Taruanensis Ecclesiæ canonico, Paris, 1615;
n'est pas dans les Opera, voir les Acta Sanctor., mart. t.1, p. 163-220. — 6. Les œuvres de Pascase Radbert : Paschasit Radberli abbatis Corbeiensis opera, Paris, 1617; P. L.,t. cxx, col. 31-1256, ne reproduit de Sirmond que les commentaires sur saint Matthieu, les Psaumes et les Lamentations de Jérémie, avec l'Epislola ad Frudegardum de corpore el sanguine Domini et le De passione SS. Rufini et Valerii, col. 1351- 1366 et 1489-1509. — 7. Les Capitulaires de Charles le Chauve : Xaroli Calvi et successorum aliquot Franciæ regum Capitula in diversis synodis ac placitis generalibus edila, Paris; réédités par Baluze en 1677 et reproduits dans Opera, t. 111, p. 1-284, avec les notes ajoutées après coup par Sirmond. — 8. Les anciens conciles de la Gaule : Concilia antiqua Galliæ tres in tomos ordine digesta, 3 in-folio, Paris, 1629; préface réimprimée à la p. 22-24 de l’Apparalus des Conciles de Labbe et Cossart. Labbe a inséré des notes inédites de Sirmond dans ses Concilia, t.1,p. 1565-1572; t. 11, p. 1802-1822; t. 111, p. 1491-1508; t. 1V, p. 1811- 1819. Didot, en 1789, a réédité de cet ouvrage un premier volume qui va de 177 à 1563, avec indication, en lettres italiques, des additions faites au texte de Sirmond. — 9. Les œuvres de saint Avit, évêque de Vienne : 5. Avwili archiepiscopi Viennensis opera, Paris, 1643; dans Opera, t. 11, p. 1-216 avec un certain nombre d’additions, p. 217-226. — 10. Les œuvres d’'Hinemar de Reims : Hincmari archiepiscopi Remensis opera, Paris, 1645; ne sont pas dans les Opera, mais reproduites dans P. L., t. cxXV-CXXVI. — 11. Les œuvres de Théodulphe d'Orléans : Theodulfi Aurelianensis episcopi opera, Paris, 1646; dans Opera, t. 11, p. 665-892; reproduction dans P. L., t. cv, col. 191-380.
Quelques autres œuvres sont d’un intérêt plus général pour l’histoire du dogme ou de la théologie.
La première à signaler en ce genre serait, si elle était vraiment de lui, une critique du Libellus de ecclesiastica el politica potestate d'Edmond Richer, publiée à Francfort, sous un pseudonyme, en 1612 : Jacobi Cosmæ Fabricii notæ stigmaticæ ad Magistrum triginla paginarum. Le titre s’en explique par le peu d’étendue de cette première édition du livre du fougueux docteur de Sorbonne : publiée sans nom d'auteur, elle ne comptait que trente pages.
C'est Richer lui-même, dans la Defensio de son Libellus (1. I, c. 1, n.3, p. 4, éd. de Cologne, 1712), qui, tout en reconnaissant la part qu'y aurait eue un avocat au parlement de Paris, nommé Goutière (pour les savants Gullerius) l’attribue à Sirmond : des amis lui auraient annoncé d’avance que celui-ci préparait quelque chose contre lui. Il n’y a pas d’autre preuve que Sirmond en soit l’auteur. Tous ceux qui, depuis, la lui ont attribué, Petrus Aurelius (Saint-Cyran), Ε΄ Du Pin, Baillet, Niceron, dépendent de Richer. Petrus Aurelius (Anærelicus : Lectori, et Orthodoxzus adversus Jacobi Sirmondi Antirrheticum 11, ο. τ, dans la grande édition de ses Œuvres, L. 111, Paris, 1642, p. 313 et 504 — sur ces ouvrages, voir un peu plus loin) ajoute seulement que l'impression à Francfort aurait été ménagée par les soins de l’imprimeur de Sirmond. Au reste, lui fait-il remarquer, p. 504, l’ouvrage sent plus le savant que l'avocat : Scriplum ipsum minime causidicum οἷοί, a le vero ingenioque luo non abhorret. 11 y est fait mention de lui, mais si brièvement qu'on y sent l’embarras de qui parle de soi : Tui menlionem facil parce ac restricte, ut facile intelligas eum qui loquilur a sui commemoralione pudore quodam refugere. Est-ce assez, comme le croit Petrus Aurelius, pour forcer la conviction? Baillet— ou celui qui, sous son nom, a écrit la Vie d'Edmond Richer (Liége, 1714) : l’exemplaire que j'ai en main porte, à