‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 215 sur 457 · JACQUES · texte numérisé non relu

JACQUES

la page de garde, verso, cette note manuscrite : « On doute, dit Quérard (France lilléraire), que Baillet soit l’auteur de cet ouvrage », et J. Carreyre, à l’art. RICGHER, ci-dessus, t. x111, col. 2702, note lui aussi que ce livre « est la reproduction, avec quelques passages supprimés, du ms. fr. de la Bibl. nat., ἢ. 2109 » — Baillet dit donc, p. 409, que le « libelle est attribué au P. Sirmond »; mais lui non plus ne parle que d’après Richer. Il relève même que Sirmond avait nié être l’auteur des Notæ stigmaticæ. Mais il laisse entendre ensuite (1. TI, ο. ΧΙ, p. 157) que, vingt ans plus tard, les reproches cinglants de Petrus Aurelius l’auraient convaincu que le public ne n’était pas laissé prendre aux dénégations du jésuite : assurance qui s'accorde mal avec l'affirmation formelle opposée à ce moment même par Sirmond aux allégations de Petrus Aurelius : Comment celui-ci a-t-il pu lui reprocher d’avoir eu recours à un pseudonyme, quand tout le monde sait que l’auteur réel des Nofæ est un avocat : Qua fronte potes Notarum stligmaticarum auctorem me fingere, quas plurimi non a me sed a minime obscuro inter fori togalos causidicos scriplas esse non ignorant ? Antirrheticus 11,c.1:; dans Opera, t. 1v, p. 195. Il semble qu'on doive plutôt s’en tenir à Sirmond lui-même. En tout cas, il n’a jamais admis cette critique de Richer dans la liste de ses ouvrages (cf. en tête des Opera, t.1) et le P. de La Baune ne l’a pas insérée non plus dans le recueil de ses œuvres. Tout au plus, par conséquent, peut-on croire que Sirmond l’a inspirée ou en a documenté l’auteur.

Restent donc à citer du point de vue proprement théologique : 1. La longue discussion de Sirmond avec J. Godefroy et avec CI. Saumaise sur le sens où se doivent entendre les provinces suburbicaires, auxquelles le 6° canon du concile de Nicée suppose que s'étend la juridiction du pontife de Rome. Se doiventelles restreindre à ce qu’on a appelé depuis les « Églises suburbicaires »? (Censura conjecturæ anonymi scriploris de suburbicariis regionibus οἱ ecclesiis, Paris, 1618, et Adventoria causidico Divionensi adversus Amici ad amicum epistolam de suburbicariis regionibus οἱ ecclesiis cum cCensura vindiciarum conjecluræ allerius anonymi, Paris, 1620; dans les Opera, t. 1V, p. 1-78). Comme le fait remarquer E. Du Pin, op. cil., p. 205, à propos de ce point de géographie, la question qui s’agitait était celle « qui regarde l’étendue du patriarcat du pontife romain ». La controverse se trouve longuement résumée dans E. Du Pin, loc. cil., qui se range plutôt à l'avis de Sirmond.

2. L'édition du Libellus emendalionis de Léporius (1630). Document de premier ordre pour connaître la doctrine sur l'unité de personne dans le Christ, telle qu’elle s’imposait à la foi, dans l’Église latine, à la veille de la controverse nestorienne. Voir ici, L. IX, col. 434-440, et P. Galtier. L'unilé du Christ, p. 30-

3. Les deux Andirrhelicus (1 et 11) sur l’administration de la confirmation aux diverses époques, 1633 et 1634. Ils font date dans l’histoire de la théologie

de ce sacrement, provoqués l'un et l’autre par les.

attaques de Petrus Aurelius, pseudonyme de l'abbé de Saint-Cyran ou, plutôt, semble-t-il, d'un groupe de prêtres qui travaillaient avec lui et pour lui Voir Gazier, cité par A. De Meyer, Les premières controverses jansénistes en France, p.69, note 3; Rapin, His. du jansénisme, p. 282 et 290; Grotius, Epistolæ, n. 329, lettre à Jean de Cordes, chanoine de Limoges, 15 octobre 1633; Fouqueray, Hist. de la Comp. de Jésus en France, τ. v, p. 60. Cet adversaire acharné des jésuites se trouvait alors engagé dans une violente querelle à propos des catholiques anglais, que la persécution avait obligé longtemps à laisser sans évêques et donc sans confirmation. Pouvaient-ils être considérés néan-

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moins comme parfaits chrétiens et la chrismation donnée par le prêtre au baptême ne pouvait-elle pas être considérée comme suppléant, dans une certaine mesure, celle de l’évêque à la confirmation? Sur cette querelle, voir A. De Meyer, op. cil., p. 69-70, à préciser par Fouqueray, op. cil., t. V, p. 49-63. A l'appui de cette suggestion, sévèrement censurée par la Sorbonne, on avait cru pouvoir invoquer le canon 2 du τ concile d'Orange en 441, tel qu'il était cité dans Gratien : il n'y était prescrit qu'une seule chrismation; quand le prêtre l'avait donnée au baptême, ce qui était la pratique normale, l’évêque n'avait pas à y procéder au moment de la confirmation. Or, le texte de ce canon, tel que le donnait Sirmond dans son édition des conciles de Gaule parue quelques années auparavant (Concilia antiqua Galliæ, 3 vol. in-4°, 1629), accentuait encore cette absence d’une nouvelle chrismation au moment de la confirmation : ul non necessaria habeatur repelita chrismalio. Aussi Petrus Aurelius, dans ses Vindiciæ censuræ facullatis theologicæ Parisiensis, dénonça-t-il ici une manus jesuitica : le texte de ce canon, déjà fort gâté en lui-même, venait de l'être plus encore par la main d’un jésuite : uno unius synodi particularis canone, eoque corruplo per se et a jesuilæ manu jam multo corruptiore; on ne voyait pas pourquoi Sirmond avait mis ici la négation non, qui se trouvait uniquement dans l'édition des conciles de Cologne : Sic antiqua editio Coloniensis, quam nescio cur Sirmondus, sine causa, sequi maluerit. Petrus Aurelius, Opera, édit. de 1642, t. 11, p. 43-44. Dès qu'il en eut connaissance, Sirmond releva l’insinuation calomnieuse ainsi lancée contre lui. Il en écrivit à celui qu’il croyait être Petrus Aurelius : le non de son texte se trouvait dans tous les manuscrits et était d’ailleurs exigé par le sens général du canon ; il n'y avait donc pas à demander le pourquoi de son addition, mais, tout au contraire, celui de sa suppression dans d’autres éditions conciliaires. Voir la citation de sa lettre par Petrus Aurelius : Opera, t. 1, préf., p. 18 et t. 111, p. 305. La lettre n’eut pour effet que de provoquer une réponse de Petrus Aurelius accusant Sirmond de dépasser en audace et en impiété les auteurs déjà censurés par la Sorbonne : en niant qu'il y eût lieu à une seconde chrismation pour qui l'avait reçue au baptême, son texte déclarait le sacrement de confirmation inutile et en détournait les fidèles. Responsio ad Sirmonem de canone Arausicano, Opera, t. 111, p. 296. C’est cette réponse que visel’Antirrheticus [δι La question proprement textuelle une fois remise au point, Sirmond y dénonce l'erreur de méthode qui ἃ fait découvrir tant d’énormités dans le canon ainsi publié : on y a identifié chrismation et sacrement de confirmation, et cela pour avoir exclu à priori la possibilité d'un désaccord entre la pratique de jadis et celle d’aujourd’hui : Sic ad canonem exponendum le accessisse video ut nefas putes aliquid in illo latere quod ab hodierno usu nostro distet, eoque nervos intendas ut consentanea omnia videantur. Or, cette méthode, pour légitime qu'elle soit en certaines matières, est ici arbitraire et détestable : Quod genus interpretandi, si quidem res palitur, nemo reprehendil; si repugnel, nullum est ineptius. N. 10, dans Sirmundi opera, t. τιν, p. 184. Le canon est donc à lire et à expliquer tel qu'il est : manifestement, il n’envisage de chrismation que pour le baptême; normalement, l’évêque n’en fait pas, quand il confirme. Et ceci peut paraître étrange à qui considère l’usage actuel, mais ne l'était nullement à cette époque : Nova sunt hæc, fateor, si cum iis compares quæ aliler postea in Ecclesia el sapienter constituta sunt; sed, si temporum illorum disciplinam consideres, nihil tamen habent quod ab ea abhorreat. Ibid., p. 183 CE. Suivent les preuves. Reste donc uniquement la question sur laquelle se rabat Petrus Aurelius : pourquoi donc la malencon-

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treuse négation ne se trouve-t-elle pas dans le texte du ‘anon tel que le cite Gratien? Parce que, répond Sirmond, lui ou ses sources ont fait comme vous : ils ont exclu l'hypothèse d’un désaccord entre ce canon du concile et l'usage qui existait déjà de leur temps; la mentalité, qui vous fait rejeter la négation, la leur a fait supprimer. N. 12, 189 AB. L'ouvrage se termine par ce rappel de la leçon de méthode qui, pour nous, en résume l'essentiel. Mais Petrus Aurelius avait l'esprit trop rigide pour la comprendre. Il répliqua par son Anærelicus, dénonçant, dans l’Antirrheticus, septem errores et hæreses in theologiam οἱ fidem, plus duodecim errores in crilicam, novem falsilates el imposturas, duodevigenti ἀσυλλογίσια el raliocinandi absurditates, duodecim temere dicta, quinque effugia, octo repugnantias, seplem calumnias, novem supercilium οἱ superbiam in omnibus,qui a sua sententia dissideant, aspernandis. En tête de l’Anærelicus, Opera, t. 111, p. 322-330. L'Antirrhelicus II répond à ce réquisitoire. Sans s'attacher au détail de ces ergotages, Sirmond rappelle d’abord l'erreur de méthode qui en est le principe : méconnaître la diversité des rites qui s’observe au cours des âges dans l’Église, c’est se condamner à tout confondre : Cum, in Ecclesia, tum ceteris in rebus, tum in usu el administratione sacramentorum, permagnam fuisse constel, pro ratione locorum ac temporum, vicissitudinem et varietatem, quanta rerum futura est perturbatio si tempora confundantur el quæcumque ab hodierno more discrepant, ea olim nunquam usurpata credantur ? C. 11, dans Opera, t. 1V, p. 199. Or, tel est le cas de Petrus Aurelius : incapable de concilier ce qui s’enseigne aujourd'hui dans les écoles sur la matière du sacrement de confirmation avec l’usage ancien de l’administrer par la seule imposition des mains, il nie cet usage et accuse Sirmond, qui l’admet, de nier qu'aujourd'hui la confirmation ne comporte aucune chrismation. C. ΝΠ, p. 212. Après un rappel des variations observées, €. 1V-vIr, Sirmond, sans vouloir faire de la théologie, suggère donc la conception que pourrait s’en faire un théologien habitué aux arguties de l’École. Il raisonnerait sur le cas de la confirmation comme on fait sur celui de l’ordination. Comme la porrection des instruments, la chrismation, à un moment donné, s’y serait jointe à l’imposition des mains. Le rite ainsi ajouté est-il devenu pour le sacrement matière essentielle ou accidentelle, matière complémentaire ou matière unique? On pourrait répondre pour l’onction comme on fait pour la porrection des instruments et s'appuyer, dans un cas comme dans l’autre, sur le concile de Florence. C. virr, p. 213-214. Ainsi, en finirait-on avec ces effugia ingénieux, auxquels on doit recourir pour expliquer que les apôtres ou même parfois les évêques aient administré la confirmation sans procéder à aucune chrismation. On en appelle à un privilège des apôtres : eux auraient pu se passer de chrême ou même de sacrement; on identifie imposition des mains et onction; où les textes ne parlent que de l’une, il faut entendre l’autre : Licel chrismalis mentio non fiat, chrisma lamen impositioni manuum [junctum 6556], aut ipsam denique imposilionem manuum non aliud intelligi volunt quam chrismalionem. Ibid., p. 214 BC. En quelques lignes, c'était, esquissée, une théorie de l’essence du sacrement de confirmation qui ne saurait plus être écartée. Simple et cohérente, elle est la seule qui tienne vraiment compte de l’ensemble des documents patristiques, liturgiques et conciliaires à valoir en cette matière. Voir ce que nous en avons dit à l’art. IMPOSITION DES MAINS, t. ΝΠ, Col. 1375-1393. Moins que personne, Petrus Aurelius était disposé à entrer dans cette voie. Il répondit par un long pamphlet intitulé Orthodoxus, où les erreurs relevées dans les deux Antirrhelicus se montaient au chiffre de trente et un. Sirmond y était

accusé de ne rien laisser subsister du sacrement de confirmation et de faire à lui seul ce qu'ont fait, chacun pour leur part, Antoine de Dominis, Luther et Wicleff. Préface, Opera, t. 111, p. 484-486.

Le ton même de ce pamphlet explique qu'il ait été d'abord tenu secret. Composé en 1636, au dire de l’auteur, il ne fut publié qu’en 1642, en même temps que l’ensemble des œuvres de Petrus Aurelius. Mais l'édition même de ses œuvres est un signe du temps : elle fut faite aux frais de l’assemblée du clergé de France (assemblée de Mantes, en 1641) : Collection des procès-verbaux des assemblées générales du clergé de France, t. 111, p. 100; Petri Aurelii opera, t. 1, Préface générale οἱ documents préliminaires; cf. Rapin, Hist. du jansénisme, p. 284 et Arnauld, Première apologie pour M. Jansénius, préface, dans Œuvres, t. XVI, p. 63. Les partisans de Jansénius, en tout cas, ne cessèrent plus de reproduire les accusations de Petrus Aurelius contre Sirmond : « Livre plein d’injures et d’erreurs », écrit du second Antirrhelicus dom Gerberon, Hist. du jansénisme, t. 1, p. 64. « Plein de propositions erronées et hérétiques », en avait dit Arnauld dans sa seconde Apologie de Jansénius, 1. 1, ©. 11, Œuvres, t. XVII, p. 7, cf. τ. xv1, p. 63 et 73. Aussi La théologie morale des jésuiles, publiée en 1643, insère-t-elle les trois proposi- Lions suivantes au Οὐ αν : Doctrine des jésuites touchant le sacrement de confirmation : « 8. Les jésuites anglais avant voulu détruire le sacrement de confirmation quant à son usage [en haine de l’épiscopat, et pour éviter qu’il y eût des évêques en Angleterre], Jacques Sirmond l’a voulu ruiner quant à sa substance; car il a enseigné, dans ses deux Antirrhéliques, contre tous les autres théologiens, que l’onction du chrême n'est pas de l'essence de la confirmation. — 9. Que l’on ἃ longtemps administré dans l'Église ce sacrement sans onction, et qu'on le pourrait faire encore. — 10. Que l'onction de la confirmation peut être commise non seulement à un prêtre mais à un diacre, et qu’autrefois ils l'ont conférée sans aucune commission particulière par le seul pouvoir qu'ils ont de conférer le baptême. » Arnauld, Œuvres, t. XXIX, p. 82-83.

Les savants, par contre, prirent nettement parti pour Sirmond : « Les sçavans ont donné l'avantage au P. Sirmond dans cette dispute », not: E. Du Pin, Bibliolh. des auteurs ecclés., t. XV1 , p. 204. Α bsurdum sane, écrivait Pierre de Marca, absurdum, inextricabilem el sententiæ synodi contrariam explicationem nobis obtrudit Aurelius, quiavilium leclionis a Sirmondo emendalum abjicere voluit. Cité par de La Baune au t. v des Opera Sirmundi. préface, p. 4. Et Henri de Valois, dans son éloge funèbre de Sirmond : Pudel me interprelalionis aurelianæ, adeo ab omni sensu ac ralione el ab ipsis verbis Arausicani abhorret, En tête des Opera Sirmundi, τ. τ. De même Luc Holstein, dans sa Disserlalio prima de ministro confirmationis apud Græcos, c.1v : Hujus canonis sinceram lectionem verumque sensum Jac. Sirmundus erudilissimis suis Antirrhelicis contra personalum Aurelium ila asseruil, ul solem mero meridie lucere dubitet qui de presbylerali Gallorum chrismatione vel minimum posthæc ambigat. Autres témoignages en tête du t. τν des Œuvres de Sirmond.

Depuis, personne ne songe plus à contester l’exactitude et l’authenticité du texte publié par Sirmond. On s'accorde moins sur le sens à lui donner; mais la raison en est moins dans son obscurité que dans le préjugé reproché par Sirmond à Petrus Aurelius. On n'en est sans doute plus à croire que les évêques d'Orient aient toujours administré ainsi le sacrement de confirmation; même en Occident, il s’en faut que l’onction y ait toujours et partout accompagné l’imposition des mains. Voir nos art. La consignalion à Rome et à Carthage, dans Rech. de science relig., juilletaoût 1911, p. 350-383; La consignation dans les Églises

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d'Occident, dans Rev. d'hist. ecclés., t. Xi, p. 257-301; 467 sq.; ici même, art. IMPOSITION DES MAINS, t. VII, col. 1343-1393. Mais, dans certains milieux, les conclusions qui résultent de ces faits continuent à se heurter à la même théorie préconçue : les rites sacramentels sont invariables.

4. De duobus Dionysiis Parisiensi el Areopagila (1041). — Sirmond y établit que l’Aréopagite converti par saint Paul et le premier évêque de Paris sont deux personnages distincts. Le P. général avait averti l’auteur des contradictions qui l’attendaient. Fouqueray, op. cil., τὸν, p. 278. L'ouvrage, en effet, provoqua des tempêtes. Voir dans Sommervogel, Bibliothèque des écriv., t. vi, col. 1245-1246, une liste des livres ou brochures publiés pour ou contre. Mais Sirmond était assuré de la valeur de ses preuves; il se savait d'accord sur ce point avec les PP. Fronton-du-Duc et Petau. Il força dès lors la conviction de beaucoup de savants et l’avenir devait lui donner pleinement raison.

4. Sur la prédestination. — En 1643, Sirmond publia, sous le titre de Prædeslinalus, un ouvrage anonyme du ve siècle, qu’il proposait d'attribuer à Arnobe le Jeune. Cf. ici art. PRÆDESTINATUS, t. ΧΙ, Col. 2775-2780,

La découverte venait à point contre Jansénius : l’Augustinus (Et. 1, 1. VIII, c. xxx) avait contesté que le prédestinatianisme eût jamais existé. Ce qu’on avait dénoncé et combattu sous ce nom n'était qu'une invention des semi-pélagiens appliqués à interpréter ainsi, pour la rendre odieuse, la pure doctrine de saint Augustin. L'ouvrage souleva donc des discussions où l'histoire tint moins de place que les passions de l'époque. Cf. Rapin, Mémoires, L. 1, 230-234; A. De Meyer: Les premières controverses jansénistles en France, p. 149-150 et 169-170 et ci-dessus, art. PRÉDESTINA- TIANISME, t. ΧΙ, COÏ. 2804-2805. Sans prendre part luimême à cette polémique de pamphlets, Sirmond lalimenta en éditant encore divers documents sur le prédestinatianisme — entre autres Hincmart Remensis archiep. opera (1645); Rabant Mogunlini archiep. epistolæ tres adversus Gothescalcum (1649) — et en publiant sa propre histoire de l'hérésie prédestinatienne : Historia prædeslinatiana (1649). Ici seulement, le savant paraît être resté au-dessous de luimême. On mit et l’on met en cause son âge : près de 90 ans (Noris, Historia pelagiana, 1. 11, ο. xv, et cidessus, art. PRÉDESTINATIANISME, COl. 1804). Il lui

arrive de voir du prédestinatianisme là où s'exprime

seulement la pensée que cette erreur découle ou paraît découler de certaines doctrines de saint Augustin. Son grand tort, en somme, aurait été d'en croire trop aisément l’anonvme du Prædeslinalus. Assez volontiers cependant, comme l’avait déjà fait Petau, De incarnalione, 1. XIII, c. vi, ἢ. 11, on accepte aujourd’hui sa suggestion d'identifier l’anonyme avec Arnobe le Jeune. Bardenhewer, au contraire, rejette cette identification : Gesch. der allchr. Lilteral., τ. αν, p. 605. Il n’est pas impossible non plus qu’une certaine tendance à tirer de la doctrine augustinienne des conséquences « quiétistes », ne se soit manifestée en divers milieux au ve siècle. Voir Petau, De incarnalione, 1. XILI, c. vi- ΝΠ; ci-dessus, art. AUGUSTINISME, L. 1, Col. 2523-2524; A. d’Alès, art. Prédestinalion, dans Diclion. apologét. de la foi cath., t. ἵν, col. 217-218; dom Morin, Études, lextes, découvertes, €. 1, p. 316; arl. : EMIPÉLAGIENS, col. 1819-1827 et cf. de Plinval, dans Fliche-Martin, Hist. de l'Église, τ. 1V, p. 402. Peut-être le Commonilorium de Vincent de Lérins fait-il allusion à certains cercles qui s’y laissèrent entraîner (c. xxv1, P.L., t. z, col. 674); pour parler d’une hérésie d’ailleurs, pas n’est besoin de la voir organisée en secte : le modernisme ne l’a jamais été. En tout cas, si l’on doit admettre avec dom Morin (loc. cit.) que le Ile livre du Prædeslinatus n’est pas de la même main

que les deux autres et existait antérieurement à leur rédaction, on saurait difficilement aflirmer que, là où Sirmond ἃ cru trouver un document d'histoire, il y ait seulement à reconnaître la fiction intéressée d'un pélagien ou d’un semi-pélagien.

6. Sur la pénitence. — Historia publicæ pænitentiæ (1651), au t. rv des Opera, p. 318-346. Destiné à préciser, contre les jansénistes, qu’on disait vouloir la rétablir, dans quel cas l’Église, jadis, avait imposé la pénitence publique, l'ouvrage est beaucoup moins étendu mais plus nuancé que ceux de Petau et de Morin. Il va et s'arrête aux points essentiels. Lui aussi admet que les trois crimes dits capitaux ont été, à une époque, exclus de l’absolution. La pénitence publique n’était imposée, de soi, que pour les péchés graves notoires ; sur demande, on pouvait cependant y être admis aussi pour des fautes secrètes.

7. Sur l’eucharistie. — Le De azymo (1651) établit que l'Église latine s’est longtemps servie de pain fermenté. Sur la controverse soulevée plus tard à ce propos par Mabillon, voir de La Baune, préface au t. 1v des Opera de Sirmond; Bona, Rerum liturgicarum, 1. I, ©. ΧΧΙΠΙ; art. Azymes, dans le Dictionn. d’archéol. chrét. Sirmond avait rappelé une fois de plus, à ce propos, combien il était difficile à ceux qui s’en tiennent à l’enseignement reçu dans les écoles de soupçonner qu’on ait pu faire jadis autrement qu'ils ne voient — de superioribus temporibus aliud suspicari quam de suis : Avertissement au lecteur, Opera, t. 1V, p. 348. Bona reprit son principe qu'en ces matières il faut s’en tenir aux documents ou aux faits et ne pas vouloir interpréter le passé par le présent. De toutes les leçons données par Sirmond à ses contradicteurs, aucune, en effet, ne devait être aussi féconde pour la théologie sacramentaire. A une époque où l’invidia regularium sévissait parmi beaucoup de docteurs de Sorbonne et où l'esprit de parti faussait toutes les controverses ecclésiastiques, cette sage méthode pouvait être difficilement appréciée; mais elle reste et elle fait de celui qui s’y est constamment attaché un des meilleurs initiateurs de l’histoire des dogmes.

Ellies Du Pin, Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, t. XVIi,p. 203-211 ; Niceron, Mém. pour servir à l'hist. des hommes illustres dans la république des lettres, t. xvut, 153-180; Sommervogel, Bibl. de la Comp. de Jésus, t. vu, p. 1237-1261; t. x1, p. 1910-1911; de La Baune. Jacobi Sirmondi vita, en tête des Opera (édition de Venise, 1728, 1. ἡ; H. Valois, Oratio in obitum Jacobi Sirmondi, ibid.; Hurter, Nomenclator, 3° édit., t. 111, col. 1073-1081; Rapin, Hist. du jansénisme et Mémoires, t. 1; Fouqueray, Hist. de la Comp. de Jésus en France, t. 1u-V, voir les tables; Laubmann, art. Sirmond, dans la Prolest. Realencyklop., t. xvin, col. 396-397.

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