SOCIALISME. ÉVOLUTION : LE
SOCIALISME DÉMOCRATIQUE 2306 même. Nous sommes non seulement les fils de la postérité de ceux qui ont vécu, mais réellement ces générations elles-mêmes. Les individus se perpétuent dans le sein de l'espèce ». Il trouve dans cette palingénésie la solution au problème du mal et la base d’un nouveau christianisme : « il est temps, écrit-il, de comprendre enfin et cette Chule de l’homme par laquelle, en passant de l'ignorance à la connaissance, il passe en même temps de l’unilé à la distinction et à l’individualité, et cette Rédemplion par laquelle, en continuant de progresser dans la connaissance, il essaye en Jésus-Christ de se régénérer dans l'unité, de rentrer à la distinelion, à l'individualité. » L'humanité.
En Pierre Leroux s’ébauche un type nouveau de socialisme, très différent du socialisme français épris d'idées claires et de réalisations simplistes. L’idéalisme dialectique s’insinue chez les penseurs. Rappelons que P. Leroux s’attribuait le mérite d’avoir inventé le mot socialisme; de fait la signification étymologique du terme convient assez à sa doctrine qui réalise les uni- Versaux.
3. Viclor Considerant. — Né à Salins le 12 octobre 1808, ancien polytechnicien, il fut le meilleur disciple de Fourier. D’une plume alerte et vivante il écrivit un grand nombre de petites brochures et les principaux ouvrages suivants : Deslinée sociale, 3 vol., 1834-1844; Théorie de l'éducation naturelle et attrayante, 1845; Exposilion abrégée du système phalanstérien de Fourier, 1845; Principes du socialisme, 1847; Le socialisme devant le vieux monde, 1848; La solution ou le gouvernement direct du peuple, 1851; Au Texas, 1854; Du Texas, 1857. Quand on sait que le principal obstacle à la propagande fouriériste résidait dans le style même de Fourier, diffus, obscur, plein de néologismes rebutants, sans ordre apparent, on ne peut douter que Considerant n’ait beaucoup contribué à propager la doctrine phalanstérienne. Mais la modestie avec laquelle Considerant se réclamait de Fourier fut fatale à ses propres idées. En elles-mêmes les idées de Considerant n’ont plus rien de révolutionnaire et elles ont perdu toute l’étrangeté ou l’extravagance des élucubrations de Fourier. Mais Considerant, engagé dans des luttes politiques contre les conservateurs, contre Thiers notamment, eut beau protester de ses intentions pures, il ne put jamais se débarrasser de l’étiquette dont Thiers l’avait affublé et qui le désignait comme socialiste à la méfiance des conservateurs. En réalité, si Considerant ne se fût jamais égaré dans la politique, il eût peut-être réussi à fonder un socialisme proprement français, réformiste, moral, conciliable avec les traditions chrétiennes La seule erreur avouée par Considerant consiste à prôner, pour l'avenir, l’introduction du divorce dans la législation matrimoniale, en vue, pense-t-il, de mieux garantir la sincérité des rapports entre conjoints et la dignité de la femme. Mais on cherche vainement dans les ouvrages de Considerant une attaque contre la propriété. Il prêche nettement l’association volontaire du capital, du travail, du talent, la répartition à chacun selon son droit, c’est-à-dire en raison de son concours, en capital, en travail ou en talent, à la production commune, la concurrence non pas étouffée mais multipliée par les « rivalités émulatrices », les classes non pas maintenues en luttes mais fondues par l’anéantissement des hostilités et des rancœurs séculaires, la propriété non pas supprimée ou réduite, mais multipliée et accessible à tous, « Si la propriété individuelle n'existait pas encore, il conviendrait de l’inventer tout exprès pour le phalanstère. » Le socialisme devant le vieux monde, p. 63. Considerant désavouait même certains phalanstériens « désorbités » qui semblaient n'accepter que pour un temps la survivance de la propriété : « Ils pensent que, pendant quelques centaines d'années,