‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 240 sur 457 · SOCIALISME. ÉVOLUTION : LE · texte numérisé non relu

SOCIALISME. ÉVOLUTION : LE

SOCIALISME DÉMOCRATIQUE 2304 sions, car le bonheur consiste à jouir d’un clavier passionnel complet et harmonieux et à pouvoir en user librement. Actuellement, en attendant que l’admirable mécanique passionnelle puisse s'exercer pleinement, il faut détruire l’œuvre néfaste des législateurs et des moralistes en brisant toutes les entraves apportées au jeu des passions : besogne négative de caractère anarchique. Fourier découvre douze passions radicales : cinq passions sensilives, correspondant à chacun de nos sens; quatre passions affectives : amitié, ambition, amour, familisme; et trois passions distribulives ou mécanisanltes, principes de variété et de changement, la cabaliste ou esprit d’intrigue, la papillonne ou esprit de changement, la composite ou fougue irréfléchie et exaltante qui pousse l’homme à multiplier ses plaisirs. C'est pour réunir les chances les plus favorables au jeu complexe et harmonieux de toutes ces passions, inégalement dominantes suivant les différents âges, sexes et tempéraments individuels, que Fourier fixe à 1 600 ou 1 800 membres environ la population d’un phalanstère : tous les groupes, toutes les séries pourront y être représentés, exercer leur influence en juste proportion et assurer l'harmonie.

Concrètement, le programme de Fourier, à l'inverse du saint-simonisme, condamne toute forme de hiérarchie sociale, Nul essai satisfaisant n’en fut tenté; les fonds, que Fourier attendait du capitaliste philanthrope auquel il avait donné rendez-vous chaque jour à midi, ne vinrent point. À Condé-sur-Vesgre, puis à Cîteaux, une ébauche de colonisation phalanstérienne fut aussitôt abandonnée.

2. Robert Owen (1771-1858). — C'était un réalisateur. Il fit d’abord ses preuves dans l’industrie, en renflouant une filature de coton à Lanarck, sur les bords de la Clyde, et en y gagnant, par les procédés les plus classiques, plusieurs millions qu’il laissa philanthropiquement dans l'affaire. Ce succès l’incita à devenir réformateur. D'après lui, l’homme est irresponsable et son bonheur ou son malheur dépend uniquement du milieu et des conditions de vie. C’est donc l'éducation qui est à refaire. Elle sera entièrement égalitaire, sans contrainte ni sanction; nulle propriété, nulle hiérarchie, nulle discipline sexuelle. Avec de l'argent et des appuis, Owen créa dans l’Indiana la colonie de New- Harmony et quelques autres sur le même modèle : toutes s’écroulèrent en quelques mois dans l’anarchie et la promiscuité. Revenu en Angleterre, il reprit ses expériences, aboutit à la même faillite, et prit la fuite. Ses ouvrages essentiels sont les Outlines of the rational system et la New view of sociely, or essays on the formalion of a human character (1812).

3. Étienne Cabel (1788-1856). — Fils d’un tonnelier, apprenti jusqu'à douze ans, il fitensuite ses études, puis son droit, plaida sans succès à Dijon, sa ville natale, se signala par ses idées révolutionnaires et ses attaches avec les sociétés secrètes. Condamné à deux ans de prison en 1834, il se réfugia à Londres où il connut l'Ulopie de Thomas Morus et évolua dans un sens communiste. Rentré à Paris à la faveur de l’amnistie de 1839, il y publia en 1840 son Voyage en Icarie, roman utopique de la meilleure tradition. Mais Cabet avait foi en son utopie et, en 1848, il envoya des icariens au Texas, les rejoignant bientôt avec quelques enthousiastes. Ils fondèrent à Nauvoo dans l'Illinois une colonie qui se divisa très vite; Cabet chassé par les siens, revint mourir à Saint-Louis en 1856. Les icariens végélèrent et disparurent après bien des schismes, émigrations et vicissitudes lamentables, Le régime est un pur communisme quant aux biens, avec maintien du mariage et travail à la fois obligatoire et agréable.

3° Le socialisme démocratique. — 1. Ph. Buchez. — ἢ nous ramène aux idées démocratiques et religieuses.

Après avoir débuté par l’activité révolutionnaire dans la Charbonnerie, il subit un temps l'influence saintsimonienne. Rompant avec Enfantin, Buchez s’occupa de propagande religieuse et politique, en mêlant les théories démocratiques à un positivisme vaguement catholique. Fondateur du Journal des sciences morales et politiques, qui devint l’Européen, puis la Revue nationale (1831-1848), Buchez acquit par d'importants ouvrages (Zntroduction à la science de l'histoire ou Science du développement de l'humanité, 1833, et Essai d’un traité complet de philosophie au point de vue du catholicisme et du progrès, 1839) une notoriété qui, jointe à une grande honorabilité et à un vrai désintéressement, le conduisit en 1848 à l’Assemblée nationale dont il fut élu président. Quand l’Assemblée fut envahie le 15 mai, il montra quelque timidité; ce fut à la fois le sommet et la fin de sa vie publique. Il mourut en 1865. L'idéal social de Buchez est à la fois archaïque et révolutionnaire, avec les intentions les plus pures : la profession s'organisera en petites associations de producteurs qui, après avoir remboursé le capital d'établissement, renonceront à la propriété personnelle et vivront fraternellement dans un entier dévouement à la communauté. C’est une sorte de communisme monastique, sur le plan de l'atelier artisanal, mais réservant l’égalité démocratique des membres, la liberté des élections, le droit pour chacun de fonder une famille et celui de sortir à son gré de l’association.

2. Pierre Leroux (1797-1871). — Traité avec une déférente pitié par les socialistes révolutionnaires et les hommes de main, il mérite attention du point de vue idéologique. Il commença, ainsi que Buchez, par les sociétés secrètes et le saint-simonisme; mais il entra mieux que Buchez dans la sentimentalité métaphysico-religieuse du saint-simonisme décadent. Timide et gauche, extrêmement sensible, généreux et sincère, médiocre orateur, il eut peu d'influence extérieure et se complut, en dépit d’une culture assez superficielle, dans le commerce des idées philosophiques. A cet égard, il offre un curieux amalgame de croyances religieuses, reste de sa première éducation catholique, avec un fond saint-simonien de panthéisme humanitaire, le tout illustré de thèmes platoniciens et teinté d'hégélianisme. Il ne réussit jamais à formuler d’ensemble son système. Sa méthode est l’analogie, parfois purement verbale, et un symbolisme intempérant. Il procède généralement par triades : sa psychologie se résume en sensation, sentiment, connaissance; sa philosophie sociale ne connaît que l'individu, la famille, la société, correspondant aux trois termes de liberté, égalité, fraternité. La famille constitue la triade : père, mère, enfant, qui, à l'instar de la triade divine : puissance, amour, intelligence, réalise l’unité. Le travail aussi est une triade, d’abord parce qu’il manifeste la vie de chaque être humain, soit par l’industrie, soit par l’art, soit par la science (triade saintsimonienne); ensuite parce qu’il implique trois termes : capital, travail, terre ou matière; enfin parce qu'il est rétribué en fonctions, en loisirs et en produits. Au point de vue familial, P. Leroux prône une conception du mariage aussi élevée qu’austère : monogamique et indissoluble, le mariage ἃ pour but, non la satisfaction de l'instinct, mais le perfectionnement moral des deux époux par le sacrifice perpétuel et le dévouement mutuel dans l'amour de l'humanité. P. Leroux voit dans l'humanité une réalité objective et transcendantale dont les individus ne sont que des formes phénoménales engagées dans les conditions subjectives de l’espace et du temps. ΠῚ semble avoir emprunté à Platon ou à Hegel cette idée réelle de l'espèce. Il croit à l’immortalité de l’âme sous forme de métempsycose : « ce qui est immortel, c’est l’être abstrait universel appelé humanité, identique à l’homme et à Dieu

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