‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 266 sur 457 · AUTHENTICITÉ · texte numérisé non relu

AUTHENTICITÉ

le cas présent) pour se soumettre à sa volonté contrairement aux impies en rébellion contre leur Dieu, prétendre qu’il faut descendre jusqu’à l’époque de la captivité pour lui trouver le sens de partisans de Jahvé, c’est méconnaître l’emploi de ce mot au sens moral et religieux dans les prophètes antérieurs, Amos, I, 7; vint, 4: Is., ΧΙ, 4; ΧΧΙΧ, 19. L’idée de Sophonie que, par la pratique de la justice à l’égard du prochain et de l'humilité envers Jahvé, les humbles pourront échapper à l’extermination en vue de jours meilleurs, tandis que les méchants seront anéantis, n’est d’ailleurs pas une idée nouvelle, propre à son oracle; elle se rencontre déjà dans les messages de jugement chez les anciens prophètes.

Plus discutée encore est l’authenticité du jugement des nations dans les ÿ.4-15 de ce même chapitre, pour la raison surtout que celui-ci ne cadre guère avec l’attitude du prophète dans les 6.1 et III : «ce morceau, fait observer L. Gauthier, détourne l’attention du lecteur sur diverses nations païennes et affaiblit l’effet des appels à la repentance adressés à Juda; on y retrouve de plus la promesse du retour des déportés et des traces de l'influence du second Ésaïe. Aussi plusieurs critiques, même ceux qui admettent l’authenticité de 11, 1-2 et de 111, 1-7, 11-13, rejettent-ils celle de τι, 4-15. » Introduction à l'Ancien Testament, 2e édit., p. 517-518. Loin de constituer une anomalie dans l’oracle de Sophonie, le jugement des nations n’est-il pas déjà annoncé à plusieurs reprises dans 1, 2-3, 18, dont l’authenticité est généralement admise. S’il se trouve que les voisins de Juda sont spécialement nommés, c’est parce qu’ils ont leur part de responsabilité dans le crime d’idolâtrie de Juda, leurs idoles ayant provoqué jusque dans le temple même de Jahvé la colère divine; en outre, l’attitude d’Ammon et de Moab envers Israël, dès le temps de l’Exode, ne justifie que trop leur condamnation par le prophète. Ce n’est pas non plus affaiblir l’effet des menaces contre Juda et des appels au repentir que d’annoncer le châtiment des nations voisines car, dans l'intention du prophète, ces oracles contre les nations païennes doivent servir d’avertissement au peuple de Jahvé et la proximité du danger est un stimulant de plus à la résipiscence. Le changement de mètre dans l’oracle contre Moab et Ammon, 11, 8-11, où l’on ne retrouve plus le mètre élégiaque de la ginâh, sur lequel est composé l’imprécation contre les Philistins, 11, 4-6, n’est pas davantage une raison suffisante de considérer ce passage comme une addition plus récente, le mètre d’ailleurs ne constitue pas un critérium d'authenticité assez sûr. Seulsles ÿ. 7 et 9 pourraient être tenus pour des gloses en raison de leur forme et de leur contenu, étrangers au contexte de l’oracle contre les païens. Il n’en va pas de même du Ÿ. 11 que, pour une raison analogue, la plupart des critiques modernes tiennent également pour une glose. En effet, selon la remarque de J. Calès, « les gloses n’ont coutume d’avoir ni l’originalité puissante de notre passage ni son opulente plénitude de sens. Il est prédit là que l’idolâtrie disparaîtra un jour de l’univers et que toutes les nations se convertiront à Jahvé, sans devoir pour autant ni se joindre à Israël en Palestine, ni venir adorer et sacrifier à Jérusalem, comme tel ou tel oracle messianique, interprété trop servilement, aurait pu le faire croire; par exemple, Is., 11, 2, 3 (— Mich., 1V,1-2); Jer., 111, 17.» C’est pourquoi l’authenticité de ce verset est à maintenir, mais en le reportant dans un autre contexte, après 111, 9, selon l’hypothèse suggérée par ce même auteur et déjà proposée par Buhi, Einige lextkritische Bemerkungen zu den kleinen Propheten speciell zu Zeph., 11, 11-14; 111, 17-20, dans Zeitschrift für alttest. Wissenschaft, 1885, p. 182. Dans ce nouveau contexte en effet le ÿ.11 s’enchâsse convenablement,

| sinon grammaticalement du moins logiquement, car,

après la menace du jugement annoncée et décrite en quelques traits rapides aux ÿ. 8 et 9, apparaîtrait ainsi, comme il est d’usage chez les prophètes, l'espoir du salut messianique dont la description commencée au ÿ. 11 du c. 11, remis à sa place, se poursuit dans le Ÿ.10 du c. π| et les suivants. S'il est diflicile de rendre compte des raisons de cette transposition du verset, on sait du moins, par d’autres exemples, que de telles transpositions ne sont pas rares dans les textes de l’Ancien Testament. Cf. J. Calès, L’authenticité de Sophonie, 11, 11 el son contexte primitif, dans Recherches de science religieuse, 1920, p. 355-357.

L'authenticité du c. 111 ἃ été également l’objet de nombreuses controverses. Les sept premiers versets en ont été contestés, tantôt parce qu’on y relève la présence d’aramaïsmes (Wellhausen, Schwally), tantôt parce que les griefs formulés contre Jérusalem ne répondent plus à la situation décrite au c. 1 (Marti). Mais la présence d’aramaïsmes n’a rien d'étonnant chez un écrivain juif de Ha fin du vrre siècle (Kautzsch), et d’autre part les griefs contre Jérusalem, traitée de rebelle et de souillée, refusant sa confiance à Jahvé, les allusions à l’arrogance de ses prophètes et à la corruption de ses juges et de ses prêtres ne contredisent nullement ce que l’on sait des circonstances de l’époque à laquelle vivait le prophète; ici d’ailleurs, ainsi qu’au début de son oracle, Sophonie s’attaque aux désordres sociaux dont les classes dirigeantes, juges, prophètes et prêtres étaient les fauteurs.

Les ÿ. 9-10, tenus pour une interpolation (Nowack), parce qu’ils briseraient l’enchaînement des ÿ. 8 et 11, sont exigés au contraire par l’ordre accoutumé des oracles prophétiques, où après le jugement vient la restauration, marquée par le triomphe de Jahvé sur les nations païennes et la conversion de ces dernières.

Si, pour les treize premiers versets du c. 111, la critique est généralement revenue à une plus juste appréciation de leur authenticité, nombreux par contre subsistent encore les préjugés contre la fin du livre, 111, 14-20, célébrant la glorification d’Israël. Le ton certes en est nettement différent de celui du reste de l’oracle : au lieu des sombres perspectives du début c’est ici l'annonce du relèvement d'Israël et de sa gloire parmi toutes les nations; il semble que la sentence de condamnation a déjà reçu son exécution, si bien que l’on croirait entendre un auteur de la fin de l’exil plutôt qu’un contemporain du roi Josias; «entre l’état de choses décrit ici et celui que suppose le c. 1, il n’y ἃ pas seulement quelques années ou quelques dizaines d'années mais presque un siècle ». Budde, Die Bücher Habakuk and Sephanja, dans Theologische Studien und Kritiken, 1893, p. 394; c’est la même conclusion qu’imposerait la constatation de l'influence exercée par l’enseignement du Deutéro-Isaïe sur ces derniers versets du livre de Sophonie. Stonehouse, The books of Zephaniah and Nahum, 1929, p. 22. Ces considérations ne sont pas convaincantes, aussi l’authenticité de l’épilogue du livre de Sophonie peut et doit être maintenue. Celui-ci en effet demeure dans l'esprit de la prophétie en général et de l’oracle de Sophonie en particulier. Pour l’un comme pour l’autre, l'épreuve annoncée n’est pas pour l’anéantissement du peuple mais pour son relèvement parl’expiation salutaire. Dès le début de sa prédication et à plusieurs reprises dans la suite, le prophète laisse entendre que l’extirpation des éléments mauvais de Jérusalem sera réalisée au Jour de Jahvé, 1, 4-6, tandis que les humbles, demeurés fidèles à la loi et à la justice, constitueront le noyau d’un peuple nouveau, 11, 9; 111, 12, 13. Une telle perspective était bien faite pour susciter l’enthousiasme du prophète dont l'hymne triomphal de 11,14-20, est l'expression. L'imminence de l'épreuve n’était pas telle qu’elle pût interdire l’explosion de cet enthousiasme et de la joie du

DOCTRINE 2376 prophète à la pensée de la restauration future. Van Hoonacker, op. cit., p. 534. A l’égard de ces derniers versets du livre la critique a, d’ailleurs, en partie du moins, modifié son attitude; c’est ainsi que Sellin qui, dans la 1τὸ édition de son commentaire, 1922, tenait encore 111, 14-20, pour une glose, ne retient plus comme telle que le τ. 20 dans sa 2° édition, 1930. Quant à ce dernier dont Sellin fait une glose parce qu’il ne serait qu'une simple répétition, il appartient lui aussi à l’oracle primitif, car à l’idée exprimée précédemment, Ÿÿ. 9, de l'honneur recouvré par Israël dans son propre pays s’ajoute celle de l'honneur que ce: peuple a recouvré également parmi toutes les nations en raison de son bonheur et de sa puissance. Cf. Junker, op. cil., p. 88.

3° Texte et forme liltéraire. — Si dans l’ensemble le texte massorétique du livre de Sophonie est suffisamment bien conservé, plusieurs passages, moins nombreux que le laisseraient supposer les corrections parfois arbitraires de Wellhausen et de Nowack, sont douteux ou altérés. Des variantes que présente la version des Septante plusieurs peuvent être retenues pour la reconstitution de la leçon originale de l’hébreu. Buhl, loc. cit.; Bachmann, Zur Textkritik des Propheten Zephania, dans Theologische Studien und Kritiken, 1894, p. 641-655; Lippl, Das Buch des Propheten Sophonias, p. 42-60.

Ce texte est écrit sous forme poétique et le plus souvent selon le mètre élégiaque, ginâh, caractérisé par 3 + 2 arsis (élévation de la voix sur la syllabe accentuée). Sur une reconstitution métrique de l’oracle de Sophonie, voir Lippl, op. cil., p. 68-72.

Quant au style même du prophète, il n’est pas, ainsi que le prétendent maints critiques, dans la dépendance de l’œuvre de ses devanciers, car il n’est en fait aucun passage du livre pour qui l’on puisse avec certitude établir un lien littéraire avec quelque auteur antérieur, bien que des rapprochements puissent être suggérés avec tel passage d’Amos, d’Isaïe ou de Michée. Assez souvent au contraire se rencontrent des termes, des formes grammaticales et des tournures de phrase, peu fréquents par ailleurs dans l’Ancien Testament, et qui se trouvent également dans l’œuvre de son contemporain Jérémie; le fait n’a rien d'étonnant. La pensée du prophète s’exprime en général avec clarté et vigueur; le sentiment très vif du péril qui menace son peuple, l’imminence de ce danger et l’espoir d'en conjurer en partie du moins les funestes effets inspirent à Sophonie la description saisissante du Jour de Jahvé: «Il est proche le grand Jour de Jahvé... ce sera un jour de colère, un jour d'angoisse et d’aflliction, un jour de renversement et de bouleversement... J’'accablerai les hommes et ils marcheront comme des aveu- 5165... leur sang sera répandu comme la poussière et leurs cadavres comme l’ordure. » 1, 14-17. S'il n’a pas l’art de Nahum, ni la puissance d'émotion de Jérémie, notre auteur n’est cependant pas, même au seul point de vue littéraire, indigne de figurer parmi les prophètes du ντ siècle.

4° Doctrine. — 1. Le jugement. — Le message de Sophonie consiste essentiellement dans l'annonce d’un jugement de Jahvé sur Juda et sur tous les peuples de la terre. Que cette annonce ne soit pas spéciale à Sophonie, mais qu'elle soit déjà le fait deses devanciers, Amos, Isaïe et Michée, c’est certain; il n’en est pas moins vrai qu'il lui a donné une expression plus nette et plus claire et qu’il en ἃ fait l’enseignement unique de sa prédication.

La notion du jugement divin dérivait de celle de la justice de Jahvé, dont les prophètes du vie siècle s'étaient complu à décrire les exigences. C'est parce qu'il est juste, que Jahvé ne saurait tolérer indéfiniment les désordres et les infidélités dont le nombre et

la gravité ne cessent de croître. Et puisque les uns et les autres ne sont pas le seul fait des nations païennes mais du peuple élu lui-même, tous seront frappés. Contrairement au préjugé populaire qui assimilait volontiers les relations de Jahvé et de son peuple avec celles des dieux et de leurs nations respectives et qui se figurait la cause de Jahvé inséparable de celle d'Israël, les prophètes n'avaient cessé de rappeler que la justice de Dieu aurait son heure, de là leurs menaces d’anéantissement des fauteurs du mal, aussi bien parmi le peuple choisi que parmi les peuples païens.

C'est de Juda qu'est avant tout préoccupé le prophète Sophonie, et c’est à lui surtout qu'il fait connaître son message du jugement. Les signes précurseurs qu'il en perçoit ne laissent pas que de l’impressionner vivement, c’est pourquoi il adresse un solennel avertissement aux coupables, dans l'espoir que la pensée des rigueurs de ce jugement pourra devenir salutaire; à cet effet la condamnation des désordres qui déshonorent Juda et Jérusalem pourra marquer la voie à suivre dans le retour à Dieu. Mais, plus que la perspective du salut, c’est la menace qui de beaucoup tient la plus grande place dans l’oracle de Sophonie.

Ce jugement n'atteindra pas seulement Juda mais tous les peuples et particulièrement les voisins d’Israël. La raison en est que, pour Sophonie, comme d’ailleurs pour les autres prophètes, la justice de Jahvé non moins que sa puissance embrasse tout l’univers et, puisque les plus grands désordres sévissent chez les païens, ceux-ci, tout comme Juda, sont désignés aux coups de la justice divine. Sans doute le prophète ne s’attarde pas à énumérer, comme pour son peuple, leurs péchés et leurs crimes; ce n’était pas nécessaire, car dans la pensée israélite le paganisme n’était rien autre qu’une apostasie et une révolte orgueilleuse contre Dieu, aussi était-il de ce seul fait passible du jugement; le châtiment des nations n’est que l’exécution intégrale du jugement de Jahvé dont la toute-puissance et la justice exigent le rétablissement de l’ordre dans le monde par la disparition de tout ce qui s’y oppose. Cf. Junker, op. cit., p. 66-67.

2. Jour de Jahvé.— C'est sous ce terme de « Jour de Jahvé » que Sophonie annonce la manifestation du jugement. L'idée non plus que l’expression ne sont nouvelles. Isaïe et Amos les connaissent déjà ; au temps de ce dernier c'était le terme technique pour désigner, du moins d’après l’opinion populaire, le jour du triomphe de Jahvé sur les ennemis de son peuple. Pour les prophètes, le Jour de Jahvé devait marquer le triomphe de la justice sur l’iniquité, aussi bien en Israël que chez les païens. Sans doute, dans la littérature postexilienne, au jour du combat suprême entre la justice et l’iniquité, la première est représentée par Israël, tandis que la seconde l’est par les nations païennes, dont la défaite et la ruine assurerontlarevanche et le triomphe du peuple élu; mais telle n’est pas la conception des prophètes antérieurs à l’exil, de Sophonie en particulier. Pour lui, comme pour Amos, si le Jour de Jahvé doit consommer la défaite définitive des nations païennes, il n’épargnera pas néanmoins Israël, car la justice doit triompher au détriment même du peuple choisi, elle sévira contre Juda et Jérusalem, contre tous ceux qui y ont pratiqué l’idolâtrie et commis l’infidélité : « C’est pourquoi attendez-moi, oracle de Jahvé, au jour où je me lèverai comme témoin. Car c’est mon arrêt de réunir les nations, d’assembler les royaumes pour répandre sur eux mon courroux, toute l’ardeur de ma colère; car, par le feu de mon ressentiment, toute la terre sera consumée. » 111, 8.

Le châtiment n’est qu’un aspect toutefois des réalisations du Jour de Jahvé; à la place du monde actuel, pécheur et en rébellion contre Dieu, doit apparaître un monde nouveau soumis à Dieu, c’est l’espérance

DOCTRINE 2378 eschatologique dont on retrouve l'expression dans maints passages de la littérature de l'Ancien Testament. Aussi est-ce une erreur de la critique de refuser à Sophonie la partie de son livre, 117, 9-20, qui envisage cette restauration après l’exécution du jugement; le prophète, en effet, étant donné le caractère eschatologique de son discours, ne pouvait s’en tenir à la partie négative de ce jugement, l’anéantissement des impies, il se devait de mettre également en évidence le nouvel état du monde, désormais agréable à Dieu. Cette perspective ne risquait pas, ainsi qu’on l’a prétendu, d’atténuer la gravité du message de Sophonie et d’en réduire la portée, car, pour les contemporains du prophète, l’imminence du danger et la menace très précise contre les fauteurs d’idolâtrie et de tous autres désordres ne pouvaient laisser d’illusion aux coupables.

Si l'extension du châtiment, et même de la restauration, aux nations païennes n’est pas en contradiction avec la mission du prophète, qui vise tout d’abord son peuple, il n’en reste pas moins que, tout de même qu'Israël était au premier plan des préoccupations de Sophonie dans la description des infidélités et des désordres, il le demeure encore dans celle des espérances de restauration. Mais ce qui lui importe en premier lieu, ce n’est pas tant la peinture des circonstances extérieures d’une ère de bonheur que les conditions de la rénovation morale de son,peuple, gage de ce bonheur. A l'attitude d'opposition orgueilleuse à Jahvé devront faire place l’humilité et la soumission qui assureront la paix et la sécurité sous la protection divine, 111, 12-13, tandis que les dispersés et les exilés reviendront dans un Israël désormais glorieux parmi toutes les nations, 111, 19-20. Mais la réalisation de cet idéal apparaît comme réservée à un reste ou au petit nombre de ceux qui auront mérité la faveur divine par leur fidélité : « J’établirai comme Reste au milieu de toi un peuple humble et modeste qui mettra son espoir dans le nom de Jahvé. » 111, 12. Ainsi ce peuple nouveau, purifié par l'épreuve, saura mettre sa confiance, non dans ses propres forces ou dans le secours des puissances humaines, mais dans le nom même de Jahvé et, par ce trait encore, le livre de Sophonie rappelle les protestations des anciens prophètes contre les alliances avec les peuples païens. Cf. van Hoonacker, op. cit., p. 502.

La perspective de cette abondance de bienfaits spirituels et temporels qui caractérisent l’avenir messianique était bien faite pour encourager «165 humbles du pays » à persévérer dans la pratique de la loi et la recherche de la justice, τι, 3; malgré leur petit nombre ils n’en constitueront pas moins le nouveau et véritable peuple de Dieu. Par là, selon la juste remarque de Junker, op. cit., p. 68, le message de Sophonie se rattache à la prédication de Notre-Seigneur, proclamant bienheureux les pauvres et les doux, les ‘andvim : « Ne craignez point, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume de Dieu. » Luc., XAT, 92

Ainsi, non seulement le prophète fait luire l’espérance du salut d’un Reste, ainsi que l’avaient déjà fait d’ailleurs ses grands devanciers, mais, avec une précision et une clarté plus grandes, il signale la voie à suivre pour parvenir à sa réalisation : à savoir la voie de la justice et de l’humilité. Le redoutable jugement du Jour de Jahvé sera un jugement de purification qui écartera les impies, tandis que les pauvres et les humbles seront désormais le nouveau peuple de Dieu, 1, 11; 1, 8-12. Comme son illustre contemporain Jérémie, Sophonie entrevoit un idéal de vie religieuse dont par sa prédication il prépare l’avènement.

Unies à Israël dans le désastre du Jour de Ἡροῦς les nations païennes, représentées par les Philistins, les

Moabites, les Ammonites, les Coushites et les Assyriens, auront part à la restauration. Jahvé fera périr tous les dieux de la terre, en sorte que de toutes les îles des nations on l’adorera. 11, 11. Ce sera la conversion des gentils au Dieu d’Israël dont ils invoqueront le nom avec des lèvres purifiées. 111, 9.

Quant à l’époque des grands événements qui doivent marquer ce Jour de Jahvé, il semble bien que le prophète en perçoive la proximité, non seulement pour ce qui est du bouleversement des nations et du châtiment des coupables, mais aussi pour ce qui en paraît la conséquence immédiate, la constitution du Reste d'Israël dans la possession des gloires et des bienfaits messianiques. À ce sujet, « il faut tenir compte du mélange des perspectives et de la portée eschatologique que présentent aux yeux du prophète des événements historiques. Il faut tenir compte aussi des développements oratoires, et considérer ces prédictions, à première vue contradictoires, comme des expressions différentes d’un même vœu prophétique, appelant la justice divine sur tous les coupables. La variété des images employées devient dès lors naturelle. L’idée dominante reste toujours celle du triomphe final d’Israël et de l’abaissement de ses ennemis. » Tobac, Les Prophètes d’Israël, 1919, t. τ, p. 280.

I. COMMENTAIRES GÉNÉRAUX. — Aux commentaires de l’ensemble des douze petits prophètes, dont mention a déjà été faite dans la bibliographie des articles sur ces prophètes déjà parus ici, s'ajoutent les ouvrages récents de Stonehouse, The books of Zephaniah and Nahum, Londres, 1929, dans Westminster commentaries; la 2e et 3° édition du commentaire de Sellin, Das Zwôlfprophetenbuch, Leipzig, 1930, dans Kommentar zum Allen Testament de Sellin; Edelkoort, Nahum, Habakuk, Zefania, Amsterdam, 1937; F. Horst, Die zwôlf kleinen Propheten, Nahum bis Maleachi, Tubingue, 1938; H. Junker, Die zwôûlf kleinen Propheten, II Hälfte, Nahum, Habakuk, Sophonias, Aggäus, Zacharias, Malachias, Bonn, 1938, dans Die Heilige Schrift des Alten Testaments de Feldmann et Herkenne.

II. COMMENTAIRES ET TRAVAUX SPÉCIAUX. — 1° Catholiques. — L. Reinke, Der Prophet Zephanja, Munster, 1868; J. Lippl, Das Buch des Propheten Sophonias, Fribourg-en- B., 1910, dans Büiblische Studien, XV, 3; Tobac, Quænam ex libro Sophoniæ deduci potest doctrina ? dans Vie diocésaine, Documenta, février 1910.

20 Non catholiques. — Schwally, Das Buch Ssefanja, dans Zeitschrift für alttestamentliche Wissenschaft, 1890, p. 165- 240; Besson, Introduction au prophèle Sophonie, Paris, 1910; Halévy, Le prophète Sophonie, dans Revue sémitique, 1905, p. 193-198; 289-313; J.-M.-P. Smith, À critical and exegetical commentary on Micah, Zephaniah and Nahum, Édimbourg, 1912, dans The international critical commentary; Cornill, Die Proplhetie Zephanjas, dans Theologische Studien und Kritiken, 1916, p. 297-332.

Voir aussi les articles sur Sophonie dans les différentes encyclopédies : Fillion dans Vigouroux, Dictionnaire de la Bible; Kaulen dans Wetzer-Welte, Kirchenlexicon; G. Beer dans Hauck, Protestantische Realencyklopädie; Cheyne, dans Cheyne, Encyclopaedia biblica; J.-A. Selbie, dans Hastings, À Dictionary of the Bible.

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