LE LIVRE
Dans les trois chapitres du livre, dont la répartition n’est pas identique chez tous les exégètes, on peut distinguer trois parties.
La première, 1, 2-13, commence par l’annonce du jugement divin sur la terre entière, selon le sens probable du mot «la terre », à entendre ici, non dans le sens restreint de pays de Juda, mais d’une manière absolue, de la terre entière, comme le laisse supposer la menace de destruction des oiseaux du ciel et des poissons de la mer, 2-3. Ce jugement frappera durement Juda et Jérusalem mais surtout les fauteurs d’idolâtrie plus soucieux de rendre un culte à toutes sortes de divinités étrangères qu’au seul vrai Dieu, 4-6. Pas plus que les idolâtres, les grands et les princes n’échapperont aux rigueurs du jugement, car ce sont eux qui ont introduit les mœurs étrangères en Israël et se sont rendus coupables de violence et de fraude; conviés à un sacrifice, tous ces prévaricateurs en seront les victimes, 7-9. Le châtiment est si proche que le prophète entend déjà les clameurs de l’ennemi aux portes de la ville et les gémissements des habitants. Jahvé, dont les impies proclamaient l'indifférence, portera jusque dans les recoins les plus obscurs la lumière révélatrice de leurs prévarications; biens, maisons, vignes seront dévastés et pillés, 10-13.
Conclusion de cette première partie de l’oracle ou, plus probablement, commencement de la deuxième partie, les versets 14-18 font une description terrifiante du Jour de Jahvé : jour de fureur, d'angoisse, d’aflliction et de ruine dont rien ne saurait délivrer les coupables, pas plus leur or que leur argent. De cette peinture du Jour de Jahvé s’est inspiré le chant du Dies iræ dans sa description du jour du jugement général. À ce jour redoutable pour la terre entière Juda n’échappera pas; toutefois l’exhortation au repentir laisse espérer aux « humbles du pays » que les terribles effets de la colère divine leur seront épargnés, 11, 1-3. Mais pour les nations païennes, voisines de Juda, pas de rémission : les Philistins à l'Ouest, les Moabites et les Ammonites à l’Est seront exterminés, 4-11, les grands empires eux-mêmes succomberont, le pays de Coush ou l'Égypte, au Sud, et celui d’Assour, au Nord, 12-15. Cette série de catastrophes qui frapperont les peuples tout à l’entour de Juda doit être pour ce dernier un solennel avertissement.
Une troisième partie ramène la pensée et la menace du prophète sur Juda et Jérusalem, demeurés sourds à tous les appels de Jahvé. De nouveau les princes sont sévèrement jugés et avec eux les juges, les prophètes et les prêtres, qui tous manquent aux devoirs de leur charge, alors que Jahvé au milieu de son peuple est le Juste qui fait connaître à tous ses préceptes, πὶ, 1-5. Et, puisque la leçon du châtiment des nations est demeurée sans effet sur Juda, qui semble n’en avoir été que plus empressé à se pervertir, le même jugement frappera d’extermination Juda et les nations, 6-8. Le châtiment toutefois ne sera pas inexorable mais purificateur et, par la disparition des coupables, il préparera les voies à une restauration et à une ère nouvelle, où les nations elles-mêmes invoqueront le nom de Jahvé et lui rendront hommage, 9-10. Jérusalem, purifiée de tous les éléments mauvais qui avaient provoqué la fureur divine, rentrera en grâce et ce qui aura échappé à l’extermination servira Jahvé dans l'humilité, la confiance, la justice et la paix, 11-13. A cette pensée la joie du prophète s’exhale en un hymne triomphal. La plus vive allégresse remplacera l'angoisse et l’affliction, car Jérusalem, vengée maintenant par la défaite de ses ennemis, rassemblera de nouveau ses enfants dispersés par la captivité; ils reviendront dans Sion pour y vivre à jamais en présence de Jahvé qui habitera au milieu d’eux, afin de leur assurer salut et gloire, autrement dit le bonheur idéal de l’ère messianique, 14-20.
Malgré sa brièveté, le livre de Sophonie, tout comme ceux des grands prophètes, se compose d’oracles de menace contre Juda et Jérusalem, d'annonces de chàtiments contre les nations païennes et de promesses de salut. L’enchaînement des pensées et leur développement logique donne au recueil son unité, bien que, fort probablement, il soit composé de plusieurs discours. Cette unité résulte encore de la pensée dominante du livre, celle du jugement de Jahvé, dont la menace plane sur l’ensemble de la prédication de Sophonie jusqu’au moment où son exécution aura préparé l’ère nouvelle de la restauration messianique, complément nécessaire et inséparable, dans la pensée des voyants d'Israël, des châtiments divins.
3° Authenticité. — De cette unité de composition, que n’admettent d’ailleurs pas tous les critiques, peuton conclure à l’unité d'auteur? Nombreux sont ceux qui ne le pensent pas et qui refusent à Sophonie tel ou tel passage du livre qui porte son nom, pour l’attribuer à une époque plus récente que le vrr siècle.
C'est ainsi que la critique de Schwally et de Marti ne laissait guère subsister de l’œuvre primitive que le premier chapitre et quelques versets, 12-15, du chapitre suivant, tandis que les versets 5-11 de ce même chapitre appartiendraient à la période de l’exil et le c. 117 en entier aux temps qui suivirent. Schwally, Das Buch Ssefanja, dans Zeitschrift für alttestam. Wissenschaft, 1890, p. 165-240; Marti, Das Dodekapropheton, dans Kurzer Hand-Commentar zum A. T. de Marti. Depuis Duhm et surtout Cornill, la critique est en général revenue à une plus juste notion de l’authenticité du livre, dont l’ensemble, à l'exception de quelques gloses et de la fin du recueil, 111, 14-20, est regardé comme l’œuvre du prophète contemporain de Josias.
Si l’authenticité du c. 1 n’est pas contestée, c’est qu’à lui plus spécialement s'adaptent les considérations tirées de l’état politique et religieux du règne de Josias durant la période antérieure à la réforme. D’autre part l’unité de pensée de ce chapitre, loin d’être contredite par la double menace qu’il formule contre Juda et les nations païennes, s’en trouve au contraire renforcée, car le crime d’Israël, son idolâtrie, n’est que la conséquence de son alliance avec les nations païennes, dont les divinités sont venues prendre place à côté de Jahvé quand elles ne l’ont pas chassé; c’est pourquoi le châtiment des nations ne sera pas moindre que celui de Juda. Cette pensée sans doute n’est pas nettement formulée, maïs elle se dégage des circonstances mêmes de la prédication de Sophonie qui permettent d’en saisir le sens et l’opportunité.
Du c. 1 les trois premiers versets sont parfois refusés au prophète en raison surtout de l’emploi des termes ‘anâvim, les humbles, et ‘anäväh, l'humilité, au sens moral et religieux, qu’ils n’auraient que dans des compositions d'époque assez tardive comme certains psaumes. Étant donnée l’union du ÿ. 3, où se rencontrent ces expressions, avec les deux versets précédents, on en conclut à la non-authenticité du début du c. 11, d’autant plus que l’idée de repentir qui s’y trouve exprimée comme condition possible de salut ne cadre pas très bien avec tout ce qui précède et ce qui suit sur la menace du jugement. Malgré l’obscurité du ÿ. 1, dont trois mots sur cinq sont de signification douteuse, l'invitation au repentir en paraît l'interprétation la plus probable; or, une telle invitation n’a rien d’incompatible avec l’ensemble de l’oracle, puisque le but du jugement, pour Sophonie comme pour les autres prophètes, est non pas l’anéantissement d’Israël mais sa purification par l’épreuve ; l’imminence même du châtiment n’exclut pas la possibilité d’en prévenir les funestes conséquences par le repentir et un retour sincère à Dieu. Quant au terme ‘anâvim, littéralement ceux qui se courbent, s’inclinent (devant Jahvé, dans