SORRENTE (BONAVENTURE DE) — SORTAIS (GASTON
SORT. — Le sort (hébreu : gôrûl, pûr; Septante : χλῆρος; Vulgate : sors) est le procédé employé pour obtenir une décision en soi incertaine et qu’on ne veut pas laisser au libre choix des volontés humaines. Les trois mots, hébreu, grec, latin, cités plus haut, désignent originairement la petite pierre, le caillou, dont on se servait en l’occurrence.
Le tirage au sort a été en usage chez tous les peuples. Les Hébreux ont employé maintes fois le moyen du sort, soit pour partager les territoires, les biens, les dépouilles, les héritages, soit pour désigner les habitations et les fonctions, soit pour dirimer les cas douteux ou obtenir de Dieu l'indication des décisions justes. On trouvera les références utiles à l’article Sort du Dictionnaire de la Bible, t. νι, col. 1848. C'est sous ce dernier aspect que le sort relève de la théologie, car on suppose alors qu’il comporte une sorte de révélation divine. Nous avons, de ce chef, des cas typiques dans la Bible : le cas d’Achan, Jos., vit, 16-18; celui de Saül et de Jonathas, I Reg., x1v, 38; celui de Jonas, Jon., 1, 7, et, dans le Nouveau Testament, la désignation du successeur de Judas, Act., τ, 23-26.
La théologie s’est efforcée de préciser les conditions où il est licite d'interroger le sort comme manifestation de la volonté divine. Saint Thomas a même écrit un traité De sortibus, en cinq chapitres (édit. de Parme, t. xv1, p. 310-317), dont on retrouve l’essentiel dans la Somme théologique, 115-115, q. xcv, ἃ. 8. Nonobstant les exemples tirés de l'Écriture, saint Thomas commence par justifier les prohibitions portées par le droit canonique contre l’usage du sort. Il distingue trois sortes de sorts, les sorts distributifs, consultatifs et divinatoires. Après avoir indiqué ce qu'il y a de coupable dans les cas de divination superstitieuse par la voie du sort, il montre ce qu’il y a de dangereux à attendre d’une cause spirituelle le jugement du sort : ici, en effet, le démon peul facilement intervenir; mais si c’est de Dieu qu'on attend le jugement, il faut encore prendre garde d’y trouver occasion de pécher. Les conditions posées par saint Thomas à la licéité du sort lui permettent de conclure timidement que, « dans le cas d’une nécessité pressante, il est permis d’implorer, avec le respect voulu, le jugement de Dieu ». En tous cas, il rejette d’une manière absolue le choix par le sort des dignitaires de l’ordre spirituel : le cas de Matthias fut exceptionnel, la plénitude del’Esprit-Saint n'ayant pas encore été répandue dans l’Église. Il termine enfin en condamnant les faux jugements de Dieu, si en honneur en certaines régions au Moyen Age. Voir ici ORDALIES. Sur le sort considéré comme sortilège, voir ci-dessus, col. 2391.
A. MICHEL
SORTAIS Gaston, jésuite, né à Blain (Loire- Inférieure) le 4 juillet 1852, mort le 13 juin 1926. — Entré au noviciat d'Angers en novembre 1875, il fut ordonné prêtre à Jersey en 1885, et professa ensuite la philosophie dans divers collèges. D'une grande activité, il conciliait avec son enseignement une collaboralion relativement importante à la rédaction des Études religieuses. Lorsque la loi de 1901 sur les congrégations lui eut enlevé sa chaire, il fut attaché à la revue. Sa vie fut dès lors uniquement occupée par l'étude et la publication d'ouvrages d’apologétique et de philosophie.
De cette œuvre considérable il y a surtout à retenir ici : un Trailé de philosophie en deux gros volumes, Paris, 1901-1902 (5° édition en 1923-1924); La crise du libéralisme et la liberté d'enseignement, 1904; Pourquoi les dogmes ne meurent pas, 1905; Valeur apologétique du martyre, 1905; La Providence et le miracle devant la science moderne, 1905; Études philosophiques el sociales, 1906; Le procès de Galilée, 1907; Hisloire de la philosophie ancienne depuis l'époque présocralique
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jusqu’à la fin de la Renaissance, 1912; Les catholiques en face de la démocratie et du droit commun, 1914; La philosophie moderne depuis Bacon jusqu’à Leibniz, 1920-1922, 2 vol. Ce dernier ouvrage. fruit de recherches prolongées et précieux par la somme de renseignements qu'il contient, est malheureusement resté inachevé. Il devait comprendre cinq volumes. L'auteur n’a pu en donner que deux. Une étude destinée aux volumes suivants a pourtant été publiée par le P. P. Descoqs : Le cartésianisme chez les jésuites français au XV1I® el au ΧΡ 115 siècles, dans Archives de phiosophie, t. vi, cahier 3, 1929. On y trouve, en tête du cahier, quelques pages consacrées à la mémoire du P. Sortais. Un autre fragment : Descartes et la Compagnie de Jésus, a vu le jour dans la revue argentine Æs{udios, août J. DE BLic.
1. SOSA (François de), frère mineur espagnol. — Né à Tolède de la famille des comtes de Mora, il appartint à la province franciscaine de Santiago, dans laquelle il enseigna pendant de longues années la théologie au couvent de Salamanque et exerça la charge de définiteur en 1588. Élu ministre général en 1600, il gouverna l’ordre pendant six ans. Élevé en 1607 à l’évêché de Canarie, il fut transféré, en 1613, à celui d’'Osma. Homme de confiance de Philippe III, il fut envoyé en 1613 en Portugal pour une importante mission et, en 1617, à Rome, comme ambassadeur de Pnilippe III, dans le but d'amener Paul V à mettre fin aux controverses au sujet de l’immaculée conception en proclamant cette doctrine comme dogme. L'activité déployée par François de Sosa dans ce sens est racontée par J.-M. Pou y Marti, O. F. M., voir la bibliographie. Cette mission toutefois n’aboutit pas, parce que F. de Sosa mourut le 9 janvier 1618. François de Sosa s’est rendu surtout célèbre par les tentatives déployées pour faire triompher la cause de l'immaculée conception, qui à cette époque était vivement débattue en Espagne.
François de Sosa est l’auteur de plusieurs ouvrages : Discurso contra dos tratados, que sin nombre de autor se han estampado cerca de la censura que nuestro santisimo Padre Paulo papa V pronuncié contre la Señoria de Venecia, 5. 1. n. d., mais d’après Nicolas Antonio, Bibliotheca hispana nova, t. 1, p. 365, à Naples, 1607, in-4°, 122 p.; Advertencias cercu de la nueva constituciôn de nuestro sanlissimo Padre Clemente papa VIII « De largitione munerum utriusque sexus regularibus interdicta », Salamanque, 1596; Barcelone, 1597; divers Tratados, réunis ensemble et édités après sa mort, à Salamanque, en 1623, in-4°, 390 p. : ie deuxième : De como la questidn de la immaculada concepciôn de la Virgen se puede difjinir de fe (lettre écrite à Philippe III), a été édité aussi dans Tratados y sermones de la limpia concepcién de nuestra Señvora, sin macha de pecado original, Séville, 1617; le dernier sur les censures prononcées par Paul V contre Venise a été traduit en italien : Discorso contro due trattati stampati senza nome d’autore, intorno le censure che n. Signore papa Paolo V pronontio contro la republica di Venelia, par Ambroise Cordova, O. P., Naples, 1607.
L. Wadding, Scriplores ord. min., 3° éd., Rome, 1906, p. 93; J.-H. Sbaralea, Supplementum, 2° éd., t. 1, Rome, 1908, p. 302; H. Hurter, Nomenclator, 3° éd., t. 111, col. 399- 400; A. Lôpez, Notas de bibliografia franciscana, dans Archivo ibero-americano, t. XXVI1, 1927, p. 42-48; E. Toda y Güell, Bibliografia espanyola d'Italia, t. τν, S-Z, n. 4732 et 4733, Castell de 5. Miquel d’Escornalbou, 1930; J.-M. Pou y Marti, Embajadas de Felipe 111] a Roma pidiendo la definiciôn de la inmaculada concepciôn de Maria, dans Archivo ib. amer., t. ΧΧχιν, 1931, p. 373, 384-385, 410, 413, 508-534; Autour du bienh. Gauthier de Bruges, dans France franciscaine, 1913, t. 11, p. 178-179.
A, TEETAERT,