ŒUVRES
l'écrit Soto, et lui donna l’ordre de retirer le livre dela circulation. Aussi est-il impossible de le trouver aujourd’hui en Espagne et l’on ne le connaît que par les extraits qu’en a donnés Sixte de Sienne dans sa Bibliotheca sancta. Ultérieurement furent dénoncées à l’Inquisition d’autres éditions de Fero corrigées par Medina, lequel fut même arrêté parle Saint-Office comme suspect de complicité avec certains novateurs. La défense qu'il avait prise de Fero contre Soto continuait à peser sur lui.Quant au dominicain, pardonnant à son adversaire les copieuses injures qu'il en avait reçues, il se contenta d’y faire une allusion rapide dans la finale de son commentaire sur le 1. IV des Sentences : Quidam bonus pater constituit canos meos nescio quibus atris floribus respergere. Ego vero, ut os mihi libentius obtruderem, oculos etiam claudere constilui ne APOLOGIAM cernerem; idque non solum ne meam polius quam publicam causam defendere judicarer, verum ne bos longo jam jugo decalvatus cum eleganti vitulo corrixari viderer.
2. Avec Catharin. — Une autre polémique beaucoup plus animée mit Soto aux prises avec l’évêque de Minori, Ambroise Catharin, O. P. En son livre De natura et gratia, Soto, traitant du c. 1x du décret de Trente sur la justification, avait étudié le problème qui avait été tranché par le concile de savoir s’il est possible d’avoir une certitude de foi que l’on est en état de grâce. L'interprétation du décret conciliaire, courante dans l’école thomiste et commune parmi les catholiques, soutient que, en dehors d’une révélation spéciale, on ne peut arriver là-dessus à une certitude absolue, mais qu'il est possible d’en avoir une certitude morale. Car notre justification dépendant pour une part de la promesse divine, pour une autre de nos dispositions, en ce qui concerne ce second élément, il est de loi commune que nul ne peut avoir une sécurité, comparable à celle de la foi, d’avoir fait tout ce qui est requis de son côté. Et, quoique l’assentiment, s’il était vraiment l’œuvre du Saint-Esprit qui l’atteste à la conscience, ne serait point sujet à l’erreur, néanmoins, comme il n’est pas évident qu’il y ait ici attestation spéciale de Dieu, il demeure toujours une possibilité de se tromper.
Au moment même où Soto imprimait son livre à Venise, Catharin faisait paraître son opuscule intitulé : Interpretatio noni capituli synodalis decreti de justificatione. 1 y persistait dans l’idée qu'il avait manifestée au concile. Selon lui, le sens du décret était que, encore qu'il ne soit pas possible d’avoir sur l’état de grâce une certitude de foi, cui non potest subesse falsum, une certitude pourtant était possible, qui, faillible en soi, néanmoins ne trompait pas de faclo, à cause de l'application que l’on mettait à l’atteindre et du témoignage que rendait à la conscience l’Esprit-Saint qui précisément nous met en état de grâce : Homo potest esse certus suæ gratiæ cerliludine fidei per illam communem revelationem et testimonium quod facit Spiritus Sanctus in eorum cordibus qui Domino serviunt et sollicile ambulant cum Deo suo. C'était précisément l’opinion de qüelques catholiques que réprouvait Soto,sans faire mention de Catharin. Mais celui-ci, déjà en froid avec le dominicain espagnol à cause d’une discussion qu'ils avaient eue à Trente, quand Soto avait attaqué sa doctrine relative aux actions des infidèles (cf. Catharin, Disceplationes, n. 4), saisit l’occasion de prendre sa revanche et, en même temps, de défendre des idées qui lui étaient communes avec quelques catholiques. Il publia donc, cette même annés 1547, une Defensio catholicorum qui pro possibili certiludine præsentis graliæ disseruerunt, où il persistait dans son interprétation du décret et attribuait à Soto une doctrine identique dans le fond, encore que différente dans l'expression, l’accusant même d’être inconstant dans
2431 SOTO (DOMINIQUE sa défense. La polémique prenait ainsi un caractère virulent, et Catharin n’épargnait pas à son adversaire les paroles désagréables. A ces diatribes Soto répondit par une Apologia qua R. P. Ambrosio Catharino episcopo Minoriensi de certitudine gratiæ respondet, qui eut au xvit siècle au moins une douzaine d'éditions. L’introduction relevait la susceptibilité et l’esprit de contradiction de Catharin; Soto y déchargeait son cœur de tous les griefs qu'il avait contre son adversaire, et spécialement pour sa prétention d’être le représentant de la théologie, alors qu'il y était presque étranger, s'étant consacré bien plutôt à la jurisprudence : Ab ipso enim slalim tempore quo jam ætate provectus, ex jure consullo theologus derepente prodiisti, simul et audire cœpisti in scholis et contra egregios scholarum doctores scribere. Cf. ici, τ. x11, col. 2430,
A cette accusation et à la défense de la doctrine qu’exposait sur le cas en question le De natura et gratia, Catharin répliqua par un opuscule intitulé Expurgatio adversus Apologiam, qu’il fit suivre d’une Confirmatio defensionis catholicorum pro possibili certitudine gratiæ. Au point de vue doctrinal il ne faisait que se répéter, travestissant parfois, soit par excès d’audace, soit par manque de compréhension, les paroles de son adversaire, pour le mettre en contradiction avec lui-même, persistant à identifier l’opinion de Soto avec la sienne. Soto ne put se décider à le lire; mais, deux ans plus tard, dans son commentaire sur l’épître aux Romains, il fit quelques allusions aux idées de l’évêque de Minori, à quoi celui-ci répliqua, toujours avec la même âpreté, dans le prologue d’un autre commentaire de saint Paul, Venise, 1551, et finalement dans un nouvel opuscule intitulé Disceplationes, Rome, 1551, où il accumula, en cinq chapitres, toutes les différences doctrinales qui le séparaient de Soto : sur la certitude de la grâce sanctifiante, sur la prédestination, la nature du péché originel, le pouvoir du libre arbitre et l’état de nature déchue, sur l’abandon et l’endurcissement par Dieu. Ce livre non plus Soto ne consentit pas à le voir; il savait d'avance que son adversaire, supérieur peut-être du point de vue littéraire, mais bien inférieur en théologie scolastique et surtout peu fidèle à saint Thomas, ne pourrait apporter aucune lumière nouvelle en ces problèmes, la discussion ne pourrait servir qu’à exaspérer les esprits.
Colmenares, Historia de la insigne ciudad de Segovia, 2e 6d., Madrid, 1640; Échard, Scriptores ordinis prædicatorum, t. 11, col. 171; Belträn de Heredia, El maestro Domingo (Francisco) de Soto en la universidad de Alcala, dans La ciencia tomista, t. xLr11, 1931, p. 357-373; τ, XLIV, 1931, p. 28-51 ; du même, El maestro Domingo de Soto en la controversia de Las Casas con Sepülveda, ibid., t. XLV, 1932, p. 35-49, 177-193; du même, D. de Soto, catedratico de visperas en la universidad de Salamanca, ibid., t. XLvI1, 1938, p.37-67 ; du même, ΕἸ maestro Juan de La Peña, Salamanque, 1936, p. 13-25; P. Duhem, Études sur Léonard de Vinci, t. 111, Les précurseurs parisiens de Galilée, Paris, 1913.