SOTO (DOMINIQUE
DE). ŒUVRES 2428 demeure dans l’histoire comme celui d’une des plus glorieuses figures qui aient rehaussé l’éclat de l’école de Salamanque. Don Diègue de Covarrubias, évêque de Ciudad-Rodrigo, son contemporain, entre autres éloges, l’appelle : Salmanticensis academiæ insignis theologiæ professor; Matamoros le dit unicum ingenuarum arlium columen; Chacon : vir sua ætate doctissimus, et le P. Félix Castell Franco : luminare majus. La profonde admiration que l’on avait en son temps de la science du théologien de Ségovie s'exprime bien dans une phrase alors courante en Espagne : Qui scit Sotum scit lotum.
IT. ŒUVRES ET DOCTRINES. — 1° Ouvrages d’enseignement. — Parmi les écrits de Soto, ceux qui sont d’origine académique occupent la première place; ils sont de deux sortes: philosophiques et théologiques.
1. Philosophie. — Les ouvrages de cet ordre constituent un cours presque complet et datent, pour l’essentiel, des années d’enseignement à Alcala (1520- 1524), bien qu'ils aient été publiés beaucoup plus tard. Du fait que Soto a combattu, au commencement de sa carrière, dans les rangs des nominalistes — inter nominales nati sumus, écrit-il, interque reales enutriti, In Porphyrii Isagogem, q. 1 — ses premiers écrits reflètent nettement cette tendance. Lui-même le reconnaît et, quoiqu'il s’en éloignât déjà au moment où il préparait l’impression de ses écrits, il jugea qu'il fallait encore sacrifier à la mode du jour pour ne pas détourner la jeunesse de l’étude de la philosophie, ut non simul eradicetur et triticum.
Le cours de philosophie comprend 4 volumes.
a) Summulæ (Burgos, 1529); b) La logique : Zn dialeclicam Aristotelis, Isagoge Porphyrii, Aristotelis Categoriæ, et De demonstralione (Salamanque, 1543); 6) Commentaria in libros Physicorum (Salamanque, 1545); et d) Quæstiones in libros Physicorum (ibid., 1545). La 1re édition de ces deux derniers volumes a été publiée incomplète, l’auteur étant parti pour Trente avant de l’avoir terminée. Tous ces traités ont été réédités au cours du xvi® siècle — au moins une douzaine de fois — et ont servi de manuel dans la plupart des universités espagnoles. Un commentaire sur les trois livres du De anima est demeuré inédit; il ne s’est pas conservé.
2. Théologie. — Sur les questions théologiques Soto publia en 1553-1554, à Salamanque, un volumineux traité De juslilia et jure qui est devenu classique. Il en donna, en 1556-1557, une autre édition un peu remaniée. Depuis, l'ouvrage a été réédité jusqu’à vingt-sept fois. Son commentaire sur le 1. IV des Sentences {De sacramentis) a rencontré encore un meilleur accueil, 2 vol., Salamanque, 1557-1558 et 1560, réimprimé au xvie siècle, selon un calcul parfaitement contrôlé, au moins trente-deux fois. Ce commentaire dérive des leçons professées à Salamanque, où l’auteur expliqua la matière des sacrements au moins trois fois, et d’abord en 1533-1534. Il est à noter que, dès ce moment, Soto professait, le premier dans l’école de Salamanque, sa théorie spéciale sur la causalité des sacrements, comme le montrent le ms. 333-166-1 de la bibliothèque de l’université de Séville et l’Oltob. lat. 1010, qui, bien qu’anonyme, doit lui être attribué, ainsi qu’il ressort de sa coïncidence avec le précédent.
3. Les relecliones. — A côté de cette production académique qui constituait les lecturæ et formait la base des leçons ordinaires, il faut placer les relectiones, sortes de conférences ou de leçons extraordinaires que chaque professeur titulaire devait donner à raison d’une par cours, Les Æelecliones de François de Vittoria sont demeurées classiques. Contemporaines, au moins en partie, sont celles de Soto, au nombre de onze ou douze, encore qu'il ne s’en soit conservé en entier que huit. Elles ont pour titre : De merito Christi; De
1 ‘ol > ANR ESS
dominio; De indulgentiis; De canone sacræ Scripturæ ; De sensibus S. Scripluræ (deux leçons); De hæresi; De ralione tegendi et detegendi secretum donnée au cours de 1540-1541, (la seule qui ait été imprimée par l’auteur). Une autre relectio, donnée en 1542-1543, traitait de l’aumône; refondue, elle a donné l’opuscule Deliberalio in causa pauperum, οἷ. ci-dessus, col. 2423. Tandis qu'il occupait la chaire de prime, Soto fit aussi une relectio sur ce thème : An liceal civilates infidelium expugnare ob idololatriam, qui paraît bien avoir fourni une partie du livre De ratione promulgandi evangelium. Livre et relectio ont disparu, sauf un fragment de celleci qui a été publié par nous avec les manuscrits de Vittoria. Enfin ils’est conservé une partie d’une autre relectio sur le thème : An Judæi cognoverint Christum esse Filium Dei naturalem.
4. Divers. — En dehors de ces productions académiques, Soto a écrit un traité sur l’abus des serments, en latin et en castillan, Salamanque, 1551, traduit ultérieurement en italien, Rome, 1586, et un Catéchisme, Salamanque, 1552. Au xvine siècle on a publié à Madrid, sous son nom, un Tratado del amor de Dios. Est demeuré inédit un Commentaire sur saint Matthieu, qui a disparu. Dans les bibliothèques espagnoles et à la Vaticane se conservent divers cours de l’auteur provenant de ses élèves (sauf l’Oftob. lat. 782 qui est autographe), et qui reproduisent en substance son enseignement.
29 Ouvrages de polémique. — Bien que le tempérament de Soto le portât à fuir toute discussion, le devoir ou l’amour de la vérité l’entraînèrent plus d’une fois en des controverses assez vives.
1. A propos de Fero. — C’est ce qui arriva pour les écrits de Jean Fero (Wild). En passant à Mayence, où le franciscain allemand avait exercé avec fruit son apostolat, Soto avait eu sur lui de bons renseignements. Mais, quand notre dominicain rentra en Espagne, on lui signala dans les commentaires de Fero sur l’évangile de saint Jean divers passages de saveur luthérienne, ce dont il put se convaincre en recourant luimême au livre. Et comme, par son style élégant et l'abondance de sa doctrine, le franciscain se faisait bien voir en Espagne, sans que nul ne protestât contre ses erreurs, Soto se crut obligé d’attirer là-dessus l’attention du public, ce qui lui valut des difficultés avec tout l’ordre dès frères mineurs, pour lequel cependant il professait une sincère vénération. Soto commença par publier Annotationes in commentarios Joannis Feri, Moguntinensis, super evangelium Joannis, per fratrem Dominicum Soto. ad lectores admonendos, Salamanque, 1554. Dès le début, Soto demande au lecteur de croire à la droiture de ses intentions et il écrit : si meam conscientiam in Dei tribunali defendere aliter possem, morlem cilius oplarem quam de hac re in publicum prodire. Il s’efforce de sauver le bon renom de l’auteur qu’il tient pour modéré et catholique, étant en cela plus indulgent que saint Pierre Canisius, qui compte celuici parmi les écrivains qui ne sont pas catholiques revera εἰ integre. Pour terminer, afin d’éviter toute cause de scandale ou de discorde, il ajoute : Universos per viscera Jesu Chrisli deprecor et obteslor ut in causa hac propugnandi fidem, quæ tantam exigit caritatis concordiam, nemo mihi adversus studio litigandi exeat, sed eadem animorum pielale personam, quatenus veritas permiserit defendentes, eidem veritati omnes patrocinemur.
En dépit de ces précautions, parut à Alcala en 1558 une À pologia Joannis Feri, par le franciscain Michel de Medina ; sous une forme agressive, celui-ci attaquait les 67 animadversiones que Soto avait consacrées à autant de passages de Fero. Cette apologie était dédiée à l’inquisiteur général. Mais celui-ci, convoquant l’auteur, lui reprocha vivement son imprudence, comme