DE) — SOTO (PIERRE DE
exacte de sa naissance. Sans doute on a l’acte de sa profession religieuse, mais ce n’était pas la coutume d’y consigner ni la date, ni le lieu du baptême. Nous savons qu'il avait un frère et un cousin, mais sans détails qui apporteraient des lumières sur la famille. Comme, au moment de sa mort, à Trente, on le disait vieux et accablé d’infirmités, nous pouvons supposer qu’il naquit entre 1495 et 1500. Selon les historiens du couvent des dominicains de Salamanque, il était étudiant de philosophie en l’université du lieu, quand il entendit l’appel divin qui le dirigeait vers l’ordre de saint Dominique. Cf. P. Cenjor, Historia de δ. Estebän de Salamanca, t. 111, p. 595. Il prit l’habit le 30 mars 1518 et fit profession le 1er avril 1519. C’est dans le même couvent qu’il a dû achever ses études philosophiques et théologiques, à moins qu’il n’ait passé la dernière année à Tolède, où il reçut la prêtrise, comme il le dit lui-même : Def. cath. conf., loc. cit. Nous doutons qu’il ait été élève de Vittoria, puisque celui-ci ne commença à enseigner à Salamanque qu’en 1526 et que Soto, dès juillet 1527, était au couvent de Talavera, d’observance rigoureuse et de récente fondation, et qu'auparavant il avait séjourné quelque temps à celui de Tolède, où il fut ordonné prêtre. En 1530 il figure encore à Talavera comme sous-prieur; il dut s’y consacrer à l’enseignement et à la prédication jusqu’en 1532, année où il fut élu (en mars-avril) prieur d’Ocaña, couvent du même genre que le précédent. Au chapitre provincial de Toro, en mai 1533, il fut honoré du titre de prédicateur général et proposé ad legendas Sententias pro forma et gradu magisterii, signe évident, d’après les règlements dominicains, qu’il avait exercé avec grand succès l’un et l’autre de ces offices. En février 1535 il paraît comme prieur de Talavera et, en 1538, il occupe de nouveau la même place à Ocaña. En 1542 fut fondé le couvent d’Aranda du Douro, lui aussi de rigoureuse observance, et Soto, en avril de cette même année, figure parmi les fondateurs. Au chapitre provincial de Benavente (1541), il est proposé comme maître en théologie avec Melchior Cano et, en 1543, le chapitre de Tolède les confirma tous deux en ce grade.
Tous ces détails permettent de pénétrer l’esprit de Soto. Dans les années où il prenait l’habit et faisait ses premiers pas comme religieux, triomphait définitivement, sous l'impulsion du P. Hurtado, prieur à plusieurs reprises, la réforme, qui depuis plusieurs années cherchait à s'implanter. Pierre de Soto appartient à cette pléiade de théologiens qui surent unir la science et la vertu et qui sont la gloire de l'Espagne du xvie siècle et de l’ordre de saint Dominique. Ses études terminées, nous le voyons toujours (de 1527 à 1542) dans les couvents de rigoureuse observance fondés pour assurer cette réforme.
Mais un jour il lui fallut abandonner le recueillement du cloître, qu'il aimait tant. C’est au couvent d’Aranda que vinrent le chercher les envoyés de Charles-Quint et, dès le début de juin 1542, il exerce la charge de confesseur de l’empereur; il accompagne celui-ci dans tous ses déplacements, intervenant dans les affaires les plus délicates, jusqu'au 15 août 1548, où il renonça à sa charge dans laquelle il eut pour successeur Dominique de Soto. Ci-dessus, col. 2125. Bien que séparé de l’empereur, il ne laissa pas de rester en relation avec lui jusqu’à la mort du souverain.
De la présence de Soto en Allemagne et dans les Pays-Bas, le général des dominicains, P. Las Casas, élu le 27 mai 1542, profita pour nommer celui-ci vicaire général de l’ordre pour la province de Germanie inférieure. À la mort de Las Casas (novembre 1544), son successeur, le P. François Romeo, le confirma dans cette charge et à la date du 6 février 1547 étendit encore ses pouvoirs. Nous pensons qu'il exerça cette fonction jusqu’à son départ de Dillingen pour l’An-
gleterre, en mars 1555. De son zèle pour l’observance et pour les études, nous avons des preuves convaincantes. Il suffit de citer les règlements donnés au chapitre provincial réuni à Bruges en 1545 et les éloges du P. Kleidienst, professeur à l’université de Dillingen, qui, au chapitre provincial de Gmünd (1558), s’offrit à aller en Espagne pour y chercher à nouveau Soto afin de mener à bien, sous sa direction, les projets présentés à ce même chapitre. La mort coupa court à ces plans.
C'est à Pierre de Soto, en sa charge de confesseur de Charles-Quint, que s’adressa en 1548 le cardinal d’Augsbourg, Otton, qui caressait le projet de fonder une université et d'y garder celui-ci à ses côtés. Il ne pouvait mieux choisir. L'université de Dillingen fut aussitôt fondée; Soto en fut l'organisateur et le professeur principal. Il appela à son aide des théologiens d’Espagne et de Louvain, dominicains et prêtres séculiers. C’est donc avec raison que le journal de l’université, conservé en manuscrit, et que les historiens de celle-ci le nomment alter fundator. Ses Institutiones sacerdotum, fruit de ses leçons à Dillingen et qui furent imprimées par ordre du cardinal Otton, servirent de manuel dans cette université, comme il résulte de l’épître préliminaire, pleine d’éloges pour le grand théologien dominicain. Celle-ci fut écrite par le cardinal en mars 1558, quand déjà Soto était rentré en Espagne.
Au grand regret du cardinal Otton, le théologien espagnol partit pour l'Angleterre en 1555. Il y était envoyé tant à cause du mariage projeté de Philippe IT, roi d'Espagne, que pour servir de conseil au cardinal Pole, légat du pape, qui l’avait connu personnellement à Dillingen où il avait pu l’apprécier. Soto travailla comme professeur à l’université d'Oxford, prêchant et écrivant. Son séjour en Angleterre dura un peu plus d’un an, contrairement à ce que l’on croit, mais il suffit à le faire aimer. L’ambassadeur de Venise signale sa présence en mai 1555 et son départ, au grand déplaisir de la reine Marie et du cardinal Pole, avant septembre 1556. Il attribue son départ à une demande de l’empereur, qui désirait consulter Soto avant de se retirer à Saint-Juste. Après que Charles-Quint eut pris le chemin de l'Espagne, Soto demeura quelque temps encore en Belgique, faisant imprimer à Anvers le travail qu’il avait écrit à Oxford, comme lui-même le dit dans sa Defensio catholicæ confessionis, Anvers, 1557. Il retourna ensuite en Espagne; en juin 1558 il figure comme prieur de Talavera, où il avait déjà exercé la même charge avant d’être nommé confesseur de Charles-Quint. Le 22 août 1558 il fut nommé vicaire général des Indes (c’est-à-dire de l’Amérique espagnole), charge qu’il n’accepta pas, croyons-nous, puisque le P. général Justiniani lui nomma un substitut en cas de refus. En revanche il exerça la charge de vicaire provincial de la province d’Espagne, parce que l'élection de Melchior Cano, en date du 19 avril 1559, n’avait pas été confirmée. Cano se heurtait en effet à l’opposition du pape; vainement la province l’avait-elle élu provincial en 1557, puis à nouveau en 1559, elle ne réussit pas à désarmer l’opposition de Paul IV, très ennemi de l'Espagne. En février 1560, Soto quittases fonctions de vicaire, l'élection de Cano ayant enfin été confirmée. A la même époque Soto intervint dans la cause de Carranza, archevêque de Tolède, arrêté le 22 août 1559. Cf. ci-dessus, col. 2426. Convaincu de l'innocence de celui-ci il fut son continuel défenseur en Espagne, à Rome et à Trente.
En juillet 1561, Soto arrivait à Rome, ayant été nommé théologien du pape au concile. Sa nomination porte la date du 9 mai 1561; en juin 1562 Soto intervenait dans les discussions conciliaires. Les témoins oculaires ne tarissent pas d’éloges sur son compte. Le 11 juin 1562, Mutius Calino écrit : « Demain c’est le
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ŒUVRES 2434 tour de parole du P. Soto et par suite de l’opinion que l’on a communément de sa piété et de sa doctrine, on se réjouit beaucoup de l’entendre. » Concil. Trident., t. vu, p. 546. Le 15, il écrivait : « Nous eûmes, l’un de ces matins, le P. Soto, qui parla avec beaucoup de doctrine, de gravité et de prudence. » Soto mourut à Trente le 20 avril 1563; sa mort fut un vrai deuil et ses funérailles furent célébrées avec un grand concours de prélats en l’église dominicaine de Saint-Laurent de la même ville. L’évêque espagnol Mendoza et le cardinal Hosius, témoins oculaires, déclarent que « sa mort n'était pas une petite perte » (Concil. Trident., &. τι, p. 678) et «qu'il a été regretté par tout le concile, pour avoir été un homme de singulière doctrine et de grande bonté ». Dès qu'il avait appris sa maladie, le cardinal d’Augsbourg, son ami, écrivait : Nihil mihi ad molesliam acerbius accidere potuit quam tuæ litteræ de gravi morbo Petri Soti, religiosissimi, prudentissimi ac doclissimi, mihique carissimi el mei amantissimi viri. Saint Ignace de Loyola, saint Pierre Canisius, Lindanus, Stapleton, le cardinal Seripando, Noguera, Bañez, tressèrent à son honneur une couronne d’éloges qui peuvent se résumer en la phrase du cardinal Hosius : vix quemquam hominem hæc nostra sæcula tulerunt sanctiorem.
En fait il avait beaucoup travaillé pour la convocation du concile; de par sa charge de confesseur de Charles-Quint il était intervenu en toutes les controverses qui s’élevèrent, et finalement il mourait en cette même ville de Trente peu de temps avant que prit fin la célèbre assemblée. Quant à son action politique, qu'il suflise de rappeler qu’il intervint dans les négociations pour la paix de Crépy entre l’empereur et le roi de France, en compagnie d’un autre dominicain espagnol, le P. Guzman, confesseur de la reine, dans toutes les guerres contre les protestants de 1542 à 1548, dans les diètes réunies en ces mêmes temps et spécialement à celle d’Augsbourg, où fut publié le fameux /nterim, que beaucoup d’historiens, entre autres Pastor, ont critiqué sans motif, on pourrait dire sans l’avoir lu, puisque la doctrine de ce document est tout ce qu’il y ἃ de plus catholique et ne s’écarte pas de ce qui a été défini à Trente, étant l’œuvre de Pierre de Soto, Dominique de Soto et Malvenda, trois théologiens de renom. Cf. ci-dessus, col. 2424. Enfin Pierre de Soto intervint en toutes les discussions entre le pape et l’empereur Charles-Quint dans les années 1542-1548 et même ensuite, en cherchant toujours l’harmonie entre les deux pouvoirs. Les papiers des nonces, en ces années, sont un journal de ce que disait et pensait Pierre de Soto et lui donnent toujours de grands éloges. Nous pouvons affirmer que, dans la volumineuse correspondance, parfois secrète et chiffrée, que nous avons lue et qui provient des personnages les plus divers, séculiers ou ecclésiastiques, nous n’avons pas rencontré une seule phrase défavorable pour Soto, bien que fréquemment fussent en jeu les intérêts les plus divers et les plus vives passions politiques.
II. Œuvres. — L'activité littéraire du théologien dominicain s’est déployée en trois directions et nous pouvons diviser ses œuvres en trois classes : œuvres catéchétiques, œuvres de controverse avec les protestants, œuvres d’exposition doctrinale et de controverse avec les catholiques.
1° Œuvres caléchétiques. — 1. Institutionum libritres, dédiés aux fils du roi des Romains, Maximilien et Ferdinand, Anvers, 1551 et 1552; traduction allemande : Khurzer begriff Catholischer Lehr dem gemeinen Christenlichen Volck, Ingolstadt, 1550, 1551 ; traduction flamande par Jean van der Hægen, O. P., élève de Soto : Een cort begryp der warachtigher christelycher leeringhen, etc., Louvain, 1554.